Yo ! Pardon, je suis en retard.

Ce chapitre ne bouge pas beaucoup, mais ça devrait s'arranger dans les suivants. Bonne lecture.


4. Complots

Assise sur le rebord de la Passerelle du Néant, les pieds ballottant dans le vide, la marionnette fixait le ciel vide, la mort dans l'âme. Elle aimait bien s'asseoir ainsi, malgré les dangers que cela comportait. Cela lui rappelait les fins d'après-midi passés à la Cité du Crépuscule avec Axel et Roxas. Pas de crépuscules ici, cependant, juste une nuit éternelle, un pot d'encre indélébile renversé sur le ciel. Ca avait quelque chose de beau également, lorsqu'on y pensait, mais ce ne serait jamais pareil...

Il n'y avait pas Axel et Roxas, non plus. Il n'y aurait plus jamais Axel, à moins que Lumaria ne tienne la promesse faite à Roxas. Etrangement, le pantin ressentait un certain malaise à cette idée. On ne ressuscite pas les morts, déjà que les Simili ne sont pas censés voir le jour, à la base – peut-être pour ça qu'ils s'étaient réfugiés dans ce monde éternellement sombre, d'ailleurs.

Pourtant, elle se trouvait là, et Roxas aussi. Et voilà où ça les menait, cette seconde chance... Si seulement il se souvenait ! Et si Axel était encore en vie ! Si tout allait bien, ils se seraient installés à la Cité du Crépuscule, tous les trois, le seul endroit où ils sentaient chez eux, et auraient enfin coulés des jours tranquilles, sans trahisons, sans problèmes, sans... Elle ne savait pas en ce qui la concernait, mais ses amis le méritaient.

« Bouh ! »

Elle poussa un soupir de frustration et se retourna pour fusiller l'intrus du regard. Arlène l'observait de haut avec un amusement non dissimulé.

« Dommage, je me demandais si tu allais sursauter et tomber dans le vide... Tant pis. »

Sans attendre de réponse, elle prit place aux côtés de la marionnette, une jambe dans le vide, l'autre repliée contre sa poitrine.

« Qu'est-ce que tu me veux ? questionna la plus jeune, sur la défensive.

-Pas grand-chose, je m'ennuie juste, répondit Arlène en s'étirant. Oh, arrête avec cet air coincé ! Je ne vais pas t'agresser, tu peux te détendre. On est dans le même camp.

-J'ai le droit de me méfier, non ?

-Non. La méfiance mène à la trahison, donc si tu te méfie de nous, on va devoir se méfier de toi. Tu piges ?

-Hum, se contenta-t-elle de déclarer. Tu as finis ta mission pour Lumaria? »

Quitte à devoir supporter Arlène, autant glaner des informations sur la suite des événements. Quoiqu'elle en dise, la jeune femme ne lui inspirait pas confiance. Ni elle ni Lumaria, d'ailleurs.

« Essaie pas de me faire révéler ce genre de choses, gamine. Tu sauras tout en temps et en heure.

-Je pensais qu'on devait se faire confiance ? rétorqua la « gamine ».

-Ne joue pas à la plus maline, asséna Arlène d'un ton sec. Tu n'es pas en position pour te le permettre.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? »

La femme laissa échapper un petit rire de gorge.

« Je te dis juste de faire attention à toi. Pas que je me soucie de ton bien-être, mais entre alliés, il faut s'entraider, alors je te le dis.

-Je ne comprends rien à ce que tu me racontes ! s'impatienta la marionnette.

-Très bien, alors je vais te donner un conseil, fit l'autre en baissant le ton. Lumaria sait tout de toi et il compte bien se servir de ces informations. Toi, en revanche, que sais-tu de lui ?

-Je ne vois pas où tu veux en venir. »

Qu'essayait-elle de faire, au juste ? De la piéger ?

« Ce que je veux te dire, soupira Arlène, c'est qu'il est dangereux de faire confiance à quelqu'un dont on ne connaît rien.

-Tu me dis de me méfier de Lumaria ? s'étonna-t-elle. Je pensais que tu voulais que je crois en mes alliés. »

Cette fois, l'expression de la blonde se fit blasée.

« Imbécile. Il est notre supérieur, pas notre allié. Ce que j'en dis, c'est que Xemnas a abusé de son pouvoir et que Lumaria le fera aussi, comme tous les dirigeants au bout d'un temps. Le moment viendra où il faudra se tenir prêts. »

La marionnette ne comprenait plus rien. Ces deux-là... Leurs Simili étaient liés, pourtant ! Elle croyait qu'ils s'entendaient plutôt bien et que... Maintenant qu'elle y pensait, cela lui paraissait ridicule que Lumaria soit ami avec qui que ce soit.

« On ne peux pas faire confiance à ce qu'on ne connaît pas, répéta-t-elle, pourtant tu t'attend à ce que je te crois. Ca ne tient pas la route. »

Larxène lui aurait sans doute hurlé dessus, mais Arlène éclata de rire.

« T'as du cran, gamine, mais ça se tient. Moi, j'ai lu la base de données de l'Organisation, je sais tout de toi. Sinon, puisque ça t'intéresse, j'étais capitaine d'un navire spatial, autrefois. Un navire de pirates, précisa-t-elle avec un petit sourire sadique. J'ai réussi à me faire un nom parmi toutes ces brutasses puantes. Puis un jour, il y a eu cette foutue attaque de Sans-Coeurs dans un port, et... Je me suis réveillée trois ans plus tard, avec une migraine, des souvenirs qui ne m'appartenaient pas et sans mon bateau. Ces enfoirés n'ont pas voulu me reprendre en tant que capitaine. Tu aurais vu comme ils m'ont traité... Moi, qu'ils respectaient pourtant avant ! J'en ai tué quelques uns et je suis repartie. Lumaria m'a trouvé en train de cuver du rhum dans un caniveau et m'a dit qu'il pouvait m'aider à récupérer mon équipage et mon navire. C'est tout ce que tu as besoin de savoir. »

La marionnette ne sut pas trop quoi dire pendant un moment. Elle n'aurait jamais pensé qu'Arlène lui révèle tout ça sans broncher... Elle devait vraiment soupçonner une trahison de la part de Lumaria et craindre cette éventualité.

« Tu ne penses pas qu'il tiendra ses promesses ? l'interrogea-t-elle.

-Je n'en sais rien, répondit Arlène. Je sais juste que son Simili a jeté le mien en pâture lorsque ça l'arrangeait, alors qu'il parlait de collaboration. Seulement, je suis différente de ma Simili, et lui aussi, donc ça ne veut peut-être rien dire. Je ne le connais pas, dans le fond. En revanche, c'est certain qu'il ne nous a pas tout dit. Ne répète pas ça à n'importe qui. Si je te le dis, c'est uniquement pour pouvoir compter sur quelqu'un si la situation tourne au vinaigre. Alors ? »

Elle voulait de l'aide pour une éventuelle rébellion ? Que pouvait-elle lui répondre, au juste ? De plus, il y avait toujours le risque qu'il s'agisse d'un piège pour tester sa loyauté ou autre chose d'aussi tordu...

« On verra bien en temps voulu » déclara-t-elle prudemment.

Cela sembla suffire à son interlocutrice, qui esquissa un petit sourire satisfait avant de quitter la balustrade et de tourner les talons, s'éloignant en faisant claquer ses bottes sur les pavés.


Le chemin transparent menant à la Citadelle s'étalait au pied des deux scientifiques. Largement plus impressionnante en vrai qu'en souvenirs, cette bâtisse. Dire que les Fondateurs de l'Organisation XIII avaient construit ce monument de toutes pièces...

Selon Even, quelque chose sentait le vinaigre dans cette affaire. Il faillit demander à Ienzo s'il était sûr de vouloir écouter cette rustre d'Arlène, mais parvint à tenir sa langue. Il avait compris qu'il ne valait mieux pas mettre en doute les décisions de son cadet, au risque d'y laisser sa peau. Et il trouvait cela risible, franchement, d'en être réduit à devoir obéir au doigt et à l'oeil à un néophyte qu'il avait formé, bon sang ! C'était lui qui lui avait tout appris, et voilà comment on le remerciait !

Satané gamin. S'il avait su, il aurait fait en sorte qu'il se perde quelque part et ne revienne pas... Ou qu'il soit assassiné par ces Nescients qui avaient envahis le Jardin Radieux quelques temps avant l'arrivée de l'apprenti Xehanort – le début du désastre... Dire que c'était Ienzo qui avait insisté auprès de cet illuminé pour qu'ils poursuivent clandestinement ses recherches sur les coeurs ! A l'époque, il n'avait qu'une dizaine d'années... Aujourd'hui, Even se sentait idiot de ne pas avoir décelé les signes de sa folie plus tôt. Il se sentait en partie responsable. Avec Ansem et Aeleus, ils l'avaient pratiquement élevés, cet enfant !

Ledit enfant, qui n'en était plus vraiment un, paraissait hésiter à entrer dans la Citadelle.

« Nous ne sommes pas obligés d'aller voir ce Lumaria, tenta Even. Tu trouveras bien autre chose pour...

-Nous n'avons pas le temps de trouver autre chose ! rétorqua Ienzo. Je dois écouter la proposition qu'il a à me faire.

-Mais enfin...

-Silence. »

Even ravala sa fierté encore une fois. Il eut soudainement l'impression de ne faire que ça depuis son retour à la vie.

Non, protesta une voix dans son esprit. C'est depuis qu'il est tombé dans cette fissure... Depuis qu'il se croit en mission pour le Kingdom Hearts, c'est depuis ce jour-là qu'il a totalement perdu la raison.

Sans doute, oui, mais la soif de pouvoir d'Ienzo ne datait pas d'hier. Peu importait ce qui lui était arrivé lorsqu'il était tombé dans le coeur de la Cité du Crépuscule, ça s'était servi de sa nature trop ambitieuse pour le manipuler. Cependant, il s'agissait de quelque chose qui pourrissait déjà son coeur depuis longtemps.

« Nous sommes attendus, visiblement » fit observer Ienzo en levant les yeux vers la Citadelle.

A l'entrée de celle-ci, une silhouette féminine leur faisait signe de venir. Even renifla de mépris. Encore cette femme. La veille, elle était venue jusque dans le monde où ils se terraient depuis l'échec de la fusion entre le Colisée de l'Olympe et Atlantica. Elle avait été très arrogante – fidèle au caractère de sa Simili – insistant sur le fait qu'ils étaient totalement démunis, incapables de se défendre sans Dilan, et que Lumaria pourrait les aider – pire encore, qu'ils avaient absolument besoinde l'aide de ce Lumaria, qu'il poursuivait les mêmes buts qu'eux et se montrerait généreux.

Et elle avait raison sur un point. Even ne parvenait pas à se battre avec l'arme de son Simili, trop lourde, et son seul pouvoir de glace ne suffirait pas à les protéger de leurs – trop nombreux à son goût – ennemis. Ienzo ne passait pas non plus pour un guerrier, en dépit de sa prothèse mécanique pleine de gadgets bien pratiques.

Ils se hâtèrent de la rejoindre.

« Eh bien, vous ne vous êtes pas faits attendre ! » s'exclama la jeune femme.

Even ne daigna pas répondre.

« Contente-toi de nous conduire à ton maître » ordonna Ienzo.

Pendant un moment, Even crut qu'elle allait attaquer son cadet – si seulement elle pouvait l'en débarrasser... Mais elle se contenta de le fusiller du regard avec toute l'agressivité possible.

« Ce n'est pas mon maître, crétin ! s'exclama-t-elle.

-Quoi qu'il en soit, tu lui obéis au doigt et à l'oeil, fit habilement remarquer Ienzo. Je n'appellerais pas vraiment ça un partenariat équitable. »

Even se demanda alors si son cadet se considérait comme son maître à lui. L'idée le révolta, et pourtant...

La malotrue ouvrit la bouche pour protester, avant de la refermer et de tourner les talons théâtralement pour s'enfoncer dans la Citadelle, sans vérifier si les scientifiques la suivaient ou non. Pathétique...

Elle les conduisit finalement à la Vue du Crépuscule, Par la baie vitrée, le faux Kingdom Hearts en ruines semblait les juger de son métaphorique oeil malveillant. Le rêve d'une dizaine d'êtres, détruit. Sans qu'il puisse se l'expliquer, Even en ressentit une espèce de sensation de regret. Certainement les souvenirs de son Simili qui réagissaient en lui. Mais tout de même, cette immense chose dans le ciel le mettait fort mal à l'aise.

Il mit un moment à apercevoir l'homme qui se tenait devant eux – pourtant, avec ses exubérants cheveux roses, il aurait dû le remarquer tout de suite – leur souriant d'un air qui se voulait poli, mais qu'Even trouvait affreusement condescendant.

« Mes amis, annonça-t-il presque théâtralement, je vous souhaite la bienvenue dans ma demeure ! »

Le scientifique en aurait eu la nausée, se rappelant tout ce que Marluxia avait fait pour l'acquérir, cette Citadelle... Il n'existait certes plus, mais son original avait tout de même réalisé son objectif, au final. Il n'y avait pas de justice, vraiment.

C'étaient des choses comme celles-ci qui le faisaient douter qu'Ienzo ait réellement entendu les paroles divines du Kingdom Hearts. Si le coeur des mondes possédait une conscience, il ne laisserait pas ce genre d'événements insensés se produire !

« Oh, abandonne cet air mielleux, Lumaria ! aboya-t-il. Viens-en aux faits au lieu de tenter de nous amadouer !

-Ca suffit, Even » siffla Ienzo.

A nouveau réduit au silence comme un vulgaire chien, le vieux scientifique décida de cuver sa colère dans son coin.

Les deux autres s'entre-regardèrent longuement. On pouvait sentir la tension dans l'air. Même Lumaria paraissait menaçant, malgré son visage aimable. Quelque chose dans ses yeux brillait d'un éclat purement malsain.

« Allons, abandonnez ces expressions méfiantes, fit l'homme aux cheveux roses. Nous sommes là pour parler en tant qu'alliés.

-Pourquoi tiens-tu tant à nous aider ? demanda Ienzo de but en blanc. Quel est l'intérêt pour toi ? »

Even hocha la tête. Il méprisait le gamin, mais ce dernier était loin d'être idiot. La prétendue générosité de Lumaria lui semblait louche également.

« Mais parce que nous partageons le même but, tout simplement. Il est normal de s'entraider dans ces cas-là, n'est-ce pas ? L'union fait la force. »

Comme toujours lorsqu'on abordait ce sujet, Ienzo se braqua. Il recula d'un pas, défiant son vis-à-vis du regard. Et encore ces yeux d'illuminés...

« Qu'en sais-tu, de mon but ? rétorqua-t-il. Je suis l'émissaire du Kingdom Hearts pour maintenir l'ordre et rétablir la Lumière dans les mondes !Je suis chargé de punir tous les suppôts des Ténèbres sans exception aucune ! »

Lumaria leva les deux paumes en signe de paix, mais il paraissait plus amusé que terrifié.

« Je ne peux pas me prétendre ton égal, dans ce cas. Je n'ai pas eu l'honneur de recevoir des directives du Kingdom Hearts en personne, déclara-t-il (et Even crut percevoir un brin d'ironie dans sa voix). En revanche, je n'emploie pas les Ténèbres, tu devrais le sentir... Et les anéantir est également ce que je recherche. »

Un court silence, puis Ienzo plissa le nez.

« Tu dis vrai, je ne sens aucune trace des Ténèbres sur toi. En revanche, il y en a au coeur de ta Citadelle.

-Ah, oui, je sais, ça fait d'ailleurs parti de ce que j'ai à vous offrir. »

Ienzo ouvrit la bouche pour protester, mais Lumaria le fit taire en levant la main.

« Je te parlerais de cela en temps et en heure. Auparavant, j'aimerais connaître tes plans. Admettons que je te fournisse des protecteurs contre tes ennemis, que fera-tu ? J'imagine que tu y as déjà songé.

-Pourquoi te ferais-je confiance avec mes plans ? cracha Ienzo. Qui me dis que tu n'iras pas tout répéter à ces foutus Porteurs de Keyblades ?

-Personne, admit Lumaria. Tu as le droit de rester vague, je veux juste savoir dans les grandes lignes ce que tu as l'intention de faire. Pour t'aider du mieux possible, évidemment. Et d'ailleurs, soit assuré que mes relations avec les Porteurs sont inexistantes. Enfin... Les Porteurs officiels, en tout cas. Mais j'y reviendrais plus tard. Alors ? »

Even aurait voulu dire à son cadet de la boucler. Il ne faisait pas confiance le moins du monde à ce Lumaria qui débarquait avec ses grands airs et se prétendait leur ami. D'un autre côté, c'était sans doute mieux que cet abominable puritain qu'Ienzo avait trouvé dans le monde où ils s'étaient réfugiés...

« Eh bien, commença Ienzo, quoi de mieux pour nous débarrasser des Ténèbres qu'une immense purge ? J'ai pour objectif de détruire définitivement les fauteurs de troubles principaux. Ensuite, j'aviserais.

-Quelles sont les personnes sur ta liste ?

-Tout d'abord, Xehanort et ses sbires, évidemment, décréta le scientifique. Ensuite, cette abomination de Vanitas qui se terre chez les Porteurs de Keyblade, ainsi que les Princesses de Coeur et tous ceux qui se dresseront sur mon chemin. Je ne sais pas encore s'il convient ou non de laisser les Elus de la Keyblade en vie, mais s'ils tentent de m'empêcher de faire quoique ce soit, ils mourront également. »

Lumaria leva un sourcil amusé.

« Les Princesses de Coeur sont pourtant dépourvues de Ténèbres.

-Peut-être, admit Ienzo avec amertume, mais elles ont trahit le Kingdom Hearts et gâché le don qu'Il leur a gracieusement offert. Il est évident qu'elles doivent être punies pour cela. Ceci dit, je compte tout d'abord les maintenir en vie pour étudier leur coeur...

-... et voir comment quelqu'un peut survivre sans abriter de Ténèbres ? acheva leur hôte. Je comprends. Intéressant. Oh, à ce propos, puis-je te suggérer d'ajouter Maléfique à ta liste ?

-La sorcière ? s'étonna Even. Elle est morte il y a longtemps de cela ! »

Lumaria tourna vers lui ses prunelles scrutatrices et secoua doucement la tête, désignant l'espace derrière son dos du pouce. La baie vitrée devint soudainement opaque, puis des couleurs sombres apparurent et formèrent l'image d'une affreuse femme au teint verdâtre qui discutait avec un chien humanoïde à l'air lourdeau. Le sujet de leur entretien demeurerait à jamais un mystère puisqu'ils voyaient leurs lèvres bouger sans entendre aucun son.

« Elle est vivante, expliqua inutilement Lumaria, et fomente un complot contre les Elus de la Keyblade. La connaissant, elle cherche sans doute à dominer les mondes pour son propre intérêt. Néanmoins, elle est affaiblie et sans alliés pour le moment, donc ça m'étonnerait qu'elle ne parvienne à grand-chose.

-Elle n'en reste pas moins une menace, protesta Ienzo. Je m'en chargerais également. »

Il paraissait presque reconnaissant envers son interlocuteur pour cette information. En tout cas, il ne se méfiait plus, d'après ce qu'Even voyait.

« Il te faudra des pouvoirs plus importants qu'un ou deux malheureux gardiens pour accomplir tout ceci... entama Lumaria.

-J'y travaille, le coupa Ienzo d'un ton qui n'acceptait aucune question.

-Bien, bien, comme tu voudras... déclara Lumaria comme s'il s'attendait à cette réponse. En attendant, voici ce que j'ai à te proposer : deux protecteurs qui te suivront et t'obéirons au doigt et à l'oeil, rien que ça ! »

Les deux scientifiques échangèrent un regard suspicieux. Even prit la parole.

« Comment savoir s'ils sont dignes de confiance ?

-Justement, ce sera à toi de t'en assurer, sourit l'homme aux cheveux roses. Après tout, c'est ton Simili qui les a créés, tu devrais savoir comment les faire obéir. »

Devant l'air confus d'Even, l'autre éclata de rire et expliqua :

« La réplique de Riku, tu t'en souviens ?

-Oh. Oui, bien sûr, celui-là ! Mais qui est le second... ? »

Sans le laisser le temps de finir, Lumaria sortit de son veston un paquet de feuilles agrafées et lui tendit. Après avoir lu l'entête, Even reconnut la mise en page des rapports de l'Organisation XIII. Mais de celui-là, il ne s'en souvenait pas...

« Elles viennent de la base de données de la Citadelle, expliqua le maître des lieux, et font état d'un second clone, plus réussi encore que Néo-Riku, qui aurait fait office de quatorzième membre durant quelques temps. Il s'agit d'un clone de Sora, mais il possède l'apparence de Kairi à cause des souvenirs qu'il a emmagasinés.

-Drôle d'histoire, commenta prudemment Ienzo. Comment se fait-il qu'on ne s'en rappelle pas ? Nos Simili auraient dû en garder la trace dans leurs mémoires.

-C'est un peu compliqué. Tout est mieux expliqué dans la salle des données, leur apprit Lumaria.

-Et tu as pu récupérer ces deux clones ? Pourtant, la dernière fois que je l'ai vu, Néo s'était associé avec ces rats du Jardin Radieux.

-Pour Néo, c'est une surprise, à vrai dire. Il n'est arrivé qu'hier, expliqua l'homme. Quant à N°i, l'autre pantin, elle a débarquée un mois auparavant avec Roxas. J'imagine que c'est dû aux dégâts que Xehanort a causé au coeur de Sora.

-Roxas est là aussi ? questionna Even.

-En effet, mais je doute qu'il vous obéisse, donc je vais le garder ici. En revanche, les deux autres étant des créations artificielles... Avec quelques réglages, ils deviendront sans doute parfaitement dociles. »

Ienzo se tourna alors vers son aîné.

« Tu pourrais faire ça ? »

Il fouilla un moment dans les souvenirs de Vexen. Bien qu'il n'y trouva pas la création de N°i, il se rappelait bien de celle de Néo. Le fonctionnement devrait en être le même. Sa curiosité scientifique, malmenée ces derniers temps, se réveilla soudainement. Oh, il avait hâte d'étudier ces pantins ! Il en serait presque reconnaissant envers Lumaria, pour le coup. Presque, car il se méfiait toujours de ses intentions.

« Ma foi, ça me semble tout à fait faisable, acquiesça-t-il. Seulement, Vexen a doté ces marionnettes d'un coeur, et les coeurs peuvent se montrer imprévisibles. Il y a donc des risques de complications, mais... »

Il s'interrompit en voyant le regard hostile d'Ienzo posé sur lui. Le genre de regards qui confirmait qu'il n'hésiterait pas à se débarrasser de lui s'il devenait inutile.

« Je pourrais certainement mettre leur coeur en veilleuse, se rattrapa Even. C'est tout à fait faisable, oui.

-Alors ? sourit Lumaria. Marché conclu ? Oh, je ne vous demande rien en échange, évidemment ! Je vous les offre de bon coeur. »

Even le trouvait un peu gonflé de parler d'offre. Ces marionnettes avaient été créées par son Simili. Elles lui revenaient donc de droit, logiquement.

« J'aimerais tout de même savoir d'où vient ce clone de Sora, au juste, fit Ienzo.

-Bien sûr. Pour ça, veuillez me suivre à la base de données, l'ordinateur vous expliquera ça mieux que moi. »

Et il les enjoignit à le suivre jusque dans le couloir. Even soupira, mais s'engagea tout de même à la suite d'Ienzo. Il n'avait pas d'autre choix, de toute façon.

La marionnette s'assura qu'ils soient bien tous partis avant de sortir de sa cachette.

Elle aurait dû s'en douter, que Lumaria n'hésiterait pas à la trahir ! A présent, beaucoup des paroles d'Arlène faisaient sens. C'était Ienzo qu'elle était allée voir, la veille ! Elle avait tenté de la prévenir, pourtant. Et tout ça pour les vendre, elle et Néo, comme de vulgaires marchandises ! Elle se sentait vraiment bête...

Il fallait qu'elle s'en aille, sans quoi ils lui laveraient le cerveau pour mieux la manipuler. Mais Roxas... Qu'allait-elle dire à Roxas ? Accepterait-il seulement de la suivre ? Ils ne comptaient pas le « reprogrammer », lui, mais Lumaria n'hésiterait pas à s'en débarrasser le moment venu...

Non, il ne voudrait certainement pas partir avec une quasi-inconnue et abandonner ses chances de revoir Axel. Et puis, il savait se défendre tout seul. Ca lui faisait mal, mais Xion devrait fuir sans lui.

Et Néo ? Il se trouvait en danger également, mais l'écouterait-il ? Ils ne s'était parlés qu'une seule fois et ne s'étaient pas vraiment quittés de manière amicale, mais... Il fallait qu'elle le prévienne tout de même. Tant pis pour lui, s'il ne la croyait pas.

Décidée, elle ouvrit un couloir obscur pour se rendre plus vite dans la chambre du clone, en espérant qu'il s'y trouve.

Autrefois, l'obscurité ne l'effrayait pas, mais à présent, il faisait sombre et quelque chose le cherchait. Quelque chose qui voyait dans le noir alors que lui non. Quelque chose qui riait silencieusement tout autour de lui et qui s'approchait et qui pouvait l'attraper entre ses griffes à tout moment et lui ne pouvait pas courir puisqu'il ne voyait pas et qu'il craignait d'avancer tout droit vers la chose et et et il sentit une étreinte glacée se refermer sur son coeur et-

Sora se réveilla en sursaut, une main sur sa poitrine, incapable de crier. Un instant, il crut se trouver encore dans son cauchemar, avant que sa vue ne s'adapte à l'obscurité de la chambre et qu'il ne perçoive les contours des meubles de la pièce.

Se calmer. Surtout, rester calme. Il ne s'agissait que d'un cauchemar. Et même si cela lui paraissait effroyablement vrai, même s'il avait ressentait encore comme un grand froid à l'endroit de son coeur, rien n'était vrai. Même si...

Cela faisait un moment qu'il faisait des cauchemars de la sorte. Depuis ce que Xehanort lui avait fait subir dans les mondes oniriques, en fait. Il ne se souvenait pas vraiment de ce qu'il s'était passé après sa capture, mais on lui avait raconté que leur ennemi voulait faire de lui un de ses treize réceptacles.

Depuis, il tentait de se convaincre que ses cauchemars n'étaient que des coïncidences, et pas un signe quelconque que quelque chose clochait chez lui. Il n'allait tout de même pas inquiéter ses amis pour si peu...

Avant de se rendormir, il alluma tout de même sa lampe de chevet pour se rassurer... et juste au cas où quelque chose se terrait dans le noir.