Disclaimer : le monde de Harry Potter est à J.K.R. ; Alistair et ses amis du Dix-Neuvième Parallèle sont à moi.

Rating : T

Personnages : Harry Potter, Severus Snape, OC.

Correctrice : Fantomette34.


RàR : Christine, merci pour ta review.

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Fin de l'histoire dans ce dernier chapitre. L'épilogue contera les ultimes heures des Voyageurs du Temps en Égypte antique et leur retour au vingtième siècle.

Bonne lecture !


Les Sorciers et le Livre de Thot - La Vérité en sa Balance

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Abandonnés par leur Magie, Senedj et Severus tombèrent dans le Nil.

Ravis de l'aubaine, les crocodiles crurent leur déjeuner servi, mais...

un Sort terrible frappa les premiers reptiles sur place, les transformant en sacs Hermès.

Alarmés, les autres stoppèrent leur nage, essayant de voir d'où venait l'assaut. Ils furent vite renseignés. Au-dessus d'eux une masse obscurcit le soleil avant de choir dans l'eau avec un cri terrifiant.

"GERONIMOOO !" *

L'Être coula et remonta presque aussitôt, portant les deux humains qu'il déposa sur un tronc bordant le fleuve. Ceci fait, il se tourna vers les enfants de Sobek. *

"Okay, la maroquinerie en puissance, gronda Alistair, je vais sortir la boîte à gifles !"

SBAFF !

Et d'un.

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"Maman maman, fit un petit garçon dans un champ proche, je viens de voir voler un crocodile !

- Arrête de raconter n'importe quoi.

- Mais c'est vrai !"

La femme secoua la tête. Ces enfants, quelle imagination !

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Bien qu'elle n'ait plus d'objet - Senedj et Severus étant hors de danger - la bagarre faisait toujours rage entre Alistair et les reptiles. Pourquoi ? La réponse était simple : le Minotaure exorcisait la peur qu'il avait ressentie, quand il avait compris dans quel péril s'était mis son compagnon pour sauver le petit.

Crier sur Severus serait sans effet sur sa frayeur.

Taper sur les crocodiles permettait de l'extérioriser jusqu'à épuisement de l'adrénaline. Une dizaine de ces habitants du fleuve passèrent donc du tabassage en règle à des vols planés qui auraient fait blanchir d'hypothétiques aiguilleurs du ciel : ils allaient dans tous les sens.

Les eaux se calmant, Alistair crut qu'il en avait fini avec eux. C'était vrai, mais l'ombre agressive qui montait en ce moment du fond le fit béer.

Ooooh, ça, c'est la taille au-dessus !

SBAAAFFFF !

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"Maman !

- Quoi encore ?

- Y'a un hippopotame qui vole, maintenant."

Cela, ni elle, ni les villageois ne purent le nier. Le pauvre animal atterrit sur l'aire où s'entassaient la totalité de la récolte de blé, attendant d'être battue pour séparer le grain de son enveloppe, et qui permit d'amortir son retour sur terre. Quand l'hippopotame parvint à rejoindre le fleuve, en clopinant, les paysans rendirent grâces à la Déesse Thouéris. Sous le choc et le poids de la bête, le boulot avait été fait.

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"T'aurais pu te faire tuer !

- Mais je ne l'ai pas été.

- Rhôô, Sev, t'es impossible !"

Ils s'étaient mis hors de danger, abattus plutôt, à côté du surplomb et Alistair avait craqué. Il avait traité son compagnon de tous les noms : de fou, d'inconscient, de Gryffondor refoulé, la pire des insultes. Il avait espéré lui faire admettre sa folie. Macache ! Ce dont il accablait le Sorcier glissait sur lui comme l'eau sur les plumes d'un canard. Et il n'occludait même pas, puisqu'il n'avait, pas plus que le gamin, sa Magie à disposition.

Ah oui, au fait, qu'en était-il des énergies magiques ?!

Elles planaient au-dessus d'eux. L'une, lumineuse - celle de Severus- semblait tenir en respect la fumée noire de l'Obscurus, comme Poppy Pomfresh figeait de peur Albus quand elle devait lui faire une piqûre à la moldue. Mais l'équilibre était précaire, Alistair le sentait et il craignait un nouvel affrontement sous peu.

Il n'eut pas lieu.

Le Potionniste se leva, effleura de ses doigts la lueur issue de sa Magie et l'appela.

"J'espère que tu sais ce que tu fais," souffla l'Homme-Taureau.

Severus hocha la tête.

Ayant désormais retrouvé son Pouvoir, il fit face aux volutes sombres qui n'avaient pas bougé et se produisit l'impensable : la noirceur pâlit, les rubans de désespoir perdirent de leur opacité et la Magie de Senedj, enfin, parvint au jour tandis que l'enfant criait.

"C'est... c'est...

- Une deuxième naissance, oui," murmura Severus.

Il avait franchi un nouveau cap, en matière de guérison, et il en était très heureux. Cela lui avait permis de neutraliser l'Obscurus et de le transformer en Magie bénéfique.

Restait maintenant à faire le plus dur : persuader Senedj d'accueillir cette part de lui-même, cette part sans laquelle il ne se sentirait jamais complet. L'enfant se balançait d'avant en arrière, sans paraître conscient du monde qui l'entourait. Comment toucher son esprit ? Comment lui faire comprendre que la menace de l'Obscurus n'existait plus, et qu'il était libre ?

Ce fut Alistair qui trouva un biais pour y parvenir. Il commença par prendre le petit dans ses bras, le berça, caressa son dos. Le gamin, qui avait oublié les câlins de sa mère, se blottit contre lui, désespéré d'en retrouver le goût et la tendresse. Severus en avait la gorge nouée. Son compagnon comprenait mieux les enfants que lui. Il n'en était pas jaloux, il remerciait simplement Merlin et les Dieux, quels qu'ils soient, pour ce don précieux entre tous.

"Ecoute-moi bien, petit, avait dit l'Homme-Taureau, je vais raconter une histoire, ton histoire. S'il te plaît, ne m'interromps pas avant la fin !

Il était une fois un garçon qui n'avait pas eu de chance dans la vie : il avait grandi sans père, et sa mère était partie au Royaume d'Osiris quand il avait cinq ans. Sans autre famille, il s'est retrouvé seul au milieu d'étrangers, dans une "école" qui lui donnait plus de corvées que d'enseignements. Au retour de son père, il crut que les mauvais jours étaient finis, qu'il aurait droit au bonheur. Cruelle désillusion ! L'homme qui aurait dû le protéger l'envoya sous la coupe du Grand Prêtre Ounech, qui aimait un peu trop les petits garçons, et comme si ça ne suffisait pas survint le premier accident de Magie. Il fut traité de monstre, tant et si bien qu'il engendra un Obscurus.

C'est cette fumée noire qui fait tant de dégâts, fit-il à l'enfant perplexe, et qui signifie que tu n'aimes pas ta Magie.

- C'est mal, la Ma-gie !

- Non, petit, souffla Alistair en le serrant un peu plus dans ses bras, la Magie n'est ni bonne, ni mauvaise, comme beaucoup de choses, l'important n'est pas ce qu'elle est, mais ce que l'on en fait. Tu as déjà vu des Scribes écrire avec des calames, n'est-ce pas ?"

L'enfant hocha la tête.

"Ces simples morceaux de roseau taillés peuvent aussi bien signer une condamnation à mort qu'un ordre de libération. Dirais-tu que c'est le roseau seul qui a décidé ?"

Brusque négation. Le petit commençait à comprendre.

"Bien. Maintenant, je vais poursuivre mon histoire : ayant accepté sa Magie, le jeune Senedj grandira et deviendra quelqu'un de bien. Il se mariera, aura des enfants qui à leur tour auront des enfants et ainsi de suite..."

Alistair détacha le gamin de ses bras et l'orienta vers le Potionniste.

"Severus est l'un d'entre eux. Il est un grand Magicien, dans le futur, tellement grand que les Dieux l'ont choisi pour venir avec sa famille à l'aide du Pharaon Séthi, ce que nous avons fait. Mais tu sais ce qui lui importait le plus ? Non ?

Toi, Senedj !... Il voulait que ton âme guérisses, que tu aies une chance de grandir avec l'espoir au cœur, et il a tout fait pour ça."

Le Minotaure murmura à l'oreille enfantine.

"Tu peux être fier de lui."

Des larmes perlèrent aux prunelles noires, si semblables à celles du Maître des Potions. Un faible sourire se dessina sur les lèvres pleines et la Magie, acceptée pour la première fois, se fondit à nouveau dans son hôte.

Oui, Senedj était prêt à vivre cette vie. S'il avait un jour un tel descendant... cela en valait le coup.

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Ce fut quand ils remontèrent sur leurs ânes que le gamin lâcha sa bombe.

"Dis-nous, Senedj, avait demandé Alistair, où as-tu caché ce que tu as dérobé, le Livre de Thot ?

- J'ai rien volé !" s'était indigné l'enfant.

Encore une énigme qui leur était renvoyée à la figure.

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Pressés par le temps, Severus et le Minotaure avaient décidé de Transplaner directement au Temple de Thot. Le Potionniste n'avait pas eu de difficultés à y aller, avec Senedj en escorte, mais Alistair, ne voulant pas laisser leurs montures sur place, les avait suivis avec elles un Pop ! plus tard. Comme il n'avait jamais été sur les lieux, l'atterrissage fut approximatif. L'Homme-Taureau se retrouva avec les quadrupèdes au sommet de la plus grande colonne encore debout.

Quand le Sorcier les fit descendre, ils se retrouvèrent entourés par une Patrouille dirigée par le Capitaine Entomologis, qui leur dit que Pharaon était venu à la Maison de Vie, qu'il avait vu les documents sur la table, dont certains n'auraient jamais dû quitter leur coffre et qu'il avait sommé Mérérou de s'expliquer. Le Scribe ne pouvait désobéir à son maître et avait tout raconté...

" ... depuis la troupe vous cherche, le gamin et vous, et je dois vous amener devant Pharaon."

Severus soupira, fataliste. Il n'y avait plus qu'à espérer que Séthi soit compréhensif.

"Non mais ça va pas ?! avait hurlé Alistair en secouant le Potionniste comme un prunier, tu vas pas y aller ?

- A-t-on le choix ?"

Le minotaure l'avait lâché, et la troupe était partie en entourant le Sorcier et l'enfant.

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Alistair contempla le flacon qu'il avait volé à son compagnon.

Il n'était pas Sherlock Holmes, mais Nemo l'avait entraîné à l'analyse des faits criminels, et il savait que le contenu dudit flacon allait l'aider à mettre un point final à cette histoire.

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La Grande Salle était pleine à craquer. Pharaon lui-même présidait l'audience.

L'enjeu ?

La liberté ou la mort d'un enfant.

D'emblée, ce fut mal engagé. Les Prêtres ne lui pardonnaient pas l'attaque du Temple. Qu'il ne maîtrisait pas alors son Obscurus, ils s'en moquaient. Il était coupable.

Coupable ! Coupable ! Coupable !

Leur diatribe fut interrompue par un mouvement près des portes extérieures. On entendit un craquement sinistre et le vantail céda.

"'Scusez, Messieurs, fit la voix d'Alistair, mais il y a ici un homme qui tient absolument à témoigner !"

Et il brandit au bout de son poing le corps tremblant du Grand Prêtre Ounech,

bien réveillé.

La foule éclata alors en murmures et imprécations, les Medjaïs eurent beaucoup de mal à rétablir l'ordre et le silence. Quand ils y parvinrent, Pharaon parla :

"Nous aurons beaucoup de... plaisir... à l'entendre."

Severus, sachant que ce pourri d'Ounech pouvait s'en sortir, s'il jouait fin, arracha de sa ceinture la Balance de Thémis, Déesse grecque de la Justice, la fit grandir jusqu'à atteindre la taille d'un homme et invita Ounech à grimper sur un plateau, ce que l'homme fit à contrecœur. Puis il montra à tous la plume d'or de Maât.

"Que le jugement soit prononcé !" cria-t-il, en la jetant sur l'autre plateau.

La balance ne bougea pas. Le plateau contenant l'homme restait au sol, les péchés de ce dernier étant plus lourds que la plume de la Vérité et la Justice.

"Maât a jugé !" commenta Severus.

Une clameur monta. Les gens étaient en liesse. Enfin, ce corrompu allait recevoir la monnaie de sa pièce !

Ounech ne pouvait mentir, là où il était, et il déballa tout : ses accointances avec Pakhémetnou, son goût pour les jeunes garçons, jusqu'au fait que c'était lui qui avait fait main basse sur le Livre de Thot. Il en indiqua la cachette.

"Sous son lit, le seul endroit où l'on n'ai pas pensé à fouiller !" s'écria Grimoire qui les avait rejoints, ah on est nuls ! Nemo n'a pas fini de nous chambrer avec cela...

-... sauf s'il le sait pas !

- Alistaiiir ! Il sait quand on ment, même par omission. Il a un détecteur intégré."

Severus ne les écoutait plus. Ounech ayant été évacué, en attente d'un futur procès dans les règles, celui de Senedj allait reprendre et ils en étaient au même point.

"Gagne du temps, lui souffla l'Enquêteur, je vais chercher de l'aide."

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L'audience reprit, désespérante.

Un juriste disait à Pharaon que pour son crime, la destruction du Temple de Thot, l'enfant pouvait être condamné à dix années de travaux forcés dans les mines de plomb.

Autant dire la mort en quelques semaines.

Ils en étaient à ce point quand, de nouveau, s'éleva un murmure émerveillé au-delà de la porte qu'Alistair ne s'était pas donné la peine de réparer. Grimoire entra.

"Seigneur... Noble Assemblée... ne croyez-vous pas que l'on devrait demander son avis au principal intéressé ?"

L'Enquêteur s'effaça.

Un homme s'avança. Un homme ? Non, un Dieu. Avec une tête d'Ibis.

Thot.

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Tous retinrent leur souffle.

Le Dieu-lune s'accroupit, regardant longuement Senedj dans les yeux. Il parut satisfait de ce qu'il y trouvât, car il caressa les cheveux de l'enfant tout en se redressant.

Tour à tour il vrilla ses sombres prunelles dans celles de plusieurs personnes : Morora, qui ne flancha pas, Mérérou, qui n'en menait pas large mais qui tint bon, Nedjemet...

La jeune femme semblait lui adresser une prière muette et il hocha imperceptiblement la tête.

Ceci fait, il se tourna vers Pharaon.

"Fils de Rê, toi seul décides," avait-il dit, et la foule, ne sachant comment interpréter ces mots restait dans l'expectative.

Séthi se leva.

"Bien... l'idée de dix ans de travaux forcés... et des mines de plomb... est intéressante."

Un silence de mort tomba sur l'assemblée.

"Toutefois !

Ce sera pour plus tard. Des aménagements doivent être faits pour ce garçon. Dame Morora, tu sera désormais sa mère, Mérérou, tu lui apprendras le métier de Scribe. Vous serez sa famille.

Dame Nedjemet, chère cousine, je te charge de veiller sur lui quand il sera au Palais."

Pharaon tourna enfin ses yeux vers le gamin.

"Quand tu seras adolescent, tu entreras en apprentissage auprès de mon Grand Architecte pour les dix années suivantes, et les seules mines de plomb que tu verras seront celles que tu auras sous tes doigts pour dessiner des monuments à la Gloire des Dieux.

Ainsi tu payeras la dette que tu as envers Thot et envers Pharaon."

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Il y eut comme une respiration douloureuse et soudain,

les acclamations fusèrent.

Les cris de la foule étaient assourdissants, mais Severus et Senedj n'entendaient rien, ils étaient dans leur bulle. Serrés l'un contre l'autre, ils ne pouvaient que répéter :

"C'est fini. Enfin, c'est fini."

...


* Geronimo ! est un cri de guerre utilisé par les parachutistes américains lors de leurs sauts.

Dans la mythologie égyptienne, Sobek est le Dieu-crocodile, Thouéris la Déesse-hippopotame, qui préside aux accouchements, Maât est la Déesse de l'Ordre et de la Justice.

Les Scribes utilisaient des pinceaux pour écrire, l'usage des calames, ces roseaux taillés et trempés dans l'encre est tardif.

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Nd'A : si vous souhaitez avoir des précisions sur un point de l'histoire, notez-le dans votre review. J'essaierai de donner des explications dans l'épilogue. Sinon, en bas de page la semaine prochaine.