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Chapitre 28 : Et soudain, tout avance
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Derek se réveilla et resserra instinctivement le bras autour de Stiles. Celui-ci gémit dans son sommeil et se retourna vers lui, tournant sa tête pour que son souffle chaud chatouille la gorge de son loup. Après avoir embrassé le haut de sa tête, Derek quitta son étreinte et la chaleur de la couverture pour se lever. Il regarda son petit-ami se réinstaller, s'allonger face au matelas et saisir l'oreiller abandonné pour y enfoncer son visage, et il se dirigea jusqu'à la cuisine pour préparer le petit-déjeuner.
Ce fut au son du grille-pain que Stiles se réveilla. Il fut momentanément perdu. Il sentait l'odeur de Derek, il était entouré de chaleur, mais son loup n'était plus allongé avec lui. Toujours à moitié endormi, les cheveux en bataille et les yeux à moitié fermés, Stiles avança jusqu'à la cuisine, se planta derrière Derek et l'entoura de ses bras en posant son nez contre sa nuque.
« Bonjour, » dit Derek, sourire aux lèvres. Stiles ne répondit que par un grognement. « Tu as faim ? » Le plus jeune se pencha pour voir le contenu de la poêle et sourit.
« Je meurs de faim.
- Ça ne va pas être très pratique si tu restes comme ça, » remarqua Derek alors qu'il tendait le bras pour attraper un saladier posé plus loin sur le plan de travail et que Stiles ne bougeait pas, restant accroché à lui, l'empêchant de l'attraper.
Stiles eut une exclamation moqueuse. « Hier, tu as dit que tu ne voulais jamais que je m'éloigne. » Derek leva les yeux au ciel sans pouvoir s'empêcher de sourire. « Je ne fais que te faire tenir parole.
- Je n'ai jamais dit que je voulais que tu t'éloignes, » répondit Derek bougeant dans l'étreinte de Stiles, l'attrapant et enroulant un bras autour de sa taille pour le forcer à se tenir à côté de lui. Il embrassa rapidement son front. « Tu vois ?
- Et comment ça t'aide à –
- Est-ce que tu peux me passer le saladier, s'il te plait ? » Stiles rit, mais tendit le bras pour prendre le récipient et le lui tendre. « Merci.
- Lydia m'a dit de faire gaffe à toute sorte de codépendance, » dit Stiles, plaisantant à moitié.
Derek leva les yeux au ciel. « Laisse-moi être co-dépendant avant mon café, tu peux t'enfuir où tu veux après ça. » Stiles rit et son loup déposa un baiser sur sa tempe.
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« Stiles ? » marmonna Derek en se réveillant, alors que son petit-ami semblait se battre pour quitter ses bras. Il le laissa partir, mais commença à se redresser quand il l'entendit repousser la couverture.
« Ça va, » dit Stiles d'une voix étranglée. Derek s'étouffa sous l'odeur acre de peur. « Rendors-toi. » Il se leva, chancela et se rattrapa d'une main sur le lit. Il sembla hésiter un instant entre se diriger vers la salle de bain ou la fenêtre. Derek était maintenant complètement réveillé et s'assit dans leur lit.
« Stiles –
- Redors-toi, » dit-il à nouveau et Derek pouvait entendre ses larmes ruisseler dans sa voix. Alors que Stiles se dirigeait vers le balcon pour ouvrir la porte et pénétrer la fraicheur nocturne, Derek se leva et l'y suivit.
« Cauchemar ? » demanda-t-il, s'arrêtant à l'entrée du balcon pour laisser de l'espace à Stiles. Celui-ci était appuyé sur la rambarde et se contenta d'acquiescer. Il ne dit pas à Derek de retourner se coucher, il savait que c'était inutile. « Tu as froid ? » demanda le loup, parce que Stiles tremblait. Ce denier secoua la tête, car ce n'était pas un froid qu'une couverture arrangerait.
« Je déteste quand les mauvais jours reviennent, » murmura Stiles, comme à contre-cœur, car il ne voulait pas l'avouer à voix haute.
« Pense qu'ils s'en vont toujours au bout d'un certain temps. » Stiles fronça les sourcils. Il ne regarda pas Derek, car il savait ce qu'il verrait sur son visage, une légère grimace à ses propres mots, car le loup avait du mal à être un optimiste. Mais il essayait, et Stiles l'aimait aussi pour ça.
« Tu as raison, j'ai froid, » dit-il quand la vivacité de son cauchemar commença à s'effacer. Derek se leva et entoura ses bras autour de lui, plaquant doucement le dos de Stiles contre son torse. Celui-ci se laissa aller en arrière, se reposant sur son loup. Ce n'était pas toujours assez pour le faire se sentir bien, mais le sentiment de sécurité que cela lui apportait arrivait à lui faire croire que c'était le cas.
« J'ai lu quelque chose sur les étoiles hier, » dit Derek, et Stiles savait que c'était faux, parce qu'il le lui aurait dit plus tôt si c'était vrai. Mais il sourit, et demanda à son loup de le lui dire. « Tu sais que les signes astrologiques sont liés à des constellations ? En fait, il n'y a aucun rapport entre les dates et ces étoiles … » Quand ils finirent par rentrer à l'intérieur, le jour avait avalé toutes les étoiles.
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Le bonheur était étrange. C'était une chose qui apparaissait dans votre vie sous une forme méconnaissable avant de vous sauter à la gorge. Le bonheur était parfois violent. Et il était changeant, disparaissant et réapparaissant à sa guise, vous laissant addicte, vous laissant en larme. Derek connaissait l'esprit changeant de ce sentiment depuis longtemps, connaissait la force de la douleur qui venait en le perdant. Mais en voyant Stiles bruler un troisième pancake avec une expression misérable sur son visage, Derek accepta toute potentielle douleur future, juste pour pouvoir pleinement ressentir les centaines de bulles de joies qui explosaient en lui.
« D'accord, je ne pourrais jamais être chef, » déclara Stiles, vaincu.
Derek sourit. « Pas avec cet état d'esprit. » Il se fit foudroyer du regard, et Stiles versa à nouveau de la pâte dans la poêle chaude.
Ses yeux se portèrent sur le haut de l'étagère, sur une branche morte dont toutes les fleurs avaient fané. Le bonheur n'était pas le seul sentiment à vous frapper avec la force d'un boulet de canon sans aucun avertissement. « Je dois aller quelque part.
- Je suis cuisine si mal que j'ai réussis à te couper l'appétit ?
- Si je ne fais pas ça maintenant, je ne le ferai jamais. » Stiles se retourna vers son loup et suivi son regard. Après quelques secondes, il hocha silencieusement la tête. Derek se leva et avança jusqu'à l'étagère pour prendre la branche posée à son sommet. Il se retourna pour voir que Stiles l'observait. « Ton pancake brule.
- Un de plus, un de moins, » dit-il avant d'écarter la poêle du feu. « Je crois que je vais éviter de cuisiner pendant que tu n'es pas là, » décida-t-il en hochant la tête. Derek sourit, puis quitta l'appartement.
Il ne pensait pas qu'il resterait bloqué devant l'entrée du cimetière, incapable de faire un pas à l'intérieur comme si on avait tracé une ligne de cendres de sorbier pour l'empêcher d'y pénétrer. Il fit bouger plusieurs fois la branche dans sa main. Puis, en expirant tout l'air qu'il avait dans ses poumons, il entra et traversa le cimetière jusqu'à l'allée, excentrée, où reposait sa famille.
Il avait l'impression d'avoir seize ans et de porter un costume noir ridicule. Il resserra sa main autour de la branche comme il l'avait alors resserrée autour de celle de Laura. Il ne baissa pas les yeux sur les tombes, ne regarda pas les noms, ni les années. Il avança jusqu'à la dernière de l'allée, celle dont le marbre était différent des autres, celle dont la date butoir était différente. Il regarda la première date en songeant qu'elle serait un jour sur une autre pierre, la sienne. Les choses n'étaient pas censées être ainsi. Il fut surpris en trouvant un fin bouquet de marguerites fanées posé au pied du marbre. Il laissa ses yeux dériver sur le reste de l'allée pour voir qu'il y en avait un sur chacune des tombes. Ses dents se serrèrent et il détourna le regard sur la tombe de sa sœur.
« Désolé de ne pas être venu plus tôt. » Désolé de n'être jamais venu. « C'est … c'est pour toi, » dit-il en levant légèrement la branche. « C'était du magnolia, tu l'aurais adoré. » Il ne se sentait pas capable de poser la branche, de la laisser quitter sa main. Il ne voulait pas tourner cette page. Une part de lui s'était attachée à cette douleur, et il n'était pas sûr de ce qui prendrait sa place s'il la laissait partir. « Ça fait … » il soupira, « ça fait quatre ans. » Quatre ans et il n'avait toujours pas tourné la page. En moins de deux ans, Stiles avait livré tous ceux qui lui avaient fait du mal. Et Stiles pensait devoir apprendre de lui ?
« J'essaie, tu sais. Et je crois que je commence à y arriver. Tu te souviens du nombre de fois où tu m'as demandé de tout faire pour aller mieux ? De me laisser une chance ? » demanda-t-il. Il savait que sa sœur n'était pas là pour l'écouter. Les morts avaient mieux à faire. « Je suis heureux. Ça m'a pris un moment, mais je suis heureux. » Il réfléchissait, mais ne savait pas quoi dire. « Tu adorerais Stiles. Il passe son temps à lire et à parler et il … il veut rester. J'ai tellement pris l'habitude que les gens prennent et partent que j'avais oublié que certains pouvaient vouloir rester. » Derek fronça les sourcils, réalisant que Stiles aussi avait été utilisé et laissé. « J'aurais aimé que tu le connaisses. »
Il réfléchit à nouveau, regardant la branche qu'il tournait entre ses mains. « Si tu étais là, tu me dirais que j'ai encore beaucoup de chemin à faire. » En prenant une profonde inspiration, il posa la branche au sommet de la pierre tombale. « J'y arriverai. »
Il voulait partir, mais ses pieds le gardaient profondément ancré dans le sol. « Tu me manques, » murmura-t-il. Il se racla la gorge et son regard passa sur les autres tombes. « Vous me manquez tous. »
Il quitta le cimetière et resta un moment derrière le volant de sa voiture, sans démarrer, sans quitter le parking, sans rien faire que de regarder les grilles d'entrée du cimetière. Il finit par prendre son téléphone et envoyer un message à Stiles.
Tu es toujours à l'appart' ?
Je suis au café. J'essaie de voir pendant combien de temps je peux squatter le comptoir avant que ta sœur ne me dise de foutre le camp.
Derek sourit à son écran.
Je croyais que ta résolution était qu'elle t'apprécie ?
J'ai changé d'avis. C'est trop bizarre qu'elle me sourît.
Derek secoua la tête en riant doucement. Durant les trois derniers mois, Cora et Stiles avait développé une étrange forme d'amitié, si on pouvait le qualifier ainsi. Sa sœur était passée d'une tolérance à peine civile à sourire lorsqu'elle croisait Stiles. Il savait qu'il ne devait pas être étonné du rapide changement d'humeur de sa sœur, son opinion des gens ne connaissait aucune nuance, juste deux grands aplats de noir et de blanc. Stiles semblait avoir compris que les différentes teintes de haine qu'exprimaient les yeux de Cora formaient un langage à elles seules, et que c'était avec cette langue que la jeune fille était la plus habile à s'exprimer.
Tu es bizarre
Stiles sourit à son téléphone. Puis, Cora arriva et posa ses bras croisés sur le comptoir, relevant un sourcil dans sa direction. « Alors ?
- Je crois que j'ai encore besoin d'une minute, » répondit-il en relevant légèrement le menu qu'il tenait dans la main.
La jeune fille soupira, laissant tomber sa tête, et ses longs cheveux bruns tombèrent devant son visage. Stiles se mordit l'intérieur de la lèvre. Elle lui prit le menu de la main et le posa à plat entre eux, puis en désignant une à une les boissons chaudes du doigt, elle dit, « Tu ne bois pas de café, donc il reste thé ou chocolat chaud. Tu as testé tous les thés qu'on vend, tu n'en aimes aucun, donc … » Stiles fit semblant de ne pas comprendre. « Donc prend un chocolat.
- Je crois que je préfère réfléchir encore un peu. »
Même en se mordant l'intérieur de la lèvre, il ne pouvait empêcher les coins de sa bouche de s'arquer en un sourire. Les yeux de Cora se réduisirent à deux fentes. « Je sais ce que tu fais. Je te virerai pas d'ici. » Stiles haussa les sourcils et Cora partit s'occuper de deux clients qui venaient d'arriver. Ils se tenaient la main et avaient des sourires béats dès que leurs regards se croisaient. Cora leva les yeux au ciel quand ils furent trop occupés à regarder la carte pour la voir. Stiles sourit.
J'ai fini dans 2 minutes
Cora déchira la note de son calepin et la donna à Malia. Puis, elle revint vers Stiles. « Dis-moi que tu as choisi.
- Hmm, non pas encore. Mais je me demandais, t'as prévu quelque chose avec Isaac pour les vacances de printemps ? »
Le regard de la jeune fille resta fixe sur lui, comme si elle n'avait pas entendu ce qu'il venait de dire. « Dégage de mon café. »
Stiles posa la carte et partit, attendant d'être sortit pour rire. C'était une bonne journée. Le ciel était d'un bleu profond, annonçant l'été, mais l'air était assez doux pour être supportable. Il envoya un message à Derek en marchant jusqu'à sa Jeep.
Mission accomplie ! Maintenant j'ai juste à passer à la station de police. J'ai un service à rendre à Lydia.
J'ai trop peur pour demander.
Stiles sourit en enclenchant le contact.
Elle veut l'appeler, mais elle veut être sûr qu'il est entouré de ses collègues avant. J'ai pas demandé pourquoi.
Il savait que Derek n'aurait pas non plus envie de savoir pourquoi. Il posa son téléphone entre les sièges. Celui-ci vibra alors qu'il était sur la route, mais il attendit d'être garé devant la station pour regarder.
Rejoins moi à l'appart' quand tu auras fini d'être une horrible personne.
Stiles devrait probablement apprendre à arrêter de sourire comme un abruti dès il recevait un message de son petit-ami. Mais c'était une bonne journée, et Stiles ne savait pas quand viendrait le prochain mauvais jour, alors il continua de sourire.
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L'été s'était lentement infiltré à Beacon Hills, augmentant les températures sur le thermomètre alors que le soleil brillait de plus en plus fort dehors. Ils laissaient les fenêtres du loft ouvertes le soir, et sortaient quand le soleil était couché, s'allongeaient sur le capot de la Camaro en regardant les étoiles depuis le haut des falaises qui entouraient la ville et parlaient. Durant la journée, Stiles évitait de sortir, simplement à cause de la chaleur. C'était difficile de porter des manches longues sous un soleil de plomb. Mais quand il eut fini le dernier livre qu'il n'avait pas encore lu au loft, il prit son courage à deux mains et sortit jusqu'à la librairie. Il pensait y aller en marchant, mais abandonna en arrivant au bas de l'immeuble et prit sa Jeep. Il roula fenêtres ouvertes. L'air chaud qui s'engouffrait dans l'habitacle lui rappelait celui du bord de mer, sans l'odeur de sel.
Il resta longtemps dans la librairie, profitant de l'air conditionné, glissant le bout de ses doigts sur le dos des livres, lisant titre après titre et auteur après auteur. Il passa dans les romans et en prit deux, passa dans la section astronomie et décida entre trois livres simplement par leur couverture, choisit un livre d'histoire, retourna dans les romans pour en revenir avec un recueil de nouvelles.
« Stiles, » l'interpela Heather depuis la caisse après qu'un client soit parti. « On a reçu le policier que tu as commandé. » Il déposa les autres livres sur le comptoir et elle y ajouta sa commande. « Où tu trouves le temps de lire tous ces trucs ?
- Je n'ai pas grand-chose d'autre à faire de mes journées, » admit-il. Il comptait passer les examens de fin d'année dans quelques semaines, pour être officiellement diplômé du lycée, même s'il n'y avait jamais mis les pieds. Du moins jamais de jours ou pour étudier. Mais même avec ça, il lui restait du temps pour lire.
« Et être libraire ça t'intéresserait ? » Il la regarda d'un air surpris. « Dès septembre, je serai à New York, David cherche quelqu'un pour me remplacer. T'as pas à me répondre tout de suite, mais si jamais ça t'intéresse, fais-moi signe. Tu viens tout le temps de toute façon, tu connais la boutique. »
Il paya et quitta le magasin avec une impression étrange. Il fut aveuglé par le soleil dès son premier pas dehors.
À peine eut-il fermé la portière de la Jeep que son téléphone sonna. « Allô ?
- Stiles, où est-ce que tu es ? » demanda Derek à l'autre bout de la ligne.
« À la librairie. Je t'ai laissé un mot sur la table, » précisa-t-il en tournant la clé de contact pour ouvrir les fenêtres. Il bascula la tête en arrière, il faisait beaucoup trop chaud pour un mois de juin.
« Je ne suis pas au loft, je suis à la clinique, » répondit Derek. « On a un truc bizarre ici, tu peux venir ?
- J'arrive tout de suite, » dit-il avant de raccrocher et de rouler jusqu'à la clinique. Après s'être garé, il avança jusqu'au bâtiment gris clair. Il devait plisser les yeux, le soleil se réfléchissant contre les vitres et les marches de bêton. « Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda-t-il en entrant dans la salle d'opération de la clinique, où se trouvait déjà Parrish, Derek et Deaton.
Derek lui tendit une pile de photo en grimaçant. Il semblait ravi de s'en débarrasser et croisa les bras sur sa poitrine. Le sheriff lui répondit alors que le plus jeune feuilletait rapidement les photographies. C'était des photos d'autopsie, une mort qui allait certainement être classée sous l'étiquette d'une attaque animale, une de plus. « On a trouvé ce corps dans les bois, à la lisière de la réserve. Mais les traces sont étranges. »
Stiles tomba à ce moment sur la photographie en gros plan de traces de morsures. « Ce n'est pas un loup, » remarqua-t-il tout de suite.
Parrish soupira. « Je croisais les doigts pour que tu ne confirmes pas, » dit-il. « Une idée de ce que ça pourrait être ? » Stiles baissa à nouveau les yeux sur la photographie avant de hausser une épaule. Il n'était pas spécialiste, malgré tout ce qu'il avait lu ces derniers mois, alors il tendit le paquet à Deaton, même s'il se doutait que le docteur les avait déjà vues.
« Veux-tu bien m'aider à chercher ? » demanda Deaton en posant les photographies sur la table d'opération et se tournant pour prendre deux larges classeurs.
Stiles aurait demandé s'il n'était pas possible que ce soit seulement un animal sauvage s'il n'avait pas vu que le cœur manquait sur les images. Il s'assit à côté de Deaton et feuilleta le classeur, cherchant quelque chose qui aurait pu commettre le meurtre, puis comparant les marques de dents. Parrish et Derek discutaient dans la pièce d'à côté de ce qu'ils pouvaient faire en attendant, puis ils partirent là où le corps avait été trouvé en appelant Malia et Cora.
Après une heure, Stiles soupira et retomba en arrière sur le dossier de sa chaise. « Un jour je vais mettre tout ça sur ordinateur, ça ira plus vite pour chercher quelque chose.
- Je préfère le papier, » répondit calmement Deaton.
Stiles regarda à nouveau les photographies, s'arrêtant sur celle du torse. Il n'y avait pas une seule marque de griffure, seulement des morsures, sur tout le corps. Il songea au fait que ces blessures ne cicatriseraient jamais complètement, laisseraient des traces à moitié effacées, puis réalisa qu'il regardait un corps mort qui ne guérirait pas de toute façon. Il reposa les feuilles et tira le classeur vers lui. Son regard accrocha celui de Deaton qui l'observait. Il fixa l'homme quelques secondes, remarqua la légère inquiétude dans ses yeux et comprit qu'il avait dû avoir l'air hanté pendant quelques secondes.
Il se força à détourner le regard sur les fiches du classeur, mais les releva aussi discrètement qu'il put sur le vétérinaire quand il l'entendit écrire quelque chose. Deaton déchira un carré de papier d'une feuille vierge et le fit glisser vers Stiles.
Celui-ci observa le morceau un instant, remarqua le numéro de téléphone et regarda à nouveau Deaton. « Tu as rencontré ma cousine au nouvel an dernier. Elle est psychologue, et elle connait l'existence du surnaturel, évidemment.
- Vous pensez que j'ai besoin d'un psy ? » demanda Stiles, d'un ton neutre.
« Je sais que beaucoup de tes amis en ont eu besoin, » répondit simplement Deaton. « Y compris Derek. » Stiles haussa les sourcils avec surprise. Quand il y réfléchissait, il réalisa que son loup y avait peut-être, une fois, fait très vaguement référence.
Deaton était retourné à ses recherches quand Stiles prit le bout de papier pour le glisser dans la poche de son jean.
Deaton devait parfois s'absenter pendant des rendez-vous, alors Stiles s'était installé dans le fond de la salle d'attente qui n'était jamais occupée. Le vétérinaire revenait dès qu'il avait fini. Ils n'avaient toujours rien trouvé quand Derek rentra. Celui-ci mentionna une odeur de soufre et Stiles soupira en regardant les pages qu'il avait marquées jusqu'ici. Aucune de ces créatures n'avait de lien avec une odeur de soufre. Après une autre heure, alors que le soleil commençait à descendre sur l'horizon en faisant rougir le ciel, Derek et Stiles partirent chercher de quoi manger en prévision d'une nuit de recherche à la clinique. Ils croisèrent Cora sur le parking qui leur fit un signe de la main avec un sourire en descendant de sa voiture.
Ils venaient de commander des pizzas et attendaient devant le restaurant, profitant de l'air qui se rafraichissait. « Tu penses que j'ai besoin d'un psy ? » demanda-t-il.
Derek tourna la tête vers lui, surpris de la question qui semblait venir de nulle part. « Deaton m'a donné le numéro de sa cousine. » Alors le loup hocha lentement la tête.
« Ça peut aider, » répondit seulement Derek après quelques secondes de réflexion. « Ça m'a aidé, » ajouta-t-il. Il lança un rapide regard vers son petit-ami pour voir sa réaction.
Stiles garda un visage neutre. « Oui, Deaton m'a dit que tu l'avais vue. Toi et d'autres.
- On y est pratiquement tous passé, » confirma Derek. « C'est plutôt rare comme opportunité. Si on allait voir n'importe quel psy et qu'on lui parlait de ce qu'on a vécu, il nous enverrait à l'asile pour les mauvaises raisons. » Stiles ne put s'empêcher de rire légèrement.
« Donc tu penses que je devrais y aller ? » demanda-t-il en tournant la tête vers lui. Derek lui rendit son regard, immobile et silencieux pendant un moment avant qu'il ne hoche la tête.
« Je pense que ça peut t'aider. Je ne suis pas psy. Je peux te faire te sentir en sécurité, mais je peux essayer autant que je veux, il y a des choses pour lesquelles je ne peux pas t'aider. » Stiles hocha la tête lentement. Puis, il détourna le regard sur le haut du bâtiment en face d'eux. Le soleil avait disparu derrière lui, les plongeant dans l'ombre, et le ciel changeait au-dessus de leurs têtes.
En regardant son profil, les yeux de Derek s'arrêtèrent sur la longue et fine cicatrice qui barrait désormais la joue de Stiles. Il repensa à la façon dont, un mois plus tôt, le plus jeune avait utilisé son corps comme bouclier pour la fillette alors que l'énorme créature fonçait sur elle. Il le revit rouler sur le côté pour l'éviter. Seule une des griffes du monstre l'avait atteint, barrant sa joue d'une longue coupure. Du sang avait coulé sur son visage mais Stiles ne prêtait attention qu'aux pleures de la petite fille. Il repensa aussi au sourire sur les lèvres de Stiles, une semaine plus tard, quand le loup lui avait dit que la marque resterait. Je n'en avais jamais eu ici. Et c'est une bonne raison d'en avoir une, non ? Derek était sur le point de lever la main pour l'effleurer quand Stiles parla.
« Heather, la fille de la librairie, m'a proposé de la remplacer quand elle partira à New York à la rentrée.
- Tu vas accepter ?
- Tu penses que je devrais ? » demanda Stiles.
Derek haussa une épaule. « Si ça t'intéresse, pourquoi pas ? Tu adores être entouré de livres. » Stiles hocha la tête avant de regarder à nouveau le ciel. « Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Derek.
Stiles se mordit l'intérieur de la lèvre, incapable de clairement définir ce qu'il ressentait. C'était étrange. « C'est comme si tout se mettait soudainement à vouloir changer. » Derek rit dans un souffle et Stiles se tourna vers lui.
Derek souriait comme s'il en savait plus que lui. « C'est comme ça que ça marche, » dit-il. Stiles réfléchit un moment, puis, ses yeux tombèrent de l'autre côté de la route.
Il se leva soudainement. « Je reviens, » dit-il avant de se dépêcher de traverser la route. Il regarda les cartes postales sur les présentoirs tournants, il ne savait même pas que Beacon Hills faisait des cartes postales. Il en choisit finalement une et entra rapidement à l'intérieur pour la payer. Quand il revient, Derek était à l'intérieur, en train de payer les pizzas.
Le loup haussa un sourcil à la carte postale, mais Stiles répondit d'un sourire avant de venir poser un rapide baiser sur ses lèvres. Il prit les pizzas les mains de Derek et s'avança jusqu'à la voiture d'un pas léger. « Tu vas m'expliquer ? » demanda le plus âgé alors qu'ils s'asseyaient dans la Camaro.
Stiles souriait toujours. « Je redémarre, » répondit-il.
Cher Scott, j'ai quelque chose à te raconter …
Ce n'était pas un retour en arrière, ce n'était pas essayer d'être quelqu'un qu'il n'était pas, c'était regarder en face ses peurs, ses appréhensions, cette chose qui s'enroulait autour de ses chevilles pour le clouer sur place quand il regardait le futur hésitant et trouble qui était devant lui, et leur dire d'aller se faire voir. C'était regarder qui il était, cicatrices et larmes comprises, et refuser de s'arrêter là. Il ne serait jamais l'ami que Scott avait imaginé qu'il soit, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas être son ami. Il ne serait jamais un petit-ami parfait, mais ça ne l'empêchait pas d'aimer Derek. Et s'il n'allait jamais à la fac, s'il ne se jetait jamais au milieu d'une foule, s'il n'arrivait pas à arrêter de regarder par-dessus son épaule quand il rentrait la nuit, s'il ne pouvait pas avancer complètement seul, peut-être que ce n'était pas si grave.
Il releva les yeux vers Derek qui n'avait pas encore démarrer la Camaro. Son loup le regardait intrigué, semblant essayer de trouver les morceaux manquant d'un puzzle. Stiles aimait ce regard, car c'était celui qu'il avait toujours avant de lui demander d'énoncer ses pensées à voix haute, celui qui lui laissait savoir que Derek n'en avait jamais assez de lui. Sous ce regard, il croyait à toutes les promesses que son loup lui avait faites, il croyait qu'il le suivrait où qu'il aille.
« Les choses changent, » s'entendit-il murmurer, et il sentit un sourire grandir sur ses lèvres.
« Serais-tu en train de devenir un optimiste ? »
Stiles hocha la tête. Être optimiste lui plairait. Être beaucoup de chose lui plairait. En cet instant, il était pris dans ce sentiment puissant, chaud et envoutant qui vous donne l'impression d'être invincible et que toutes les portes sont ouvertes. Il ne savait pas d'où venait cette soudaine énergie. Il se sentait pousser dans une direction qu'il ne connaissait pas, et il ne voyait rien devant lui à part un épais brouillard. Il ne savait pas où il allait, mais il n'avait pas peur. À quel point était-ce cliché s'il pensait que rien de mal ne pouvait lui arriver tant qu'il se tenait aux côtés de Derek ? Peut-être qu'il vivait pour le cliché. Peut-être qu'il était en train de vivre le cliché d'une fin heureuse, même si rien n'était vraiment en train de se finir. Ça ressemblait au début d'un autre pas en avant.
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Après le précédent chapitre, je ne sais pas si beaucoup d'entre vous s'attendaient encore à avoir une scène de sexe dans cette histoire, mais comme c'est assez naturel dans les fanfics, ça semble logique. Donc, non, comme vous l'avez vu, il n'y a aucune scène chaude entre Stiles et Derek ici. La raison est toute simple, après toute cette histoire, et après avoir écris la scène qui clôturait le chapitre 27, je me suis rendue compte que finir cette histoire par une scène de sexe serait comme dire "voilà, Stiles peut coucher, donc il est guéri, et le but absolu de tout son chemin jusque là était d'en être au final capable". Sauf que non. Le fait qu'il aille bien ou pas, l'avancement de son personnage ne devrait pas se résumer à ça. Comme le fait que toute victime d'abus sexuel n'est pas guérie à partir du moment où elle est à nouveau capable de coucher. Ce n'est pas un indicateur et ça ne doit pas l'être.
Je ne dis pas qu'ils ne passeront jamais à l'acte. Je ne dis pas non plus qu'ils le feront. C'est à vous de voir s'ils le feront un jour ou non, dans un futur proche ou très lointain ou jamais. J'ai ma propre réponse à cette question, mais c'est une réponse qui me satisfait moi et qui est surtout ce que j'ai envie (personnellement) d'entendre. Je ne vous la donne pas, simplement car je ne veux pas effacer la réponse que vous pouvez avoir sur le sujet. Et je ne l'écris pas car sinon, je ne finirai certainement jamais d'écrire cette histoire.
Je sais que la fin est assez douce-amère, que Stiles a encore du chemin à faire, que Derek aussi, et qu'ensemble aussi. Mais j'ai décidé de finir cette histoire à un point où les choses sont stables entre eux, et que le progrès qu'il leur reste à faire semble plutôt certain et optimiste. Je suis désolée si vous trouvez que ce n'est pas une réelle fin car elle laisse des portes ouvertes, mais c'est ainsi que je les aime et aussi la façon dont j'envisage les fins heureuses.
Encore une fois, je vous remercie énormément d'avoir lu cette histoire jusqu'au bout. Savoir que vous avez lu ce que j'ai écris me touche énormément et j'espère ne pas vous avoir trop déçu.
A bientôt j'espère pour d'autres fics sterek, j'ai quelques OS sous la main, si ça vous intéresse.
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