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Chapitre 27 : Des mots d'or
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Le soleil brillait, rendant le paysage aveuglant alors que l'océan et le sable réfléchissaient ses rayons. La Camaro était garée au haut d'une dune, sur un petit parking qui longeait la route. La pente descendait abruptement vers une petite plage de sable blanc, qui était cachée au milieu de roches escarpées. Stiles et Derek était à quelques heures au nord de Los Angeles.
Stiles dévorait le paysage des yeux, un sourire doux aux lèvres alors que le sentiment de calme qui l'avait accompagné pendant sa route le long de la côte est revenait. Il fixa le point où le ciel et l'eau se rejoignaient et demanda. « Il y a quoi de l'autre côté ?
- L'Asie, » répondit Derek, appuyé contre le capo de la voiture, quelques pas derrière son petit-ami.
Celui-ci se retourna avec un regard dubitatif. « Je veux dire, plus précisément. » Puis, il sortit son téléphone de sa poche, se géolocalisa, ouvrit la carte et traversa le pacifique en quelques coups d'index. « Le Japon, » déclara Stiles. Il releva les yeux et regarda au loin comme s'il pouvait voir l'île. Derek sourit.
« Tu veux descendre ? » proposa-t-il. Stiles baissa les yeux sur la plage en contre-bas. Il y avait deux personnes, certainement les propriétaires de la seule autre voiture garée sur le parking.
Il fronça les sourcils avant de regarder l'horizon à nouveau. « Si tu veux.
- Tu ne veux pas te baigner ?
- Non. » Sa réponse était peut-être venue trop vite, trop fermement. Derek s'avança jusqu'à lui et se pencha pour voir son visage. Stiles resta immobile, gardant son expression neutre, et son loup fronça les sourcils.
« C'est quoi le problème ? » demanda-t-il. Stiles sentit une once d'agacement à l'idée que Derek pouvait simplement savoir quand quelque chose n'allait pas, parce qu'il était devenu un livre ouvert pour le loup.
« Tu sais quel est le problème, » répondit-il d'une voix plus basse. Après quelques secondes, il tourna la tête et affronta son loup du regard. Il désigna le couple de baigneur d'un regard. « Ils me verraient. » Il attendit de voir la réaction de Derek, mais celui-ci ne montra aucune émotion. Stiles continua de le fixer. Après un moment, le loup hocha simplement la tête et retourna son attention sur le paysage.
« Tu sais pourquoi l'océan te rend calme maintenant ? » demanda-t-il.
Stiles observa son profil un instant avant de tourner le regard sur l'eau. « Non, » dit-il avec amertume. « J'ai fini par me dire que ça n'avait pas d'importance. » Ils restèrent en silence quelques minutes. La fille en bas sur la plage hurla de rire quand son petit-ami l'éclaboussa. « Quel effet ça a sur toi ? » demanda Stiles pour rompre le silence.
Derek prit une profonde inspiration en réfléchissant. « Tu m'en veux si je ne vois qu'une immense étendue d'eau ?
- Pourquoi je t'en voudrais ? » demanda Stiles.
Derek haussa une épaule. « Ce n'est pas le genre de réponses que tu attends. » Il continua de fixer l'océan, les yeux plissés à cause de la luminosité aveuglante.
« Tu veux qu'on reprenne la route ? » demanda Stiles. Derek leva des yeux étonnés sur lui, puis hocha la tête et ils remontèrent dans la voiture.
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Ce n'était que le mois de mars, mais en Californie, cela voulait dire une température plus qu'agréable. Lorsque Beacon Hills continua d'être une bulle de calme paisible, même après tant de mois sans problème, Derek avait eu l'idée d'emmener Stiles à l'océan pour son anniversaire. Il avait lu certaine partie de son journal de voyage et il avait été marqué par le nombre de pages consacrées à l'océan, au calme que Stiles ressentait sans comprendre d'où il venait, aux témoignages qu'il avait recueillis sur sa route.
Derek avait pensé que ce serait une bonne idée, mais maintenant qu'ils roulaient le long de la côte ouest, et que Stiles projetait un regard absent sur le paysage en gardant le silence, il ne pouvait que se dire qu'il avait eu tort. Il se mordit la lèvre pour ne pas lui demander s'il allait bien, parce qu'il l'avait déjà fait trois fois dans la dernière demi-heure. C'était peut-être juste un mauvais jour ils y en avaient encore parfois.
Ils s'arrêtèrent en fin de journée dans une petite ville qui longeait la côte, garèrent la voiture à l'hôtel en réservant une chambre, puis, ils marchèrent jusqu'à la plage. Lorsqu'ils arrivèrent au sommet de la dune, Stiles se laissa tomber dans le sable. Le soleil était en train de se coucher, gorgeant le ciel de teintes orangées, plongeant l'océan dans des nuances sanguines. Le brun des yeux de Stiles se fissura de fils d'or.
« Tu veux rentrer ? » demanda Derek, laissant ses mots s'écouler hors de sa gorge avant de trop y réfléchir. Stiles releva immédiatement un regard étonné vers lui.
Puis, il fronça les sourcils. « Pourquoi je voudrais rentrer ?
- Je ne sais pas. » Les sourcils de Stiles se haussèrent. « Tu n'as rien dit de la journée.
- Je réfléchis, » répondit-il avec un sourire qui disait tu devrais le savoir. Stiles tendit une main vers son loup et quand celui-ci la prit, il tira pour l'entrainer au sol à côté de lui. Il garda la main de Derek dans la sienne après qu'il se soit assis, leurs épaules et leurs cuisses se touchant.
Stiles regardait le coucher de soleil et Derek regardait Stiles. « Est-ce que tu peux réfléchir à voix haute, s'il te plait ? » murmura-t-il. Le plus jeune sourit, sans détourner le regard de l'horizon.
« Je pensais à combien c'était cliché de ta part de m'emmener voir un coucher de soleil sur la plage, » se moqua-t-il.
Derek grimaça. « Ce n'est pas –
- Eh, je t'ai dit que je voulais tous les clichés, non ? » Stiles lui lança un regard amusé et Derek se détendit un peu. Puis, les yeux bruns retournèrent au paysage. « Je me demandais combien de temps ça prendrait de nager jusqu'au Japon. Et à quoi ça ressemble là-bas. Tu crois qu'il y a des loups comme ici ? Et je me demande s'il y a un mec, de l'autre côté, qui regarde l'océan. Peut-être que lui aussi il se demande s'il y a telle créature surnaturelle de notre côté. Ou alors, quand il regarde l'océan, c'est pour se souvenir de quelqu'un, de quelque chose de précis. Tu sais, il y a des gens qui ont tellement de souvenirs à attacher à des lieux. Et à chaque fois qu'ils y retournent, ils sont tristes, même si ces souvenirs sont joyeux. C'est bizarre, non ? Ce qui te rend heureux un jour te déprime le lendemain parce que c'est fini. Et si tu perds quelqu'un, ça a aucune importance le nombre de bons souvenirs que tu as avec elle, ça te fera juste mal d'y repenser. Tu penses que c'est juste que ce soit comme ça ? »
Derek mit un instant à comprendre que Stiles lui posait réellement la question. Il détourna les yeux sur l'océan rougeoyant. « Je ne pense pas que ce soit une question de justice. Si c'est triste, c'est parce qu'on rend ça triste. » Il se tut un instant et prit une profonde inspiration. « Il y avait plein d'endroits à Beacon Hills que j'évitais, parce qu'ils me faisaient penser à quelqu'un. Mais avec le temps, ça s'arrange un peu. Soit les souvenirs s'effacent, soit on apprend à se concentrer sur la bonne sensation.
- Tu m'as dit que tu étais allé à la mer avec ta famille.
- C'était il y a longtemps, » dit Derek, et il réalisa combien c'était vrai. Il se souvenait de l'après-midi passé à jouer avec ses frères et sœurs, ses cousins et cousines, à courir après les plus jeunes qui s'éloignaient, à s'enfuir avec les plus vieux quand leurs parents avaient eu le dos tourné. « C'est loin, » ajouta-t-il. Ce n'était pas seulement loin dans le temps, loin comme dans si loin qu'on ressentait à peine son impact aujourd'hui, loin comme dans si je n'y pense pas très fort, je vais l'oublier, loin comme dans je ne sais plus ce que je ressentais à ce moment. Ce n'était pas comme oublié, c'était comme être immunisé à la peine qu'un tel souvenir apportait. « Tu y étais allé, toi aussi, non ? »
Stiles hocha lentement la tête, un sourire légèrement tordu lui monta aux lèvres. « Je m'en souviens à peine, » avoua-t-il. Il baissa les yeux et observa sa main droite jouer avec le sable. « Tu te souviens de ce que ça fait de nager ? » Derek hocha la tête. « Moi pas. » Derek observa son profil un instant, puis, son regard balaya la plage des yeux. Plusieurs personnes s'y trouvaient. Certains pique-niquaient, d'autres se baignaient, les autres se prélassaient.
« Tu veux marcher ? » demanda Derek. Il attendit à peine la réponse de Stiles pour se lever et tira sur sa main pour le lever. Ils marchèrent dans le sable encore chaud, jusqu'au bord de l'eau, là où le sable était mouillé et dur à cause des vagues. Derek s'arrêta pour enlever ses chaussures et Stiles jeta des coups d'œil rapides autour de lui. Mais le loup se contenta de prendre ses chaussures dans une main et d'attendre que Stiles fasse de même. Celui-ci s'exécuta. Son jean touchait le sable au niveau de ses talons, mais Stiles ne le remonta pas. Il se passa une main à l'arrière de la nuque alors que l'autre prenait ses basquettes. Derek reprit sa main dans la sienne et lui offrit un sourire rassurant.
Ils recommencèrent à marcher, l'eau fraiche venait parfois leur lécher les pieds et le soleil continuait de descendre derrière l'horizon. Derek avait à nouveau demandé à Stiles de penser à voix haute, et celui-ci redevint plus calme quand sa voix se mêla aux sons de l'océan. Ils marchèrent longtemps, jusqu'à ce que le sable se transforme en roche. Ils longeaient le bord des falaises, au pied de leur mur escarpé. Derek trouva finalement ce qu'il cherchait, une sorte de renfoncement dans la roche. Il s'assit sur le sol et Stiles s'assit entre ses jambes, utilisant son torse comme dossier. Derek enfonça son nez dans son cou et entoura ses bras autour de Stiles. Ils restèrent comme ça et regardèrent le peu de soleil qui restait s'éteindre dans l'eau.
La nuit tomba rapidement après ça et ils observèrent le ciel devenir de plus en plus sombre, puis les étoiles apparaitre. Ils étaient assez loin de tout pour que Derek ne puisse entendre que les vagues, la respiration, le cœur et la voix de Stiles. Il embrassa lentement et tendrement son cou, et Stiles bascula la tête en arrière contre son épaule.
« Merci de m'avoir emmené ici, » chuchota Stiles. Derek embrassa un point sous son oreille et Stiles tourna rapidement la tête pour capturer ses lèvres, juste une seconde. Puis, en souriant, il retourna son attention sur les étoiles.
« Tu m'en veux si je bouge ? » demanda Derek après plusieurs minutes et Stiles s'écarta immédiatement. Le loup se leva et s'étira, la roche n'avait pas été le dossier le plus confortable qu'il avait connu. Puis, il avança jusqu'au bord et se pencha pour tremper ses doigts dans l'eau. Elle était fraiche, mais pas glaciale. « Tu veux te baigner ? » demanda-t-il en se tournant vers Stiles, un léger sourire complice aux lèvres.
Il put voir l'inquiétude et l'incertitude remplir les yeux bruns, malgré la pénombre. « Il n'y a personne à part nous ici, » le rassura-t-il. « Je l'entendrais si quelqu'un approchait. »
Stiles hésita encore un instant avant de se lever. Ses doigts jouèrent nerveusement avec le bas de son t-shirt. Derek l'observa une seconde avant d'enlever son t-shirt et son jean et de les jeter par-dessus ses chaussures. Stiles le regarda une minute, son regard passant sur le torse et les jambes de son petit-ami. Il n'y avait pas d'envie dans ses yeux. Il secoua lentement la tête et soupira. « C'est de la triche, » déclara-t-il en le désignant de la main et le regardant d'un air faussement agacé.
Derek rit. Les doigts de Stiles continuèrent de jouer avec son t-shirt. Il faillit faire un pas en avant pour l'aider à le retirer, mais s'arrêta. Finalement, Stiles passa le tissu par-dessus sa tête, libérant son torse, son dos et ses bras. Alors qu'il laissait le vêtement tomber à côté de lui, près de ses chaussures, ses yeux fixaient le visage de Derek. Le loup lui rendait son regard, avant d'hausser les sourcils, l'air de ne pas comprendre ce que Stiles attendait. Celui-ci soupira un rire, puis retira son jean et le posa avec le reste de leurs affaires. Il enroula ses bras autour de son torse, pas tant pour cacher ses cicatrices que pour se tenir chaud.
Ils avancèrent jusqu'à l'eau et y plongèrent lentement, se mouillant la nuque d'eau fraiche avant d'y entrer en grimaçant. « Elle est gelée !
- Bouge, ça ira mieux. »
Stiles fit quelques mouvements. Ils avaient pied à cet endroit, assez près de la roche. Stiles se laissa flotter un instant, basculant son corps en arrière et laissant l'eau salée le porter. Il ferma les yeux, les sons étouffés à cause de ses oreilles plongées dans l'eau. Lorsqu'il ouvrit les yeux sur le ciel étoilé, il comprit enfin pourquoi l'océan le rendait si calme. Il se redressa, fit quelques gestes incertains mais instinctifs avec ses mains pour se rapprocher de Derek.
« Ca va ? Tu n'as pas froid ? » demanda ce dernier en s'approchant aussi de Stiles.
« Juste un peu, » répondit-il, sourire aux lèvres alors qu'il attirait Derek vers lui.
Ils flottaient ensemble, donnant un battement d'un pied, d'une main pour rester à la surface sans s'éloigner de l'autre, sans cesser de le tenir proche. Stiles noua ses bras autour de la nuque de Derek et plongea en arrière, gardant seulement sa tête hors de l'eau alors qu'il attirait son loup avec lui et l'embrassait.
Et c'était merveilleux, de l'embrasser comme ça, de l'avoir proche comme ça, de sentir sa peau nue et chaude et douce contre la sienne et ne pas avoir peur. C'était juste un baiser, pas une promesse, pas un avertissement, juste une tendresse. Et il pouvait passer ses jambes autour de ses hanches pour approcher son corps encore plus près du sien, ce n'était rien de plus que ça. La certitude que tout allait bien et que tout irait bien se dilua peu à peu dans son sang et, avec elle, Stiles ne voulait qu'embrasser Derek encore plus.
Lorsqu'il se mit à rire contre ses lèvres, le loup s'écarta juste assez pour le regarder dans les yeux. Ses iris brunes étaient magnifiques sous lumière de la lune. « Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il, dans un murmure.
« Je ne sais pas, » répondit Stiles sans cesser de rire. « Je suis juste tellement heureux, c'est ridicule. »
Derek le regarda, grava dans sa mémoire son sourire si facile, si grand, si lumineux, la confiance dans ses yeux, la joie sur ses traits. Il crut que son cœur allait se briser, alors il serra Stiles plus fort dans ses bras et l'entraina sous l'eau. Dans le sel, ils s'embrassèrent à nouveau.
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Ils prirent chacun leur tour une douche à l'hôtel, pour se débarrasser de sel et du sable collés à leur peau. Stiles était allongé sur le lit, par-dessus la couverture et écoutait le bruit de l'eau couler dans la douche alors que Derek était encore dans la salle de bain. Le son régulier était comme une berceuse. Ses yeux s'étaient fermés d'eux-mêmes et, allongé ainsi sur la couverture douce et le matelas moelleux, il avait la sensation de flotter à nouveau dans l'eau, hors de la gravité. Ses muscles étaient détendus, réellement détendus, et il s'apercevait seulement qu'il n'avait pas laissé son corps se relâcher depuis longtemps. Il n'essaya pas de trouver une durée exacte, ça n'avait plus d'importance maintenant.
Il n'ouvrit pas les yeux quand il entendit Derek sortir de la salle de bain et s'approcher du lit, pas non plus lorsqu'il sentit son poids monter sur le matelas à ses côtés. « Stiles ? » appela Derek dans un murmure, incapable de savoir s'il dormait ou non.
« Hm, » répondit seulement Stiles en tournant la tête vers lui. Il ne voulait pas ouvrit les yeux, il avait l'impression qu'il perdrait cet état s'il le faisait.
« Tu vas avoir froid si tu restes au-dessus de la couverture, » le prévint Derek. Stiles hésita un instant, puis, il roula sur lui-même. La poitrine de Derek trembla sous un léger rire. « Je suis censé te servir de chauffage, c'est ça ?
- Hmhm, » acquiesça Stiles. Il sentit Derek bouger pour le réinstaller contre lui, deux bras forts autour de son corps, un nez dans ses cheveux qui inspirait profondément, une jambe emmêlée aux siennes. Stiles était à moitié allongé sur Derek, sa tête dans le creux de son épaule. Il sentait le cœur de son loup battre contre son propre torse, il comptait les battements, remarquait les irrégularités. « Est-ce que tu comptes les battements de mon cœur, ou est-ce que je suis bizarre ? » demanda-t-il.
Il y eut un court silence avant que Derek ne réponde. « Parfois oui. C'est ce que tu es en train de faire ?
- Je le sens battre. Hum, maintenant, je le sens battre plus vite, » s'amusa Stiles.
« La ferme, » rétorqua Derek en resserrant son étreinte autour de son petit-ami. Celui-ci se contenta de rire.
Il tourna la tête et ouvrit finalement les yeux pour le regarder, appréciant les pointes de rouge sur ses joues. « Tu aimes que je compte les battements de ton cœur ?
- Arrête de me faire passer pour un taré.
- J'aime que tu comptes les battements du mien, » dit Stiles et Derek lui lança un regard peu impressionné. « Ça me donne l'impression qu'on veille sur moi, » explicita-t-il, parce qu'il connaissait la raison exacte de la chaleur qui naissait au fond de lui quand il pensait que Derek faisait attention à ce détail. Et il voulait que son loup le sache.
Les yeux bleu-gris papillonnèrent. Une des mains de Derek remonta jusqu'au visage de Stiles pour écarter une mèche de cheveux bruns qui était tombée en travers de son front. « Je veille sur toi, » murmura-t-il.
Quelque chose s'illumina dans les yeux bruns et Stiles sourit doucement. « Je sais. »
Il bougea dans l'étreinte du loup et celui-ci le laissa faire. Il s'appuya d'une main de l'autre côté de la tête de Derek et se baissa jusqu'à ses lèvres. Ce n'était d'abord pas grand-chose, un baiser presque chaste qui envoyait des frissons le long de la colonne vertébrale du loup, un de ces baisers qui n'étaient plus nouveaux entre eux mais auxquels Derek avait du mal à s'habituer. Un baiser lent où Stiles goutait petit à petit à la douceur du toucher d'autres lèvres contre les siennes, incertain, hésitant.
Puis, Stiles approfondit les choses, s'appuyant un peu plus sur le corps de Derek, laissant celui-ci s'allonger sur le dos alors que le plus jeune posait son autre main sur son torse pour se stabiliser au-dessus de lui. Il goutait les lèvres de son petit-ami du bout de sa langue, puis goûta à l'intérieur de sa bouche, joua avec ses lèvres jusqu'à ce que Derek les sentent s'engourdirent. Il fut incapable de ne pas répondre au baiser, montant une de ses mains à la nuque de Stiles pour l'attirer aussi près que possible. La main de Stiles qui s'appuyait sur lui descendit jusqu'au bord de son t-shirt, déjà relevé contre son ventre, et toucha la partie exposée de sa peau. Il sentit une chaleur grandir dans son bas-ventre. Il allait s'écarter quand Stiles passa une jambe de l'autre côté de son corps, se plaçant à califourchon sur son loup. Alors, Derek se redressa, jusqu'à être presque assis, entrainant Stiles avec lui. Ce dernier ne bascula pas complètement en arrière parce que son loup le retint d'un bras.
Leur baiser rompu, ils plongèrent leur regard dans celui de l'autre, tous deux essoufflés, les joues et les lèvres rouges. Stiles passa la langue sur ses lèvres et Derek ne pouvait que voir combien ses pupilles étaient dilatées. Il ferma les yeux et prit une grande inspiration pour se calmer, ce qui s'avéra être une terrible idée alors que son esprit se remplissait de l'odeur de Stiles, ne le rendant qu'un peu plus fou.
Une main se posa contre sa joue et Derek ouvrit les yeux. « Ça va, » chuchota Stiles. Puis, il prit le bord de son t-shirt dans ses mains et le passa par-dessus sa tête. Comme Derek resta immobile, il prit ses mains et les posa contre les côtés de son torse. Après un moment d'hésitation, les mains du loup commencèrent à caresser la peau abimée. Sous ses doigts et ses paumes, Derek pouvait sentir les cicatrices qui marquaient le corps de Stiles. Une de ses mains monta jusqu'au cœur de Stiles, ses doigts s'écartèrent pour toucher les quatre lettres à jamais gravées là. Il baissa les yeux sur elles et elles lui apparurent toujours aussi horribles.
Il releva les yeux dans ceux de Stiles, calmes, qui l'observaient. « Tu n'es à personne, » dit-il, parce qu'il avait besoin d'être certain que l'homme qu'il aimait le sache.
Ce dernier sourit doucement et hocha lentement la tête. « Je suis à moi, » confirma-t-il, sur le ton d'une vieille réflexion cent fois répétée dans sa tête, quelque chose qu'il avait finalement acquis et qui fit sourire Derek.
Lorsque Stiles se pencha à nouveau pour l'embrasser, Derek répondit à son baiser sans hésitation. Il laissa son petit-ami lui enlever son propre t-shirt, il le laissa embrasser son cou alors qu'il se rallongeait sur le matelas. Il restait aussi alerte que possible aux battements de son cœur, au rythme de sa respiration. Il ne pouvait s'empêcher, régulièrement, de demander, « Stiles –
- Ça va, » répondait-il sans même écouter la fin de la question. Et Derek ne trouvait aucun mensonge dans ses mots, alors il prenait le visage de Stiles entre ses mains et l'embrassait, puis son cou, tout en laissant ses mains découvrir son dos et son torse. Il ne sentait même plus les cicatrices sous ses paumes, seulement de la chaleur. Tout avait beau être rapide, Derek avait l'impression que rien n'avait jamais été plus lent et attentionné. Il savait qu'il n'avait jamais prêté autant d'attention dans un moment pareil.
Alors, il sentit immédiatement l'odeur âcre de la panique et entendit instantanément le cœur de Stiles changer de rythme lorsque ses mains se posèrent sur la ceinture de Derek. Il rompit leur baiser et se redressa, mais Stiles posa les mains sur ses épaules pour l'arrêter et parla plus vite que lui. « Non, attends, je sais que je peux le vouloir. Je le sais, il faut juste que –
- Stiles –
- Non, écoute, » l'arrêta le plus jeune. Ses yeux étaient légèrement écarquillés, son souffle court et Derek ne savait plus à quoi attacher ce qu'il voyait. « J'en ai eu envie, une fois, pendant que j'étais parti. Je l'ai voulu, j'ai – je me suis touché en pensant à toi et c'était – c'était bien. Je ne savais même pas que ça pouvait être bon, que je pouvais ressentir ça, mais ça l'était et –
- Stiles, » grogna Derek en fermant les yeux. Il n'arrivait pas à croire que Stiles puisse dire ça. Il ne pouvait pas croire en son ton presque désespéré, qui le suppliait de ne pas arrêter. Il se sentait bouillir de l'intérieur et était affreusement conscient du corps brulant de Stiles contre le sien, de leur position, des mots de Stiles, de la façon dont leurs odeurs étaient déjà mélangées. Il ouvrit les yeux, mais regarda le plafond, essayant de bloquer les images que son esprit lui envoyait, ces choses auxquelles il s'était toujours empêché de penser, au goût et à la douceur de la peau de Stiles aux endroits qu'il n'avait pas encore touché, aux son qui pourraient s'échapper de sa gorge, aux expressions que son visage prendrait.
« Derek, » dit Stiles, bougeant légèrement contre lui. Le loup recula, maintenant son petit-ami à bout de bras et celui-ci soupira d'agacement. « Derek, je peux en avoir envie.
- Mais tu n'en as pas envie maintenant, » répondit-il à travers ses dents serrées. Il n'avait pas besoin de demander, il savait que Stiles n'en avait pas vraiment envie, il savait l'odeur que quelqu'un dégageait lorsqu'il en avait envie. Penser à ça aida Derek à reprendre ses esprits. Il baissa à nouveau les yeux sur son petit-ami qui secouait la tête, sourcils froncés, l'agacement évident sur son visage.
« Si je pouvais seulement me rappeler comment je – si – si j'essayais – » Il s'interrompit, incapable de continuer et regarda Derek avec frustration. Face à ce regard, le loup avait l'impression qu'il lui reprochait quelque chose.
Alors, soudainement, Stiles saisit son visage, se rapprocha et le plaqua contre la tête de lit, l'embrassant à pleine bouche, rapidement, maladroitement, comme s'il était désespéré de le sentir contre lui. Si Derek ne connaissait pas la saveur d'un vrai baiser de Stiles, il aurait peut-être pu y croire. Il le repoussa et utilisa juste assez de force pour le faire basculer à côté de lui. Puis, il le lâcha et se tourna pour se lever. Il venait de s'assoir au bord du lit, les pieds sur le sol, quand les bras de Stiles s'enroulèrent autour de lui et que son front se posa contre son épaule.
Derek s'immobilisa. Il sentait dans la façon dont Stiles le tenait qu'il ne devait pas s'écarter. Celui-ci n'essayait plus rien, ne disait plus rien, il l'empêchait juste de partir.
« Je suis désolé, » furent les mots qui vinrent finalement, étouffés et chauds contre son épaule nue. Derek posa ses bras par-dessus ceux de Stiles. « C'est juste … je ne peux pas les laisser me prendre ça, tu comprends ? Pas en plus de tout le reste. Ils ont eu ça et je veux que tu l'ais aussi. Je veux que tu ais tout ce qu'ils ont eu.
- Stiles, arrête.
- Ils ont pas le droit de garder ça. C'est à moi de choisir. Ça m'appartient de choisir à qui me donner. Je peux pas supporter qu'ils – c'est – je – et je –
- Stiles, » l'interrompit à nouveau Derek, plus fermement. Il quitta l'étreinte de Stiles pour se tourner vers lui. Le plus jeune tomba assis à côté de lui, et Derek l'entoura de ses bras pour planter son regard dans le sien. Les yeux bruns étaient voilés d'humidité. « J'ai eu plus de toi qu'ils n'auraient jamais pu rêver obtenir. » Stiles se figea, le regardant sans comprendre. « Ils n'ont rien de toi. Ils ne peuvent rien garder parce qu'ils n'ont jamais rien eu. Tu es plus, bien plus que ta capacité ou non à coucher avec quelqu'un. Tu as tellement plus de valeur que ça. Et ils ne pourront jamais imaginer à quel point. »
Quelque chose se passa au fond des yeux de Stiles, une révolution à laquelle Derek n'avait pas accès. Alors il attendit.
« Tu penses que j'ai de la valeur ? » demanda finalement Stiles, d'une voix brisée qu'il n'essaya pas d'arranger, comme si ça n'avait plus d'importance maintenant.
Derek cligna plusieurs fois des yeux, si étonné qu'il ne trouva d'abord aucun mot. « Évidemment, » murmura-t-il hébété. « Tu … tu en as tellement. »
Mais malgré l'évidence du ton de Derek, Stiles ne comprenait pas. « Pourquoi ? » Il connaissait sa valeur, celle d'un humain pour un loup, c'est cette valeur qui lui avait permis de ne pas mourir. Mais ce loup-ci, son loup, semblait avoir une toute autre définition de cette valeur.
« Je ne sais pas si j'arriverais à l'expliquer, » répondit Derek, parce qu'expliquer à Stiles sa valeur, c'était comme expliquer pourquoi il l'aimait.
Stiles fronça légèrement les sourcils, quelque chose au fond des yeux qu'il n'arrivait pas complètement à cacher. Derek comprit après un instant que c'était de la peur. « Est-ce que tu peux essayer ? »
Derek resta figé une seconde. De toute sa vie, jamais la magie ne l'avait intéressé, mais à cet instant, il aurait aimé pouvoir faire disparaitre cet amas d'émotions hurlantes qui torturait Stiles et lui faire comprendre tout ce qu'il représentait pour lui d'un claquement de doigts. Mais il ne pouvait pas. Ils n'étaient pas magiques et ils n'avaient que des mots hésitants à donner.
« Tes mots, » dit alors Derek. « Aucun d'eux n'a jamais eu tes mots, si ? Ils n'ont jamais été assez intelligents pour t'écouter, si ? Ils n'ont aucune idée de combien ces mots sont précieux. Ils ne savent pas toutes ces choses que tu as à dire, ne savent pas comment fonctionne ton esprit et – oh bordel, ton esprit est si génial, Stiles. Je n'ai jamais rencontré une seule personne avec un esprit comme le tien, personne qui ne pense comme toi, aussi vite, aussi … spécialement. Tu es spécial. Ils pensent que tu n'es qu'un corps et ils n'ont aucune idée de tout ce que tu as en toi, et tu as tellement de choses en toi que je me demande même comment tu as la place d'avoir tout ça. Tu – tu me donnes l'impression d'être un abruti. Tu penses à tellement de choses, tu additionnes tellement d'idées les unes aux autres, et moi, je peux juste t'écouter quand tu fais ça, parce que c'est magnifique. Et je ne veux jamais m'arrêter de t'écouter. Je veux passer chaque seconde de mon existence à entendre ta voix. C'est … c'est ça que j'aime chez toi. Je crois que c'est pour ça que je suis tombé amoureux de toi. »
Derek ne savait pas qu'il allait dire ces mots avant de les avoir prononcés. Mais, même avec le souvenir de la dernière fois qu'il avait dit ça, il n'avait pas envie de les reprendre, pas cette fois. Lorsque les larmes remplirent les yeux de Stiles, il sut que ce n'était pas comme la dernière fois. Il savait que Stiles n'allait pas le repousser ou hurler.
« Seulement mes mots ?
- Je pourrais t'écouter parler pour le restant de mes jours et ne jamais vouloir rien de plus de toi. »
Stiles ferma les yeux et deux larmes tombèrent le long de ses joues. Il resta immobile, mais ne trembla pas. Derek collecta d'une main les deux gouttes salées. « Est-ce que je peux –
- S'il-te-plait, prends-moi dans tes bras, » le coupa Stiles. Derek s'exécuta, resserrant son étreinte autour du corps fatigué et le laissant se reposer contre le sien. Stiles enfouit sa tête dans son cou, ses bras passèrent sous les siens et remontèrent pour que ses mains agrippent ses épaules. Il prenait de profondes inspirations et son cœur tambourinait contre sa poitrine, si fort que Derek le sentait contre la sienne. Il embrassa le haut de sa tête avant de reposer son menton dessus.
La voix de Stiles vint comme un murmure contre son cou. « Je ne sais pas si je … si je pourrais un jour –
- Je te l'ai dit, ça n'a aucune importance. Demande-le-moi une centaine de fois et tu auras toujours la même réponse. » Et Derek était prêt à lui dire mille fois, dix-milles, un million, autant que nécessaire pour que Stiles finisse par le croire. Du moment qu'il pouvait l'écouter parler, le prendre dans ses bras et le regarder s'endormir et sourire et vivre, Derek se fichait du reste.
Stiles se redressa, juste assez pour regarder son loup dans ses yeux. Au-delà des restes de peur, il y avait une sorte de détermination.
Stiles serra les mâchoires, parce qu'il savait qu'il était fou, il savait qu'il se tenait au bord du précipice, sans en avoir plus rien à faire de se briser le cou. Il prit le visage de son loup entre ses mains, ses pouces caressant doucement ses pommettes, et il sauta. « Je t'aime, Derek. »
Derek se fichait de tout, du moment qu'il pouvait entendre Stiles dire ça encore une fois. Encore une centaine et peut-être un millier de fois. Il commença à croire qu'au fond, il avait un peu de chance.
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