Bonjchour ! Euhm, je n'ai pas grand-chose à dire sur ce chapitre. On entre enfin dans les choses sérieuses, si je puis dire. Voilà voilà, bonne lecture !


6. Cachotteries

« Elle va bien ? » demanda Kairi en la voyant reparaître.

Naminé referma la porte derrière elle et soupira. D'espérer qu'Aurore aille bien après une telle épreuve, c'était optimiste, malgré les soins d'Aerith. Rien ne pouvait réparer les troubles du cœur. Rien, sauf peut-être de revoir son peuple et son époux en vie, mais...

« Elle dort » se contenta-t-elle de répondre.

Sa petite amie hocha la tête, puis baissa les yeux comme si une idée s'insinuait dans son esprit.

« Qu'y a-t-il ? demanda Naminé.

-Rien, c'est juste... Je me demande quelles conséquences ça aura. Sur elle, je veux dire. »

Elle eut peur de comprendre ce que la rousse sous-entendait. Pourtant, malgré ces paroles énigmatiques, elle ne pouvait douter de ce que l'autre pensait. Elles étaient connectées.

Aurore était une Princesse de Coeur, une de celles qui s'avérait la moins encline à vouloir développer ses dons, avec Blanche-Neige. Peut-être qu'un choc tel que la perte de son royaume et de son amour la pousserait à vouloir se battre, ne serait-ce que pour se venger de Maléfique.

Mais c'était cruel d'avoir ce genre de pensées en de telles circonstances, et ce jugement calculateur des événements ne ressemblait pas à Kairi. Sur le coup, elle ne trouva pas quoi répondre.

« Elle s'en sortira, d'une manière ou d'une autre, finit-elle par sortir. Qu'avez-vous décidé de faire ?

-C'est plus sûr d'aller inspecter les lieux avant de tenter une quelconque offensive, répondit la rousse. Maléfique est dangereuse, et si elle est parvenue à assaillir un château entier toute seule, mieux vaut qu'on réfléchisse avant d'agir. »

Naminé acquiesça. Logique, en effet. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre bêtement de précieux alliés. Pas avec la guerre contre Xehanort qui se préparait et Ienzo volatilisé dans la nature.

La jeune fille s'inquiétait de la suite des événements. De plus, elle craignait de dessiner quelque chose de représentatif. Elle sentait son étrange pouvoir se manifester, ces derniers temps, mais faisait tout pour lutter contre, de peur de ce que cela engendrerait. Pourtant, parfois, elle se surprenait un crayon à la main sans même s'en rendre compte. Heureusement, elle parvenait à ne dessiner que de l'abstrait – ce qui ne pouvait faire de mal à personne, si ?

D'où lui venait cette étrange manifestation ? Son pouvoir d'agir sur les souvenirs des êtres liés à Sora ne lui avait jamais fait cela auparavant ! Même lorsqu'elle s'en servait sous la pression de Marluxia, elle contrôlait ce qu'elle faisait. Là, il s'agissait de quelque chose plus fort qu'elle... Quelqu'un tenterait-il de la manipuler à nouveau ? Si c'était le cas, le coupable le faisait à présent à son insu...

S'agirait-il de Xehanort ? Fallait-il qu'elle en parle aux autres ? Ou peut-être se faisait-elle juste des idées...


La marionnette s'autorisa à fermer les yeux un moment, à bout de souffle. Elle passa une main sur son front, dégageant les mèches collées par la sueur. Elle entendait la respiration haletante de Néo à côté d'elle, épuisé par son combat contre Arlène. Le Passage s'était refermé derrière eux, leur ennemie ne pourrait pas les suivre.

A présent, Xion prenait conscience de plusieurs choses. Premièrement, elle ne reverrait plus Roxas, resté aux côtés de Lumaria. Deuxièmement, les promesses de ce dernier ne tenaient bien évidemment plus. Envolés, ses espoirs que tout le monde se souvienne d'elle, et sa vengeance. Troisièmement, elle n'avait plus nulle part où aller, plus aucun but. Retour à la case départ.

Ah, encore une chose, s'aperçut-elle en rouvrant les yeux. Au loin, un château brûlait de flammes d'un vert flamboyant qui s'élevaient à des hauteurs improbables. Elle plissa les yeux, ayant retrouvé un peu d'énergie en même temps que de la curiosité. Quelque chose se déroulait là-bas. Quelque chose de mauvais.

Elle se tourna pour dire quelque chose à Néo, mais celui-ci la dardait d'un regard tellement meurtrier qu'elle garda les lèvres closes.

« C'était quoi, ça ? l'interrogea-t-il sèchement.

-Quoi donc ? » répondit Xion sur le même ton.

Il voulait sans doute parler du combat avec Arlène, mais, bon sang, il pourrait poser la question de façon moins hostile !

« Déjà, pourquoi tu te battais avec l'autre ? Bordel, maintenant, je peux plus retourner auprès de Lumaria, évidemment ! »

Du bout du pied, il envoya puérilement valser une pierre un peu plus loin. La marionnette avait du mal à y croire. Dans le genre odieux, elle avait déjà connu pire – Saïx et Arlène pour ne citer qu'eux. Mais aucun n'aurait pris la peine de lui venir en aide juste pour pouvoir la blâmer après coup !

« Ca, tu aurais dû y penser avant de me sauver ! répliqua-t-elle.

-Sans doute, ouais, vu ce que ça me rapporte ! »

Incroyable, vraiment...

« Te sauver de quoi d'ailleurs ? » poursuivit le garçon sans lui laisser le temps de répliquer.

Elle hésita. Lui dire la vérité reviendrait à dévoiler son identité. Pas que ça ait de l'importance, à présent, en fait, mais elle avait tellement pris l'habitude de mentir... Puis on ne savait jamais. Moins de gens connaîtraient son passé, mieux ce serait, pour le moment.

« On a d'autres problèmes à régler, fit-elle d'un ton un peu radoucit en désignant le château en proie aux flammes à l'horizon. »

Le regard de l'autre se fit perplexe.

« C'est pas notre problème, ça ! On a qu'à aller dans un autre monde, si celui-là est dangereux. »

Xion secoua la tête.

« Des gens sont peut-être en danger. On devrait aller voir.

-Pas question, bougonna Néo. Sérieusement, tu crois qu'on pourrait y faire quoi ? Puis tu tiens à peine debout, en plus... »

Il n'avait pas tort. Le combat contre Arlène l'avait épuisée et, surtout, elle était à court de magie. Autant dire qu'elle ne pourrait pas se battre du tout. Mais l'idée de ne pas savoir ce qui se passait à l'autre bout de la plaine la frustrait.

« Ca ira, le rassura-t-elle en se redressant un peu. Je vais... »

Elle regarda autour d'elle et aperçut une branche d'arbre presque plus grande qu'elle tombée à terre. Elle se dirigea vers le bout de bois, le ramassa et en cassa quelques rameaux. C'était rudimentaire, mais ça pouvait très bien servir de bâton de combat. Une fois, Roxas avait dû faire ce genre de chose aussi et ne s'en était pas trop mal sorti.

« Je me battrais avec ça » informa-t-elle Néo.

Celui-ci haussa un sourcil, l'air vaguement blasé.

« Tous les Simili possèdent une arme, normalement, déclara-t-il en croisant les bras.

-Pas moi, répondit la marionnette du tac au tac.

-Arlène a parlé d'une Keyblade, tout à l'heure. Je l'ai entendue.

-Je ne vois pas pourquoi elle a dit ça.

-Menteuse. »

Il y eut un silence et un affrontement de regards.

« Je t'assure que je ne sais pas ! s'impatienta Xion.

-Oh, allez, arrête ! soupira le garçon en levant les yeux au ciel. C'est trop énorme. Ta perte de mémoire bien pratique, cette histoire de Keyblade, le fait que tu connaisses Riku mais que tu dises ne pas t'en souvenir et cette foutue ressemblance avec Naminé ! Et puis, pourquoi Arlène semblait tellement vouloir t'éliminer, hein ? Qui es-tu, sérieusement ? »

Bien sûr, elle aurait dû s'en douter que ça ne passerait pas éternellement. Pourtant, elle s'entêta.

« Je ne me souviens pas, insista-t-elle d'un ton qui ne laissait pas de place à la discussion. On ferait mieux d'y aller. »

L'autre sembla vouloir ajouter quelque chose, mais elle ne le laissa pas faire et partit en direction du château, la tête haute.

A quoi bon évoquer le passé ? C'était comme s'il n'avait jamais existé, de toute façon.

Le trajet se déroula dans le silence le plus total jusqu'au pont qui reliait la clairière et le château. Mieux valait éviter de se faire repérer d'entrée de jeu. Une fois devant l'immense bâtisse, ils se trouvèrent face à une immense porte close. Il serait trop bruyant de l'ouvrir, songea Xion.

Elle fit signe à Néo de la suivre en longeant les murs, espérant trouver une entrée plus discrète. Au bout d'un moment, ils trouvèrent une fenêtre entrouverte et se risquèrent à jeter un œil à l'intérieur du palais.

Le hall était saccagé, les tapisseries déchirées et brûlées, le lieu vide de toute présence... Du moins, de toute présence vivante. Quelques cadavre gisaient ça et là, portant des uniformes pour la plupart, souvent des gardes. Le personnel du château, certainement.

« Tu penses qu'on peut entrer sans se faire repérer ? » questionna Xion.

L'autre poussa un soupir résigné.

« Je pense pas qu'on devrait, mais on peut. Y'a plus personne de vivant dans cette pièce. »

La marionnette souleva le battant de la fenêtre, se figeant lorsqu'il émit un grincement un peu trop bruyant à son goût, guettant un quelconque signe d'une présence à proximité. Le silence. Bien, ils pouvaient passer. Mais dès qu'elle fit un geste pour enjamber la clôture, elle fut stoppée par Néo, qui regardait ailleurs en posant une main sur son poignet.

« Rappelle-moi pourquoi on fait ça » dit-il.

La marionnette s'arrêta un instant, surprise par la question. Tiens, oui, pourquoi ? Elle n'y avait pas vraiment réfléchi, à vrai dire. Elle ne voyait pas d'autre option.

« Des gens sont sûrement en danger, répondit-elle. Ca devrait être suffisant, non ?

-T'es sûre que t'essaie pas plutôt d'éviter de devoir trop parler ?

-N'importe quoi » démentit Xion en passant par la fenêtre pour atterrir prestement sur un carrelage dallé.

Mais était-ce réellement cela, dans le fond ? Oh, bien évidemment, elle voulait aider les habitants de ce château si elle le pouvait. Cela lui paraissait naturel. Cependant, avait-elle voulu, du même coup, échapper aux questions plus que gênantes de Néo au sujet de son identité ? Possible.

Elle entendit ce dernier atterrir à côté d'elle et songea enfin à inspecter le hall en détail. Des cadavres, mais pas énormément de sang. Comme s'ils n'avaient pas réellement pu résister, que l'ennemi quel qu'il soit avait été bien puissant qu'eux, suffisamment pour leur infliger des blessures propres mais létales. Pas normal. Quoi qu'il se soit passé là, il ne s'agissait pas d'une bataille ordinaire.

Du coin de l'oeil, elle vit Néo agenouillé devant un homme visiblement encore en vie, bien que faible. Il lui fit signe de venir et elle s'approcha, s'accroupissant à côté de lui. L'homme – un garde du château, à en juger par son uniforme – remua ses lèvres craquelées à plusieurs reprises avant de parvenir à en sortir un son.

« Ma... M... bégaya-t-il. Maléf... »

Néo écarquilla les yeux.

« Maléfique ? devina-t-il. La sorcière ? C'est elle qui a fait ça ? »

Le garde bougea à nouveau les lèvres. Un oui silencieux. Puis son regard se fit lointain et se voila alors qu'il cessait de bouger pour toujours. Xion l'observa avec tristesse quelques secondes, puis se tourna vers Néo, qui fixait l'homme sans paraître le voir.

« Qui est Maléfique ? Néo ? »

Pas de réponse. S'il s'agissait réellement d'une sorcière, elle devait être sacrément puissante. Ca expliquait néanmoins pourquoi les corps n'avaient presque pas de blessures. Comment se défendre contre de la magie après tout ?

« Eh, est-ce que ça va ? »

Il sembla enfin l'entendre et se tourna vers elle, semblant toujours aussi désorienté, avant de hocher la tête et de sortir péniblement :

« Ca va, c'est... C'est la première fois que je vois quelqu'un mourir. »

Xion hocha la tête, compréhensive. Elle savait ce qu'il ressentait, même s'il paraissait plus affecté qu'elle. Elle même était morte une fois – d'ailleurs, cela faisait bizarre de formuler ça ainsi – mais n'avait encore jamais vu quelqu'un s'éteindre de ses propres yeux, même pas un Simili... Elle avait combattu des Sans-Coeurs, mais ce n'était pas la même chose. Et voilà qu'elle se retrouvait dans une pièce remplie de cadavres.

Néanmoins, le regard de Néo se fit rapidement plus dur, comme s'il se rendait soudainement compte de sa faiblesse passagère et qu'il refusait de se montrer ainsi. Il se leva et annonça d'une voix autoritaire, mais tremblante :

« On doit s'en aller.

-Il y a peut-être des survivants qu'on peut aider, protesta la marionnette. Je ne veux pas plus que toi rester ici, mais...

-Non, contra le garçon. Non, tu comprends pas. Si Maléfique est ici, on doit se barrer, c'est tout. J'ai vu... Enfin, je sais ce qu'elle est capable de faire.

-Pas question ! Je savais déjà que t'étais un imbécile, mais je ne te pensais pas si lâche ! »

En voyant l'expression de l'autre, elle voulut ravaler ses mots, mais c'était sortit tout seul. Elle se fichait de le mettre en colère, mais là elle voyait à son regard qu'elle l'avait carrément blessé et se demanda si elle devait s'excuser... avant de se souvenir qu'il souhaitait abandonner d'éventuels survivants juste pour sauver sa peau. Mais peut-être qu'il avait raison après tout, qu'ils ne pouvaient pas affronter cette Maléfique – surtout elle, sans pouvoirs et avec un stupide bout de bois en guise d'arme.

« Je ne suis pas un lâche, siffla-t-il.

-Oublie ça. Tu as raison, on devrait peut-être...

-On continue, trancha-t-il d'un ton sec.

-Mais...

-Quoi ? C'est toi qui voulait venir, à la base. »

Xion soupira, puis suivit Néo dans l'immense escalier qui partait du hall. Elle se rendit compte à quel point il était différent de Riku. Malgré son aversion à son égard dès le départ, elle espérait qu'il lui ressemble un peu plus. Riku, lui, n'agirait pas impulsivement pour satisfaire son ego blessé. D'un autre côté, il n'aurait pas rechigné à sauver la vie d'innocents... Mais c'était normal, après tout. Néo était seulement le clone de Riku. Il ne lui ressemblait pas plus mentalement que Xion ressemblait à Sora.

Sora... Elle ne voulait pas lui ressembler. Chaque fois qu'elle pensait à lui, depuis la révélation de Lumaria au sujet d'Axel et de l'Organisation, une bile amère lui montait à la gorge. Non, elle ne pourrait jamais assassiner de sang-froid des créatures sous prétexte qu'ils ne possédaient pas de cœur.

Se rappelant d'être vigilante, elle chassa ces pensées obscures de son esprit alors qu'ils arrivaient à l'étage. Elle serra sa branche au point de s'enfoncer des échardes dans la paume. Quelle arme ridicule, vraiment... Elle se sentirait honteuse, si elle ne s'inquiétait pas autant quant à sa vulnérabilité.

Ils passèrent sans bruit à travers le couloir et s'arrêtèrent devant une porte ouverte. Des éclats de voix leur parvenaient, mais Xion n'osa pas trop se pencher pour écouter, de peur qu'on les découvre.

« … plus dans ce monde, disait une voix traînante de femme. Elle a dû s'enfuir grâce à ses pouvoirs de Princesse de Coeur.

-Euh alors on a qu'à demander à son prince où elle est partie ! répondit une forte voix de lourdaud.

-Imbécile ! siffla la première voix. Il n'a qu'une connaissance limitée des autres mondes... De toute façon, nous savons déjà où elle est passée.

-Ah bon ?

-Prévenir ces sales rats de Porteurs, évidemment ! Ah, cette petite effrontée me file toujours entre les doigts, quoi que je fasse...

-Est-ce vraiment si grave ? fit une nouvelle voix d'homme, grave et posée. Nous avons le château. Qu'importe si cette Princesse s'est réfugiée ailleurs ? Une fois que vous aurez tué le roi Philip, le royaume vous appartiendra légitimement.

-Le château... reprit la femme. Tu crois vraiment que je me soucie tant que ça de cette bâtisse puante ? Je voulais juste me refaire la main, et éventuellement gagner une armée... Ce qui est compromis puisque la plupart des soldats de Philip sont morts. Et puis... Je voulais tester tes réelles capacités. »

Il y eut un silence, puis la voix masculine reprit :

« Il serait d'ailleurs temps de me révéler votre véritable but à présent, ne croyez-vous pas ? »

Un éclat de rire de la part de la femme. Xion fut tentée de jeter un coup d'oeil par l'entrebâillement de la porte mais n'en fit rien.

« Mon but ? répéta celle qui devait être Maléfique. Il est tel qu'il l'a toujours été. La domination des Mondes, bien entendu ! Mais à présent qu'Aurore s'est enfuie, les Porteurs ne vont pas tarder à savoir que je suis de retour. Ils le savent peut-être déjà. »

Elle semblait hautement contrariée par ce fait.

« Il nous faut de l'aide, dans ce cas, suggéra l'homme.

-J'espère que tu ne penses pas à tes anciens camarades, le dissuada Maléfique d'un ton sec.

-Cela dépend auxquels vous faites allusion.

-A Ienzo, évidemment. Qui d'autre ?

-Ienzo n'était pas mon ami, mais celui de Dilan. Il déteste les Ténèbres, alors il n'accepterait jamais ce genre d'alliance. En revanche, je connais une personne que l'obscurité ne répugne pas, bien au contraire... Le chef de l'Organisation.

-Hors de question ! tonna la sorcière. Xehanort m'a déjà manipulé une fois avec cette histoire de cœurs de Lumière pure. Je refuse de me prosterner face à lui !

-Mais peut-être parviendrez-vous à faire en sorte que ce soit l'inverse...

-Il a pas tort, ajouta la voix de lourdaud du début.

-Oh, silence, toi, sinon je te jette aux cachots avec le roi et le reste de ses sujets ! »

La marionnette aurait aimé écouter la suite du débat, mais l'information la fit tilter. Elle pressa l'épaule de Néo et lui fit signe silencieusement de la suivre. En passant furtivement devant la porte, elle aperçut les protagonistes, dont un en particulier lui paraissait familier. Elle n'eut pas le temps de s'en assurer, mais durant l'espace d'une seconde, elle avait vu Xaldin, l'un de ses anciens collègues de l'Organisation XIII... Que faisait-il là ? Elle ne pouvait pas s'attarder pour le découvrir.

Une fois qu'ils furent hors de portée de voix, elle se retourna pour expliquer à son coéquipier :

« Il faut qu'on trouve l'entrée des cachots. Là, on libérera les prisonniers.

-Génial, sauf qu'on ne sait pas du tout où ils sont.

-Hum... Où trouve-t-on des cachots, d'habitude ? questionna la marionnette.

-Soit dans les sous-sols, soit dans une tour, selon les châteaux, je crois... En tout cas, c'est comme ça dans les histoires.

-Espérons que ce soit dans une tour, alors... »

Et la plus proche si possible, songea-t-elle.

Ils longèrent les couloirs en silence et le plus rapidement possible. De temps à autres, ils devaient contourner un gouffre dans le sol ou une flamme magique pas encore éteinte, mais ne croisèrent aucun ennemi. Visiblement, Maléfique et ses deux acolytes étaient parvenus à prendre possession du palais à eux trois. Cette sorcière était-elle si puissante ? Et que faisait Xaldin avec elle ? N'était-il pas sensé être mort ? A moins qu'il ne s'agisse de son original... Xion n'y comprenait plus rien.

Ils parvinrent à trouver les cachots relativement rapidement et s'avancèrent dans ce lieu insalubre. Le peu de survivants étaient amassés derrière de longs barreaux de fer, presque entassés les uns sur les autres. En les voyant, certains affichèrent une expression de terreur. Bien sûr, ils devaient penser qu'ils étaient de mèche avec Maléfique...

« Euhm... commença doucement Xion en s'approchant de la cage. On ne vous veut pas de mal. Lequel d'entre vous est le roi Philip ? »

Un homme plutôt jeune se leva du fond du cachot. Il portait une cape rouge à moitié déchirée et le reste de sa personne ne payait pas de mine non plus. Néanmoins, il soutint le regard de la marionnette d'un air de défi.

« Nous venons pour vous délivrer, expliqua-t-elle.

-Oui, en parlant de ça, intervint Néo, tu comptes t'y prendre comment ? »

Elle le fixa sans comprendre, jusqu'à ce qu'il désigne les barreaux de la cage, ainsi que la serrure verrouillée. La marionnette se mordit la lèvre. Si seulement elle pouvait invoquer la Keyblade... Mais l'arme légendaire ne répondit pas à son appel. Et tous ces gens qui la regardaient désormais avec un espoir apeuré...

Peut-être pouvait-elle tenter quelque chose. L'idée lui vint instinctivement en repensant à son combat contre Arlène Alors qu'elle pensait ne plus avoir de magie, elle était tout de même parvenu à…

Priant pour que ça fonctionne, elle enveloppa la serrure de ses mains et se concentra, malgré son manque d'énergie magique. La glace se forma sur le fer et s'immisça à l'intérieur de celui-ci, le fragilisant. Xion se recula, à moitié abasourdie par ce qu'elle venait de faire. Elle ne se connaissait pas d'aussi forts pouvoirs magiques !

« Un coup de ton épée là-dessus devrait la briser, maintenant » fit-elle en se tournant vers Néo.

Celui-ci haussa un sourcil perplexe, mais s'exécuta. Avec un bruit métallique, la serrure céda et la porte de la cellule s'ouvrit. Les prisonniers laissèrent échapper un soupir de soulagement collectif.

« Ce n'est pas fini, leur rappela leur roi. Nous devons encore échapper à la surveillance de la sorcière.

-Pas de souci pour ça, leur apprit Néo en invoquant un couloir obscur. Ce passage vous mènera vers le monde du Jardin Radieux. Cherchez un homme nommé Léon, il vous aidera sûrement. »

Le roi acquiesça et fit signe à son peuple – ou du moins ce qu'il en restait – de franchir le Portail. Il s'arrêta un instant pour s'entretenir avec les deux inconnus.

« Je ne sais comment vous remercier pour ceci, vraiment.

-Ca ne fait rien, sourit Xion. On ne pouvait juste pas vous laisser subir ça.

-Etes-vous des amis des Maîtres de la Keyblade ? Mon épouse est partie les rejoindre.

-Euh...

-Pas vraiment, non, décréta Néo.

-Mais pas leurs ennemis non plus ! s'empressa d'ajouter l'autre pour que le roi ne les pensent pas hostiles. Nous sommes neutres. »

Après tout, on pouvait le formuler ainsi, non ? En tout cas, Philip parut se contenter de cette explication et s'en alla après un dernier remerciement à leur égard. Le portail ne se ferma pas tout de suite.

« Tu peux y aller, si tu veux.

-Pardon ?

-Ils t'aideront aussi, expliqua Néo. Enfin, si tu as réellement perdu la mémoire... »

Comment lui expliquer qu'elle ne souhaitait vraiment, vraiment, vraiment pas y aller ? Sora se trouvait là-bas, et l'humain d'Axel également. Elle ne supporterait pas de les voir, après tout ça.

« Qu'est-ce qui te fait croire que je veux y aller ? questionna-t-elle.

-Tu n'as nulle part d'autre où te rendre, maintenant.

-Toi non plus, contra Xion. Pourquoi tu en es parti, si cet endroit est si génial ? »

Comme elle s'en doutait, le garçon se braqua.

« Tu veux garder tes secrets, alors n'espère pas que je te raconte les miens, trancha-t-il. J'ai mes raisons.

-Et moi, j'ai mes raisons de ne pas y aller.

-Très bien.

-Bien. »

Sur ce, Néo ferma le Portail. Xion se retint de soupirer. Ils étaient vraiment partis sur de mauvaises bases...

« On devrait partir avant que Maléfique ou qu'un de ses acolytes n'arrive, suggéra-t-elle.

-Je crois que c'est la meilleur idée que t'ai eu de la journée. »

Elle ne releva même pas.

Partir, d'accord... Mais pour aller où ? Encore un monde au hasard, avec le risque de tomber sur un nouveau problème à gérer ? Xion sentait que ce ne serait pas possible. A cet instant, elle ne désirait que de dormir pour les six prochains mois.

Soupirant, elle ouvrit un Portail qui les mena dans la prairie du départ, mais un peu plus loin du château, de sorte qu'on ne puisse pas du tout les apercevoir de là-bas. Il faisait déjà nuit noire et, une fois le passage refermé, seule la lumière des étoiles les éclairait. Autant dire qu'ils ne voyaient pas grand chose. Pire encore, le froid ne tarda pas à se faire sentir, plutôt mordant malgré la chaleur des manteaux de l'Organisation.

« Finalement, tu n'auras pas eu à t'en servir, fit la voix de Néo derrière elle.

-De... Ah, oui. »

Elle lâcha sa branche d'arbre, désormais inutile, et s'affala sur le sol en soupirant. L'autre resta debout quelques secondes, se balançant d'un pied sur l'autre. Silence gêné, puis :

« Je vais chercher du bois pour le feu » expliqua-t-il avant de s'éclipser.

Xion ne cherchait même plus à comprendre son étrange comportement. On aurait dit qu'il la fuyait tout d'un coup, alors que quelques heures avant il la bombardait de questions...

Lorsqu'il revint, il dépose le tas de bois entre eux avant d'enfin s'asseoir en face d'elle, en silence. Elle voyait à peine l'expression de son visage dans la pénombre.

Lorsqu'elle tendit la main pour invoquer un brasier, rien ne se produisit. Fronçant les sourcils, elle réessaya. Sentant une douleur dans son crâne, elle sut que c'était à cause de son manque d'énergie magique et préféra ne pas forcer. Pourtant, tout à l'heure, dans les cachots... Elle ne comprenait pas.

« Je m'en charge » annonça Néo.

En un rien de temps, le monde retrouva ses couleurs, au moins dans un périmètre limité. Etrangement, le garçon se détendit un peu. Aurait-il peur du noir ou quelque chose du genre ? Non, ça ne tenait pas trop la route...

« Bon, maintenant tu comptes me dire qui tu es ou bien quoi ? »

Et voilà, c'était reparti... La marionnette poussa un énième soupir.

« Je ne suis personne, d'accord ? Vraiment. Je n'existe aux yeux de personne. »

Et zut, elle commençait à en dire trop... Mais à force de tourner et de retourner les mêmes pensées dans sa tête, elle se sentait étouffer. Puis, elle ne mentait pas. Elle n'était vraiment personne, rien qu'une marionnette oubliée de tous. L'identité qu'elle s'était forgée dans son ancienne vie, avant son sacrifice, n'existait plus. Remise à zéro, comme un bon petit robot.

Néo eut un ricanement sans joie.

« L'histoire de ma vie » ironisa-t-il.

Le commentaire intrigua la marionnette.

« C'est pour ça que tu es parti ? Tu vivais au Jardin Radieux, non ? »

Il haussa les épaules. Comme ça, avec les ombres jouant sur visage et son air pensif, il ressemblait vraiment à Riku. Des images de son autre vie vinrent assaillir Xion. Elle n'avait pas passé énormément de temps avec Riku, mais celui-ci lui avait donné de bons conseils et elle le considérait comme son ami – pas un de ses meilleurs amis comme Axel et Roxas, mais un ami important tout de même.

Elle se rendit compte qu'elle n'avait jamais vu la couleur de ses yeux, d'ailleurs, à cause de son bandeau. Les iris turquoises de Néo ondulaient au rythme des flammes comme une mer agitée.

« Disons... commença celui-ci. Je ne sais pas trop. Je n'y ai pas trouvé ce que je voulais, en fait. Je pensais que Lumaria pourrait m'aider, même si ça paraissait sans espoir. »

Elle pouvait comprendre ce qu'il ressentait. Certains vœux semblaient totalement inaccessibles... Et puis cet homme disait qu'il pouvait les réaliser. Et même si ça relevait de l'impossible, c'était tentant d'y croire. Lumaria avait l'air si sûr de lui, si confiant, comme s'il pouvait décrocher la lune rien qu'en tendant la main. Même en se méfiant de lui, il était difficile de résister à une aura telle que celle là.

« Je vois » fut tout ce qui lui vint à l'esprit.

L'autre fronça les sourcils.

« Bah, ça n'a plus d'importance, maintenant ! lâcha-t-il d'un ton cassant. Vu qu'on s'est enfuis, tout ça est définitivement hors de portée.

-Si ça peut te réconforter un peu, entama la marionnette, il n'aurait jamais exaucé nos souhaits. D'ailleurs, il comptait se débarrasser de nous. »

Elle lui raconta la conversation épiée plus tôt dans la journée entre Lumaria et l'original de Zexion, en omettant les informations la concernant.

« Oh... Alors c'est cet abruti d'Ienzo qui a tout gâché ! s'exclama le garçon à la fin.

-Tu as l'air de le connaître » s'étonna Xion.

Ce fut son tour de raconter ce qu'il savait du scientifique. Il était réapparu au Jardin Radieux avec les autres apprentis d'Ansem et Lea, puis ils s'étaient enfuis en volant un vaisseau Gummi. A partir de là, ça devint confus et Néo dut la mettre également au courant brièvement de cette histoire de fusion des mondes pour expliquer ce qui avait rendu Ienzo fou.

« Donc, c'est réglé, à présent ? s'inquiéta-t-elle. Les fusions ?

-Je... Crois que oui. C'est plus mon problème, de toute façon.

-Espérons qu'on ne croisera pas cet Ienzo alors...

-Ce serait chiant, oui, acquiesça Néo. J'aurais dû me douter que lui et Even ne laisseraient pas tomber si facilement. Avant de quitter le Jardin Radieux, ils m'avaient déjà proposé de venir avec eux. Pour leurs recherches, qu'ils disaient... Du coup, ils ont dû se rabattre sur Vanitas.

-Qui est Vanitas ?

-Un connard. Si ça te dérange pas, je t'expliquerais plus tard... Ou pas d'ailleurs, vu que tu ne veux rien me dire de toi. »

L'atmosphère était plus détendue qu'auparavant entre eux, mais peut-être était-ce à cause de leur journée éprouvante et que Néo redeviendrait un idiot le lendemain. Xion décida de ne pas insister.

« Comme tu voudras. »

Elle étouffa un bâillement. Néo commençait déjà à s'allonger pour plonger dans le sommeil. La marionnette leva le nez vers les étoiles un instant. Tant de mondes... Face à cette immensité, elle sentit la tête lui tourner. Aucun de ses endroits ne voulait d'elle. Sa place ne se trouvait nulle part. Alors où pourrait-elle bien aller ?