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Chapitre 13 : Plus jamais
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« Où est-ce que tu as appris le morse ? » demanda Derek, allongé sur le dos. Il était trois heure du matin, ils étaient allés se coucher il y a une heure, mais aucun d'eux n'arrivait à s'endormir. Il y avait quelque chose dans l'air autour d'eux qui faisait tourbillonner leurs esprits, un reste d'étoiles bien trop douces qui riaient.
Stiles était allongé sur le côté et faisait face à Derek. « Quand j'étais petit, j'ai vu un film d'espionnage où le héros utilise le morse. J'ai trouvé ça génial. Je l'ai appris et j'ai tenté de le faire apprendre à Scott pour qu'on puisse parler en classe sans qu'on nous dise de nous taire. Sauf qu'il n'y ait jamais arrivé. Il n'arrêtait pas de confondre certaines lettres. Alors j'ai laissé tomber. On a inventé un autre alphabet à la place, c'était pas vraiment plus efficace, on se faisait choper en se passant les messages. » Il regardait dans la direction de Derek, mais les yeux perdus dans le vague. Il se tut un instant avant de reprendre. « Mon père connaissait le morse. On se tapait des messages à table et ma mère faisait semblant de s'énerver parce qu'elle ne le comprenait pas. Il me codait des missions secrètes, genre aller chercher le cadeau d'anniversaire de ma mère, au fond du placard de l'entrée. » Il souriait au vide. « J'adorais ça. » Une ombre voila son regard. « Après … j'ai continué de taper des messages en morse. J'ai jamais vraiment arrêté de le faire. C'est stupide, vraiment, mais – je sais pas. Je crois que j'aime parfois me dire qu'il entend mieux si c'est en morse. »
Le silence se pressa contre les oreilles du loup. Mentalement, Stiles semblait lutter contre quelque chose. « Tu vois la branche morte au-dessus de l'étagère ? » demanda Derek. Les yeux bruns rencontrèrent les siens, et Stiles hocha doucement la tête. « C'était une branche de magnolia. Ses fleurs étaient les préférées de Laura. Je l'ai coupée dans le jardin de quelqu'un en rentrant chez nous et j'ai pensé que ça lui ferait plaisir. C'est le jour où elle est décédée. » Il grimaça. Il avait pensé qu'il pourrait dire ces mots sans que le souvenir ne vienne se bruler contre ses paupières et piquer ses yeux. Il inspira. « Je n'ai jamais réussi à les jeter. » Il secoua la tête. « C'est plutôt morbide, » ajouta-t-il. C'est ce que Peter avait dit quand les fleurs avaient commencé à faner. Derek serra les mâchoires au souvenir de son oncle. Aujourd'hui, il ne restait que la branche, nue. « On fait des choses stupides pour ne pas totalement les perdre. » Sa voix était si basse qu'il doutait que Stiles l'ait entendu.
« Ils me manquent. » Derek tourna la tête. La voix de Stiles avait été claire, et ses yeux n'étaient pas humides de larmes. Pourtant, l'expression de son visage hurlait la tristesse.
« À moi aussi, » répondit-il. Leur regard se croisèrent. Ils trouvèrent quelque chose de réconfortant dans les yeux de l'autre, même s'ils auraient été incapables de décrire ce que c'était.
« Tu crois qu'il y a des gens qui arrivent à gérer des trucs pareils ? » Derek réfléchit une seconde avant de secouer la tête.
« Pendant un temps, j'ai cru que Cora s'en sortait bien. Mais, maintenant, je sais qu'elle est pire que moi.
- Des squelettes dans le placard, » murmura Stiles, semblant réfléchir à quelque chose.
« Juste une ruine brulée au milieu des bois, » répondit Derek. Ses mots s'étaient échappés de lui si rapidement qu'il ne s'y était pas attendu. Il se força à inspirer profondément et expira de façon tremblante.
« Est-ce qu'ils ont une tombe ? » demanda Stiles.
Derek fronça les sourcils. Il hocha la tête à contre cœur. Il avait du mal à appeler ça des tombes, plutôt une série de plaques alignées dans deux allées du cimetière de la ville, si identiques qu'elles semblaient sortir d'une usine à la chaine. C'était déprimant. Tellement déprimant qu'il n'y était pas retourné depuis 'l'enterrement'.
Derek regarda à nouveau Stiles, celui-ci semblait à nouveau réfléchir. « Est-ce que ta mère en a une ? » demanda le loup. Il se doutait de la réponse. Au vu du sort de Stiles et de ce qu'avait fait sa mère, ils avaient simplement dû laisser les cendres se disperser dans le vent sans y donner aucune importance. Mais cela lui tordit néanmoins le cœur lorsque le plus jeune secoua la tête. « Mon père en a une, » ajouta-t-il.
« Tu voudrais y aller ? » lui demanda-t-il. Stiles releva des yeux étonnés sur lui. Derek haussa une épaule. « C'est juste une idée comme ça. »
Stiles se pinça les lèvres et ses yeux se baissèrent alors qu'il réfléchissait. Il n'était allé au cimetière qu'une seule fois, pour l'enterrement. Sa mère y était souvent retournée, mais avait toujours refusé de l'emmener. Elle disait que ce n'était pas un lieu pour un enfant. Si Stiles était honnête envers lui-même, il avouerait qu'il avait été soulagé de ne pas avoir à fixer le marbre gris à nouveau. Il hocha la tête.
« Tu veux qu'on y aille demain ? Enfin, aujourd'hui ? »
Stiles regarda à nouveau Derek, observa ses yeux attentifs qui voyaient certainement plus que les siens dans la pénombre. « Tu m'y emmènerais vraiment ?
- Est-ce que je proposerais si ce n'était pas le cas ? » Stiles ne répondit pas immédiatement, et Derek le perçut comme le signe d'une réponse qu'il ne voulait pas recevoir. « Je t'emmènerais si tu le veux.
- Merci. »
Le silence retomba entre eux, mais aucun d'eux n'avaient envie de fermer les yeux pour trouver sommeil. « Stiles, est-ce que tu peux parler à nouveau des étoiles ? »
L'interpelé acquiesça. « Le truc le plus important à savoir sur les étoiles, c'est qu'elles sont magnifiques, » commença-t-il, son regard plongé dans celui de Derek.
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Ça avait semblé être une bonne idée jusqu'à ce qu'ils arrivent devant le cimetière. La Camaro était garée face aux grilles de l'entrée, le soleil était haut dans le ciel pâle de novembre et sa lumière se reflétait dans le métal sombre. Stiles fixait les grilles et voyait une multitude de gens vêtus de noir en sortir en serrant la main d'une femme aux yeux bouffis, se tenant droite à côté d'un petit garçon qui semblait vouloir se cacher derrière elle. Stiles entendait la musique de cérémonie et la voix du prêtre, il voyait les hommes en uniformes, fusils à l'épaule, tirer dans le ciel et plier le drapeau sur le cercueil. Stiles sentait l'herbe fraichement coupée et sentait le regard des gens qui passaient en murmurant dans son dos. Sa respiration était lourde et une voix dans le fond de son esprit murmurait. C'est là que tout a merdé.
« Tu n'es pas obligé de faire ça. On peut juste rentrer. » Il se retint à la voix de Derek comme à une bouée de sauvetage.
Il hocha frénétiquement la tête. Derek démarra la voiture, fit une marche arrière et quitta le parking du cimetière. Plus ils s'en éloignaient, plus Stiles se souvenait comment respirer.
Stiles n'arrivait pas à se concentrer sur ses leçons. Il avait froid, le peu de nourriture qu'il avait ingéré faisait des loopings dans son estomac, les mots se brouillaient devant ses yeux. « Tu veux regarder un film ? » Il hocha la tête sans même relever les yeux vers Derek.
Ce dernier installa l'ordinateur et s'assit sur le canapé. Il avait préparé un chocolat chaud, il y avait même mis des marshmallows et Stiles sut qu'il devait vraiment avoir l'air d'aller mal. Il lança un regard interrogateur au loup, mais celui-ci fit comme s'il ne comprenait pas ce qu'il sous-entendait. Stiles prit la tasse entre ses mains et l'approcha de son visage pour se réchauffer avec. Ça ne serait pas très utile, il le savait. Il avait froid intérieurement. Comme toujours.
Il s'assit sur le canapé à côté de Derek, sa cuisse contre la sienne, son bras contre le sien. Ça le réchauffa un peu, juste un peu. Alors, il se pressa encore plus contre le loup. Ce dernier resta de marbre, mais posa son regard sur lui. Stiles ne savait pas comment procéder. Il voulait la chaleur de Derek autour de lui, au moins un peu. Il s'écarta et fronça les sourcils alors qu'il observait le côté du loup. Ce dernier le regardait sans comprendre ce qu'il faisait. Puis, Stiles saisit son poignet d'une main et leva son bras en l'air, alors que le loup se laissa faire. Puis, il reposa le bras par-dessus ses épaules et se blottit contre le côté de son corps. Derek sentait son visage le bruler. Il inspira profondément et essaya de garder les yeux rivés sur l'écran.
Le film était long, ennuyeux et Stiles avait commencé à bailler trente minutes après le début de celui-ci. Mais Derek était incapable de proposer de faire autre chose ou de changer le film, puisque cela impliquerait bouger, donc que Stiles s'écarterait de lui, et il voulait être un horrible opportuniste profiteur pour encore quelques instants.
Finalement, l'écran devint noir, le titre s'afficha en gros caractères et le générique se mit à défiler. Stiles se redressa pour poser sa tasse vide sur la table basse. Le regard de Derek perça un trou dans son cou pâle. Sa peau semblait si douce. Quand il se demanda quel goût elle pouvait avoir entre ses lèvres, il se leva.
Son mouvement fut si soudain que Stiles sursauta et leva des yeux étonnés vers lui. « Ça te dit de sortir ? » Derek avait besoin de l'air glaciale de l'hivers contre lui, immédiatement. Ou d'aller courir dans les bois.
Stiles acquiesça et Derek sut qu'il se contenterait d'une course en voiture. Il tourna le dos à l'adolescent et alla chercher sa veste et ses clés. Stiles se dépêcha de mettre la sienne sans questionner l'attitude du loup. Ou peut-être qu'il savait, songea Derek, il savait certainement.
Ils arrivèrent en bas de l'immeuble et se dirigeaient vers la Camaro quand une silhouette s'avança vers eux. Le garçon longiligne aux cheveux ébouriffés avait les mains enfoncées dans les poches de sa veste trop fine pour les protéger du froid. Lorsqu'il leva les yeux sur Derek, celui-ci reçut une description parfaite du regard de chiot battu. Il sentit ses épaules tomber. « Vraiment ? » demanda-t-il.
Isaac s'arrêta de marcher et haussa une épaule. Il détourna le regard. Il mordait sa lèvre inférieure et ses yeux étaient rougis, très légèrement, mais Derek avait vraiment de la peine pour lui. Il savait combien sa sœur pouvait faire mal quand elle le voulait. Puis, Isaac sembla prendre la situation en compte. « Hm, j'arrive mal. Je vais –
- Monte, » dit simplement Derek. Comme celui-ci sembla hésité, il ouvrit la porte arrière.
Isaac finit par monter et Stiles attendit que Derek ouvre sa propre portière pour en faire de même. Le trajet se fit en silence pendant un moment. Après une dizaine de coup d'œil dans le rétroviseur, où le visage du bêta lui semblait plus pâle à chaque fois, il demanda. « Tu veux en parler ? »
Isaac haussa une épaule. « Je me suis engueulé avec Cora, » dit-il simplement.
« J'avais compris jusque-là.
- Tu as l'air malade, » intervint Stiles.
Isaac le regarda d'un air surpris. Puis lui offrit un demi-sourire. « Je ne peux pas être malade.
- C'est la partie inquiétante.
- Tu es sûr que tu ne veux pas en parler ?
- Où est-ce que vous alliez ? » demanda le bêta pour toute réponse. Derek leva les yeux au ciel à l'esquive.
Il soupira, juste pour se donner le temps de réfléchir à une réponse. « Donner un cours de conduite, » dit-il car c'est la première chose qui lui passa à l'esprit. Il jeta un rapide coup d'œil à Stiles et fut ravi de voir que la surprise de celui-ci ne transparut que par un léger éclair dans ses yeux.
« Tu lui apprends à conduire ?
- Oui.
- Avec ta voiture ?
- Oui. » Isaac haussa les sourcils si haut que ça en était presque comique. Derek serra les mâchoires et évita le regard qui se plantait sur lui à travers le rétroviseur.
« Stiles, j'espère que tu te rends compte du traitement de faveur.
- Fais attention où je te laisse sur le trottoir. »
Isaac rit légèrement. « J'irai chez Lydia.
- Comme si elle n'avait pas mieux à faire.
- Probablement Parrish, » répondit-il du tac au tac. Puis, il haussa une épaule. « Mais elle m'accueillerait, elle déteste ta sœur. »
Derek rit. « Alors pourquoi tu ne vas pas directement chez elle ?
- Elle me forcerait à parler. » Le ton d'Isaac avait été léger, mais un profond remerciement passa dans son regard. Derek acquiesça.
Puis, quand il jeta un coup d'œil à Stiles, il remarqua ses sourcils légèrement froncés. « Quoi ?
- Rien. » Derek lui lança un regard interrogateur, et les yeux d'Isaac étaient maintenant concentré sur l'humain. Stiles haussa une épaule. « Je ne pensais pas que Lydia détestait Cora.
- Même avec le peu que tu as vu, c'était plutôt clair, non ? » s'étonna Isaac. Stiles ne dit rien, se contentant de regarder par la fenêtre. Les deux loups échangèrent un regard à travers le rétroviseur. « Tu sais quelque chose ? » demanda le plus jeune d'un air conspirateur.
Stiles sembla ne pas vouloir répondre, mais avec Isaac penché juste derrière son siège, il lui était difficile de rester calme. Il sentait sa présence picoter sa nuque, ses sens étaient en alertes et son corps se raidissait, quand bien même il savait que c'était Isaac, qu'il ne risquait rien et que Derek ne l'aurait pas laisser faire.
La présence disparut rapidement, comme si le bêta avait remarqué son état. Il expira avant de dire. « Lydia m'a dit qu'elle aimait bien parler d'histoire avec Cora. » Les deux loups furent surpris, sans savoir s'ils étaient plus surpris par l'information elle-même ou le fait que Stiles la leur donne.
Ils arrivèrent enfin au parking et Derek et Stiles échangèrent de place. « Ne le déconcentre pas.
- Comme si j'allais prendre le risque de causer un accident, » ironisa Isaac.
Après quelques tours de parking, Derek intervint. « Tourne à gauche, là.
- C'est la sortie, » fit remarquer Stiles, en lui lançant un rapide coup d'œil.
« Je sais. » La voiture s'arrêta et Derek plongea un regard rassurant dans les yeux de Stiles. « Tu vas t'en sortir. Il n'y a presque personne dans les rues à cette heure-ci de toute manière. » L'adolescent se contenta d'une moue dubitative. « Stiles, tu t'en sors très bien. Et je ne t'apprends pas à conduire pour que tu puisses faire des tours de parking. »
Stiles était sur le point de lui demander pourquoi il lui apprenait à conduire tout court, mais il se retint. Il regarda la sortie du parking comme une menace. Évidemment, il pouvait refuser. Il inspira profondément et tourna pour prendre la sortie. « Ne panique pas, » lui dit Derek alors qu'une autre voiture passait devant la leur. Stiles avait pilé et n'osait pas redémarrer et le conducteur derrière eux klaxonnait. « Reprends à ton rythme. Il peut aller se faire voir, » ajouta-t-il en lançant un regard noir à la voiture derrière eux à travers le parebrise arrière. Stiles démarra lentement. Ses yeux essayaient d'être partout à la fois, sur les feux de circulation, les panneaux, les autres voitures, les rétroviseurs, les piétons suicidaires.
« Détends-toi, » instruit Derek. Stiles essaya de se calmer en inspirant et expirant profondément. Lorsqu'une voiture arriva sur l'autre côté de la route, en sens inverse, il fit un écart sur la droite pour éviter une collision qui n'aurait pas eu lieu. « Bordel ! » Derek rattrapa aussitôt le volant pour recentrer la voiture et Stiles enfonça le freint.
S'il y avait eu quelqu'un derrière eux, ils auraient eu un accident. « Okay, » dit Derek en forçant sa voix à être calme. « Règle numéro une : tu ne fais pas d'écart.
- Mais il allait super vite !
- Il était dans la file d'en face. Il n'allait pas nous percuter. » Stiles le regardait avec des yeux écarquillés, alors Derek lui lança un regard sûr de lui. « Contente toi de rester dans les lignes et tout se passera bien. » Stiles acquiesça. « Bien. Redémarre.
- Tu es sûr que tu ne veux pas reprendre le volant ?
- Non. C'est toi qui nous ramène. » Derek entendit une faible exclamation plaintive venir de l'arrière, mais il était certain que Stiles n'avait pas l'ouïe assez fine pour l'entendre. Il lança un rapide regard noir à Isaac qui s'accrochait à la poignée de la portière.
Stiles conduisit lentement, mais sans autre frayeur. Finalement, il se gara devant l'immeuble et lâcha un soupir de soulagement. « Tu vois, on est tous vivant, » dit Derek. Les yeux bruns lui lancèrent un regard noir et il pouvait en sentir un autre bruler sa nuque depuis la banquette arrière.
Derek prépara à manger en écoutant d'une oreille distraite Isaac tenter de convaincre Stiles que Superman était meilleur que Batman. Ils découvrirent alors leur amour commun pour Spider-Man et Derek leva les yeux au ciel quand son bêta le supplia de regarder les films de l'homme araignée. Il céda.
Ils se retrouvèrent alors tous les trois sur le canapé, ordinateur posé sur la table et le premier film sur deux défilait à l'écran. Derek était assis au milieu et son épaule gauche touchait celle de Stiles. Peter Parker testait ses toiles en se laissant tomber du sommet d'un building quand Derek sentit le dos de la main de Stiles se poser contre la sienne. Il étira les doigts et rencontra les siens. Il hésita, puis enroula son index autour du majeur. Quand Stiles referma son doigt autour de celui de Derek, celui-ci retourna sa main et l'adolescent glissa sa paume sur la sienne. Leurs mains restèrent en suspend l'une contre l'autre pendant quelques secondes, avant que Derek n'entremêle leurs doigts. Stiles finit son mouvement en les resserrant sur sa main.
Tout ce temps, aucun d'eux ne détourna les yeux de l'écran. La main de l'autre était douce et chaude dans la leur. C'était suffisant. C'était bien.
Quand le film se finit, Derek changea pour le second. Lorsqu'il se rassit, sa main retomba dans celle de Stiles qui la saisit comme si c'était un réflexe, quelque chose qu'ils avaient fait mille fois, une habitude et non un geste qui faisait fleurir des papillons sur leur peau, brulait leurs intestins et leur faisait un peu oublier comment respirer.
Peter embrassa Gwen, et la main de Stiles serra légèrement plus fort celle de Derek. Celui-ci serra en retour, sans savoir ce qu'il voulait dire par là, ni si Stiles avait voulu lui transmettre quoi que ce soit. Lorsque Gwen tomba de la tour, Derek planta ses griffes dans sa propre cuisse pour ne pas serrer sa main plus fort. Stiles se figea à ses côtés, sa respiration se troubla et son corps se rapprocha un peu plus du sien.
Finalement, le second film se termina à son tour. « Hmm, » gémit Isaac. Derek et Stiles lâchèrent la main de l'autre. « J'ai tellement besoin de dormir. » Il s'étira légèrement avant de ramener ses jambes contre lui sur le canapé et d'appuyer son dos contre l'accoudoir. Il regarda Derek en attendant qu'il se lève et en fit de même avec Stiles. Les deux se levèrent et s'écartèrent sans un mot.
Derek croisa le regard de Stiles, mais quelque chose d'insoluble remplissait les yeux bruns. Isaac tira vers lui la couverture et l'oreiller, que Derek avait pliés et posés sur l'autre accoudoir du canapé. Ils restèrent debout sans vraiment savoir quoi faire. Isaac leur lança un regard amusé. « Bonne nuit, les gars. » Il se tourna dos à eux, face aux coussins du canapé.
Alors que les pieds de Derek restaient plantés dans le sol, Stiles, lui, marcha jusqu'à la chambre. Il y prit son pyjama et partit dans la salle de bain. L'alpha regarda le bêta, sentant un poids grandir dans son estomac. Isaac avait compris. Sauf qu'il ne pouvait pas avoir réellement compris. « Ce n'est pas ce que tu crois, » dit-il, sachant combien les mots sonnaient mal.
« Derek, arrête, » lui dit Isaac en se tournant et levant une main. Il y avait un sourire amusé sur ses lèvres et Derek allait insister, mais il reprit avant lui. « Écoute, je suis pas complètement stupide, d'accord ? Et puis, tu sais, je te connais, c'est bon. Je suis presque sûr que tu serais incapable de t'approcher de lui avec une quelconque pensée impure à l'esprit. »
Derek avait presque envie de le frapper pour se moquer de lui, mais le visage d'Isaac retrouva une expression sérieuse. « Je suis content pour toi. Et pour lui. Vous avez l'air bien ensemble.
- Isaac, c'est pas ça.
- Peu importe ce que c'est. Ça te va bien. » Derek leva les yeux au ciel et partit en direction de sa chambre. « Je le pense, » insista le bêta. Derek eut une exclamation faussement amusée et Issac se leva pour le rejoindre. L'alpha ouvrit un tiroir de la commode et fit semblant d'être concentré dans le choix de son t-shirt de pyjama. « C'est quoi le problème ? » demanda Isaac en s'appuyant contre le mur à côté du meuble.
Derek ironisa. « Oh, parce que tu n'arrives pas à le voir tout seul ?
- Il veut dormir à côté de toi ?
- Tu crois que ça arriverait si c'était pas le cas ? » Isaac sourit à l'agressivité dans sa voix.
Il pencha la tête sur le côté dans une sorte d'acquiescement, comme s'il venait de marquer un point. « C'est exactement pour ça que je ne me fais pas de soucis pour vous. » Derek se passa une main sur le visage. Finalement, il décida d'être honnête.
« Je n'ai aucune idée de ce que je suis en train de faire.
- Je ne pense pas que t'en ais besoin. » Isaac lança un coup d'œil à la porte fermée de la salle de bain. « Agis à l'instinct. C'est toujours ce qui a le mieux fonctionné avec toi, non ?
- Toute cette situation est totalement merdique.
- Ouais, ça c'est clair, » répondit le bêta avec une once d'amusement. « Donc c'est plutôt cool que quelque chose de bien en ressorte, non ? » Il attendit silencieusement une réponse, mais Derek n'en avait aucune à donner. « Tu ne peux pas changer le contexte de toute manière, alors fait juste avec. » Derek baissa les yeux, puis, il les ferma et se pinça l'arrêt du nez d'un geste nerveux. Isaac posa une main sur son épaule et la pressa, avant de repartir se coucher sur le canapé.
À peine fut il allongé que Stiles sortit de la salle de bain. Derek prit sa place pour se changer. Puis, il alla s'allonger dans son lit à côté de Stiles. Ils restaient encore aussi loin l'un de l'autre que possible. L'adolescent avait déjà les yeux fermés quand il vint le rejoindre. Avec la lumière qu'il avait laissé allumée, il n'avait pas à se concentrer pour distinguer les traits du visage assoupi. Il ne voyait que son profil, car Stiles était allongé sur le dos. Il finit par fermer les yeux, laissant son esprit reformer l'image qu'il avait observé et la graver contre ses paupières.
Isaac s'éclipsa tôt le lendemain matin, mais Derek savait qu'il n'allait pas rentrer chez lui immédiatement. Il l'avait vu refuser trois appels sur son téléphone la veille et il se doutait qu'ils venaient de sa sœur. Il en fut certain lorsque celle-ci finit par l'appeler en lui demandant de lui passer son « crétin de petit ami. »
Derek avait retenu un soupir. « Il est parti.
- Vraiment ?
- Oui, vraiment. » Il se passa une main sur le visage.
« Tu ne veux pas savoir ce qu'il s'est passé ? » demanda Cora après un silence.
Derek regardait la ville depuis le balcon du loft, des nuages de vapeur se créaient dans l'air froid quand il expirait. « Je croyais qu'on s'était mis d'accord pour que je ne me mêle pas de vos histoires. »
Cora eut une exclamation amusée. « C'est pour ça que tu le fais dormir chez toi à chaque fois.
- Oh, excuse-moi, tu préfèrerais que je le laisse dormir dehors ? » Sa sœur garda le silence à son ton mordant, et rien que pour ça, Derek savait qu'elle n'allait pas bien. « Est-ce que ça va ?
- L'amour, c'est nul, » murmura-t-elle. Il n'avait rien à répondre à ça.
« Tu sais que je suis là, si besoin. » Cora ne répondit pas vraiment, juste une petite exclamation entre le je sais et le bonne blague. Elle lui dit au revoir avant qu'il n'ait le temps de rajouter quoique ce soit d'autre. Il n'aurait pas su quoi dire de toute manière. Il soupira puis rentra à l'intérieur.
Stiles l'observa venir s'assoir à la table de la cuisine, mais garda le silence. Derek le regarda à son tour, attendant qu'il dise quelque chose. Quand les mots ne vinrent pas, il demanda, « Dis-moi ce que tu penses.
- Tu as l'air plus proche d'Isaac que des autres membres de ta meute. » Il ne fut pas vraiment surpris par la remarque de Stiles. Il s'attendait à une autre question, certes, mais c'était aussi logique qu'il se demande ça. Il était plus proche d'Isaac que des autres.
« C'est moi qui l'ai transformé, » expliqua Derek. Stiles sembla surpris. « Scott l'a été par mon oncle. Cora et Malia sont nées comme ça. » Il hocha la tête, mais n'ajouta rien. « Tu veux savoir pourquoi je l'ai fait ?
- Tu n'as pas d'explications à me donner, » répondit-il. Derek hocha lentement la tête. Le silence s'attarda un moment avant que Stiles ne reprenne. « Pourquoi tu l'as fait ? » Il n'espérait pas que Derek ait une bonne raison d'avoir changé la vie entière d'Isaac. Il était persuadé que peu importe les raisons, son opinion du loup ne changerait pas. Il posait la question parce qu'il avait l'impression que Derek voulait s'expliquer.
« J'ai pensé qu'il me fallait une plus grande meute. Il n'y avait que moi et Scott à ce moment-là. On était faible. » Derek savait combien le choix avait été égoïste, mais à l'époque, il avait été incapable d'imaginer que ce pourrait être une calamité pour qui que ce soit d'être transformé. Alors il n'avait pas hésité. Il n'avait plus changé personne depuis qu'une de ses décisions irraisonnées avait presque couté la vie d'Isaac. Des cheveux d'or et un visage trop calme traversèrent son champ de vision pendant une seconde. C'est là qu'il avait compris que ce n'était pas tant une question de pouvoir que de responsabilité.
« Isaac a l'air d'être bien comme ça, » intervint Stiles. Quand Derek releva les yeux sur lui, il vit que celui-ci le dévisageait et sut qu'une partie de sa culpabilité avait dû percer à travers ses traits.
Derek hocha la tête. Isaac l'avait un jour remercié, mais il n'était pas sûr d'à quel point il avait été en état de proférer quoique ce soit de censé, entre la fatigue émotionnelle et physique qu'il avait ressenti à ce moment. Il était sur le point de rajouter quelque chose quand son téléphone sonna.
« On sera-là, » répondit-il à Deaton. Il raccrocha et se tourna vers Stiles. « L'alpha de l'autre meute viendra avec deux de ses bêtas dans trois heures à la clinique. »
Attendre ces trois heures fut long. Aussi, ils partirent avec beaucoup d'avance à la clinique vétérinaire. Ils n'étaient pas les seuls à avoir ressenti la pression de la réunion à venir. Scott et Alison étaient arrivés depuis plus d'une heure. Lydia passa la porte accompagnée d'Isaac une dizaine de minutes après eux. Finalement, Cora arriva avec une demi-heure d'avance. Seule Malia arriva deux minutes avant l'heure prévue. Avec de quoi grignoter.
« Comment tu peux être aussi détendue ? » demanda Alison, ébahie.
« Quoi ? » s'étonna Malia. « J'ai faim, » se défendit-elle en mordant dans un autre biscuit. « Et puis c'est vous qui m'avez dit que la politesse veut qu'on offre de la nourriture à quelqu'un qui nous rend visite, non ?
- Est-ce qu'on a vraiment envie d'être poli avec quelqu'un qui cherche à nous éliminer ? » demanda Isaac.
Scott piocha un gâteau dans le paquet de Malia et celle-ci lui sourit. Alison haussa un sourcil en direction de son petit ami. Il lui offrit un sourire coupable.
Cora se redressa soudainement. « Ils arrivent. »
La meute se mit soudain à bouger. Le groupe informe se mit en position comme des soldats qui se mettent en rang. Alison, Isaac et Scott s'appuyèrent sur les meubles d'un côté de la pièce, en face, Malia, Cora et Deaton en firent de même. Derek s'appuya contre la table d'opération, le plus proche de l'entrée de la pièce, comme si l'alpha devait être la première chose que les étrangers voyaient. Lydia vint se placer sur le côté de la table, lançant un rapide regard à Stiles posté au bord le plus loin de la porte. Si ce n'était pas pour l'atmosphère lourde et leurs visages sérieux, il y aurait pu avoir un aspect comique à leurs gestes.
Lorsque trois personnes pénétrèrent dans la clinique, Deaton alla les accueillir. Ils entrèrent dans la pièce et s'arrêtèrent devant Derek. Deaton retourna à sa place. « On m'a fait savoir que vous vouliez notre aide, » dit Derek, son ton dur et froid.
L'alpha se tenait face à lui, deux bêtas derrière lui à chacun de ses côtés. Il sourit à Derek. « Vous avez entendu parler de notre problème, vous pouvez comprendre que nous recherchions l'aide des meilleurs. »
Derek eut une exclamation amusée. « Vous comprendrez que j'ai du mal à vous croire.
- Nous ne voulons rien d'autre que –
- Nous piéger, » termina Derek pour lui. Il semblait ne pas avoir le temps de jouer à demi-mot. Il était brusquement honnête, mais s'il devait mener sa meute en guerre, il n'avait pas de temps à perdre. L'expression de l'alpha face à lui se ternie légèrement. « Nous n'avons jamais été ami, » reprit Derek, en lui offrant un sourire complice, celui de deux ennemis de longues dates, « nos parents déjà ne l'étaient pas, mais nous ne sommes jamais allés jusqu'à nous battre ouvertement. Jusqu'à maintenant, nous avons toujours réglé pacifiquement nos différents. Aussi, je suis surpris que vous cherchiez aujourd'hui un combat ouvert. »
L'autre alpha ne fit pas semblant de ne pas comprendre de quoi parlait Derek. Il lança un coup d'œil à ses deux bêtas, comme pour leur annoncer que la pièce était finie. « C'était avant que j'apprenne certaines des nouvelles pratiques de votre meute. C'est quelque chose que nous pouvons difficilement laisser passer.
- Quelles pratiques ? » demanda Derek, même s'il avait une idée en tête.
Le regard de l'alpha vira au rouge et se posa par-dessus l'épaule de Derek. Celui-ci n'avait pas besoin de tourner la tête pour savoir que c'était Stiles qu'il regardait. Alors, l'alpha fit un clin d'œil.
« Ne vous inquiétez pas pour cela –
- J'ai une proposition à vous faire, en réalité. » Derek ne montra pas sa surprise. L'alpha fit un pas en avant, puis un autre, lentement. Il évita Derek et le dépassa, s'avançant en direction de l'autre côté de la table d'opération. Tout en marchant, il reprit. « Vous avez raison, votre meute et la mienne ont toujours traité leurs différents de façon non-violente. Ce serait un drame d'arrêter aujourd'hui. » Ses doigts longèrent le bord de la table. Derek suivait son mouvement, toujours alerte des deux bêtas dans son dos. « Aussi, j'ai une sorte de traité à vous proposer. »
Il était à moins d'un mètre de Stiles. Celui-ci regardait droit devant lui, stoïque, un masque de plâtre sans émotion plaqué sur le visage, le corps raide, telle une statue. « Comment vas-tu, Stiles ? » demanda alors l'alpha, d'un ton plus bas et cajoleur.
Lorsque l'interpelé ne réagit pas, il sourit. « Ne te souviens-tu donc pas de moi ? Comment aurais-tu pu m'oublier ? » Ses yeux rouges griffaient tout le corps en descendant et remontant sur l'humain. Une main toujours posée sur la table d'opération, il passa derrière Stiles. « Aurais-tu oublié que tu es mien. » Sa voix écorcha la nuque de Stiles. La main de l'alpha se leva pour se poser sur lui.
« Si vous le touchez, je vous arrache la tête avec les griffes de vos propres bêtas. »
La voix de Derek avait été caverneuse. L'alpha releva les yeux sur lui, surpris. Les griffes et les crocs de Derek étaient sortis, ses yeux étaient illuminés de rouge et étaient fixés sur l'autre alpha. Il tiendrait sa promesse, cela ne faisait aucun doute. Des yeux bleus et jaunes étaient illuminés d'un coin à l'autre de la pièce, dirigés sur la même cible. Lydia avait les mâchoires serrées, prête à hurler, et Alison et Deaton avaient tous deux une arme en main.
« Écartez-vous de lui immédiatement. »
L'alpha fit un pas en arrière et leva les mains de chaque côté de son corps en signe de paix. Aucun membre de la meute ne baissa sa garde. « Le marché que je vous propose –
- Il ne sera jamais à vous. Maintenant, foutez le camp de ma ville. »
Le regard de l'alpha tiqua. « On y a pris goût, Derek ? » Celui-ci bouillait intérieurement. « Je peux comprendre le sentiment, je vous assure. » Le sourire qui élargit les lèvres de l'alpha était répugnant.
« Ce sera votre dernier avertissement. Écartez-vous de lui. Barrez-vous d'ici. Si je vous revois trainer dans le coin, je vous tue immédiatement. »
L'alpha, toujours les mains levées, contourna Stiles, pas d'assez loin au goût de qui que ce soit, et avança en direction de la porte. Tout le long, il garda les yeux sur Derek. Il abaissa les mains en arrivant à sa hauteur. Finalement, il tourna le dos à la meute et fit signe à ses bêtas de le suivre alors qu'il quittait la pièce.
Ils écoutèrent leur voiture quitter le parking. Quand Derek tourna la tête vers Stiles, celui-ci n'avait pas bougé d'un pouce. Il eut une forte impression de déjà-vu, le premier jour où il l'avait vu se superposant à celui-ci. Dans cette même salle d'opération, silencieux, mais avec ce regard qui les défiait tous de penser qu'il n'était rien, un masque qui ne laissait rien paraitre de l'être qui se cachait dessous et les épaules droites en un dernier signe de fierté. Derek avait pensé qu'il ne reverrait jamais cette statue de marbre. En le regardant, il voyait à quel point tout était faux, il apercevait chaque craqure dans le plâtre qui lui avait à l'époque semblé parfaitement lisse. « Stiles, est-ce que ça va ? »
Il n'y eut aucun signe qu'il l'ait entendu pendant plusieurs secondes. Puis, ses yeux se focalisèrent sur lui et il hocha la tête. Le regard d'un mort et le geste d'un automate.
« Qu'est-ce qu'on attend pour aller le tuer, exactement ? » demanda Isaac à travers ses dents. Avec ses yeux rivés sur Stiles, Derek n'arrivait pas à trouver de raison. Il voulait sentir le sang chaud de cet enfoiré sur ses mains, il voulait rapporter sa tête décapitée à Stiles et lui prouver que jamais plus on ne lui ferait du mal.
« On est en guerre, non ? » demanda Malia, voulant s'assurer que rien ne lui avait échappé.
« Évidemment qu'on est en guerre, » répondit Cora. Ses mâchoires étaient serrées, son regard était dirigé rageusement contre le sol. Lorsqu'elle releva les yeux sur la figure immobile de Stiles, un éclair d'inquiétude passa dans ses yeux. Puis, elle se tourna vers son frère. « Vous devriez rentrer, » dit-elle, la voix si basse que seul ceux ayant une ouïe surnaturelle pouvaient l'entendre.
Derek acquiesça. Il regarda à nouveau l'humain. « Stiles, tu veux rentrer ? »
Pendant quelques secondes, rien ne se passa. Puis, il fit le tour de la table et avança jusque vers Derek. Celui-ci partit en direction de la porte, lançant des regards inquiets à Stiles alors qu'il le suivait. Il dut lui indiquer de s'assoir dans la Camaro. Il dut lui dire de descendre, de monter les escaliers, d'enlever sa veste et ses chaussures, de s'assoir dans le canapé. Il n'osa pas s'assoir avec lui, allant dans le fauteuil en face. Il regarda le pantin mécanique qui lui faisait face en se demandant comment le réparer.
Derek songea au mot gravé dans la peau tendre au-dessus de son cœur. Il pensa au regard que le prédateur avait posé sur lui, à la main qu'il avait voulu poser sur le corps fragile. Il revit les cicatrices qui couvraient ses bras et son torse et son dos et se demanda combien avait été causées par le loup qu'il venait de rencontrer.
« Parle-moi, » demanda Derek. Stiles resta immobile. Puis, il fit juste un très léger mouvement de tête, si infime que Derek failli le manquer. Non. « Tu peux craquer, si tu en as besoin. Tu peux, Stiles. » Mais il n'arrêta pas de secouer la tête. Non.
Non.
Non.
Derek resta face à lui, sans rien faire, n'ayant aucune idée de quoi faire. Stiles resta assis sur le canapé et Derek assis sur le fauteuil. La nuit tomba. Il n'avait pas faim et il savait qu'il était inutile de proposer quoique ce soit à l'adolescent. Cela devait faire plus d'une heure qu'ils étaient ainsi, avant que Derek ne remarque que les paupières de Stiles s'alourdissaient. « Tu veux dormir ? » demanda-t-il.
Rien, puis un hochement de tête. Derek se leva et Stiles le suivit. Il avança vers son lit et se tint d'un côté. Stiles prit son pyjama dans un geste qui sembla automatique, mais, contrairement à d'habitude, il n'alla pas se changer dans la salle de bain.
Il resta face à l'alpha en enlevant son t-shirt, son torse pâle et couvert de cicatrices offert à la vue de celui-ci. Il releva les yeux dans les siens et attendit. Derek garda les yeux plongés dans ceux de Stiles. Après un moment, celui-ci enleva son pantalon. Pour la première fois, Derek vit ses jambes. Il ne les regarda qu'un court instant, juste le temps de remarquer qu'elles étaient, comme le reste de son corps, couvertes de cicatrices. Ses yeux restaient plongés stoïquement dans ceux de Stiles, qui semblait attendre quelque chose. Un autre moment, plus long, passa, avant que Stiles ne s'habille de son pyjama.
Ensuite, il attendit à nouveau. Derek prit son pyjama et alla dans la salle de bain pour se changer. « Dors où tu veux, » dit-il avant de fermer la porte. La couverture et l'oreiller étaient encore posés sur le bord du canapé. Il ne pensait pas qu'il les rangerait un jour, il laisserait toujours cette porte ouverte à Stiles. Lorsqu'il sortit de la salle de bain, il le trouva allongé sous la couverture, sur le dos. Derek hésita, mais quand le regard de Stiles se releva sur lui, il avait l'impression qu'il le défiait. Alors, il vint s'allonger à son tour.
« Tu veux que j'éteigne la lumière ? » demanda-t-il. Il attendit, mais la réponse ne vint pas. Il supposa que Stiles lui-même ne la connaissait pas. Il s'allongea sur le dos et ferma les yeux. Il essayait de se concentrer pour s'endormir, mais il n'avait pas sommeil et il pouvait sentir le regard de Stiles sur lui. Un long moment passa, où Derek se concentrait sur tous les bruits nocturnes qu'il pouvait percevoir. La respiration de Stiles, trop régulière pour ne pas être contrôlée, les battements d'ailes d'oiseaux, une voiture qui roulait.
« Derek ? Est-ce que tu peux me prendre dans tes bras ? » La voix était si faible, si proche du gémissement qu'elle brisa le cœur de Derek.
« Bien sûr, » répondit-il immédiatement. Il se tourna sur le côté et écarta les bras. Il sentit Stiles se rapprocher sous la couverture jusqu'à s'enfouir dans son étreinte. Son visage se cacha dans son cou, ses bras s'enroulèrent comme ils le purent autour de son torse, ses jambes emprisonnèrent l'une des siennes. Stiles tremblait entièrement. Une feuille morte sous le vent glaciale de l'hiver, une jeune pousse au milieu des tornades du printemps. Derek referma ses bras autour de lui et enfouit son nez dans ses cheveux.
« Je t'en supplie, ne laisse plus jamais quelqu'un d'autre m'avoir.
- Il faudrait que je meure pour que ça arrive. »
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Encore merci à vous tous pour votre soutient et à bientôt !
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