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Chapitre 12 : Pensées

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« Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, » répéta Stiles pour la troisième fois.

Ils étaient garés dans un parking vide et Derek avait finalement réussi à convaincre Stiles de passer derrière le volant. « Tu dois apprendre à conduire.

- J'ai la cheville cassée.

- Tu n'as pas besoin de ta cheville gauche. Deux pédales, un seul pied.

- C'est pas logique, » insista Stiles.

Derek le regarda fixement. « De quoi tu as peur ? »

Stiles se redressa légèrement. Le loup n'avait pas prononcé ces mots comme un défis, mais c'était visiblement la façon dont l'adolescent les prenait. Il faillit se reprendre, mais décida du contraire au dernier moment, haussant un sourcil à la place. Stiles soutint son regard, avant de se mettre face au pare-brise. « Et si j'abime ta voiture ?

- Tu ne vas pas abimer ma voiture.

- Et si j'abime ta voiture ?

- Tu ne vas pas abimer ma voiture. »

Stiles le regarda du coin de l'œil. « C'est une menace ? » demanda-t-il.

Derek se demanda s'il était sérieux ou s'il plaisantait. « Non, » répondit-il. « De la confiance. » Il ne savait pas d'où lui venait ces mots. Il ne savait pas ce qu'il lui prenait de les dire à voix haute. Stiles parut tout aussi surpris que lui, clignant plusieurs fois des yeux rapidement avant de se reconcentrer sur la route en prenant une profonde inspiration.

« Bon, comment je m'y prends ?

- Mets les mains à dix heure dix, » indiqua Derek. Stiles haussa les sourcils dans sa direction. « Sur le volant. » Stiles fronça les sourcils en observant le volant, semblant chercher quelque chose d'inscrit dessus. Derek se demanda s'il se moquait de lui, puis, il prit les mains de Stiles dans les siennes pour les placer sur le volant. Sa peau brula. Stiles ne pouvait pas possiblement être aussi chaud, donc Derek avait un problème. Évidemment qu'il avait un problème. Il écarta les mains. « Comme ça, » dit-il, puis, il eut besoin de s'éclaircir la gorge.

« Ensuite, tu actionnes la marche avant – comme ça. » Il l'actionna, assez lentement pour que Stiles le voit faire. Celui-ci avait le front plissé de concentration et Derek voulait y passer le pouce pour en défaire les plis. Il détourna le regard. « Et maintenant, tu appuis doucement sur la pédale de droite. »

La voiture démarra très lentement, le moteur n'émit qu'un léger son, très loin de ceux qu'il poussait quand Derek conduisait, pied au plancher. « Tu peux aller plus vite, » dit-il et Stiles appuya légèrement plus fort sur la pédale, toujours pas assez pour que la Camaro prenne vraiment de la vitesse. « Okay, lâche l'accélérateur. » Stiles n'attendit pas une seconde avant d'arrêter d'accélérer et la Camaro s'immobilisa. Il tourna la tête vers Derek. « Tu te sens d'aller plus vite qu'un escargot ? » demanda le loup.

Stiles eut l'air vexé et il se retourna face au volant, le serra dans ses mains et appuya sur l'accélérateur. Il alla à peine plus vite au début, puis, il prit lentement un peu de vitesse. La voiture avança tout droit sur la moitié du parking, puis Derek l'arrêta. « Okay, freine, maintenant. Il faut appuyer un peu plus fort que pour – » Stiles donna un coup violent sur la pédale de freint et ils basculèrent tous deux vers l'avant. Stiles se retint au volant, Derek au tableau de bord. « Un peu plus fort, » répéta-t-il.

« Désolé. »

Derek retint un soupir en se rasseyant dans le fauteuil. « Bon, prêt à tenter un virage ? » Stiles fronça les sourcils. « Ce n'est pas si compliqué, » l'assura-t-il. Il ne fut effectivement pas compliqué pour Stiles de tourner sur la gauche alors que la voiture avançait à l'incroyable allure de trois kilomètres heures. Derek hurlait mentalement.

Pour le chemin du retour, Derek avait repris le volant. Ils avaient été silencieux pendant la moitié du trajet, quand finalement, Stiles demanda. « Ça t'étonne tant que ça que je n'ai jamais appris à conduire ? »

Derek réfléchit un instant. Il avait appris à conduire à quatorze ans, volait la voiture de sa mère à quinze et avait passé son permis le jour de ses seize ans. Mais Stiles n'avait pas vraiment eu sa vie. « Non. Je suppose que c'est normal. » Derek grimaça à ses propres mots et s'empêcha de s'excuser, comme il avait l'habitude de le faire au moindre faux-pas. « Je me suis mis derrière un volant quand j'étais encore trop petit pour toucher les pédales, » confia-t-il, en se souvenant des réprimandes de sa mère.

Stiles sourit, amusé. Il imagina un Derek enfant, trop petit pour voir la route, s'amusant à prétendre être un pilote de course. « Quand j'étais petit, » commença-t-il, « mon père me mettait sur ses genoux et me faisait tenir le volant. Je croyais que je conduisais vraiment, mais il me tenait les mains et faisait tout, bien sûr. Je me sentais grand. Et ma mère me disait que je me débrouillais bien.

« Une fois, un des collègues de mon père nous a arrêté. Surement parce que c'est pas top niveau sécurité, et qu'il n'avait pas reconnu mon père sur le coup. Il s'est mis à bégayer quand mon père lui a demandé quel était le problème. Ma mère n'a pas arrêté de rire jusqu'à ce qu'on finisse par rentrer. Pour moi, mon père était un superhéros qui pouvait faire tout ce qu'il voulait. » Stiles souriait en regardant le centre-ville de Beacon Hills défiler lentement par la fenêtre.

« C'est qui ton superhéros préféré ? » demanda-t-il au loup.

« Je n'en ai pas.

- En qui tu te déguisait pour Halloween quand tu étais petit ?

- On ne fêtait pas Halloween chez moi. » Stiles le regarda d'un air outré. Derek haussa un sourcil dans sa direction. « Je suis un loup-garou. Les gens se déguisent en moi pour Halloween, » rappela-t-il. Stiles n'eut pas eu l'air de trouver son explication convaincante.

« C'est triste de ne jamais avoir fêté Halloween. » Derek haussa une épaule.

« Tu étais qui toi ?

- Batman. » Derek éclata de rire. « Connard, » lança Stiles, sourire aux lèvres. Derek rit jusqu'à ce qu'ils arrivent.

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xx

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Alors que Stiles avait la tête penchée sur un livre, une de ses mèches de cheveux lui tomba en travers du front et lui barra la vue. Il fronça les sourcils avant de la repasser derrière ses oreilles. Derek l'observa une minute, ses yeux concentrés sur le livre, son doigt qui tapotait le bord de la page. Puis, la longue mèche brune et lisse glissa à nouveau, recevant un regard noir avant que les doigts de Stiles ne l'écartent à nouveau. « Tu veux te les couper ? » demanda Derek.

L'interpelé tourna la tête vers lui et l'observa un instant, semblant ne pas comprendre ce dont il parlait. « Tes cheveux. Tu voudrais qu'ils soient plus courts ? » Stiles releva les yeux sur son front pendant une seconde.

« Tu sais faire ça ? » demanda-t-il d'un air dubitatif.

Derek haussa une épaule. « Je le fais pour moi, » répondit-il. Stiles l'observa un instant avant de hocher la tête.

Stiles était assis sur une chaise dans la salle de bain, face au miroir. Ses cheveux étaient mouillés et il fixait le reflet de Derek dans la glace alors que celui-ci cherchait un peigne et des ciseaux dans le tiroir. Il vint se placer derrière le plus jeune et passa le peigne dans ses cheveux pour les démêler. Il leva les yeux pour rencontrer son regard à travers la glace. Il saisissait doucement les mèches, frôlait parfois la peau de son crâne ou de sa nuque. Il se força à garder les yeux baisser.

Puis, il prit le ciseau et sentit une pointe d'odeur âcre dans l'air. « Tu veux que j'arrête ? » demanda-t-il immédiatement. Son regard se leva dans celui de Stiles qui l'observait, les mâchoires serrées, visiblement en conflit avec lui-même. Puis, il secoua négativement la tête.

Derek écarta lentement les lames du ciseau et les approcha encore plus lentement de la mèche qu'il tenait. « Court comment ? » demanda-t-il. Stiles ne répondit pas. « Comme le jour où je t'ai rencontré ? » demanda-t-il pour référence.

Stiles secoua légèrement la tête de gauche à droite. « Plus court, » demanda-t-il.

Derek fit de son mieux. Il n'avait pas peur de faire un massacre, il se coupait lui-même les cheveux et s'était déjà occupé de ceux d'Isaac, même de ceux de sa sœur, Laura, plusieurs fois. Mais il faisait attention à tous les signaux que Stiles pouvait lui envoyer, du stress ou de la peur, peu importe. Il le sentit trembler lorsqu'il arriva à l'arrière de son cou et il caressa doucement sa nuque de deux doigts, avant de faire glisser sa main jusqu'à son épaule qu'il serra doucement. Durant tout son mouvement, il planta son regard dans le sien à travers la vitre du miroir.

Lorsqu'il eut fini, les cheveux de Stiles étaient presque secs. Il passa une main dans ceux-ci pour les ébouriffés, profitant une dernière fois de leur douceur. Le regard brun le regardait avec étonnement, et Derek détourna le regard avant de reposer les ciseaux et le peigne dans le tiroir. « Et voilà, » fit-il. Stiles se passa une main dans les cheveux, s'observant un instant dans le miroir avant de relever le visage vers le loup pour lui sourire.

« Merci. »

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xx

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Ce soir-là, ils n'avaient rien envie de faire d'autre que regarder des films. Les yeux de Derek brillaient de sommeil lorsqu'il démarra le troisième film. Il se réinstalla dans le canapé, et ferma les yeux après seulement dix minutes. Au bout de vingt, Stiles était sûr qu'il s'était endormi et tourna la tête pour l'observer. Derek avait la tête penchée en arrière, un peu tournée vers lui, et la bouche légèrement entrouverte. Les traits de son visage lissés et sans aucune trace de l'expression un peu grognon qui l'accompagnait souvent. Il était détendu, en paix. Stiles était assez près pour voir chaque détail de sa peau, discerner chaque poil sur sa joue mal rasée, chaque cil, chaque strie sur ses lèvres sèches. Sa peau était parfaite. Elle semblait si douce. Il osait à peine respirer par peur de le réveiller.

« Comment tu peux savoir de toute façon, hein ? Que t'es amoureuse ? Comment tu peux le savoir ? » s'exclama la fille du film. Elle avait l'air désespérée. La personne à qui elle parlait leva les yeux au ciel. « C'est pas compliqué. Comment tu te sens avec lui ? Comme si tu flottais ? Comme si tu étais invincible ? En sécurité ? Comme si tu ne voulais plus jamais être où que ce soit d'autre au monde ? Comme si rien d'autre ne comptait ? Eh bien, bravo, ma grande, tu l'aimes. »

Un poids lourd tomba dans l'estomac de Stiles. Ça ne voulait rien dire. C'était un film stupide. Il regarda à nouveau Derek, fixant ses paupières closes et voyant les différentes nuances que prenaient ses iris derrière elles. Grises, vertes, bleues, il ne savait jamais quelle couleur elles adopteraient. Son regard glissa sur les bras nus et il sentit la force avec laquelle ils se refermaient autour de lui, comme s'ils comptaient le protéger contre le monde entier, et leur chaleur qui lui promettait que rien ne le blesserait plus jamais. Il pensa à la confiance stupide qu'il lui accordait car il était incapable de la retenir. Il pensa aux prières qu'il adressait au vide.

Mais ça ne voulait rien dire.

Parce que Stiles ne pouvait pas aimer. Il avait perdu cette capacité quand sa mère avait été dévorée par les flammes, quand son être entier lui avait été volé, encore et encore jusqu'à ce qu'il ne reste rien de lui, à part cette minuscule part de fierté qu'il se forçait à garder sans même y croire. Les gens comme lui n'aimaient pas. Et quand ils étaient assez stupides pour le faire, ça les tuait. Il l'avait vu. Stiles n'aimait pas. Il ne pouvait pas de toute manière. Derek était l'alpha qui n'avait jamais voulu de lui. L'alpha qui ne l'avait jamais blessé. C'était tout. La reconnaissance n'est pas de l'amour.

Derek bougea légèrement dans son sommeil, et le côté de son corps vint se presser contre celui de Stiles. La tête du loup tomba en avant, et il observa la masse de cheveux bruns à quelques dizaines de centimètres de lui. Sa peau picotait là où elle rencontrait celle de Derek. Il détourna le regard sur l'écran et essaya de se concentrer sur ce film qui n'avait aucun sens. Le poids dans son estomac se changea en une douleur sourde.

Lorsque le générique eut fini de défiler à l'écran, Derek était toujours endormi, son corps maintenu droit par la présence de celui de Stiles. Aussi, celui-ci n'osa pas s'écarter. Il ne voulait pas réveiller Derek, mais il doutait de pouvoir dormir, assis ainsi contre le loup. Il détourna le regard vers la fenêtre, vers les étoiles qui brillaient dans le ciel et essaya de faire abstraction de tout. Il fit disparaitre la lumière de la lampe au profit de la fine lueur des étoiles, l'air se vida du léger vrombissement de l'ordinateur et de l'odeur persistante des pop-corn grillés. Mais il n'arrivait pas à oublier la chaleur sur la moitié de son corps, l'odeur légèrement salée, le son de la respiration endormie. Et Stiles découvrit qu'il pouvait dormir malgré ces choses.

Il se réveilla quand quelque chose bougea contre lui. Stiles redressa la tête brusquement sous le besoin viscéral d'identifier le corps contre le sien. Son crâne heurta la mâchoire de Derek qui grogna. Le loup le regarda et dut voir quelque chose sur son visage, car ses yeux s'écarquillèrent. Il s'écarta de Stiles, et celui-ci eut subitement froid. « Désolé, » dit le loup alors que l'adolescent entourait ses bras autour de lui-même pour conserver un peu de la chaleur qui s'était écartée de lui. Ils plongèrent leur regard dans celui de l'autre, sans savoir ce qu'ils cherchaient à communiquer ou comprendre des messages de l'autre.

Puis, Stiles se rapprocha de Derek qui le regardait, alerte. Il ouvrit les bras, les entoura aussitôt autour du loup et enfouit sa tête dans son cou. « J'ai froid.

- Oh, » répondit simplement Derek en refermant ses bras autour de Stiles. Il passait énergiquement une main du haut au bas de son dos afin de le réchauffer. Mais, après quelques secondes, il réalisa que le corps dans ses bras n'était pas froid, et il s'arrêta. Il posa sa tête contre celle de Stiles et le serra un peu plus fort. Il ferma les yeux et se laissa bercer par la présence. Le soleil se levait.

Finalement, Stiles s'écarta et Derek, comme toujours, le laissa partir. Sans un mot, le premier saisit ses béquilles et partit en direction de la salle de bain. Au moment où il allait y entrer, il se fit interpeler. « Prêt à réessayer la conduite ? » Stiles le regarda légèrement confus.

« Tu n'as vraiment pas peur que j'abime ta voiture ? » demanda-t-il. Il se souvenait de la façon dont Isaac avait semblé habitué aux menaces si jamais il lui faisait le moindre mal.

Derek haussa une épaule. « Il faut bien que tu apprennes. Et j'ai confiance en mes réflexes pour t'empêcher de faire une connerie. » Stiles hocha simplement la tête avant de disparaitre dans la salle de bain. Derek poussa un soupir et bascula sa tête en arrière dans le canapé. Son corps aurait dû être tendu d'avoir dormi assis sur ce canapé, au lieu de ça, c'était la meilleure nuit qu'il avait passé depuis bien trop longtemps.

Pour empêcher son esprit de partir en flamme, il se leva et se concentra sur la préparation du petit déjeuner. Il écouta attentivement le bruit régulier de l'eau de la douche pour se calmer. Stiles sortit, et Derek le laissa manger pendant qu'il allait se doucher. Depuis quelques jours, Derek devait prendre des douches glaciales pour rester calme.

Le reste de la journée se déroula lentement et sans imprévu, mais Stiles ne pouvait s'empêcher de remarquer la façon dont Derek et lui gravitait l'un autour de l'autre. Lorsqu'ils se croisaient, ils passaient presque assez proche pour s'effleurer. Parfois, ils entraient en collision quand l'attirance était trop forte pour que Stiles ne demande pas à l'autre de le prendre contre lui. Même alors qu'il était simplement assis à la table, Derek pouvait entrer dans son espace vitale et se pencher par-dessus son épaule pour voir ce qu'il faisait, sans que Stiles ne sente cette lame froide glisser le long de sa nuque. Il tournait la tête et parlait à quelques centimètres de la joue de Derek, et il savait que celui-ci le sentait, car ses pupilles se dilataient. Le picotement de sa peau quand les mains de Derek replaçaient les siennes sur le volant, quand elles prenaient le livre qu'il tenait pour qu'il s'intéresse à autre chose. C'était une danse. C'était un jeu. Stiles connaissait chaque pas et chaque règle, mais pour la première fois de sa vie, il voulait vraiment se laisser porter et jouer.

« Est-ce que tu m'écoutes ? » Oups. Stiles cligna plusieurs fois des yeux pour que sa vision se focalise sur Derek, sourcils haussés depuis la place passager.

« Désolé.

- Si tu en as marre, on peut arrêter.

- Non, je n'en ai pas marre. J'étais juste distrait ?

- A quoi tu pensais ?

- Hum … » Stiles haussa une épaule. Il pensait à beaucoup de choses, sans arrêt, sans pause, sans répit. Son esprit était une machine tourbillonnante lancée à pleine puissance, plus rapide que celles des autres, plus folle que la normale. « A plein de choses. »

Derek le regarda comme quelqu'un qui attend la fin d'une phrase. Stiles le regarda droit dans les yeux, prit une grande inspiration, et laissa les mots s'échapper.

« Je pensais à quand Scott et moi, on avait décidé de voler la voiture de son père pour aller au Grand Canyon. On devait avoir sept ans. À l'époque, on prenait l'atlas de sa mère avec la carte des Etats-Unis et on pointait notre doigt quelque part et on l'ajoutait à la liste des endroits où on irait quand on serait grand. Mais la vieille, j'avais vu un reportage sur le Grand Canyon à la télé, et ça avait l'air génial. C'était beau et tout. Bon, le gars qui présentait le truc avait l'air de s'ennuyer comme un rat mort. Maintenant que j'y pense, il devait surement en avoir marre de son job car il devait être sous-payé, ou alors il n'aimait pas le Grand Canyon. Ce qui est stupide. Qui peut ne pas aimer le Grand Canyon ? Surement sous payé. Ou alors, ils avaient enregistré l'audio super tard et le gars était crevé car leur machine à café avait rendu l'âme. Apparemment ces machines sont nulles et ont une durée de vie super moisie. Mon père s'en plaignait tout le temps. On a eu plein de machines à café différentes. J'avais pas le droit de m'en approcher. J'en avais cassé une, une fois, quand j'avais voulu servir un café à mon père parce qu'il avait l'air fatigué. J'arrivais pas à l'attraper car elle était sur le meuble, alors j'ai tiré sur le fil pour qu'elle s'approche du bord, mais elle a dégringolé. C'était pas vraiment ma faute. J'ai quand même été privé de sortie pendant deux semaines, c'était l'été en plus, donc j'ai pas vu Scott pendant deux semaines. C'était long. Et c'est comme ça que j'ai fini Pokémon pour la première fois. C'est la première fois que j'avais vraiment le temps de m'y mettre car j'étais tout le temps dehors quand j'étais petit. On allait aussi loin que possible avec nos vélos, mais un jour Scott a fait une crise d'asthme à cause d'une des plantes de la forêt et nos parents nous ont interdit d'y retourner. On n'obéissait pas mais on faisait semblant. Et – quoi ? Oh, euh, désolé. »

Derek le regardait comme s'il était fou, ou peut-être juste avec surprise, et un peu d'admiration, comme si c'était la première fois qu'il voyait quelqu'un parler aussi longtemps. « Désolé, » dit à nouveau Stiles.

« Vous y êtes arrivé ? » Stiles fronça les sourcils, confus. « À piquer la voiture de son père.

- Oh, non. On avait sept ans, on ne savait même pas qu'on avait besoin de clés. » Derek sourit d'un air amusé. Alors que le silence s'éternisait, Stiles avait à nouveau envie de s'excuser. Quelque chose de frais contre sa nuque.

« Tu pensais vraiment à tout ça ? »

Stiles haussa une épaule. « Pas vraiment. Je crois que j'avais dérivé sur autre chose, » avoua-t-il. Il essaya de se souvenir de ce à quoi il avait pensé, mais il en était incapable.

« C'est comme ça que ton esprit fonctionne ? » demanda Derek. « Tout le temps ? » Stiles le regarda une seconde avant de hocher la tête. « Ça doit être bruyant.

- J'aime bien le bruit, » répondit Stiles. Derek hocha imperceptiblement la tête. « Du coup, tu disais ? » demanda-t-il. Le loup mit une seconde à comprendre ce dont parlait Stiles.

« Oh, oui. Alors – » Il commença à expliquer quelque chose que Stiles devait faire en conduisant et celui-ci forçait son cerveau à rester concentré sur les indications du loup. Puis, il passa à la pratique, faisant de son mieux pour tourner et retourner dans le parking sans abimer la Camaro. Plus il conduisait, plus il se sentait à l'aise.

Pour rentrer, Derek reprit le volant et Stiles regarda Beacon Hills défiler par la fenêtre. « Stiles ? » l'interpela le loup à un feu rouge. Celui-ci se tourna vers lui, le questionnant du regard. « À quoi tu penses ? » demanda-t-il.

Stiles le fixa un moment, puis il fronça les sourcils et demanda, « Tu veux vraiment entendre ça ?

- Oui. » Derek ne quitta pas la route des yeux en lui répondant. Stiles l'observa encore quelques secondes, puis, il tourna à nouveau la tête vers le décor. Il prit une grande inspiration et il laissa les mots quitter sa gorge au moment où ils atteignaient son esprit. Une fois ou deux, il lança un regard en biais à Derek pour savoir si celui-ci en avait assez, mais dès qu'il s'arrêtait, même juste une seconde, le loup se tournait vers lui pour avoir la suite. Alors Stiles parla. Il parla comme quand il était enfant et que ses parents l'écoutaient avec un mélange d'amusement et de lassitude. Il parla parce qu'il détestait le silence et qu'on lui donnait la permission de ne pas le supporter. Il parla parce que Derek voulait l'écouter.

Et Derek l'écoutait parce qu'il adorait la voix de Stiles et encore plus la façon dont son esprit fonctionnait.

Derek écoutait Stiles, et il était emporté dans une tornade qui prenait origine dans sa voix. Il flottait dans l'air, tournait rapidement sur lui-même jusqu'à avoir le vertige. Il reconnut la sensation de tomber amoureux qui s'insinuait sous sa peau et embrumait son esprit, mais elle était tellement plus douce, plus légère qu'elle ne l'avait jamais été. Il savait que, dès que le son s'arrêterait, quand Stiles aurait fini de parler, il ne volerait plus. Il savait qu'il allait s'écraser lourdement sur le sol dès qu'il n'y aurait plus rien pour le porter. Il savait que ce serait violent. Mais la bourrasque dont il était prisonnier ne lui laissait aucun choix. Il ne pouvait pas décider de lentement revenir au sol ou de ne pas être emporté. Il ne choisissait pas. Il n'aurait jamais choisi ça autrement. Il n'était pas fou.

Il regardait deux océans bruns agités et était certain d'être sur le point de devenir aveugle. Il voyait la foule d'émotions et de pensées naitre en éclats d'or dans ces iris avant de se changer en vent bouillant. Alors, Derek réalisa que, même en ayant eu l'opportunité de rester solidement accroché au sol, il aurait été assez hypnotisé pour ignorer tous les avertissements et choisir de voler. Il se dit que peut-être, il existait des cas qui valaient la peine de chuter. Il décida que Stiles en était un. Il laissa le garçon l'emporter dans son esprit, lui faire découvrir une centaine de mondes qui n'étaient pas accessibles depuis le sien. Il se laissa porter dans une douce tempête qui, s'il était chanceux, ne prendrait jamais fin.

Cette nuit, pour la première de nombreuses fois, ils troquèrent leur film habituel pour écouter Stiles parler. Ils étaient assis face à face, les assiettes du diner repoussées sur le côté, et sa voix remplissait l'air. Derek le regardait, parlait à peine, juste pour lui demander de continuer, pour lui poser une question sur une chose en particulier. Il lui tendait un verre d'eau quand sa voix s'enraillait car sa gorge était trop sèche. Parfois, il avait peur que Stiles n'ait plus rien à dire, que sa voix s'éteigne et que tous les mots qu'il possédait l'aient quitté. Mais celui-ci semblait toujours en avoir de nouveaux. Il en avait un stock infini et Derek restait en admiration devant ce fait. L'esprit de Stiles était la porte ouverte sur un millier d'histoires et des centaines de réflexions qui se transformaient en d'autres sans avoir le temps d'être complètement formulées. La parole était trop lente pour la pensée et il était parfois difficile de suivre le chemin qui menait Stiles d'une idée à une autre. Derek savait qu'il pourrait passer le reste de sa vie à l'écouter.

Stiles semblait reprendre vie. Le loup avait pu voir combien il semblait aller mieux, jour après jour, plus naturel, plus détendu, plus souriant. Mais, en cet instant, il savait qu'il faisait face à ce qu'était Stiles au plus profond de lui. Une boule d'énergie vive et impossible à calmer. Derek souriait en voyant ses mains s'agiter sous une explication alambiquée. Sans s'en rendre compte, Stiles imita son sourire, plus radieux encore.

Ce dernier continua à parler jusqu'à ce qu'ils aillent se coucher. Derek décida de se mettre en pyjama sans quitter la pièce, pour pouvoir continuer à l'écouter. Lorsqu'il retira son t-shirt pour mettre celui qu'il portait pour dormir, le flot de parole de Stiles se modifia brusquement. « Et là il – oh, bordel, t'es beau. » Puis, il s'arrêta brusquement. Derek se figea dans son mouvement. Il était de côté par rapport à Stiles et sa tête se tourna brusquement vers lui.

L'autre homme s'était lui aussi figé. Ses yeux étaient écarquillés et rivés sur Derek, mais semblait ne pas le voir. Puis, ils remontèrent jusqu'aux yeux du loup. Deux pointes roses vinrent colorés les joues de Stiles et Derek sentit son propre visage s'empourprer. Il avala difficilement sa salive et s'éclaircit la gorge avant de dire. « Merci. » Il enfila rapidement son t-shirt de pyjama. Stiles prit son propre pyjama et partit dans la salle de bain pour se changer, manquant de glisser en essayant d'aller trop vite avec ses béquilles.

Derek essayait de garder ses mouvements calmes, de ne pas laisser ses pensées exister, mais les battements affolés du cœur de Stiles qui résonnaient à ses oreilles ne l'aidaient en rien. Ce dernier n'avait pas voulu dire ça. Il ne l'aurait jamais dit s'il avait eu le temps de filtrer ses pensées. Ce qui ne changeait pas le fait qu'il l'avait pensé.

Il profita que Stiles soit partit pour finir de se changer, puis il s'allongea sur le lit pour faire quelque chose, et se mit sous la couverture dans la même optique. Quand Stiles sortit de la salle de bain, il regarda Derek avec ce regard qu'il avait lorsqu'il ne savait pas s'il devait ou non se méfier de l'alpha. Celui-ci se redressa et plongea son regard dans celui de Stiles qui n'avait pas fait un pas depuis l'entrée de la salle de bain.

« Ça ne change rien, » dit-il. « Je ne vais pas agir différent à cause de ce que tu as dit. » Stiles l'observa un instant, puis, il hocha la tête.

Il avança un peu avant de s'arrêter. Il regarda à nouveau Derek, le dévisagea avant de planter son regard dans le sien. « Mais tu voudrais que ça change. Tu en as envie. »

Les mots de Stiles le clouèrent sur place. Le contredire fut son premier instinct, mais il resta muet. Stiles saurait s'il mentait. Il se détestait. « Écoute, » dit-il, sa voix sûre. « Même si quelque chose devait un jour arriver – si quoique ce soit devait arriver entre toi et moi, ce serait parce que tu en as envie. »

Derek détourna le regard, car il ne supportait pas que celui de Stiles soit si dénué d'émotion, si vide et si neutre. « Je suis désolé, » dit-il avant de se lever.

Stiles resta silencieux, se raidissant légèrement avant de comprendre que Derek partait en direction du canapé. « Tu n'as pas à faire ça, » lui dit-il. Derek s'arrêta pour le regarder à nouveau. Les yeux bruns n'étaient plus vides, mais semblaient ne pas savoir quoi ressentir. Stiles ajouta, « Tu n'as pas à t'excuser.

- Tu plaisantes ? » répondit Derek. Sa voix était teintée d'amertume et de colère.

Stiles le défia du regard. « Tu n'as pas à partir.

- Tu dors ici, » contra Derek en désignant le lit d'un rapide geste de la main. Mais Stiles continua à le défier du regard, à ne pas bouger, bloquant le chemin entre la chambre et le salon. Si Derek voulait atteindre le canapé, il serait forcé de passer juste à côté de lui, ou bien de marcher sur le lit.

« Derek, ça va. » Celui-ci soupira et se passa une main sur le visage. Stiles insista, « Ça va.

- Comment ça peut aller ?

- Parce que je sais que tu n'es pas comme eux.

- Stiles –

- Si tu l'étais tu te foutrais de me rassurer et t'aurais déjà profité de l'occasion. » Sa voix était devenue plus tranchante à chaque syllabe. Ses yeux n'avaient pas quitté ceux de Derek. Son visage avait pâli. Derek avait envie de vomir et il était certain que Stiles était dans le même état.

Alors qu'il l'observait, il se rendit compte que Stiles tremblait. Il serra les mâchoires et demanda, « Tu veux dormir ? »

L'interpelé hocha la tête et Derek s'allongea à nouveau sous la couverture. Stiles vint en faire de même, restant face au loup. Ils étaient aussi éloignés qu'ils le pouvaient et se regardaient sans savoir comment agir avec l'autre. C'était comme si le moindre geste pouvait causer une explosion.

« Bonne nuit, Stiles, » dit finalement Derek dans un murmure.

Quelque chose changea dans les yeux bruns. Sa voix était calme lorsqu'il répondit. « Bonne nuit, Derek. »

Ils fermèrent les yeux et guettèrent le moment où la respiration de l'autre se calmerait et se régulerait. Ils laissèrent le sommeil venir les prendre.

Stiles se réveilla en premier le lendemain matin. Il regarda le visage endormi de Derek, une chose qu'il avait déjà faite, qui devenait presque une habitude désormais. Il pensa aux mots qui lui avaient échappé la veille et essaya de se souvenir s'il les avait déjà pensés avant. Normalement, il ne s'autorisait pas à penser ainsi. Pourtant, ça ne faisait pas de ses mots un mensonge. Derek était beau. Il fixait son visage endormis et ce constat était évident. Il se demanda quelle serait la sensation de ses traits sous ses doigts et, lorsque son regard s'arrêta sur les lèvres entrouvertes du loup, Stiles sut que quelque chose n'allait pas chez lui.

Les yeux de Derek s'ouvrirent, brillants à cause du sommeil qui les remplissaient. Il se tourna pour s'allonger sur son dos et passa une main sur son visage. Quand ses yeux furent à nouveau sur Stiles, ils clignèrent plusieurs fois, ses pupilles se dilatèrent. Il s'éclaircit la gorge, mais ne dit rien et Stiles attendit.

Quand Derek se leva, il fit de même, le suivit en clopinant dans la cuisine et le regarda préparer une tasse de café et un chocolat chaud. Stiles sortit le grille-pain pour faire chauffer les toasts. Ils restèrent silencieux, mais ce n'était pas gênant. Ils observaient l'autre quand celui-ci ne regardait pas, et détournaient aussitôt le regard quand ils se croisaient par malheur. Mais ça non plus n'était pas gênant, c'était joueur, et Stiles se surprit à sourire en voyant Derek tomber en contemplation devant son plafond quand il releva les yeux de son chocolat pour regarder le loup. Lorsque ce dernier rebaissa les yeux sur Stiles, celui-ci choisit de ne pas détourner le regard et les pupilles de Derek s'écarquillèrent. Il ne détourna pas les yeux, les plantant dans les bruns.

Le contenu de leur tasse était froid quand ils finirent par les boire. Ils se préparèrent pour la leçon de conduite de Stiles. Mais à peine celui-ci avait-il mis sa veste que le téléphone de Derek sonna. « Un bêta de qui ? » Deaton répondit quelque chose que Stiles n'entendit pas. « D'accord, à tout de suite. » Il rangea le téléphone dans la poche de sa veste et se tourna vers Stiles. « Un bêta d'une meute avec laquelle on n'est pas en bon terme veut nous voir. Ils sont à la clinique. »

Stiles acquiesça une fois, se demandant silencieusement si la meute était en bon terme avec qui que ce soit. Ils semblaient excellents à avoir des problèmes. Il resta planté entre Derek et la porte, regardant l'alpha en attendant qu'il fasse quelque chose. Celui-ci prit ses clés de voiture posées sur la table et avança vers la porte. « Allez, viens, » dit-il au moment où il posa la main dans le dos de Stiles pour l'entrainer avec lui, comme s'il doutait que ce dernier le suive s'il ne lui disait pas de le faire.

Stiles sentit sa peau picoter et bruler, même à travers plusieurs couches de vêtements, d'une façon qu'il adora. Il se mit en route, restant juste un peu derrière Derek pour que celui-ci continue de le pousser. Même avec ses béquilles, il descendit l'escalier avec légèreté. Arrivé en bas de ceux-ci, en ouvrant la porte, Derek réalisa que sa main était posée sur Stiles. Ses yeux s'écarquillèrent et montèrent rencontrer les bruns, l'air légèrement paniqué. Ce dernier lui sourit rapidement, timidement, alors Derek avança jusqu'à la voiture ne le lâchant qu'une fois arrivé à la Camaro.

Ils arrivèrent à la clinique en même temps que Scott et Alison. Il descendait de la moto alors qu'elle enlevait son casque. Il enleva le sien et les posa sur les poignets du véhicule, puis, relevant la tête vers la Camaro, leur fit un signe de la main. « Les autres sont déjà arrivés, » les prévint Alison. « Cora est passée prendre Malia, » ajouta-t-elle en regardant son téléphone, avant de l'enfouir dans la poche arrière de son jean.

« Tu crois qu'on a des problèmes ? » Derek haussa une épaule pour répondre à Scott. Il avait le regard diriger vers la clinique avec cette expression fermée et dure qu'il prenait toujours dans ces circonstances. Sa 'tête d'alpha', comme s'amusait à la décrire Isaac.

Ils entrèrent dans la clinique. Les membres de la meute déjà présents étaient debout derrière le comptoir, les deux bêtas inconnus se tenaient du côté visiteur de celui-ci, éloignés de la porte. Ils se tenaient à une certaine distance l'un de l'autre, de façon volontaire, et donnaient l'impression de ne pas être ensemble. Stiles devina que le comptoir devait les protéger d'une façon ou d'une autre. Ce qui voulait aussi dire qu'ils se méfiaient assez des loups pour préférer que la meute soit à l'abris. Ce qui ne voulait rien dire de bon. Le loup le plus proche d'eux fronça les sourcils en regardant Stiles, son expression s'accentua quand il vit Alison. Il renifla d'un air dégoûté et Scott referma un bras autour de sa petite-amie.

« Je suis Derek Hale, qu'est-ce que vous nous voulez ? » demanda l'alpha pour toute salutation.

Le loup le plus éloigné de l'entrée regarda l'autre, attentif. Deaton intervint. « Mike est le bêta pour qui je t'ai appelé. M. Oliver est arrivé entre temps, il semble lui aussi vouloir entendre ce que ce bêta a à te dire.

- Pourquoi ? » demanda Derek en regardant ledit M. Oliver.

Celui-ci se redressa légèrement et planta un regard sûr de lui sur Derek. Ses yeux flashèrent rouges, simplement pour présenter son statut. « Ma meute est en relation avec celle de Hiverdale, » expliqua-t-il. « Alors, en apprenant qu'ils venaient vous demander un service, je me suis permis de venir m'informer de ce dont il s'agissait.

- Il n'aurait pas été plus simple d'aller directement voir vos amis dans cette meute ? » demanda Derek, un ton légèrement suspicieux. Stiles comprit pourquoi le reste de la meute était derrière le comptoir.

M. Oliver sourit. « Je ne l'ai appris que ce matin. Et vous comprendrez que je veuille savoir exactement quelle sorte d'alliance il compte former. » Derek fronça les sourcils au mot alliance. Stiles lui jeta un rapide coup d'œil et vit que son expression dure n'avait pas bougé.

Les yeux de Derek se déplacèrent sur le bêta. « De quoi s'agit-il ? »

Le bêta se redressa, droit comme un piquet. « Mon alpha m'a chargé de vous porter un message. » Il délivra une demande d'alliance très longue et très officielle. Stiles fronça les sourcils, surpris des manières trop cérémonieuses qu'il employait. Il observa aussi l'alpha qui se tenait derrière lui et son regard qui brillait d'avidité.

« Pourquoi est-ce que vous cherchez une alliance avec nous ? » demanda Derek.

« Votre méfiance est normale, » répondit le bêta. « Nous ne sommes pas en bons termes. Mais nous avons besoin de votre aide. Une force surnaturelle est venue attaquer Hiverdale. Votre meute à l'habitude de ce genre de problème. Nous avons pensé que vous pourriez nous aider. Vous êtes doués pour éliminer ce genre de problème. »

Derek demanda plus d'informations, posa question sur question comme s'il cherchait à piéger le loup. Mais au fur et à mesure qu'il recevait des explications, sa méfiance diminuait. Il lançait des coups d'œil aux membres de sa meute qui étaient dans le même état que lui. Il eut un échange muet avec Deaton, et celui-ci acquiesça très légèrement la tête.

« Nous allons réfléchir, » répondit finalement Derek.

« Ma meute aidera, évidemment, » intervint alors l'autre alpha, un sourire aux lèvres. Derek l'observa attentivement. Puis, les deux loups quittèrent la clinique. Ils les écoutèrent partir avant de parler.

« Qu'est-ce que vous en pensez ? » demanda Derek. Il n'était pas sûr de vouloir leur faire confiance, mais leur histoire tenait trop bien la route.

« Ça sonne comme le genre de truc qui est dans nos cordes, » répondit Scott. « Ça ressemble même à quelque chose qu'on a déjà géré, non ?

- Plutôt comme un mixte de plusieurs choses, » fit remarquer froidement Lydia, ses yeux plantés sur le comptoir alors qu'elle semblait réfléchir.

« Tu ne leur fait pas confiance ? » demanda Alison en observant son amie.

« On devrait commencer par vérifier leur histoire, » dit Derek.

Stiles les observait en fronçant les sourcils. « Mais il mentait, » dit-il, les mots sortant de sa bouche sur le ton d'une évidence. Tous se tournèrent vers lui et son expression surprise. Il n'arrivait pas à croire qu'ils ne s'en soient pas rendus compte.

« Non, il disait la vérité, » le contredit Malia. « Son cœur battait normalement. Et sa respiration était –

- Certains savent cacher ces signes, » l'interrompit Stiles, encore une fois sur le ton de l'évidence. Il savait cacher ces signes et il était humain.

« Comment tu peux savoir s'il mentait, alors ?

- Sa main gauche. » Les autres le regardèrent surpris, dubitatifs et peu convaincus. Il tourna la tête vers Derek qui se tenait à côté de lui, planta ses yeux dans les siens. « Il tapait son index et son pouce ensemble.

- C'est pas une raison valable, » fit remarquer Cora.

« Ça l'est quand il le fait pour parler en morse. » Les mots avaient fusé rapidement. Ses yeux passèrent rapidement sur toute la meute avant de se concentrer sur Deaton. « Est-ce qu'il savait que l'autre alpha venait ?

- Il sembla réellement surpris lorsqu'il le vit entrer. » Stiles désigna d'un geste vague les mots de Deaton. Puis, il regarda à nouveau Derek.

« Il ne veut pas de votre aide. Il épelait piège en morse tout le long de la conversation. L'autre alpha a fini par le remarquer. Je l'ai vu sourire.

- Est-ce qu'il a vu que tu l'avais remarqué ? » demanda Lydia.

« Tu le crois ? » s'étonna Malia.

Stiles secoua négativement la tête pour répondre à la banshee. « Tu es sûr ? » insista Derek.

« Je sais cacher ce que je pense, » répondit-il d'une voix froide en le fixant. Derek hocha la tête.

« Est-ce que quelqu'un d'autre l'a vu faire ça ? » demanda Malia, les bras écartés, semblant agacée que personne ne prenne en compte son doute. Stiles sentit un poids lui peser sur l'estomac à l'idée que personne d'autre que Derek ne le croie.

« J'ai cru qu'il avait un problème à la main, » répondit Isaac. Il avait les sourcils froncés, puis ferma complètement les yeux. Il ferma le poing et tapa des coups sur la table, répétant le rythme qu'il avait retenu sans s'en rendre compte. « Et peut-être plus j'en sais rien. »

Lydia pencha légèrement la tête sur le côté en écoutant et hocha la tête. « I-E-G, c'est un bout de piège, » confirma-t-elle.

« T'es vraiment observateur, » remarqua Cora alors qu'elle regardait Stiles. Celui-ci releva les yeux vers elle et fut surpris lorsqu'il comprit qu'elle le complimentait réellement. Il y eut un silence jusqu'à ce qu'Isaac demande.

« Du coup, qu'est-ce qu'on fait ?

- Si c'est un piège, il faut qu'on se prépare à se battre, » déclara Alison.

Cora haussa les sourcils. « Contre toute une meute ? Voire deux ? Elles ne sont pas petites.

- Le nombre ne fait pas la force.

- Il faut qu'on sache ce qu'ils nous veulent exactement, » dit Derek.

« Ils nous détestent ? » proposa Isaac d'un ton dramatique. « Tout le monde nous déteste. » Il hocha la tête pour approuver sa propre remarque. Cora secoua la tête d'un air amusé.

« Peut-être qu'ils étaient amis avec le géant de sable ? » proposa Scott sur le même ton.

« Et si on rencontrait seulement l'alpha de cette meute pour le lui demander ? » Lydia avait un ton très sérieux. « On prétend vouloir en savoir plus sur son offre, mais on n'accepte d'en discuter qu'avec lui.

- Il ne viendra jamais seul.

- Comité réduit ? On refuse que toute sa meute vienne. Ils ne peuvent pas s'étonner qu'on soit méfiant. Pas après … » Sa voix se coupa, et elle cligna soudainement des yeux comme pour chasser quelque chose qui s'y trouvait. La meute fut incroyablement silencieuse pendant un instant. Stiles jeta plusieurs regards autour de lui, mais tous avaient soit baissé les yeux, soit regardaient la banshee avec inquiétude. Alison se pencha par-dessus le comptoir pour prendre la main de Lydia dans la sienne.

Celle-ci prit une profonde inspiration. « S'ils veulent nous piéger, » reprit-elle d'une voix plus lente et plus dure, « ils doivent avoir une bonne raison de le faire. Ils n'ont jamais agi stupidement … d'après leur critère. »

Derek acquiesça. « Bon plan. Si on sait ce qu'ils ont contre nous, on aura déjà progressé. Et on pourra peut-être éviter une guerre.

- Depuis le temps que j'entends parler de ces guerres ouvertes entre meute, » soupira Isaac. « On arrive toujours à rester en paix, je vais finir par croire que c'est une légende. » Derek haussa un sourcil dans sa direction. « Presque toujours, » concéda-t-il comme s'il se souvenait subitement de quelque chose.

« Crois-moi, tu ne veux pas de guerre, » l'assura fermement Derek. Puis, il se tourna vers Deaton. « Tu sais comment les joindre ?

- Je me charge d'arranger une entrevue, » l'assura-t-il. « Je vous appelle tous quand c'est prévu. » La meute prit cela comme une indication qu'ils devaient partir. Ils se quittèrent rapidement, surtout lorsque Derek remarqua qu'ils devraient presque tous être actuellement en cours et les y renvoya immédiatement. « Oui, papa, » ironisa Isaac. Stiles observa Derek faire d'un air amusé.

« Tu prends leur éducation très au sérieux, » plaisanta-t-il.

Derek leva les yeux au ciel. « Si ce n'était pas pour Lydia, ils auraient déjà tous redoublé. » Ils partirent de la clinique, en direction le parking presque vide où Stiles continuait d'apprendre à conduire, refusant encore d'aller sur la route même si Derek le pensait prêt.

« Est-ce que je peux poser une question ? » demanda Stiles. Derek haussa les sourcils dans sa direction.

« Bien sûr, quoi ?

- Qu'est-ce qu'il s'est passé avec cette meute ? Lydia avait l'air mal. » Il chercha dans les souvenirs de son enfance une image de la jeune fille en train de pleurer et n'en trouva pas.

Derek serra les mâchoires. « Il y avait un garçon avec lequel ils allaient en cours. Il s'appelait Jackson. Lydia est sortie avec lui, pendant un moment. Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé entre eux. Bref, il – tu sais ce qu'est un kanima ? » Il jeta un coup d'œil à Stiles qui secoua négativement la tête. « C'est un genre de créature reptilienne, elle peut paralyser les gens. En général, elle n'est pas commode et cherche surtout à tuer. Il est devenu ça. Puis, il a fini par contrôler cette part de lui, mais … à peine il était revenu lui-même que l'alpha de cette meute a débarqué et l'a tué. » Il resta silencieux un instant. « Je ne crois pas que Lydia s'en soit jamais vraiment remise. Elle venait juste d'apprendre pour tout le surnaturel. Elle était là quand il est mort. »

Stiles resta silencieux. « Pour cette meute, » reprit Derek, « il y a des créatures qui ne méritent pas de vivre. Parce qu'elles seraient naturellement mauvaises. Ils ne pensaient pas que Jackson puisse s'empêcher de tuer, alors ils se sont assurés qu'il ne le ferait pas. » La voix de Derek était dure. « On est presque parti en guerre contre eux à cause de ça.

- Qu'est-ce qui l'a empêché ?

- Moi. J'ai dit que techniquement, Jackson n'était pas encore membre de la meute, donc que rien ne justifiait une vengeance. J'ai calmé Scott en lui expliquant qu'il se ferait tuer. Le père d'Alison l'a arrêté elle. Lydia m'a détesté pendant des mois.

- Pourquoi elle a arrêté ? » Derek eut une exclamation amusée. « Pas que je te trouve détestable, hein, » clarifia Stiles. Derek lui jeta un regard en coin, puis, quand il retourna à la route, son expression fut plus trouble.

« Ses instincts de banshee se sont réveillés. Je l'ai aidée. On a eu d'autres problèmes et de l'eau a coulé sous les ponts, comme on dit. Je pense qu'elle, comme les autres, ont fini par comprendre qu'on se serait tous fait tuer.

- Donc, s'ils nous attaquent, on est mort ? » demanda Stiles. Il n'y avait pas d'inquiétude dans sa voix et Derek se demanda si c'était parce qu'il la cachait ou parce qu'il n'en ressentait pas. Mais Stiles connaissait les guerres de meute. Si la meute de Derek perdait, il serait un trophée pour la gagnante. Les gens comme lui n'étaient jamais tués comme l'étaient les membres de la meute.

Il secoua la tête. « Non. On est plus fort maintenant. Et plus nombreux. Cora, Isaac et Malia n'étaient pas là à l'époque. Ça aurait été une chasseuse en début d'entrainement, un bêta transformé depuis quatre mois, une humaine apeurée, Deaton et moi. On n'aurait pas tenu dix minutes. » Stiles acquiesça. Puis, il remarqua que Derek s'était garé sur le parking.

Il expira pour relâcher une pression qu'il n'avait pas senti venir s'écraser sur lui. Puis, il sortit de la voiture et échangea de place avec Derek.

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xx

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La fin de la semaine arriva rapidement. Stiles se sentit libéré quand on lui retira son plâtre, même s'il avait failli s'évanouir lorsqu'on le lui avait retiré.

Le médecin avait pris la large et épaisse paire de ciseaux en levant à peine les yeux sur son patient. Stiles s'était immédiatement raidi, mais le docteur n'avait rien remarqué. Son corps lui sembla aussi froid et dur que les lames qui s'approchaient de lui. Elles ouvrirent leur gueule autour du bord du plâtre avant de lentement s'abattre autour de lui. Les yeux bruns ne les quittaient pas. Il sentait parfois le dos de la lame frôler sa peau, sentait la main du médecin sur lui, le maintenant en place pour l'empêcher de bouger, comme s'il en aurait été capable. Coup après coup, le froid prit résidence en lui, jusqu'à retrouver la place qui lui avait été auparavant familière. Jusqu'à ce que Stiles ne sente plus rien, et que le geste lent et précis lui soit distant.

Derek ne le quitta pas des yeux, écoutant les battements de son cœur et sa respiration s'accorder sur un rythme trop régulier pour être naturel, regardant son corps se raidir et son visage reprendre un masque vide. Il regarda Stiles s'effacer derrière ses instincts sans pouvoir rien faire contre ça. C'était contre ses propres instincts qu'il devait lutter pour ne pas s'approcher et prendre sa main dans la sienne.

Quand ce fut finit, Mélissa revint et lui fit passer une nouvelle radio avant de l'encourager à marcher. « Eh bien, tu t'es remis. Évite les mouvements brusques et les chutes et tout ira bien. » Elle lui sourit et, sans trop se forcer, Stiles réussit à lui rendre.

Derek les conduit dans le parking, promettant à Stiles qu'il serait plus à l'aise sans plâtre. « Je n'utilisais pas le pied plâtré, » lui rappela-t-il.

« Question d'équilibre, » répondit Derek. « Tu te souviens de ce que je t'ai dit la veille ?

- Cette voiture n'est pas faite pour aller à dix à l'heure.

- Bien. »

Il faisait chaud pour une soirée de novembre. Le ciel était dégagé, les étoiles brillaient fort dans celui-ci, la lune en croissant était lumineuse. Lorsqu'il vit Stiles regarder le ciel avec un sourire distrait aux lèvres, Derek décida de prendre à manger à emporter et de l'amener sur les hauteurs de la ville, là où l'on voyait le plus clairement le ciel nocturne car loin de la pollution lumineuse.

Ils s'assirent sur le coffre de la Camaro pour manger. « C'est délicieux, » ne put s'empêcher d'admirer Stiles, la bouche pleine.

Derek haussa un sourcil. « C'est un hamburger.

- Je sais. » Il mordit une grosse bouchée et ses épaules se détendirent alors qu'il fermait les yeux. Derek secoua lentement la tête de droite à gauche, avant de relever les yeux vers le ciel.

« Je t'en ferai, » dit-il avant de recommencer à manger. Un large sourire étira les lèvres de Stiles. Lorsqu'ils eurent fini de manger, Derek demanda à Stiles de parler. Celui-ci réfléchit une seconde, puis, il commença à faire la liste de tout ce qu'il savait sur les étoiles, les différentes constellations, d'où elles venaient, la vitesse de la lumière et pourquoi c'était triste, en réalité, les étoiles. Derek écouta sa voix trancher le silence avec naturel, éclipser tous les sons de la nuit qui étaient habituellement ceux qu'il préférait.

Après un moment, Stiles se leva, parce que ses mots faisaient bouger ses mains, mais qu'il devait aussi dégourdir ses jambes. Ses paroles s'accélérèrent. Un train lancé à pleine vitesse, que Derek ralentissait en lui posant des questions pour qu'il aille au bout d'une idée, pour qu'il ne déraille pas. Il se leva à son tour, et, sans s'en rendre compte, ils se mirent à marcher, en tourbillonnant l'un autour de l'autre comme deux astres gravitant l'un près de l'autre dans de parfaites paraboles, sans jamais entrer en collision.

Derek rit à une des phrases de Stiles et celui-ci regarda aussitôt les étoiles. Il garda le silence une seconde, souriant aux lumières dans le ciel. « Il y a un livre où les étoiles rient, » dit-il d'un ton rêveur. « Ma mère me le lisait.

- Si les étoiles peuvent aussi devenir des roses, alors ma mère me lisait le même livre. » Stiles baissa les yeux sur lui et le dévisagea, puis, un sourire élargit doucement ses lèvres, calme, silencieux, lumineux. Derek savait que, pour lui, les étoiles souriraient désormais.

Ils se tenaient à deux pas l'un de l'autre. Puis, Stiles fit un pas en avant. Il pinça ses lèvres, le regard hésitant. « Est-ce que … est-ce que je peux essayer quelque chose ? » demanda-t-il. À cette distance, et même dans l'obscurité, Derek pouvait discerner les stries des iris de Stiles.

« Oui, bien sûr, » répondit-il. Stiles ne fit pas un geste pendant un moment. Il observait Derek, ses sourcils se fronçaient par instant, son regard bougeait frénétiquement sur différentes parties du visage du loup, il se mordait les lèvres, puis passait sa langue sur elles, il inspirait profondément, puis rapidement. Finalement, Stiles décida de ne plus hésiter.

Il fit un autre pas en avant, la pointe de ses pieds à juste quelques centimètres de celle de Derek. Il leva les mains, mais n'eut pas l'air de savoir quoi en faire. Lorsqu'il les posa finalement sur le haut des bras de Derek, c'était d'un air décidé. Il y avait une certitude dans ses yeux qui se battait avec l'angoisse. Il se hissa sur la pointe des pieds, et son visage arriva à la hauteur de celui du loup. Celui-ci était incapable de respirer. Il avait l'impression que le plus infime des gestes ferait fuir Stiles pour toujours.

Puis, Stiles se pencha lentement en avant, s'approchant, centimètre après centimètre, seconde après seconde, du visage de Derek. Il s'immobilisa. Ses yeux jetèrent un coup d'œil aux lèves qui semblaient incroyablement douces, avant de remonter dans ceux du loup. Ce dernier resta tout aussi immobile. Il se forçait à l'être, se forçait à ne pas plonger en avant. Stiles ouvrit les lèvres pour dire quelque chose et Derek sentit son souffle s'abattre contre les siennes, mais il garda le silence.

Stiles referma la distance entre eux, encore plus lentement qu'il ne s'était approché. Ses lèvres se pressèrent doucement contre celles de Derek. Une pression qui s'attarda plusieurs secondes avant que celui-ci n'y réponde. Stiles sentit le poids qui s'était déposé dans son ventre s'envoler comme une nuée d'oiseaux migrateurs, et il fut emporté avec eux. Ce n'était pas un feu d'artifice, mais c'était doux, c'était calme et paisible et ça lui donnait envie de disparaitre. Les lèvres de Derek étaient plus douces qu'il n'aurait pu l'imaginer s'il s'était autorisé à le faire. Les mains qui se posèrent sur lui hésitèrent et il voulait les supplier de se refermer sur lui pour toujours.

Stiles fronça les sourcils, malgré la douceur et la plénitude, parce que réaliser qu'il pouvait aimer Derek Hale lui donna envie de pleurer.

Il ne pouvait pas éteindre son esprit, mais il pouvait laisser la pression des lèvres contre les siennes avaler tout le mal et la peine. Lorsque Stiles s'écarta, il vit Derek retenir un mouvement en avant. Il retomba sur ses talons et les mains du plus âgé, posées sur les côtés de son corps, resserrèrent leur prise un instant, inconsciemment. Ses yeux bruns se plongèrent dans ceux changeant de Derek. Il attendit. Son cœur tentait de percer ses tympans et il attendit.

Puis, Derek sourit. Un sourire radieux qu'il était incapable de retenir et qui fit briller ses yeux, qui fit naitre un court rire formé d'un souffle, presque nerveux, et qui s'élargit après celui-ci. Stiles voulait inventer un nouveau mot pour décrire ce sourire. Il sourit à son tour, parce que c'était si simple et naturel.

Stiles se pencha et enfouit sa tête dans le cou de Derek, ses mains descendirent de ses bras et se joignirent dans son dos. Derek posa sa tête par-dessus la sienne et enroula ses bras autour de lui. Stiles sentait la poitrine du loup se soulever brusquement dès qu'une exclamation nerveuse de joie parvenait à s'extirper de lui. À chaque fois, il sentait son propre sourire s'agrandir. Soudainement, c'était si simple.

Derek songea que si une météorite voulait percuter la Terre pour mettre fin à leur monde, elle devrait le faire maintenant. Il voulait mourir avec cette sensation. Celle de Stiles dans ses bras, ses lèvres encore marquées des siennes, son sourire contre la peau sensible de son cou, sa chaleur, son souffle, son odeur partout sur lui. Il mourrait avec la pensée que Stiles avait voulu ça.

Quand celui-ci frissonna contre lui, il demanda, « Tu veux rentrer ?

- Non. » Alors, Derek réaffirma sa prise autour de son corps. Il sentit Stiles soupirer dans son cou, avant de laisser ses muscles se détendre.

« Derek ?

- Oui ?

- Est-ce que je pourrais recommencer ?

- Oui. »

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Pour ceux qui ont été perturbé au début du chapitre précédent, j'ai effectivement sauté l'action qui se passe entre le chapitre 10 et 11, une fois que Deaton les appelle et qu'ils partent ; il y a eu une bataille et Stiles en est ressorti blessé. Ca n'a rien à voir avec les créatures qu'ils venaient de vaincre.

Le livre auquel ils font référence à la fin, c'est Le Petit Prince, de Saint-Exupéry. Je n'ai pas pu résister, c'est mon livre préféré.

J'espère que ce chapitre vous aura plu. Merci, beaucoup, beaucoup de continuer à lire cette histoire !

A bientôt !

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