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Chapitre 6 : Choix
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Derek donna un coup de griffe dans la nuque de la créature qui maintenait Malia contre un arbre. La jeune fille retomba sur ses pieds, mais se pencha en avant et tint sa gorge. Elle avait du mal à reprendre son souffle, mais Derek n'avait pas de temps de s'assurer qu'elle aille bien. Une des flèches d'Alison lui passa au ras des cheveux pour se planter dans le crâne d'une autre créature. Celle-ci, comme l'autre, disparut dans un nuage de poudre blanche.
Lydia hurla et les deux créatures qui maintenait Isaac en place disparurent. Scott et Cora se battaient chacun de leur côté. Malia respirait à nouveau et s'apprêtait à repartir à l'attaque. Derek avait déjà sa prochaine cible. Alison encochait une autre flèche. Soudainement, les créatures restantes avaient disparu. Elles ne s'étaient pas changées en tas de sable fin, elles s'étaient simplement évaporées.
« C'est quoi ce délire ? » s'exclama Isaac. Tous regardaient autour d'eux, prêts à réagir au premier signe. Mais alors que les secondes passaient, ils durent se rendre à l'évidence.
« Elles sont parties ? » Malia avait l'air presque déçue. Ils se réunirent tous en centre de la clairière.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demanda Scott en venant se placer à côté de sa petite-amie. Alison continuait de lancer des regards circulaires.
Cora regardait l'un des bras d'Isaac qui arborait une coupure déjà en train de guérir. « La question, c'est surtout pourquoi ils sont partis.
- On était trop fort pour eux ? » proposa Isaac.
Lydia fronça les sourcils en réfléchissant. « C'est pas logique. On a déjà appris qu'elles existent en nombre infini, le nombre de perte n'a pas d'importance. » Puis, elle releva les yeux sur sa meilleure amie et sembla comprendre quelque chose. « Elles ne pouvaient pas prendre ce qu'elles voulaient.
- Pourquoi tu me regardes ? » demanda Alison, les sourcils déjà froncés en sachant que la réponse n'allait pas lui plaire.
« Elles ont foncé sur toi dès le départ, » fit remarquer Derek. Il se remémora l'instant où les premières étaient apparues, près d'Alison, avec pour premier geste de lui attraper le bras. Scott n'avait pas perdu une seconde pour sortir ses griffes.
« Ça pourrait être une coïncidence, » fit remarquer la brune.
Lydia secoua négativement la tête. « Quelque chose de pur, » dit-elle, leur rappelant à tous les mots de Deaton. « Les créatures surnaturelles ne sont pas comptées comme pures.
- Génial, donc tout ce qu'on a à faire, c'est de protéger absolument toute la population de Beacon Hills. Facile.
- Le sarcasme ne va pas nous aider, Isaac, » le reprit Lydia. Cora lui jeta un regard torve.
Scott écarquilla les yeux avant de s'exclamer, « J'ai un plan !
- Je déteste tes plans.
- Isaac.
- Oh, vas-y, ose dire que ses plans sont bons, » rétorqua Cora à Alison.
Derek se retint de soupirer. « Scott, à quoi tu penses ?
- Si on sait ce que ces choses veulent, on sait comment les attirer, non ? » Le reste de la meute le regarda fixement. « Quoi, ça pourrait fonctionner, non ?
- On essaie juste de se remettre du fait que tu veuilles te servir de ta copine comme appât, » l'informa Malia.
Scott fronça les sourcils. « J'ai jamais dit qu'elle devait le faire.
- Tu proposes qu'on kidnappe quelqu'un ? » rétorqua Cora avec amusement.
Scott grimaça. Alison haussa une épaule. « Je peux le faire. » Scott la regarda comme si elle était folle et elle l'ignora. « Si vous êtes tous là pour intervenir, c'est pas comme si je risquais quelque chose. Et j'aurais mon arc.
- Ça ressemble à un plan, » déclara Derek.
Malgré les regrets de Scott, ils mirent leur plan à exécution. Cependant, après plusieurs heures, rien ne se passa. « C'est peut-être l'arc ? » proposa Isaac. À contre cœur, Alison laissa son arme derrière elle. « Je pense qu'elles viendront pas tant qu'on est là, » fit remarquer Malia. Ils s'éloignèrent, restant assez proche pour entendre la moindre chose qui lui arrivait. « On est trop nombreux, » déclara Cora. Ils se séparèrent en petits groupes, les uns alertent des autres, un seul veillant directement sur l'humaine. « Toujours trop près ? » osa Lydia. Scott était au téléphone avec Alison. « Ils doivent savoir que je suis avec vous, » déclara celle-ci avec un soupir.
« Alors quoi ? » s'agaça Scott. « On ne peut pas juste demander à un inconnu de nous servir d'appât !
- Il y a une autre solution, » intervint Cora. « On a un autre humain sous la main, et elles ne savent pas encore qu'il est avec nous. »
Les mots de sa sœur mirent une minute à lui parvenir. « Hors de question, » trancha Derek. Cora soupira et levant les yeux au ciel.
« Tu ne viens pas sérieusement de proposer que – » Mais Cora ne laissa pas Lydia terminer.
« On peut en faire ce qu'on veut, non ? C'est la règle du jeu. Utilisons-le. On sait que c'est sans danger !
- C'est pas un jeu ! » s'écria Lydia. « C'est un être humain.
- Donc exactement ce dont on a be –
- C'est non, Cora. On trouvera un autre plan, » déclara Derek. Il regarda durement sa sœur.
« On connait d'autres humains de toute façon, » rappela Isaac. « Je suis sûr que certains seraient prêts à nous aider. » Cora lui lança un regard outré.
« Isaac a raison, » dit Derek. « Retournons à la clinique, Deaton aura certainement une idée. »
Mais une fois réunis autour de la table d'opération, les mots de l'émissaire n'apportèrent aucun avantage. « Lydia, tu as raison quand tu dis que les créatures surnaturelles ne sont pas concernées. Mais, dans cette mythologie, la pureté n'est pas seulement liée à la l'humanité. Elle est aussi liée à l'âge. Les gens de plus d'une vingtaine d'années sont considérés comme impurs, eux aussi.
- Je peux réessayer. Peut-être que c'est juste parce que l'attaque venait d'avoir lieu, » proposa Alison. Mais Deaton secoua la tête.
« Maintenant qu'elles savent que tu fais partie d'une meute, elles te voient comme impure aussi. » Il y eut un silence tendu. Cora regarda directement son frère et celui-ci ne lui accorda pas un regard.
« Derek, tu sais ce qu'il nous reste à faire.
- Je t'ai déjà dit non.
- Tu as un autre plan ? » Cora se tourna ensuite vers l'émissaire. « Combien de personnes risquent de perdre la vie le temps qu'on tombe sur elles par hasard ?
- Ça n'a aucune importance, parce qu'on n'a aucune idée de comment les arrêter de toute façon, » déclara Lydia. « On ne peut pas juste leur taper dessus. Tant qu'on n'a pas de plan, on peut les attirer autant qu'on veut, ça ne sert à rien. »
Le regard de la banshee croisa celui de l'alpha. Ils étaient soulagés, mais savaient que ce répit ne serait que de courte durée. Puis, Alison soupira. « J'aimerais ne pas dire ça, mais ça a de l'importance. Mon père et moi, on a trouvé une solution avec ce qu'ils nous restent des archives familiales. » Elle envoya un regard désolé à Derek et Lydia.
L'alpha n'eut pas à attendre longtemps avant que Cora ne revienne à la charge. « Derek, tu ne peux pas laisser des gens mourir pour – pour quoi, d'ailleurs ?
- Quelqu'un qui n'est pas concerné par nos histoires, » répondit-il, du ton le plus calme qu'il pouvait.
Cora lui lança un regard exaspéré. « Il est mêlé à nos histoires. La seule raison pour laquelle il est ici est le traité de paix qu'on a dû faire pour pouvoir gérer ce problème-là. Si on ne se sert pas de lui comme appât, alors le traité de paix ne servait à rien. Autant le briser tout de suite et parier sur qui de Ennis et de ce truc va nous tuer en premier.
- On ne peut pas simplement l'utiliser comme ça, » dit Lydia d'un ton ferme, secouant la tête en fixant le sol.
Cora soupira. « Je déteste autant que toi cette histoire d'esclave, crois-moi, » insista-t-elle quand Lydia releva un regard dubitatif sur elle. « Mais on a déjà assez de morts –
- Disparus –
- Et ce n'est pas comme s'il risquait réellement quelque chose. Ce sera tout aussi sûr pour lui que ça l'était pour Alison.
- Alison est une chasseuse, » dit Derek sans conviction.
« Et il a déjà été confronté au pire du surnaturel, tu ne penses pas ? » Derek inspira profondément. Selon toute logique, Cora avait raison. C'était leur rôle de protéger la ville contre ce qu'attirait le Nemeton, d'utiliser tous les moyens en leur possession, de faire des sacrifices. Mais c'était leur rôle, pas celui de Stiles. Il ne supportait pas de l'utiliser comme appât, pas maintenant que Stiles lui semblait de plus en plus être une personne. Il y avait un esprit sous la surface, et Derek avait l'impression d'en découvrir une nouvelle infime partie chaque jour, comme s'il grattait lentement le film opaque d'une vitre pour voir à l'intérieur. Il ne voulait pas perdre ça en se servant de lui, en l'utilisant, comme un objet, comme une chose, comme un truc insignifiant.
« Alison avait choisi de servir d'appât, » dit-il après un silence.
Cora haussa un sourcil. « Bien. Si tu veux tant que ça éviter de le forcer à faire quoique ce soit, on n'a qu'à lui poser la question. Comme ça, ce sera son choix. » Derek serra les mâchoires. Il sentit le regard de la banshee bruler son profil, mais il ne tourna pas les yeux sur elle. Il soupira et quitta la pièce en leur ordonnant ne pas bouger.
Quand Derek entra dans le loft, Stiles était assis sur le canapé. Ce dernier releva la tête le temps de le voir entrer, lui sourit pour le saluer, puis rebaissa les yeux sur le livre qu'il avait entre les mains. Un froncement de sourcils s'installa sur son front alors qu'il se concentrait.
« Stiles ? » L'interpelé releva les yeux du troisième tome d'Harry Potter. Derek n'avait pas essayé de comprendre pourquoi il ne les lisait pas dans l'ordre, Stiles semblait avoir sa propre logique et cela le faisait sourire. « J'ai besoin que tu viennes avec moi à la clinique vétérinaire. » Stiles fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi, mais il se leva et prit sa veste pour suivre Derek.
L'alpha fut silencieux durant tout le trajet et Stiles ne pouvait s'empêcher de s'en demander les raisons. Il sentit un poids froid s'installer dans son estomac lorsqu'il vit la devanture de la clinique, éclairée par un néon au-dessus de la porte. L'endroit était sombre, contrairement à quand on l'y avait jeté il y a un mois et demi.
Derek descendit de la voiture immédiatement après avoir arrêté le contact. Stiles mit plus de temps à descendre. Le premier pied qu'il posa sur le sol glissa, ou bien son corps trébucha. Il se retint à la voiture et fixa le sol une seconde avant de se stabiliser. Il releva les yeux pour voir Derek le fixer avec une légère inquiétude. Il semblait sur le point de lui demander comment il allait, quand Stiles se redressa, la tête droite et le regard fixe.
Stiles le suivit, monta les marches et entra dans la salle d'opération. Il s'était attendu à ce que le reste de la meute s'y trouve, au moins en parti, et il avait pris soin de réguler les battements de son cœur depuis le parking. Tous les regards se posèrent sur lui, certains inquiets, d'autres énervés, certains avec cette étincelle qu'il avait appris à reconnaitre et apparaissait quand on voyait une opportunité.
Il sentit le lourd poids froid dans son estomac grossir. Il s'arrêta à l'entrée de la salle, pas seulement parce qu'il ne voulait pas entrer, mais parce qu'il avait peur de trébucher s'il faisait un pas de plus. Sa vision devint floue pendant une seconde et il cligna des yeux pour focaliser son attention sur quelque chose. Il regarda les visages sans les voir, affronta les regards de ses yeux aveugles. Il compta, compta ses battements de cœur et ses respirations. Hahahaha. Il savait que les choses tourneraient mal. Idiot. Le poids s'alourdissait et il se demanda comment il avait réellement pu croire que les choses seraient différentes. Tu es si stupide. Il avait espéré. Il s'était laissé aller à se sentir en sécurité.
Derek faisait attention aux battements du cœur de Stiles. Ils étaient si réguliers et si contrôlés. Il savait que ce n'était pas réel. Il regarda attentivement ses yeux bruns et put voir au-delà de l'indifférence stoïque et du masque de plâtre neutre. Il avait appris à faire attention aux micro-nuances, à deviner. Mais il ne pouvait toujours pas savoir ce qu'il se passait dans l'esprit de l'humain.
La meute le salua, mais Stiles ne répondit pas. Le silence pesa lourdement sur la salle d'opération, avant que Derek ne commence à parler.
« On se bat contre quelque chose en ce moment. Ce n'est pas une autre meute, ou un changeur de forme. On a un plan pour capturer cette créature, ou au moins l'une d'entre elles, pour en apprendre plus. » Derek marqua une pause. « Elle s'attaque aux gens purs. Ce qui, dans sa mythologie, signifie humain de moins de vingt ans. Pour que le plan marche … il nous faut un appât. »
Il y eut un silence pendant lequel toute la meute regardait Stiles en attendant une réaction qui ne vint pas.
« C'est-à-dire toi, » l'informa Malia, les sourcils froncés alors qu'elle regardait Stiles. Lorsque celui-ci n'eut pas plus de réaction, elle se tourna vers Derek. « Il est sourd ? » Lydia leva les yeux au ciel, Derek serra les dents, Alison jeta un regard noir à la coyote.
« Stiles, qu'est-ce que tu en penses ? » demanda Scott, mal à l'aise. Le regard neutre de Stiles se posa sur lui.
« Je peux le faire. Je l'ai déjà fait, » répondit-il. Derek serra les dents pour retenir une nausée.
« Ce n'est pas ce qu'on veut dire, » dit Lydia plus bas. Stiles tourna son regard vers elle. Elle ne supporta les yeux vides que quelques secondes avant de détourner les siens. Stiles comprit que la décision ne faisait pas unanimité. Il observa Scott et Lydia, le malaise sur leur visage, et chercha à en comprendre la raison.
Cora soupira. « Ils ne vont pas te forcer à faire quelque chose que tu ne veux pas, » dit-elle d'un air las. Stiles se tourna vers elle. La petite sœur de l'alpha avait les bras croisés et un air contrarié sur le visage. Forcer. Vouloir. Stiles ne comprenait pas. Quelle importance ?
À côté d'elle, Isaac avait la tête baissée et fixait le sol, dans la posture de ceux qui voudraient être ailleurs. Cora reprit, « Il faut juste que tu dises que ça te va.
- Ce que tu n'as pas à faire, » ajouta Lydia sans perdre une seconde.
Scott la soutint. « Personne ne t'en voudras si tu refuses.
- Je serai déçue, » intervint Malia. Alison lui donna un coup de coude. « Hé !
- Ça n'est pas dangereux, on sera là pour te sortir du pétrin au moment où ces trucs viendront te chercher.
- On comprendra si tu ne veux pas, » dit alors Isaac. La tête de Cora se tourna brutalement vers lui, mais celui-ci l'ignora pour se concentrer sur Stiles.
Stiles avait déjà compris que Derek était un alpha étrange, mais il remarquait maintenant que toute sa meute l'était.
« Stiles ? » Il releva les yeux pour rencontrer le regard de Derek.
Alors, quelque chose le frappa. Ça avait de l'importance. Pour la plupart des personnes présentes dans cette pièce, son avis avait de l'importance.
Il ne savait même pas comment s'appelait ce qu'il ressentait.
« Je peux le faire, » répondit-il.
L'alpha continua de le regarder. « Je me fiche que tu puisses le faire. » Il défiait Stiles du regard.
Celui-ci attendit quelques secondes. « Ça me va. » Derek secoua négativement la tête.
« Allez, Derek. Il est d'accord, » soupira Cora. Mais Derek ignora sa sœur et continua de regarder Stiles.
Tu sais pourquoi je fais ce que je fais, n'est-ce pas Stiles ? Oui, papa. « Ça va aider ces gens qui disparaissent ?
- Il est courant ? » s'exclama Cora. Le reste de la meute regarda Derek avec autant d'étonnement que sa sœur.
« Oui, » répondit l'alpha, à la fois à Stiles et à sa sœur.
Stiles hocha imperceptiblement la tête. « Je veux aider. »
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L'air nocturne était frais et immobile autour de lui. Ses pas craquaient contre la terre sèche, rencontrant parfois une feuille, tuée par le début de l'automne, ou une branche. Stiles marchait seul au milieu des bois et, même en sachant que la meute n'était pas loin, il se sentait seul. C'était une sensation agréable et calme, qui lui faisait presque oublier qu'il servait d'appât à une créature dont il ne connaissait pas la nature. Quelque chose pétillait dans son esprit. Il était là parce qu'il l'avait choisi, parce qu'on lui avait donné le choix de l'être. On lui avait laissé la possibilité de faire quelque chose de bien, de sa propre volonté. Sa gorge s'était serrée sur en sentiment qu'il avait passé le reste de la journée à essayer d'identifier.
Il prit une profonde inspiration, ferma les yeux une seconde pour se concentrer sur la douce odeur des arbres la nuit. La veste de Derek lui tenait chaud. Il savait que celui-ci n'était pas loin, que le reste de la meute attendait le premier signe pour venir le sauver de ce qui viendrait l'attaquer. On viendrait le protéger. Stiles avait encore du mal à appréhender ça.
Il marchait dans le bois, la nuit si sombre autour de lui qu'il voyait à peine à un ou deux mètres devant. Le ciel était dégagé, mais la lune était un croissant si fin qu'elle ne projetait presque aucune lumière sur Terre. Les étoiles étaient éclatantes. Stiles sourit aux branches fines qui lui permettaient de les voir. À travers elles, il essaya de reconnaitre la Grande Ours qu'on lui avait appris à trouver en étant enfant. Il pensa que s'il arrivait à la voir, cela voudrait dire que les choses étaient en train de changer.
Puis, quelque chose frémit dans les branches. Il s'arrêta de marcher et regarda autour de lui. Quand il ne vit rien, il recommença à avancer. Il entendit un nouveau bruit, sur le sol cette fois. Mais il ne ressentit aucune présence, aucun regard posé sur lui, alors il continua. Il y avait maintenant d'autres pas que les siens et il se retourna d'un mouvement vif.
La créature face à lui ne ressemblait à rien de ce qu'il avait vu jusqu'ici. Elle n'avait pas de visage et était pâle comme la neige. Elle semblait être faite de plâtre et de tissus. Stiles recula, la respiration courte. Du coin de l'œil, il en vit d'autres se matérialiser de nulle part. Il n'osa pas tourner la tête. Il ressentait des présences tous autour de lui.
Soudainement, il faisait jour, il était à l'intérieur et tous autour de lui avaient des visages. Des visages aux dents acérées et aux yeux lumineux jaunes, bleus et, face à lui, rouges. Cours, Stiles, je compte jusqu'à dix. Alors Stiles se mit à courir. Il entendit quelque chose de lourd tomber, des bruits de grognement un sifflement près de son oreille et un cri familier. Prêt ou pas, j'arrive. Il ne s'arrêta pas de courir.
Lorsqu'il vit les yeux de Stiles s'écarquiller et les battements de son cœur avoir un sursaut, Derek comprit que quelque chose n'allait pas. Les yeux bruns parcouraient le bois des yeux comme s'il voyait plus que Derek ne le pouvait. Lorsque le garçon se mit à courir, il hurla son nom. Une des créatures étaient sur le point de l'attraper, mais Alison décocha une flèche à temps pour la faire disparaitre dans un nuage de poussière blanche. Il perdit Stiles de vue lorsqu'il se fit lui-même attaquer. « Stiles ! »
Cours, Stiles ! Il y avait des rires qui résonnaient dans l'air. Il était sorti du bâtiment et courait entre les arbres en essayant de ne pas tomber dans les trous. Mais Stiles avait toujours été maladroit, alors il trébucha sur quelque chose, peut-être sur lui-même. Sa tête se cogna contre un tronc d'arbre. Il essaya de se redresser après le choc, mais sa tête semblait vouloir exploser. Par ici !
Stiles ouvrit les yeux et il faisait nuit à nouveau. Il ne savait plus où il était, ni pourquoi, mais le peu d'instinct qu'il possédait lui dictait de fuir. Il s'aida de l'arbre pour se relever et là, il vit l'une des créatures sans visage à quelques mètres de lui. Luttant pour ne pas perdre l'équilibre, il se retourna et partit dans l'autre direction. Il n'arrivait pas à dire à ses jambes de courir. Il entendait les pas lourds derrière lui.
Il eut à peine le temps de voir une des choses apparaitre dans sa vision périphérique qu'elle lui attrapait le bras. Le contact était brulant, traversant ses vêtements et semblant verser de l'acide sur sa peau. Stiles s'entendit crier de douleur. Il essaya de se dérober à l'emprise et donna un coup de pied dans le corps du sans-visage. Cela lui permit de se libérer et, titubant, il se remit à courir.
Un rire derrière lui et des griffes transperçant son biceps. Je t'ai eu. Quand les mains brulantes se posèrent à nouveau sur lui, il se tortilla pour s'échapper et perdit l'équilibre. Échappe-toi si tu peux. Il s'attendait à toucher lourdement le sol et être à la merci de ce qui lui voulait du mal, mais la terre semblait avoir disparu. Lorsqu'il la sentit à nouveau, se fut lorsque son pied gauche la percuta avec tant de force que sa cheville craqua. Puis, le reste de sa jambe rappa contre quelque chose de pointu et tranchant. Finalement, le reste de son corps tomba sur le sol de terre et de cailloux et roula jusqu'à arriver en bas d'une pente. Avec ses bras, il protégea sa tête du plus gros des impacts.
Une fois immobile, Stiles ressentit une lourde contraction sur sa cheville gauche et la chaleur familière du sang coulant sur sa peau. Hahahaha. Il se redressa et s'obligea à se lever. Il étouffa un cri quand il dût poser sa cheville sur le sol. Peu importe où il se trouvait, il faisait encore plus sombre ici. L'adolescent leva les yeux pour voir les étoiles au-dessus de sa tête, qu'aucune branche d'arbre ne cachait désormais. Regarde, là, tu la vois ? C'est la Grande Ours.
« Stiles ! » Stiles ! « Stiles, où es-tu ?! » Je vais te trouver. « Stiles ! » Cours, mais tu ne m'échapperas pas.
Il devait calmer son cœur, cesser de respirer, ou bien il le trouverait. Ses jambes ne le portèrent plus et Stiles s'écroula sur le sol. « Stiles ! » Stiles ! Il plaqua ses mains contre ses oreilles pour ne plus l'entendre arriver, il ne voulait pas savoir quand il le trouverait, ne voulait pas le voir venir. Il aurait voulu que son crâne se brise contre le sol. Il se recroquevilla sur lui-même.
« Je l'ai trouvé ! » hurla Isaac en descendant le bord du précipice. « Stiles ? » appela-t-il en voyant l'humain en boule sur lui-même, tremblant. Il n'entendit aucune respiration, mais son cœur battait comme un solo de batterie. « Stiles ? » Il se pencha pour mieux le voir. Isaac reconnu immédiatement ce qui lui arrivait.
« Derek ! Dépêche-toi ! » hurla-t-il de toutes ses forces. Le cri fit cesser les tremblements de Stiles qui se figea comme une statue. Isaac garda un œil sur lui. Il sentit l'odeur du sang et pouvait voir la tâche sombre sur le tissu du jean. Il voulait tendre la main vers lui, mais savait que son geste ne ferait qu'aggraver les choses.
Il entendit Derek descendre dans le fossé, accompagné de Scott. « Ici, » indiqua-t-il.
« Stiles ? » appela Derek. Le corps de Stiles eut un tremblement. « Stiles, est-ce que tu m'entends ? Il n'y a plus rien, elles sont parties. » Mais ses mains plaquées contre ses oreilles, il n'entendait rien, son esprit ne le laissait pas entendre les mots rassurants. « Stiles ouvre les yeux. »
Regarde-moi, Stiles. Je veux que tu me regardes.
Scott posa une main sur l'épaule de son ami. Dans un soubresaut, Stiles se redressa. Il grimaça de douleur, ses yeux essayèrent de savoir sur qui se focaliser. Puis, ils se vidèrent et s'immobilisèrent dans le vide. Le corps de l'humain devint rigide. Derek avait retiré la main de Scott à l'instant où elle l'avait touché. Isaac avait reculé.
« Stiles, est-ce que tu m'entends ? » Derek avait la certitude que Stiles n'était pas avec eux dans ce bois.
« Essaie de hurler ou de flasher tes yeux ? » proposa Isaac. C'était quelque chose qui marchait avec lui, qui le ramenait dans le présent.
Derek secoua négativement la tête. « Stiles n'est pas un loup. » Et il était comme ça à cause de loups. Il savait que ses vrais yeux n'aideraient pas l'adolescent. Isaac sembla le comprendre. Scott avait l'air malade, il ouvrait et fermait la main, comme à chaque fois qu'il était incapable de trouver quoi faire, mais savait qu'il devrait faire quelque chose.
« Stiles ? C'est Scott. Mon pote, faut que tu reviennes. Tu m'entends ? Il faut que tu reviennes. »
Les trois loups le regardèrent, incapables de savoir comment agir.
« C'est pas ces trucs qui l'ont mis dans cet état, hein ? » dit Isaac, la gorge serrée. Derek secoua lentement la tête. « Vous croyez qu'on peut essayer de le porter ? Si on le ramène à la clinique, ou juste loin d'ici, peut-être … » Il ne finit pas sa phrase.
Derek s'approcha et se mit dans la direction du regard de Stiles. « Stiles, je vais te porter, d'accord ? Dis-moi si tu – » Il s'arrêta de parler quand une larme muette coula le long du visage de Stiles. « Stiles ? »
Le regard brun se posa sur lui. La détresse dans ses yeux donna l'impression à Derek qu'il se noyait. Stiles eut une inspiration tremblante. Il regarda autour de lui, semblant seulement remarquer les trois hommes. Puis, il se força à reprendre son masque de stoïcisme. « Est-ce que tu peux marcher ? » demanda Derek.
Stiles essaya de se relever. Un éclair de douleur passa sur son visage, mais il ne dit rien. « Je peux te porter, si tu veux. » Rien ne donna l'impression que Stiles avait entendu ses mots. Il attendit, debout, s'appuyant sur sa jambe intacte. Derek serra les dents. « Par ici, » dit-il. Scott et Isaac ne bougèrent pas, attendant que Stiles commence à avancer. Celui-ci resta immobile un instant, semblant attendre quelque chose, puis, il leur tourna le dos et suivit Derek.
Ils marchèrent lentement. Stiles boitait, la douleur faisait trembler sa respiration. La seule chose que Derek voulait était s'arrêter et le prendre dans ses bras pour le porter. Mais il se retint.
« Enfin ! » s'exclama Malia quand ils arrivèrent.
« Tout va bien ? » s'enquit Alison. Elle tenait toujours son arc à la main et regardait spécifiquement Scott. Les filles froncèrent toutes les sourcils en voyant Stiles boiter. Elles interrogèrent les garçons du regard, qui esquivèrent.
Entre elles, dans un cercle de poudre verte, se trouvait l'une des créatures. Le sans-visage se tourna vers Stiles, marchant jusqu'à la limite de sa prison pour s'approcher de lui. Le garçon semblait ne même pas le voir. « C'est de ça qu'il a eu peur ? » demanda Malia.
« Non, » répondit Derek. Il regardait Stiles, songeant que l'adolescent n'avait jamais eu l'air aussi vide qu'en cet instant. « Je le ramène, » déclara Derek. « Vous pouvez vous charger de ça ?
- Pas de problème, » répondit Lydia. « La cave de la maison du lac, » ajouta-t-elle pour remémorer leur plan à tout le monde.
Derek commença à partir alors que le reste de la meute préparait le transport. « Stiles, » appela-t-il et l'humain le suivit comme un automate. Stiles monta dans la voiture et Derek roula plus vite qu'il n'aurait dû jusqu'à la clinique vétérinaire. Il devait parler à Deaton et savait que l'homme pourrait soigner Stiles.
Lorsque Deaton vit arriver Stiles en boitant, il fronça les sourcils, puis, il vit l'expression de son visage. Il échangea un rapide regard avec Derek et fit assoir l'adolescent sur la table d'opération. Les deux hommes parlèrent succinctement de ce qu'il s'était passé. « Tu devrais retourner avec ta meute. » Derek lança un regard à Stiles. « Je vais prendre soin de lui. Je t'appelle s'il se passe quelque chose. Ils ont besoin de toi, mais je doute que tu puisses faire quoique ce soit pour lui dans l'état où il se trouve. » À contre-cœur, Derek partit rejoindre la meute.
Deaton vint se placer en face de Stiles et celui-ci leva son regard vide dans le sien. « Stiles, est-ce que tu sais où tu te trouves ? » Un blanc, puis il acquiesça. « Est-ce que tu peux me le dire à voix haute ? » L'humain resta immobile. « Bien, ce n'est rien. Tu es dans ma clinique vétérinaire, rien ne peut t'arriver ici. Aucune créature surnaturelle ne peut pénétrer cet endroit sans mon consentement. »
Deaton approcha son tabouret de la table sur laquelle Stiles était assis. « Je vais maintenant te soigner. Pour ça, il va falloir que je te touche. Est-ce que tu m'en donnes l'autorisation ? » Un certain moment passa avant que Stiles n'acquiesce faiblement la tête. « Merci. Je vais continuer de t'expliquer ce que je fais, pendant que je le fais, d'accord ? »
Deaton narra ainsi ses actions alors qu'il prenait de quoi découper le tissu du jean. Une fois la jambe de Stiles à l'air libre, il inspecta sa blessure. « Tu as dû te cogner la cheville, elle est enflée, je vais devoir la stabiliser. Ta jambe est coupée et je dois d'abord nettoyer le sang et la terre. » Après l'avoir fait, Deaton eut besoin d'une pince fine pour retirer les cailloux et échardes qui s'étaient plantés à l'intérieur de la plaie.
Il parla de tout et de rien pendant qu'il le faisait, juste pour que le silence ne permette pas à l'esprit de Stiles de s'enfoncer dans l'ombre. Il remarqua les infimes tremblements et sursauts de Stiles, les larmes de douleur dans ses yeux qu'il empêchait de couler. « Stiles, c'est normal d'avoir mal. Tu n'as pas à le cacher. » Quelque chose se passa dans le regard du garçon.
« Hey, gamin. Si tu pleures, c'est pas grave, mais ouvre la fenêtre pour qu'ils le sentent pas. Ils détestent ça. » Stiles releva les yeux vers l'oméga. Celui-ci le regardait sérieusement, mais avec une touche de pitié dans le regard. C'était lui qui l'avait emmené jusqu'à la salle de bain, après l'avoir aidé à se relever.
Stiles tremblait encore. Il était certain que ses tremblements ne cesseraient jamais. Il avait peur de ne jamais s'arrêter de pleurer s'il commençait. L'oméga ouvrit la porte pour sortir, mais il la referma et se tourna vers Stiles. Il le dévisagea et Stiles baissa les yeux.
« Je peux te donner un conseil ? » commença l'oméga. « Cris et supplies. Je t'ai vu : tu résistes, tu te bats. C'est une perte de temps. T'es là parce qu'ils peuvent te faire mal et c'est ça qu'ils veulent. Tu tomberas toujours que sur les sadiques. Sinon, ils se feraient pas chier avec un humain. Alors, sois faible. Ça te sauvera la vie. »
Il quitta la pièce. Stiles ramena ses jambes contre lui, enfouit son visage dans ses genoux. Il laissa les tremblements prendre le dessus et pleura. Il pleura jusqu'à ce que l'air n'entre plus dans ses poumons, jusqu'à ce que plus aucune larme ne coule.
Stiles avait treize ans et demi et il voulait mourir.
« Stiles ? » Son nom, prononcé par une voix douce et concernée, le ramena dans le présent. Deaton partagea son regard pendant quelques instants encore avant d'être assez rassuré pour retourner à son travail.
Stiles laissa ses larmes couler sur ses joues. Ce n'était pas grave. Il pouvait pleurer ici. On le soignait parce qu'on ne voulait pas l'entendre hurler de douleur. Il pleura et Deaton lui offrit des mouchoirs. Et Stiles lui sourit.
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Encore un énorme merci à ceux qui suivent cette histoire ! Vos commentaires sont vraiment adorables. Un remerciement spécial aux guests à qui je ne peux pas répondre. Vous êtes tous géniaux !
Vous n'avez pas idée à quel point j'ai peur à l'idée que la suite puisse vous décevoir.
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