Bonjour !
Sans plus attendre (car je n'ai pas beaucoup de temps devant moi), le nouveau chapitre de cette histoire. Merci à Pauu-aya pour la relecture et JustePaulInHere qui a corrigé ce chapitre. Merci pour les favs, les follows, les reviews.
Chapitre 2 :
Les premiers jours d'Harry chez les Aurors se passèrent merveilleusement bien.
Il commençait le matin à sept heures par des cours avec un professeur et les apprentis en formation. À treize heures il s'arrêtait pour déjeuner, ce qu'il faisait généralement avec des collègues, et ils reprenaient ensuite à quatorze heures directement avec les Aurors sur le terrain jusqu'à seize ou dix-sept heures, suivant les affaires en cours.
Harry était véritablement passionné.
Avant d'entrer dans le monde du travail, il s'était sérieusement posé la question de savoir s'il voulait être Auror pour lui ou pour les autres. Son père aurait sûrement été fier, tout comme Sirius. C'était aussi ce que la population sorcière attendait de lui. Il était le Sauveur et tout le monde pensait que c'était son devoir d'arrêter les méchants. Alors, il avait réfléchi aux choix qui s'offraient à lui et avait passé en revue tous les corps de métiers possibles. Après des jours de recherche, il en avait conclu qu'il était fait pour être Auror et la formation qu'il suivait avait été une confirmation bienvenue.
Très souvent après sa journée, il restait au bureau pour observer. Il voulait vraiment faire partie plus tard des équipes du soir qui étaient pour lui, les équipes les plus intéressantes.
En journée, les Aurors étaient très souvent appelés pour des ennuis domestiques, des vols à la tire, des petites bagarres sans grandes conséquences. La nuit en revanche, outre les querelles d'alcooliques, il y avait les vols de bijouterie, les deals de potions ou poudres euphorisantes, la magie noire, les crimes organisés… L'allée des embrumes regorgeait de tous les vis et la nuit, ils étaient très souvent démultipliés.
Harry voulait travailler dans cet univers. Il voulait risquer sa vie, combattre le crime et pas rassurer les personnes âgées dont le fléreur avait disparu.
Alors, il se faisait tout petit dans un coin du bureau des Aurors et observait ce qu'il s'y passait. Beaucoup avaient repéré son manège, mais personne ne s'en plaignait vraiment. Il était discret et restait à sa place, chacune des équipes savait que son but était d'intégrer l'élite des Aurors en patrouille de nuit.
Le seul qui s'inquiétait un peu de cette situation était le chef des Aurors : Kingsley Shacklebolt. Harry ne passait que quelques heures chez lui et restait le plus clair de son temps au Ministère. Même lui, qui était chef et gérait énormément de choses, passait moins de temps ici qu'Harry.
Pour autant, il comprenait que les premiers mois, dans la fougue de la jeunesse, Harry s'investisse corps et âme dans son projet. Il ne lui disait donc rien d'autre que de rentrer chez lui lorsqu'il s'endormait sur le canapé du bureau des Aurors.
Effectivement, Harry savait qu'il dépassait les bornes en agissant de cette façon, mais il avait plusieurs raisons de le faire. Tout d'abord, il voulait vraiment se faire une place dans ce milieu et s'en donnait les moyens. Ensuite, c'était une façon pour lui d'éviter ses amis qui se posaient, et lui posaient par la même occasion, tout un tas de questions sur son mal être depuis la fin de l'année à Poudlard. Chacun avait une théorie sur son état, que ce soit pour Hermione qui pensait que l'école lui manquait, Ron qui était persuadé que Théo lui avait fait du mal, ou Molly qui aurait pu jurer que c'était le fait d'habiter dans la vieille maison de Sirius qui le rendait si morose.
Il ne voulait pas non plus parler à Théo, qui savait la vérité et cherchait tout le temps à savoir comment il allait au fond de lui. C'était touchant de voir un Serpentard aussi attentionné, mais Harry ne voulait pas avoir à ressasser tout ça. Il ne voulait surtout pas y penser. Il s'était braqué sur son objectif et ne voyait rien d'autre.
« Harry ? » entendit-il.
Le Gryffondor fronça les sourcils et essaya de se souvenir où il était, ce qu'il faisait et à qui appartenait cette voix.
Rien.
« Harry ? »
Avec difficulté, il ouvrit les yeux qu'il n'avait pas conscience d'avoir fermés. Il se souvenait qu'il était en cours de pratique du matin et… le trou noir… Actuellement, il était dans un lit et scrutait le plafond blanc vieilli.
Une main se posa sur son épaule et il tourna lentement la tête pour en regarder le propriétaire.
A côté de lui, Remus lui faisait un sourire tendre comme il en avait l'habitude. Il avait les sourcils légèrement froncés, signe de son inquiétude et tenait dans son autre main un livre épais qu'il avait dû lire en attendant le réveil de son presque filleul.
« Hey… » dit-il d'une voix pâteuse.
« Hey louveteau… » répondit Remus en passant la main dans ses cheveux ébouriffés.
« Il s'est passé quoi ? » demanda Harry en essayant de se redresser pour être aussitôt repoussé dans le lit par le loup-garou.
« Tu t'es effondré sans raison apparente en plein cours. Ils m'ont appelé car j'étais la personne à prévenir en cas d'urgence sur ton formulaire pour ta formation d'Auror. J'en suis d'ailleurs surpris… On ne s'est pas beaucoup parlé ces dernier temps… »
« Malgré tout, » murmura Harry. « Je sais que je peux compter sur moi… Tu es le seul adulte en qui j'ai une pleine confiance. Enfin… J'ai confiance en Arthur et Molly, mais ils ont déjà bien assez à faire avec leurs nombreux enfants… »
« J'en suis flatté, Harry, » dit Remus avec émotion.
« Les médecins ont dit quoi ? »
« Les médicomages Harry. Ici ce sont des médicomages, » rectifia Remus avec un sourire amusé.
Il reprit néanmoins son sérieux lorsqu'il dû répondre à la question.
« Je pense qu'ils ont trouvé quelque chose… » dit-il gravement. « Ils ne m'ont rien dit car tu es majeur, je ne suis pas ton tuteur, mais ils vont t'expliquer ça plus en détails je pense. »
« Bien… » déclara Harry, cachant son angoisse.
« Si tu veux que je parte, je comprendrais. Je peux aussi rester si tu en as besoin. Le choix t'appartient et je ne m'en offenserai pas. »
« Tu n'avais rien à faire aujourd'hui ? »
« Je faisais école aux louveteaux de la meute mais- » commença Remus.
« Je suis désolé ! » le coupa précipitamment Harry. « Je n'y avais pas pensé quand je t'ai inscrit ! »
« Mais, » répéta Remus un peu plus fort pour que son filleul l'écoute. « Il y a beaucoup de remplaçants disponibles au sein de la meute. Nos rôles ne sont pas fixés et les louveteaux doivent être contents d'avoir un cours avec le chef de clan aujourd'hui. Ça change. En tous cas, tous les les loups savent que j'ai un louveteau en dehors de la meute et tous savent à quel point il est important pour moi. Ce qui l'est pour moi, l'est pour eux. Je serai là autant de temps qu'il le faudra. »
« Merci Remus… » murmura le jeune homme aux yeux verts.
Ils purent discuter de tout et de rien avec légèreté, jusqu'à l'arrivée d'un médicomage qui resta sur le seuil, porte ouverte.
Il avait environ trente ans et était vêtu d'une robe sorcière, avec des petites lunettes rectangulaires et une moustache hors du temps. Ses cheveux bruns était soigneusement coupés assez court et il avait une belle rangée de dents bien alignées.
« Bonjour Monsieur Potter. Je suis Monsieur Campbell, le médicomage qui vous a été assigné. J'ai des choses à vous annoncer mais je dois d'abord savoir si Monsieur… »
Il feuilleta un instant son calepin avant de reprendre :
« Monsieur Lupin est autorisé à rester pour cet entretien ? »
« Oui, » déclara solennellement Harry, s'imaginant déjà atteint d'une grave tumeur cancéreuse, ou qu'un morceau de Voldemort soit resté en lui et le possédait de plus en plus.
Monsieur Campbell avança dans la pièce et referma la porte derrière lui.
« Nous avons pratiqué des examens, même plusieurs fois pour être sûrs de notre diagnostic, mais ceux-ci ont démontré que la raison de votre malaise, et de la fatigue qui vous accable certainement depuis quelques semaines, est que vous êtes enceint. Félicitations Monsieur Potter, vous allez être papa, » déclara le médicomage avec un sourire doux.
« Pa… quoi ? » haleta Harry qui sentit les mains de Remus serrer les siennes sur son torse.
« Vous saviez que dans le monde magique, les mâles pouvaient enfanter pas vrai ? »
« Ou… oui… Je sais que c'est rare mais possible… »
« C'est exacte. Ici à Sainte Mangouste, nous suivons environ un cas tous les dix ans. Je ne sais pas si vous avez un amant régulier et cela ne me regarde pas, mais sachez que le rapport ayant engendré la fécondation date de trois mois, quasiment jour pour jour. »
« Merlin… » souffla Harry en cachant son visage dans ses mains alors que Remus lui frottait le torse d'une manière apaisante.
« Je vois que la nouvelle est un choc et je vais vous laisser la digérer. J'ai l'habitude avec les grossesses masculines. Elles ne sont jamais attendues. Cependant je dois vous dire encore quelques petites choses… Si vous souhaitez avorter c'est toujours possible dans un délai d'une semaine. L'adoption est aussi une possibilité, même si ces deux solutions sont mal vues dans le monde sorcier. »
« Puis-je rentrer chez moi ? » demanda Harry d'une voix chevrotante.
« Bien sûr. J'aimerais tout d'abord que vous buviez cette potion et ensuite tout sera en ordre. Je veux vous revoir la semaine prochaine et nous parlerons plus en détail. »
L'homme tira une potion violette de sa poche et la lui tendit.
« C'est quoi ? » demanda Harry.
« Une simple potion de vitamines. Elle vous aidera à éviter que ce genre d'incident ne se reproduise. »
Harry hocha la tête et après un coup d'oeil à Remus qui acquiesça aussi, avala la potion d'une traite. Elle avait un goût d'orange et de menthe fraîche très agréable et à peine quelques secondes plus tard, Harry sentit une poussée d'énergie dans son organisme.
« Bien, en attendant notre rendez-vous de la semaine prochaine, je vous déconseille une trop grosse activité physique. J'aimerais que vous dormiez convenablement au moins huit heures par nuit et que vous mangiez de façon équilibrée quatre fois par jour. »
« Je peux partir ? » demanda abruptement Harry.
« Bien sûr, » répondit Monsieur Campbell avec un sourire compatissant.
Alors qu'il s'asseyait dans son lit pour pouvoir se relever, des centaines de questions tournaient dans la tête d'Harry.
Il savait parfaitement qui était le père, il n'avait eu qu'une seule relation sexuelle depuis plus de six mois et c'était cette histoire foireuse avec Snape. Une relation où lui n'avait même pas eu d'orgasme… Snape était le père du bébé qu'il avait dans le ventre… C'était une catastrophe.
En attendant, il y avait plein d'autres choses qui lui posaient question. Garder cet enfant ? Comment allait-il faire pour son entraînement d'Auror ? Il n'aurait plus de possibilités de carrière ? Serait-il une... mère ? Kingsley allait le virer ? Comment allait-il rentrer chez lui ? Le transplanage ou la cheminette n'était pas trop dangereux pour lui ?
Le médicomage dut lire dans son esprit car il répondit au moins à la dernière.
« Choisissez le moyen de transport avec lequel vous êtes le plus à l'aise. Aucun d'eux n'est contre indiqué. Si vous êtes accompagné il est préférable de choisir un transplanage d'escorte, » dit-il ensuite en regardant Remus.
Harry se releva, vacillant légèrement et tendit la main vers lui.
« Je vous remercie Doc… Médi… qui que vous soyez… » dit-il finalement dans un soupir.
« Appelez-moi James, » répondit l'homme avec une poignée de mains ferme.
« Oh… » dit seulement Harry un peu dérouté.
« Merci James, » dit Remus avec son éternel sourire doux en serrant la main du médicomage. « À qui pouvons-nous nous adresser pour le rendez-vous de la semaine prochaine ? »
« Ne vous en inquiétez pas maintenant. Je serai disponible du jour au lendemain pour un cas comme celui-là. Vous n'aurez qu'à m'envoyer un hibou avec l'horaire qui vous conviendra. »
« Merci. »
« Ses vêtements sont dans le placard. Bonne fin de journée, » déclara l'homme avant de repartir, refermant soigneusement la porte derrière lui.
Harry partit directement vers le placard et dans une sorte de frénésie commença à retirer sa robe de Sainte Mangouste, laissant son caleçon, pour pouvoir remettre ses vêtements d'Auror.
« Harry ? » fit la voix de Remus derrière lui.
Le jeune homme ne répondit pas et essaya d'enfiler son pantalon, risquant de tomber au sol à cause de ses gestes trop brusques.
« Harry ! » répéta fermement Remus en l'agripant par les épaules pour le tourner vers lui.
Lorsqu'il vit les yeux tristes et l'air perdu de son filleul, il ne résista pas et le plaqua contre lui pour une etreinte. Il enfouit son nez dans ses cheveux et respira profondément l'odeur de celui qu'il considérait comme son fils, le laissant pleurer sur son épaule s'il en avait besoin. Il avait évidemment senti que cette grossesse n'était pas désirée et qu'Harry était bouleversé, il voulait l'accompagner dans cette étape de sa vie et l'aider au mieux.
Harry, de son côté commençait à comprendre l'étendue du problème qu'il rencontrait et il était terrifié. Pourrait-il avorter sans se sentir coupable ? Pourrait-il l'annoncer à Snape ? Pourrait-il même le regarder maintenant ?
« Viens Harry, » dit doucement Remus en le conduisant vers la porte.
Le jeune Auror n'avait même pas remarqué qu'il était maintenant habillé. Le loup-garou avait dû avoir recours à un sort.
Ils passèrent dans les couloirs déserts de Sainte Mangouste jusqu'à la salle de transplanage.
« Où veux-tu aller Harry ? » demanda doucement Remus et se tournant vers lui.
« Maison… » répondit succinctement le jeune homme.
« Où habites-tu maintenant ? »
« Square… »
Remus fronça les sourcils et le prit à nouveau dans ses bras pour le voyage le plus doux possible.
Lorsqu'ils arrivèrent devant le Square Grimmaurd, le front du loup-garou se fronça plus encore. Il s'attendait à ce que la maison ait été rénovée si Harry y habitait maintenant. Pourtant, elle était toujours aussi sombre, bancale et malveillante. Il espérait au moins qu'Harry avait fait arranger l'intérieur…
Au moment où il franchit la porte d'entrée, il se rendit compte que non. Rien n'avait changé. La tapisserie était encore déchirée, le couloir était toujours aussi sombre et même les têtes d'elfes empaillés trônaient encore joyeusement dans les escaliers.
« Harry tu… tu vis ici ? » demanda Remus d'une voix rauque.
« Là… » dit simplement Harry en désignant le petit salon, avant de s'y diriger.
Remus le suivit et fut stupéfait par ce qu'il vit.
La pièce n'était pas poussiéreuse comme les autres, bien qu'elle soit toujours aussi délabrée. La cheminée chauffait joyeusement en face d'un canapé sur lequel traînaient plusieurs plaids. Sur la table basse en bois noir, il y avait les restes d'un repas chinois et la poubelle contre le mur débordait d'emballage en carton de différents fast-foods.
Sur un mur, les bibelots anciens, et remuant pour certains, avaient été repoussés sur le bord droit de l'étagère pour laisser la place à une quantité non négligeable de livre sur la magie défensive. Au milieu de la pièce, trônait fièrement une malle de Poudlard ouverte et débordant de vêtements sales, principalement des robes d'Auror.
« Tu… Ne vis que dans cette pièce ? » demanda Remus.
« Je suis plus souvent au bureau qu'ici de toute manière, » répondit Harry en haussant les épaules.
« Je ne peux pas croire que tu vives de cette façon… Dans toutes les lettres où je t'ai demandé si tu étais bien installé, tu m'affirmais que oui… C'était faux ! »
« Je suis parfaitement bien ici, » se renfrogna Harry en s'asseyant sur le canapé.
« Ce n'est pas un mode de vie saine Harry ! Surtout maintenant… »
« Ouais… Surtout maintenant… » souffla le jeune homme, laissant tomber sa tête en arrière.
Remus garda le silence et vint s'installer à côté de lui, posant une main sur sa cuisse pour l'assurer de son soutien et lui insuffler du réconfort. Il ne savait rien de l'histoire d'Harry et ignorait même qu'il était gay, mais savait qu'il devait rester pour lui assurer qu'il serait là quoi qu'il arrive. Qu'il pouvait lui faire confiance.
Après quelques minutes de silence, il parla enfin.
« Veux-tu me raconter ? »
Harry se contenta de secouer la tête, les yeux perdus dans le vide.
« D'accord… » souffla Remus. « Alors, je vais me contenter d'être là pour toi et de t'apporter le maximum de confort… » dit-il en pressant un baiser sur sa tempe.
Se blottissant dans l'étreinte de son parrain de substitution, Harry ne mit pas longtemps à s'endormir. Lorsqu'il le fit, Remus se dégagea doucement et l'allongea sur le canapé, ajustant le plaid sur lui pour qu'il soit bien serré.
Il se releva et regarda la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Elle lui faisait un peu penser à un terrier, un cocon. C'était très certainement ce qu'Harry avait voulu faire d'ailleurs, un coin douillet et accueillant au milieu de cette terre hostile et terrifiante qu'était cette maison.
Avec le moins de bruit possible, Remus se déplaça et observa les différents artéfacts de magie noire. Les laisser dans cette pièce avec Harry et un enfant à naître n'était définitivement pas une bonne idée. D'un mouvement de baguette, il en bannit deux qu'il savait inoffensifs et lança quelques sorts de détection sur un autre. Un long travail l'attendait…
Effectivement, il passa des heures à se débarrasser de chaque bibelot du salon, il avait ensuite arraché la tapisserie pour repeindre les murs. Il eut du mal à choisir la couleur, voulant que la pièce soit plus accueillante et paraisse plus propre sans pour autant qu'Harry et peut-être un jour son futur compagnon, s'y sente mal. Au début, il voulut mettre un rouge Gryffondor mais pensa que peut-être, le petit ami de son filleul serait d'une autre maison et se sentirait mal dans un tel environnement. Alors, il avait choisi des couleurs plus neutres, beige et vert d'eau.
Au moment où Harry commença à bouger sur son canapé, Remus avait presque fini. Les murs étaient propres et clairs, les étagères étaient vidé de leurs contenus illicites, les restes de nourritures étaient banni et le contenu de la malle avait été rangé dans les meubles maintenant déchargés de leur contenu.
Remus aurait voulu faire plus, comme préparer un bon repas et chercher des meubles en bois clair, mais il ne voulait pas laisser Harry seul, donc il s'était résigné à ne faire que ça. Mais ce n'était que partie remise…
« Remus ? » Appela Harry d'un voix légèrement pâteuse, se redressant.
« Oui Harry ? »
« Ce n'était pas un cauchemar c'est ça ? »
« Non… »
« Qu'as-tu fait à cette pièce ? »
« Je l'ai rendue plus accueillante. J'ai un peu rangé, organisé, trié, rafraîchi… Une chance que je n'ai jamais eu les moyens de me payer un beau logement. J'ai donc appris plein de choses pour compenser… Ne m'en veux pas mais j'ai aussi pris la liberté d'enlever toutes les choses illégales que tu possédais dans cette pièce. Tu sais… Tous les objets interdits par le Ministère, l'endroit où tu travailles… » dit Remus avec insistance, un léger amusement sur le visage.
« Oh… » se contenta de dire Harry. « Je suppose que c'est une bonne chose… »
« Que veux-tu manger ? »
« Je n'ai pas faim… »
« Je crois que tu ne m'as pas compris Harry, » dit Remus avec fermeté. « Je ne t'ai pas demandé si tu voulais manger. Je t'ai demandé ce que tu voulais manger. »
« Oh… » répéta Harry légèrement hébété.
« Tu n'avais pas un elfe ici ? »
« Kreattur ? Si. Je l'ai envoyé aider à Poudlard. Je ne pouvais plus entendre ses insultes murmurées à tous moments. Pareil pour le portrait de Madame Black. Je l'ai désintègré. »
« Je présume que tu as bien fait. Et cet elfe libre qui te suivait partout et t'adulait, comment s'appelait-il déjà ? » demanda Remus l'air rusé.
« Dobby ? »
Un petit bruit distinct à côté du canapé fit sursauter Harry. Il se tourna précipitamment et regarda le petit être gris qui le regardait avec un sourire rayonnant.
« Le jeune et grand sorcier Harry Potter a appelé Dobby ? »
« Oh, non ! » s'empressa de dire Harry. « Je disais jus- »
« Bonjour Dobby, » le coupa Remus en s'adressant à l'elfe. « Je suis Remus Lupin, l'ancien professeur d'Harry. Je suis en quelque sorte son parrain maintenant. J'ai fait appel à toi car je viens de me rendre compte que ce jeune homme ne sait pas prendre soin de lui… »
« Hé ! » couina Harry.
« Il a des cernes immenses et maigrit à vue d'œil, » continua Remus comme s'il n'avait pas été interrompu. « Pourrais-tu m'aider à prendre soin de lui ? Comme par exemple en lui préparant et livrant quatre repas sains et équilibrés par jour ? »
« Mais je- » essaya Harry.
« Bien sûr Monsieur Lupin ! » piailla le petit elfe surexcité. « Dobby a toujours rêvé d'être utile pour Monsieur Harry Potter ! »
« Dobby, » dit sérieusement Harry, légèrement rouge de colère. « Je ne veux pas que tu fasses ça. Je vais me débrouiller. »
« Dobby va le faire, » répondit l'elfe avec joie.
« Je t'ordonne de ne pas le faire ! »
« Dobby n'a pas de Maître Monsieur Harry Potter, » dit effrontément l'elfe avec une révérence. « Dobby n'obéit qu'à ce qu'il pense être juste, comme Monsieur Harry Potter l'a appris à Dobby. »
Harry souffla, vaincu.
.oOo.
Cinq jours étaient passés depuis son petit voyage à Sainte Mangouste et Harry restait essentiellement prostré sur son canapé. Il ne parlait pas plus que nécessaire et Remus l'acceptait.
Celui-ci s'occupait du ménage, en priorité. Il avait nettoyé la salle de bain proche du salon pour qu'ils puissent l'utiliser l'un et l'autre. Il avait aussi fait un grand ménage dans la cuisine pour que Dobby puisse leur préparer à manger, et il s'occupait des courses. Il faisait parfois la lecture à son filleul qui restait les yeux fixés sur le feu pendant des heures.
Harry réfléchissait à sa vie, son futur, sa carrière… son bébé…
Légalement, il avait encore le droit d'avorter, mais dans son esprit, le foetus était devenu un bébé, et il n'arrivait pas à se dire qu'il allait l'abandonner. Et puis… C'était une partie de l'homme dont il était amoureux… Depuis la fin de Poudlard, il avait décidé de ne plus penser à lui, mais pour être honnête, il n'avait toujours pas réussi. Cela serait encore plus compliqué s'il voyait chaque jour un enfant qui lui ressemblait, mais il n'arrivait pas à se dire que c'était une mauvaise idée.
Il avait pris rendez-vous avec le médicomage James Campbell pour seize heures. Remus était parti faire les courses et il se sentait soudain le besoin de parler. Depuis une semaine il se demandait s'il devait parler à Snape. C'était son enfant… Même s'il n'avait normalement plus de souvenir de ce qu'il s'était passé, il avait le droit de savoir…
Ce fut sur un coup de tête qu'Harry se leva. Il devait parler à son ancien professeur de potion avant le rendez-vous. Il se ferait probablement insulter pour le sortilège d'oubli, mais c'était trop important pour le cacher….
Il se changea rapidement, essayant de ne pas penser pour ne surtout pas changer d'avis et sortit de la maison qui lui servait de cocon depuis presque une semaine. L'air était chaud et il étouffait légèrement dans ses robes d'Auror, mais il n'avait que ça à mettre. Il aurait pu refaire sa garde-robe maintenant qu'il ne vivait plus chez les Dursley mais à quoi bon… il ne sortait que pour travailler.
Dès qu'il fut dans un endroit sûr, il transplana aussitôt devant Poudlard. Il n'avait pas prévenu de sa visite, pourtant les sangliers ailés à la grille lui ouvrirent la porte, comme si le château lui-même savait qu'il n'avait pas de mauvaises intentions.
Harry mit vingt minutes à aller jusqu'à sa destination. Vingt minutes de stress, d'angoisse, de phrases murmurées dans le silence pour répéter, pour garder son courage.
Lorsqu'il arriva devant la porte sombre, il n'eut pas à frapper car elle était légèrement entrebâillée. De l'intérieur de la pièce parvenaient des bruits furieux. Harry s'avança et passa sa tête dans l'espace restreint pour observer.
Dans la salle, se tenait une classe qui devait être celle des deuxièmes ou troisièmes années de Poufsouffle et Serdaigle. Ils avaient tous les yeux baissés, semblant attendre une sentence divine. Au centre, un enfant aux cheveux bruns, minuscule par rapport à l'homme qui lui faisait face, sanglotait doucement.
Snape était cet homme, toujours aussi grand, imposant, puissant, ténébreux, haineux…
« Vous rendez-vous compte de la stupidité de votre geste ?! » disait-il à l'enfant, les yeux lançant des éclairs. « Qu'avez-vous dans le crâne pour être aussi inconscient ?! Votre pathétique idiotie vous conduira en retenue avec Monsieur Rusard chaque soir pendant deux mois, plus cinquante centimètres de parchemin sur les griffes de griffon. »
Harry, dans une hallucination provoquée par ses émotions, se voyait lui, à onze ans, petit corps grelottant devant l'imposante ombre noire, se faisant humilier et insulter jusqu'à ce que des larmes de détresse et de colère brouille sa vue déjà malmenée.
Snape n'avait-il jamais eu un mot gentil pour un étudiant ? Snape n'avait-il jamais aimé les enfants ?
Avec un sursaut, Harry réalisa que cela pourrait être leur fils, ou leur fille devant Snape. Ce petit corps tremblant pouvait parfaitement être leur enfant, et Snape le traiterait tout de même de cette façon.
Son mouvement brusque fit réagir le professeur qui se retourna enfin vers lui.
« Potter, » grogna-t-il. « Puis-je savoir ce que fait un autre incompétent comme vous dans ma salle de classe ? Et enlevez ces robes ridicules, on dirait un enfant qui joue avec les vêtements de travail de son père. »
Harry prit l'insulte en pleine face.
Cet homme était cruel.
Cet homme le détestait.
Cet homme n'aimait pas les enfants.
Cet homme haïrait leur enfant.
Aussitôt qu'il le réalisa, Harry se retourna et courut dans les couloirs, ignorant les cris agressifs derrière lui. Il voulait partir d'ici, partir de Poudlard, mais il ne voulait pas rentrer chez lui. Il devait absolument parler à quelqu'un et Remus n'était pas là, alors dès qu'il fut hors des limites de l'école, Harry transplana directement devant la maison de Théo. Il tambourina à la porte, toujours dans une sorte de frénésie et lorsque celle-ci s'ouvrit, révélant un Théo anxieux, Harry s'effondra dans ses bras.
Le Serpentard enlaça le Gryffondor, refermant maladroitement la porte derrière lui.
« Harry ? Que se passe-t-il ? Tu n'as pas répondu à mes hiboux… »
« Tu ne devineras jamais… » souffla Harry, serrant ses bras plus fort autour du cou de son ami.
« Les devinettes ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Viens dans le salon et raconte moi… »
J'espère que ce chapitre vous a plu. A samedi prochain pour la suite.
Epsi.
