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Chapitre 21 : Sous la surface
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Le téléphone de Derek sonna. Il posa le livre qu'il lisait et se pencha vers la table basse. Il sourit en voyant le nom de Stiles sur l'écran et décrocha en fermant les yeux. « Allô ?
- Est-ce que tu peux me décrire les étoiles ? » demanda Stiles. Les yeux de Derek s'ouvrirent immédiatement. Il y eut une seconde de pause pendant laquelle le loup se souvint de la dernière fois où il s'était vu poser cette question, de la douleur dans la voix de Stiles et de sa difficulté à s'endormir.
« Une seconde. » Il sauta sur ses pieds et se dirigea vers la fenêtre. « On les voit peu. Il y a des nuages, le ciel est voilé. Mais les nuages sont fins, alors c'est plus comme … de la fumée ? On peut voir à travers, surtout la lune, elle devient juste un peu floue. Il n'y a pas beaucoup d'étoiles, mais c'est le même effet. Hum …
- C'est comment d'être sous les étoiles là où tu es ? » demanda alors Stiles. Derek hésita, ne sachant pas quoi répondre. « Dehors, » précisa-t-il. « Si tu étais sous elles, dehors, comme on l'a été ce soir-là, comment ce serait ? » Le ton de Stiles fit bondir le cœur de Derek.
Il se racla la gorge, toujours sans savoir quoi répondre. « Attends. » Il se dirigea jusqu'à la porte qui menait au balcon. Une fois sur celui-ci, il s'avança jusqu'à la rambarde et regarda à nouveau le ciel. Il essaya de faire le vide. « Il fait un peu frais, » dit-il finalement. « Mais on peut rester dehors quand même, et –
- Et comment est le parking ?
- Le park – » Derek baissa les yeux en parlant et s'arrêta lorsqu'il aperçut une Jeep bleue garée à une place de sa Camaro. Alors, il remarqua les battements de cœur, la respiration et regrettait de ne pouvoir sentir son odeur jusqu'ici.
« J'ai pensé à monter directement à l'appart, mais tu m'aurais entendu venir, alors ça aurait gâcher la surprise, » expliqua Stiles en sortant de la Jeep. À la fin de sa phrase, il était entièrement dehors, sur le bitume, le visage levé et souriant vers Derek. Il fit un signe de la main. « Bonsoir, Derek.
- St – put – bonsoir, Stiles. » Ce dernier rit, un son léger qui flottait dans l'air et venait mélodieusement sonner aux tympans du loup. « Tu es …
- Bien sûr que je suis rentré. » Ils se fixèrent un moment, à plusieurs dizaines de mètres de distance, pouvant à peine discerner les traits de l'autre. « Quelle lumière brille à cette fenêtre ? C'est là l'Orient, et Derek en est le soleil.
- Quoi ?
- C'est, hum, Roméo et Juliette, » expliqua Stiles. « Lydia m'a forcé à en lire quand elle me donnait ses cours. C'est juste que, euh, t'es sur un balcon, alors … enfin … tu vas descendre ? Ou tu attends que je monte ? Parce que tu penses peut-être qu'il ne fait que frais, mais moi je gèle, alors –
- J'arrive, » dit Derek, mais il resta immobile. Il avait l'impression que le temps qu'il se retourne et descende, Stiles aurait disparu.
Celui-ci sembla deviner ses pensées. « Derek, je suis revenu. » Il y avait un sourire dans sa voix et Derek voulait s'approcher pour mieux le voir. Puis, il y eut un tremblement dans sa voix. « Tu … tu veux bien que je –
- J'arrive, » dit Derek d'un ton ferme et, cette fois, il se retourna, ouvrit la porte de son appartement en l'envoyant claquer contre le mur et descendit les escaliers en courant. Il entendit le rire de Stiles à travers la ligne du téléphone et put bientôt l'entendre en vrai. Il était réellement là, à quelques mètres de lui et son cœur se serrait tout en battant plus vite, son estomac se retournait et donnait naissance à un essaim de papillons. Il poussa la porte de l'immeuble si fort qu'elle alla, elle aussi, claquer contre le mur, rebondissant et forçant Derek à l'arrêter avant qu'elle ne se referme sous le rebond. Stiles était à une dizaine de mètres, téléphone contre son oreille, à un pas de la Jeep, ses yeux bruns s'illuminèrent quand ils tombèrent sur Derek et un sourire, un vrai, un beau, un rayonnant, naquit sur ses lèvres.
« Salut, Derek. » Sa voix se doubla entre le téléphone et la réalité. Maintenant qu'il l'avait devant lui, Derek ne savait pas comment agir. Il voulait se précipiter vers lui et l'embrasser, il voulait le prendre doucement entre ses bras et ne plus jamais le lâcher. « Tu comptes marcher les dix derniers mètres, ou tu veux que je le fasse ? » plaisanta Stiles, mais Derek pouvait voir qu'il était nerveux.
Le loup baissa son téléphone, arrêtant la conversation avant de ranger l'appareil dans sa poche arrière. Puis, il fit un pas en avant. Stiles rangea à son tour son téléphone se redressant légèrement alors que Derek s'approchait. Ses pas étaient lents et bientôt, Stiles en fit un à son tour. « Tu m'as manqué, » dit le loup, essoufflé.
« Toi aussi, » répondit Stiles, et lorsqu'il prononça la dernière syllabe, sa main se posait contre la nuque de Derek. Avant qu'un d'eux n'ait le temps de réaliser ce qu'ils faisaient, leurs bras entouraient l'autre, serraient leurs corps ensemble et leurs lèvres entrèrent en collision.
Ce fut comme la dernière fois qu'ils s'étaient embrassés, sur ce même parking, des mois et des mois plus tôt. Tout en lèvres et langues et dents. Tout en soupirs et gémissements. Sauf que tout était meilleur, parce que ce baiser n'avait pas le goût d'un au revoir. C'était un bonjour, c'était une promesse de ce que seraient les jours à venir. Derek avait oublié combien la peau de Stiles était douce. Stiles avait oublié combien la chaleur de Derek était rassurante. Ils avaient tous deux oublié ce sentiment d'être exactement au bon endroit à faire exactement ce qu'ils étaient nés pour faire. Cette sensation de perfection, de plénitude. Comment avaient-ils pu la quitter ?
« Bordel, tu m'as manqué, » soupira Stiles alors qu'il quittait les lèvres de Derek pour respirer. Ses talons se reposèrent sur le sol, son front posé contre celui du loup, son souffle s'abattant sur les lèvres de celui-ci, mais il n'arrivait pas à calmer sa respiration. Il gardait les yeux fermés, comme si cela allait l'aider.
Derek eut un rire tout en souffle, chaud contre la joue de Stiles alors qu'il pencha la tête pour embrasser sa peau sans l'étouffer. « Toi aussi. Tellement.
- Est-ce que je peux ne jamais repartir ?
- Tout ce que tu veux.
- Et toi ? Est-ce que –
- Je veux. »
Avec un large sourire, Stiles prit le visage de Derek en coupe dans ses mains. Il l'écarta juste pour pouvoir voir ses yeux, essayant de mémoriser la couleur de ses iris à cet instant. C'était quelque chose dont il voulait se souvenir. Les bras de Derek étaient toujours enlacés autour de sa taille, le maintenant proche. Stiles ne pensa même pas à combien il était proche de Derek, ni à comme il laissait Derek être proche de lui, ni à comment il n'aurait jamais été aussi détendu dans une telle position il y a un an. C'était différent. C'était Derek. C'était normal et naturel et juste et parfait. Et il pouvait enfin se laisser aller à le ressentir.
Lentement, il approcha le visage du loup du sien. Leurs sourires élargissaient leurs lèvres, illuminaient leurs visages. Quand ils s'embrassèrent à nouveau, c'était doux et lent, parce qu'ils savaient qu'ils avaient tout le temps du monde. C'était aussi calme que le lever du jour, aussi paisible que le monde après un orage. Les étoiles, lorsqu'elles se lèveraient lors des nuits à venir, ne riraient pas, ne souriraient pas, mais elles auraient le goût de la maison et le silence de la paix, la douceur de la caresse d'un pouce contre une joue et la force d'une étreinte qui a trop attendu.
« Tu as froid ? » demanda Derek à quelques centimètres des lèvres de Stiles. Celui-ci hocha la tête, sa bouche frôlant celle de Derek à cette distance. « D'accord. » Il s'écarta, mais garda une de ses mains pressée contre le dos de Stiles. Il se sentait incapable de le lâcher. Il regarda la Jeep, « Tes affaires ? » demanda-t-il. L'autre hocha la tête et recula lentement jusqu'à la voiture, lorsque la main de Derek glissa de son dos, il la prit dans la sienne. D'une main il prit son sac sur la plage arrière et le tira. À peine fut-il dehors que Derek s'en empara. Stiles sourit et ne dit rien en prenant l'autre sac. Il y avait quelque chose de chaud en lui, un doux feu dans son ventre et contre sa main.
Il releva à nouveau les yeux sur l'immeuble, s'arrêtant sur le balcon au sommet qui marquait l'appartement du loup. Ce n'était pas comme reconnaitre le paysage de Boston. Ce n'était pas comme la première fois qu'il était rentré à Beacon Hills. C'était heureux. Ça lui donnait envie de sourire et de soupirer de contentement. Il supposa que c'était ce que les gens entendaient quand ils parlaient de cette sensation de rentrer chez soi, de ce plaisir de reconnaitre les rues et les façades, de se dire, c'est ici, c'est là que je suis censé être. Et Stiles comprit qu'il avait parcouru des miles et des miles à la recherche de ce qu'il avait laissé derrière lui.
« Quelle perte de temps, » dit-il, sans remarquer qu'il le disait à voix haute.
La tête de Derek eut un très léger mouvement de recul. Il observa Stiles, ses yeux bruns rivés sur l'immeuble et la réflexion dans son regard à laquelle il n'avait pas accès. « De quoi ? » osa-t-il demander. Il força sa main à ne pas se resserrer sur celle de l'autre.
Stiles sourit, comme amusé, ses yeux toujours levés. « Je viens de passer huit mois à chercher cet endroit. Et tu sais ce qu'il y a de plus stupide ? Je crois qu'au fond, je savais depuis le début que c'était ce que je cherchais. Enfin, peut-être. Peut-être que je ne le savais pas. » Il avait les sourcils froncés et secoua lentement la tête de gauche à droite. « C'est grave si je ne le savais pas ? » demanda-t-il.
Lorsqu'aucune réponse ne vient, il se tourna vers Derek. Le loup l'observait, incapable de le décoder. Il se demanda s'il avait perdu l'habitude, ou si Stiles ne faisait sens que pour lui-même à cet instant. « Pourquoi tu es revenu ? » s'entendit-il demander. Il devait demander. Il avait besoin de savoir.
« Je le voulais, » répondit facilement Stiles. Cela semblait tellement évident pour lui que Derek crut que son cœur n'allait pas tenir le choc. « Je voulais être avec toi. » Et le monde implosa. Ou du moins, quelque chose implosa à l'intérieur de Derek. Il n'avait aucune idée de ce que c'était et n'arrivait pas à savoir si c'était ou non douloureux. Il dut fermer les yeux. Quand il les rouvrit, Stiles souriait.
« Mais pourquoi ? » demanda-t-il à nouveau. C'était la seule chose qu'il avait besoin de savoir. Pourquoi lui ? Huit mois passés dans un monde vaste, alors pourquoi lui ? Par défaut ?
Le sourire de Stiles ne s'évanouit pas sous la question, mais quelque chose changea dans son regard. Une affection tendre, plus brillante qu'une seconde plus tôt. Il tira sur la main de Derek alors qu'il faisait un pas vers l'entrée de l'immeuble. « J'ai froid, » dit-il et Derek le suivit sans un mot, son regard toujours interrogateur. Stiles lui tourna le dos, le tirant toujours par la main, Derek marcha un pas derrière lui jusqu'à l'appartement.
La porte du loft était ouverte quand ils arrivèrent sur le palier et Stiles sourit en se souvenant de la précipitation du loup au téléphone. Rien n'avait changé à l'intérieur. Mêmes meubles, même absence de décoration, même espace trop peu rempli, même lueur faible venant d'une vieille lampe posée sur la petite table carrée à côté du canapé, même ordinateur sur la table basse, même couverture et oreiller posés sur l'accoudoir du canapé, même odeur dans l'air. Stiles inspira profondément.
Derek resta immobile derrière lui, posa les sacs sur le sol et l'observa alors que les yeux de Stiles scannaient l'appartement. Il forçait ses doigts à rester figés entre les siens, il forçait son corps à ne pas se rapprocher du sien, son nez à ne pas se frotter dans ses cheveux. Il se permettait seulement d'inspirer de pleines bouffées de son odeur. Huit mois. Toute trace d'elle avait disparu du loft mais Derek n'en était pas moins addict.
« J'ai toujours froid, » dit soudainement Stiles en se retournant vers Derek. Les yeux de ce dernier s'écarquillèrent soudainement, comme s'il essayait de prendre autant de Stiles qu'il pouvait. Les mèches de cheveux brunes qui tombaient devant les yeux marrons, couleur d'un verre de whisky au soleil alors que la faible lumière de la lampe les éclairait. La peau qui avait perdu sa blancheur maladive d'autrefois. Les lèvres, légèrement sèches, qui souriaient avec un soupçon de malice jusque-là inconnu.
Après une seconde de silence, Stiles fit un pas vers Derek et lâcha sa main pour entourer ses bras autour de son torse et enfouir sa tête dans son cou. Celui-ci ne résista qu'une seconde avant de serrer Stiles contre lui, avant de frotter son nez dans ses cheveux et d'inspirer profondément son odeur, toute discrétion oubliée.
« Est-ce que je peux rester là pour toujours ? » demanda doucement Stiles, sa voix chaude contre le cou de Derek, ses lèvres douces alors qu'elles remuaient.
Toujours. Derek garderait Stiles dans ses bras pour le reste de sa vie si celui-ci lui en laissait l'occasion. Il ne le quitterait plus du regard, ne perdrait plus son odeur, ni le son des battements de son cœur. Il voulait ça. S'il se laissait aller, il dirait qu'il en avait besoin. Mais il ne pouvait pas dire ça. Il ne pouvait rien dire. Il n'en avait pas le droit.
Quand sa question resta sans réponse, Stiles s'écarta, lentement, comme s'il n'osait pas regarder l'expression du visage de Derek. Celui-ci essayait de ne rien laisser transparaitre, mais avec Stiles si proche de lui, avec son cœur si exposé, il savait que son expression le trahirait.
Il y avait tellement d'hésitation dans les yeux bleus que c'en était douloureux. La question qu'il avait posée au pied de l'immeuble était toujours présente dans son regard. Stiles se redressa, gardant ses mains sur les côtés de Derek. « C'est toi, » affirma-t-il, « parce que … parce que je t'appelle presque tous les jours. Parce que tu es la seule personne que j'ai envie d'appeler. D'accord, j'appelle Lydia quand j'ai une question sur pourquoi l'océan est salé, ou le ciel est bleu, mais c'est différent, c'est parce qu'elle sait et que je veux savoir, mais si je veux parler, c'est toi que j'appelle. Je t'appelle toujours. Quand je n'allais pas bien, c'est avec toi que j'imaginais être. C'est toujours à toi que je pensais. À chaque fois. Personne d'autre.
- Est-ce que tu as essayé d'appeler quelqu'un d'autre ?
- Je ne voulais pas appeler Scott, ou Isaac, ou Lydia.
- Et quelqu'un d'autre ?
- Je n'ai pas besoin d'essayer d'être avec quelqu'un d'autre pour savoir que c'est avec toi que je veux être, Derek, » claqua Stiles. Il n'était qu'à une dizaine de centimètres du visage du plus âgé et celui-ci pouvait voir quelque chose bruler au fond de ses pupilles. « Tu penses que je ne peux pas faire un choix ? J'ai passé huit mois à essayer de ne pas te choisir. Ça ne marche pas ! » Il y avait un sourire sur ses lèvres. Une de ses mains quitta Derek pour prendre quelque chose dans sa poche. Il s'écarta juste assez pour passer un morceau de papier devant le visage de Derek. Celui-ci fronça les sourcils alors que sa vue faisait le point.
Christie, 070-555-678, xxx.
Derek sentit quelque chose bouillir en lui. « C'est une fille de la fac d'Isaac qui m'a donné ça à Halloween. La seule chose à laquelle j'ai pensé en voyant ça, c'était qu'à trois chiffres près, c'était ton numéro à toi. Après … » Il inspira profondément, baissant le bout de papier et le regardant un instant avant de relever les yeux dans ceux de Derek. « Après, j'ai pensé à combien j'aurais voulu que ce soit la façon dont tu me donnes ton numéro. J'ai pensé à combien ça aurait été plus simple si je t'avais rencontré à une soirée d'Halloween, à la fac, parce que tu rendais visite à Isaac, avec qui je partageais un cours … et à comment j'aurais juste eu à t'appeler, et les choses auraient été tellement plus simples. Ça n'aurait pas été délicat. Ça n'aurait pas été compliqué. Ça aurait été évident. C'est évident. » Sa voix finit dans un murmure et Derek posa son front contre le sien.
Stiles ne savait pas s'il l'avait convaincu, alors il continua. « Je ne te choisis pas parce que je n'ai rien d'autre à choisir. Je te choisis parce que je le veux, je veux être là, avec toi, et je … » Et je ne suis pas censé vouloir ça, mais c'est comme ça. « Derek, ne laisse pas les cinq dernières années de ma vie m'empêcher d'avoir ça. »
Ça. Stiles se demanda si Derek comprenait ce que ça impliquait pour lui.
Il sentit les mains sur ses hanches resserrer leur emprise à ses mots, et planta ses yeux dans ceux de Derek, le défiant du regard en mordant l'intérieur de ses joues. Il ne savait pas ce qu'il ferait si celui-ci changeait d'avis maintenant.
« D'accord, » souffla seulement Derek, souffle brulant frappant les lèvres de Stiles avant qu'il ne les capture avec les siennes. Le plus jeune remonta ses mains le long du corps de l'autre, jusqu'à ce qu'elles soient passées derrière sa nuque, jusqu'à ce qu'il soit accroché à lui comme s'il n'allait jamais lâcher. Parce qu'il pouvait enfin ne plus jamais lâcher.
C'était rapide et Stiles s'essoufflait à chaque seconde, sans arriver à en avoir quelque chose à faire. Il sentit les mains de Derek monter et descendre dans son dos, incapables de rester à un endroit, comme si elles devaient parcourir son corps, comme si elles avaient passé une vie entière à attendre de le faire. Et pourtant, elles étaient douces, caressaient, hésitaient encore sur ce qui leur était offert. Une des mains de Stiles agrippa les cheveux de Derek, maintenant son visage proche du sien avec l'inquiétude qu'il s'écarte.
Ralentit. Derek ne voulait que gouter encore plus les lèvres de Stiles, sa bouche, sa langue. Il essayait de s'accrocher au peu d'esprit qui lui restait. Ralentit. Lorsque Stiles releva encore un peu plus son bras, son t-shirt se leva et les doigts de Derek glissèrent sur la peau fraiche du bas de son dos. Il y posa sa main à plat, sa paume étendue sur la peau douce de Stiles. Ralentit. Lorsqu'il glissa sa main en une caresse le long de sa colonne vertébrale, Stiles soupira contre ses lèvres. Ral - et puis, merde.
Leurs torses furent pressés l'un conte l'autre alors que Derek attirait Stiles plus près de lui. Ce dernier eut une exclamation de surprise, mais ne laissa pas le loup s'écarter, prenant son visage dans ses mains, l'embrassant plus profondément, plus rapidement, jusqu'à ce que Derek perde à nouveau l'esprit. Stiles s'appuya entre les épaules et le cou du loup pour s'élever à sa hauteur. Les bras de Derek le soulevèrent sans difficulté du sol et, comme un réflexe, Stiles prit appuie avec ses jambes sur ses hanches jusqu'à le dépasser, forçant Derek à pencher la tête en arrière pour pouvoir continuer de l'embrasser.
Derek sentit son dos heurter le mur sans comprendre comment il s'en était rapproché. Les lèvres de Stiles quittèrent les siennes pour embrasser ses joues, ses tempes, chaque centimètre de son visage. Il soupira, reprenant sa respiration. Il entendait le cœur de Stiles battre à toute vitesse sentait son propre cœur tambouriner dans sa cage thoracique.
Il inversa leur position, pressant Stiles contre le mur en capturant ses lèvres à nouveau. L'exclamation de Stiles lui parvint à travers un nuage compact et épais et il mit quelques secondes à s'écarter. « Ça va ? » se souvint-il de demander.
Stiles avait les yeux fermés et respirait lourdement. « Oui, » dit-il avant de clore à nouveau la distance qui les séparait.
Derek trébucha d'un pas en arrière quand Stiles se poussa du mur avec une main. Il sentit le sourire contre ses lèvres et entendit le léger rire qui s'échappa de sa gorge. « Recule, » murmura Stiles. Derek recula, ses pieds le guidant sans qu'il ait besoin de réfléchir à où il allait. L'arrière de ses genoux rencontrèrent le lit et il s'y assit, entrainant Stiles par-dessus lui. Il recula jusqu'à la tête de lit, jambes tendues et Stiles à califourchon sur elles.
Les mains de Derek montèrent sous le t-shirt à manche longue de Stiles. Les mains de ce dernier quittèrent son loup pour prendre les bords de son t-shirt. Il le tira par-dessus sa tête avant de le jeter sur le sol. Les mains de Derek restèrent écartées de sa peau, en suspend, flottant à quelques centimètres de son corps comme incertaines de pouvoir le toucher.
Doucement, Stiles prit les mains de Derek dans les siennes et les posa sur ses flancs. Il savait que le plus âgé pouvait sentir les cicatrices en demi-lune sous ses paumes. Il le voyait dans son regard et se demanda ce que Derek pouvait voir dans le sien en cet instant. Stiles se recula jusqu'à se tenir droit. « Est-ce que tu peux regarder ? » demanda-t-il.
Derek n'eut pas besoin de demander de quoi il parlait. Il baissa les yeux qu'il avait résolument gardé dans les bruns et regarda le torse scarifié de Stiles. Il ne put s'empêcher de serrer les dents, les cicatrices plus épouvantables que dans son souvenir, plus douloureuses et plus nombreuses vues de près. Ces quatre lettres gravées par-dessus son cœur, encore plus horrifiantes que la première fois qu'il avait posé ses yeux sur elles. Peut-être qu'il s'était convaincu qu'il les avait imaginées.
Il releva ses yeux dans les bruns et ils se regardèrent pendant quelques instants, avant que Stiles ne se penche pour l'embrasser et qu'il lui rende son baiser.
Et ce fut à nouveau rapide, faisant tourner leurs têtes jusqu'au vertige. Derek n'avait jamais pu être saoul ou drogué, mais il était certain que c'était l'effet qu'il aurait ressenti s'il l'avait pu. Il laissa Stiles lui retirer son t-shirt, embrasser son cou, l'attirer jusqu'à ce qu'il soit allongé sous lui, dos contre le matelas. Il garda ses yeux fermés, ses sens trop submergés pour en supporter plus. Il se sentait prendre feu de l'intérieur, et chaque endroit que Stiles frôlait du bout des lèvres s'embrasait, chaque centimètre de peau en contact avec la sienne s'enflammait. Pour la première fois, le feu ne lui faisait pas peur. Mais cela aurait peut-être dû être l'indice lui faisant comprendre que quelque chose n'allait pas. Lorsque Derek ouvrit les yeux, lorsqu'il rencontra le regard de Stiles, il ne le reconnut pas.
Une ombre. Il eut l'impression que les yeux bruns regardaient à travers lui lorsque leurs regards se rencontrèrent, lors d'un court instant. « Stiles ?
- Hmm, » fit celui-ci, ses lèvres venant gouter la peau du torse de Derek à nouveau. Un mouvement expert qui frigorifia le loup. Il se sentit malade.
« Stiles, arrête, » dit-il en se redressant, d'une voix essoufflée, peut-être trop basse pour que l'humain l'entende.
La bouche de Stiles captura la peau de son cou, alors que sa main montait caresser les cheveux défaits et Derek oublia presque, pendant quelques secondes, ce qu'il voulait dire. Puis, la deuxième main de Stiles passa sous la ceinture de son jean. Il attrapa son poignet et retira sa main. « Stiles, arrête, regarde-moi.
- Laisse-moi faire, je sais m'y prendre, » susurra-t-il contre son oreille. Derek remarqua alors combien ses battements de cœur étaient réguliers.
Il serra les dents et repoussa Stiles, faisant basculer son corps sur le côté, le rejetant de l'autre côté du lit avant de se lever et de faire quelques pas loin de lui. Il se passa une main sur le visage avant de la monter rageusement dans ses cheveux, les ébouriffant comme pour retirer de la poussière. « Derek, qu'est-ce que tu fous ? » s'exclama Stiles.
Derek se baissa pour ramasser son t-shirt et entendit Stiles se redresser pour s'assoir. Il enfila le vêtement alors que Stiles s'approchait de lui, mais il s'écarta avant qu'il ne puisse le toucher. Lorsqu'il se retourna vers l'humain, ses mots sortirent avec plus de véhémence qu'il ne l'avait prévu. « Je t'ai dit que je ne voulais pas de ça ! »
Stiles le regarda sans comprendre, les joues rouges, les lèvres gonflées, et Derek s'en voulait tellement pour ça. « De quoi tu parles ? Tu –
- Je t'ai dit qu'il ne se passerait rien ! Pas si tu –
- Je suis déjà à toi, qu'est-ce que tu veux de plus ?! » explosa soudainement Stiles.
« Je veux que tu le veuilles ! » hurla Derek en retour. Il attrapa le t-shirt à manche longue encore sur le sol et le jeta à Stiles. Celui-ci l'attrapa, mais ne le remit pas. « Et tu n'es pas à moi, » ajouta-t-il d'une voix plus calme.
Un rire amer s'échappa du fond de la gorge de Stiles. « C'est pas la première chose qui t'est venue à l'esprit. » Son ton celui-ci d'un arnaqueur ayant réussi son tour.
« Arrête ça. Je t'ai laissé partir. Tu l'as dit toi-même ! Tu es ici parce que tu le veux, pas parce que tu appartiens à qui que ce soit. » Sa tête tournait pour une toute autre raison. Il se sentait malade. Il se sentait sale. Il ne comprenait plus rien, et certainement pas la lueur qui habitait les yeux de Stiles à cet instant.
« Et c'était pas ce que tu attendais depuis le début ? » Derek était trop sonné pour répondre. « Dis-moi vraiment pourquoi tu viens de me repousser. C'est parce que je te dégoûte toujours, c'est ça ?
- Je t'ai dit que tu ne me dégoutais pas, que tu ne m'as jamais dégoûté.
- Alors quoi ? » demanda Stiles avec véhémence. « C'est de la pitié ? Trop pitié du pauvre petit gamin pour pouvoir le baiser ? C'est ça le problème, Derek ?!
- Tu sais que ce n'est pas ça, » répondit Derek, calmement, ne pouvant que secouer la tête de gauche à droite en fixant Stiles sans le reconnaitre.
« C'est parce que tu veux plus ?! Tu veux vraiment tout me prendre, c'est ça ?! Tu n'es pas comme les autres. Oh, non ! Tu ne peux pas juste te contenter de mon corps. Tu veux plus. Tu veux mon corps et ma volonté. Tu veux absolument tout de moi. Et il me restera quoi après, Derek ?! Qu'est-ce qu'il reste de moi après tout ça ?! » Derek ne pouvait que secouer la tête.
« Alors qu'est-ce que c'est ?! C'est quoi ton problème, putain ?! Pourquoi tu ne peux juste pas –
- Parce que je t'aime ! » hurla finalement Derek. La surprise s'inscrit sur les traits de Stiles, faisant disparaitre ce qui s'y trouvait avant. Les oreilles du loup bourdonnaient dans le soudain silence. Il réalisait à peine ce qu'il venait de dire lorsqu'il recommença à parler. « Je t'aime, » et sa voix était si sûre qu'il s'étonna lui-même, « alors je refuse de te faire du mal ou de profiter de toi. Qu'est-ce que tu crois ? Que je pourrais vouloir quoique ce soit qui te fasse du mal ? »
Stiles continua de le regarder incrédule quelques instants, puis, soudainement, il explosa de rire. Un rire puissant, provenant du fond de ses tripes, aux accents amers et cruels, si loin du rire que Derek lui connaissait, si loin de Stiles qu'un inconnu avait pris sa place. Ce n'était pas même le Stiles qu'il avait rencontré devant la clinique, dont les chaines réfléchissaient le soleil en attendant d'être brisées. Ce n'était pas une froideur défensive et un regard trop perçant. C'était quelque chose d'entièrement différent.
« Tu veux vraiment me faire croire que tu es amoureux de moi ? » dit Stiles, sa voix encore à moitié plongée dans ce rire sombre. « Toi ? Un alpha ? Amoureux de moi ? » Il secoua lentement la tête de gauche à droite. « Sérieusement ? T'as rien trouvé de mieux pour être en paix avec toi-même ? »
Lorsque Derek comprit que Stiles attendait une réponse, il était encore sous le choc. « Je sais ce que je ressens.
- Tu penses vraiment que je suis si con que ça ?
- Je ne –
- Ou bien c'est toi qui est complètement stupide ? » Sa voix semblait hésiter entre l'amertume, l'exaspération et l'amusement. « C'est ça, non ? » demanda-t-il devant le silence de Derek. « Tu n'es qu'un putain d'idiot ? Tu penses sincèrement qu'on peut tomber amoureux de moi ? Ce n'est pas putain de possible, Derek ! » Il avait craché son nom comme s'il était empoisonné.
Derek ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais Stiles partit dans un nouvel éclat de rire. Il se prit la tête dans les mains et fit quelques pas loin du loup. Ce dernier ne pouvait que regarder sans aucune idée de quoi faire. Stiles se redressa, tant de rage brulait dans ses yeux que Derek oublia comment respirer. Un sourire tordu de colère arqua l'un des coins de sa bouche alors qu'il secouait lentement la tête. « Tu sais le pire dans tout ça ? C'est que tu penses vraiment être le premier à me sortir un truc pareil.
« Je ne suis pas comme les autres, Stiles. Crois-moi. Moi – moi, je suis amoureux de toi. Moi je t'aime ! » Il souffla comme on crache quelque chose qui nous dégoute. « Une putain de blague. Tu m'aimes, Derek ? Alors, quoi ?! Tu te lasseras de planter tes griffes entre mes côtes dans un an au lieu de trois mois ? Tu t'excuseras quand je tacherai tes draps de sang ?! Tu m'embrasseras après coup ?! J'ai arrêté d'être naïf il y a longtemps ! Désolé de te décevoir, mais tu ne peux pas m'avoir comme ça !
- Est-ce que je t'ai donné une seule raison de douter de moi ? Juste une ? » demanda Derek d'une voix calme et posée, se reprenant enfin, défiant Stiles du regard.
Quelque chose s'écroula au fond des yeux de Stiles. C'était léger, subtile, mais Derek ne le manqua pas. Il avait passé trop de temp à faire attention au moindre détail de ses expressions pour ne pas le voir. Il ne savait pas ce que c'était, ne savait pas ce qui arrivait à Stiles, mais il décida de se jeter dans cette brèche. « Stiles, laisse-moi t'aider. »
Le sourire qui s'étala sur les lèvres de Stiles était brisé et des larmes montèrent dans ses yeux, mais ne tombèrent pas. Lentement, il commença à secouer la tête de droite à gauche. La colère avait disparu, mais Derek ne pensait pas que ce qui la remplaçait était mieux. « Non. Je ne peux pas. Je ne peux pas. Je ne peux pas te faire confiance. Je – »
Stiles ferma les yeux et ses paupières firent couler deux larmes sur ses joues. Derek les observa tomber rapidement avant de ralentir pour pendre sur sa mâchoire. Il voulait tendre la main et les écarter, les faire disparaitre. Il voulait calmer Stiles et lui faire savoir que peu importe ce qu'il lui arrivait, tout irait bien, tout irait mieux.
Lorsque les yeux bruns s'ouvrirent à nouveau, la colère était revenue, mais différente, douloureuse. Son sourire était amer, mais sa voix tremblait, loin de la colère froide et décidée de plus tôt, celle-ci coulait dans ses veines et brulait sur son passage en détruisant tout. « Tu sais en qui j'avais confiance ? Mes parents. Et tu te souviens de ce qu'il s'est passé ? Ils m'ont juste abandonné. » Il souffla un rire et ne le laissa pas se changer en sanglot. Il inspira profondément. « Si tu savais comme je les déteste. Je ne suis pas censé les détesté, mais c'est le cas. Je déteste mon père pour avoir pensé que sa vie était moins importante que celle de cette fille. Je déteste ma mère pour avoir fait confiance à ces monstres. Tu comprends ça ?! » s'exclama-t-il. « Je les déteste. Ça, » dit-il en écartant les bras sur son torse nu, « c'est de leur putain de faute. Je n'irai jamais mieux et je les déteste pour ça !
- Stiles –
- Et je te déteste, Derek ! Putain, je te déteste tellement ! » De nouvelles larmes coulèrent sur ses joues alors qu'il disait ces mots à travers des dents serrées. « T'as même pas idée de combien je te déteste. Tu – c'est de ta faute ! Je n'ai aucune idée de ce qui est en train de se passer et je – je ne comprends plus rien de ce qui m'arrive et tu as tout rendu si – si – c'était plus simple de ne rien être ! Tellement putain de plus simple ! Maintenant je – je suis juste ça, » sa voix disparut dans un souffle. « Je suis qu'un putain de désastre. Je suis … je ne sais même pas par où commencer et … pourquoi tu ne pouvais pas juste me prendre comme n'importe quel autre ? J'étais rien, mais au moins c'était simple et je – je ne veux plus me sentir comme ça.
- Comment ? » demanda Derek doucement. Stiles ne répondit pas, ses yeux fermés, ses dents serrées et la douleur partout sur son visage. « Comment ? » répéta-t-il à peine plus fort.
« Je suis tellement putain de perdu, » répondit finalement Stiles, ses joues mouillées, ses bras ballants et ses épaules tombantes. Il semblait soudainement si fatigué. Comme si la colère avait fini de tout ravager et qu'il n'était plus que ruines et cendres. « Je te déteste, » souffla-t-il et son cœur manqua un battement parce qu'il mentit.
« Je vais t'aider, » lui promit Derek. Stiles le fixa, et c'était comme s'il n'avait aucune idée de quoi ressentir, comme si maintenant que la rage était passée, que les larmes avaient coulé, il ne restait plus rien en lui. Juste un peu d'espoir au fond de ses yeux, alors qu'il regardait Derek comme s'il le suppliait de lui faire croire à sa promesse.
Stiles fit un pas hésitant en avant, son corps si épuisé qu'il sembla trébucher et Derek s'avança jusqu'à ce qu'il tombe contre lui. Les bras du loup le maintenaient debout et Stiles ferma les yeux, se laissant aller, laissant Derek prendre soin de lui, s'autorisant à être faible, s'autorisant à le croire, à lui faire confiance et tant pis s'il devait en mourir.
Lorsque Stiles parla à nouveau, sa voix était plus basse qu'un murmure. « Cora m'a dit que tu m'aimais seulement parce que tu pouvais m'aider. Alors … alors je ne suis même pas sûr de vouloir aller mieux, parce que je ne veux pas que tu arrêtes. » Son cœur lui faisait mal, et Stiles n'était même plus capable d'en trouver l'origine.
« C'est la chose la plus stupide que tu n'ais jamais dite, » répondit Derek. Un rire épuisé s'échappa de sa gorge et Stiles appuya son front contre la clavicule du loup, se concentrant sur la chaleur contre lui pour se convaincre qu'il n'avait pas froid.
Les bras de Derek l'entourèrent, d'abord légers et presque fantomatiques, puis plus fermement. « Je vais t'aider. Tu vas aller mieux. Et je ne te quitterais que si tu me le demandes.
- Tu viens de t'engager pour l'éternité.
- J'espère bien. »
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Merci de ne pas venir me taper. Je vais faire en sorte que la suite arrive vite. Désolé.
En tout cas, merci encore à tous ceux qui suivent cette histoire, merci de vos commentaires (en particulier les guests à qui je ne peux pas répondre), ça me fait vraiment plaisir de savoir que cette histoire vous plait.
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