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Chapitre 9 : Mieux
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Ils arrivèrent dans la zone industrielle, à un parking rempli de camions, dont plusieurs camion-citerne alignés les uns à côté des autres. « Ça peut pas être aussi simple, » dit Isaac d'un air dubitatif.
« On n'est pas encore entré dans le parking, » lui fit remarquer Derek. Isaac haussa un sourcil dans sa direction. Ils pouvaient juste sauter par-dessus le grillage. L'alpha donna un rapide coup d'œil dans son rétroviseur, pour voir Stiles assis à l'arrière. Isaac comprit. Et Stiles aussi, puisque ses yeux étaient rivés sur Derek à travers le miroir.
« Je peux vous attendre ici, » dit-il, mais Derek grimaça. Il ne prendrait pas le risque de le perdre des yeux. Stiles comprenait les raisons du loup, mais il y avait quelque chose dans la façon dont Derek le regardait qui ne collait pas avec l'explication du traité de paix. Une lueur qui rappelait à Stiles l'inquiétude qu'il avait toujours pu trouver dans les yeux de sa mère, après la mort de son père, lorsqu'elle le regardait, que ce soit dans leurs pires ou leurs meilleurs moments. Cette assurance que sa mère était là pour lui, s'inquiétait pour lui, l'aimait assez pour en avoir quelque chose à faire. Quelque chose de rassurant. Il aurait voulu que son esprit se taise et cesse d'imaginer des choses pareilles.
« On va trouver, » dit Derek en regardant à nouveau les grilles. Puis, il sortit de la voiture et les deux autres prirent cela pour une indication à le suivre. Ils firent le tour et finalement, Derek décida, visiblement au hasard, d'escalader le grillage. Cela fut d'une facilité déconcertante pour les deux loups, Stiles, lui, n'osait même pas essayer.
« Tu as le vertige ? » demanda Isaac et Stiles secoua la tête. Le bêta lança un regard en direction de Derek, comme si celui-ci pouvait en savoir plus que lui. Stiles n'avait pas le vertige, il ne se faisait juste pas confiance pour rester agrippé jusqu'en haut. Il était certain qu'il retomberait bien avant. Néanmoins, il posa les mains sur le grillage pour y prendre prise, il baissa les yeux pour voir où mettre ses pieds. Les trous du grillage étaient très petits, il ne pourrait y mettre que la pointe de ses pieds. Il prit une grande inspiration pour se concentrer. Il n'était même pas sûr d'avoir la force de se soulever du sol.
Puis, Derek arracha le grillage. Stiles sursauta en arrière alors que l'alpha ouvrait une brèche plus grande que lui. Derek tint le grillage ouvert pour le laisser passer et il n'hésita qu'une seconde avant de les rejoindre de l'autre côté.
Les trois hommes avancèrent dans le parking, jusqu'à la rangé de camion-citerne. « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demanda Isaac, les sourcils froncés.
« Tu as déjà volé une voiture ? » demanda Derek en s'approchant d'un des camions. Il monta sur le marchepied et regarda à l'intérieur.
« Hmm, non, » répondit Isaac en l'observant. « Tu vas casser la vitre ? » Derek haussa un sourcil dans sa direction. Puis, il se retourna vers le camion, se tourna légèrement pour bloquer la vue à Stiles, et sortit ses griffes. Il les enfonça dans l'espace entre la vitre et la porte et, miraculeusement, il réussit à ouvrir la portière. « Apprends-moi ça.
- Peut-être plus tard, » répondit Derek avec un sourire en coin. Il ouvrit la porte et se glissa sur le siège. Là, il arracha des câbles de sous le volant et finit par démarrer le camion.
« C'était trop simple, » commenta Isaac.
« On doit encore sortir le camion d'ici, » fit remarquer Stiles. Le bêta grimaça. Ils échangèrent quelques regards, mais la solution s'imposa à eux.
Derek soupira. « Je suppose qu'aucun de vous ne sait conduire ça. » Les deux autres secouèrent la tête. Derek prit les clés de sa Camaro et les lança à Stiles. « Écarte-la de l'entrée et ensuite suis-moi. »
Stiles donna un coup d'œil aux clés avant de lancer un regard interrogateur à Derek. « Quoi ? » demanda-t-il. Stiles continua de le fixer. « Tu ne sais pas conduire, » devina Derek et l'adolescent hocha la tête. Derek grimaça avant de jeter un coup d'œil à Isaac.
Celui-ci fronça les sourcils. « Merci pour ta confiance.
- Je t'ai déjà vu conduire, » lui rappela Derek. Isaac leva les yeux au ciel. « Donne-lui les clés, tu montes avec moi. » Stiles donna les clés et Isaac repartit vers le grillage pour aller chercher la Camaro. « Je te préviens, une seule trace –
- Et tu mettras à exécution toutes les menaces que je t'ai un jour entendu proférer, je sais. » Isaac disparut derrière un des camions et Derek fixait cet endroit d'un air contrarié.
« Désolé, » dit Stiles après s'être assis sur le siège passager, et le loup fronça les sourcils vers lui.
« Est-ce que tu viens de t'excuser de ne pas savoir conduire ? » Stiles le fixa un instant avant d'hausser une épaule. « Ne le fais pas. » Puis, Derek enclencha la marche avant et accéléra. Il fut prudent en tournant dans le parking pour retourner à l'entrée.
« Où est-ce que tu as appris à conduire un camion ? » demanda Stiles.
Derek haussa une épaule. « Nulle part. J'improvise. » Stiles hocha une fois la tête et regarda l'expression concentrée de Derek d'un autre œil. « Tu veux descendre ?
- Non.
- Je vais devoir défoncer la porte de l'entrée.
- D'accord. » Derek jeta un rapide coup d'œil à Stiles, mais son expression était impassible. Après s'être lentement dirigés à travers le parking et les autres camions, ils firent face à l'entrée du parking. Isaac était déjà parti avec la Camaro. Derek enclencha la marche arrière et recula autant que possible.
Puis, il enclencha à nouveau la marche avant et attendit quelques instants. Il espérait que les autres ait trouvé le reste, il doutait qu'ils puissent garder le camion très longtemps. Il expira tout l'air de ses poumons, et appuya aussi fort que possible sur l'accélérateur. Le camion démarra lentement, puis il fila à travers la longue allée. Juste avant le choc, Derek serra le volant entre ses mains au point de le déformer, Stiles s'enfonça dans son siège et se retint au bord de celui-ci et à la poignée de sécurité à côté de la porte.
Les portes furent arrachées dans un bruit métallique et volèrent de chaque côté du camion. Au même instant, une alarme se déclencha pour signaler une intrusion sur le site et les lumières éblouirent le parking. Stiles explosa d'un rire puissant et nerveux. Il se détendit avant de se redresser pour regarder dans le rétroviseur. « C'était génial ! » s'exclama-t-il.
Derek le regarda avec surprise. « On va définitivement avoir des problèmes, » fit-il remarquer. Mais Stiles ne s'arrêta pas de rire, et cela le fit rire à son tour. Il adorait le son. Il adorait la sensation que des nœuds, qui n'étaient pas là une seconde plus tôt, se défaisaient dans son estomac pour laisser exploser de douces bulles de chaleur. Il aimait le fait que ce soit si simple de rire avec Stiles.
Le camion filait sur les routes en direction de Beacon Hills et de leur point de ralliement, et Stiles et Derek ne pouvaient pas s'arrêter de rire.
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Le reste du plan s'agença bien trop facilement au gout de chaque membre de la meute. Si les choses ne partaient pas en vrille maintenant, cela voulait dire qu'elles le feraient plus tard. « Parce que les bâtiments abandonnés dans les bois c'est plus original que les usines désaffectées, » marmonna ironiquement Malia lorsqu'ils arrivèrent devant le bâtiment perché sur les hauteurs de ville, au milieu de nulle part.
« Te plains pas, ça aurait pu être inaccessible avec les camions, » lui fit remarquer Isaac.
« Ça ne va pas marcher, » dit Lydia. Ses deux amis lui jetèrent un regard noir. « C'est trop simple, ça va mal se passer.
- Heureusement qu'on ne t'aime pas pour ton optimisme. »
Derek pencha la tête en arrière jusqu'à l'appuie-tête. Stiles se tourna vers lui et l'observa alors qu'il respirait profondément. Les autres continuaient de parler de l'autre côté de la ligne, mais il ne les écoutait plus. « Tu penses aussi que ça ne marchera pas ? » demanda Stiles à voix basse.
Derek ouvrit les yeux et tourna la tête vers lui. Il haussa une épaule en retournant le regard à travers le pare-brise. « Je pense que ça marchera. Mais pas que ça va bien se passer. »
Stiles ne savait pas quoi répondre à ça. Il ne savait pas ce qu'il allait se passer. Il regarda la meute s'agiter en silence jusqu'à ce que tout soit prêt. Puis, ils entrèrent tous là où la lumière verte avait disparu.
Le bâtiment avait semblé être de plain-pied de l'extérieur, mais une fois entrés, ils débouchèrent sur une plateforme large de seulement quelques mètres, de chaque côté de celle-ci, des escaliers descendaient vers un étage creusé dans le sol, une dizaine de mètres sous eux. En marchant au bout de la plateforme et en se penchant par-dessus la vieille balustrade en bois, on pouvait voir ce qu'il se passait en bas.
« Je vois Alison ! » s'écria Scott. Alors qu'il allait se précipiter vers l'un des escaliers, Lydia retint son bras. Il fronça les sourcils, prêt à se dégager, quand il se figea. Il écarta Lydia avant qu'un sans-visage n'ait le temps de poser la main sur elle. Malia le fit disparaitre en poussière.
« Ils savent déjà qu'on est là, » grogna Cora. La plateforme n'était pas assez large pour se battre, et bientôt, ils furent obligés de descendre les escaliers jusqu'au palier plus bas.
« Reste derrière moi ! » ordonna Derek à Stiles et celui-ci essayait bien trop de garder son calme pour penser à ne pas obéir. Ils avaient descendu la moitié des escaliers quand une main le brula. Sa vision se brouilla et son cri était au milieu entre la douleur et la peur. La brulure avait disparu en un instant. Quelque chose lui heurta la poitrine et ses yeux s'ouvrirent sur une surface blanche et lisse sur le point de se changer en poussière. Lorsqu'il essaya de retrouver l'équilibre, son pied rencontra l'air et il chuta. « Stiles ! » cria Derek.
Quand la cheville de Stiles heurta une des marches de l'escalier, elle se tordit en un craquement. Son corps bascula en arrière et son dos rencontra douloureusement les marches. Il en dévala plusieurs avant que le bois ne craque et que la gravité ne l'emporte jusqu'au sol à travers le plancher. Le choc lui coupa la respiration, sa tête frappa le bêton et l'étourdit. Le sol était froid, la poussière remplie ses poumons et le fit tousser. Il faisait sombre et Stiles ferma les yeux.
Derek vit Stiles disparaitre à travers le parquet abimé du palier inférieur. Il renversa les deux sans-visages qui se tenaient sur son chemin. Il s'arrêta sur le bord du trou, faisant attention à ne pas casser plus encore les planches. Il se pencha et utilisa ses vrais yeux pour voir Stiles. Il gisait quatre mètres plus bas, semblait inconscient et avait du mal à respirer. Derek cherchait le moyen le plus rapide de l'atteindre quand Isaac cria au-dessus de lui. « Derek ! Il faut qu'on en finisse ! Fait débarquer la Mère ! »
Il jeta un coup d'œil à ses bêtas pour les voir tous aux prises avec plusieurs sans-visages. Serrant les dents, il descendit aussi rapidement qu'il le put les mètres restants. Une fois au sol, il se dirigea vers l'un des disparus. La poussière se souleva, s'entoura autour de sa main avant de s'écarter. Puis, dans un tourbillon blanc, elle se réunit et donna forme à la Créature. « Isaac, Malia ! À vous ! » hurla Derek. Alors que les deux bêtas quittaient la pièce, les autres membres de la meute se pressèrent de rejoindre leur alpha.
La Créature finit de se former quand ils furent tous en bas. Elle poussa un cri suraigu et d'autres sans-visages se matérialisèrent autour d'eux. Comme prévu, Lydia se plaça face à une victime et hurla. Le cri de la banshee réveilla la personne et Scott se chargea de l'envoyer dans la bonne direction pour sortir. Cora et Derek s'occupait de donner les coups. Deaton, resté en haut des escaliers, tirait à distance. « Attendez pour l'eau ! » les arrêta Deaton. « Ils sont dans une cave. Si vous l'actionnez maintenant, ils se noieront. » Malia grogna avant de descendra rapidement en bas pour rejoindre la bataille.
« Rejoins Isaac en haut ! » cria Scott alors qu'Alison, tout juste réveillée, refusait d'écouter. Elle finit par gravir rapidement les marches pour retrouver Deaton qui lui donna une arme à feu. Les cris de Lydia continuaient de remplir l'air et la Créature semblait décidée à lui répondre. Puis, enfin, l'eau s'abattit dans un jet puissant sur la Créature qui se teinta de rouge.
« Maintenant ! » hurla Derek et, oubliant les sans-visages et les victimes qui courraient à la surface, la meute attaqua. Comme prévus, les morceaux tombèrent, flottaient dans l'eau sans pouvoir se recoller. Au lieu de les brûler, chaque coup gelait leur main et rendait le suivant plus difficile à donner. Derek avait l'impression que ses doigts allaient se briser avec chaque nouvel impact, mais ne cessa pas ses efforts. L'eau autour d'eux devenait de plus en plus glaciale, alors que la Créature perdait en masse. Ils frappèrent jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un tas de boue rougeâtre informe. L'eau continua de monter et bientôt, ils durent remonter au premier palier. Après avoir percé toute la carapace de poussière, il ne resta qu'un étrange petit être dégoulinant et rouge sang, que Deaton abattit d'une balle dans la tête. Ils restèrent tous un moment à l'observer, mais le sable trempé perdit toute forme, ne devenant qu'un amas de terre qui perdait son rougeoiement pour un brun terreux. La meute était alors réunie au second palier et Alison coupa l'eau.
« C'est une victoire, » s'exclama Scott avec un large sourire aux lèvres. Mais un poids froid tomba dans l'estomac de Derek. Il grimpa les marches quatre à quatre jusqu'au pallier aux planches brisées et se pencha pour voir à l'intérieur. Le fond était rempli d'eau.
« Merde ! » s'écria-t-il, puis, sans réfléchir, il se laissa tomber à travers le trou. L'eau arrêta sa chute et malgré son élan, il ne toucha pas le fond. Il faisait sombre, même pour sa vision de loup, et l'eau était si sale à cause de la poussière qu'il voyait à peine à travers. Il fouilla la surface, puis le fond en aveugle avec tout l'optimisme dont il était capable. Il ne trouva rien. Il savait qu'il ne le trouverait pas sans lumière. Il refusait de penser au nombre de minutes qui s'étaient écoulées depuis qu'ils avaient commencé à verser l'eau.
« Qu'est-ce qui t'a pris ? » lui demanda Cora lorsqu'il sortit finalement de l'eau sale et commença, trempé, à monter les escaliers. Il ne répondit pas. Ses oreilles bourdonnaient, son estomac était retourné, il tremblait et savait qu'il n'avait pas froid à cause de l'eau. Il se tint à la rembarde des escaliers pour remonter les marches. « Derek ? » appela la voix inquiète de Cora derrière lui.
Il ne lui restait qu'une dernière série de marches à monter quand la voix qui l'appela fut différente. « Derek, est-ce que ça va ? » Son cou craqua quand il releva la tête. À côté de Deaton et d'Alison se tenait l'imbécile d'humain qui lui avait fichu la peur de sa vie.
Stiles le regardait, sourcils froncés d'inquiétude, un bras enrouler autour de lui-même pour maintenir ses côtes. La manche de son t-shirt était déchirée et il saignait. Ses vêtements étaient mouillés et il tremblait de froid. Derek monta les dernières marches sans être capable de détourner son regard de celui du garçon. « Der – » Il se précipita contre Stiles et entoura ses bras autour de son corps fin, fragile et intact, il le serra contre lui pour s'assurer qu'il n'hallucinait pas sa présence. Il inspira profondément, son nez dans les cheveux trempés de Stiles, inspira son odeur et laissa ses nerfs se détendre alors qu'il sentait sa chaleur contre lui.
Lorsque ses sens cessèrent d'être submergés par tout ce qui formait l'être de Stiles, Derek se rendit compte combien le corps entre ses bras était raide. Il s'écarta rapidement de lui. Le regard brun qu'il rencontra n'était pas exactement vide, mais Derek ne reconnut pas ce qui les remplissait. « Désolé, » dit-il, son souffle court. « Je croyais que tu étais au fond. »
Stiles secoua négativement la tête.
« Il est remonté quand on a commencé à verser l'eau, » expliqua Alison quand le silence s'installa. Derek releva les yeux vers la porte, évitant de rencontrer les regards d'Alison et Deaton sur le chemin. Il semblait n'y avoir plus personne vers l'entrée du bâtiment. « Ils ont tous fuis en courant, » ajouta-t-elle. « Au moins, on n'aura pas d'explications à donner.
- Comme si les gens n'avaient pas déjà arrêté de demander des explications dans le coin, » ironisa Isaac. « D'ailleurs, est-ce que quelqu'un ici a vraiment compris ce que voulait ce machin ? » Le reste de la meute contourna Derek et Stiles pour se diriger vers la sortie. Scott embrassa Alison et les autres grimacèrent en quittant les lieux. Stiles fronça les sourcils en regardant son ancien meilleur ami avant de suivre le mouvement. Derek remarqua qu'il boitait, mais n'osa pas l'aider.
Malia regarda les deux camions « On en fait quoi ? On les rend ?
- Qu'est-ce que tu veux en faire ? » demanda Cora. Elle haussa une épaule, mais suivis néanmoins la louve jusqu'au camion de pompier.
« Va chercher Parrish et ramène-le, » dit Derek en pointant le camion. « Il se débrouillera avec les mecs de la station.
- Tu vas faire quoi de l'autre ? » demanda Malia, mais Derek ne répondit pas et se dirigea seulement vers le véhicule.
« On les attend ou on les abandonne ici ? » demanda Lydia en parlant de Scott et Alison, toujours à l'intérieur.
« À toi de voir, » répondit Derek alors qu'il remontait dans le camion-citerne. Il n'eut pas à demander à Stiles de le suivre pour que celui-ci monte à son tour. Il cacha une grimace en montant, et Derek serra les dents.
Ils roulèrent en silence, la Camaro derrière eux. Derek lançait des regards dans le rétroviseur pour s'assurer qu'Isaac la conduisait correctement. Il lançait aussi des regards à Stiles, mais celui-ci avait la tête tournée et regardait par la fenêtre.
Il ne retourna pas au parking. Il s'arrêta au milieu de nulle part et descendit. Stiles fit de même, observant Derek pour savoir ce qu'il allait faire. L'alpha fit signe à Isaac de reculer la Camaro. Ce dernier s'exécuta, éloignant la voiture de plusieurs dizaines de mètres avant d'en sortir pour les rejoindre.
Derek ouvrit le réservoir d'essence. « Tu as un briquet ? » demanda-t-il à Isaac. Le garçon écarquilla les yeux et secoua négativement la tête. Derek soupira et remonta dans la cabine en espérant trouver quelque chose.
« T'es sérieux ? » demanda Isaac. Derek haussa un sourcil dans sa direction. « Oh putain, tu vas faire exploser le camion ? T'as pas moins radical ?
- Si je le ramène, ils vont essayer de trouver qui l'a volé. S'il cherche des empruntes, les miennes sont partout et je suis dans le système, je te rappelle. Je vais éviter de rajouter du boulot à Parrish.
- Oh bordel, » grogna le garçon. Puis, il sourit en coin. « Malia va te détester de pas l'avoir invitée. » Derek leva les yeux au ciel. Finalement, Derek trouva une boite d'allumette dans la boite à gant, ainsi qu'un chiffon.
Il enfouit l'un des pans du chiffon dans le réservoir et dit à Stiles et Isaac de s'écarter. Ils allèrent se placer derrière la Camaro. Alors seulement, Derek craqua une allumette et la fit tomber sur le siège conducteur pour que le tissu prenne feu. Ensuite, il mit le feu au chiffon et courut se mettre à l'abri aussi vit qu'il le pouvait. Il n'y eut pas d'énorme explosion comme dans les films pour réduire le camion en flamme. Il y eut une petite explosion quand le réservoir craqua sous les flammes, et le dessous du camion prit feu, comme le fit la cabine.
Ils regardèrent les flammes dévorer le véhicule. Les pneus craquèrent sous la chaleur et une odeur de plastique brulé se répandit dans l'air avec de la fumée noire. Derek fronçait les sourcils sous le spectacle, il détestait les feux. Les flammes s'élevaient haut quand il détourna le regard. Il rencontra la silhouette de Stiles, l'horreur sur son visage encore plus tranchante éclairée par la lumière orangée. Il avait entouré ses bras autour de lui comme pour se protéger. Ils étaient assez loin pour ne pas sentir la chaleur, assez loin pour que le feu ne les atteigne pas. Mais Derek se rappela que Stiles détestait les feux autant que lui. « Allons-y, » décida-t-il.
Stiles releva les yeux sur lui et leur regard se croisèrent un instant. Pas assez longtemps pour que quoique ce soit puisse passer entre eux, et pourtant, Derek y vit un remerciement. Ils s'éloignèrent du feu dans la Camaro, la lumière de celui-ci disparaissant au détour de la route. Sur leur chemin pour Beacon Hills, ils croisèrent deux camions de pompier, alarmes hurlantes, qui se dirigeaient dans la direction opposée.
Derek déposa Isaac chez lui, faisant un signe de la main à sa petite sœur qui attendait à la fenêtre. Il redémarra et rentra chez lui. Il avait besoin d'une douche et Stiles aussi.
Il laissa l'eau chaude faire disparaitre l'odeur de fumée et la boue sur sa peau. Lorsque Stiles alla se doucher, Derek prépara le repas. Il mourrait de faim après les efforts qu'ils venaient de faire. Il reçut un appel de Parrish, le remerciant ironiquement pour ne l'avoir informé de rien et l'avoir laisser s'occuper du retour miracle de disparus affolés avec une histoire abracadabrante de monstres de sable gigantesque. « De rien, » répondit Derek avec la même ironie. Il finit d'expliquer rapidement toute l'histoire à Parrish quand Stiles sortit de la salle de bain.
« Qu'est-ce qu'elle voulait faire d'eux ?
- Aucune idée. Energie vitale, peut-être.
- D'où elle venait ?
- Le Nemeton attire toute sorte de conneries.
- Vous êtes sûr qu'elle ne va pas se reformer quand l'eau se sera évaporée ?
- Deaton l'a abattu.
- Tu en es sûr ?
- Non. » Alors que le sheriff lui posait une nouvelle question, Derek se rendit compte qu'il n'avait plus envie de lui parler. « Si tu veux plus de détails, tu devrais appeler Lydia. Je suis sûr qu'elle se fera un plaisir de venir tout te raconter. Tu la vois souvent de toute façon, non ? Bonne soirée. » Il raccrocha sur l'exclamation gênée de Parrish.
« Comment tu te sens ? » demanda-t-il à Stiles. Celui-ci avait l'air mieux que durant tout le trajet. Il ne tremblait plus de froid, certainement parce que ses vêtements étaient enfin secs. Il n'était plus tâché de boue. Mais Derek pouvait voir la façon dont il s'appuyait plus sur sa cheville droite, et comme le tissu de la manche de son pull fonçait.
Malgré tout, Stiles hocha la tête. « Tu es blessé, » dit Derek. Il fit un geste vers lui pour l'inviter à s'assoir. Pendant un instant, il s'attendit à ce que Stiles recule, mais celui-ci se laissa guider jusqu'à une chaise. « Dis-moi où tu as mal. »
Stiles l'observa un instant avant de lever son pied gauche pour indiquer sa cheville et de désigner son bras droit de son autre main. « Reste assis, » instruit Derek avant de se diriger vers la salle de bain. Dans l'un des placards, il avait une trousse de premiers soins. Il l'avait réunie après la première fois où il avait eu Alison blessée chez lui une large coupure dans son dos qui saignait abondamment et qui avait certainement laissé une cicatrice.
Il revint avec une boite en carton qui avait un jour emballé des chaussures. Il avait aussi récupéré l'atèle que Stiles avait utilisé seulement deux semaines plus tôt. C'était la même cheville et Derek espérait que ça ne soit à nouveau qu'une foulure. Il s'agenouilla et releva la jambe du jean de Stiles pour lui mettre l'atèle. Puis, il se redressa, toujours à genoux, regarda le bras à travers le pull. « Il va falloir que tu l'enlèves, » dit-il.
Il y eut un léger silence, juste une toute petite seconde que Derek ressentit comme une heure entière à porter un panneau avec écrit idiot dessus et à se tenir au milieu du carrefour le plus fréquenté de la ville. Il se racla la gorge. « J'ai besoin de regarder la plaie, » expliqua-t-il. Lorsqu'il releva les yeux sur le visage de Stiles, il comprit qu'il était le seul à avoir eu l'impression qu'il fallait une explication supplémentaire.
Stiles saisit le bas de son pull pour le passer par-dessus sa tête. Son mouvement était fluide, malgré la douleur. Il y avait une sorte de bandage autour de son bras et Derek haussa un sourcil. Stiles haussa son autre épaule. « Tu pensais que ça suffirait ? » demanda-t-il avec étonnement. Stiles avait simplement plaqué du papier toilette autour de son bras, espérant certainement arrêter de sang de couler.
Précautionneusement, et en évitant de regarder le torse couvert de cicatrices, Derek retira la couche trempée de papier. Il prit du coton et du désinfectant pour nettoyer la plaie. « Désolé si ça fait mal, » prévint-il. Mais Stiles ne grimaça pas lorsque le liquide toucha sa peau. Derek enleva le sang, et remarqua combien la plaie était profonde. « Je vais devoir recoudre, sinon ça ne cicatrisera jamais, » dit-il. Il releva les yeux dans ceux de Stiles qui l'observaient. Puis, un léger hochement de tête.
Il désinfecta l'aiguille, passa le fil, s'assit à la même hauteur que Stiles et maintint son bras. « Tu accepterais si je te proposais un anesthésiant ? » Comme il l'avait imaginé, l'adolescent secoua négativement la tête.
Derek serra les mâchoires, se reconcentra sur la blessure et planta l'aiguille. Pas une seule fois Stiles ne trembla. Pas une seule fois il ne grimaça. Ou ne se plaignit, gémit, ou ne montra un quelconque signe de douleur. Derek serrait les dents au point de les faire grincer. Il avait mal rien que de lui faire ça, et Stiles agissait comme si c'était la chose la plus normal du monde. Comme si être pris au milieu d'une bataille et tomber dans les escaliers et passer à travers les planches et manquer de se noyer était normal. Comme si servir d'appât était normal. Comme si être en danger était normal. Comme si être blessé était … Derek serra les dents. C'était normal. Pour lui. Et Derek voulait tuer chaque responsable. Il se foutait de ce traité de paix. Il mettrait la meute d'Ennis à feu et à sang et ferait de même avec les autres. Il déclarerait la guerre, comme Satomi l'avait menacé de le faire, à chacune des meutes qui avait blessé Stiles et l'avait mis dans l'état là.
« Est-ce que tu peux ne pas être aussi serein à propos de tout ça ? » demanda Derek d'un ton cassant. Il n'était pas énervé contre Stiles. Il espérait que celui-ci le sache. « T'es blessé, bordel ! T'aurais pu te rompre le cou en tombant ou … Arrête de faire comme si c'était parfaitement normal !
- Non, » répondit Stiles. Les yeux de Derek remontèrent dans ceux de Stiles en une seconde. Les iris brunes étaient plantées dans les siennes. « C'est comme ça que je survis. »
L'air quitta les poumons de Derek comme s'il avait reçu un coup de poing dans le ventre. Il se força à inspirer, sinon il se laisserait étouffer. Puis, il détourna à nouveau le regard sur la blessure. Il était incapable de ne pas voir les autres cicatrices qui barraient la peau du bras de Stiles, incapable de ne pas penser qu'il en recousait une énième. Il finit de recoudre la plaie et la nettoya doucement à nouveau. Il plaça un pansement par-dessus. Puis, il alla chercher un de ses t-shirts à manche courte pour le donner à Stiles. Celui-ci l'enfila sans un mot.
Derek rassembla les fournitures dans la boite, alla tout ranger dans la salle de bain et se lava les mains. Lorsqu'il revint, ils mangèrent en silence.
« Tu veux regarder un film ? » proposa Derek. Ils n'avaient pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures, mais Derek n'avait pas envie d'aller se coucher. Stiles acquiesça et il se dirigea vers le sac plastique rempli de boites de DVDs que Derek était allé emprunter à la vidéothèque en suivant la liste de Lydia. Il en leva un dans sa direction et Derek le regarda. « C'est quoi le titre ? »
Stiles le regarda légèrement surpris, il tourna la boite vers lui, s'assurant que le titre était bien marqué en gros dessus, puis, il tourna à nouveau la boite vers Derek. Ce dernier attendit quelques secondes avant de demander, « Stiles, est-ce que ça va ? » L'interpelé acquiesça, les sourcils froncés avec confusion. « Tu recommences à ne pas parler. »
Stiles se redressa, son regard se vida un instant quand il réalisa que Derek avait raison. Puis, il se focalisa à nouveau sur Derek, se racla la gorge et ouvrit la bouche pour parler mais sembla ne pas trouver quoi dire.
« Je suis désolé pour ce qu'il s'est passé plus tôt, » dit Derek. « Je sais que je n'aurais pas dû, c'est juste … » Il soupira. « J'ai cru que tu t'étais noyé. J'ai cru … » Il détourna le regard un instant avant de le planter à nouveau dans celui de Stiles. « Je suis désolé. Je ne le referais plus. Je te le jure. »
Stiles avait les sourcils froncés et Derek crut qu'il ne le croyait pas. Il serra les mâchoires. Il lui avait fallu du temps pour gagner ne serait-ce qu'une toute petite partie de la confiance de Stiles, juste assez pour que celui-ci ne soit pas tendu et robotique à ses côtés. Il ne voulait pas perdre ça pour une impulsion stupide.
Stiles reposa le DVD dans le sac plastique et avança jusqu'à Derek. Ce dernier pensait qu'il allait s'arrêter pour lui dire quelque chose, mais ce ne fut pas le cas. Stiles ne s'arrêta de marcher que lorsqu'il fut contre Derek, ses bras entourés autour du loup, sa tête posée sur son épaule. Derek se figea.
Il fut plus que conscient du sursaut qu'eut son cœur lorsque Stiles le prit dans ses bras. La chaleur du corps contre le sien lui fit oublier comment respirer. Après un instant, il se souvint qu'il pouvait bouger, et il leva les bras pour serrer le garçon contre lui. Stiles n'était pas raide, ses muscles se détendaient dans l'embrassade des bras de Derek. Celui-ci pouvait le sentir se laisser aller un peu plus à chaque seconde qui passait.
« Stiles, est-ce que … comment tu te sens ?
- Mieux. »
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Un grand merci à vous tous qui continuer de suivre cette histoire, ou commencer juste à le faire. Avec une petite pensée pour les guests auxquels je ne peux pas répondre. Merci vraiment du fond du coeur !
J'espère que cette fin pour la Créature ne vous laisse pas trop dubitatifs. Je ne voulais pas trop m'attarder pour une enquête, mais j'espère que vous n'avez pas des dizaines de questions en suspend.
A bientôt !
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