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Chapitre 22 : Tous les clichés

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Stiles se réveilla lorsqu'il sentit quelque chose bouger. Ses yeux s'ouvrirent, mais ses paupières étaient si lourdes qu'il eut du mal à regarder autour de lui. Le matelas bougea à nouveau et il vit la silhouette de Derek faire le tour du lit. Il ferma les yeux, mais se tourna en direction de la cuisine, écoutant les bruits qu'y faisait le loup.

Pendant un instant, et bien qu'il sache parfaitement où il se trouvait, Stiles fut perdu. Son esprit était épuisé, plus lent qu'il ne l'avait été depuis des années. Il ne comprenait pas pourquoi les rouages de son cerveau refusaient de se mettre en marche. Un moment, il crut qu'il avait rêvé le road-trip, mais cela n'avait aucun sens. Lorsque les souvenirs de la nuit précédente lui revinrent en mémoire, les choses commencèrent à être plus claires.

Il se souvint se garer devant l'immeuble et appeler le loup, sourire aux lèvres alors qu'il écoutait sa voix essayer péniblement de décrire le ciel. Il s'était penché dans sa voiture pour l'apercevoir sur le balcon, il s'était retenu de rire quand Derek avait enfin baissé les yeux sur la Jeep. Son cœur aurait pu ne pas survivre le choc de le sentir à nouveau contre lui. Ses lèvres contre les siennes, c'était quelque chose qu'il ne voulait pas oublier.

Puis, il se souvint des cris. Stiles revoyait l'incompréhension dans le regard de Derek alors qu'il était incapable d'arrêter ses mots. Il ne pouvait pas s'arrêter, parce qu'à ce moment, il n'avait pas seulement mal, il n'était pas seulement triste, il était en colère. Il en voulait au monde entier. Il savait que sa vie était ruinée, il l'avait vu venir petit à petit, un peu plus chaque jour, il s'était vu chuter sans fin et la lumière disparaitre. Puis, quand bien même les choses s'étaient arrangées, cette évidence était restée. Stiles était ruiné. Aucune question. Aucune émotion. Juste un fait. Et il avait passé des mois sur la route, seul avec lui-même, assez de temps pour réaliser combien tout ça, tout ce qu'il avait vécu était anormal, était injuste. Évidemment, il l'avait toujours su, mais il ne s'était jamais laissé aller à penser à combien sa vie aurait pu être différente, à tout ce qu'on lui avait volé à jamais et à quel point il était ruiné, gâché, mort. Et pour ça, Stiles était plus que triste, ou atterré, ou blessé, il était en colère. Et cette rage, la veille, l'avait anéanti.

Et il se sentait toujours anéanti. Son corps était épuisé comme après les fois où la panique l'avait submergé, comme lorsqu'il ne pouvait rien faire d'autre que dormir et vomir et avoir froid. Il utilisa le peu de force qu'il sentait en lui pour se recroqueviller sur lui-même. Il essayait de se souvenir de la façon dont Derek l'avait pris dans ses bras, de la façon dont il était resté et avait essayé de l'aider malgré tout ce qu'il avait pu dire.

En se souvenant de ses propres mots, Stiles se demanda s'il les avait réellement pensés. Il n'arrivait pas à décider s'il en avait voulu à Derek, ou à lui-même. Il n'arrivait pas à se souvenir du cheminement exact de ses pensées, des sensations qu'avaient ressenti son corps quand il avait posé les doigts sur la peau nue de Derek, quand son esprit s'était tu sous le contact. Quelque chose de flou, l'impression de quitter son propre corps et soudainement plus rien d'autre que le lit contre lui. Toucher du bout des doigts quelque chose qu'il ne pouvait pas atteindre, peu importe qu'il le veuille ou non. Peut-être que s'ils avaient vraiment essayé … mais une avalanche s'était abattue sur Stiles. La colère dans les yeux de Derek, son dégout, l'avait fait exploser. Stiles ne savait pas qu'il avait cette rage en lui et il se demanda ce qu'il y avait d'autre qu'il ignorait sur lui-même.

Plongé dans ses pensées, il ne l'avait pas entendu s'approcher. La main de Derek se posa sur lui et il sursauta, ses yeux tombant sur le visage du loup. « Hey, » murmura celui-ci. « Comment tu te sens ? »

Stiles serra les mâchoires avant de se forcer à avaler sa salive. Il s'empêcha de fermer à nouveau les yeux et ouvrit la bouche pour parler. « Shh, » fit Derek en remarquant ses efforts. « Dors, » lui dit-il, mais Stiles n'arrivait pas à fermer les yeux. C'était Derek, sa sécurité, mais il avait peur. Il avait peur du cauchemar qui devait l'attendre, peur de se réveiller dans un appartement vide, peur du froid, peur de lui-même.

La main de Derek monta jusqu'à ses cheveux, traçant de doux cercles sur son crâne et caressant les mèches emmêlées. « Tout va bien, » murmura Derek et Stiles le crut. Il ferma les yeux alors que son corps frissonnait.

Il regretta la main du loup au moment où elle partit, mais n'ouvrit pas les yeux pour autant. Quelques instants plus tard, un poids lui tomba dessus. Derek étendait une autre couverture sur lui. « C'est mieux ? » demanda-t-il doucement avant de se baisser à nouveau, s'asseyant par terre pour être au même niveau que Stiles. Sa main était à nouveau dans ses cheveux, de douces caresses pour le bercer.

Même après que Stiles se soit endormi, Derek resta à côté de lui, la pâte à pancakes à moitié préparée attendant sur le comptoir de la cuisine, oubliée. Les yeux de Stiles étaient cernés, et pourtant, Derek savait qu'il avait dormi. Il l'avait regardé faire une longue partie de la nuit. Il avait mis longtemps à s'endormir, malgré la fatigue qui semblait habiter son corps. Il n'arrivait pas à se calmer assez.

Après un long moment, Derek se releva et continua de préparer le déjeuner, essayant d'être aussi silencieux que possible et gardant son ouïe alerte pour le moindre signe de réveil ou de cauchemar. Lorsqu'il n'eut plus rien à faire, il resta appuyé sur le comptoir à observer Stiles. Des phrases de la nuit précédente ne cessaient de lui revenir en mémoire, l'assaillant de dizaines de questions qu'il doutait de pouvoir poser.

Deux heures devaient avoir passé lorsqu'il entendit la respiration de Stiles se troubler et son cœur s'accélérer. Les yeux bruns s'ouvrirent, paupières lourdes, son regard parcourut rapidement la pièce des yeux, analysant les détails, ses sourcils se froncèrent sous le poids de ses réflexions. Derek s'avança jusqu'à lui et s'accroupit devant le lit. Stiles se redressa sur un coude. « Bonjour, Derek, » dit-il d'une voix cassée. Il s'éclaircit la gorge.

« Bonjour, Stiles. Tu as faim ? » demanda le loup sans espoir. Stiles grimaça et Derek lui offrit un petit sourire. « Tu peux te lever ? »

Stiles bougea avec empressement et Derek posa une main sur son épaule à travers les couvertures. « Ça va, du calme, » dit-il avec un sourire. « Prends ton temps.

- Je vais bien, » dit Stiles. Derek sentit son regard se durcir et Stiles serra les dents. « Presque, » ajouta-t-il. Stiles se releva doucement, jusqu'à être assis, les pieds sur le sol et Derek debout face à lui.

Ce dernier le laissa aller jusqu'à la table seul, sans l'aider, même s'il grimaçait en voyait le corps de Stiles chanceler à chaque pas. Il s'écroula sur une chaise, sa respiration trop lourde pour le peu d'effort qu'il venait d'accomplir. Derek essaya de ne pas y penser, déposant seulement les pancakes sur la table et en servant un à Stiles. Celui-ci regarda la nourriture avec dégoût. « Essais de manger, mais ne force pas si tu ne le sens pas.

- Est-ce que ça va ? » demanda Stiles. Derek le regarda avec surprise. « C'est juste … » Il détourna le regard. « J'étais censé aller mieux. J'ai cru que j'allais mieux, mais –

- Sti –

- Non, attends, » l'interrompit-il d'une voix lente et fatiguée. Il inspira profondément, gardant les yeux toujours rivés sur la table. « J'ai cru que j'allais mieux, et je suis désolé que ça ne soit pas le cas. Je suis désolé d'avoir dit ce que j'ai dis hier soir. Je ne … » Il releva les yeux dans ceux de Derek, plantant fermement son regard dans le sien. « Je ne pensais pas ce que j'ai dit, quand j'ai dit que je te détestais. Je ne le pensais pas. » Il marqua une pause, avala sa salive avant de prendre une profonde inspiration. « Je veux aller mieux. »

Derek attendit d'être sûr qu'il ait fini avant de parler. « Je te l'ai dit hier, je vais t'aider. Je t'aiderai aussi longtemps que tu le voudras. »

Stiles sourit en coin et ironisa, « On dirait que je viens de gagner un psy.

- Qu'est-ce que tu aurais voulu gagner ? » demanda Derek. Stiles le regarda comme s'il ne savait pas comment interpréter sa réponse. Derek lui-même n'était pas sûr de ce qu'il avait voulu dire par là.

« Comment est-ce que les gens normaux appellent ça ? » dit Stiles après un moment.

Derek ne répondit pas, son esprit écrasé sous le poids d'un millier de doutes. Sur la meilleure chose à faire, sur celle qu'il voulait faire, celle qu'il pensait que Stiles voulait, sur cette situation et les lignes brouillées.

« Si …, » essaya Stiles, « si on veut tous les deux être avec l'autre, qu'est-ce que c'est ?

- Tu sais ce que c'est.

- Je ne veux pas être le premier à le dire. Je veux que tu me demandes quelque chose. Quelque chose que je veux de toute manière.

- C'est … » Derek soupira. « C'est ridicule, tu veux vraiment que je fasse ça ?

- Oui. Je veux toutes les expériences clichées, » répondit Stiles, ses lèvres arquées avec amusement. Derek aurait cru que tout ceci n'était qu'une blague s'il n'y avait pas eu cette lueur de sérieux dans le coin de ses yeux. Il comprit que Stiles méritait tous les clichés.

Il rapprocha sa chaise de la sienne, leurs genoux entrant en contact. « Ça s'appelle un petit-ami. » Stiles sourit. « Tu veux être mon petit-ami ? » demanda-t-il sans arriver à croire qu'il venait réellement de prononcer ces mots. Stiles hocha la tête, sourire encore plus large. « Est-ce que je peux être le tien ? » Nouveau hochement de tête. Le cœur de Stiles papillonna dans sa poitrine et Derek sentit le sien lui répondre.

Il se pencha vers Stiles, ne s'arrêtant qu'à quelques centimètres de sa joue. « Je peux ?

- Est-ce qu'être mon petit-ami ne veut pas dire que tu n'as pas besoin de demander ?

- Je demanderai toujours.

- Oui. » Derek embrassa doucement sa joue. Il la sentit se tendre sous le sourire de Stiles. Il s'écarta juste une seconde avant d'embrasser sa pommette. Puis, il se rassit dans sa chaise, posant sa main par-dessus celle de Stiles sur la table, avant de le regarder entremêler leurs doigts.

Derek observa son visage, la détente malgré la fatigue. « À quoi tu penses ? » demanda-t-il, réalisant combien cette question lui avait manqué.

« Au fait que j'ai un souci de moins, maintenant, » répondit Stiles sans détacher les yeux de leurs mains. Plus il les regardait, plus ses paupières semblaient lourdes.

« Tu veux dormir ?

- On ne devrait pas … je ne sais pas, parler ?

- On aura le temps de parler quand tu te seras reposé. » Stiles hocha la tête et Derek se leva, tirant doucement sur sa main pour qu'il le suive. Stiles s'allongea et Derek le borda à nouveau dans les deux couvertures et lui caressa les cheveux jusqu'à ce qu'il s'endorme. Alors seulement, il se leva et alla manger.

Il prit un livre, mais abandonna sa lecture lorsqu'il relut la même phrase pour la cinquième fois sans la comprendre. Il ferma les yeux et se contenta de respirer l'odeur de Stiles qui commençait à envahir tout son appartement. Il sourit. Puis, il prit son téléphone et regarda la dernière photo qu'il y avait enregistré, une qu'Isaac lui avait envoyée. Devine qui se cache là-dessous. Indice : tu l'aimes. Derrière une table sur laquelle se trouvait des verres en plastique et bien trop de bouteilles en verre, il y avait quelqu'un sous un épais drap blanc. Derek jeta un nouveau coup d'œil à l'homme endormi dans son lit.

Stiles est rentré. À quel point je dois te remercier pour ça ?

Il essaya de relire la première phrase du chapitre en attendant que son téléphone ne vibre.

Autorise-moi à conduire ta voiture.

Derek pouffa de rire et secoua la tête de gauche à droite. Il pensa à ignorer la réponse d'Isaac quand Stiles bougea dans son sommeil. Tête basculée légèrement vers l'arrière, lèvres entrouvertes, cheveux bruns emmêlés et légèrement trop longs étendus sur l'oreiller.

D'accord.

« Avant de rentrer, je suis passé voir Isaac à Seattle, » dit Stiles alors qu'il essuyait la vaisselle que Derek lavait.

Stiles était rentré depuis trois jours. Les cernes sous ses yeux avaient disparu, comme sa fatigue, après presque deux jours à dormir.

Derek leva la tête vers lui en posant un verre à côté de l'évier. « Oui, il me l'a dit, » répondit-il. Stiles ne parut pas étonné, mais hocha la tête avant de poser l'assiette sèche par-dessus l'autre.

« C'est lui qui m'a expliqué pourquoi tu m'avais dit de partir. » Derek s'interrompit une seconde avant de poser les couverts propres à côté de l'évier. Puis, il se rinça les mains et coupa l'eau. « On avait trouvé un accord : on pose toutes les questions qu'on a en tête, même si c'est un sujet épineux, et si l'autre ne veut pas répondre, on passe à autre chose. » Il finit d'essuyer les couverts et les rangea dans le tiroir avant de se retourner vers Derek. « Je pense qu'on devrait faire ça. »

Derek ne dit rien, mais hocha la tête après un moment. « Tu veux commencer ? » Derek le regarda surprit et Stiles lui répondit avec un sourire hésitant. « Ne me dis pas que tu n'as aucune question à me poser. »

Derek rangea les verres et les assiettes, en profitant pour lui tourner le dos et ne pas répondre immédiatement. Lorsqu'il se retourna, Stiles était appuyé contre le comptoir de la cuisine. Derek s'appuya contre le meuble de l'évier, juste en face de lui. « Commence, » lui dit-il.

Stiles hocha la tête lentement alors qu'il réfléchissait. Lorsqu'il prit une profonde inspiration, Derek serra les dents. « Pourquoi tu ne poses jamais de questions sur eux?

- Parce que je ne veux pas de réponse, » répondit Derek du tac-au-tac. Les sourcils de Stiles se haussèrent. « Écoute, je … » Il soupira et bascula sa tête en arrière. « Je ne veux pas y penser. Je ne peux pas y penser – j'ai envie de les retrouver et de leur arracher la peau à chaque fois que je pense à ce qu'ils ont pu te faire. » Il ouvrit les yeux pour regarder Stiles à nouveau, et fronça les sourcils devant son visage dénué d'expression. « Comment tu peux y penser et ne pas … Comment tu peux rester aussi stoïque face à tout ça ? »

Stiles l'observa un moment avant de dire. « Tu ne vas pas aimer la réponse, tu es sûr de la vouloir ? »

Derek inspira profondément et croisa les bras sur sa poitrine. « Oui.

- Ça n'a pas d'importance. » Les yeux bleu-gris s'écarquillèrent. Stiles le regarda et grimaça un instant après avoir parlé. « Enfin, ce que je veux dire … » Il laissa sa phrase trainer, ouvrit et ferma la bouche, incapable de trouver ses mots. Il soupira de frustration. « C'est pas que je me fiche de ce qu'ils m'ont fait. C'est juste … c'était comme ça. Si tu te convaincs que quelque chose est normal, peut-être que ça arrête de faire mal, non ?

- Ça fonctionne ?

- Vu ce qu'il s'est passé l'autre soir … non. » Il secoua lentement la tête de gauche à droite. Après un instant, il ajouta. « Je n'y pense pas beaucoup. Et quand je le fais, j'ai parfois l'impression que ça ne me concerne pas vraiment. Comme si c'était arrivé à un personnage de film, tu vois ?

- Oui, je vois, » répondit-il. Il y eut un silence avant que Derek ne demande. « Est-ce que c'est chacun son tour, ou … ?

- Vas-y.

- L'autre soir, tu as parlé de Cora. Tu as dit qu'elle t'avait dit que je – que je ne restais avec toi que parce que je pouvais t'aider. »

Stiles attendit qu'il continue, mais Derek s'arrêta là, alors il hocha la tête. « Oui, elle m'a dit ça, » répondit-il, sentant une légère boule dans sa gorge. Il croyait son loup lorsqu'il lui disait que c'était faux, mais il avait déjà deviné la question et avait l'impression d'avoir à nouveau sept ans, quand un garçon deux ans plus vieux que lui et Scott les embêtaient à l'école et que ses parents lui demandaient d'où venait les bleus sur son bras.

« Quand est-ce qu'elle t'a dit ça ? »

Stiles détourna le regard, inspira profondément avant de soupirer. « Il y a trois jours. Je me suis arrêté à la station essence à l'entrée de la ville en venant chez toi. J'ai roulé tellement vite jusqu'ici que j'ai oublié de regarder la jauge et elle était proche de zéro. Je n'avais pas envie de tomber en panne à deux pâtés de maisons de chez toi, alors je m'y suis arrêté. Et elle était là … »

Il avait été à la station-service et elle avait été là lorsqu'il avait relevé les yeux de la pompe. Elle l'avait regardé plusieurs minutes, bouche bée, avant de lui demander ce qu'il faisait là. Je rentre. – Tu rentres où ? Elle n'avait pas pu croire qu'il utilisait le mot rentrer pour parler de Derek. Elle avait été persuadée qu'il voulait quelque chose de son frère, pas seulement le voir et être avec lui. Il avait compris qu'elle était incapable de croire qu'il revenait sans rien vouloir, rien d'autre qu'un sourire, qu'une embrassade, que se sentir en sécurité. Mon frère est ce genre de gars qui adoptent tous les chiens abandonnés aux bords des routes. Il aime ça. Il les aime comme ça. Les causes désespérées. Il a besoin d'aider les autres. Tu penses qu'il t'aime ? Tu te trompes. Il aime le fait de t'aider. Le gamin enchainé devant la clinique qui a vécu l'enfer et s'attend à vivre l'enfer, c'est lui qu'il aime. Seulement lui. Stiles n'avait rien répondu et Cora n'avait pas ajouté quoique ce soit d'autre.

Stiles serra les dents une seconde avant de continuer. « On s'est parlé rapidement. Elle m'a dit que tu n'aimais que ceux que tu pouvais aider. Eux seulement. » Le loup garda le silence, ses sourcils froncés alors qu'il fixait le sol. « Ne lui en veux pas. » Derek lui jeta un regard étonné. « Je ne veux pas que tu lui en veuilles à cause de moi.

- Elle n'avait pas à dire ça.

- Elle avait probablement ses raisons.

- Pourquoi est-ce que tu la défends ? » demanda Derek dans un rire proche de l'agacement.

Stiles l'observa un instant, et la colère de Derek s'atténua. « Je ne veux pas que tu lui en veuilles à cause de moi, » répéta-t-il. Son loup finit par acquiescer. « Une autre question ? »

Derek réfléchit un instant, laissant ses yeux se balader sur le loft alors qu'il réfléchissait. « Tu veux regarder un film ?

- Toujours, » répondit Stiles avec un sourire.

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« Alison et Scott sont tous les deux à Los Angeles. Il suit un cursus pour être vétérinaire, et je ne suis pas sûr de ce qu'elle fait. Je me déconnecte toujours quand Scott parle d'elle, » avoua Derek et Stiles ne put s'empêcher de rire en pensant qu'il faisait la même chose.

Aucun d'eux ne s'était levé pour allumer la lampe quand la nuit les avait rattrapés au milieu du quatrième film. « Tu sais qu'Isaac est à Seattle et que Lydia est à Boston. Malia et Cora sont restées en ville. Elles ont emménagé ensemble à la fin de l'été. Je n'ai aucune idée de comment elles ne se sont pas encore entre-tuées, mais ça semble fonctionner. Elles pensent à reprendre un café en ville, le propriétaire actuel veut vendre pour partir en retraite. »

Stiles hocha la tête en prenant en compte l'information. « Et quels sont les derniers monstres en ville ? » demanda-t-il après un moment.

« Les choses sont calmes depuis quelques mois. Ça arrive. » Son pouce caressait distraitement le dos de la main de Stiles. L'écran de l'ordinateur s'éteint alors qu'aucun d'eux n'avait fait un mouvement pour lancer un autre film.

« Qu'est-ce qu'il va se passer quand ça recommencera ? Maintenant que tout le monde est parti ? »

Derek interrompit son mouvement pendant une seconde, puis, il haussa une épaule. « Ça dépendra de ce qui nous tombe dessus, » supposa-t-il. Il n'aimait pas penser à ça. Après qu'une si grande partie de la meute soit partie, Satomi lui avait conseillé d'engendrer de nouveaux bêtas, mais il avait été incapable de le faire. « Si quoique ce soit de trop grave arrive, ils reviendront, » ajouta-t-il sans une once de doute.

« Tu me laisseras aider ? » demanda Stiles, tournant la tête vers Derek.

Ce dernier se tourna aussi vers lui et l'observa un instant. « Oui. » Stiles sourit.

« Est-ce que tu veux dormir ? » Derek sourit.

« Oui. » Stiles se leva et tira sur sa main pour que le loup le suive. Il ne la lâcha que pour se changer en pyjama. Derek lui tourna le dos pour mettre le sien et pendant un instant, Stiles pensa qu'il allait quitter la pièce, s'enfermer dans la salle de bain. Mais le loup resta dans la chambre. Il ne se tourna pas vers Stiles alors qu'il enlevait ses vêtements et les remplaçaient par d'autres, plus légers et plus larges.

Stiles regarda le t-shirt à manches-longues qu'il tenait dans la main et celui à manches-courtes que Derek venait de jeter sur le lit après l'avoir enlevé. Ses yeux remontèrent encore une fois sur Derek, toujours de dos, et il repensa à son regard, quelques jours plus tôt, lorsqu'il avait découvert son torse. Il inspira profondément et enfila le t-shirt à manches-courtes.

Il reposa les yeux sur Derek et remarqua que celui-ci faisait semblant d'être occupé par quelque chose pour ne pas se retourner. Il tira la couverture pour s'allonger et, seulement alors, son loup se retourna pour faire de même.

Stiles garda les bras hors de la couverture, mais les yeux de Derek ne s'attardèrent pas sur eux, comme s'ils ne remarquaient rien. La façon dont le loup ne faisait que regarder son visage ne semblait même pas forcée. Peut-être qu'elle ne l'était pas. Il se rapprocha de lui jusqu'à ce que les bras de Derek l'entourent et sourit en sentant le corps de celui-ci se détendre en un soupir.

« Bonne nuit, Derek.

- Bonne nuit, Stiles. »

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xx

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« Pourquoi tu lui as dit ça ? » demanda Derek sans même prendre la peine de dire bonjour à sa sœur. Elle cligna plusieurs fois des yeux, le dévisageant depuis la dernière marche de l'escalier, à quelques pas de la porte d'entrée de son appartement devant laquelle son frère se trouvait.

« Tu m'as attendu ici combien de temps ? » demanda-t-elle incrédule.

« Cora. » Le ton de l'ainé était ferme. Elle retint un soupir et bougea les clés dans sa main en avançant vers la porte. Elle l'ouvrit et entra, Derek sur ses pas. Elle posa les sacs de courses sur la table avant de se tourner vers lui.

« Alors il est rentré, » remarqua-t-elle en enlevant sa veste.

« Tu aurais préféré que ça ne soit pas le cas ? » demanda Derek, contrôlant visiblement la colère dans sa voix.

Cora haussa une épaule. « Tu ne penses pas que ça aurait été mieux pour toi ?

- Comment est-ce que tu peux penser ça ? » Cora ne répondit pas. « Pourquoi tu lui as dit que je n'aimais que les gens qui ont besoin d'aide ? »

Elle força un rire amer à quitter sa gorge. « Donc, il t'a tout répété.

- Réponds juste à ma question.

- Je dois répondre à mon frère ou à mon alpha ? » demanda-t-elle, les traits de son visage figés dans un masque dur. Derek haussa les sourcils et la dévisagea un moment. Puis, il soupira et s'assit sur une chaise, à côté de la table. Il regarda sa sœur et celle-ci finit par s'assoir.

« J'en ai marre de ne pas te comprendre, » finit-il par avouer. Cora détourna le regard, essayant de rester inaccessible et Derek se souvint subitement de la petite fille de neuf ans qui tournait la tête et fronçait les sourcils en pensant que cela empêcherait ses larmes d'être vues. Il aurait aimé avoir été là pour lui expliquer qu'elle n'avait pas à agir ainsi. Mais il avait cru que le feu l'avait emportée avec le reste, et maintenant, Cora était juste en colère. « Pourquoi tu es toujours en colère ? »

Sa question sembla surprendre Cora. Quelque chose s'adoucit dans son regard. « Je ne le suis pas.

- Alors pourquoi tu fais toujours semblant d'être en colère ?

- Pourquoi est-ce que tu commets toujours les mêmes erreurs ? » demanda Cora, sans répondre à sa question. « Pourquoi est-ce que tu n'apprends pas, pour une fois ? Pourquoi tu ne laisses pas tomber ?

- Parce que je ne veux pas le laisser tomber. » Les épaules de Cora s'affaissèrent. « Pourquoi est-ce que tu veux que je le laisse tomber ?

- Je te l'ai déjà dit. Il va te faire du mal et j'aurais un frère à recoller.

- Et s'il ne me fait pas de mal ?

- Tout le monde te fait du mal, » répondit Cora. Derek serra les dents. « Soit il va partir et tu seras à nouveau seul, soit il va t'utiliser pour son propre bénéfice.

- Stiles n'est pas –

- Réfléchis juste deux minutes à la question, Derek. Combien de fois tu t'es trompé à leur sujet, et combien de fois j'ai eu raison ? » Il voulait partir, mais il refusait de laisser Cora gagner cette partie.

« Je n'ai pas besoin de toi pour me rappeler à quel point j'ai eu tort, » dit-il, ses mots pas à moitié aussi fermes qu'il l'aurait souhaité.

« Oh non, » fit-elle avec un amusement feint. « Tu as juste à marcher cinq cents mètres depuis l'entrée de la réserve pour l'apercevoir. »

Dans le silence qui suivit, Cora sembla réaliser qu'elle était allée trop loin. Derek expira avant de secouer la tête de gauche à droite. « Je crois que je viens de me rappeler pourquoi Isaac s'est barré à mille sept cents kilomètres d'ici. »

Cora ouvrit la bouche mais sembla ne rien trouver à dire alors que son frère se levait. Lorsqu'il fut presque arrivé à la porte, il se retourna. « Ne te mêle plus de mes affaires. Et ne t'inquiète pas, si je finis encore en morceau, tu n'es pas obligée de m'aider. » Il laissa la porte claquer derrière lui et descendit les marches en sentant son cœur battre contre ses tympans. Il pouvait toujours entendre celui de Cora battre au ralentit, comme si le temps s'était figé pour elle. Il se passa une main sur le visage pour se forcer à ne pas faire demi-tour, ne pas remonter les escaliers et prendre sa petite sœur, sa dernière famille, dans ses bras.

Peut-être qu'il avait tout détruit à cause de ses choix. Peut-être que tout, absolument tout, était de sa faute. Peut-être que sa famille était morte par sa faute, peut-être que Cora serait à jamais en colère par sa faute. Et peut-être qu'il ne pouvait rien faire pour arranger ça.

« Est-ce que ça va ? » Derek cligna plusieurs fois des yeux lorsqu'il sentit la main de Stiles sur son bras, lorsque son regard se posa sur le garçon. Il jeta un coup d'œil autour de lui pour remarquer qu'il était rentré chez lui, certainement par pur automatisme.

La main de Stiles monta jusqu'à sa nuque et gratta à la base de ses cheveux. « Hey, » fit-il doucement en se plaçant face au loup. Les yeux bruns parcourraient son visage avec tant d'attention que Derek avait l'impression que quelque chose en lui allait craquer. Il inspira profondément, mais l'odeur de Stiles inonda ses sens et le submergea, la pointe épicée d'inquiétude qui s'y trouvait lui piqua la gorge. Il resta immobile.

« Dis-moi comment je te fais aller mieux, » demanda Stiles. Il eut un sourire nerveux et secoua légèrement la tête de gauche à droite. « Parce que j'ai aucune idée de quoi faire, » avoua-t-il.

Derek le regarda, plongeant son regard dans les yeux bruns. Ses pupilles agissaient comme deux trous noirs, l'attirant inexorablement plus près pour l'avaler et ne plus jamais le laisser repartir. Il voyait dans ses yeux que Stiles était sincère, qu'il ne s'inquiétait pas pour obtenir quelque chose de lui ou lui rendre la pareille. Il s'inquiétait, simplement. C'était pur et innocent. Il se demanda si Stiles serait un jour un de ses regrets. En fixant ses yeux, Derek sentit ses sentiments le heurter comme une batte de baseball dans le ventre.

Un rire nerveux s'échappa de sa gorge. Il inspira profondément, mais ça ne le calma pas. « Tu pourrais tellement me faire du mal, » remarqua-t-il à voix haute.

Stiles eut un léger mouvement de recul, puis, il s'approcha de son loup, jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. « Je ne te ferais pas de mal, » promit Stiles. Il n'avait jamais imaginé avoir besoin de faire cette promesse à qui que ce soit.

Les mains de Derek se posèrent sur ses hanches et l'attirèrent un peu plus près, jusqu'à ce que leurs fronts se touchent. « Alors … je ne suis pas le seul à être fragile ici ? » demanda Stiles. Lorsque Derek rit légèrement, il sourit. But accompli.

« Ça va, » l'assura Stiles en grattant doucement sa nuque à nouveau. « J'essaierai de t'aider aussi, si tu le veux.

- Je vais bien, Stiles, » promit Derek, se redressant juste assez pour le regarder dans les yeux. Il sourit et Stiles l'imita.

Après quelques secondes, Stiles reprit. « Tu sais, si tu as besoin, ou juste envie, tu peux m'embrasser. »

Derek rit, cognant son front contre celui de Stiles. Puis, il monta ses mains pour prendre son visage en coupe et déposa doucement ses lèvres sur les siennes.

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Lorsque Stiles rangea l'oreiller et la couverture qui avait hanté le canapé dans le plus bas tiroir de la commode, Derek le regarda faire, incapable de ne pas sourire doucement. Le moment semblait solennel. Il y avait un aspect définitif à les voir ranger à la place qu'ils avaient occupé un peu plus d'un an auparavant.

« Ça fait plus d'un an, » dit alors Derek à voix haute. Stiles, qui était en train d'avancer jusqu'au canapé, ralentit jusqu'à s'arrêter.

« De quoi ?

- Tu es arrivé ici pour la première fois il y a plus d'un an. »

Stiles sembla réfléchir un instant, puis acquiesça. « Un an et un mois, c'est ça ?

- Presque deux mois, » le corrigea Derek.

Stiles fronça les sourcils. « On est quel jour ?

- Le 6 novembre. » Stiles cligna plusieurs fois des yeux.

« Je suis rentré depuis cinq jours ? » s'étonna-t-il. Il pensa aux trois jours qu'il avait passé à dormir et eu envie de soupirer. Il se laissa tomber sur le canapé à côté de Derek. Ce dernier posa presque immédiatement sa main par-dessus la sienne. « Je suis mauvais pour mesurer le temps, » lui avoua Stiles. « Peu importe combien j'essaie, je n'y arrive pas. Parfois, je me dis que ça ne fait qu'une ou deux semaines, mais j'aperçois un arbre et il a de la neige dessus, alors qu'avant il avait encore des feuilles. Une fois, il y avait cette fille, elle était plus âgée que moi, et elle savait toujours exactement combien de temps s'était écoulé depuis la dernière fois que quelqu'un était entré dans une pièce. Elle savait toujours la date. Je ne sais pas comme elle faisait. Je … je n'avais aucune idée de combien de temps s'était écoulé avant … je ne savais même pas que j'avais dix-sept ans avant que Scott ne le dise à la clinique. »

Derek avait entremêlé leurs doigts et serrait fermement sa main. Stiles baissa les yeux sur leurs mains sans savoir quand il l'avait fait. Il inspira profondément avant de relever les yeux sur Derek. « Il est seize heure vingt-trois, » dit-il alors.

Stiles le fixa quelques secondes avant de rire. Lorsqu'il remarqua la gêne de Derek, il leva sa main libre pour prendre en coupe le visage de son loup. « Merci, » dit-il en souriant, le bout de son pouce caressant tendrement la joue mal rasée. Après quelques secondes, Derek se laissa aller à sourire.

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