.
.
Chapitre 19 : Délicat
.
.
Le soupir contre la peau de son cou le fit frissonner, comme si son corps ne tremblait pas déjà assez dans l'étreinte forte du loup. Les lèvres glissèrent dans son cou jusqu'à la jonction de sa mâchoire, aspirant la peau en douceur. Un gémissement quitta sa gorge et il donna un coup de hanche en avant, ayant besoin de plus. Stiles avait l'impression que son sang bouillait sous sa peau, il mourrait de chaud et adorait la sensation. Il sentit quelque chose se presser contre lui, là où il en avait le plus besoin et il gémit à nouveau. Les yeux à la fois bleus et gris se plantèrent dans les siens quand le front de l'homme plus âgé se posa contre le sien. Les pupilles face aux siennes étaient dilatées. Il tendit le cou pour pouvoir atteindre les lèvres trop douces, pour rendre son esprit incapable d'une quelconque réflexion. Tout était si doux, si chaud, si bon.
Stiles ne sut pas ce qui le réveilla, il savait simplement que son t-shirt était trempé de sueur et qu'il était rempli d'un sentiment de frustration. Il gémit plaintivement. Ses yeux s'ouvrirent sur la chambre de motel, le plafond blanc, les murs blancs et la moquette grise. Sans réfléchir, sa main se baissa sur son corps, caressant la peau découverte de son ventre jusqu'à atteindre l'élastique de son sous-vêtement. Il descendit encore plus bas, jusqu'à soupirer lorsque sa main rencontra quelque chose de dur. Il la posa à plat et remonta doucement. Son souffle était rauque lorsqu'il le quitta. Il se mordit les lèvres quand il ne put empêcher sa main d'aller et venir contre lui. Ses yeux se refermèrent et il bascula la tête en arrière contre l'oreiller.
Les images de son rêve revinrent vivre sous ses paupières. Il revoyait les bras forts de Derek l'entourer, les lèvres roses du loup glisser partout sur son corps, tendrement, s'arrêtant pour embrasser sa peau avant de reprendre leur danse. Il sentait la douceur de ses doigts, il entendait ses soupirs et ses propres gémissements qui lui répondaient. C'était bon. C'était l'une des sensations les plus exquises que Stiles n'ait jamais goûtées, et il était encore trop endormi et trop perdu en elle pour réfléchir à ce dont il s'agissait. Il passa sa main sous le tissu de son sous-vêtement et soupira bruyamment. Ses hanches bougèrent d'elles-mêmes, pourchassant cette sensation jusqu'à ce que quelque chose le frappe, un plaisir qu'il n'avait jamais ressenti avant et qui laissa son esprit brumeux un moment.
Lorsque sa respiration se stabilisa, et lorsqu'il fut assez conscient pour réaliser ce qu'il venait de faire, Stiles fixa le plafond, les yeux légèrement écarquillés. Il essaya de faire le point, de comprendre ce qu'il venait de se passer. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Il essuya sa main sur la couverture qu'il avait repoussée et se redressa. Sa tête tournait. Il avala sa salive, mais sa gorge était sèche. Il regarda autour de lui comme si la pièce allait lui apporter une réponse, comme si un monstre se cachait quelque part. Il rencontra son reflet dans le miroir, accroché de travers au mur. C'était comme voir un inconnu dans celui-ci. Comment avait-il pu aimer ça ? Il se leva et prit une douche en ayant l'impression d'avoir affaire à un corps étranger au sien, à un traitre. Il s'habilla, puis sortit de la salle de bain et avança jusque devant le miroir. Il retira son t-shirt et affronta son reflet. Sa gorge se serra. Il essaya d'avaler sa salive, mais elle était si sèche que le liquide rappa contre celle-ci. Il inspira profondément. Il leva une main, ses doigts passant sur les cicatrices, en suivant certaines. Il appuya sa main à plat par-dessus son cœur, les quatre lettres visibles dans les espaces entre ses doigts. Il expira tout l'air que ses poumons contenaient. Lorsque sa vision devint floue, il cligna rapidement des yeux et remarqua qu'il n'était pas en train de paniquer, mais de pleurer.
Il serra les mâchoires, il ferma les yeux pour essayer de garder les larmes à l'intérieur de ses paupières. Il inspira profondément et expira, inspira et expira. Jusqu'à ce que son envie de hurler ne passe. Il releva les yeux dans le miroir et affronta son reflet. Pas parce qu'il devait se battre pour garder ses yeux sur la réflexion ignoble qui s'y trouvait, mais parce qu'il se défiait du regard. Ils ne les laisseraient pas avoir ça. Ils ne les laisseraient pas gagner autant de lui. Il inspira et expira, remplissant son corps de force. Mien. Stiles garda les yeux sur ce mot. Il n'était à personne, seulement à lui-même. Il était à lui, son cœur était à lui. Il répéta ces mots dans sa tête, les écouta créer des échos. Il planta son regard dans les yeux de son double. Il y avait une détermination assurée et inébranlable dans les iris brunes et, cette fois, Stiles ne la feignait pas.
.
xx
.
Pourquoi c'est toujours moi qui t'appelle ?
Stiles soupira en regardant l'écran de son téléphone. Il avait l'onglet des contacts ouvert, regardait le nom de Derek et ses yeux traçaient lentement chacune des lettres. Il faisait face à l'océan et voulait presser le bouton d'appel. Il voulait entendre la voix du loup, son rire, ses intonations alors qu'il l'écoutait. Stiles n'avait pas envie de parler si personne ne l'écoutait, si Derek ne l'écoutait pas. Il releva la tête et fixa l'étendue d'eau bleue, reflet du ciel, les vagues qui s'écrasaient contre la plage en contrebas. Un millier de choses lui passait par la tête, mais il ne pouvait les formuler.
Et toi, Derek ? Qu'est-ce que toi tu veux ?
Qu'est-ce que Derek voulait ? Stiles avait cette même question qui lui revenait encore et encore à l'esprit. Il ne savait pas exactement ce que lui voulait. Et il savait que Derek ne lui disait rien de ses envies pour qu'il ne se cale pas sur les siennes. Mais voulait-il seulement de Stiles ? Il lui avait dit de partir et donner tous les moyens de ne jamais revenir. Et certains jours, cela sonnait moins comme lui offrir sa liberté que se débarrasser de lui. Se débarrasser de cette chose qui l'horrifiait, le dégoûtait. Stiles serra le téléphone dans ses mains.
Les gens qui t'ont fait ça me dégoûtent.
Stiles commençait à peine à s'autoriser à penser à eux. Il osait à peine commencer à les blâmer ou même à les insulter à demi-mots. Il avait passé tellement de temps à forcer son esprit à l'acceptation, à la passivité, à la résolution. C'était comme si s'autoriser à dépasser tout ça était prendre le plus grand risque de sa vie. Parce que si Stiles savait une chose, c'était qu'il ne retournerait jamais là-bas.
Si jamais tu trouves, rappelle-moi.
Il était un idiot. Stiles soupira en basculant la tête en arrière, celle-ci tomba contre le toit de la Jeep. Il ouvrit les yeux sur le ciel, un bleu lumineux. Il ferma les yeux en essayant de se souvenir de la couleur de ceux de Derek, mais c'était impossible de trouver la bonne nuance. Il avait acheté un feutre bleu, en même temps que tous les autres feutres, mais il ne l'utilisait jamais. Les trois autres avaient une fonction, le bleu était juste joli. Et Stiles ne savait pas quoi faire des jolies choses.
Il reprit son téléphone, sortit de ses contacts et prit une photo de l'océan. Il pensa à l'envoyer à Scott, mais ne le fit pas. Il avait de nombreuses fois pensé à appeler ou envoyer un message à quelqu'un d'autre que Derek, mais chaque fois, il s'était retenu. Au début, il avait juste eu l'impression que ce serait étrange de leur donner des nouvelles, car ils n'étaient pas si proches que ça. Maintenant, il avait l'impression que ce serait étrange parce qu'il ne l'avait pas fait plus tôt.
Son dernier appel à Derek remontait à une semaine et le silence lui donnait envie de s'arracher les oreilles. Silence avait été comme un vieil ami enfin retrouvé, mais maintenant, Il était douloureux. Il appuyait sur sa poitrine et la compressait pour lui rappeler que la seule raison pour laquelle Il était là était parce que personne ne voulait de Stiles.
Il y a des mois, Stiles aurait souhaité plus que tout au monde être abandonné, n'avoir aucune valeur, aucune importance pour personne. Si ça avait été le cas, on l'aurait simplement rejeté et laissé partir. Il n'avait aucune idée de ce qu'il aurait fait alors, mais il aurait été libre. Bien sûr, maintenant il était libre, aussi. Mais la seule chose qu'il voulait faire de sa liberté était traverser le pays pour retourner vers la dernière personne qui l'avait possédé. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?
Si son lui d'un an plus tôt pouvait le voir, il aurait certainement envie de hurler de frustration. Tu es libre. Libre. Qu'est-ce que tu fous ? Barre toi ! Vie ! Bordel, tu peux vivre. Fais quelque chose ! Et Stiles voulait retourner auprès de Derek. Le mec à qui tu appartenais ?! Stiles savait que ça n'avait aucun sens.
Mais Derek n'était pas comme eux. Derek ne l'avait jamais possédé comme les autres l'avaient possédé. Ce qu'il avait obtenu de Stiles, il ne le lui avait pas demandé, il ne le lui avait pas pris, ni arracher. Stiles le lui avait offert. Son lui passé pouvait bien secouer la tête d'un air déçu et dégoûté, il lui avait offert.
Derek lui avait appris que la chose qu'il pouvait désirer le plus au monde n'était pas nécessairement la liberté.
Stiles sentit son estomac se serrer et se retourner.
.
xx
.
Lorsque son téléphone sonna, Stiles sursauta et donna un coup de volant vers la gauche. Un automobiliste le klaxonna et il se rangea sur le côté de la route. Il regarda son téléphone un instant, grimaçant à la sonnerie stridente. Son expression s'adoucie lorsque ses yeux lurent le nom de Derek. Un large sourire s'étala sur ses lèvres. « Allô ?
- Hm, hey, Stiles. Comment … tu vas ? »
Stiles dut fermer les yeux à cause de la bulle de joie qui explosait dans sa poitrine, mettant le feu à son estomac, faisant flotter ses poumons et naitre des papillons dans l'espace qu'il restait. « Salut, Derek. » Son sourire devait s'entendre dans sa voix. Il avait cette sensation de trop au plus profond de lui-même et il devait se retenir pour ne pas rire. « Je vais bien. Et – et toi ? »
La réponse de Derek mit quelques secondes à venir. « Je vais bien, » l'assura l'alpha. Stiles se passa la langue sur les lèvres et ouvrit les yeux, regardant autour de lui. D'accord, le monde était magnifique.
« Je te dérange ?
- Non, je me suis garé.
- Tu as le droit d'être garé à cet endroit, ou on va encore essayer de t'arrêter dans dix minutes ?
- C'était une fois ! Une seule !
- Je me souviens d'au moins deux fois, » dit Derek, clairement amusé. Stiles n'arrivait pas à arrêter de sourire. Il voulait donner l'impression qu'il était ennuyé ou vexé, mais il se sentait trop heureux.
« Je suis content que tu ais appelé.
- Je suis content de l'avoir fait, » répondit Derek sans manqué une seconde.
« Tu as déjà vu l'océan ? » demanda Stiles après un silence.
« Oui, on y est allé deux ou trois fois avec ma famille. C'était toujours tout un cirque de faire en sorte que les plus petits ne s'éloignent pas trop du bord, ou ne disparaissent pas de notre vue en partant à l'aventure.
- Tu étais le gosse qui partait à l'aventure, avoue-le.
- Seulement pour fuir ma sœur, » avoua Derek. « Donc, tu es sur la côte ?
- Je suis en Floride. Je longe la côte. On m'a dit que tout au sud, il y avait une série de ponts et d'îles et que c'était l'endroit le plus au sud du pays. Je suis curieux.
- Tu m'enverras une photo.
- Pour l'instant, j'ai surtout beaucoup d'images de l'océan et du sable, » plaisanta Stiles. Il voulut lui parler de la fois où il était allé sur la plage et s'était avancé jusqu'à l'eau. Il avait trempé les pieds, avait fait quelques pas en avant et trempé le bas de son pantalon. Il n'était allé qu'une fois à la mer avec ses parents. Il avait oublié la sensation d'être entouré d'eau, ou combien vos mouvements étaient ralentis par elle. Lorsqu'il avait fait un autre pas, il avait entendu une petite fille demander à sa mère pourquoi le monsieur se baignait tout habillé. Stiles s'était figé, avait regardé l'enfant une seconde avant de retourner sur la plage. Il aurait aimé pouvoir simplement enlever son t-shirt et son pantalon pour aller plonger dans l'eau et s'y laisser flotter. Mais cette gamine ne méritait certainement pas le spectacle. Alors maintenant, Stiles restait sur la plage et regardait l'eau. Il regardait sur google map quel était le nom du pays ou de la ville en face de lui à travers l'océan. Il les notait tous.
« Tu … tu peux me parler de l'océan ? » demanda Derek. Stiles cligna plusieurs fois des yeux, un sourire élargissant à nouveau ses lèvres. « Enfin, si tu –
- Tu veux m'entendre parler de l'océan ?
- Je veux toujours t'entendre parler, » répondit Derek sans hésiter.
Stiles passa sa langue sur ses lèvres et reposa sa tête sur l'appuie-tête. Il inspira profondément avant de se mettre à parler. Les réflexions qui l'avaient hanté quelques jours plus tôt lui revinrent à l'esprit et quittèrent sa bouche dans un flot continu de paroles. En fermant les yeux, il pouvait imaginer Derek à côté de lui, l'écouter en souriant, ses yeux perdus sur le visage de Stiles sans une once d'ennui ou d'indifférence. S'il se concentrait assez, il pouvait sentir la main de Derek dans la sienne et son pouce caresser le dos de sa main au rythme des battements de son cœur.
.
xx
.
Stiles sentait le souffle dans sa nuque, chaud, brulant, à faire fondre sa peau. Il sentait les doigts qui s'enfonçaient dans ses hanches et les griffes qui perçaient lentement leur chemin. Puis, il sentit l'odeur du feu de bois et vit un cercueil plonger dans la terre. Le couvercle en bois s'ouvrit brutalement et des yeux bleus morts de posèrent sur lui alors qu'une voix puissante hurlait. Stiles ouvrit les yeux, mais ne rencontra que l'ombre. Il se redressa et regarda autour de lui. Il était dans la Jeep, allongé sur la banquette arrière sur un emplacement normalement réservé aux campeurs. La lune était haute dans le ciel et donnait assez de lumière pour qu'il puisse distinguer les autres véhicules garés à côté de lui, et les quelques arbres qui offraient de l'ombre pendant la journée. Ce qu'il cherchait, c'était les ombres entre les arbres, c'était l'ombre dans sa voiture. Il bougea pour fouiller son coffre, regarder sur et sous les sièges. Il était seul. Ses yeux le piquaient et il avait froid. Il resserra sa couverture autour de lui, mais ce n'était pas assez. Il avait toujours l'impression d'être observé, sentait toujours cette présence fantomatique près de lui, alors, comme un enfant, il passa la tête sous sa couverture. Mais ce n'était pas assez, il avait toujours froid, il avait toujours peur. Si vraiment ça t'empêche de dormir, dit l'oméga, imagine-toi être ailleurs. Stiles ferma les yeux plus fort et se concentra pour réguler sa respiration. Il était dans un lit, il était dans un loft, il était chez Derek. Il entoura ses bras autour de son corps et serra fort. Il n'était pas seul, il était dans les bras de Derek, il était en sécurité. Plus il y pensait, plus il y croyait. Il se rendormit.
.
xx
.
Stiles resta assis sur le capot de la Jeep, les sourcils froncés et les yeux passant de l'eau au ciel, jusqu'à ce qu'il soupire et prenne son téléphone.
« Allô ?
- Pourquoi est-ce que le ciel est bleu ?
- Quoi ?
- Pourquoi est-ce que le ciel est bleu ? » répéta Stiles. « Parce que j'ai compris, l'océan est bleu, parce que le ciel est bleu. Mais pourquoi le ciel est-il bleu?
- Qui c'est ? » demanda la voix incrédule de Lydia à l'autre bout de la ligne.
Oh oui, oups, Stiles avait oublié un détail. « Euh … c'est – c'est Stiles.
- Stiles ?! » s'exclama-t-elle. Stiles put l'entendre bouger et quelqu'un, une voix d'homme, lui demander ce qu'il se passait. « Oh mon Dieu, Stiles ! Tu vas bien ? Où tu es ? Qu'est-ce que tu fais ?
- Je vais bien. Je suis en Floride. Et je me demande pourquoi le ciel est bleu. » Lydia explosa de rire de l'autre côté de la ligne, un son léger de soulagement. Puis, elle soupira, ce soupir de fin de journée quand on peut enfin affaisser les épaules et se reposer.
« Bordel, » souffla-t-elle. Stiles se demanda si ce serait trop de redemander pour le ciel. Évidemment, c'était logique, il n'avait pas appelé Lydia depuis qu'il était parti de Beacon Hills. En fait, il ne lui avait même pas réellement dit au revoir. « Tu – tu m'appelles pour savoir pourquoi le ciel est bleu ? » demanda-t-elle étonnée, semblant seulement se souvenir de la question.
« Tu es un génie, alors je me suis dit que tu saurais surement la réponse.
- Combien de temps tu as devant toi ?
- Plein.
- D'accord. On va faire un marché, je t'explique pour le ciel et tu m'expliques comment tu es arrivé en Floride.
- D'accord.
- Bien. Alors, est-ce que tu vois ce qu'est … »
Une bonne demi-heure passa avant que Stiles n'ait compris. Il était à la fois émerveillé de comprendre le phénomène et déçu quand il eut l'impression que cette couleur venait de perdre sa magie, comme lorsqu'on connait le fonctionnement d'un tour de carte et qu'on ne voit plus que ça. « Tu as détruit ma perception du monde, » remarqua Stiles, les yeux toujours fixés sur l'immensité bleue au-dessus de sa tête.
Lydia eut un rire léger. « Tu as demandé. » Elle semblait prendre beaucoup trop de plaisir à cette idée. « Allez, maintenant explique-moi ce que tu fais en Floride. »
Alors, Stiles commença à raconter les derniers mois. Depuis la première nuit où il avait appris que dormir dans sa voiture sur le bord d'une route était interdit, jusqu'au point le plus au sud des Etats-Unis, en passant par le Grand Canyon et New York. « Tu vends du rêve, » lui dit Lydia lorsqu'il eut fini, un ton rêveur dans la voix. Stiles sourit. « C'est bête que tu sois déjà passé à Boston.
- Pourquoi ?
- Je viens juste d'y arriver. Je rentre au MIT dans trois semaines, je suis arrivée en avance pour m'habituer à la ville. J'étais d'ailleurs censée aider mon cousin à transporter les cartons, mais je suppose qu'il peut s'en sortir tout seul.
- Je peux remonter la côte, » dit Stiles. Ils étaient mi-août, il comptait aller dans le Maine à l'automne, Boston était sur le chemin. Et il se rendit compte qu'il avait envie de voir quelqu'un qu'il connaissait.
« Vraiment ? » demanda Lydia, un accent excité dans la voix. Peut-être qu'il n'était pas le seul à ne pas vouloir être seul. Elle lui donna son adresse. Stiles la nota dans son carnet avant de raccrocher. Il y écrivit ensuite la raison de la couleur du ciel. Il se releva et pris en photo le large plot en bêton peint en noir, rouge et jaune, planté devant la mer qui annonçait la frontière sud du pays. Il l'envoya à Derek, puis l'appela pour lui raconter pourquoi le ciel était bleu.
.
xx
.
Ce fut étrange d'arriver à un endroit et de reconnaitre le paysage. Il reconnut la forme des gratte-ciels, reconnut le diner au bord de l'autoroute où il s'était déjà arrêté la première fois, reconnut même la serveuse qui lui servit son chocolat chaud. Il reconnut la plage et le parc et les bâtiments du centre-ville. Il reconnut l'accent des gens et le rythme de la ville.
Ce n'était pas comme rentrer à la maison. Quand il était arrivé à Beacon Hills, il avait ressenti un ensemble d'émotions conflictuelles qu'il avait trop réprimées pour pouvoir comprendre. Lorsqu'il s'était baladé en ville, il avait tout reconnu et avait pourtant eu l'impression d'être un étranger. La ville était la même mais ses yeux avaient changé.
Boston n'était pas comme ça. Boston n'était pas Beacon Hills. Stiles n'y avait aucun passé, aucune vie, aucune chose à regretter. C'était juste un endroit où il était déjà allé, ni nouveau, ni familier.
Il roula lentement pour être attentif aux panneaux de rues, jusqu'à trouver celles formant le croisement où se trouvait l'appartement de Lydia. Il se gara sans difficulté et chercha le bon numéro. Stiles tapa le code de l'interphone qui lui permettrait de parler à la rousse. « Allô ?
- Lydia ? C'est Stiles.
- Oh mon Dieu, tu es vraiment venu ! » s'exclama-t-elle avant que la porte ne s'ouvre dans un bruit métallique haché. Stiles entra à l'intérieur et observa le hall de l'immeuble. Il n'était jamais entré dans un endroit pareil, du moins, pas dans ses souvenirs. Il avait grandi dans une ville majoritairement composée de maison, et l'appartement de Derek n'était pas vraiment placé dans un immeuble conventionnel. Il marcha jusqu'à un ascenseur avant de se rendre compte qu'il n'avait aucune idée d'où il devait aller.
La cabine descendait à en croire les chiffres marqués sur le compteur électronique. Lorsque la porte s'ouvrit, Lydia était à l'intérieur. Elle lui offrit un large sourire avant de faire un pas élancé en avant. Stiles crut qu'elle allait lui sauter au cou, mais la jeune fille s'immobilisa, figée en plein mouvement, comme si elle se rappelait de quelque chose. Son sourire ne quitta son visage qu'une seconde, et elle fit signe à Stiles d'entrer dans l'ascenseur alors qu'elle appuyait sur le bouton du second étage.
« Comment tu vas ? » lui demanda-t-elle.
Il lui sourit. « Bien et toi ?
- Bien, » dit-elle en hochant la tête. Elle continua d'observer Stiles, comme si elle voyait quelque chose sur son visage. Lorsqu'il fronça les sourcils, à la fois interrogateur et gêné, elle expliqua. « Tu as l'air … mieux ? Tu es bien moins pâle qu'avant.
- J'ai longé la côte tout l'été, » lui rappela-t-il alors que la porte de l'ascenseur s'ouvrait. Il suivit Lydia dans le couloir. Il savait qu'il était moins pâle qu'avant. Lorsqu'il avait passé une nuit dans un motel et s'était croisé dans le miroir, au milieu du mois de juillet, sa peau avait déjà légèrement bruni. Il n'était pas très bronzé, mais il n'avait plus cette peau de malade qu'il avait longtemps eu.
« Comment c'était ?
- Je t'ai déjà tout raconté, » répondit-il légèrement amusé. Lydia haussa une épaule comme si ce n'était pas un détail important. « Comment tu trouves Boston ? » lui demanda-t-il à la place.
Elle soupira dramatiquement en ouvrant la porte de son appartement. Il était plus grand ce que Stiles avait imaginé, mais peut-être qu'il ne savait juste pas à quoi devait ressembler un appartement d'étudiant. « Ça va. Je pense que ce n'est qu'une question d'habitude. Mais … c'est grand. Et bruyant, » ajouta-t-elle. « Ça risque de prendre un moment avant que tout ça – » Elle fit un geste vague autour de sa tête avec ses deux mains « – se calme assez pour que j'arrive à vraiment dormir la nuit.
- C'est si bruyant que ça ? » demanda Stiles. Les yeux de la rousse se perdirent dans le vague un instant alors qu'elle hochait la tête.
« Rien ne grave, juste … du bruit. » Elle avança jusqu'à sa cuisine et proposa de l'eau à Stiles. Elle prenait deux verres dans le placard quand elle reprit. « Comment tu dors, toi ? »
Stiles ne répondit pas immédiatement. Il avait mal dormi en quittant Beacon Hills. Seul dans sa voiture, il se sentait trop exposé. N'importe qui aurait pu arriver et briser la fenêtre, et la première fois qu'un policier avait frappé à la vitre pour l'informer qu'il était interdit de dormir dans une voiture, Stiles était passé proche de la crise d'angoisse. Dans une chambre de motel, il regrettait toujours que le lit ne soit pas contre le mur. Il verrouillait la porte, savait qu'il n'y avait personne, mais ne pouvait toujours pas dormir. Et ça, c'était les soirs où ses pensées le laissaient en paix.
Il avait très peu dormi au début. Il n'avait pas remarqué à quel point Derek le faisait se sentir en sécurité. Il avait oublié comment dormir sans une chaleur rassurante contre lui. Il n'aurait jamais imaginé que dormir accompagné serait quelque chose qui lui manquerait un jour. Une nuit solitaire avait longtemps été une bénédiction.
Puis, environ un mois après son départ, les choses s'étaient améliorées. Il avait trouvé des techniques pour s'endormir, pour repousser ses pensées et ne plus se sentir aussi vulnérable.
« Ça dépend des jours, » répondit-il. Lydia sembla y réfléchir un instant avant de hocher la tête.
Plus tard, quand ils furent tous deux assis sur le canapé, Stiles lui raconta comment un vieil homme, dans un diner, lui avait promis pouvoir prédire son avenir avec les marques de sirop d'érable qui restaient dans son assiette après qu'il ait fini ses pancakes. Pendant qu'il racontait les prédictions de l'ancien, Lydia prit une photo de lui, sourire aux lèvres et les mains qui bougeaient trop vite pour être nettes.
Plus tard, Derek reçut une photo de Stiles, aux épaules détendues et traits amusés, les lèvres entrouvertes et un regard que le loup reconnut immédiatement. Il fixa le nom de Lydia, puis le message qui accompagnait la photo. Je veille sur lui pendant quelques jours. J'espère que tu n'es pas jaloux.
Derek fixa la photo avant de l'enregistrer sur son téléphone. Stiles avait l'air bien, aussi bien qu'il l'imaginait lorsqu'il lui parlait. Il observa sa peau moins pâle, ses yeux moins cernés, ses joues moins creusées. Il observa son visage et réalisa combien l'image qu'il en avait dans sa mémoire était claire. Il n'avait pas d'album photo à ouvrir et savait que le temps avait rendu les visages de ses cousins flous, que le portrait des membres perdus de sa famille qu'il avait dans sa tête n'était pas fidèle à la réalité. Mais Stiles, lui, était exactement comme dans son souvenir. Derek sourit à l'image de Stiles, heureux d'avoir un souvenir figé de lui quelque part. Une chose à laquelle revenir quand il voulait.
Il relut le message de Lydia. Il se demanda si le pincement au creux de ses poumons était la jalousie dont elle parlait, ou quelque chose de complètement différent. Sois gentille avec lui, fut sa seule réponse.
.
xx
.
Lorsqu'il entendit les premières notes de guitare, la tête de Stiles se tourna précipitamment vers la radio. Oubliant la course que Lydia lui avait demandé de faire, il se rangea rapidement sur le côté de la route et appela Derek, priant pour qu'il décroche rapidement. « Allô ?
- Écoute ! » Puis, Stiles écarta le téléphone pour l'approcher de la radio.
Quelques autres notes de guitare résonnèrent, légères. Derek ne reconnut pas la chanson avant que les premières paroles ne soient chantées. Même à ce moment, il mit quelques secondes avant de se souvenir d'où il l'avait entendu.
We might kiss when we are alone. Nobody's watching. We might take it home.
Le cœur de Derek manqua un battement et il ferma les yeux. Il imagina Stiles, seul dans la Jeep arrêtée au bord de la route, au milieu de nulle part. Il s'imagina assis dans le siège passager, tendre sa main vers la sienne, le regard brun planté dans le sien. Il se demanda si Stiles comprenait les paroles de la chanson comme lui, si quelque chose en lui vibrait comme les cordes de la guitare, si ça lui faisait mal.
We might make out when nobody's there. Une image d'un couloir sombre, d'un nouvel an, de cri venant du rez-de-chaussée, alors que quelque chose de plus doux que tout ce qu'il avait pu connaitre s'écrasait contre lui, emportait ses sens et son cœur et ses dernières forces de résistance. It's not that we're scared. It's just that it's delicate. Mais peut-être que Derek avait toujours peur. Peut-être que Derek n'arrêtait d'avoir peur que lorsqu'il pouvait regarder Stiles et le voir lui, sans entrave, sans masque, avec cette lueur au fond des yeux.
« J'aime bien cette chanson, » dit Stiles en écartant le téléphone de la radio pour le rapprocher de son oreille.
Derek sourit, les yeux toujours fermés et la main ouverte, paume vers le ciel. « Moi aussi, » répondit-il.
Il ouvrit les yeux, son regard tombant sur le troisième étage d'un immeuble grisâtre. Le large dortoir universitaire où Isaac allait passer l'année à venir, peut-être les suivantes. Son regard croisa la silhouette du tout nouvel étudiant à travers la fenêtre. Il pensa à Cora, à son haussement d'épaule quand il lui avait dit qu'il accompagnait Isaac à Seattle.
« Tu crois que c'est délicat ? » Il y avait de l'hésitation dans la voix de Stiles. Derek ne savait pas si c'était la question en elle-même ou le fait de la poser.
Il inspira pour répondre. « Je suppose qu'on peut dire ça. » Et il ne pouvait rien dire de plus. Isaac avait la tête penchée sur un objet que Derek ne pouvait pas voir. Ses yeux étaient pleins de tristesse et de promesses brisées.
La voix de Stiles le prit presque par surprise. « Est-ce que c'est mal ?
- Je ne pense pas, non. » J'espère que non. Il pouvait presque entendre Stiles hocher la tête de là où il était. Il se passa une main sur le visage. Quand il ouvrit à nouveau les yeux, Isaac n'était plus devant la fenêtre. Il pouvait l'entendre bouger dans l'appartement, ouvrir un carton et soupirer.
« Délicat, ça veut dire fragile ?
- Plutôt compliqué, » proposa Derek, plus pour se rassurer lui-même que Stiles.
« Tu trouves que c'est compliqué ?
- Tu trouves que c'est fragile ?
- Tu triches ! Tu ne peux pas répondre à une question par une autre question.
- Nos vies sont compliquées, c'est normal que ça le soit aussi, non ?
- Oui, » répondit Stiles d'un air pensif. Derek attendit qu'il dise autre chose. Ses doigts tapaient nerveusement son genou. La musique avait fini de jouer et une autre chanson passait à la radio, pas assez fort pour qu'il l'entende réellement. « Derek, est-ce que – » Le bruit d'un klaxon coupa la parole à Stiles.
Derek fronça les sourcils. « C'était quoi ?
- Euh … je crois que je n'ai pas le droit d'être garé là.
- Encore ?!
- Je te rappelle !
- Stiles ! » s'écria Derek, mais Stiles avait déjà raccroché. Il fixa son écran, le nom affiché sur celui-ci et se mit à rire. Quand il retrouva son calme, il releva la tête vers le bâtiment et soupira. Il alla chercher les cartons qui se trouvaient encore dans son coffre, en empila deux et les monta jusqu'à la chambre d'Isaac.
« Comment il va ? » demanda celui-ci dès que l'alpha eut posé les cartons.
Derek ne prit même pas la peine de lui jeter un regard noir. « Bien. » Stiles avait eu l'air d'aller bien. Il se passa une main à l'arrière de la tête alors qu'il allait quitter la pièce. Puis, il s'arrêta soudainement et se tourna vers son bêta. Celui-ci releva un regard interrogateur sur lui lorsqu'il l'entendit s'arrêter. « Si je te pose une question, tu ne te moqueras pas ? »
Les yeux bleus s'écarquillèrent. « Parce que c'est dans mes habitudes ? Je suis qui ? Malia ? » Derek ne prit pas la peine de répondre et Isaac leva les yeux au ciel. « Vas-y, » dit-il en s'appuyant contre son bureau.
Derek serra les mâchoires et Isaac ne le fixa encore que quelques secondes, avant de se détourner pour fouiller dans un carton, toujours attentif à l'alpha, mais lui laissant la distance dont il avait besoin. « Tu penses que je devrais lui dire ?
- Lui dire quoi ? » demanda Isaac. Quand la réponse ne vint pas, il leva un sourcil interrogateur vers Derek, qui haussa les siens d'un air significatif. L'alpha était sûr qu'il s'empêchait de lever les yeux au ciel ou de soupirer. Il y avait une raison pour laquelle il lui avait demandé de ne pas se moquer. Et cette raison était qu'il posait une question digne d'une gamine de quatorze ans.
« De quoi tu as peur exactement ? C'est pas comme si tu ne savais pas ce qu'il ressent. Toute la meute sait ce qu'il ressent pour toi. » Derek sentit ses joues prendre feu et il fut reconnaissant qu'Isaac ne se tourne pas vers lui.
Ce dernier fixa une partie de son étagère, gardant un livre en main et restant sans bouger pendant quelques instants. « Tu aurais dû lui dire bien plus tôt. Tu aurais dû lui dire quand tu le pensais. Tu aurais toujours dû lui dire ce que tu pensais. T'as une idée de combien c'est compliqué de devoir deviner ce que tu penses ? Les choses étaient déjà assez compliquées pour lui sans qu'il ait besoin d'apprendre à te décoder, Derek.
- Est-ce que tu es en train de m'engueuler moi, ou quelqu'un d'autre à travers moi ?
- Quelle est la putain de différence ? » s'exclama Isaac en laissant retomber le livre dans le carton. « Vous êtes exactement pareils ! Vous … » Il s'arrêta et soupira. Il se passa une main à l'arrière de la tête, emmêlant ses cheveux bouclés, avant de la laisser retomber dans un autre soupir. « Désolé.
- Tu n'as pas à –
- Vous n'êtes pas pareils, » affirma Isaac. « T'as raison, c'était pas à propos de toi. » Il reprit le livre et le plaça sur l'étagère, fit de même avec deux autres avant de reprendre. « Tu aurais quand même dû être plus clair avec lui. Mais … tu es toi. Et tu ne parles pas de toi.
- Je le faisais avec lui, » dit Derek sans réfléchir. Isaac leva des yeux surpris vers lui.
« Il sait à quel point ça te rend malade d'être seul ? » Derek eut un mouvement de recul. Isaac lui offrit un petit sourire, comme quelqu'un qui souhaite réconforter. « On ne s'engueulait pas aussi souvent que ça, » avoua-t-il. Puis, il pencha la tête sur le côté et ajouta, « Pas au début en tout cas, » d'un ton amer avant de placer deux autres livres sur l'étagère.
Derek sentit ses épaules tomber. « Tu sais que tu n'es pas censé essayer de prendre soin de moi ? » demanda-t-il, vaguement agacé envers son bêta.
Isaac rit. « Et qui d'autre va le faire ? » Il fouilla dans le carton et posa un livre sur son bureau. « Même si je sais qui pourrait le faire maintenant. » Ses lèvres arboraient un sourire en coin.
Derek serra les mâchoires. « N'espère pas trop. Il ne rentrera peut-être pas.
- Ce qui est la raison pour laquelle il t'a appelé pour te faire écouter une chanson d'amour, évidemment.
- Tu parles comme Lydia, » grogna Derek et Isaac se contenta de rire. « Ce n'était pas –
- C'est délicat, » dit Isaac et Derek lui en voulut d'avoir écouté cette conversation. C'était à lui et à Stiles et pas quelque chose qu'il voulait partager avec le reste de la meute. Oui, c'était délicat, c'était fragile et compliqué et Derek ne voulait pas prendre le risque que des mains plus maladroites que les siennes viennent l'abimer. « C'est ce dont tu as besoin, au fond. Une chose à laquelle faire attention. »
Derek resta silencieux un instant. Isaac ne plaisantait pas, son ton était sérieux, ses yeux ne montaient toujours pas vers l'alpha, comme s'il savait que celui-ci s'enfuirait autrement. Il continua de remplir l'étagère, les livres se posant dans un léger bruit sourd. Puis, Isaac sortit un cadre du carton, le regarda une seconde et le posa de l'autre côté de l'étagère. C'était une photo de la meute, au complet, que Deaton avait prise un an plus tôt. Ils avaient tous l'air heureux et reposés et Derek fut surpris de ne voir aucune ride d'anxiété ou d'inquiétude sur aucun de leurs visages.
« C'était délicat entre toi et Cora, » dit Derek, à voix basse.
Isaac soupira un rire amer. « Non, » répondit-il en secouant la tête. Il regardait la photo, tout comme Derek, et fixait la façon dont Cora le regardait. Il y avait de l'affection dans son regard, c'était certain, mais il y avait quelque chose derrière, au fond de ses yeux, qui entachait le reste. « Cora ne m'a jamais fait confiance pour prendre soin d'elle. Et je ne lui ai jamais fait assez confiance pour parler de la moitié des choses dont j'avais besoin de parler. » Il jeta un rapide coup d'œil à Derek avant de détourner le regard, plantant ses yeux dans le carton, même s'il n'y cherchait plus rien. « On ne pouvait pas marcher. On n'a jamais fait en sorte que ça marche. On a juste attendu que ça passe, attendu la première excuse pour arrêter.
- Alors pourquoi ça te fait quand même mal ?
- Parce que … j'ai réussi à me persuader que c'était plus que ce que c'était. » Isaac défit le carton pour l'aplatir et en tira un autre vers lui avant de l'ouvrir. « Ne t'inquiète pas trop, vous êtes différents.
- Qu'est-ce qui te fait penser ça ? » ne put s'empêcher de demander Derek. Il ne savait pas s'ils étaient différents. Cora et Isaac avaient tous les deux été brisés et même être ensemble, même être avec quelqu'un qui pouvait comprendre n'avait pas aidé. Comment pouvaient-ils être différents ? Derek mourrait dans la solitude et avait besoin de veiller sur quelqu'un. Stiles n'avait jamais rien connu de mieux et avait besoin d'être réparé, par n'importe qui. Ils avaient besoin de quelqu'un. Et peut-être que Derek se mentait en pensant qu'ils avaient besoin l'un de l'autre. Peut-être que le besoin ne devait pas rentrer en ligne de cause. Peut-être qu'il leur fallait plus qu'être guidé par le besoin.
« Parce que vous essayez. Parce que, même si vous êtes deux abrutis qui ont oublié de le dire, vous vous aimez.
- Tu aimais Cora.
- Pas à moitié comme tu l'aimes lui. » Derek ouvrit la bouche pour contrer, mais Isaac l'arrêta. « On a détruit une meute entière pour lui.
- Ils nous menaçaient.
- Ils le menaçaient. Même Scott n'a pas osé dire quoique ce soit quand tu nous as dit de partir à l'attaque. Et c'est pas parce qu'il s'agissait de son meilleur ami d'enfance, c'est parce qu'aucun de nous n'osait dire quoique ce soit contre toi. Tu n'as jamais eu autant l'air d'un alpha que quand tu t'es mis à le défendre. Et je ne parle pas seulement de cette fois-là. Derek, tu fais tellement attention à lui que tu as même été prêt à te retrouver à nouveau seul, juste si ça pouvait l'aider lui.
- Tu me fais moins égoïste que je ne le suis. »
Isaac soupira. « D'accord, tu sais quoi ? Laisse tomber. Cette histoire, votre histoire, elle va marcher, seulement parce que je ne te laisserais pas la foirer.
- Tu –
- Non. Je parle, » l'interrompit Isaac. Derek haussa les sourcils, mais son bêta ne se démonta pas. Il ne pensait pas l'avoir un jour vu aussi sûr de lui. « Je ne vais pas te laisser foirer ça. Pas seulement parce que j'ai très envie que Cora ait tort, lorsqu'elle dit qu'elle va encore devoir ramasser les morceaux, mais parce que je ne veux vraiment pas que tu finisses en morceaux. J'en ai marre de te voir comme ça. J'en ai marre que tu sois blessé et que tu perdes les gens autour de toi. Tu mérites Stiles. » Il marqua une pause, reprenant son souffle. « Et putain, lui aussi mérite bien mieux que toute la merde qu'on lui a balancée jusqu'à maintenant. Il mérite de sourire et t'es surement la seule personne qui a réussi à le faire sourire depuis des années. »
Derek cligna plusieurs fois des yeux, n'ayant aucune idée de quoi dire ou faire. Il n'avait pas envie de s'opposer à Isaac. Parce qu'il voulait croire en ce que son bêta venait de dire. Il voulait que son optimisme déteigne sur lui et voulait croire qu'il méritait d'être heureux. Croire qu'il ne méritait pas d'être seul.
« Je vais chercher le reste des cartons.
- Je jure que si tu ne m'as pas écout –
- Je t'ai entendu, » le rassura Derek. Isaac planta son regard dans le sien, suspicieux. « Merci, » dit-il avant de finalement quitter la pièce pour redescendre. Il entendit Isaac soupirer avant de s'occuper du contenu d'un carton.
.
xx
.
De toute les choses que Stiles s'était attendu à ce que Lydia lui fasse vivre, entrer illégalement dans un bar pour boire une série de pintes n'en faisait pas partie. Il ne se doutait même pas que la jeune fille ait une fausse carte d'identité. Lydia se mit à rire. « Je n'ai pas de fausse carte, je sais juste comment m'y prendre avec le videur, » dit-elle avec un clin d'œil.
Stiles haussa les sourcils, l'air interrogateur. « J'ai cru que tu étais avec un des flics de Beacon Hills ? » dit-il. Il n'avait pas oublié le nom de Parrish, mais il n'était pas sûr que Lydia ait envie de l'entendre. Il n'avait pas non plus oublié que ce 'flic' était en fait le sheriff, mais il n'aimait pas y penser.
La mine de Lydia s'assombrit légèrement et elle soupira avant de prendre une autre gorgée de sa bière. « Peut-être que quand je rentrerai de la fac, il arrêtera de se sentir aussi mal par rapport à toute cette histoire. »
Stiles haussa les sourcils à la réponse énigmatique. Lydia passa son pouce le long de son verre, jouant avec l'inscription sur celui-ci. « C'est un chien de l'enfer, » dit-elle. « Tu sais ce que c'est ? » Stiles secoua la tête. « C'est … c'est compliqué, mais en gros, les chiens de l'enfer et les banshees sont liés. C'est une sorte de connexion mentale et c'est … énervant. » Elle fronçait les sourcils et finit par croiser les bras sur le bar, regardant un point derrière le barman avant de reprendre. « C'est juste que je suis capable de ressentir certaines de ses émotions et lui les miennes. Ça marchait principalement avec la peur au début, mais, avec le temps, on a ressenti d'autres choses. On a fini par passer beaucoup de temps ensemble à cause de ça et … tu sais, il n'est pas si vieux que ça, par rapport à nous ! Et … » Elle soupira. « Je l'ai embrassé une fois. Je sais qu'il le voulait et je sais qu'il le veut toujours, mais il m'évite depuis. »
Stiles la regarda sans savoir quoi dire. « C'est comme une sorte de prédestination, » ajouta Lydia, d'une voix plus basse. « J'ai fait des recherches là-dessus, sur ce lien. Nos âmes sont liées. Alors, ce n'est pas comme si quoi que ce soit allait changer entre maintenant et dans quatre ans. Je ne vois pas l'intérêt d'attendre si longtemps. » Stiles ne put empêcher le léger rire qui quitta sa gorge et Lydia leva des yeux ronds vers lui.
Il s'éclaircit la gorge. « Bien sûr que si les choses changent en quatre ans. Je veux dire … » Stiles ne savait pas ce qu'il voulait dire. Il regarda sa bière, ressentait déjà les effets sur lui, le léger tournis, la légère anesthésie à la surface de sa peau.
« Tu ne peux pas être en colère contre quelqu'un pour vouloir te protéger. Même si tu penses que leur façon de le faire est ridicule. » Il ne releva pas les yeux vers Lydia, traça une croix sur son verre à travers la condensation. « Les gens ne savent pas ce qu'ils font la plupart du temps. Ils improvisent et croisent les doigts pour que le meilleur se passe. Ils essaient de protéger ceux qui leur importent le plus possible et se foirent lamentablement au passage. Mais au moins, ils ont essayé. » Stiles pensa à des mots rassurants et une envie de trop bien faire. Il secoua la tête. « Et puis, en dehors de juste faire de son mieux pour toi, le mec pourrait avoir des problèmes pour sortir avec une fille de dix-huit ans. C'est quand même un flic et un adulte. »
Lydia resta silencieuse quelques minutes avant de seulement émettre un grognement et de prendre une autre gorgée de sa bière. « Désolé, je –
- Non, non, » le rassura-t-elle. « Je déteste juste quand quelqu'un d'autre que moi à raison. » Elle lui offrit un petit sourire puis le désigna d'un signe de tête. « Allez, à ton tour.
- Comment ça ?
- C'est comme ça que ça marche, » lui expliqua-t-elle. « Je parle de mes problèmes, tu me conseilles, puis c'est l'inverse.
- Je n'ai pas de problème. » Elle haussa un sourcil. Stiles ne dit rien.
« Tu veux qu'on parle de Derek ? » proposa-t-elle. Stiles prit soin de ne montrer aucune émotion, mais lorsque la banshee sourit, il comprit que c'était justement ce masque qui l'avait trahi. « Tu l'appelles ? » demanda-t-elle, mais Stiles se doutait qu'elle connaissait déjà la réponse. Il hocha la tête. « Souvent ? » Il hocha à nouveau la tête et Lydia soupira, avant de prendre un ton plus concerné. « On peut changer de sujet, si tu préfères. »
Stiles l'observa un instant. Son regard interrogateur, son envie d'aider évidente sur les traits de son visage, une sorte d'inquiétude que Stiles n'était pas sûr de savoir comment analyser.
Il avait envie de parler de Derek, mais il avait l'impression qu'il n'apprendrait rien de plus de Lydia que ce qu'il savait déjà. Il savait que Derek ne parlait pas beaucoup et, étonnement, que celui-ci aimait que Stiles remplisse le silence. Il savait qu'il ne comprenait pas la moitié des choses qui se passaient dans la tête du loup, encore moins maintenant qu'il ne pouvait plus observer ses réactions.
Ce road-trip avait forcé Stiles à réfléchir, sur lui-même majoritairement et sur ce qui lui était arrivé. Il avait parfois passé des journées entières dans la Jeep, sans avancer d'un mètre, recroquevillé dans la banquette arrière, frigorifié de l'intérieur. Tout ça à cause de ses réflexions et des souvenirs qu'elles faisaient ressurgir. Il avait essayé de trouver ce qu'il était parti chercher, mais jusqu'à maintenant, il se heurtait à une sorte de mur. Il n'arrivait pas à le contourner, le surmonter ou bien le détruire pour passer à travers. Il était coincé. Il avait l'impression que quelque chose était coincé en lui. Le problème, c'était qu'il ne savait pas ce que c'était, et qu'il avait peur de le laisser sortir.
La voix de Lydia le sortit de ses pensées, elle commença à parler d'un de ses cours, qui n'avait pas encore commencé mais qu'elle était certaine d'adorer. Elle lui expliqua le curriculum et la façon dont elle avait déjà lu les lectures suggérées, toutes les lectures suggérées, et Stiles ne put s'empêcher de la comparer à Hermione dans sa tête.
Lorsqu'ils quittèrent le bar, il faisait nuit noire dehors et ils se tinrent par le bras pour marcher droit. Ils zigzaguèrent sur le trottoir en riant, puis Lydia enleva ses talons, lui assurant que c'était leur faute. Lorsqu'ils ne marchèrent pas plus droit, Stiles ne fit aucune réflexion, mais aida son amie à porter ses chaussures. Ils arrivèrent sans encombre à l'appartement de Lydia et celle-ci s'écroula sur son lit. Elle attira Stiles avec elle, parce que le lit était assez grand pour qu'ils puissent tous les deux y dormir.
Le monde de Stiles tournait, sa vision n'était plus claire et tout tanguait alors même qu'il avait arrêté de bouger. Il était certain qu'être saoul devait donner un superpouvoir permettant de ressentir la rotation de la Terre, mais Lydia lui dit que la gravité ne fonctionnait pas comme ça. À n'importe quel autre moment, il lui aurait probablement demandé comment fonctionnaient la gravité et la rotation de la Terre, mais sa bouche était pâteuse et il ne sentait plus ses joues. Il entendit la respiration de Lydia ralentir à ses côtés et la jeune fille bouger pour s'allonger sur le côté, de dos à Stiles.
La lumière du lampadaire passait par la fenêtre, dont les volets étaient ouverts, et permettait à Stiles de voir la chambre autour de lui. Dans la pénombre, ses yeux dessinèrent les contours des meubles. Quand il fut certain qu'il n'y avait aucune silhouette dans la pièce, il ferma les yeux.
Puis, quelqu'un cria et il se força à ouvrir les yeux. C'était comme si ses paupières avaient été collées ensemble. Il monta une main jusqu'à son visage, mais ses mouvements étaient encore maladroits et il se cogna avec. Il grogna mais réussit finalement à ouvrir les yeux correctement. À côté de lui, Lydia était recroquevillée sur elle-même. Il posa sa main sur son épaule et secoua doucement. « Lydia ?
- Hm, » grogna-t-elle en secouant son épaule. Elle se retourna vers Stiles, sans ouvrir les yeux. Il la regarda, fixa son visage dans la pénombre, mais rien n'y brillait.
« Désolé, » dit-il, soudainement complètement réveillé. « J'ai cru que tu pleurais.
- Pourquoi je pleurerais ? Dors, » marmonna-t-elle avant que ses muscles ne se détendent à nouveau. Stiles l'observa, une brulure étrange au fond de l'estomac et quelque chose de froid contre sa nuque.
Il se leva en se frottant l'arrière du cou et se retourna subitement quand il passa devant la fenêtre. La rue était vide et éclairée par les lampadaires qui la rendait aussi claire qu'en plein jour. Stiles se tourna vers le lit où Lydia dormait encore et il eut la sensation que quelque chose rampait sous sa peau. Il sortit de la pièce, alla jusqu'à la cuisine pour se servir un verre d'eau et en but trois. Lorsque les fourmilles qui se promenaient sur sa peau eurent disparu, il pensa à retourner se coucher, mais ses pieds refusèrent de bouger. Il alla s'assoir sur le canapé, au lieu de retourner dans la chambre et s'y allongea.
Il songea alors à Derek. Il pensa à la façon dont Lydia lui avait dit de parler de ses problèmes avant de lui demander s'il voulait parler du loup, comme si l'un et l'autre étaient liés. Au milieu de toutes les choses auxquelles il avait pensé durant son voyage, Derek apparaissait comme le moyen de faire taire son esprit, de l'apaiser, de le calmer. Il n'était qu'à quelques sonneries de lui, proche, une présence fantomatique mais rassurante. La plupart du temps, le loup n'était pas un problème mais une façon de les fuir. Peut-être pas une solution, puisque si Stiles y pensait, il ne faisait vraiment qu'éviter de penser au problème 'Derek Hale'. Mais, dans l'immédiat, Stiles avait besoin que Derek ne soit pas un problème.
Il enfouit sa main dans sa poche pour y prendre son téléphone, mais la trouva vide. Il passa alors sa main par-dessus les autres poches de son jean pour réaliser qu'elles étaient toutes vides. Il se leva et chercha aussi discrètement que possible l'entrée de l'appartement à la recherche de sa veste. Encore une fois, son téléphone ne s'y trouvait pas. Alors, il se souvint avoir demandé à Lydia de poser avec sa quatrième pinte et avoir reposé son téléphone sur le comptoir du bar. « Merde, » souffla-t-il aussi bas que possible. Il chercha les clés de l'appartement de Lydia, enfila sa veste bien trop chaude pour la saison et sortit.
Il était maintenant capable de marcher droit et put se souvenir sans difficulté du chemin qu'ils avaient emprunté pour se rendre au bar plus tôt dans la soirée. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était lorsqu'il arriva devant l'établissement, encore ouvert, mais pratiquement vide. Il expliqua à l'homme de l'entrée qu'il avait oublié son téléphone et l'autre le regarda sans avoir l'air de le croire.
« J'étais avec une fille. Rousse, en robe bleue, je crois, et des talons qu'elle a dû enlever. Hm, elle –
- Oui, je me souviens de votre petite-amie.
- C'est pas ma petite-amie. » L'homme sourit légèrement et Stiles lui sourit en coin. « Heureusement, sinon, j'aurais fini par être jaloux. » Lorsque son interlocuteur fronça les sourcils, il continua. « Elle a parlé de vous. Un bon moment. Ça a fini par être pénible. »
Stiles entra dans le bar avec le numéro de l'homme de l'entrée et son nom sur un morceau de serviette froissé. Il l'enfouit dans la poche de son manteau sans réfléchir et se dirigea au comptoir. « Excusez-moi, j'ai oublié mon portable tout à l'heure. » Le barman leva un sourcil peu impressionné vers lui. Puis, son regard détailla Stiles de la tête aux pieds. L'inspection mit le garçon mal à l'aise, mais il n'en montra rien. « Est-ce que vous l'auriez trouvé ? » insista-t-il.
« C'est celui-ci ? » demanda une voix derrière Stiles. Celui-ci se retourna pour voir un homme d'une trentaine d'années lui tendre un téléphone.
Son visage s'illumina. « Oui, merci ! » Il prit le téléphone et cliqua automatiquement pour que celui-ci s'allume. Il regarda l'heure, quatre heure passée, il grimaça. Il offrit un sourire à l'homme avant de se diriger vers la porte en rangeant son téléphone dans sa veste.
« Attendez, vous partez déjà ? » l'interrompit l'homme. Stiles fronça les sourcils avec étonnement.
« Je suis avec une amie, » expliqua-t-il.
L'homme regarda autour de Stiles, les coins de sa bouche s'arquèrent d'amusement. « Qui est présente avec vous en ce moment ? » demanda-t-il comme s'il testait l'état d'ébriété de Stiles.
« Non, mais je dors chez elle. Elle y est, je dois la rejoindre, » expliqua-t-il. Maintenant qu'il avait son téléphone il sentait le sommeil le rattraper.
« Est-ce que je peux vous raccompagner ? Vous n'avez pas l'air dans votre meilleure forme, » dit l'homme avec un sourire.
« Je vais bien, je –
- Quel âge vous avez ? » demanda-t-il alors soudainement.
Stiles sentit la question piège. Il sut que, pour la première fois, son jeune âge ne jouerait pas en sa faveur. « Assez vieux, » répondit-il avant de deviner que ce n'était pas la bonne réponse.
L'homme en face de lui rit. « Vous avez bu.
- Je vais bien.
- Laissez-moi vous raccompagner.
- ça va aller, je –
- Écoutez, je suis flic, » l'interrompit l'homme, une main tendue en avant. « Vous êtes ivre et pas en âge de l'être, il est quatre heure du matin et Boston est une grande ville. Laissez-moi vous raccompagner et soyez content que je ne vous emmène pas au poste. »
Les yeux de Stiles le trompèrent un instant, lui montrant son père face à lui, alors qu'il se souvenait de celui-ci en train de faire monter deux garçons à l'arrière de leur voiture. Il se souvenait de la façon dont les deux adolescents riaient stupidement et juraient avant de s'excuser mille fois à Stiles pour avoir osé dire des mots pareils en sa présence. Son père les avait ramenés chez eux en les prévenant que c'était la dernière fois que ça se passait ainsi, et uniquement parce qu'il n'était pas en service ce soir-là. Sa mère avait ri sur tout le trajet du retour.
Stiles hocha la tête et l'homme sourit d'un air satisfait. Ils quittèrent le bar et l'homme commença naturellement la conversation. Il s'appelait Killian et habitait Boston depuis six ans. Stiles n'eut pas de mal à lui parler de son road-trip, même s'il n'entra pas dans les détails. L'homme était gentil et plaisantait avec lui. Lorsqu'il se mit à parler de son travail dans les forces de l'ordre, Stiles ne put s'empêcher de s'intéresser, posant plusieurs questions et se surprenant à sourire naturellement. Il se mit à marcher plus lentement au fur et à mesure qu'ils avançaient. Il y avait quelque chose de familier dans l'air. Stiles ne tressaillit même pas lorsque celui-ci posa une main sur son épaule avant de la glisser le long de son bras.
« Vous devez vraiment rentrer chez votre amie ? » demanda Killian alors qu'ils étaient presque arrivés. Stiles cligna des yeux en le regardant. L'homme se mit à sourire, timidement. Il passa sa langue sur ses lèvres alors qu'il détournait le regard. Quelque chose avait changé dans ses yeux lorsqu'il les posa à nouveau sur Stiles. Stiles … Ou peut-être que le garçon ne remarquait cette lueur que maintenant. Idiot. « Parce que j'habite seulement à quelques rues d'ici, alors … si vous avez envie de discuter un peu plus longtemps … » Il laissa trainer sa phrase en suspend et sourit à nouveau. Stiles, viens ici.
« Discuter, » répéta Stiles sans pouvoir s'en empêcher. Idiot. Il était un idiot. Hahahaha. Un énorme idiot. Comment peux-tu être si naïf ?
Lorsque Killian passa à nouveau sa langue sur ses lèvres et son regard descendit rapidement sur Stiles, s'arrêtant une seconde de trop sur les hanches et les lèvres de celui-ci. Approche.
Stiles ne pouvait plus bouger et son corps était fait de plâtre.
« Discuter … ou plus. Bien plus, si c'est ce dont tu as envie. » Stiles. Il finit sa phrase dans un rire qui se voulait nerveux et timide, mais Stiles en savait assez pour y détecter la feinte.
Il pensa aux battements de son cœur, au rythme de sa respiration. Ne me fais pas attendre. Sa voix était glaciale lorsqu'il répondit. « Non, merci. »
L'homme cligna plusieurs des yeux, comme s'il ne s'était pas attendu à une quelconque opposition. À quoi tu joues ? Un instant plus tard, son sourire était revenu et il tendit la main vers Stiles. Hahahaha. « Eh, mais ne – » Stiles écarta violemment son bras de l'emprise de Killian. Oh, Stiles. Celui-ci leva les deux mains en l'air dans un signe d'apaisement. « Hey, doucement mon petit tigre, » dit-il avec amusement. Tu es si … Cette lueur dans ses yeux. Hahahaha. Stiles les fixa, attendant qu'ils changent de couleur. Mais ils restèrent gris, uniquement gris. Idiot.
Killian tendit à nouveau la main vers lui, plus lentement, mais Stiles s'écarta à nouveau et commença à marcher d'un pas pressé dans direction de chez Lydia. « Eh, attends ! » Stiles ! « Je ne voulais pas te brusquer, je le jure. » Cours, mais tu ne m'échapperas pas. « C'est juste que je te trouve – » Tu es si … Stiles n'écouta pas la fin de sa phrase. Il ne voulait pas savoir. Attirant. Délicieux. Baisable. Magnifique. À croquer. Il avait tout entendu. Il ne voulait plus rien entendre.
Lorsqu'il arriva dans la rue de Lydia, il pouvait toujours entendre la voix derrière lui, même s'il ne faisait pas attention aux mots. Il réalisa alors qu'il le conduisait droit chez son amie. Il enfouit les mains dans ses poches, désespéré de trouver une alternative, sachant qu'il ne pouvait pas marcher jusqu'à ce que l'homme se lasse. Ils ne se lassent jamais. Courir est inutile. C'est un jeu pour eux.
Ses doigts entèrent en contact avec ses clés de voiture et ses yeux parcoururent rapidement la rue jusqu'à trouver sa Jeep bleue. Conduire, pas courir. Il fit encore quelque pas avant de se mettre à courir vers elle à toute jambe. Il la déverrouilla et monta avant que Killian n'ait le temps de réagir. « Eh ! Tu peux pas conduire en étant – » Le reste de la phrase fut coupée par le son du moteur et Stiles sortit de son stationnement pressement avant d'enfoncer l'accélérateur et de partir loin de l'homme, tournant au premier carrefour.
Son rythme respiratoire augmenta fortement et son cœur tambourinait contre ses oreilles. Son estomac se serrait et se retournait, semblant faire des loopings jusqu'à sa gorge.
Stiles n'avait aucune idée d'où il était lorsqu'il s'arrêta brutalement au bord de la route et ouvrit sa portière, juste à temps pour rendre le contenu de son estomac. Il trembla, sa gorge sèche et râpeuse alors qu'il se redressait et tendait une main maladroite vers boite à gant pour y prendre une bouteille d'eau. Il fit tomber le bouchon quand il la dévissa, puis se rinça la bouche, crachant l'eau par la portière ouverte. À ce moment, il se rendit compte qu'il était encore en centre-ville.
Il ne parvint même pas à jurer. Il essaya d'inspirer profondément pour se calmer, mais cela ne réussit qu'à lui faire monter les larmes aux yeux. Il posa le front contre le volant, ses mains le serrant aussi fort qu'elles le pouvaient. Stiles se redressa, puis, tendit la main vers la portière et la claqua bien plus brutalement que nécessaire. Il posa une main sur le levier de vitesse, avant de s'arrêter. Sa vision se brouillait, pas seulement à cause de ses larmes. Son corps entier continuait de trembler, pas seulement ses mains. Son esprit s'agitait sur des coins sombres et il entendait un rire trop familier, qui se moquait de lui et de sa stupidité. Parce que, vraiment, comment quelqu'un comme lui pouvait-il être aussi putain de naïf ? Abruti. Tu n'es vraiment bon qu'à un truc, hein ?
Il réussit à passer sur la banquette arrière et rampa sous sa couverture, se recroquevillant sur lui-même. Il essaya stupidement de se réchauffer. Il voulait s'endormir avant de ne plus être capable de chasser ses pensées. Il voulait s'endormir et tant pis pour le cauchemar qui allait surgir. Il s'entoura de ses bras, et sentit son téléphone dans sa poche. Ses yeux s'ouvrirent et il inspira soudainement. Avec des mains tremblantes, il prit son téléphone et ouvrit les contacts. Il fixa le premier nom de la liste un moment. Il était incapable de se souvenir de l'heure qu'il devait être à Beacon Hills.
Une voix émanant du plus profond de lui le supplia de ne pas appeler Derek. Ne sois pas si faible. Est-ce que ce loup t'a vraiment pris le peu qu'il te restait ? Il appela. Il plaqua son téléphone à son oreille et ferma les yeux. Au bout de trois sonneries, une voix caverneuse lui répondit. « Derek ? » Sa voix était si rauque, si serrée, si proche de se briser qu'il ne fut pas étonné de l'inquiétude dans celle du loup lorsqu'il répondit.
« Stiles ? » Il y eut une pause où le loup bougea. « Stiles, qu'est-ce qu'il se passe ? »
Il ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Il ne voulait pas parler de ce qu'il venait de se passer. Il ne voulait pas que celui-ci sache à quel point Stiles était un idiot. Il voulait … il voulait …
« Stiles ? » Il ouvrit les yeux, mais ne trouva que le dos d'un siège et le plafond gris et terne de sa voiture. Il ouvrit la bouche et les mots arrachèrent l'intérieure de la gorge en sortant.
« Est-ce que tu peux me décrire le ciel ? »
Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne. « Quoi ? »
« Les étoiles. Décris-moi les étoiles. »
Il y eut un nouveau silence, et Stiles crut que Derek n'allait pas le faire, qu'il allait dire à Stiles qu'il ne savait pas faire ça et que c'était à lui de le faire, que Stiles était meilleur pour parler et qu'il n'avait qu'à faire la conversation comme il le faisait tout le temps, qu'il était tard et qu'il voulait dormir. Et Stiles serait plongé dans le brouhaha de ses pensées.
« Il n'y en a pas beaucoup, » dit alors Derek. « Elles sont … hm – petites, mais brillantes. Il n'y en a pas beaucoup parce que la lune est presque pleine. Elle est trop lumineuse, alors la plupart sont invisibles, même pour mes yeux. » Il y eut une pause, et Stiles fut incapable de lui demander de continuer. « Je … je ne connais pas les constellations. Tu m'as dit qu'une s'appelait le cerf-volant, c'est ça ? Hm. Il y en a quatre qui font une sorte de carré, et quelques-unes plus loin qui pourraient faire une corde. À condition qu'il y ait beaucoup de vent. Beaucoup, beaucoup de vent. En fait, j'en sais rien, j'ai jamais fait de cerf-volant. »
Il entendit Derek hésiter et il ferma les yeux pour seulement entendre sa voix. Derrière ses paupières, Stiles était à nouveau assis sur le bord du balcon de Derek et ils regardaient la pleine lune dans le ciel. Stiles tourna la tête vers le loup pour lui demander comment celui-ci pouvait être aussi peu affecté par elle. Mais il resta muet face au reflet des étoiles dans les yeux alors bleus, figé par la façon dont ses lèvres s'arquaient d'une courbe calme qui dépassait la beauté des étoiles. Lorsque Derek tourna son visage vers lui, Stiles crut qu'il allait tomber du balcon, mais le loup lui demanda seulement s'il avait froid. Stiles ne se souvenait pas avoir déjà eu l'impression d'être aussi chanceux. Quand Derek reprit, c'était là que Stiles s'imaginait être, avec lui, sur ce balcon, sous une pleine lune d'hiver.
« Quand j'étais petit, la première fois qu'on m'a parlé d'un cerf-volant, j'ai pensé à un cerf avec des ailes. Et, enfin, d'accord, c'est idiot, mais, je suis un loup-garou. Pourquoi des cerfs avec des ailes ce serait trop ? Il y a un cheval ailé dans la mythologie grecque. Ce n'est pas forcément mieux. »
Stiles ne savait pas que Derek pouvait parler comme ça, sans recevoir quelque chose en échange. Mais il l'était. Il pouvait parler, laisser ses pensées passer par la parole. Même s'il hésitait souvent, même s'il arrivait sans cesse à court d'idée, même s'il finit simplement par expliquer la façon dont il était en train de préparer une tasse de café. Même s'il proposa à Stiles de lui lire la page Wikipédia du mot étoile, parce qu'il ne savait vraiment, vraiment plus quoi dire.
Stiles aurait aimé murmurer un merci, mais il n'en avait pas la force. Ses paupières tombaient et son esprit était silencieux. Il fut si facile de s'endormir.
Il se fit réveiller par quelqu'un qui tapait contre sa vitre. Il s'excusa rapidement, ne regarda pas l'officier de police et démarra la Jeep sans penser à ses muscles courbaturés, ni à la fatigue dans ses articulations. Lorsqu'il tourna au coin de la rue, il entendit quelque chose, un bruit étouffé, comme des petits coups. Puis, il réalisa que cela venait de son téléphone. Il se gara au bord de la route à nouveau et le prit. « Allô ?
- Stiles ?! Tu vas bien ? »
La voix de Derek le surprit et il mit une seconde à se souvenir de ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt. Il regarda l'heure sur le tableau de bord, huit heure. « Je vais bien, » répondit-il.
« Dis-lui qu'il va bien, » dit Derek à quelqu'un d'autre. Le loup soupira avant de reprendre. « Tu as fichus une peur bleue à Lydia. » Stiles écarquilla les yeux avant de se plaquer une main contre le visage. « Elle a appelé Isaac complètement paniquée car elle n'arrivait pas à te joindre. Il a voulu m'appeler, mais ne pouvait pas, alors il a appelé Malia, qui est venue ici, pour ensuite lui dire que tu m'avais appelé mais que tu dormais, et Lydia n'aimait pas ne pas savoir où tu étais.
- Désolé, je – je –
- Stiles, où es-tu ?
- À Boston. Quelque part dans le centre-ville. Je me suis arrêté au bord de la route. Je – dis-lui que j'arrive.
- Stiles, calme-toi. » Il ne savait pas comment Derek faisait ça, mais il sentit ses épaules se détendre et sa respiration s'apaiser.
Puis, il remarqua quelque chose. « Tu es resté au téléphone après que je me sois endormi ? »
Le loup ne répondit pas immédiatement. « Je voulais être là au cas où tu ais un mauvais réveil, » dit-il finalement et Stiles n'avait aucune idée de comment prendre ça.
« Merci. »
Il y eut un silence et il se demanda si Derek avait une idée de ce qu'il se passait en cet instant. Stiles avait l'impression que c'était quelque chose d'énormément important, mais il n'était pas sûr d'arriver pas à comprendre pourquoi.
Stiles entendit une voix derrière Derek et le loup soupira. « Retourne chez Lydia avant qu'elle ne rende Malia complètement dingue.
- D'accord. À bientôt.
- À bientôt, Stiles. »
Il raccrocha et essaya de se réorienter jusqu'à reconnaitre le quartier dans lequel il se trouvait. Puis, il se gara devant chez Lydia. La jeune fille était à sa fenêtre et s'en écarta dès que la Jeep fut garée. Stiles n'avait pas atteint l'entrée de l'immeuble qu'elle ne sortait, hurlant un tas de questions auxquelles il n'avait pas le temps de répondre. Elle le fit remonter et lui donna des gâteaux sans même lui demander son envie. Elle arrêta brusquement son monologue quand elle remarqua que Stiles ne mangeait rien. « Mange, » dit-elle en tendant à nouveau le paquet de gâteaux vers lui.
Stiles observa le paquet. Son estomac était noué et il força son esprit à attribuer cela à l'alcool. « Stiles, tu vas bien ? » demanda-t-elle alors d'une voix calme.
Stiles fut surpris du brusque changement de ton, de l'inquiétude qui semblait si naturelle chez la jeune fille. Lorsqu'il releva les yeux sur elle, il ravala la réponse déjà prête qu'il avait. Il resta muet un instant avant de dire, « Je crois que je le serai. »
.
.
La traduction des paroles de la chanson est : "On pourrait s'embrasser quand on est seul. Personne ne regarde. On pourrait ramener ça chez nous. On pourrait s'embrasser quand personne n'est là. Ce n'est pas qu'on a peur, c'est juste que c'est délicat." C'est la chanson Delicate de Damien Rice. La même qu'il y a quelques chapitres.
.
.
