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Chapitre 23 : Bulle et squelettes
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Les yeux de Derek s'entrouvrirent. Il y avait un poids chaud contre lui, un grattement agréable dans ses cheveux, une douce odeur contre sa peau. Il gémit et attira la source de toutes ces sensations plus près. Un doux rire sonna mélodieusement à ses oreilles. Il n'était pas certain d'avoir envie de se réveiller.
La chaleur contre lui bougea, puis quelque chose de doux frôla sa joue, sa tempe, son front et s'y appuya un instant. Une fois un baiser posé sur son front, on descendit jusqu'à son nez, avant de s'abattre tendrement sur ses lèvres. « Joyeux anniversaire. »
Le murmure lui fit ouvrir les yeux. Stiles souriait et Derek l'attira encore plus près jusqu'à pouvoir enfouir sa tête dans son cou. Stiles riait, sa gorge tremblant sous le son et le loup inspira profondément. « C'est le 7 novembre, » l'informa Stiles.
La respiration de Derek s'arrêta. Laura. Le bout des doigts de Stiles grattait toujours l'arrière de sa tête, tendrement à travers ses cheveux. « C'est ton anniversaire. » Il inspira profondément, afin de se calmer, mais l'odeur de Stiles ne faisait qu'affoler ses sens encore plus. Il pensa à combien il s'était senti heureux et en paix quelques instants plus tôt et essaya de se souvenir qu'il n'avait pas à se sentir coupable.
« Est-ce qu'on peut faire comme si ce n'était pas le cas ? » demanda-t-il. Il sentit Stiles s'immobiliser contre lui. Il garda les yeux fermés, attendit.
« D'accord, » répondit doucement Stiles, puis il gratta à nouveau sa nuque. Derek autorisa les muscles de son corps à se détendre. Finalement, après un moment, il se rendormit.
Plus tard, au milieu de la journée, Stiles demanda, « Pourquoi est-ce que tu n'aimes pas ton anniversaire ? » Il jouait avec les derniers morceaux de son cordon bleu et hésitait à regarder Derek.
Le loup ne releva pas immédiatement les yeux de son assiette. Il s'était attendu à cette question. Comme par réflexe, ses yeux se posèrent sur le haut de l'étagère, là où se trouvait la branche morte. « Tu n'es pas obligé de répondre, » lui rappela Stiles. Il piqua un des morceaux et le fixa une seconde avant de le monter à sa bouche.
« Je sais. » Derek détourna son regard de la branche et le posa sur Stiles qui ne le regardait pas. Il inspira profondément avant de repousser son assiette vide pour poser les coudes sur la table. « Laura était ma sœur jumelle, » dit-il simplement.
La main de Stiles se figea un instant avant qu'il ne pique un autre morceau. Il hocha lentement la tête. « Je vois. » Les yeux bruns jetèrent un bref coup d'œil sur le haut de l'étagère, puis sur Derek.
Stiles commença à mâcher un nouveau morceau. Derek regarda le morceau de bois et se força à ne pas soupirer.
« Est-ce que tu m'en voudrais si je te faisais un cadeau ? » Derek releva des yeux surpris vers lui. Les coins de la bouche de Stiles s'arquèrent avec gêne. Il reposa la fourchette et se redressa. « C'est pas … enfin, ce n'est pas grand-chose, je ne suis même pas sûr qu'on puisse dire que c'est un cadeau, vraiment. J'ai juste – c'est quelque chose que je pensais te donner et je m'étais dit 'eh, ce sera le moment parfait', sauf que, visiblement, ça ne l'est pas, alors je peux te donner ça à un autre moment, ou pas, ou je ne sais pas, c'est comme tu veux. »
Le silence tomba pendant quelques instants et Stiles semblait désespérément avoir besoin qu'on lui réponde. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda Derek. Stiles expira la respiration qu'il retenait et ne resta immobile que quelques secondes avant de se lever et de traverser la pièce.
« C'est pas – pas un vrai cadeau. Pas vraiment. » Il fouilla dans son sac jusqu'à trouver ce qu'il cherchait. Il se releva et cacha ce qu'il venait de prendre derrière son dos. Puis, en se raclant la gorge, il avança jusqu'à Derek. « Vraiment, ne t'attends pas à –
- Stiles, qu'est-ce que c'est ? » demanda Derek. Stiles le dévisagea encore une seconde avant de lui tendre deux carnets. Derek les prit et les regarda. Ils étaient utilisés, légèrement gonflés, le bord de certaines pages étaient gondolés, des feuilles de dépliants dépassaient sur quelques millimètres et la tranche de l'un d'eux était barrée d'un trait de stylo bleu. Il en tint un dans chaque main, regarda leurs couvertures unies, seulement décorées d'un petit 1 et d'un petit 2 dans le coin en bas à droite.
« Je sais que tu sais déjà tout, puisque je t'appelais pour tout te raconter, mais … » Stiles haussa une épaule, comme s'il ne savait pas lui-même où il voulait en venir.
Derek ouvrit un des deux carnets et tomba sur une page remplie d'une écriture tremblante et hésitante, les petites lettres et les mots presque collés les uns aux autres. « C'est toi qui a écrit ça ? » demanda bêtement Derek en tournant rapidement les pages sur lesquelles étaient collés des brochures, des photos découpées dans des magazines, où étaient inscrits seulement quelques mots, des dates, des idées lancées en vrac, des impressions, une liste de chose à faire. Cela semblait si personnel que Derek n'était pas sûr d'avoir le droit de le lire.
« Oui, » répondit Stiles. « Tu n'as pas à lire, si tu ne le veux pas, j'ai juste pensé … tu sais, si tu tombais dessus et te demandais si tu pouvais le lire, oui, tu peux. » Lorsque Derek lui sourit, Stiles sembla se détendre.
« Merci, » dit-il finalement et Stiles lui sourit en retour. Derek le regarda et fut certain que Stiles ne comprenait pas ce qu'il venait de lui offrir. Son esprit sur papier.
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Après quelques jours, Stiles et Derek entrèrent dans une routine si similaire à celle qu'ils avaient eu avant que Stiles ne parte, qu'ils eurent l'impression d'être revenu des mois en arrière. Derek préparait les repas pendant que Stiles mettait la table, puis l'observait. Derek faisait du sport et Stiles regardait ses efforts perplexe, caché derrière un des vieux cours de Lydia. Ils regardaient bien trop de films et lisaient chacun de leur côté, assis côte à côte dans le canapé. Stiles prit l'habitude de passer ses jambes par-dessus celles de Derek, pieds posés sur le canapé de l'autre côté du loup.
De temps à autre, une question germait dans l'esprit de l'un d'eux. Ils arrêtaient tout et parlaient. Souvent, ils oubliaient volontairement d'allumer la lumière quand le soleil se couchait. L'ombre les aidait à parler plus librement. Être allongés l'un à côté de l'autre, à murmurer comme s'ils allaient gêner le silence en parlant plus fort, aidait aussi.
Tout était simple, naturel, paisible. Ils étaient seuls au monde, seuls dans un univers où personne n'était là pour leur faire du mal.
Après quelques jours, Stiles sortit toutes ses affaires et les rangea. Ses vêtements dans l'armoire et la commode, les quelques livres qu'il avait achetés dans la bibliothèque, puis, il se retrouva à fixer une boite rectangulaire en bois. Il s'assit sur le lit, une étrange expression sur le visage. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda Derek après l'avoir observé quelques instants.
Stiles ne releva les yeux qu'une seconde avant de les reposer sur la boite. « C'est à Scott. Ce sont les lettres qu'il m'a écrites, après que je sois parti. »
Derek mit quelques secondes à comprendre de quoi Stiles parlait. « Je ne les ai pas lues, » ajouta-t-il après quelques instants.
« Pourquoi pas ?
- Je n'en suis pas sûr. » Ses doigts effleurèrent l'ouverture de la boite. Derek crut qu'il allait l'ouvrir pendant un instant, mais Stiles ne fit jamais le geste pour. Il sourit, entre la tristesse et l'amertume. « Je ne suis pas sûr de vouloir savoir ce qu'elles contiennent. Je sais qu'il les a écrites pour moi, mais j'ai l'impression qu'elles sont destinées à quelqu'un d'autre. Tu vois ? »
Il releva les yeux vers Derek. Ce dernier hocha lentement la tête. Il comprenait cette impression de ne plus être la même personne qu'avant, cette impression d'entendre parler d'un étranger quand on parlait de son propre passé. Il savait ce que cela faisait de se regarder dans le miroir et de ne pas se reconnaitre. De ne pas vouloir se reconnaitre.
« Tu n'es plus le même, » explicita Derek. Stiles hocha la tête, mais il grimaça. « Stiles ? » l'incita-t-il.
L'interpelé inspira profondément. Lorsqu'il releva les yeux sur Derek, il semblait avoir peur. « C'est juste … j'arrive à faire avec … » il désigna d'un geste vague quelque chose qu'il espérait que Derek comprenne. « Mais, je me dis … si dans ces lettres, Scott me parle, à moi, à celui que j'aurais pu ou dû être, alors … et si je commençai à regretter ? À vouloir cette vie-là ? Je ne suis pas sûr de pouvoir faire ça. »
Il inspira à nouveau profondément, comme pour retrouver son calme. « Tu n'as pas à les lire, » le rassura Derek.
« Je sais, mais j'ai l'impression que je devrais. Pour Scott. Pour le fait qu'il ne m'ait pas oublié. » Stiles cligna rapidement des yeux après ça, comme surpris par ses propres mots. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait. Derek ne savait pas quoi répondre à cela. Il s'était souvent demandé comment tout ceci avait pu arriver à Stiles sans que personne ne le remarque. Mais Stiles n'avait plus eu ses parents, plus de famille, et Derek comprenait la solitude qui pouvait provenir de cette perte, comment, au final, votre famille était vraiment la seule chose qui gardait vos arrières. Un poids lui tomba dans l'estomac.
« Tu ne seras plus oublié. »
La tête de Stiles se releva d'un coup et il ne prit pas la peine de masquer sa surprise. Puis, un doux sourire s'étendit sur ses lèvres et il hocha la tête. « Je sais. »
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« Combien de jours tu détestes dans l'année ?
- Beaucoup, » répondit Derek sans même y réfléchir. Ils étaient au milieu du supermarché, Stiles poussait le cadi, à moitié affalé sur lui, et Derek prenait des aliments dans les rayons par automatisme.
Puis, il s'arrêta, se retourna vers Stiles et prit pleinement conscience de ce dont ils parlaient. De ses mauvais jours. De ses jours de deuils. Stiles savait qu'il avait beaucoup de personnes à pleurer, de jours à passer les yeux dans le vide avec des souvenirs de vies disparues, d'anciens jours de fêtes noircis de cendres.
Derek resta silencieux, fixant Stiles sans vraiment le voir. « Désolé, » dit celui-ci après quelques instants, inquiet.
« Ce n'est rien, » le rassura Derek. Ils terminèrent les courses dans un silence relatif, ne se parlant que rapidement pour désigner des produits. Mais, dès que les portières de la Camaro furent fermées, Derek reprit. « Est-ce que je t'ai raconté ce qu'il s'est passé ? »
Stiles le regarda un instant sans parler, avant de répondre. « Plus ou moins. » Après un court silence, il reprit. « Tu m'as dit que tu avais une très grande famille. Tu m'as parlé de chasseurs, d'un incendie. Tu m'as dit pour ton oncle.
- Est-ce que je t'ai dit que c'était de ma faute ?
- Oui, tu l'as dit, » répondit Stiles.
Derek s'adossa à son siège, regardant loin devant lui, à travers le pare-brise. Il inspira et expira et attendit pour une odeur de cendre qui ne vint pas. Il hocha la tête. « Tu veux la version longue ?
- Seulement quand tu pourras la donner. » Derek se tourna vers lui surpris, puis eu un petit rire nerveux. Il hocha la tête.
Ils restèrent en silence un moment, puis Derek reprit. « Je suis désolé. » Stiles ne parut pas comprendre. « Tu devais penser que tu – que je … »
Stiles lui sourit. « Je savais que tu avais des squelettes dans le placard. » Il le regarda d'un air complice. Stiles ne s'enfuirait pas devant ses fantômes, parce que les siens étaient encore plus terrifiants.
Deux jours passèrent avant que Derek ne parle. Il était assis dans le canapé. Stiles était allongé, sa tête sur ses cuisses et ses pieds dépassant de l'accoudoir. Ses yeux étaient fermés et Derek détaillait les traits de son visage du bout de deux doigts. Il n'était pas tard, mais la nuit hivernale était tombée, arrêtant le temps avec elle. La respiration de Stiles était lente, ses battements de cœur aussi régulier que s'il dormait. La seule chose qui informait Derek que ce n'était pas le cas, était le geste automatique de son pouce contre la couverture du livre qu'il avait abandonné, ouvert contre sa poitrine.
« Je suis tombé amoureux quand j'avais seize ans. » Sa voix était un murmure grave. La respiration de Stiles s'arrêta une seconde, et il se figea le temps qu'elle reprenne. Le plus jeune n'ouvrit pas les yeux. « Ça ne s'est pas bien fini. Je suppose que j'aurai dû le deviner. » Derek continua de se focaliser sur le visage de Stiles, essayant de faire abstraction de ses propres mots. « Elle était plus vieille que moi. C'était une chasseuse. Et j'étais … un idiot.
« Je lui faisais confiance. Je lui ai fait confiance sans qu'elle ait besoin d'essayer de l'obtenir. Je lui parlais de ma famille, de tout. Quand ma mère l'a appris, elle a essayé de me prévenir, mais je n'ai pas écouté. Je me suis mis en colère contre elle, j'ai … j'aimerai pouvoir reprendre toutes les choses que je lui ai dites ce soir-là. » Il grimaça, et prit une profonde inspiration pour que ses yeux cessent de piquer. « Laura m'a souvent dit qu'elle savait que je ne les pensais pas réellement. Ma mère était … elle était intelligente. Elle comprenait les gens rien qu'en les observant quelques instants. Elle était forte. Elle était l'alpha le plus respecté de la région, peut-être même plus. Elle était juste, elle était bonne et ne supportait pas de voir quelqu'un souffrir. Elle devait toujours aider. »
Derek se tut un instant, essayant de faire taire la sensation brulante dans sa poitrine alors qu'il se remémorait le sourire de sa mère. Il ferma les yeux, mais n'obtient qu'une image brouillée. Tout avait brulé. « Tout a brulé. » Il ouvrit les yeux, inspirant une nouvelle fois profondément. Il sentit Stiles prendre sa main libre dans la sienne et serrer doucement. Derek regarda ses paupières closes, son expression neutre et reprit.
« Kate a tout brulé. À cause de moi, elle en savait assez sur ma famille, sur notre maison, et elle a utilisé tout ce qu'elle savait. Elle a planifié son coup pendant des mois. Avec d'autres chasseurs, elle a lancé une attaque sur notre maison. Tout a brulé.
« Cora n'était pas en ville à ce moment, quand elle l'a appris, on lui a dit qu'il ne restait personne. Mon oncle est le seul à avoir survécu à l'incendie. Laura était partie à ma recherche parce que … j'en voulais à ma mère, alors j'avais décidé de quitter la ville. Je me souviens avoir vu les voitures de pompiers me dépasser, sirène hurlante, et ne même pas m'être douté une seconde qu'ils étaient … »
Il sentait les doigts de Stiles entourer les siens, un point d'ancrage. Derek fit glisser son pouce de son front à son menton, traçant une ligne le long de sa peau. « Si je l'avais écoutée, » commença Derek sans finir sa phrase. Combien de fois l'avait-il déjà dit ? Combien de fois avait-il rejoué ce moment dans sa tête ? Combien de fois avait-il souhaité ne pas être parti ce jour-là, avoir brulé avec eux tous ? Combien de fois Laura lui avait-elle demandé de ne plus jamais dire ça ? Il serra les dents.
« Quand il s'est remis de l'incendie, mon oncle est rentré. Il – je crois qu'il a toujours été fou, mais il était pire. Quand il apprit que le feu n'avait pas été un accident, il a cherché à se venger. Il a tué toutes les personnes impliquées. Pour ça, il avait besoin de plus de force, alors il a tué Laura pour devenir l'alpha, et il a semé des bêtas en ville. La plupart n'ont pas survécu aux chasseurs qu'il s'était mis à dos. C'était … c'était n'importe quoi. Je ne suis pas encore complètement sûr de comment on a fini par faire la paix avec eux. Même le tuer n'a pas été assez pour les calmer. »
Derek grimaça, devant s'avouer qu'il n'avait pas aidé à la paix. « J'ai voulu engendrer des bêtas aussi. Je pensais à défendre la meute, à devenir plus fort. » Il secoua la tête en repensant à celui qu'il avait été, pas si longtemps auparavant. « J'avais tort. J'ai fini par comprendre que ce n'était pas une histoire de puissance. Tes bêtas sont ta responsabilité, c'est toi qui est chargé de les protéger, pas l'inverse. »
Il réfléchit, essayant de savoir s'il avait oublié un détail. Il serra la main de Stiles en retour. Derek n'avait jamais été capable d'en dire autant avant, pas d'un seul trait. Sa meute avait dû reformer le puzzle avec les pièces qu'il avait éparpillé, les phrases qu'il avait laissées en suspens, quelques mots à l'un, d'autres à un second. Il ne s'était jamais préoccupé de ce qu'ils avaient déduit. En parler laissait toujours dans sa bouche un goût amer, laissait sa gorge sèche et râpeuse, son estomac en vrille, ses poumons en feu. Le pouce de Stiles caressa doucement le côté de sa main, et il réalisa qu'il allait bien. Le calme et la paix qui battaient dans ses veines ces derniers jours étaient toujours présents. Il n'avait pas envie de s'enfuir ou de hurler. Ses paroles n'avaient pas fait exploser la bulle dans laquelle ils vivaient.
Dans celle-ci, leurs confessions, leurs murmures, la voix qu'ils accordaient à leurs cauchemars avaient moins de poids qu'ils auraient dû en avoir. Peut-être qu'ils avaient besoin de ça, de découvrir l'ombre qui habitait l'autre et de laisser cette obscurité s'échapper d'eux. Mais, d'une certaine façon, ils ne faisaient que se cacher. Ils restaient loin de tout ce qui aurait pu briser la paix fragile qui ne pouvait exister que s'ils restaient ensemble et seuls. Mais le monde ne cessait pas de tourner, et ils ne pouvaient pas passer le reste de leur vie à le fuir.
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« Derek, » dit Stiles, « il neige. »
Sur le balcon, Stiles agissait comme un enfant et Derek ne pouvait s'empêcher de sourire. Il avait les bras tendus par-dessus la rambarde, les paumes vers le ciel et regardait les flocons se poser, puis fondre, entre ses doigts. « J'adore quand il neige la nuit, parce que tout est blanc le lendemain matin. » Ses yeux bruns essayaient de poursuivre les flocons dans leur descente jusqu'à les perdre de vue.
« J'espère qu'elle va tenir, » dit Derek. Il vit Stiles frissonner. « Va prendre ta veste. » Stiles fit la moue, comme s'il avait peur que la neige cesse pendant qu'il serait parti. « Ça te dit d'aller faire un tour ? » Stiles tourna la tête vers lui et un large sourire vint illuminer son visage avant qu'il n'acquiesce énergiquement.
Une dizaine de minutes plus tard, ils étaient en bas de l'immeuble et Stiles avait la tête levée vers le ciel, les yeux plissés alors qu'il essayait de voir les flocons dans l'obscurité du parking. Derek baissa les yeux, regarda un instant les flocons qui ne fondaient pas immédiatement en touchant le sol. Il parcourut le parking des yeux et revit l'homme à ses côtés courir en envoyant hasardeusement des boules de neige. La main de Stiles prit la sienne, et quand il se retourna pour le regarder dans les yeux, il eut l'impression que l'autre pensait à la même chose.
Ils marchèrent lentement et silencieusement dans les rues presque désertes de Beacon Hills, jusqu'à ce qu'ils atteignent le centre-ville. Ils passèrent près du parc où les enfants jouaient à attraper des flocons en vol alors que leurs parents les surveillaient. Une vieille dame était assise sur un banc, un doux sourire aux lèvres alors qu'elle regardait le ciel. Il était plus facile de voir les flocons à la lumière des lampadaires. Derek sentit Stiles frissonner. « Tu veux qu'on aille à l'intérieur ? »
Après quelques pas, Stiles sourit et l'attira dans un café, celui dans lequel ils étaient entrés la dernière fois. L'air était chaud et bruyant, remplis de lumières éclatantes. Ils allèrent s'assoir à la table près de la fenêtre, l'un en face de l'autre. Derek alla commander au comptoir et, pendant ce temps, Stiles regarda les gens autour de lui.
Il les observa, la façon dont une certaine table d'adolescents explosait de rire à intervalle régulier, le couple dans le coin qui se regardait en souriant, le père accompagné de ses deux filles qui se battaient pour le chocolat qui accompagnait son café et la serveuse qui lui en tendit un deuxième avec un sourire complice. Stiles commençait à détailler la façon dont une fille, seule à une table, regardait souvent sa montre et se mordait la lèvre inférieure, quand Derek posa un chocolat chaud devant lui.
« Merci, » dit-il en entourant ses mains autour de la tasse. La chaleur lui brula les doigts, presque douloureusement. Il se pencha pour inspirer l'odeur de cacao. Lorsqu'elles furent un peu réchauffées, il en tendit une main vers celle de Derek, posée à côté de sa propre tasse sur la table. Il tapota le dos de la main avec son index. Le loup haussa un sourcil amusé avant de tourner sa paume vers le plafond. Stiles commença à jouer avec ses doigts du bout des siens.
« C'est bientôt noël, » remarqua Stiles en avisant les décorations dans la pièce.
Derek rit légèrement. « On est toujours en novembre. » Stiles haussa une épaule, détaillant l'or, le rouge et le vert qui noyaient la pièce.
« Comme si tu n'avais pas hâte.
- J'ai hâte, mais c'est quand même dans un mois et demi.
- Est-ce que les autres rentrent pour noël ? » Derek hocha la tête avec un léger sourire.
« Ils rentrent tous entre le 15 et le 20 décembre. Tout était prévu avant même qu'ils ne partent. Je crois qu'Isaac les a forcés à le prévoir. »
Stiles hocha lentement la tête avant de demander, « Qu'est-ce qui est prévu ?
- Rien d'exceptionnel. La même chose que l'année dernière. Tout le monde vient au loft pour le réveillon de noël, et le nouvel an est – » Derek marqua une pause, minime, mais qui n'échappa pas à Stiles, « chez Cora et Malia. »
Après une seconde, Stiles demanda. « Ça va aller entre elle et Isaac ?
- Ils risquent juste de s'ignorer.
- Et entre elle et toi ? » Derek releva un regard surpris vers lui. Il ne lui avait pas parlé de leur dispute, n'avait même pas mentionné être aller la voir.
Il haussa une épaule. « Ça ira surement mieux d'ici là, » déclara-t-il pour écarter le sujet. Stiles détourna le regard vers la fenêtre.
Ils restèrent en silence un moment, puis Derek tourna la tête vers la vitre. Avec la lumière intérieure, il ne vit que leur reflet, celui de deux hommes, face à face sur une petite table de café, une main autour de leur boisson et l'autre tendue vers le centre de la table pour atteindre celle de l'autre. Derek attrapa le regard de Stiles dans la vitre.
Il se demanda si celui-ci voyait la même chose que lui, une image parfaite, bien trop éloignée de la réalité. Leur reflet ne montrait ni les cauchemars, ni les cris, ni la culpabilité, ni aucune de ces choses qu'ils s'étaient avoués. Dans la vitre, ils étaient parfaits. Mais Derek savait que les choses ne devenaient jamais parfaites. Elles s'amélioraient, et parfois, c'était déjà beaucoup.
« J'aime ce à quoi on ressemble, » dit Stiles.
« J'aime ce qu'on est, » répondit Derek.
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Un chapitre un peu court, toutes mes excuses. Et encore des excuses pour le rythme de publication qui a ralenti, je suis pas mal occupée en ce moment et j'ai du mal à être régulière. J'espère pouvoir poster la suite bientôt.
Encore merci à toutes les personnes qui lisent cette histoire, ça me touche énormément.
A bientôt !
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