Chapitre : 7
Harry était stressé lorsqu'il arriva aux Trois Balais, une semaine exactement après la lettre reçue de son ancien professeur.
Il ne savait pas ce que le Maître des Potions voulait, il espérait juste qu'il n'arrivait pas avec une armée d'avocat qui lui réclamerait la garde des enfants. Harry avait vérifié et il n'était plus légalement en droit de le faire, mais rien ne l'étonnerait plus de la part d'un Serpentard.
Le Gryffondor était fébrile car depuis environ sept ans maintenant, il s'évertuait à ne pas croiser l'homme dont il était amoureux.
Car oui, il l'était toujours. Malgré la façon déplorable dont les choses s'étaient finies avant même d'avoir commencées, Harry était toujours amoureux de son ancien professeur. Depuis qu'il était petit, il savait qu'il ne donnerait son cœur qu'une seule fois et c'était avec une sorte de fatalisme qu'il avait accepté l'avoir irrémédiablement perdu le jour où il avait compris qu'il ne pourrait jamais être en couple avec Snape.
Théo avait beau le sereiner, il ne valait pas mieux avec son amour interdit pour un homme marié et hétérosexuel. Dans son malheur, Harry se disait que lui au moins, contrairement à Théo avait eu la chance de l'avoir une fois.
Il savait que Snape n'était pas son âme sœur ; ce n'était pas l'homme parfait, ni même un choix raisonnable, mais c'était Snape… C'était lui qu'il voyait dans ses rêves érotiques, c'était lui qui savait le protéger, c'était lui qui ne l'avait jamais vu comme le Sauveur, c'était lui…
C'était quelque chose qui ne s'expliquait pas, qui n'avait aucune logique, même aux yeux d'Harry.
Depuis le jour de sa venue en cours de potions pour voir Snape s'acharner sur un élève jusqu'à la fameuse altercation à Sainte-Mangouste, Harry n'avait pas essayé le lui reparler, de le revoir. Il avait trouvé quelques photos de lui et gardait les journaux qui parlaient ne serait-ce qu'un peu de lui. C'était tout. Snape était comme un fantôme dans sa vie. Le père invisible de ses enfants. Toujours là sans pour autant l'être.
Néanmoins, Harry s'en était accommodé. Il vivait sa vie comme cela et privilégiait son travail et ses enfants. Les nuits étaient plus dures. Se retrouver seul, la tête remplie d'images de Snape à moitié nu lui disant des mots tendres, était quelque chose qu'il avait de plus en plus de mal à supporter.
Il sursauta lorsque, plongé dans ses songes, il perçut un mouvement en face de lui. Il secoua la tête et regarda le Professeur Snape s'installer sur la chaise devant la sienne.
Aucun des deux ne parla, se contentant de se regarder dans les yeux. Une paires d'yeux verts, une paire d'yeux noirs, le reflet de deux garçons nés de bien trop de sentiments refoulés. Le reflet des jumeaux qui, en cet instant, étaient le centre du monde de ces deux adultes.
Pourtant, ces deux pairs d'yeux refletaient bien plus de choses que ce qu'un enfant de six ans pouvait en ressentir.
De la colère. De la rancoeur. Mais aussi de la compréhension. De la peine. Du regret. Et… de l'espoir ?
« Pourquoi m'avez-vous demandé de venir ? » attaqua Harry.
Snape ne dit tout d'abord rien, semblant réfléchir à ce qu'il voulait dire, puis croisa les bras sur la poitrine, regardant la table derrière le Gryffondor.
« Je suis désolé… » marmonna-t-il.
« Pardon ? » haleta Harry.
« Ne me forcez pas à répéter, » cracha Snape.
Harry allait répondre avec toute la verve qui le caractérisait, lorsque le serveur s'approcha et demanda joyeusement :
« Que puis-je vous servir messieurs ? »
« Whisky Pur Feu, un double, » répondit le Maître des potions.
« Pareil, » déclara Harry, surprenant par la même occasion son ancien professeur.
Il leva les yeux au ciel et regarda le serveur s'éloigner avant de murmurer :
« Je n'ai plus seize ans… »
« Je sais, » répondit Snape. « J'ai parfois du mal à me détacher du passé… »
Après un silence inconfortable, Harry reprit :
« Alors c'est tout ? Vous vous excusez et pensez que vous méritez de voir les jumeaux ? »
Il vit l'homme serrer fortement la machoir, comme pour retenir une phrase mordante qu'il aurait pu avoir le réflexe de dire. Harry le regarda essayer de se détendre pour répondre d'une voix un peu serré.
« Comme vous avez dû le remarquer, je ne suis pas du genre à m'excuser et je crois que la dernière personne à qui j'ai présenté mes excuses était votre mère, pour la façon dont je l'ai traitée. »
« Ce n'est pas parce que vous êtes un trou du cul au quotidien que je dois vous applaudir quand vous devenez subitement civilisé, » répondit vivement Harry.
Il regarda le yeux de l'homme devenir plus sombre encore et sut qu'il avait franchit la limite de l'acceptable. Alors que Snape se relevait pour partir, d'un geste instinctif, le Gryffondor saisit sa main pour le retenir et parla d'une voix plus calme qu'il ne l'aurait pensée possible.
« Je suis désolé. Je comprends que cet entretien est difficile pour vous, mais comprenez qu'il l'est tout autant pour moi. J'ai parfois tendance à me montrer agressif pour ne pas perdre la face. Je pense que vous connaissez ça, pas vrai ? »
Le potionniste eut l'air troublé un instant avant de secouer sa main pour le faire lâcher et se réinstalla.
« Je ne voulais pas de vos excuses, ni de votre pitié en vous disant cela, » dit-il finalement. « Je voulais juste vous prouver que je n'étais pas du genre à admettre mes erreurs et encore moins à en demander le pardon. Pourtant, je reconnais que mon attitude a été déplorable la nuit du bal de fin d'année, les conséquences ont été importantes et je m'en excuse. Je ne voulais pas avoir la faiblesse de vous l'annoncer par lettre, moi, » finit-il d'un air narquois.
« Merci…» répondit sincèrement Harry sans relever la pique.
« Cependant, » reprit Snape. « Vous devez admettre que me lancer un sort illégal avec une baguette qui n'était pas la vôtre et me cacher ensuite cette grossesse n'était pas la meilleure des options. »
« Je l'ai fait pour me protéger ! » se défendit Harry alors que le serveur leur apportait discrètement leur verre avant de repartir. « Vous souvenez-vous avec précision de la façon dont vous me traitiez ? Vous m'auriez tout mis sur le dos et m'auriez détruit encore plus que vous ne l'aviez déjà fait ! Quant à la grossesse, j'ai sincèrement essayé de vous en parler, mais lorsque je suis arrivé dans votre salle de classe, vous vous en preniez à des enfants pour une histoire de chaudron ! »
« C'était le jour où vous êtes venu en tenue d'Auror… » réalisa subitement le Maître des Potions
« Que croyez-vous que j'ai ressenti à ce moment précis ? » répondit brusquement Harry en prenant une gorgée de son verre. « Je me suis enfui et j'en ai parlé à Théo qui m'a soutenu comme il le pouvait. »
« Je vois… » murmura Snape. « Et ensuite ? »
« Ensuite ? J'avais un endroit où habiter, un travail stable, un compagnon sur qui compter… Pourquoi aurais-je gâché cela en vous révélant ma grossesse ? Je vous imaginais déjà m'accusant pour diverses choses, me demander d'avorter, demander la garde de mes enfants dans le seul but de me faire souffrir… Non, je ne pouvais pas vous le dire. »
Un silence s'en suivit alors que chacun sirotait son verre en réfléchissant à tout ce qui avait été révélé.
« Len m'a dit que vous lui aviez montrer comment faire des potions la dernière fois, » déclara finalement Harry, cachant bien la panique qu'il avait ressenti à cette révélation.
« C'est exact. Il a passé la journée avec moi. Il s'est bien comporté et m'a été utile. »
Snape s'arrêta un instant comme pour peser le pour et le contre de ce qu'il allait dire avant de se lancer.
« Il est bien élevé, » dit-il comme si ces simples mots lui arrachaient la gorge.
Harry sentit son cœur battre plus vite dans sa poitrine. Il fit un sourire éblouissant à son interlocuteur et parla d'une voix douce.
« Je n'ai pas beaucoup de mérite avec Lenox. Il a toujours été un enfant discret et calme. Il peut se montrer sournois mais jamais dans le but de faire du mal. Il est très doué pour entortiller tout le monde autour de son petit doigt, à commencer par son frère qui lui cède tout ce qu'il veut avec plaisir. Calum est plutôt un protecteur, il peut se montrer aussi calme que son frère mais monte plus vite en tension. Il a déjà accepté des punitions à la place de Len pour ne pas que son frère soit puni… Ils sont si similaires et pourtant si différents… » murmura Harry.
Il plongeait dans ses souvenirs et les partageait avec la seule personne qu'il n'aurait jamais suspecté s'y intéresser. Pourtant Snape ne disait rien, se contentant d'écouter, alors il reprit :
« C'est exactement la même chose que pour leur physique. Ils sont semblables en tous points, sauf leurs yeux qui sont diamétralement opposés et de façon flagrante. Lorsqu'ils étaient bébés et qu'ils ont remarqué cette différence, ils ont pleurer pendant de longues minutes, ils étaient inconsolables. Ils avaient huit mois à l'époque… Ils étaient tous les deux assis devant un grand miroir de chez Madame Malkins et je ne savais plus quoi faire pour les calmer, » continua Harry en ricanant gentiment, les yeux dans le vague. « Enfin bref, lorsque Lenox est tombé malade alors qu'il avait quatre ans, j'ai cru que j'allais le perdre. Calum m'a promis qu'il prendrait toujours soin de son frère et depuis, il s'y emploie avec beaucoup de détermination. C'est pour cette raison qu'il vous paraît peut-être plus… Gryffondor. En tout cas, il aimerait avoir la même chance que son frère de vous voir préparer une potion. »
« Me laisserez-vous lui donner cette opportunité ? » demanda calmement le professeur en croisant les mains sur la table.
« Je ne sais pas… » murmura Harry. « Il y a quelques minutes encore, ça aurait été un non catégorique mais… vous semblez avoir changé… »
« Je ne pense pas que ce soit le cas, » répondit Snape. « Mais j'ai eu des mois pour réfléchir à cette situation et j'ai été obligé d'ouvrir un peu les yeux sur certaines choses. »
Il reprit un gorgée de Whisky et soupira faiblement avant de reprendre :
« Je ne veux pas m'imposer dans vos vies. Je veux juste… savoir qui ils sont. J'aimerais pouvoir me dire que j'aurai laissé quelque chose de bien en quittant cette terre… »
Harry haleta à la voix morose et l'attitude négative de son ancien professeur. Il regarda un instant ses yeux flous et réalisa une chose :
« Professeur ? Avez-vous bu avant de venir ? »
« Assez pour m'excuser. Pas assez pour vous prendre pour votre père, rassurez-vous, » ricana l'homme.
« Avez-vous demandé à Théo de s'écarter ? » demanda Harry, voyant là une occasion d'avoir la vérité.
« Pourquoi le ferais-je ? Aussi étrange que cela puisse paraître, j'ai plus confiance en Théodore qu'en moi-même pour élever ces enfants et comme je vous l'ai dit, je ne veux pas m'imposer dans vos vies. S'il s'écarte, alors il sera remplacé par un Weasley, un Lockhart où qu'importe celui qui réussira à vous séduire. Je ne veux pas de l'un de ces hommes à côté des jumeaux. Il est dans son mon intérêt que Théodore reste auprès de vous. »
Harry fut quelque peu surpris par cette révélation, mais était persuadé qu'elle était sincère. Il ne s'attarda pas sur le fait que Snape veuille autant protéger les jumeaux, y compris de lui-même, et préféra laisser ce sujet de réflexion pour plus tard, lorsqu'il serait seul. Au lieu de cela, il songea au fait que Théo veuille apparemment s'écarter de lui-même, non seulement de lui, mais aussi de Calum et Lenox.
« Pourquoi est-il si distant… » murmura-t-il.
« Je ne peux pas vous aider à ce sujet Potter, » répondit Snape, bien que la question ne lui soit pas adressée.
Il se releva de sa chaise sans laisser paraître un quelconque malaise dû à la quantité d'alcool ingéré. Se tenant droit et regardant Harry dans les yeux, Snape prit la parole :
« Je vous ai dit tout ce que j'avais à vous dire. Il est temps pour moi de rentrer. »
« Bien… » répondit Harry, troublé.
Snape ne partit cependant pas et sembla réfléchir à ce qu'il allait dire. Lorsqu'il reprit la parole, ce fut d'une voix plus faible et légèrement mal assurée :
« Si… Si Calum veut à son tour venir voir mon laboratoire et jeter quelques ingrédients dans un chaudron… je ne serais pas contre. »
« Merci, » répondit sincèrement Harry.
Il se leva à son tour et, faisant face à l'homme dont il était follement épris depuis près de dix ans, leva sa main pour attendre que l'autre la prenne dans un signe universel de paix.
Snape le regarda durant de longues secondes avant d'enrouler la sienne, grande, fine et élégante, autour de la main tendue. Puis, après avoir jeté quelques pièces sur la table et fait un signe de tête sec, il se retourna dans un mouvement de cape calculé qu'Harry n'avait pas vu depuis l'école.
Lorsqu'il rentra chez lui ce soir là, le Gryffondor ne savait plus quoi penser. Théo partait, Snape revenait…
Il sentait bien que le calme qu'il avait connu - s'il pouvait décrire l'évolution des jumeaux comme calme - était sur le point de voler en éclats, mais ne savait ni pourquoi, ni comment. Théo partait de la maison de plus en plus souvent et ne donnait jamais d'explication. Il avait promis à Harry que ce n'était pas un amant et le jeune homme le croyait, mais il avait du mal à concevoir que Théo ait des secrets et ça le rongeait de plus en plus.
Fermant la porte d'entrée de la maison, Harry fit sauter ses chaussures et les laissa traîner là où elles avaient atterri. Il savait que Théo n'aimait pas ça mais à l'heure actuelle, il s'en moquait éperdument. Enlevant sa veste, il se dirigea vers le salon où il savait trouver celui qu'il aimait appeler son "compagnon d'infortune".
« Alors ? » demanda Théo lorsqu'il s'affala sur le canapé à ses côtés.
« Alors je sais pas… »
« Il ne t'a pas fait de mal ? »
« Il ne le ferait jamais, » souffla Harry avant d'ajouter face à l'air dubitatif de Théo. « Du moins… Pas physiquement et intentionnellement. »
« Et comme il y a beaucoup d'autre façon de faire souffrir quelqu'un, je réitère ma question : Il ne t'a pas fait de mal ? »
« Non… C'était même plutôt plaisant en réalité. Je ne l'avais jamais vu si ouvert, même si je pense que c'est en partie dû à l'alcool. »
« Il avait bu ? » haleta Théo en se redressant, subitement inquiet.
« D'après ce qu'il m'a dit, assez pour me présenter des excuses, mais pas suffisamment pour me prendre pour mon père, » ricana Harry.
« Des excuses ? Le professeur Snape t'a présenté des excuses ? » demanda Théo en écarquillant les yeux, la bouche entrouverte.
« Je suis sûr que je faisais cette tête là aussi, » rit sincèrement Harry.
« Raconte. »
« Eh bien… il m'a donc demandé pardon pour son comportement, m'a tout de même reproché le miens et m'a avoué que les jumeaux étaient bien élevés. »
« Wow… » souffla Théo. « Pour rien au monde j'aurais misé sur des compliments de sa part. »
« Et je t'aurais suivi. Mais… je dois avouer qu'il a été… plutôt agréable, » dit doucement Harry.
Il se détendit dans le canapé, allongeant ses jambes devant lui. Théo à ses côtés, se contenta d'un sourire fatigué en regardant le profil de son compagnon. Le Gryffondor sourit à son tour et tourna la tête pour fixer ses yeux.
« Quoi qu'il en soit, il ne compte pas s'imposer dans notre vie. Et je ne le veux pas non plus, » dit-il sérieusement. « Tu n'as donc plus besoin de rester distant avec nous. »
Théo soupira bruyamment et se releva pour s'avancer vers la cheminée qui, malgré la chaleur de ce mois d'été, ronronnait joyeusement. Après quelques minutes de silence, il se retourna pour fixer Harry.
« Ça ne va rien changer… » murmura-t-il.
« Mais je- »
« Non, » le coupa Théo. « Tu sais ce que j'éprouve pour toi et les enfants, mais je vais m'éloigner. C'est inévitable. »
« Pourquoi ? »
« C'est le moment… C'est tout… On savait parfaitement que cette situation ne durerait pas et on s'y était préparé. »
« Je ne vois aucune raison d'y renoncer, » attaqua Harry, repliant ses jambes pour poser ses poings serrés sur ses genoux. « Ce n'est pas parce que Snape a subitement décidé de s'acheter une conscience que tout doit changer. »
« Harry, » dit Théo en venant se mettre à genoux devant lui, prenant tendrement ses mains. « Mon éloignement n'a rien à voir avec Severus. Je dois le faire car c'est le moment, et si le professeur Snape n'était pas arrivé, ça aurait été la même chose. »
« Mais- »
« Harry je t'en prie… » le coupa Théo en fermant les yeux. « Il faut me laisser partir… »
Le Gryffondor était persuadé d'entendre des trémolos dans la voix de son compagnon et n'arrivait pas à comprendre ce qui clochait. Pourquoi Théo s'obstinait-il à vouloir partir si ce n'était pas ce qu'il voulait vraiment ? Il voulait résoudre cette énigme.
« Je ne rentrerai pas ce week-end… » reprit Théo.
« Pourquoi ? » demanda Harry d'une voix hachée.
« J'ai du travail, » répondit le Serpentard dans un mensonge particulièrement bien masqué, sauf évidemment pour son compagnon de vie depuis de si nombreuses années.
Avec ceci, Théo se releva et s'abaissa pour appuyer un baiser plein de tendresse sur le front d'Harry. Ce moment resta en suspens dans le temps, comme un adieu, comme une bénédiction, comme des excuses, comme un trop plein de sentiments. Ce moment dura si longtemps qu'aucun des deux ne vit deux paires d'yeux les observer depuis les escaliers. Leurs petites mains accrochés aux barreaux, leur nez dépassant, leurs joues plaqués contre le bois, les enfants regardaient, sans la savoir, l'un des moments les plus émouvant qu'aient connu leurs pères.
.oOo.
Harry se dirigea fébrilement vers la porte d'entrée lorsqu'il entendit le claquement sec de la poignée en forme de sirène contre son socle en fer forgé. Il savait parfaitement qui se trouvait derrière cette porte et était anxieux à l'idée de lui parler… encore…
Alors qu'il allait ouvrir, il se fit dépasser par une petite tornade aux cheveux noirs qui ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit et ouvrit la porte avec précipitation. Harry n'eut donc pas le choix de constater qu'effectivement, derrière la porte, se tenait son ancien professeur Severus Snape à côté de son fils, Calum.
« Monsieur Potter, » dit sobrement Snape avant d'être interrompu par l'enfant à ses côtés.
« Daddy ! C'était génial ! Len, il faut que je te raconte tout ! » s'exclama-t-il en se jetant sur son frère pour le tirer vers leur chambre.
« Tu pourrais dire merci au Professeur Snape ! » cria Harry en les voyant s'éloigner.
Il vit Calum se figer puis revenir en courant pour étreindre les jambes d'un Maître des Potions surpri.
« Merci 'Fesseur Snape, » marmonna-t-il dans les robes de l'homme avant de repartir précipitamment vers son frère pour lui prendre la main et le tirer jusqu'à leur chambre.
Harry se tourna à nouveau vers l'homme qu'il avait quitté des yeux pour regarder ses enfants partir et toussota de gêne.
« Je suis simplement venu vous ramener Calum et vous dire que tout s'est bien passé. Je pense qu'il a passé une bonne journée. Elle lui aura au moins permis d'apprendre quelques petites choses qui seront utiles lorsqu'il entrera à Poud… Enfin… Là où vous avez prévu de les envoyer. »
« J'ai encore du temps pour me décider… » souffla Harry.
« Quoi qu'il en soit, tout comme Lenox, il pourra devenir un très bon potionniste s'il s'en donne les moyens. Je ne prévois pas sa carrière éventuelle bien évidemment, je pense juste que s'il envisage des études où les potions sont en premier plan et s'il travaille correctement tout sera possible… »
« C'est… » bafouilla Harry. « C'est peut-être un peu tôt pour choisir une carrière… »
« Je ne sais pas… J'ai choisi de devenir Maître des Potions alors que j'avais un peu plus de cinq ans et je suis maintenant le plus jeune potionniste depuis plusieurs siècles. Mais il est vrai que je n'avais ni l'amour de mes parents, ni d'amis sur lesquels je pouvais compter. Je n'avais que mes livres. »
Il y eut un silence tendu alors que Harry essayait de se remettre du choc à l'idée que son ancien Professeur de Potions tyrannique puisse confier quelque chose d'aussi intime. Surtout à lui !
« Hum… Je… Voulez-vous boire un thé ? » proposa-t-il en s'éloignant de la porte, comme une invitation à entrer.
« Non merci, » répondit Snape, reprenant son attitude habituelle bien qu'il ne s'en soit pas vraiment éloigné au moment de sa confidence. « J'ai des potions sur le feu et je voulais juste vous déposer Calum comme nous l'avions décidé tout à l'heure. Je tenais aussi à vous dire moi-même que tout s'était bien passé. »
« Je vous remercie. »
« Bien… J'ai maintenant accompli mon devoir en réparant l'injustice du cours de potion à un seul des jumeaux. Il n'y a maintenant plus aucune raison de nous revoir… Prenez soin d'eux, Monsieur Potter, » déclara Snape. « Et de vous, » souffla-t-il avant de transplaner.
Harry resta un moment sur le seuil de la porte, regardant sans la voir, l'agitation du Chemin de Traverse sous ses yeux. Snape avait vraiment dit ça ? Il avait aussi dit qu'il n'avait plus à les voir, qu'il avait accompli son devoir… Cela voulait-il dire qu'ils ne se reverraient plus ? C'était absurde de le penser...
Lorsqu'il fut remis des ses émotions, Harry se dirigea vers la chambre de ses fils pour voir si tout se passait bien. Il s'arrêta sur le pas de la porte et regarda les deux garçons. L'un était assis en tailleur, l'autre était à genoux et ils lui tournaient le dos tous les deux pour regarder un chaudron de jeux qu'ils avaient depuis tout petit.
« … Après, il a ajouté une plante bizarre et toute bleue et ça a fait "pchsssst" et puis la potion est devenue jaune. Je lui ai dit que ça ressemblait à du pipi mais je crois qu'il a pas trouvé ça drôle. Après, il m'a montré comment on écrabouillait les scarabés séchés et c'est lui qui a coupé les queues de salamandre parce que son couteau y coupait beaucoup beaucoup ! »
« Et après ? » demanda Lenox qui trépignait d'impatience.
« Après il a prit mes scarabés mais il les a même pas mis dans la potion. Il a dit qu'il s'en servirait plus tard et les a mis dans son bureau. Par contre les salamandres il les a mises et ça a explosé, mais il a dit que c'était normal et nous avait protégé d'un sort comme ceux que papa fait quand un truc dangereux arrive. »
« Alors lui aussi il sait faire ça ? Il est fort comme papa ? »
Calum haussa les épaules et continua :
« Après il a… »
Harry referma la porte de la chambre de ses fils, décidant de ne pas les déranger. Ils étaient tellement mignon, excités et heureux pour de si petites choses. Alors qu'ils voyaient la magie tous les jours, ils s'en émerveillaient encore, comme le faisait Harry.
C'était d'ailleurs lui qui leur rappelait sans cesse que la magie était un cadeau, que c'était grâce à elle qu'il était sortit d'une famille qui ne l'aimait pas, trouvant à Poudlard une famille de substitution qui lui avait donné tout l'amour dont il avait eu besoin pour affronter les épreuves. Souvent, il les emmenait dans le monde Moldu et leur expliquait leur mode de vie sans magie. Les jumeaux avaient vite compris que c'était un don précieux et qu'il ne fallait pas l'utiliser à mauvais escient.
Ils restaient des enfants et ne comprenaient pas les conséquences de certains actes, ils ne comprenaient pas vraiment la guerre et Harry n'avait pas été dans les détails de son histoire, les jugeant encore trop petit. Pour autant, il ne s'empêchait pas de leur en parler pour qu'ils comprennent que cette histoire était la sienne et aussi un peu la leur.
.oOo.
« Alors le Professeur Snape a sauté devant moi et il s'est battu, encore et encore jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun ennemi, » raconta Harry avec de grands gestes, exagérant pour que l'histoire paraisse moins sombre qu'elle ne l'était en réalité.
Ils étaient tous les trois assis sur le sol de la chambre, entourés des jouets qu'ils avaient sorti au cours de l'après-midi avec leur papa. Maintenant, celui-ci racontait des histoires pour essayer de livrer encore un peu de sa vie à ses enfants.
« Mais alors, il t'a sauvé ? » demanda Lenox, ses yeux comiquement écarquillés.
« C'est exact, » répondit sérieusement Harry.
« Mais… Pourquoi il a pas sauvé ton parrain aussi ? » demanda innocemment Calum.
« Eh bien… Tu sais, le Professeur Snape n'est pas un super héros Moldu, il ne peut pas sauver tout le monde. Peut-être n'est-il pas arrivé assez tôt… Peut-être a-t-il préféré concentrer ses forces sur mon sauvetage à moi… »
« C'est dommage, moi j'aurais bien voulu connaître tonton Siri ! » s'exclama Lenox.
« Oui, » acquiesça Cal. « Il avait l'air rigolo et j'aurais voulu le voir se transformer en chien ! »
« Et tu étais triste ? » demanda subitement Lenox.
« Bien sûr, » répondit Harry avec douceur. « Même si je ne le connaissais pas vraiment, je l'aimais déjà beaucoup. »
« Moi je serais triste si parrain 'Rem ou marraine Hermine mourait, » dit sincèrement Calum, semblant comprendre la douleur de son père sans se douter qu'il était bien loin du compte.
« Parrain il a toujours des histoires drôles qui parlent de Siri, » enchaîna Lenox. « Il faisait plein de bêtises à l'école. »
« C'est vrai, » répondit Harry. « Mais vous savez, ces bêtises ont parfois fait souffrir des gens… Ça paraît drôle et parfois ça l'est, mais il faut se méfier de ses blagues lorsque l'on ne s'aperçoit pas qu'il y a une victime derrière elles… »
« Toi on t'as fait des blagues ? » demanda Calum, bien trop perspicace pour son propre bien.
« Quelques unes… » répondit-il vaguement, avant de reprendre d'un ton bien plus enjoué. « Une fois, quelqu'un de l'école s'est déguisé en détraqueur pour me faire peur pendant un match de Quidditch ! »
« Les détraqueurs, c'est les trucs tout moches qui mangent les gens avec des bisous ? »
« C'est ça. Ça fait vraiment très peur et ce garçon voulait que je perde le match. Alors, il a mis une grande cape noire et a marché jusqu'à moi. »
« Mais t'as pas eu peur, » dit Calum en bombant le torse, fier de son père.
« Tu rigoles ? J'étais terrifié ! » répondit joyeusement Harry, faisant dégonfler son fils qui soupira de défaite. « Mais le plus important, c'est que je suis resté sur mon balai. Je l'ai regardé droit dans les… la capuche, et je lui ai envoyé un sort. »
« Quel sort ? » pialla Lenox passionné par l'histoire.
« Celui du cerf, » répondit tendrement Harry.
« C'est le plus beau des sorts ! » s'extasièrent les garçons dans un même souffle.
« Oui, il est magnifique, mais il fait très peur aux détraqueurs. »
« Et ça a fait quoi ? » demandèrent-ils ensemble à nouveau.
« Le garçon sous la cape a eu vraiment très peur lui aussi et il est parti en courant, » ricana Harry.
« Daddy c'est le plus fort, » s'exclama Calum en tapant dans la main levée de son petit frère.
« Je ne sais pas si je suis le plus fort, mais ce garçon n'était pas très gentil avec moi et ce jour-là, je pense qu'il l'a un peu regretté. »
« Comment il s'appelait ? »
« Ça vois-tu, je ne peux pas te le dire… » répondit Harry. « Je ne veux pas que vous regardiez différemment quelqu'un que vous connaissez bien. »
« On le connaît ? » haleta Lenox.
« Effectivement, c'est un ami de Dado. »
Len mit la main devant sa bouche alors que Cal regardait son père les yeux plissés. Il prit finalement la parole avec un air buté qu'Harry reconnaissait parfaitement comme le sien :
« Si ce monsieur était méchant avec toi, pourquoi Dado est ami avec lui ? Il devrait bouder ! Comme j'ai fait à Scorpius quand il a dit que Len faisait le bébé. On lui a plus parlé et après il a pleuré. »
Harry ne put s'empêcher de rire. Tout était si facile pour des enfants de leur âge, il aurait aimé que ce soit aussi simple avec Malfoy et Théo. En tous cas, les jumeaux étaient une bouffée d'air frais dans sa vie et leur seule présence soufflait tous les malheurs qu'il avait pu connaître.
« Ce n'est pas si simple entre adultes… » soupira-t-il finalement.
« C'est pour ça que Dado ne vient plus ? » demanda Lenox après quelques longues secondes de silence.
« Quoi ? » haleta Harry.
« Dado on le voit plus… c'est parce qu'il préfère les méchants ? »
« Oh non mon lapin… Dado vous aime très fort. Il ne préfère pas les méchants. C'est juste… C'est juste que la vie d'adulte est compliqué et qu'il doit aller ailleurs… » tenta d'expliquer Harry.
Il ne pouvait pas dire que lui-même ne savait pas. Que lui-même cherchait encore à comprendre les raisons qui poussaient Théo à s'éloigner d'eux. Il était persuadé que les enfants comptaient plus que tout pour lui et qu'il ne les quitterait jamais sans une très bonne raison.
« Il nous aime plus ? » demanda Lenox, la tête basse.
Harry regarda son fils, démuni devant tant de tristesse. Comment réagir devant un si petit être qui pensait que l'un des piliers de sa vie d'enfant ne souhaitait plus le voir, ne souhaitait même plus l'aimer.
« Len, » dit-il en attirant le petit garçon sur ses genoux, avant de tendre la main vers Calum pour saisir la sienne. « Je sais que votre Dado vous aime de tout son cœur, qu'il serait prêt à sacrifier ce qu'il a de plus cher pour vous garder en vie et heureux. Je ne sais peut-être pas pourquoi il prend du recule, mais s'il y a une chose dont je suis sûr, c'est que vous êtes le centre de l'univers de Dado et qu'il vous aime plus que tout… »
Alors qu'il câlinait ses enfants, Harry réfléchissait. Il se demandait ce que faisait actuellement Théo et comment le ramener, sans se douter une seconde que quelques semaines plus tard, il allait enfin connaître la vérité.
Bonjour !
Je n'ai pas mis de note plus haut, car je pense de toute manière que peu de gens les lisent. C'est donc en bas de page que je mets mes remerciements pour JustPaulInHere pour la correction, merci à Pauu-Aya pour la relecture. Merci pour les favs, les follows et les reviews.
Je suis actuellement atteinte du syndrome de la page blanche, et toutes mes histoires en cours d'écriture sont au point mort (bien sûr, celle-ci est terminée). Par contre, je suis en coécriture avec Pauu-Aya pour un long projet (nous avons déjà 12 chapitres et je ne suis pas certaine que nous ayons atteins le milieu de l'histoire) Je ne peux pas vous donner le titre car il n'y en a pas pour le moment, mais vous serez tenu au courant de l'avancée de cette fiction ;)
A samedi.
Epsi.
