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Chapitre 11 : Ressouder

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La nuit était tombée après une longue journée mouvementée quand la Camaro s'arrêta au bas de l'immeuble et que Derek et Stiles en sortirent. Le second grimaça dès que son pied toucha le sol. Il devait arrêter de tomber, surtout sur cette cheville. Son atèle lui semblait complètement inutile, la pression qu'elle exerçait pour le stabiliser ne faisait qu'augmenter la douleur. Derek était à ses côtés avant qu'il n'ait eu le temps de faire un pas de plus et lui bloqua la route. Le loup l'observa un instant, puis, prenant sur lui, dit, « Laisse-moi te porter jusqu'à l'appartement. »

C'était une proposition, une question, que Stiles était en droit de décliner. Après la bataille qui avait eu lieu, son visage était griffé, sa peau pleine de coupures, son dos le lançait à cause du choc de sa chute, sa cheville était certainement cassée et il était épuisé. La seule chose qui le maintenait debout, malgré la douleur et l'endolorissement qui avaient gagné tout son corps, était l'adrénaline de la course effrénée et du combat qui avait suivi. Il avait mal, mais il avait mal pour de bonnes raisons.

Il regarda Derek, puis hocha la tête. Celui-ci hésita un court instant, comme s'il ne savait pas comment s'y prendre. Puis, il tourna le dos à l'adolescent et s'agenouilla. Stiles mit une seconde à comprendre que Derek comptait le porter sur son dos.

Le loup se redressa et monta les marches jusqu'au loft comme s'il n'y avait aucun poids mort sur son dos. Stiles posa sa tête à plat sur son épaule gauche et ferma les yeux, se laissant aller contre le corps fort. Derek monta lentement les marches, les cheveux de Stiles lui chatouillaient le visage. Il dut lâcher une jambe pour ouvrir la porte, et Stiles la resserra contre le côté de son corps pour ne pas le déséquilibrer.

Il alla le poser sur son lit, car sa chambre était l'endroit le plus proche de la salle de bain. Stiles s'assit sur le bord du matelas et le loup alla chercher sa trousse à pharmacie. Il aspergea le coton de désinfectant et prit le visage de Stiles en coupe d'une main avant de frotter doucement sur les petites coupures de son visage. Elles ne laisseraient pas de marques, mais elles démangeraient au début. Derek était si concentré sur les blessures qu'il ne voyait pas la façon dont les yeux bruns le dévisageaient. Il ne remarqua pas la façon dont son pouce caressait doucement la joue, ni à quel point les frottements du coton étaient doux et précautionneux. Stiles si.

« Comment va ta cheville ? » demanda ensuite Derek alors qu'il rangeait le désinfectant et rassemblait les cotons sales pour les jeter. « Je crois que je l'ai entendue craquer tout à l'heure.

- Elle fait plus mal que d'habitude. » Avec une grimace, Derek défit l'atèle. Presque aussitôt, la cheville de Stiles se mit à gonfler.

« Merde. Elle doit être cassée. » Ça n'était pas vraiment une surprise. En réalité, c'était étonnant qu'elle ne se soit pas cassée avant. « On ira à l'hôpital demain, » décida-t-il avant de se passer une main sur le visage, frottant ses yeux pour en chasser la fatigue. « Tu devrais dormir, » dit-il en se redressant.

Stiles commença à se relever, mais Derek l'arrêta. « Non, dors ici. Tu as besoin d'une bonne nuit de sommeil, et il faudrait éviter que tu marches. » Stiles l'observa un instant, cherchant à analyser la situation à travers sa fatigue. Derek était lui aussi trop fatigué pour réellement prendre en compte son hésitation.

Il se leva pour ranger la boite et le coton, puis prit rapidement le t-shirt et le jogging qu'il utilisait comme pyjama dans la commode. En remarquant que Stiles s'était enfoui sous ses couvertures, il retourna dans la salle de bain. Il prit une douche rapide pour enlever la sueur et la saleté qui s'étaient collées à sa peau. Il ferma les yeux et, bercé par l'eau chaude, manqua de s'endormir sous la douche.

Une fois habillé, il sortit de la salle de bain et avança en mode automatique jusqu'à son lit pour se laisser tomber dans celui-ci. Le sursaut de Stiles, dont il avait oublié la présence, lui fit ouvrir les yeux. Il rencontra les yeux bruns, grands ouverts même si emplis de fatigue, qui le fixaient, alertes. « Désolé, » dit-il. Puis, il commença à se redresser pour aller dormir sur le canapé.

« Non, c'est bon. C'est ton lit, » l'arrêta Stiles. Derek plongea son regard dans le sien et essaya d'évaluer les choses.

« Tu es sûr ? » demanda-t-il.

Stiles hocha la tête, le visage à moitié caché sous la couverture, mais son regard certain. « Oui, Derek. Ça va. » Alors, Derek se relaissa tomber sur son lit. Il s'écarta autant que possible pour laisser de l'espace à Stiles et resta par-dessus les couvertures. Chacun à un bout du lit, un large vide entre eux. Il rompit le contact visuel lorsqu'il fut incapable de garder les yeux ouverts et se tourna sur le côté, de dos à Stiles.

C'est la sonnerie de son téléphone qui le réveilla le lendemain matin. Derek se leva à contre-cœur et grogna en répondant. « Oui, ça va. Et toi comment tu te sens ? … Isaac ? … Bon tant mieux. Deaton t'a appelé ? … Les autres vont bien ? … Stiles ? » Derek releva les yeux vers l'adolescent. Celui-ci était réveillé. Il était assis avec les jambes tendues sous la couverture et fixait Derek. Ce dernier se perdit un instant – tout petit instant – dans les yeux bruns avant de répondre. « Je crois que sa cheville est cassée. Je vais aller voir Mélissa. » Il écouta la réponse de sa sœur d'une oreille distraite. Stiles ne bougeait toujours pas, continuant de le regarder silencieusement.

« Derek, fais attention. » Il n'eut pas le temps de demander à sa sœur ce qu'elle voulait dire avant qu'elle ne raccroche. Il dit au revoir à la ligne vide et reposa son téléphone sur le meuble.

« Comment va ta cheville ? » Stiles grimaça. Il écarta la couverture d'une main et Derek put voir qu'elle était gonflée, deux fois plus large que l'autre. « Pas bien, » remarqua-t-il. Il se pinça l'arête du nez. « Bon, » reprit-il en s'écarta en direction de la cuisine. « Tu as faim ? » Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et Stiles haussa une épaule en réponse. Puis, le garçon essaya de se lever. « Reste-là. C'est mieux si tu ne marches pas. » Alors, Stiles se laissa retomber sur le matelas et appuya son dos contre la tête de lit.

Derek prépara une omelette. Il avait appris il y a longtemps à cuisiner, il n'avait pas eu le choix, alors il s'en sortait plutôt bien. Il connaissait une vingtaine de recettes simples et rapides à faire. Mais, avant que Stiles n'arrive, il n'avait jamais vraiment expérimenté. Une omelette se contentait d'être un œuf battu avec un peu de sel et de poivre, avant. Maintenant que Stiles était là, il rajoutait des ingrédients. Du jambon, des tomates, du fromage, des poivrons … un peu tout ce qui lui venait à l'esprit. Il ne s'était jamais inquiété d'avoir une alimentation équilibrée avant de vivre avec quelqu'un qui en avait besoin.

Cela faisait quelques semaines que Stiles n'avait pas vomi un repas. Il mangeait peu, mais chaque jour un peu plus qu'avant. Même si Derek ne pouvait pas vraiment en juger à travers les pulls, il savait que Stiles avait repris du poids, pas encore un poids acceptable pour quelqu'un de son âge et de sa taille, mais ils y arriveraient lentement. Il était aussi légèrement moins pâle, perdait moins l'équilibre, était fatigué moins vite et manger ne semblait plus être une torture pour lui.

Aussi, Derek ne se sentit pas coupable lorsqu'il lui tendit son assiette et posa un verre d'eau avec des complétements alimentaires sur la table de nuit. Il s'assit au bord du lit, juste à côté des jambes de Stiles. Ce dernier se saisit de l'assiette. Il ne jeta pas un regard noir à la nourriture, prenant simplement sa fourchette pour en couper un morceau. « Tu es sûr que ça va ? » demanda Derek.

Stiles s'arrêta de marcher et releva les yeux sur lui, une question dans le regard. « Tu n'as pas dit un mot depuis que tu t'es réveillé. » Les yeux bruns se baissèrent sur l'assiette, juste une seconde avant de se relever dans ceux de Derek. Il avala difficilement. « Je veux dire – tu n'as pas à te forcer à parler, si tu ne le veux pas. Mais … » Derek soupira. Il n'était pas bon avec ça, pas doué avec les mots ou leur formulation. Et il n'était même pas le genre de personne à ne pas supporter le silence, au contraire, il aurait préféré que les gens apprennent à se taire plus souvent. Mais à chaque fois que Stiles lui offrait le traitement du silence, ne répondant à ses questions que par des signes de têtes ou des regards, il avait l'impression d'être revenu trois mois plus tôt, quand Stiles attendait juste que Derek retire un masque de gentillesse pour l'attaquer.

« Si tu veux dire quelque chose, quoique ce soit, tu peux. Même sans que je te pose une question. N'importe quoi. » Il marqua une pause. « Et pour hier soir, je suis désolé si tu –

- Derek, tout va bien. » Il releva ses yeux dans ceux de Stiles, surpris par le calme de sa voix.

« Je ne veux juste pas que tu penses que j'essayais quoique ce soit. » Stiles se redressa légèrement à ses mots. Derek pensa que, peut-être, l'adolescent n'y avait pas pensé lui-même, puis réalisa que ça avait forcément été le cas. Stiles restait toujours sur ses gardes, repassait en situation d'alerte au moindre signe.

« Je sais que tu ne me toucheras pas, » répondit-il. Derek sembla soulagé en entendant ses mots, et Stiles sut qu'il ne comprenait pas à quel point cela le terrifiait. Évidemment, c'était rassurant de savoir que Derek n'était pas comme le reste d'entre eux, apaisant de ne pas avoir à être sur ses gardes à chaque instant, de savoir qu'il était en sécurité. Mais cette sécurité ressemblait à un chemin miné. Stiles ne s'attendait pas à ce qu'on retire le voile et le pousse sur une de ces bombes, et c'était justement ça qui lui faisait peur. Il n'était plus sur ses gardes et Derek n'était pas comme eux, et Stiles ne savait pas où il mettait les pieds. Il avait peur d'être blessé d'une centaine de manières qu'il ne connaissait pas encore. Il avait peur de faire confiance à Derek. Il avait peur d'être heureux juste pour tout perdre à nouveau. Il avait peur de ne pas supporter le choc si ça devait être le cas.

Il ne voulait pas que Derek soit comme eux, mais s'il l'était, il saurait à quoi s'attendre. Ils pouvaient lui faire mal, mais ne pouvaient pas lui faire peur. Ils pouvaient lui dire que tout irait bien, mais ne pouvaient pas le lui faire ressentir. Ils pouvaient posséder chaque parcelle de sa peau et le marquer comme leur propriété, mais ne pouvaient pas obtenir son esprit, sa voix, ses émotions. Derek ne pouvait pas lui faire ce qu'ils lui avaient fait. Et de la même façon, il pouvait tout ce dont ils avaient été incapables.

« Je ne te toucherai pas, » répéta Derek, comme un serment qu'il proférait pour eux deux. Puis, il se détourna et recommença à manger. Stiles l'imita, à travers sa gorge serrée. Il se força à avaler, puis se força à parler.

« C'est très bon. » Il offrit un sourire à Derek, une vraie courbe sincère.

Derek lui sourit en retour. « Merci. » Lorsqu'ils eurent fini, le loup rangea les assiettes et les verres. Stiles s'assit sur le lit et l'autre revint avec pour ambition de le porter jusqu'à la voiture.

Stiles écarta les bras et Derek s'agenouilla au bord du lit pour le serrer contre lui. Stiles enfonça son visage dans le creux de son cou, laissant son nez froid s'y réchauffer. Il passa ses bras autour du son torse fort, et sentit ceux du loup s'enrouler autour de lui. La joue qu'il savait mal rasée se posa contre le haut de sa tête, alors qu'une main jouait avec les petits cheveux dans sa nuque. Stiles n'avait plus mal nulle part, il n'avait plus peur. Il ne voulait plus jamais bouger. Il inspira contre la peau chaude, une odeur salée et tendre. Toute la peau qu'il touchait était douce, fine et lisse, y compris les doigts contre sa nuque. Il frissonna dans l'étreinte. « Tu as froid ? » Stiles avait toujours froid, sa peau était gelée même sous plusieurs pulls et couvertures, mais il ne frissonnait jamais à cause du froid, autrement, il tremblerait en permanence. Quand il ouvrit à nouveau les yeux, ceux-ci tombèrent sur l'horloge du micro-onde et il se rendit compte qu'il retenait Derek depuis trop longtemps. Alors, il s'écarta.

« Tu veux bien que je te porte jusqu'en bas ? »

Stiles acquiesça, puis, il se reprit. « Oui. » Derek lui lança un rapide sourire avant de lui tourner le dos, toujours agenouillé. Stiles s'appuya contre lui. Lorsque le loup se releva, ses pieds quittèrent le sol, les bras de Derek s'enroulèrent autour de ses jambes et son torse fut pressé contre son dos. Il posa la tête sur son épaule à nouveau. Il ferma les yeux et eut l'impression d'avoir à nouveau huit ans.

Derek descendit les escaliers avec précaution et posa délicatement Stiles sur le siège passager avant de le lâcher. Il conduit tranquillement jusqu'à l'hôpital. « Je peux ? » demanda Stiles, la main à quelques centimètres de l'autoradio et Derek acquiesça avant de jeter un regard noir à l'automobiliste qui le suivait dans le rétroviseur. Stiles alluma alors la radio et le son de la balade remplie l'habitacle. Le son des cordes de la guitare avait quelque chose d'immédiatement apaisant, la voix qui l'accompagnait était douce et pleine de peine.

It's not that we're scared. It's just that it's delicate.

Stiles observait la ville par la fenêtre et les arbres qui tendaient leurs branches vers le ciel gris. Au fur et à mesure qu'ils approchaient de l'hôpital, Stiles reconnut le chemin. Dans ses souvenirs, les arbres étaient plus verts, la route brillait sous un soleil lourd. Le bitume passait rapidement sous les roues de la voiture et sa mère jetait des coups d'œil réguliers à l'heure indiquée sur le tableau de bord. Ça va aller, répétait-elle, encore et encore et encore. La façade de l'hôpital n'avait pas changé. Un large parking et un immeuble carré et blanc aux petites fenêtres séparées à égale distance. Les lettres du fronton en néon éteint dominaient l'entrée. « Hé, tu te sens bien ? »

Il leva les yeux vers Derek et prit une grande inspiration pour se calmer. « Tu es déjà venu ici, » devina le loup. Il semblait avoir déjà deviné la raison de son léger affolement. Stiles ne répondit pas, s'occupant de réguler sa respiration. « Ça va aller, » lui dit Derek et un rire nerveux quitta ses lèvres. Le loup haussa les sourcils.

« Ma mère disait tout le temps ça, » expliqua-t-il. Les mots étaient sortis âprement de sa bouche. Il expira profondément et jeta un coup d'œil au bâtiment. Il ne voulait pas y entrer.

Derek le regardait comme s'il n'était pas sûr de pouvoir poser sa question. Mais les yeux de Stiles lui répondaient avec un encouragement silencieux. « C'est là que ton père est mort ? »

Pendant un moment, Stiles resta immobile, puis il secoua négativement la tête. « Dans l'ambulance. Mais c'est ici qu'on l'a appris.

- Tu veux qu'on trouve un autre hôpital ? » demanda Derek.

La proposition était tellement absurde. Stiles cligna plusieurs fois des yeux sous la surprise. Pourtant, Derek était sérieux et s'il le lui demandait, le loup l'emmènerait loin d'ici, roulerait sur des kilomètres juste pour trouver un autre endroit. Stiles secoua la tête.

Ils descendirent de la voiture et Derek porta Stiles sur son dos jusqu'à l'intérieur de l'hôpital. « Bonjour, est-ce que Madame McCall travaille aujourd'hui ? »

La secrétaire les jaugea du regard avant de répondre. « Je vais voir si elle est disponible. Vous pouvez aller vous assoir.

- Ça va, je vais attendre, » répondit naturellement Derek. La personne le regarda avec surprise.

« Ça risque de prendre un moment, » précisa-t-elle alors qu'elle se levait, mais Derek se contenta d'hausse une épaule. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis laissa tomber, partit et disparut au détour du couloir.

Elle revint cinq minutes plus tard et écarquilla les yeux en voyant que Derek se tenait droit, comme s'il ne portait personne sur son dos, et n'avait pas bouger d'un centimètre depuis qu'elle l'avait laissé. Le loup lui sourit et elle retourna s'assoir. Après plusieurs autres minutes, les quelques personnes qui étaient assis dans la salle d'attente commencèrent à leur jeter des regards intrigués. La réceptionniste ne cessait de relever les yeux sur eux, ses sourcils hésitant entre se hausser ou se froncer. Stiles finit par enfoncer son visage dans le creux du cou de Derek pour étouffer un rire, son torse tremblant contre le dos du loup. Ce dernier dut se mordre l'intérieur de la lèvre pour ne pas lui aussi se mettre à rire.

« Derek ? » l'interpela Mélissa. L'alpha se racla la gorge pour reprendre son calme et offrit un sourire à l'infirmière.

« Bonjour, comment allez-vous ?

- Bien. » Mélissa fit trainer sa syllabe alors qu'elle tentait visiblement d'identifier la personne hilare qui se cachait dans l'épaule de Derek.

« Stiles a surement une cheville cassée, » lui expliqua Derek.

Mélissa haussa les sourcils et regarda le garçon d'un air amusé. « Ce qui est hilarant, j'en suis sûre, » dit-elle avec un sourire. Stiles releva la tête, pinçant ses lèvres pour s'empêcher de rire. Mais quand ses yeux croisèrent ceux de Mélissa, une image se superposa à l'autre. Ses lèvres s'entrouvrirent, le choc peignit les traits de son visage.

« Bonjour, » dit-il comme un réflexe. Stiles ! On dit bonjour aux gens avant de rentrer chez eux ! Il pouvait entendre l'infirmière rire aux mots de sa mère. Il eut du mal à avaler sa salive.

Il l'avait déjà revue pourtant, mais c'était différent de la revoir ici. Ici, dans cette tenue d'infirmière, l'air juste un peu plus âgée que lorsqu'elle tenait sa mère pleurante et criante et essayait de la calmer alors qu'il s'était prostré dans un coin du hall. « Stiles ? » La voix de Derek interrompit ses pensées. Celui-ci avait tourné la tête autant que possible pour voir son expression. Stiles se rapetissa contre lui, comme s'il essayait de se cacher derrière l'homme ou de s'en rapprocher le plus possible.

« Venez, on va faire une radio, » dit Mélissa avant de les guider à travers les couloirs de l'hôpital. L'avantage de connaitre une infirmière : vous sautiez les heures d'attentes. Quand il fut assis, sa cheville en place, Mélissa régla l'appareil. Derek s'était retiré dans un coin de la pièce, la laissant travailler. « Comment tu te sens, Stiles ? » Celui-ci hocha la tête en lui offrant un petit sourire. « Tu manges mieux ? » Il hocha à nouveau la tête.

Stiles repensa aux paroles de Derek plus tôt ce matin, mais les mots restaient coincés au plus profond de sa gorge. Lorsque le regard maternel passait sur lui, il le brulait. Son regard était pire que celui de Scott.

Ils attendirent les résultats de la radio, puis, Mélissa lui montra les différents points où ses os étaient brisés. Ensuite, ils allèrent dans une petite salle et elle prépara un plâtre. Stiles resta immobile pendant tout le processus, ses yeux rivés sur l'infirmière. Il sentit le regard de Derek sur lui tout du long. Puis, Mélissa quitta la pièce pour préparer des papiers et Derek se rapprocha de lui. « Comment tu – »

Il fut interrompu par les bras de Stiles qui s'écartèrent. Les yeux bruns brillaient d'une question muette et Derek n'hésita pas une seconde avant de s'approcher de lui. Les bras de Stiles s'enroulèrent autour du corps du loup avec plus de précipitation qu'auparavant. Comme il était assis sur une table et Derek debout, son visage fut plaqué contre la poitrine du loup. Ce dernier baissa la tête pour poser sa joue contre le sommet de son crâne, son nez frottant dans les cheveux bruns.

Lorsqu'ils entendirent la porte s'ouvrir, ils s'écartèrent l'un de l'autre. Mélissa avait les yeux baissés sur des feuilles de papier et, après les avoir relues, elle les tendit à Derek. « Voilà. » Il la remercia et dit qu'il allait passer à l'accueil. « Il y a des fauteuils roulant dans le couloir, si tu veux éviter de te faire à nouveau remarquer, » glissa-t-elle. Mais Derek haussa une épaule avant de s'agenouiller une nouvelle fois devant Stiles qui grimpa sur son dos. Elle poussa un soupir amusé en les regardant partir dans le couloir.

L'infirmière de l'accueil inspira brusquement lorsque Derek lâcha l'une des jambes de Stiles pour signer les papiers, sans avoir aucune difficulté à le garder sur son dos. Elle garda la bouche entrouverte jusqu'à ce qu'ils quittent le bâtiment, et Stiles dut à nouveau enfouir son visage dans le cou du loup pour ne pas rire.

Ils rentrèrent. Derek porta une nouvelle fois Stiles dans les escaliers et lui interdit de se déplacer sans ses béquilles. Celui-ci accepta et alla s'assoir dans le canapé. Il n'avait pas envie de travailler, alors il demanda au loup s'il voulait regarder un film. « Qu'est-ce que tu veux voir ?

- Forest Gump ? » proposa Stiles avec un léger sourire. Si c'était le film préféré de Derek, alors il ne pourrait pas résister, n'est-ce pas ? Le loup installa l'ordinateur sur la table basse et s'assit sur le canapé à côté de Stiles.

Lorsque Forest se mit à courir et que les prothèses métalliques autour de ses jambes se brisèrent, Derek glissa, « N'essaie pas de faire pareil. » Stiles fut si surpris par le commentaire qu'il se mit à rire. Il jeta un coup d'œil au loup pour voir Derek essayer de réprimer un sourire. Il se laissa aller et appuya son épaule contre la sienne. Involontairement, Derek se laissa aussi aller contre lui. Ils continuèrent de regarder le film sans plus bouger.

Quand il fut fini, Stiles se décida à aller étudier l'un des cahiers de Lydia. Derek prit son ordinateur et s'allongea sur son canapé, posant la machine sur son torse. Il resta ainsi à vérifier l'actualité et reprendre les archives familiales que son oncle avait numérisées pour les croiser avec les données que les Argent avaient partagées avec lui. Puis, son estomac le rappela à l'ordre et il remarqua qu'il avait sauté un repas. Il se redressa, et immédiatement, son dos hurla de douleur. « Oh bordel, » grogna-t-il en s'étirant. « C'est le canapé le plus inconfortable du monde. »

Stiles le regarda s'étirer avec amusement. « Les loups-garous ne peuvent pas avoir mal au dos, » lui rappela-t-il.

Derek grimaça. « C'est dire combien ce canapé est horrible, » répondit-il. Il se releva et roula une dernière fois des épaules avant de se diriger vers la cuisine. « Hors de question que tu y dormes à nouveau. » Il ouvrit le réfrigérateur pour voir ce qu'il pouvait préparer. Il lista mentalement ce qu'il voyait quand il réalisa la portée de ses mots. Il se retourna brusquement vers Stiles, qui ne l'avait pas quitté du regard. Il y avait cette lueur d'analyse calme dans ses yeux que Derek savait maintenant reconnaitre.

Il s'éclaircit la gorge, mais n'avait aucune idée de quoi dire.

Il resta ainsi, la porte du frigo ouverte dans la main, son corps tourné vers Stiles et les yeux légèrement écarquillés. Pendant que l'autre le dévisagea intensément, son visage neutre pour perturber Derek encore plus, un stylo figé au-dessus d'une page couverte de rature.

Derek attendait que Stiles lui dise qu'il n'avait jamais eu mal au dos. Stiles attendait que Derek retire son offre. Tous deux refusaient de prendre complètement conscience que Derek avait sous-entendu que Stiles allait dormir avec lui chaque nuit à partir de maintenant.

Lorsque le silence s'étendit sur plusieurs autres longues minutes, ils furent obligés d'admettre que c'était bien la proposition qui flottait entre eux. Sauf que Stiles trouvait effectivement que le lit du loup était bien plus confortable que son canapé. Sauf que Derek n'avait aucune envie de retirer son offre. « À moins que ça te gêne, » finit par dire Derek pour rompre le silence.

Stiles ne réagit pas pendant une seconde, puis, il secoua la tête. « Mais tu préfères peut-être dormir seul, » dit-il pour offrir au loup une porte de sortie.

Derek haussa une épaule. « Ta présence ne me dérange pas. »

Ils se regardèrent fixement encore un moment avant de hocher la tête d'un air entendu. Puis, Derek se retourna, prit ce qui lui passait sous la main, ferma le réfrigérateur et commença à préparer à manger. Stiles baissa les yeux et recommença à gribouiller.

Après manger, Lydia arriva à l'appartement. Lorsqu'ils commencèrent à parler de chimie, Derek partit faire quelques courses. Après dix minutes d'explications, Stiles avait toujours les sourcils froncés et regardait son amie comme si chaque mot lui faisait mal. Lydia s'arrêta de parler et réfléchit à une nouvelle façon de lui expliquer. « Je suis désolé, » dit-il.

Elle secoua la tête. « Si j'ai réussi à l'expliquer à Malia et Cora, je peux te le faire comprendre. » Elle bascula la tête en arrière et regarda le plafond en réfléchissant.

« Tu as aussi donné des cours à Cora ? » Lydia hocha la tête de façon absente.

« Oui, elle a manqué quelques années après … » Elle laissa sa phrase en suspend et jeta un coup d'œil rapide à Stiles. Celui-ci comprit qu'une ombre flottait.

« Après l'incendie ? » essaya-t-il. Les yeux de Lydia s'écarquillèrent.

Elle se rassit dans sa chaise et posa les coudes sur la table, se penchant légèrement vers lui et parlant d'un ton plus bas, comme si quelqu'un pouvait surprendre leur conversation. « Tu sais pour l'incendie ? » Stiles hésita, mais finit par hocher la tête. La surprise de Lydia s'accentua. « Derek t'en a parlé ? » Il ne répondit pas, ne fit même pas un signe de tête. « Derek te parle de lui ? De sa vie ? »

Stiles n'osait toujours pas répondre, mais Lydia le regardait d'une manière telle qu'il savait qu'elle ne lâcherait pas l'affaire. Il osa finalement hocher la tête. Elle se renfonça dans le fond de sa chaise, le fixant d'un air ahuri. « Il ne parle jamais de lui, » dit-elle.

Stiles garda une expression neutre. Lydia avait tort. Derek parlait souvent de lui, de sa famille, de son enfance. « Pourquoi ? » demanda-t-il.

« C'est Derek, » répondit immédiatement Lydia comme si c'était la chose la plus logique du monde. « Il déteste parler. Surtout de lui. » Stiles ne pouvait pas s'empêcher de penser à combien c'était faux. Derek avait toujours ce demi sourire, heureux et nostalgique, quand il parlait de sa famille ou de son passé. Il aimait raconter ses souvenirs, les partager, les revivre l'espace d'un instant. Il réalisa que, peut-être, sa meute ne le connaissait pas si bien que ça. Stiles connaissait le film préféré de chacun de ses frères et sœurs, le nom de deux de ses cousins et combien sa tante était ennuyeuse.

Au début, Derek avait seulement parler quand Stiles parlait. Celui-ci ne savait pas si c'était la culpabilité de lui arracher des informations, l'envie de le mettre à l'aise, ou l'espoir d'obtenir plus d'informations sur Stiles en attisant sa curiosité. Après quelques temps, Derek avait commencé à juste offrir ces brides de souvenirs aléatoirement, parfois seulement quelques mots, comme des indices dispersés. Il n'avait pas l'air de s'en rendre compte.

Stiles ne dit rien, malgré le regard insistant de Lydia. Il était certain que la jeune fille savait qu'il cachait quelque chose, mais elle ne fit aucun effort pour en apprendre davantage. Finalement, elle se mit à hocher la tête. « Oui, après l'incendie, Cora n'est pas retournée à l'école. Alors quand j'ai aidé Malia, elle nous a simplement rejointes. Elle détestait toutes les matières. Sauf l'histoire, mais j'avais l'impression qu'elle ne comprenait pas que c'était réel, et pas un film ou un livre. » Stiles savait que Cora aimait lire, qu'elle passait des heures à se plonger dans d'autres mondes et à rêver d'être n'importe où ailleurs qu'à Beacon Hills. D'après Derek, elle ne lisait presque plus maintenant. Tous les livres de la bibliothèque étaient à elle.

« Oh, je sais ! » s'exclama Lydia après un silence. Elle prit une nouvelle feuille, s'arma une nouvelle fois de son stylo et commença une nouvelle explication. Stiles venait de comprendre quand Derek passa la porte. Celui-ci s'arrêta en arrivant sur le palier, ses yeux immobilisés sur Stiles et celui-ci lui offrit un large sourire. Derek sembla hésiter, mais, d'elles-mêmes, ses lèvres s'arquèrent en un sourire.

« Tu manges ici ? » demanda Derek. Les deux adolescents relevèrent la tête et remarquèrent que la nuit était tombée.

« Non, je dine avec ma mère. Ça fait longtemps, » répondit Lydia. Elle regarda l'heure sur la montre qu'elle avait au poignet. « Et je vais y aller maintenant, d'ailleurs. » Elle ramassa ses affaires et leur dit au revoir. Quand elle quitta la pièce, Derek était déjà en train de préparer le diner. Stiles se leva pour mettre la table, mais réalisa qu'il n'irait pas loin avec ses béquilles.

Il décida de le faire quand même, avança jusqu'au placard, posa ses béquilles et tendit les bras pour atteindre les assiettes. Son épaule frôla celle de Derek. Stiles baissa les bras et se retourna appuyé sur le meuble pour poser les assiettes sur le comptoir. Il reprit ses béquilles et s'écarta du loup pour retourner vers la table. Ce dernier sentit son corps se pencher contre son grès dans la direction où Stiles partait. Il se gifla mentalement. Le plus jeune se tint en équilibre et fut reconnaissant que la distance entre la table et le comptoir soit réduite. S'il n'avait pas eu la gorge serrée, Derek lui aurait dit d'arrêter immédiatement. Il revint pour prendre deux verres et le loup s'accrocha au bord du meuble pour ne pas se pencher vers lui. Il revint une dernière fois pour les couverts et le loup força ses yeux à rester sur la casserole.

Ils regardèrent un autre film après le repas. Un film calme sur des gens qui tombent amoureux. Derek avait le côté gauche de son corps en flamme, alors qu'il était pressé contre Stiles. Probablement l'enfer commençant à l'accueillir. Il fut incapable de suivre le film. Mais il devait être drôle, puisque Stiles n'arrêtait pas de rire, pour le plus grand malheur de son cœur qui oubliait sans arrêt comment fonctionner. La seule chose à laquelle Derek pensait, était combien la peau de Stiles était brulante à travers son pull. Il se demanda si la peau de ses bras était aussi douce que celle de sa nuque, puis, il réalisa ce à quoi il pensait et se força à se concentrer sur autre chose. Stiles rit à nouveau et Derek mourut un peu plus.

Le générique du film passa sur l'écran et Derek dut se rendre à l'évidence : il n'avait rien suivi. « Tu as aimé ? » lui demanda Stiles.

« Oui, c'était génial, » répondit-il. Lorsqu'il tourna la tête, il vit les yeux bruns en train de le fixer et il comprit que Stiles savait qu'il mentait. Mais celui-ci ne dit rien, se contentant de le regarder. Stiles avait l'air d'avoir compris, de savoir, mais peut-être Derek était-il simplement paranoïaque.

Stiles ne dit rien. Il alla prendre sa douche après qu'ils aient entouré son plâtre d'un sac poubelle. Derek fit nerveusement les cent pas dans le loft. Son regard passait de la porte de la salle de bain au canapé, sur lequel était restés la couverture et l'oreiller de Stiles au cas où celui-ci veuille y retourner. Une part de lui espérait que Stiles dorme dans son lit, parce qu'il aimait sentir sa présence et son odeur près de lui et parce qu'il n'avait pas aussi bien dormi depuis des années. L'autre part, elle, avait peur que Stiles dorme avec lui, peur de rendre les choses étranges et peur de lui-même.

Stiles sortit de la salle de bain vêtu de son pyjama et les cheveux encore mouillés. Derek se força à détourner le regard et s'enferma dans la salle de bain. Il fit couler une eau glaciale pour se calmer. Après s'être lavé, il se mit en pyjama. Il se jeta un regard noir à travers le miroir avant de quitter la pièce.

Ses yeux tombèrent immédiatement sur Stiles, assis sur le bord du lit. Ce dernier releva les yeux vers Derek, comme incertain de ce qu'il devait faire. Lentement, le loup s'approcha du lit et s'assit sur l'autre bord. Stiles ne resta pas dos à lui. Il se tourna pour suivre le mouvement de Derek, jusqu'à s'assoir, les jambes repliées contre lui, mais face au loup.

Lorsque Derek s'allongea, Stiles passa sous la couverture. Ils se regardèrent fixement. La gêne encombrait l'air au point de les étouffer. « Tu es sûr que ça ne te gêne pas ? » s'assura encore une fois Derek.

Stiles secoua la tête. « Tu es sûr que ça ne te gêne pas ? » demanda-t-il à son tour. Derek ne sut pas tout de suite quoi répondre, mais il finit par secouer la tête. Il avait l'impression d'être un monstre pour vouloir avoir Stiles aussi près de lui, mais il était incapable de refuser. Il ferma les yeux, se préparant à s'endormir. « Tu vas rester comme ça ? »

Derek ouvrit les yeux et rencontra le regard brun. Il lui posa une question muette et Stiles tira légèrement sur la couverture pour lui indiquer ce dont il parlait. « Je pensais que tu serais plus à l'aise comme ça, » répondit le loup avec hésitation.

« Mais tu vas avoir froid, » fit remarquer Stiles. Ils se défièrent du regard un instant, puis, Derek s'exécuta.

Ils étaient allongés aussi loin que possible l'un de l'autre, mais les sens de Derek étaient assez sensibles pour ressentir la chaleur que le corps de Stiles propageait sous la couverture. Stiles était allongé face à lui, les jambes remontées contre son torse, ses bras croisés comme une barrière de protection devant lui. Il gardait les yeux ouverts, observant Derek comme un garde surveille une frontière. Le loup était allongé sur le dos, visage tourné vers le plafond. Il essayait plus que tout de ne pas penser au fait que Stiles était allongé à un mètre de lui. Il prit une profonde inspiration pour se calmer, mais l'odeur de l'humain à ses côtés emplie son nez. C'était doux et sucré, et ses muscles se détendirent immédiatement. À contre-cœur, il prit à nouveau une profonde respiration.

« Bonne nuit, Derek. » Il tourna la tête et ouvrit les yeux pour voir le visage tranquille aux paupières fermées de Stiles. Sa gorge était si serrée qu'il fut incapable de lui répondre. Il laissa le parfum faire taire son esprit et le bercer. Il était si simple de s'endormir ainsi.

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"It's not that we're scared. It's just that it's delicate." vient de la chanson "Delicate" de Damien Rice.

Merci à tous ceux qui suivent et commentent cette histoire !

Et un merci spécial à lolipop62150 pour m'aider avec tes commentaires !

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