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Chapitre 8 : Ce qui ne peut être oublié
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Grace à l'aide de la meute de Satomi, les choses se précipitèrent. Ils n'avaient toujours aucun nom à placer sur la Créature, et Isaac commençait à insister pour qu'ils lui en donnent un eux-mêmes, mais ils avaient enfin une idée sur la façon de la capturer. « Attraper ou détruire les sans-visages n'a aucun intérêt, » dit Deaton depuis l'autre côté de la ligne. Il était allé chez Satomi avec Cora et Isaac. Le reste de la meute était réunie à la clinique. « C'est la Mère que nous devons trouver et arrêter.
- Une idée d'où elle se trouve ? » demanda Malia.
Cora reprit, « Non, mais on a peut-être un moyen de la localiser.
- Une odeur ? » demanda Scott.
« Si c'était aussi simple, vous l'auriez déjà repéré, » répondit Lydia.
« C'est un moyen magique, » expliqua Deaton. « Je ne suis pas particulièrement doué pour ça, mais nous allons devoir espérer que ce soit suffisant. »
Une fois de retour à la clinique, Deaton prépara le sort de localisation. Alison et Scott avait été envoyé à la maison du lac. Ils devaient réduire le sans-visage en poussière et ramener autant de poudre que possible. C'était la dernière étape de la préparation. « Il y en aura assez ? » demanda Scott en montrant deux sacs poubelles de cinquante litres remplis de poussière. Deaton n'utilisa qu'une poignée de poudre et récita des vers dans une langue que même Lydia ne reconnut pas. Puis, toutes les lumières de la pièce disparurent. Elles furent comme aspirée par la préparation et disparurent en elle. Après un instant, une lueur vert-pâle s'alluma depuis le bol. Lentement, elle s'éleva hors de celui-ci et devint de plus en plus lumineuse.
La boule de lumière flotta quelques instants entre eux, avant de se mettre en mouvement. Elle se dirigea vers la porte et ils la suivirent.
Malia soupira. « Pourquoi toujours les usines abandonnées ? » Ils continuèrent de suivre la lumière à travers les couloirs étroits. Deaton marchait à l'avant, suivi de près par Derek qui était prêt à réagir pour protéger l'émissaire au moindre problème. Puis, une odeur de peur et de glace se fit sentir derrière celle du métal froid. Lorsque Derek entendit un battement de cœur étouffé, il devina que les humains disparus n'étaient pas loin.
Le couloir déboucha sur une large salle sombre. La lumière verte fut la seule chose qui illuminait les murs dans un premier temps, puis le reste de la meute arriva et la lumière dansante des lampes torches électriques bougeant sur le mur fit apparaitre plus de détails. Les murs étaient de grandes parois de bêton lisse, dans lesquels étaient plantés des crochets. Au bout des crochets, de longues chaines de métal descendaient vers le sol et retenaient plusieurs humains prisonniers. Le sept disparus étaient répartis sur deux coins de la pièce, serrés les uns aux autres. Ils étaient immobiles, comme des statues de glace et la fraicheur qui émanait d'eux fit comprendre à la meute que c'était ce qu'ils étaient.
La lumière verte s'évanouit. Les lampes cherchèrent dans la pièce. « Je croyais qu'elle devait nous emmener à la Mère ? » dit Scott.
« C'est le cas, » répondit Deaton. Il observait les alentours, son regard passant attentivement sur chaque parcelle de la pièce. Derek prit ses vrais yeux pour scruter l'endroit, mais il n'y avait rien.
Lydia s'approcha des victimes, son pas lent, sa tête penchée sur le côté. « Tu entends quelque chose ? » demanda Derek. La jeune fille sembla ne pas entendre ses mots. Elle tendit la main vers l'une des statues et l'alpha se dépêcha d'aller près d'elle. Il ne retint pas sa main malgré ce que son instinct lui dictait.
Lorsqu'elle toucha la statue, de la poudre s'envola, comme lorsqu'on souffle sur de la poussière. Au lieu de flotter au hasard, la poudre sembla s'enrouler autour de la main de Lydia. Elle se posa sur elle, puis s'écarta brusquement, comme brulée par la peau de la banshee. « C'est vivant, » murmura Lydia d'une voix absente.
Ce qui avait semblé être de la glace recouvrant des corps humains se changea en poussière et se projeta dans l'air. Derek attira Lydia contre lui et s'écarta de la poudre, se tournant pour protéger la banshee de la poussière. Il la sentit se poser sur lui, chaque grain électrisant douloureusement sa peau. Mais un instant plus tard, la douleur avait disparu. Il tourna la tête pour voir que la poussière se rassemblait au milieu de la pièce et prenait forme.
Il lâcha Lydia et fit face à la Créature. Le reste de la meute se prépara à l'attaque, sortant leurs griffes, armant leur arc et pistolet ou se préparant à crier. La poussière prenait lentement forme et aucun d'eux ne savait quand il serait temps de se battre.
La Mère était deux fois plus grande que les sans-visages, mais tout aussi fine. Elle avait une bouche qui était si large qu'elle prenait toute la place sur sa tête. « Putain de merde, » souffla Isaac. La bouche s'ouvrit et lâcha un cri puissant. Ils furent tous forcés de poser leurs mains contre leurs oreilles. Quand le cri s'arrêta, ils foncèrent. Ils attaquèrent les jambes de la créature car c'était tout ce qu'ils pouvaient atteindre. Chaque coup creusait dans le corps de la Créature, faisant voler de la poudre dans l'air, qui venait irrémédiablement se reposer sur le corps et reformer le trou qu'ils venaient de créer. Les flèches d'Alison et les balles de Deaton se plantaient dans la Mère sans un dommage.
« On va jamais y arriver comme ça ! » cria Derek.
Il vit sa sœur se raidir et se retourner vers l'entrée de la pièce. Il les entendit au moment où Cora s'écria. « Ils arrivent ! »
Il y avait trop de bruit de pas pour qu'ils puissent compter le nombre de sans-visages qui arrivaient. Scott se mit en première ligne, devant Alison quand un sans-visage fonça sur elle. Elle leur tira dessus, mais fut rapidement à court de flèche. Deaton se retrouva aussi sans munition. Leur nombre était trop important, et bientôt, ils durent se battre à deux mains, laissant tomber leurs lampes. Des yeux jaunes, rouge et bleu flashèrent, permettant aux garous de voir. Un cri de douleur. « Alison ! » Derek était incapable de savoir où se trouvait chaque membre de sa meute. Il frappait les corps, son nez se remplissant de poussière. Lydia poussa un cri perçant et la Créature hurla en retour. Malgré ses oreilles sifflantes, Derek continua de se battre. Puis, l'air se remplit de poussière. Ses mains ne rencontraient plus aucune forme solide, ses yeux ne voyaient plus rien et il ne pouvait plus respirer.
Les lumières de leur lampe se rallumèrent d'elles-mêmes et ceux qui étaient près d'elles se précipitèrent pour les ramasser. Leurs faisceaux se dirigèrent partout et nulle part à la fois. « Alison ?! » s'écria Scott. La lampe qu'il tenait s'agita tout autour de la pièce. Derek put voir que les corps des disparus s'étaient eux-aussi volatilisés, comme toute la poussière, les sans-visages et la Mère. « Alison !
- Scott, elle n'est pas là, » tenta de le raisonner Lydia. Mais en posant les yeux sur la jeune fille, Derek vit qu'elle n'était pas plus calme.
« Où elle est ?!
- Certainement avec les autres et la Créature, » dit Deaton. Le visage de Scott se décomposa. Le silence régnait.
« Ça risque d'être compliqué de l'avoir si elle peut juste se téléporter comme elle le veut, » dit Malia.
« Il faut qu'on la retrouve. Il faut relancer le sort !
- Scott, tant qu'on n'a pas de plan, ça n'a aucun intérêt, » essaya de le raisonner Derek. Le bêta allait répondre, mais il reprit. « Tu as vu ces gens, même lorsque la poussière n'était plus sur eux, ils n'ont pas bougé. Ils sont vivants, tu as entendu leur cœur, mais ils ne sont pas conscients.
- Si on y retourne avec la même tactique, ils vont juste disparaitre à nouveau, » ajouta sombrement Lydia.
« Alors, on ne fait rien ?!
- Si, on trouve un plan. Un vrai plan, cette fois. » Scott ne chercha pas à cacher son désaccord, mais il ne dit rien. « Sortons d'ici. » Ils firent le chemin dans le sens inverse et ressortirent de l'usine.
Le ciel était dégagé, la lune, large mais pas encore pleine, éclairait les rues. À peine furent-ils tous hors de l'égout que le téléphone de Deaton sonna. « C'est Satomi. Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Les loups entendirent les éclats de voix inquiets et précipités. Le visage de l'émissaire se teinta d'inquiétude. Il regarda le reste de la meute. « Les humains qui étaient protégés disparaissent. Tous ceux qu'on pensait en hors de danger sont en train d'être enlevés. »
Derek sentit un poids tomber dans son estomac, son corps se vida de sa chaleur. Stiles. « Retrouvez-les, » ordonna-t-il avant de mettre à courir. Scott l'interpela, mais il ne s'arrêta pas. Il connaissait le chemin le plus court pour rentrer chez lui. Ses pieds filaient sur le goudron. Il n'avait pas couru aussi vite depuis des années. Il sentait son cœur battre dans ses oreilles. À chaque pas, une peur sourde montait en lui et lui murmurait à l'oreille qui était trop lent, qu'il prenait trop de temps, qu'il était déjà trop tard. Il grimpa les marches quatre à quatre. Arrivé à la porte de son appartement, il l'ouvrit brutalement, celle-ci allant voler contre le mur.
Stiles se redressa d'un bond. Debout au milieu du salon il regardait Derek avec surprise. L'alpha s'arrêta en le voyant. Il expira de soulagement et l'air qu'il inspira ensuite semblait plus léger. Stiles sembla se détendre lentement alors que Derek ne bougeait pas, l'apaisement dans le regard du loup le rassura.
Stiles allait bien. Stiles était là.
Puis, de la poussière blanche se matérialisa derrière lui, prenant la forme d'un corps sans visage. Les yeux de Derek flashèrent rouge, il se sentit se transformer. Les yeux de Stiles s'écarquillèrent alors que son corps entier se raidissait. Le regard qu'il rivait sur Derek se voulait neutre et vide, mais un tourbillon d'émotions y prenait place. L'alpha se précipita sur lui, griffes acérées prêtes à trancher, mais Stiles ne cligna même pas des yeux. Arrivé à son niveau, Derek le repoussa sur le canapé et donna un coup dans la gorge du sans-visage qui tomba en poussière.
Un autre apparut derrière le canapé et Derek l'attaqua. Il les détruisit un à un alors qu'ils continuaient de se matérialiser. L'adrénaline pulsait dans ses veines, la rage et le besoin de protéger animaient chaque muscle de son corps. Il ne sentait aucune fatigue s'insinuer en lui, il ne voyait rien d'autre que les ennemis qu'il devait éliminer.
Finalement, les apparitions cessèrent. Derek resta sur ses gardes un moment, avant d'accepter le fait que c'était terminé. Alors seulement, il se détendit assez pour laisser ses sens percevoir les gémissements étouffés, les tremblements et l'odeur répugnante de terreur qui émanaient de Stiles.
Il fit volte-face pour trouver Stiles prostré dans le canapé. Son corps était raide alors qu'il essayait de contrôler les tremblements qui l'agitaient. Ses yeux bruns étaient rivés dans ceux de Derek. Il était incapable de masquer la peur dans son regard, pourtant, quelque chose d'autre dans ses yeux criait qu'il n'était pas effrayé par l'alpha, qu'il refusait de l'être.
Le loup s'assura qu'il avait à nouveau entièrement son apparence humaine avant d'oser faire un pas vers Stiles. L'humain se rigidifia encore plus et Derek s'immobilisa. « Je ne t'ai pas attaqué, Stiles. » Mais celui-ci semblait ne pas l'entendre.
Il n'avait aucune idée de quoi faire, et il remarqua qu'il n'entendait plus la respiration de Stiles. Le visage de celui-ci rougissait alors qu'il retenait tout en lui. « Stiles, respire. » Mais l'humain continua de retenir sa respiration. « Stiles, » insista Derek. Mais même si les yeux bruns étaient dirigés sur lui, il commença à douter que c'était lui qu'ils voyaient.
Il s'approcha, une main vers l'avant, résistant à l'envie de s'écarter quand le corps de Stiles fut secoué d'un sursaut. Il posa la main sur lui et Stiles ferma les yeux. Il les ferma aussi fort qu'il en était capable. « Respire, » instruit-il. Stiles serra ses mâchoires l'une contre l'autre. « Stiles, ne te retiens pas. Craque. Craque. »
Alors, Stiles prit une inspiration tremblante, aussi râpeuse que celle d'un noyé. Les tremblements prirent possession de son corps. Il se recroquevilla sur lui-même, toussant et tremblant, le souffle court et difficile. Des larmes coulèrent sur ses joues. « Lâche tout, » murmura Derek, sachant que c'était la seule chose à faire. Stiles gémit plusieurs fois avant de commencer à hurler. Il hurla et cela semblait le déchirer. Il avait refermé ses bras autour de lui et le bout de ses doigts se plongeait dans ses bras. Il hurlait comme s'il n'avait rien d'autre dans ce monde que de la douleur et de la peine. Et Derek avait l'impression que ces cris allaient le tuer. « Je suis désolé, » murmura-il. Il avait écarté ses mains et réprimait l'instinct qui lui disait de prendre Stiles dans ses bras pour faire cesser ses tremblements, pour l'empêcher de créer des bleus dans sa propre peau. Stiles hurlait et c'était le seul son qui remplissait l'air de l'appartement. « Je suis désolé. »
Derek entendit le reste de la meute arriver. Ceux-ci s'immobilisèrent une fois dans le loft, leurs yeux fixés sur Stiles recroquevillé et hurlant sur le canapé, sur Derek agenouillé face à lui, le regard perdu et les lèvres agitées par des excuses.
Le volume des hurlements de Stiles diminua jusqu'à s'éteindre. Ses tremblements se calmèrent, sa respiration était toujours lourde, mais reprenait un rythme normal. Ses yeux à moitié ouvert étaient posés sur Derek, humides mais sans larmes. Les traces des pleurs maquaient ses joues rougies. « Je suis désolé, » dit une dernière fois Derek. « J'essayais de te protéger. Je te jure que c'est tout ce que je voulais. » Le regard de Stiles était fixe et vide.
« Derek ? » l'interpela Scott d'une voix trop basse pour qu'elle ne parvienne à Stiles. L'alpha continua de fixer Stiles, espérant que celui-ci voie la sincérité dans ses yeux. Puis, il se releva et s'approcha du reste de la meute. Lydia fixait le sol, une main posée sur la bouche, les yeux brillant de larmes qu'elle ne laissait pas couler. Isaac avait l'air malade et Cora l'observait du coin de l'œil. Malia regardait Stiles les sourcils froncés. Scott regardait Derek et quelque chose dans ses yeux semblaient le remercier.
« Ils ont tous disparus, » dit Cora, à voix basse pour que seul le petit groupe entende. « On n'a pas eu le temps de les aider.
- Du coup, on en est à treize disparus, en comptant Alison, » dit Malia et Derek hocha la tête.
« La Créature n'a visiblement pas aimé qu'on vienne directement l'attaquer, » dit Lydia. « Deaton est allé voir Satomi, certains de ses bêtas sont agités.
- Ils veulent venir à la prochaine confrontation, » ajouta Scott.
« On a besoin d'un plan. Et vite, » insista la banshee. « Si on l'a mise en colère, elle n'a aucune raison de … » Elle laissa sa phrase en suspend et lança un regard à Scott. Celui-ci serrait les mâchoires.
« Il faut qu'on vérifie qu'il n'y ait pas d'autres disparitions en ville, » déclara Derek. « Et il faut qu'on trouve quelque chose. La blesser ne servait à rien, à chaque fois elle se régénérait.
- Comment on fait pour se battre qu'on quelque chose qui se reforme ? » demanda Malia. Le silence qui suivi représentait l'impasse dans laquelle ils étaient.
« Réfléchissez tous. On ne retourne pas à sa recherche avant d'avoir un plan solide. » Après la décision de Derek, ils repartirent tous. Une fois seul, il revint aux côtés de Stiles. Ses yeux à moitié ouverts se posèrent immédiatement sur Derek. Celui-ci s'assit sur le fauteuil pour mettre suffisamment de distance entre eux. « Tu devrais dormir, » dit-il sans conviction. Stiles ne ferma pas les yeux. Derek savait qu'il luttait pour rester éveillé.
Il finit par se lever, lentement, et se retourner pour partir vers son lit. Il s'y assit et vit que les yeux de Stiles étaient toujours sur lui. « Je suis réellement désolé, » murmura-t-il avant d'aller se coucher.
Le sommeil ne vint pas facilement à Derek, mais il essaya de rester aussi immobile qu'il le pouvait. Il cherchait, en vain, un plan et ses pensées ne cessaient de retourner au garçon allongé sur le canapé. Ses rêves furent hantés du regard brun terrifié, ce moment où Stiles avait cru que tout ce que Derek avait pu dire ou faire depuis le début n'était que du vent. Dans son cauchemar résonna des cris d'agonis, toujours plus puissants, qui causaient des tremblements de terre et déchiraient les êtres. Il se réveilla en sueur le lendemain matin. Il se redressa et jeta un coup d'œil de l'autre côté de la pièce pour voir que les yeux de Stiles étaient ouverts.
Il se leva, prit des vêtements et disparut dans la salle de bain. Il prit une douche en espérant que l'eau chaude emporterait avec elle l'horrible nuit de la veille. Il s'habilla et sortit. « Hey, » dit-il en direction de Stiles. Celui-ci lui répondit par un hochement de tête. « Comment tu te sens ? » Il s'attendait à un nouveau hochement de tête, mais Stiles haussa une épaule à la place. « La salle de bain est libre. » Il partit en direction de la cuisine pour faire à manger. Il entendit Stiles se lever lentement et avancer jusqu'à la salle de bain, mais il s'arrêta une fois à la porte.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » Derek se retourna avec surprise vers Stiles. Sa voix était rauque, épuisée. Le regard brun ne montrait pas d'émotion, mais Derek y voyait quand même une chance de mettre les choses au clair.
« On est allé trouver la Créature, pas un des sans-visages, la Mère. Si on réussit à l'abattre elle, alors tout s'arrête. Mais ça n'a pas marché. On – » Il se passa une main sur le visage. « On a perdu Alison. Et ensuite, tous les humains qui avaient été déjà attaqués mais qu'on avait sauvé ont commencé à disparaitre à leur tour. Alors, j'ai foncé ici. Il fallait que je m'assure que tu allais bien. Un sans-visage est apparu derrière toi et j'ai … je suis désolé. Je n'ai pas réfléchi, je voulais juste te protéger.
- Me protéger ? » Derek vit la microseconde où Stiles regretta d'avoir laissé ces mots passer ses lèvres.
Il hocha la tête. « Oui, je veux te protéger. » Il marqua une pause, espérant que Stiles le croie. Après un moment, Stiles entra dans la salle de bain et ferma la porte. Derek attendit d'entendre le verrou, mais le son ne vint jamais. Il prit une grande inspiration et essaya de calmer les battements inquiets de son cœur.
Il commença à préparer à manger quand il entendit l'eau couler. Il resta concentré sur les battements du cœur de Stiles, voulant s'assurer que celui-ci aille réellement bien. « Tu penses que tu peux manger ? » demanda-t-il quand le plus jeune sortit de la salle de bain.
« Peut-être un peu, » répondit Stiles, incertain. Derek lui servit une assiette. En mangeant, il observa les cernes sous les yeux de Stiles et aurait aimé avoir une solution miracle pour effacer la soirée de la veille. « Demande, » dit ensuite l'adolescent sans relever les yeux de son assiette. Derek aurait aimé être surpris par les mots de Stiles, surpris de voir que celui-ci décodait ses pensées en seulement un coup d'œil sur son visage, mais il ne l'était pas.
Derek attendit quelques secondes avant de s'exécuter. « Tu fais souvent des crises ? »
Stiles secoua la tête de gauche à droite. Il releva les yeux dans ceux de Derek. « Pas depuis longtemps.
- Elles sont toujours aussi graves ? » Stiles fronça les sourcils avant d'hausser une épaule. « Tu … tu hurlais. »
Stiles lutta contre son réflexe de reculer. Il inspira profondément avant de répondre. « Souvent, crier fait cesser la douleur. » Derek ne voyait pas comment c'était possible. Il était certain que quelque chose lui échappait, mais il ne demanda pas plus de précision.
« Je suis désolé.
- Tu t'es déjà excusé.
- Ça vaut la peine de recommencer. » Stiles le regarda comme s'il était une créature étrange. Derek se demanda combien de fois il avait reçu des excuses durant les dernières années de sa vie, puis chassa cette idée quand elle lui noua l'estomac. Stiles n'avait pris que quelques bouchées de son assiette, mais Derek ne fit aucun commentaire avant de mettre les restes dans une boite au frigo. Puis, il lui tendit trois compléments alimentaires que Mélissa lui avait prescrit après avoir reçu les résultats de la prise de sang. Sans surprise, Stiles était plein de carences. Il avala des trois cachets à contrecœur avec un verre d'eau.
« Il faut que j'aille à la clinique. Il faut qu'on trouve un plan. » Stiles acquiesça. « Tu – il faut que tu viennes avec moi. » Il fronça les sourcils en le regardant. « Les sans-visages pourraient revenir. Je ne peux pas te laisser seul. Enfin, tu … je ne veux pas te forcer à venir, mais –
- Ça va. Je viens. » Derek soupira de soulagement et alla prendre sa veste. Stiles enfila la sienne d'un geste lent, toujours celle que le loup lui avait donnée, légèrement trop grande pour lui, mais extrêmement chaude, avec une doublure douce en polaire.
Quand ils sortirent de l'immeuble, Derek réalisa que sa Camaro était toujours à la clinique. « On va devoir marcher. » La clinique était à l'autre bout de la ville, plus d'une demie heure de marche, au rythme de Derek.
Ils marchaient depuis cinq minutes dans les rues presque désertes quand Derek remarqua la rapidité de la respiration de Stiles. « Ça va ? » demanda-t-il en regardant par-dessus son épaule, Stiles marchait un pas derrière lui. Celui-ci hocha la tête. Derek regarda ses joues rougies. « Tu as froid ? » Stiles secoua la tête.
Derek regarda à nouveau devant lui, puis ralentit le pas. Stiles suivait son rythme et ralentit à son tour. Il semblait avoir moins de mal à suivre, mais le loup comprit qu'il s'épuisait. Il se fatiguait bien trop vite, et Derek avait une dizaine d'idées sur la raison. Alors il ralentit encore, et une fois arrivé dans le centre-ville, il trouva la première excuse pour disparaitre dans une boutique, disant à Stiles de l'attendre en s'asseyant sur le trottoir. Il doutait que celui-ci ignore à sa vraie motivation. Il regarda les produits de la supérette et finit par acheter des en-cas pour toute la meute. Il connaissait les friandises préférées de chacun. Il fut bloqué quand il imagina ce qu'il pouvait prendre pour Stiles, alors il en prit plusieurs et se dit que quelqu'un les mangerait de toute manière.
Quand il ressortit, Stiles discutait avec deux enfants déguisés. À ce moment seulement, Derek fit le lien avec les décorations orange et noires de la boutique. Stiles s'excusait de ne pas avoir de friandises, et l'un des deux enfants demanda un tour de magie en retour. « Je ne suis pas doué pour ça, » répondit Stiles avec une grimace.
« Là, tenez, » dit Derek en ouvrant un paquet de guimauves qu'il avait prévu pour Isaac. Les enfants se servirent avec de larges sourires et disparurent. « Tu en veux ? » Stiles le regarda avec surprise.
« Merci, » dit-il avant d'en prendre une. Il la mit dans sa bouche et fronça les sourcils.
« Tu n'aimes pas ?
- Si. C'est juste … très mou. » Derek rit devant le ton réellement surpris de Stiles. Ce dernier sembla hésiter un instant avant de décider que c'était une bonne chose.
« Prêt à repartir ? » Stiles se leva et ils reprirent leur route d'un pas lent. Après plus de vingt minutes de marche, ils arrivèrent enfin à la clinique. Derek ne fut pas étonné de voir que toute la meute était déjà là. Il posa les courses sur la table en adressant un salut général auquel ils répondirent de façon absente.
Puis, Scott fronça les sourcils et leva les yeux de son livre. Ses sourcils se haussèrent de façon comique lorsqu'il vit son meilleur ami d'enfance. Le reste de la meute se tourna vers l'entrée de la pièce. Tous semblèrent très surpris, mais personne ne dit mot, pas même Cora.
« Alors ? » demanda cette dernière. « Quelqu'un a eu une illumination pendant la nuit sur comment vaincre ce truc ? » Le silence qui suivit servit de réponse.
« Quelqu'un sait comment on se bat contre de la poussière ?
- Un aspirateur, » répondit Malia le plus sérieusement du monde. Puis, son regard passa sur le reste de la meute et elle comprit qu'elle venait de dire quelque chose de stupide.
« Ça marcherait si on avait un aspirateur assez grand. Et si la poussière n'avait pas une volonté propre, » dit Lydia.
Stiles retint un froncement de sourcil en l'écoutant parler.
« D'accord, alors comment on empêche la poussière de choisir de se regrouper ? » demanda Malia. Un nouveau silence.
« Peut-être faudrait-il savoir comment elle fonctionne, » proposa Deaton. « Quel effet cela avait ?
- Quand on frappait, c'est comme si on soufflait sur de la poussière, » expliqua Isaac. « Après, elle se reposait comme si de rien n'était.
- Donc, il nous faut un aspirateur, » proposa à nouveau Malia.
« J'aurais plutôt pensé à du sable, » réfléchit Lydia à voix haute. Lorsque tout le monde la regarda, elle continua. « J'ai déjà vu Alison s'entrainer sur des sacs de sable. Ses flèches se plantaient dedans de la même manière. Et quand on donne un coup de pied dans un tas de sable, le sable s'envole, puis se repose et on a toujours un tas de sable.
- Sable ou poussière, ça fait vraiment une différence ? » demanda dubitativement Cora.
Stiles ouvrit la bouche avant de la refermer. Derek haussa un sourcil dans sa direction. « Tu as une idée ? »
Stiles releva les yeux vers lui, surpris. Puis, il sentit les regards du reste de la meute se poser sur lui. Il s'apprêtait à secouer négativement la tête, gardant son idée stupide pour lui-même, lorsque Scott parla. « Vas-y, dis-nous. » Il releva les yeux sur son ancien ami, il y avait tellement d'encouragement dans le regard de celui-ci qu'il fut un instant projeté dans son enfance, lors d'un exposé en primaire.
« Si le sable est mouillé, les grains restent collés entre eux. » Il voulait disparaitre. Abruti. Il n'avait pas à donner son avis. Ferme-la ! Ce n'était pas sa place. Idiot. Il n'avait même pas à être là pour commencer. Espèce de … Il était ici parce que Derek ne pouvait pas risquer le traité de paix à cause de sa disparition. Hahahaha. Il n'aurait pas dû.
« Tu proposes d'asperger la créature d'eau ? » demanda Malia, les sourcils froncés. Elle releva les yeux sur les autres membres de la meute, semblant leur demander si ce n'était pas aussi idiot que son histoire d'aspirateur.
« Quand est-ce qu'il a plu pour la dernière fois ? » demanda Lydia.
Personne ne dit rien pendant un instant, puis Cora reprit, « Vraiment ?
- C'est l'automne ! Il aurait déjà dû pleuvoir au moins une fois.
- Eh ben, on n'a qu'à tester, » dit Isaac pour couper court à la conversation. Il alla chercher l'un des sacs de poussière que Scott et Alison avait ramenés pour le sort, il en prit une grosse poignée et la versa sur la table. Puis, il donna une pichenette dessus et, comme attendu, la poudre qui s'était envolée revint s'assembler au tas.
Il alla prendre un récipient et le remplit d'eau avant de verser le contenu sur la poudre. Il pensait taper à nouveau pour voir si le tas se reformait, mais la réaction fut plus rapide. Avec le bruit d'un crépitement, le sable changea de couleur, prenant une teinte bordeaux sombre. Isaac haussa les sourcils et questionna ses compagnons du regard, puis, il donna une nouvelle pichenette dans le sable. Un bout compact de celui-ci alla s'étaler plus loin sur la table. Ils attendirent. Rien ne se produisit.
Après quelques secondes, Isaac se redressa et hocha la tête. « Ça ressemble à un plan.
- Maintenant reste à savoir comment tremper une créature de près de trois mètres de haut, » fit remarquer Lydia.
« Et d'espérer que les sans-visages fonctionnent bien comme elle. Après tout, ils ne se reforment pas, eux.
- S'ils sont faits à partir d'elle, ça devrait fonctionner, » fit remarquer Derek.
« On pourrait utiliser les pompes à incendie, » proposa Scott.
« On va voler un camion de pompier ? » demanda Malia, les yeux brillants, un sourire aux lèvres.
« Ça pourrait s'avérer utile, » avoua l'émissaire. La joie de la jeune fille donna envie de rire à Derek. « À condition qu'il y ait des pompes assez près de l'endroit où la Mère est partie se terrer. »
Ils discutèrent sur les moyens de réunir une telle quantité d'eau. Puis, ils commencèrent à planifier la façon dont ils allaient voler un camion-citerne, le remplir d'eau, et voler un camion de pompier pour pouvoir diriger le jet d'eau. « On va avoir tellement d'ennuis, » constata Lydia.
Scott avait un sourire en coin quand il glissa, « Le sheriff Parish pourra peut-être nous empêcher de finir en prison. » Lydia le foudroya du regard.
« Parish est un chien de l'enfer, donc relié aux banshees. Il fait pas vraiment partie de la meute, mais il est utile, » expliqua Malia en direction de Stiles. Celui-ci fut surpris qu'elle pense à lui expliquer les choses, et répondit simplement par un hochement de tête. Il songeait plus au terme de sheriff. Il n'aimait pas ce mot. Il l'aimait encore moins accroché au nom de cet inconnu.
« Donc, on a un plan, » remarqua Derek avec une légère surprise. « Mettons-nous-y. » Les rôles déjà répartis, chacun savait ce qu'il avait à faire et tous se mirent en mouvement. Derek devait aller avec Isaac trouver le camion-citerne. Il passa devant Stiles en se dirigeant vers la sortie de la pièce. « Bon travail, » lui glissa-t-il.
Puis, il se retourna après quelques pas. Il aperçut l'expression surprise de Stiles avant qu'il ne la camouffle. « Tu viens ? » demanda-t-il ensuite. Stiles donna un léger hochement de tête avant de le suivre jusqu'à la Camaro.
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Une nouvelle fois, merci à vous tous, vous êtes merveilleux.
Et si vous vous demandez, oui, vous êtes supposés détester Cora.
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