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Chapitre 24 : Le test

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« Je ne regarde pas un film pour me choper une crise existentielle ! » s'exclama Stiles alors qu'il faisait rapidement les cent pas dans la pièce.

En temps normal, Derek serait probablement inquiet pour lui, essaierait surement de le calmer ou aurait au moins peur que la légère panique de Stiles ne se change en crise. Mais la situation était ridicule et durait depuis plus d'une heure, si bien qu'il songeait à simplement reprendre son ordinateur pour faire autour chose. « Calme-toi, » dit-il pour ce qui lui semblait être la cinquantième fois.

« Je pourrais être n'importe quoi ! » reprit Stiles, ignorant sa remarque pour la cinquantième fois. « Je pourrais partir faire de l'humanitaire en Afrique. Je pourrais devenir peintre. Je pourrais apprendre tout ce qu'i savoir sur l'histoire de la Chine du cinquième au dixième siècle et donner des conférences sur le sujet. Je pourrais devenir pompier ! » Derek se retint de lui rappeler qu'il ne supporterait pas un incendie. « Je pourrais faire le tour du monde, ou battre un record stupide et avoir mon nom marqué dans ce livre-là, le … hum …

- Le Guinness ?

- Oui, ça ! Je pourrais faire ça ! Ou, je sais pas, mais je pourrais faire n'importe quoi, j'ai qu'à me dire allez, on y va, et c'est parti, et c'est … » Il s'arrêta de marcher, et commença à secouer la tête de droite à gauche lentement. Maintenant qu'il pouvait choisir ce qu'il pouvait devenir, maintenant que toutes les portes étaient ouvertes, il ne savait pas vers laquelle se diriger. Il n'avait pas imaginé ce problème. La boule dans son ventre s'alourdit sous une peur qu'il n'avait jamais connue avant, celle de se tromper, de prendre la mauvaise direction, couplée à l'angoisse de ne pas savoir où aller. « Terrifiant. C'est terrifiant. »

Derek se leva, lui prit les mains et l'attira vers lui en se rasseyant. Stiles resta debout face à lui, baissant la tête pour le regarder. « Je sais, » dit doucement le loup, traçant de petits cercles dans les paumes de ses mains pour le calmer.

« Et si je me foirais monumentalement ? » demanda Stiles. « Si je mettais tellement de temps à trouver que c'était trop tard ? Si je trouvais mais que ça ne fonctionnait pas ?

- Tu trouveras une autre façon d'être heureux.

- Je ne suis pas sûr que ça fonctionne comme ça, » grimaça Stiles.

Derek sourit à l'idée qu'il était l'optimiste de la situation. Il leva les mains pour prendre le visage de son petit-ami en coupe. Stiles fronça les sourcils alors que le sourire du loup s'agrandissait. « Ça a marché pour moi, » dit Derek.

Stiles le regarda un moment. Il essaya de réprimer un sourire, mais n'y arriva pas. « T'es tellement putain de mielleux.

- Tu adores ça, » contra Derek. Stiles le poussa contre le dossier du canapé, mais son loup ne lâcha pas ses mains, l'attirant avec lui. Stiles se laissa tomber contre Derek, passant ses bras autour de ses épaules, s'asseyant sur ses cuisses et enfouissant sa tête dans son cou. Derek l'enlaça, une de ses mains caressant son dos dans un rythme calme.

Quand Derek crut que Stiles s'était enfin calmé, celui-ci se redressa. « Mais sérieusement, comment je fais pour savoir quoi faire ?

- Tu réalises que tu demandes ça un à chômeur de vingt-quatre ans qui à passer les six dernières années de sa vie à se battre contre des créatures surnaturelles ? Est-ce que j'ai l'air de savoir ce que je fais de ma vie ? » Derek s'était juste habitué à vivre au jour le jour, dans ce rythme de catastrophes et résolutions de catastrophes, qui ne prendrait fin que si l'une d'entre elles finissait par le tuer. Derek réalisa que cela ne le rendait même pas amer.

Après avoir réfléchit un instant, les yeux de Stiles s'illuminèrent sous une idée. « Tu pourrais devenir agent de police – ou superhéros ! » Derek ne put s'empêcher de rire. « Ou quelque chose dans les services sociaux, puisque tu aimes prendre soin des autres, » ajouta Stiles d'un ton sérieux. « Tu n'aurais même pas à te mettre en danger comme ça, » murmura-t-il avec autant de nonchalance dont il était capable. Derek resserra son étreinte autour de lui.

« Et toi ? Pense à ce que tu aimes faire.

- J'aime lire des livres et voir des films. On peut être payer pour ça ? » demanda-t-il dubitativement. Derek grimaça pour lui indiquer la négative. Puis, il décala Stiles pour l'installer à côté de lui et prit son ordinateur. Il rechercha un test d'orientation et le lui tendit.

Stiles observa la page avec confusion, avant de commencer à répondre aux questions. Après quelques minutes, il eut ses résultats. « Hm, » fit-il en haussant un sourcil. Il retourna l'écran vers Derek. « Et je fais quoi avec ça ? » demanda-t-il alors que le loup regardait le diagramme indiquant des résultats ex-aequo dans tous les domaines.

« D'accord, on oublie, » soupira Derek en fermant l'écran et reposant l'ordinateur sur la table. « Tu as faim ?

- Hmm, » répondit Stiles en haussant une épaule. Puis, ses yeux s'écarquillèrent. « Si tu m'apprenais à cuisiner, je pourrais devenir chef ! »

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Quand, à l'écran, Hermione lança un sort parfait qui fit voler une plume et bouder Ron, Derek se tourna vers Stiles. « Est-ce que je peux te demander quelque chose ?

- C'est l'accord qu'on a, non ? » répondit Stiles sans quitter des yeux l'écran.

Derek hésita encore une seconde. « Comment tu peux aimer ces films quand … » Trouve une meilleure façon de le dire, trouve une meilleure façon de le dire « quand ils parlent de magie ? »

Le regard de Stiles ne se voila qu'un court instant, toujours dirigé vers l'écran, mais sans voir ce qui s'y déroulait. « Je sais que ce n'est pas logique, mais … ça me rappelle combien, au début, je trouvais ça génial. Je veux dire, j'avais onze ans et ma mère faisait apparaitre des fleurs et voler des objets, c'était … génial. Une fois, je lui demandais si on appelait le fruit orange à cause de sa couleur ou la couleur orange à cause du fruit. Tu sais ce qu'elle a fait ? Elle a rendu le fruit bleu et m'a demandé comment je l'appelais maintenant. J'ai dit une orange et elle m'a dit que j'avais tort et que ça s'appelait une bleue. » Stiles souriait en parlant, se souvenant de combien il avait aimé sa blague à l'époque. Il ressentit quelque chose de bizarre au fond de lui.

« La magie peut être belle. Ce n'était pas elle le problème. Pas vraiment. » Stiles fronça les sourcils, se demandant pour la première fois comment les choses auraient tourné s'il avait su s'en servir. Il n'aimait pas les images que son esprit créait. Quand il sentit la main de Derek se resserrer autour de la sienne, il sut qu'il était temps de chasser cette idée.

Il tourna la tête pour sourire à Derek, puis, il bougea pour avoir ses bras autour de lui et reporta son attention sur les enfants à l'écran. Lorsque Ron et Harry se mirent à courir pour sauver Hermione dans les toilettes des filles, Stiles pointa les deux garçons à l'écran. « Oh, regarde Derek, juste comme toi. »

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Les yeux de Cora s'écarquillèrent lorsqu'elle ouvrit la porte et trouva son frère sur son palier. Derek leva légèrement le carton de pizza qu'il tenait et sur lequel était posé un DVD, le premier Harry Potter, son préféré. « Joyeux anniversaire, » dit-il avec un sourire en coin.

Elle resta immobile se contentant de le fixer et le sourire disparut. « Tu peux juste prendre la pizza et le DVD si tu veux, » ajouta-t-il. Elle aurait pu. Il l'aurait laissé faire.

« Je ne pensais pas que tu viendrais.

- C'est ton anniversaire, évidemment que j'allais venir, » répondit-il naturellement. Elle s'écarta pour le laisser entrer. Il alla dans le salon et posa la pizza sur la table basse avant de préparer le DVD. C'était ce qu'ils avaient toujours fait lors de ses anniversaires, pizza et le premier Harry Potter. Avant le feu et depuis qu'elle était revenue. Derek s'accrochait au peu de tradition qu'il avait réussi à conserver.

« Où est Stiles ? » demanda-t-elle.

Derek ne tourna pas la tête vers elle en répondant, continuant son installation. « Au loft. » Elle hocha la tête même s'il ne pouvait pas la voir. La musique du menu résonna dans la pièce et elle sourit brièvement avant d'aller s'assoir dans le canapé. Son frère s'installa à côté d'elle, prenant le carton à pizza pour le tendre vers elle. Ils étaient au milieu du film lorsqu'elle le remercie d'être venu.

« Tu viendras samedi ? » demanda-t-elle alors que Derek était sur le point de quitter son appartement. Celui-ci se retourna et haussa un sourcil interrogateur. « Au café. Ce sera la soirée d'ouverture. Ambiance de noël, une idée de Malia. »

- Bien sûr, je serai là, » répondit-il avec un sourire. Il avait l'air fier de sa sœur et Cora ne put s'empêcher de lui rendre son sourire.

Il ouvrit la porte et quitta l'appartement. Il avait descendu les premières marches de l'escalier quand la voix de sa sœur le rattrapa. « Tu peux amener Stiles, » précisa-t-elle. Il n'eut pas le temps de se retourner que la porte était fermée.

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Il soufflait un vent glacial. Stiles et Derek marchèrent rapidement de la voiture au café, ravis de se mettre à l'abris. Il y avait foule. Derek reconnaissait des élèves du lycée dans lequel les filles avaient été et d'autres visages pour les avoir déjà croisés en ville. Il vit Mélissa discuter avec Parrish dans un coin de la pièce. Il parcourut l'endroit des yeux. Le plafond était haut et des lampes pendaient, reliées les unes aux autres comme des guirlandes, tout était décoré comme si c'était le jour de noël, vert, rouge et doré. Il y avait une mezzanine et sous elle se trouvait le comptoir derrière lequel il aperçut Malia et Cora. Un autre garçon s'activait aussi pour préparer des boissons.

Il fit un pas en avant, mais fut retenu par Stiles qui restait immobile, sa main dans la sienne. Derek se retourna pour voir la façon paniqué dont le plus jeune scannait la pièce, comme s'il cherchait les issus de secours. « Eh, ça va aller ? » demanda Derek en regardant autour de lui, cherchant une table libre où il pourrait envoyer Stiles pendant qu'il se fraierait un chemin dans la foule jusqu'au comptoir.

Stiles hocha lentement la tête. Lorsqu'il finit par voir une table vide, Derek attira Stiles contre lui et l'entraina jusqu'à elle, utilisant son corps pour le protéger du monde qui se trouvait dans le café. Une partie des clients restait debout, en petits groupes serrés depuis le comptoir jusque dans tous les espaces libres de la pièce. Derek rassembla les tasses et assiettes vides qui restaient sur la table avant de les amener jusqu'au comptoir.

« Hey ! » s'exclama Malia en l'apercevant. « Tu as vu la foule ? » demanda-t-elle fièrement et Derek ne put s'empêcher de sourire.

« Félicitation, » dit-il, parlant fort pour qu'elle puisse l'entendre à travers le brouhaha. Il posa la vaisselle sur le comptoir.

« Merci ! C'est toi qu'on aurait dû engager pour l'ouverture, » dit-elle d'un ton sombre en lançant un regard noir derrière elle.

« Les cafés moka arrivent tout de suite ! » se précipita de dire l'adolescent, ses yeux écarquillés de terreur.

« Ne traumatise pas ce pauvre gosse. » Malia leva les yeux au ciel avant de lui demander ce qu'il voulait commander. Derek resta au comptoir alors qu'elle préparait sa commande, semblant ignorer celles qui avaient été prises avant la sienne. « Qu'est-ce que fait Cora ? » demanda-t-il alors qu'elle était penchée par-dessus plusieurs feuilles de papier et semblait discuter avec animosité à l'homme en face d'elle. Il pouvait voir l'agacement dans l'attitude de sa sœur.

Malia lui donna juste un coup d'œil avant de soupirer. « Tu sais qu'on veut inviter des groupes ici une fois par semaine, » commença-t-elle et Derek hocha la tête. « Eh bien, ce gars essaie de présenter son groupe, sauf qu'après avoir assister à une répétition Cora dit que ses tympans ont mis deux jours à guérir, alors elle essaie de les décaler de quelques semaines pour qu'ils ne fassent pas la première, voir qu'ils ne viennent pas du tout. » Derek ne put s'empêcher de rire. Il lui souhaita bon courage une fois qu'elle lui servit son café et le chocolat de Stiles.

Alors qu'il traversait à nouveau la foule pour retourner à leur table, il vit que Stiles était debout. Face à lui se trouvait Mélissa et Parrish. Elle désigna le sheriff à Stiles, certainement pour le présenter, et celui-ci tendit la main vers le plus jeune.

Stiles resta immobile, son expression parfaitement neutre, ses yeux ne descendirent pas pour regarder la main tendue et restèrent fixer dans ceux du policier. Derek franchit rapidement la distance avant que les choses ne deviennent trop gênantes. Il posa les boissons sur la table avant de plaquer une main dans le dos de Parrish, « Hey ! Comment vas-tu ? » demanda-t-il avec un sourire amical.

Parrish et Mélissa le regardèrent avec surprise. Derek devait admettre qu'il n'avait certainement jamais agit de cette manière avec le chien de l'enfer. Mais celui-ci baissa la main avec un acquiescement. « Je vais bien et toi ?

- Bien. Donc vous êtes venu pour l'ouverture ? » demanda-t-il, essayant d'être aussi naturel que possible. Son regard essaya d'accrocher celui de Stiles, mais les yeux bruns passaient tour à tour de Mélissa à Parrish comme pour les surveiller.

Ils continuèrent de parler légèrement, de tout et de rien, se donnant des nouvelles, pendant plusieurs minutes. Lorsque Parrish et Derek commencèrent à parler d'un accident qui avait eu lieu deux jours plus tôt et qui paraissait suspect au sheriff, Mélissa s'éclipsa et Parrish prit une chaise pour s'assoir avec les deux autres hommes. Stiles but silencieusement son chocolat, ses yeux ne quittant pas Parrish.

Au fur et à mesure, la pièce se vida, jusqu'à être à moitié vide, puis presque vide. Il devait être près de dix heure et seule une quinzaine de personnes étaient encore présentes. Stiles vit l'opportunité d'enfin pouvoir se déplacer sans risquer quoique ce soit et se leva pour aller aux toilettes. En se lavant les mains, il fixa son reflet dans la glace, inspira et expira. Il chassa l'image persistante de l'insigne sur la poitrine de Parrish. Il inspira et soupira.

Lorsqu'il sortit de la pièce, il croisa le regard de Cora. En face d'elle parlait un homme d'environ vingt-cinq ans qui s'énervait en tapant du doigt des feuilles étalées sur le comptoir. Elle lui fit un signe de tête pour le saluer et il lui répondit d'un hochement similaire. L'homme se tourna vers Stiles en remarquant que l'attention de Cora n'était plus sur lui.

« Hé, toi, viens par-là, » lui dit l'homme avec un geste de la main, son agacement lui faisant hausser la voix.

Stiles s'immobilisa, ne faisant ni un pas dans sa direction, ni un dans celle où se trouvait Derek, Parrish et maintenant Mélissa. L'homme avait les yeux plantés sur lui et Stiles défia son regard. Dans sa vision périphérique, il vit Cora froncer les sourcils et se redresser de là où elle été penchée. « Hé, mais viens je vais pas te bouffer. J'ai besoin d'aide avec celle-là, elle pige rien ! » Cora fronça les sourcils, son visage entier grimaça et Stiles vit ses yeux devenir jaunes l'espace d'un instant. Il se figea encore un peu plus.

« Putain, » marmonna l'homme avant de franchir la distance entre lui et Stiles, agrippant le bras de ce dernier pour l'attirer contre lui. Stiles heurta le torse de l'homme en trébuchant, il eut l'impression d'être jeté contre un mur. Un bras s'entoura autour de lui alors qu'on l'attirait jusqu'au comptoir, fermement serré contre le corps étranger.

Il sentit sa peau se frigorifier alors que l'intérieur de son corps se mettait à bouillir. Il ne pouvait plus bouger, avait l'impression que ses poumons ne lui répondaient plus. Il ferma les yeux, quand il les ouvrit à nouveau, ce qu'il voyait lui semblait flou, irréel. Il vit une main se poser contre le comptoir et sentait qu'on parlait autour de lui, mais il essayait simplement de respirer.

Derek tourna la tête vers le comptoir quand une odeur rance lui vint au nez. Malia était tournée sur elle-même, ses mains figées autour d'une tasse, ses sourcils froncés alors qu'elle regardait à l'autre bout du comptoir. Cora, à cette autre extrémité, avait les yeux légèrement écarquillés, entre la colère et l'inquiétude, raide et les yeux fixés sur ses interlocuteurs. Le musicien qui avait passé la soirée à négocier avec elle tenait fermement Stiles sous son bras, pointant les feuilles de papier et parlant excessivement fort. « Vas-y, lis pour elle, elle comprend pas. C'est marqué qu'on est bon, non ? Donc vas-y demande lui pour moi de quoi elle se plaint, là. » Stiles était figé, pâle et semblait sur le point de s'évanouir. L'odeur de sa panique se propageait dans toute la pièce.

Derek se leva « Hé ! Lâche-le ! » s'exclama-t-il, et il se dirigea rapidement jusqu'au comptoir.

Le musicien releva un sourcil dans sa direction. « Qu'est-ce que tu me veux ? » grogna-t-il, se redressant sans lâcher Stiles, l'entrainant dans son mouvement comme un pantin.

« Sérieusement, lâche-le, » dit Cora d'un ton plus calme mais ferme. Il tourna les yeux vers elle et haussa les sourcils.

« S'il voulait partir, il l'aurait fait non ? » se moqua l'homme.

« Stiles écarte-toi, » feula-t-elle. Stiles sembla ne même pas l'entendre.

Derek saisit le bras de Stiles, mais l'autre homme entoura son bras autour de lui et le tira en arrière. Le loup agrippa alors l'épaule du musicien et pressa si fort qu'elle craqua. « Derek ! » cria Cora alors que le musicien hurlait et reculait, lâchant Stiles qui se retint de justesse au comptoir en trébuchant en avant. Derek ne l'entendait plus respirer.

« Espèce d'enfoi – » Derek lui coupa la parole d'un coup de poing au visage. Il sentit et entendit les os de son nez se briser et l'homme tomba en arrière, s'affalant sur le sol.

Il se retourna à la recherche de Stiles et le trouva quelques pas derrière lui, affalé sur le sol, alors que Mélissa écartait Malia. « Ne le touche pas, » instruit-elle à la jeune fille et celle-ci s'écarta. « Stiles, est-ce que tu m'entends ? Stiles ? » Derek s'approcha alors que Stiles hochait la tête, ses yeux écarquillés fixaient Mélissa comme s'il essayait de se concentrer sur elle. « Concentre-toi, et inspire. » Stiles essaya de suivre ses instructions alors que Derek s'agenouillait à côté de lui. Le loup capta le regard brun et son cœur donna un battement en reconnaissance. « Maintenant, expire. » Derek resta dans son champ de vision, sans bouger. Stiles continua de suivre les consignes de l'infirmière, les yeux rivés sur Derek.

« C'est bon, c'est fini ? » demanda Cora d'un ton cassant lorsque Stiles fut enfin capable de respirer normalement.

« Quoi ? » fit Derek, incapable de comprendre la réaction de sa sœur.

« S'il va mieux, je pense que c'est le moment pour vous d'y aller.

- Il a eu une crise de panique, » dit Mélissa, semblant hésiter entre être outrée et confuse.

Cora eut une exclamation moqueuse en leur tournant le dos pour s'approcher du musicien assommé sur le sol. « À cause de quoi ? Un bras passé autour de lui ? Il lui faut pas grand-chose, » dit-elle en plaçant l'homme sur le côté pour qu'il ne s'étouffe pas dans son propre sang.

« Il ne supporte pas d'être touché, » siffla Derek entre ses dents.

« Il n'a pas eu de problème avec toi, visiblement.

- C'est différent, il me connait.

- Il connait Malia, » dit-elle avec un signe de la main en direction de la jeune fille, qui décida de s'écarter de quelques pas, comme pour disparaitre de toute cette conversation, « et pourtant on aurait dit que c'était encore pire que ce mec.

- C'est quoi ton problème ?! » demanda Derek en se relevant finalement, perdant patience.

« Mon problème c'est que je viens d'ouvrir et que j'ai un mec assommé sur le sol ! À cause de toi ! Parce que ton copain veut juste se faire remarquer ! Je tiens un café et pas un bar pour ne pas avoir à gérer ce genre de bordel !

- Est-ce que tu essais de dire qu'il vient de faire semblant d'avoir une crise de panique ?! Comme si tu ne pouvais pas le sentir dans l'air ?!

- Et tu vas vraiment me faire croire que tu ne penses pas que sa réaction est légèrement exagérée ?

- Ta réaction est exagérée !

- J'ai un mec assommé sur le sol !

- Il t'a fait chier toute la soirée, j'arrive même pas à croire que tu ne l'ais pas fait plus tôt !

- Si j'avais voulu lui en coller une je l'aurais fait ! Je n'ai pas besoin qu'on vienne gérer mes affaires à ma place, moi. »

Les yeux de Derek flashèrent rouges et ceux de Cora jaunes. Juste une seconde, avant que Parrish et Malia ne les calment d'une même voix. « Arrêtez. » Le silence tomba dans la salle. Un moment passa où toutes les créatures surnaturelles de la pièce, et les humains connaissant leur nature, cherchèrent à savoir si ceux qui ignoraient encore leur existence avaient remarqué l'échange. Quand il sembla clair que ce n'était pas le cas, Derek lança un dernier regard noir à sa sœur avant de se pencher vers Stiles.

Celui-ci avait déjà été en train de se relever, difficilement, et Derek tendit le bras pour qu'il s'y appuie. Il entendit sa sœur soupirer un rire agacé, comme si ce simple geste était la preuve de tout ce qu'elle avait cherché à prouver. « Tu peux marcher ? » murmura le loup, se plaçant entre Stiles et le reste de la pièce pour que personne ne puisse le voir.

Les yeux buns montèrent dans les siens, mais semblaient avoir du mal à se focaliser. Il hocha la tête en affermissant sa prise sur le bras de Derek. Celui-ci commença à avancer vers la sortie, guidant Stiles qui donna un dernier regard sur le musicien au sol.

Mélissa les accompagna jusqu'à la voiture. Elle semblait vouloir dire quelque chose sur Cora, donner un conseil à Derek pour l'état de Stiles, mais se retint. Elle posa seulement une main sur l'épaule de l'alpha, une fois la portière de Stiles refermée. « Appelle-moi si besoin, » dit-elle et Derek acquiesça. Elle sourit à Stiles à travers la vitre et celui-ci essaya de le lui rendre. Derek démarra et ils s'éloignèrent du centre-ville, en direction de leur appartement.

Seul le bruit du moteur remplissait le silence. Derek jetait des coups d'œil à Stiles pour voir qu'il regardait dehors, ses yeux suivant les lampadaires qui passaient au bord de la route.

« Il n'y a que toi, » murmura Stiles quand Derek arrêta le moteur après s'être garé au bas de l'immeuble. Le loup tourna la tête vers lui, mais Stiles fixait ses mains, paumes ouvertes et doigts écartés. « Tu es mon exception. »

Derek voulait dire quelque chose, mais il ne savait pas quoi.

« Tu te souviens de quand j'étais à Boston et que Lydia t'a appelé sans savoir où j'étais ? Eh bien … on était chez elle et je me suis réveillé. J'avais oublié mon téléphone au bar et je suis allé le chercher. Là, un mec m'a parlé, a commencé à me raccompagner et puis … » Stiles roula son épaule, comme pour éviter quelque chose. Ses yeux étaient dans le vague et Derek était sûr qu'il n'était plus vraiment là. « Il voulait plus. Évidemment. Alors, je me suis enfui et … il m'avait attrapé le bras. Je – » Stiles soupira en secouant la tête, agacé par lui-même. « C'est ridicule, il m'a juste touché le bras mais je …

- Je ne crois pas que ce soit si étrange que tu ne supportes pas d'être touché, Stiles, » lui dit Derek.

« Mais comme a dit Cora, je n'ai pas de problème avec toi. » Derek se demanda si Stiles aurait préféré que ce soit le cas. « Et je sais pourquoi. C'est normal, c'est – j'ai confiance en toi. Mais c'est bizarre car je devrais réagir pareil avec Isaac ou Lydia ou Scott ou … mais je sais que s'ils posent la main sur moi, je … »

Derek réfléchit une seconde avant de répondre. « Ce n'est pas parce que tu sais que l'autre n'ira pas plus loin que tu dois accepter le contact si tu ne le veux pas. »

Stiles soupira, se passant une main sur le visage. « Mais ce n'est pas une question de vouloir, c'est … je ne peux pas ! Tu ne crois pas que j'aimerais pouvoir serrer mon meilleur ami d'enfance dans mes bras pour le remercier ? Mais si je le fais, alors j'aurais l'impression de sentir leurs foutus griffes glisser contre ma nuque ! » Il eut un frisson et plaqua ses mains sur ladite nuque. Il ferma les yeux, inspira profondément pour reprendre son calme.

« Tu ne vas pas aimer ce que je vais te dire.

- J'ai besoin de temps ?

- Oui. » Stiles soupira. Il reposa sa tête en arrière et ouvrit les yeux pour fixer le plafond de la Camaro.

« Ce n'est même pas que ton contact ne me gêne pas, c'est qu'il me fait me sentir en sécurité. » Il sourit, un amusement amer et confus. Il tourna la tête vers Derek, plantant son regard dans le sien. « T'arrive à croire que tu m'ais fait ça ? » demanda-t-il.

Derek l'observa un moment avant de sourire légèrement. Il leva la main et la tendit vers lui, paume ouverte, offerte. Stiles ne le quitta pas des yeux en la prenant, son sourire s'adoucit. « T'arrive à croire que je ne suis pas du tout désolé ? »

Ils quittèrent finalement la voiture et rentrèrent chez eux. Alors qu'ils montaient les escaliers, Derek lui dit d'ignorer Cora et Stiles acquiesça, mais le loup eut la certitude qu'il n'arriverait pas à suivre son conseil. « Pourquoi ça a tant d'importance pour toi ce qu'elle dit ? » demanda-t-il, essayant de contenir l'agacement dans sa voix.

Stiles haussa une épaule, comme si ce n'était rien. « Parce qu'elle compte pour toi.

- Et quoi ? Tu penses qu'elle arriverait à me faire changer d'avis sur toi ? » Nouveau haussement d'épaule. Derek s'arrêta de marcher et tint fermement la main de Stiles pour que celui-ci soit forcé de s'arrêter, deux marches plus haut. Il se retourna et regarda son loup dans les yeux, son visage neutre. « Tu as besoin que je te le dise à nouveau ? » demanda-t-il. Il monta une marche pour n'être plus qu'un petit peu en dessous de Stiles. « Je ne te quitterai jamais, à moins que tu me demandes de partir. »

Rien ne changea dans l'expression de Stiles pendant une seconde, puis, il soupira. « J'aimerais juste qu'elle m'apprécie.

- Cora n'apprécie pas grand monde. Essaie de l'ignorer.

- Je vais essayer, » promit Stiles avant de s'écarter, de reprendre la main de Derek et de monter les escaliers.

Le lendemain, lorsque Derek informa Stiles qu'il allait quelque part, celui-ci soupira. « S'il te plait, ne va pas te disputer avec elle.

- Je vais juste lui demander des explications.

- Ce qui va tourner en dispute, et tu le sais, » l'accusa Stiles. Derek le regarda en silence un instant. Il aurait aimé lui faire plaisir et laisser tomber, mais il ne pouvait pas. Il avait besoin de savoir pourquoi Cora agissait ainsi. Il espérait seulement que, cette fois, elle ne dirait pas quelque chose qui le forcerait à quitter son appartement en claquant la porte.

« Ça va aller, » l'assura-t-il. Stiles ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais se contenta de soupirer. Il ne reprit pas son livre avant que Derek n'ait quitté l'appartement.

Cora ouvrit sa porte d'entrée en pyjama et un bol de céréale dans les mains. Elle le fixa un instant, puis soupira en retournant dans son appartement, laissant la porte ouverte pour qu'il entre. Il la suivit dans la cuisine où elle s'affala sur une chaise et continua de manger ses céréales sans lever les yeux sur son frère.

Derek s'assit face à elle et attendit en la fixant. Après de longues minutes, elle leva un regard agacé sur lui. « Quoi ?

- Bonjour.

- Contente-toi de m'engueuler parce que je n'ai pas été gentille avec ton petit chiot, » grogna-t-elle. Derek haussa un sourcil, décidé à ne pas laisser Cora l'atteindre comme ça. Elle laissa tomber sa cuillère dans son bol presque vide et planta un regard ferme dans le sien. « Je ne vais pas m'excuser pour ce que j'ai dit. Je le pensais.

- Tu penses que c'est un menteur ?

- Il ne supporte pas le contact ? » demanda-t-elle d'un air dubitatif.

« Pas en général.

- Comme c'est mignon que tu sois l'exception à cette règle, » s'extasia-t-elle d'un ton moqueur.

Derek resta calme. « Ne me dis pas que ça te surprend vraiment.

- C'est stupide. Même s'il était amoureux de toi comme il le prétend, ça ne crée pas des exceptions de ce niveau.

- Ce n'est pas de l'amour, c'est de la confiance. » Cora leva les yeux au ciel. « Je crois que tu peux très bien comprendre la différence, » ajouta-t-il. Comme il s'y était attendu, sa sœur comprit l'attaque personnelle et leva rapidement un regard noir sur lui. Il fit comme s'il ne remarquait rien.

Elle repoussa son bol de céréale sur le côté si violemment que du lait déborda, puis elle croisa les bras sur la table et se tient plus droite. « Et pourquoi je la connaitrais ?

- Parce que tu aimes, mais tu ne fais pas confiance.

- Ce qui me rend plus intelligente que toi.

- C'est aussi ce que je pensais quand j'avais ton âge. » Le regard de Cora se durcit encore plus.

Ses lèvres abordèrent un sourire narquois. « Tu vas vraiment essayer de jouer au sage sur la question avec moi ? Combien de tes relations n'ont pas complètement foirées, rappelle-moi ?

- Une seule, mais c'est toujours plus que toi. » Cora eut un mouvement de recul et Derek se mordit la langue pour ne pas immédiatement s'excuser après avoir vu la douleur dans ses yeux. Elle resta figée comme une statue pendant quelques secondes, puis se leva, prenant son bol et le vidant dans l'évier.

« Tu mérites mieux que ça, » dit-elle alors, d'un ton plus bas et plus calme, plus vulnérable.

Derek se tourna sur sa chaise pour être face à elle, quand bien même elle lui tournait le dos. « Ce n'est pas ce qui importe.

- Bien sûr que si ! » s'exclama-t-elle en se retournant, sa colère revenue et hurlante. « Tu mérites mieux que quelqu'un qui ne peut pas se supporter lui-même, ou que tous ces connards qui se sont barrés à la première occasion ! Que ces enfoirés qui se prétendent être de ta meute mais n'ont aucun problème à partir à l'autre bout du pays.

- Ils sont allés à l'université, Cora. Ils ne –

- Ils n'avaient pas besoin d'aller aussi loin ! Il y a des universités dans le coin, tu sais ? C'est juste une bande d'enfoirés égoïstes. Ils partent et on reste.

- Cora, si tu veux partir –

- Tu plaisantes ? Et quoi ?! Je te laisse derrière ? Je pars à Seattle ? Tu as besoin de moi ! Tu as besoin de quelqu'un ! » Derek regarda le vide dans les yeux de sa sœur, mais n'eut pas le temps de parler. « Tu aides les gens. Et tu ne demandes jamais rien en retour, Derek, jamais rien ! » Des larmes lui montaient aux yeux alors qu'elle criait. « Pourquoi tu ne demandes jamais rien ?! Pourquoi tu aimes les gens sans leur demander de t'aimer en retour ?! Tu penses vraiment que tu ne vaux pas au moins ça ? Tu as vraiment si peu de respect pour toi ? C'est quoi ton problème ?!

- Les gens restent s'ils le veulent. Je n'ai pas le droit de les forcer.

- Même quand tu as tout fait pour eux ?

- C'est pas comme ça que ça marche, Cora. » Sa sœur le regarda, sa colère se fanant définitivement en tristesse alors que des larmes roulèrent le long de ses joues.

« C'est pas juste, » murmura-t-elle. « Tu ne mérites pas ça. » Alors, Derek remarqua que sa sœur pleurait pour lui. Il n'y avait rien qu'il n'arrivait pas à déchiffrer. Sa petite sœur ne supportait juste pas de penser à ceux qui lui avait fait du mal à lui, à ceux qui risquait de lui en faire. Et ça, Derek pouvait le comprendre. Il s'avança jusqu'à elle pour la prendre dans ses bras.

« Je vais bien, » l'assura-t-il.

Elle ne détestait pas Stiles, elle détestait l'idée qu'il puisse un jour blesser son frère. Elle détestait l'idée que Derek puisse se laisser aller avec lui, puisse l'aimer assez pour lui laisser cette opportunité. Comme il l'avait déjà fait par le passé. En Stiles elle voyait l'écho d'un passé qui avait déjà trop détruit son frère.

« Tu sais, c'est moi le grand-frère, c'est moi qui suis censé veiller sur toi, pas l'inverse.

- C'est pas ma faute si tu ne sais pas prendre soin de toi, » rétorqua-t-elle, ses mots perdant de leur mordant quand il pouvait encore entendre ses larmes en eux, quand ils étaient étouffés contre son épaule. Il la serra plus fort.

« S'il te plait, sois gentille avec lui. J'ai toujours été gentil avec Isaac.

- Presque comme si tu l'aimais plus que moi. Et tu es toujours gentil avec tout le monde, alors il faut bien que quelqu'un fasse attention.

- Cora …

- J'essaierai, » répondit-elle après un moment de silence. Derek déposa un baiser sur le haut de sa tête. Il eut l'impression qu'elle avait à nouveau sept ans. C'était probablement à cet âge qu'elle avait cessé d'accepter d'être câlinée ainsi. « Je t'aime, Derek, tu le sais, hein ?

- Je t'aime aussi. » Il sourit. « Eh, ne me dis pas que c'est parce que tu es jalouse de ne plus avoir toute mon attention que tu – » Cora s'écarta et le frappa en pleine poitrine avant qu'il n'ait eu le temps de finir. Elle lui coupa le souffle.

« Enfoiré ! Maintenant dégage, je dois finir mon petit-déjeuner.

- Tu l'as jeté dans l'évier. » Elle lui lança un regard noir. Il sourit à nouveau avant de se diriger vers la porte, il ébouriffa ses cheveux au passage et elle lui grogna dessus.

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« J'aime bien celui-là, » dit Stiles en désignant un sapin, légèrement plus petit que lui, du doigt. Derek regarda l'arbre d'un air dubitatif.

« Tu veux dire celui qui a une branche à moitié cassée qui pend et dont le tronc penche sur la droite ? » demanda-t-il. Le sapin faisait effectivement peine à voir.

Stiles haussa une épaule. « Ça ne se verra pas sous les guirlandes. Et puis, si on ne le prend pas, il va juste rester à pourrir là, non ? »

Derek observa Stiles un instant avant de froncer les sourcils. « Ne me dis pas que tu t'identifies à ce sapin.

- Je nous identifie à ce sapin ! » corrigea le plus jeune comme si c'était mieux. Derek soupira et alla chercher le vendeur. Celui-ci sembla étonné mais lui lança un immense sourire en se dépêchant de le lui vendre, pensant certainement que Derek n'avait pas encore remarquer les défauts.

Derek trainait le sapin alors qu'ils rentraient jusque chez eux, Stiles marchait à ses côtés en lançant des coups d'œil inquiet à l'arbre qui frottait contre le sol. « Tu es sûr que tu ne veux pas que je t'aide à le porter ?

- Tu réalises que je suis assez fort pour le faire seul ?

- Mais il traine par terre !

- Stiles, tu –

- Si ce sapin est censé être une métaphore de notre relation, tu ne penses pas que le fait que tu le traine sur le sol, tout seul, est –

- Juste attrape l'autre partie, » le coupa Derek et Stiles lui lança un large sourire avant d'attraper le tronc à travers les branches. Il marchait quelques pas derrière le loup, chacun d'un côté de l'arbre. Ils n'avançaient pas plus vite, mais seul le bout de quelques branches grattait encore contre le sol. Ils étaient presque arrivés quand la neige recommença à tomber.

Ils laissèrent le sapin devant la porte d'entrée le temps que la neige fonde pour ne pas tremper l'appartement. « Où est-ce qu'on va le mettre ? » demanda Stiles en retirant son manteau, son bonnet, son écharpe et ses gants.

Derek haussa une épaule en enlevant son écharpe rouge et noire. « Où tu penses qu'il irait mieux ? » Il posa sa veste sur le porte-manteau et prit les affaires que Stiles avait dans ses mains pour les accrocher.

« Hmmm, » fit ce dernier en réfléchissant. Il avança dans le loft, regarda autour de lui, puis, s'arrêta à côté du fauteuil. « Ici ?

- Au milieu de la pièce ?

- Je suis un peu près sûr que la moitié de l'appartement peut être désignée comme le milieu de la pièce, » lui fit remarquer Stiles. Derek ne pouvait pas vraiment lui donner tort. « Où sont tes décorations ? »

Derek fronça les sourcils et jeta un coup d'œil aux différents rangements. « Hm, au supermarché ? » proposa-t-il. Stiles se contenta de cligner des yeux. « On n'avait pas de sapin l'année dernière, » se justifia-t-il.

« Et celle d'avant ?

- Non plus, » répondit Derek comme si cela devait être une évidence. « Tu penses que je prends un sapin seulement une année sur deux ?

- Donc tu n'as pas de décorations.

- Pourquoi j'aurais des décorations alors que je ne prends jamais de sapin ?

- La vraie question est pourquoi tu ne prends jamais de sapin ? C'est noël ! » Stiles semblait complètement outré et Derek haussa simplement une épaule. Le plus jeune laissa ses bras retomber le long de son corps avant de s'avancer vers la porte. Il prit son bonnet sur le porte-manteau et le mit sur sa tête. « Au moins, quand on rentrera, le sapin sera sec, » remarqua-t-il en prenant son écharpe.

Derek grimaça à la perspective de devoir ressortir pour aller au supermarché, mais il prit sa veste et son écharpe. « L'avantage, c'est que tu ne pourras pas critiquer les décorations.

- Pourquoi j'aurais critiqué tes décorations ?

- Hier, tu as critiqué l'apparence de mes couteaux pendant un quart d'heure, » lui rappela Derek. Stiles se retourna soudainement vers lui, ouvrit la bouche pour reprendre sa litanie de la veille, mais le loup plaqua une main contre sa bouche et le retourna vers la porte d'entrée. Stiles se contenta de rire.

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Derek attendait à la sortie des terminaux qu'Isaac arrive. Il détestait les aéroports. Vous y croisiez autant de gens heureux que tristes, il y avait beaucoup trop d'odeurs et celle surplombant toutes les autres était celle des carburants qui donnait la nausée au loup, et il y avait trop de bruits différents. Mais quand son bêta apparut, son regard alerte parcourant la foule, sa valise à la main, Derek eut envie de réviser son jugement. Le sourire d'Isaac était aussi lumineux que celui de son alpha.

Lorsqu'il arriva près de Derek et qu'ils tombèrent tous deux dans une étreinte, Isaac se mit à rire. « Je crois que c'est la première fois que tu me fais en câlin.

- Ne t'y habitues pas, » mentit Derek. « Comment c'est Seattle ? » demanda-t-il en s'écarta.

Isaac poussa un soupir dramatique et parla jusqu'à ce qu'ils arrivent à la voiture, puis sur une grande partie du retour. Il interrompait ses propres explications de remarques cinglantes pour décrire les personnes dont il parlait, ne manquant jamais de faire rire Derek.

Isaac laissa lourdement tomber son sac à l'intérieur de l'appartement après y avoir fait deux pas. « Eh St – oh mon Dieu, un sapin ?! Qu'est-ce que tu lui as fait ? » demanda-t-il à Stiles, les yeux exorbités. Derek lança un regard noir à son bêta. « Tu sais quoi ? Je m'en fiche. Peu importe ce que tu as fait, continue.

- Arrête d'être aussi dramatique, » grogna Derek alors que Stiles souriait largement. Isaac s'approcha du sapin, l'admira un moment, émerveillé, avant de froncer les sourcils.

« Il est malade votre arbre ?

- C'est notre sapin. On l'a trouvé tous seuls, sans l'aide de personne. Il est petit et brisé, mais il nous convient, » dit Stiles solennellement.

Isaac le regarda fixement pendant une seconde, puis se tourna vers Derek. « Est-ce qu'il vient juste de citer –

- Tu veux quelque chose à boire ? » l'interrompit Derek.

« T'as quelque chose qui me ramènerait dans ma dimension ? Je crois que j'ai changé de réalité là, » dit-il amusé en venant dans la cuisine. Derek allait lui rétorquer quelque chose, mais le sourire sur son visage était si facile et sincère qu'il se retint. Le bêta lui lança un regard d'un air complice. « Un chocolat ça ira. »

Derek observa les joutes verbales d'Isaac et Stiles en se demandant s'il s'agissait réellement d'un jeu, ou s'ils se détestaient implicitement. Mais, quand Stiles alla prendre sa douche, Isaac observa une seconde la porte de la salle de bain avant de se tourner vers Derek. « Il a l'air d'aller bien.

- Oui, je crois qu'il l'est.

- Non, je veux dire qu'il est différent. » Derek l'interrogea du regard pour qu'il continue. « Il est, je ne sais pas, naturel ? C'est comme s'il avait enfin arrêté de s'auto-filtrer. Ou de tout sur-analyser. »

Derek hocha lentement la tête en réfléchissant. « Je suppose que c'est le cas.

- Et … vous deux ? Ça se passe comment ? » Il avait détourné le regard, comme il le faisait à chaque fois qu'il posait une question personnelle à Derek.

Derek réfléchit un instant. « On a arrêté de sur-analyser. »

Isaac eut une courte exclamation amusée. « La fin du monde est proche.

- Non, pas tout de suite, » dit Derek comme s'il supplait. Isaac le regarda d'un air surpris et il ne détourna pas le regard. Son bêta finit par sourire.

Isaac bascula la tête en arrière contre le canapé. « C'est vraiment le miracle de noël.

- Je crois que le miracle a eu lieu en novembre.

- Ouais, c'était le miracle d'Halloween. » Puis, il eut un sourire narquois et se tourna vers Derek. « C'est comme ça que tu peux m'appeler à partir de maintenant. »

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« Bonne nuit, les gars, » dit Isaac depuis le canapé.

« Bonne nuit, » répondirent-t-ils. Derek pensait que Stiles resterait loin de lui, mais celui-ci se rapprocha jusqu'à être entre ses bras, comme il le faisait chaque nuit.

Il releva la tête et murmura, « Bonne nuit, Derek, » avant de s'installer sous le menton du loup, recroquevillé entre ses bras, et ses jambes entremêlées aux siennes.

« Bonne nuit, Stiles, » répondit le loup en resserrant son étreinte. Il ne releva pas les yeux sur Isaac mais, même s'il n'entendait rien, il était certain que son bêta se mordait l'intérieur des joues. Il ne se sentit même pas gêné en enfouissant son nez dans une mer de cheveux bruns.

Ce ne fut pas la seule fois des vacances de fin d'année que Derek fut conscient de sa propre mièvrerie, et par association de celle de Stiles. Il voyait les sourires en coin et les regards attendris d'Isaac quand il se penchait vers Stiles et frôlait sa tempe ou le haut de sa tête avec son nez, les fois où sa main allait chercher celle de Stiles de son propre chef, de celle qu'il posait sur le dos ou l'épaule du plus jeune avant de la laisser glisser quelques centimètres sur son corps. Avant, il ne remarquait que la façon dont Stiles souriait, dont son corps se penchait vers le sien, dont ses muscles se détendaient. Il ne voulait pas s'arrêter, mais il ne pouvait s'empêcher d'être conscient du regard d'Isaac.

Il ne pensait pas que Stiles l'avait remarqué jusqu'à ce qu'il soit en train de cuisiner, alors qu'Isaac prenait une douche, et que son petit-ami se place derrière lui pour l'entourer de ses bras, son nez contre sa nuque. Derek frissonna. Puis, il tourna la tête par-dessus son épaule pour le regarder un instant. Il sentit ses muscles se détendre alors qu'il reportait son attention sur ce qui était sur le feu.

« Pourquoi tu es aussi stressé ? » demanda alors Stiles et Derek sentit ses muscles se raidir. « Ouais, juste comme ça. Qu'est-ce qu'il se passe ? » Il remarqua alors que Stiles chuchotait contre sa nuque. Le son était si faible qu'Isaac n'avait aucune chance de l'entendre parler.

« Les fins d'année me stressent, » répondit Derek, seulement à moitié un mensonge. Stiles embrassa la base de sa nuque et il sentit ses muscles se détendre à nouveau. L'eau de la douche s'arrêta et il se tendit à nouveau.

« C'est Isaac ? » demanda Stiles à voix basse. Derek n'avait pas besoin de voir la surprise sur ses traits pour savoir qu'elle était là.

« Ne t'inquiète pas, j'ai juste besoin d'arrêter d'être un imbécile, » le rassura-t-il. Puis, il tendit un bras pour attirer Stiles à côté de lui, passant un bras autour de ses hanches pour de garder contre son corps.

Après manger, Derek et Isaac partirent au centre-commerciale, puisque le plus jeune n'avait pas encore préparé ses cadeaux. Stiles resta au loft pour éviter la foule. Il prit le livre que Derek était en train de lire et s'assit dans le canapé. Quelques minutes après que les loups soient partis, la porte s'ouvrit à nouveau et Isaac entra dans l'appartement. « Hé, je voulais te parler, » dit-il rapidement avant de venir se planter à côté du fauteuil où était assis Stiles. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de rire, puis il se reprit. « J'ai dit à Derek que j'avais oublié mon portefeuille, mais c'est juste que je ne savais pas comment je pourrais te parler sans qu'il soit là. »

Stiles sentit une boule de nervosité lui monter dans la gorge. Il se souvint des épaules raides de Derek et resta silencieux. « C'est … tu pourrais avoir l'air moins raide ? Ça ne ravive pas de bons souvenirs, » plaisanta-t-il, mais Stiles resta impassible, alors Isaac cessa de tourner autour du pot. « Je voulais juste te remercier. Pour Derek. » Stiles fronça les sourcils. « Écoute, je sais que Derek t'a aidé toi, et peut-être que tu penses que c'était que dans ce sens, mais je le connais, il a changé. Je ne l'ai jamais vu aussi détendu ou ouvert ou heureux. Et je sais que c'est grâce à toi, alors merci. »

Stiles resta immobile, pas parce qu'il était prudent, mais parce qu'il n'avait aucune idée de comment réagir. Isaac lui lança un rapide sourire avant de repartir. Il s'arrêta après avoir ouvert la porte, comme s'il s'était souvenu de quelque chose. « Et ne t'inquiète pas, un jour, Cora le comprendra aussi. Elle n'est pas aussi méchante qu'elle en a l'air. Elle peut … » Son sourire se teinta de quelque chose de légèrement amer, comme de la nostalgie. Puis, Isaac referma la porte et Stiles la fixa pendant quelques minutes avant de retourner à son livre.

Il ne lut qu'un chapitre avant que quelqu'un ne frappe à la porte. Il se tourna vers elle, sourcils froncés et ne sut pas quoi faire. En théorie, si la porte frappait, vous étiez censé aller voir de qui il s'agissait et ouvrir. Mais, quand il était enfant, Stiles n'avait pas le droit d'ouvrir la porte, et quand il avait grandi, il n'avait jamais été la personne à qui cette tâche était confiée. On frappa à nouveau. Il réfléchit à qui pouvait se trouver derrière avant de se lever. Il n'y avait pas de judas sur la porte et Stiles ne sut pas quoi faire. Personne ne frappait à cette porte, la meute se contentait d'entrer.

« Stiles, ouvre-moi, » ordonna la voix de Cora depuis l'autre côté de la porte. Il s'exécuta et s'écarta automatiquement pour la laisser entrer, ne lui venant même pas à l'esprit qu'il pourrait la retenir sur le palier.

Elle fit quelque pas en retirant son manteau. « Hum, Derek n'est pas là.

- Je sais, » dit-elle comme vexée qu'il ait pu croire qu'elle l'ignorait. Il répondit d'un rapide hochement de tête. Puis, ils restèrent l'un en face de l'autre, immobiles et en silence.

Cora semblait attendre quelque chose et Stiles réalisa qu'il n'avait pas envie d'attendre qu'elle ait le bon vouloir de lui parler. « Qu'est-ce que tu fais ici ? » demanda-t-il. Il s'attendait à une réponse cinglante, mais elle ne vint pas immédiatement. Cora le dévisageait. Stiles se demanda une seconde si elle était venue pour lui trancher la gorge afin d'avoir un problème de moins, quand elle parla.

« Mon frère m'a dit d'être gentille avec toi, » expliqua-t-elle et Stiles eut l'impression d'être de retour en primaire, quand ses parents l'avaient forcé à jouer avec un enfant avec lequel il ne s'entendait pas, juste pour être diplomates avec les parents du dit enfant qui se plaignait de lui. « Je ne pense pas que j'en serai capable. »

Stiles cligna des yeux. Il n'était pas surpris de l'honnêteté brute de Cora, mais du fait qu'elle ait fait le chemin pour lui dire ça. Il hocha une nouvelle fois la tête, puis, comme elle resta silencieuse, il changea de stratégie. Si elle ne voulait pas être civile, il n'avait pas à l'être. Il essaya de ne pas penser aux griffes et aux crocs qu'elle rêvait certainement de planter dans sa nuque, quand il lui tourna le dos et retourna s'assoir dans le fauteuil. Il sentit une boule de peur s'installer dans sa gorge et espéra que la louve ne pouvait pas sentir trop clairement ses émotions dans l'air.

Une fois assis, il pouvait l'apercevoir du coin de l'œil et fit simplement semblant de reprendre sa lecture. Elle se rapprocha, lui prit son livre des mains, le referma et le jeta sur la table basse. Elle n'avait pas été particulièrement violente, mais c'était assez pour Stiles. Il aurait voulu pouvoir contrôler la peur qui s'enroulait autour de ses muscles, contrôler la panique qui naissait comme un réflexe du plus profond de lui, et empêcher ses souvenirs de se calquer sur ce que ses yeux voyaient dans le présent. Mais il ne pouvait pas.

Par contre, il pouvait faire semblant. « Tu viens vraiment de faire ça ? » demanda-t-il comme s'il jugeait toute son attitude avec condescendance. Cora sembla surprise et l'observa quelques secondes.

« Je n'avais pas fini de parler.

- Et si j'avais fini d'écouter ? » Il pouvait le faire. Il pouvait mentir. S'il se concentrait assez, il pouvait affronter un loup.

Elle eut une exclamation amusée pour lui exprimer combien elle se fichait de son avis. « Tu ne veux pas savoir pourquoi je ne veux pas de toi ?

- Parce que tu me détestes ? » devina-t-il.

Elle secoua négativement la tête avant de répondre. « Parce que tu es faible. Tu es pathétique. Et je déteste ça. » Stiles serra les dents. Il n'avait rien à redire à ça. « Derek n'a pas besoin d'un autre poids à trainer. Et je sais qu'il veut s'occuper de toi, et je sais que, d'une façon ou d'une autre, maintenant, il est heureux avec toi. Mais sur le long terme, ça ne va pas marcher, Stiles.

- Je crois que tu te répètes, Cora, » dit-il, une sonorité vide dans la voix. Il savait que cela ne lui avait pas échappé, mais elle ne semblait pas savoir comment l'interpréter.

« Je dirai la même chose un millier de fois si cela peut réussir à lui faire comprendre que choisir une pute est une mauvaise idée. » Stiles sursauta légèrement à ses mots et il vit dans ses yeux qu'elle pensait avoir marqué un point. « C'est ce que je disais : faible. »

Elle resta quelques secondes devant lui et Stiles resta une statue. Puis, jugeant certainement qu'elle avait fait son effet, elle partit.

« Tu as tort, » dit Stiles. Elle se retourna. « Tu as tort sur tellement de choses. Mais la chose sur laquelle tu te trompes le plus, tu sais ce que c'est ? C'est que tu crois que j'ai honte. »

Il se leva. Il vit la surprise passer sur traits de la louve et en tira un plaisir sale. Il y avait quelque chose de sombre dans sa voix, quelque chose de terni dans son intonation. Il reconnaissait le bouillonnement au fond de son ventre, la chaleur dans ses poumons, la colère sous la surface. L'orage qui avait toujours été là, emprisonné depuis des années et grandissant un peu plus chaque jour.

« Je n'ai pas honte de ce qui m'est arrivé. Je n'ai pas à en avoir honte. Pourquoi je le devrais ? » demanda-t-il dans un rire court et amer. « Tu penses que tu aurais survécu un jour si tu avais été à ma place ?

- J'aurais tué le premier qui aurait posé la main sur moi, » rétorqua durement Cora.

Stiles eut un rire sombre, profond, provenant de l'incendie de ses poumons. « Et il t'aurait rompu le cou pour oser essayer. » Sa voix était rauque, si rauque qu'il la reconnaissait à peine. Cora se redressa, ses sourcils se froncèrent une seconde alors qu'elle regardait Stiles, semblant le voir pour la première fois. « Ce n'est pas une hypothèse, c'est comme ça qu'ils agissent. Si tu ne leur donne pas ce qu'ils veulent, pourquoi ils s'emmerderaient avec toi ? Tu leur appartiens. Ta vie leur appartient. Ils peuvent la détruire, personne ne viendra pleurer pour toi. Personne ne saura ce qu'il t'est arrivé. Personne n'en a quoique ce soit à faire.

- Stiles ?

- Si tu cours, ils te rattrapent. Si tu cris et supplies comme ils le veulent, ça sera finit plus vite. Si tu veux pleurer, ouvre la fenêtre pour qu'ils le sentent pas. Si tu veux les détester, fais-le, mais ne le montre pas dans ton regard. Ne te défend pas. Ne les regarde pas. Ne parle pas. Ne répond pas. » N'existe pas, gamin. Persuade-toi que tu n'es rien. C'est comme ça qu'ils te voient. Et la meilleure façon de survivre, c'est de comprendre comment ils pensent.

La meilleure façon de résoudre une enquête, fiston, c'est de pouvoir se mettre dans la tête du criminel. C'est ce qui fait un bon policier.

« … Stiles ?

- Tu penses que j'ai honte ? » demanda-t-il. Son ton était moins sombre. « Tu penses que je suis triste ? Tu penses que mes propres cicatrices me donnent envie de vomir et de m'arracher la peau pour reprendre à zéro ? » Cora resta muette, de l'inquiétude brillait maintenant au fond de son regard. Elle jeta un coup d'œil à la porte de l'appartement, comme si elle espérait que Derek arrive subitement et s'occupe de Stiles pour elle. « Je veux les voir bruler. » Les yeux de la jeune fille revinrent sur lui. « Je veux les voir bruler comme ils ont brulé ma mère. »

La lueur qui apparut dans les yeux de Cora était proche de la complicité, de la compréhension. Pendant un instant, il crut qu'elle allait lui proposer de préparer les bucher, mais elle resta silencieuse. « Ce n'est pas de la honte, c'est de la colère. » Parce qu'il avait le droit d'être en colère. Parce qu'il n'avait jamais réussi à ne rien être. Il pouvait en donner l'illusion, parfois, mais son regard avait toujours été la preuve qu'il existait sous les masques. Ne les regarde pas. La seule leçon qu'il n'avait jamais écoutée. Ses yeux plantés dans les leur. Un regard droit, sa dernière résistance, sa dernière fierté, tellement de fois confondue pour autre chose. Parce que les gens qui vous désirent sont trop prompts à voir ce qu'ils souhaitent dans vos yeux. Les loups voyaient en Stiles le reflet de leur propre regard, de leur propre envie. C'est comme ça qu'il était devenu si précieux, encore plus que n'importe quel autre humain. C'est comme ça qu'il avait survécu en évitant d'être tué par un loup maladroit et en gardant une partie de sa santé mentale, le tout dans un simple regard.

Après quelques instants, Cora s'avança jusqu'à la table. Elle y prit une feuille volante, sortit son téléphone de sa poche et recopia quelque chose sur le papier. Elle prit la feuille et vint la tendre à Stiles. Celui-ci ne baissa les yeux qu'une seconde pour voir ce qu'elle avait écrit. Argent, suivit d'un numéro de téléphone.

« Tu veux les voir bruler ? » demanda Cora. Elle laissa tomber la feuille sur le fauteuil et reposa le stylo sur la table. « Il veut aussi les voir bruler, » dit-elle en désignant la feuille d'un coup de menton. « C'est le père d'Alison. Au cas où tu ne le saurais pas, c'est un chasseur. Après que tu sois parti, elle a répondu à ses questions. Il pensait que toutes les meutes qui pratiquaient l'esclavage avaient été disséminées il y a des années. Il nous a demandé des noms, mais on n'a pas répondu. »

Elle attendit une seconde, comme pour laisser le temps à Stiles de réagir, mais celui-ci resta de marbre. « Tu dois comprendre, » reprit-elle. « Nous, on ne peut rien dire. Si on commençait à refiler des informations sur d'autres meutes à un chasseur, on deviendrait l'ennemi général à abattre. Il y aurait un rassemblement et on ne tiendrait même pas une heure. Mais toi … toi, tu peux parler. Tu es humain, tu es en plein droit d'aller demander l'aide de chasseurs. Et soyons honnêtes, à part les meutes qui vivent encore trois siècles dans le passé, personne ne se plaindrait. »

Cora se tut à nouveau, mais Stiles ne répondit toujours pas. Elle finit par froncer les sourcils devant son silence. « Quoi ? Tu viens de changer d'avis ? » Il n'y avait aucune moquerie dans sa voix, juste de l'agacement.

« Je ne sais rien qui pourra l'aider, » répondit-il d'un ton plat.

Elle haussa un sourcil et Stiles sut qu'elle ne le croyait pas. « Si jamais ça te revient, » soupira-t-elle en désignant une fois de plus la feuille de papier d'un signe de tête. Stiles garda les yeux rivés sur elle. Elle l'observa encore un moment avant de simplement lui tourner le dos et quitter l'appartement.

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