Joyeux Noël ! Enfin, joyeux réveillon. Ou pas si vous lisez ça plus tard. Sauf si vous le lisez dans un an. Qu'importe.
Pour le moment, ceci est le dernier chapitre complet que j'ai en stock. Pour le moment, je me concentre sur quelques OS et originaux, mais je n'oublie pas cette fic, rassurez-vous.
Bref, bonne lecture !
15- Rétention
Xion n'aimait pas les laboratoires. Elle ne se souvenait pas y avoir déjà mis les pieds à vrai dire, mais savoir qu'elle était née dans l'un d'eux suffisait à lui passer l'envie de le faire. Elle se demanda si Néo ressentait la même chose, mais cela s'avérait difficile à dire puisqu'il boudait déjà avant qu'ils n'y entrent.
Celui-ci était particulièrement petit et lugubre et consistait essentiellement en un bureau avec différentes notes et des bocaux étranges, une bibliothèque poussiéreuse et une table dotée de lanières certainement faites pour attacher des gens. Heureusement, cette dernière ne risquait pas de remplir sa fonction première car elle se trouvait encombrée de quatre ou cinq cartons remplis de choses diverses et colorées, allant de longues guirlandes pailletées à des œufs peinturlurés. En tout cas, tout ça ne paraissait pas tellement effrayant.
Et puis, il y avait le Docteur Finkelstein. On aurait dit un croisement entre Vexen et sur un fauteuil roulant, il possédait un petit corps mou recouvert d'une blouse, un bec d'où sortaient de nombreuses dents édentées et de petites lunettes opaques. Le haut de son crâne – chauve – semblait étrangement détaché du reste, comme si on l'avait coupé et recollé. Pour ne rien arranger, il arborait un air franchement grincheux et parla d'une voix grinçante lorsqu'il vit le squelette.
« Ah, Jack, tu es de retour... Qui sont ces gens ?
-Des amis qui vont nous aider pour les plans du prochain Halloween » déclara joyeusement Jack en déposant ses plans sur le bureau du Docteur.
Finkelstein ne chercha pas à en savoir davantage, déplia ce qui s'avérait être une sorte de schéma et leur tourna le dos afin de l'étudier tranquillement. Jack afficha un grand sourire édenté.
« Bon, eh bien, nous y sommes ! chantonna-t-il. Alors, comme vous avez pu le voir, nous avons déjà amassé du matériel. »
Il désigna les cartons remplis d'affaires.
« Ca ne fait pas très Halloween... fit observer Zack.
-Et justement ! fit Jack, visiblement ravi. L'idée est de prendre des objets qui représentent les autres fêtes, mais de les rendre effrayants. Une guirlande de Noël étrangleuse par exemple ! … A vrai dire c'est la seule idée que l'on ait trouvé pour l'instant. Et puisque vous venez des autres villes, vous allez pouvoir m'aider. Je ne sais pas trop à quoi certains objets servent d'ordinaire, alors... »
Les trois étrangers échangèrent un regard un peu gêné, mais Zack acquiesça.
« Ouais, c'est génial comme idée ! On va voir ce qu'on peut faire. »
Autant dire que Xion ne servit pas à grand-chose lorsqu'il s'agissait d'expliquer à Jack à quoi servait une cloche de Pâques ou une branche de houx, mais elle s'en sortit relativement bien pour proposer de quoi les rendre effrayants. Néo jetait quelques renseignements et idées par-ci par-là, mais on pouvait aisément deviner qu'il avait la tête ailleurs. Xion évitait de croiser son regard accusateur. Ah, mais qu'est-ce qu'elle avait fait, encore ? Décidément, il avait le don de la faire se sentir coupable...
Au bout d'un moment vint la question du costume de Jack – puisqu'apparemment la fête d'Halloween consistait en une sorte de défilé avec lui en vedette.
« Peut-être comme un costume de Père Noël, mais plus sombre ? proposa Zack.
-Oh ! Oui, Sally m'en avait cousu un parfait quand j'ai essayé de remplacer le Perce-Oreille ! Avec un peu d'ajustements pour le rendre effrayant... »
Personne ne demanda ce qu'était le Perce-Oreille, ni pourquoi quiconque voudrait le remplacer dans ses activités.
« Il faut que je lui en parle ! décida Jack. Euh... Docteur, où est Sally ? »
Finkelstein eut un reniflement sinistre.
« Ah, celle-là... Sans doute à vagabonder, comme d'habitude.
-Hum, pas faux. Xion, pourrais-tu aller chercher Sally ? Elle doit se trouver à proximité du vieux cimetière. Moi, je dois griffonner des plans.
-Euh, bien sûr, acquiesça-t-elle.
-J'y vais aussi. »
Il s'agissait de Néo. Xion lui lança un regard méfiant.
« On risque moins de se perdre à deux, expliqua-t-il. Et puis, je ne suis pas très doué pour euh... tout ça.
-Oh bon, d'accord,. Pas de problème » déclara Jack.
Xion ouvrit la porte et descendit les escaliers sans vérifier si l'autre le suivait ou non, passablement agacée par sa conduite. Elle entendit ses pas sur les pavés lorsqu'ils furent de retour sur la place. Qu'avait-il encore derrière la tête, celui-là ?
Ils traversèrent la place en silence, avant de se retrouver dans une allée bordée de quelques tombes et d'une grande pierre tombale dans le fond.
« Eh, ça te dérangerait de m'attendre? râla Néo.
-Là en l'occurence, oui.
-Pourquoi, parce que je suis en train de percer tes secrets à jour ?
-Et en quoi ça te regarde, tout ça ? » s'emporta-t-elle en se tournant vers lui.
Pourquoi ne pouvait-il pas juste la laisser tranquille avec ça ? Pourquoi se sentait-il obligé de fouiner, depuis le début ? Elle, pourtant, ne demandait rien, lorsqu'il se renfermait sur lui-même, malgré le fait qu'ils soient issus du même créateur et qu'il soit le seul autre clone qu'elle connaisse, malgré le fait qu'il soit comme elle et qu'elle aurait tellement aimé en savoir plus à son sujet et savoir s'il s'était jamais senti aussi seul et misérable qu'elle et-
« Tu ressembles à quelqu'un que je connais, c'est tout, expliqua alors Néo. Et ça me rend dingue. Surtout que j'ai de bonnes raisons de croire que tu la connais aussi. »
Alors là, pour le coup... Bien sûr, Xion savait que Néo vivait avec les Porteurs, donc il avait au moins dû croiser Kairi. Seulement, elle n'avait jamais fait le rapprochement. Et là, elle se sentait un peu bête et prise au dépourvu.
« Je ne vois pas de quoi tu parles !
-Bah voyons ! Tout à l'heure, quand tu as dit à Zack que quelqu'un aurait pu effacer ou modifier ses souvenirs... Justement, c'est le pouvoir de Naminé, ça ! »
Oh. Effectivement, elle avait vaguement pensé à Naminé en disant cela, mais ça aurait pu être dit de façon totalement hasardeuse ! Ca ne signifiait absolument rien ! Elle se mordit la lèvre, réfléchissant, alors que Néo la fixait avec intensité.
« Ca ne te concerne pas, répéta-t-elle doucement. C'est du passé, tout ça, vraiment... Ca n'a aucune espèce d'importance. »
Le garçon soupira bruyamment, visiblement excédé.
« Ecoute, insista-t-il, je veux juste savoir pourquoi tu lui ressembles ! C'est juste impossible, tu peux pas être une Simili. Et puis j'en ai marre de...
-De quoi ?
-Rien.
-T'es vraiment impossible ! s'énerva Xion. Je te dis qu'on s'en fiche !
-Justement, puisqu'on s'en fiche, qu'est-ce que ça te coûte de me le dire ? »
Touché. Quelle importance, au fond ? Même s'il ne la croyait pas... En quoi son opinion importait, exactement ?
Sauf que ça importait, justement. Elle ne pouvait pas. Pas comme ça, pas maintenant, elle n'aurait pas la force de tout lui raconter. Et puis, à force d'être la seule à connaître la vérité, elle avait l'impression que ces souvenirs étaient tellement intimes... Le mystère de sa création, la manipulation de l'Organisation, les soirées sur le clocher avec ses amis, tout le reste...
« Je te le dirais, promit-elle sans trop savoir pourquoi. Juste, pas pour l'instant. Laisse-moi le temps, s'il te plaît. »
Néo parut prit au dépourvu. Visiblement, il s'attendait soit à un aveu franc, soit à un rejet de plus, mais pas à ça.
Avant qu'il n'ait pu donner sa réponse, une voix hautaine s'éleva non loin de là.
Sur la vitre de l'Autel du Néant flottait l'image de la cour de la Contrée du Départ, où plusieurs Porteurs de la Keyblade s'entraînaient en se battant les uns contre les autres. Les imbéciles...
Lumaria laissa l'image s'évanouirent, laissant place à la nuit sans étoile d'Illusiopolis à travers la fenêtre. Il écumait de rage.
Ces idiots ne mentionnaient pas la pierre, presque comme s'ils se savaient espionnés et Lumaria ne possédait donc aucun moyen de savoir où ils l'avaient rangé. Si seulement il les avait observé avec plus d'ardeur auparavant, rien de tout ça ne serait arrivé ! Il aurait enfin pu entamer la première étape de leur plan et...
Il émit un rire froid qui résonna dans la salle. Qu'à cela ne tienne. Il commencerait la deuxième, dans ce cas – l'ordre importait peu – pendant qu'il réfléchirait au moyen de lancer une offensive sur les Porteurs. Si seulement Even avait pu reprogrammer Xion et Néo... Il avait fallu que ces sales pantins s'enfuient également ! Et, puisqu'il ne savait pas dans quel monde ils se trouvaient, il ne pouvait pas les observer !
Il savait en revanche qu'Ienzo honorait inconsciemment sa part du plan, bien qu'il ne soit pas revenu depuis leur première rencontre. Ah, ce brave Ienzo, si naïf... Un sourire fleurit sur les lèvres de Lumaria. Oui, tout espoir n'était pas perdu, loin de là. Il possédait encore toutes les cartes en mains pour réussir.
Son regard se porta sur les ruines du Kingdom Hearts artificiel, que l'Organisation XIII avait tenté de créer de toutes pièces. A présent, il avait été détruit par Ansem le Sage, mais il flottait toujours dans le ciel, vide et désolant. Parfait pour ce qu'il comptait en faire.
« Bientôt » promit-il, le nez toujours levé vers l'entité.
« Ce n'est pas possible » pestait une voix que Xion crû reconnaître.
Les deux clones échangèrent un regard paniqué.
« Ca ne peut pas être... murmura Néo.
-Je n'en sais rien, répondit Xion sur le même ton.
-Qu'est-ce qu'il ferait ici, ce tordu ? »
Elle haussa les épaules et ils écoutèrent encore.
« Evidemment, cela prend du temps d'acquérir un pouvoir aussi immense, vous vous en doutez bien... »
Cette voix-là aussi, ils la connaissaient. Xion vit Néo frissonner, les yeux écarquillés. Le son provenait de derrière le muret de pierre. Elle lui fit signe pour l'indiquer, puis s'avança pour monter sur une pierre tombale, dans l'espoir d'en voir davantage.
« Mais qu'est-ce que tu fabriques? s'agaça Néo à voix basse en s'approchant. On va se faire tuer ! »
Mais Xion l'ignora, car ce qu'elle vit au-delà du muret confirma ses craintes. Ienzo se trouvait bel et bien là, accompagné d'Even et du Docteur Facilier. Elle sentit son estomac se tordre d'angoisse. Ienzo semblait concentré sur quelque chose. Il fixait une pierre tombale avec intensité, comme s'il tentait de la renverser rien qu'avec son regard. A y regarder du plus près, elle vit que l'air au-dessus de la tombe avait pris une très légère teinte bleutée, presque blanche. Bien que cela n'ait pas tout à fait la consistance d'une âme, la présence de Facilier qui prodiguait des conseils au scientifique la mit sur la piste.
Au moins, songea-t-elle, ils ne se trouvaient pas là pour Néo et elle... Enfin, jusqu'à ce qu'ils apprennent leur présence dans ce monde.
« Vous me faites marcher, cracha Ienzo en se tournant vers Facilier. Il y a forcément un moyen d'accélérer le processus !
-Bien évidemment ! déclara Facilier comme s'il se retenait de se montrer impoli. Je vous ai déjà dit...
-Hors de question de m'abaisser à ça !
-Alors ne vous plaignez pas. Je vous enseigne ce que je sais et, d'après mes renseignements, il est possible d'acquérir le pouvoir de manipuler les âmes sans passer par le Pacte, mais cela prend du temps. C'est bien pour ça que vous m'avez sollicité, non ? »
Even, lui, assis sur une tombe, observait les deux autres sans rien dire, l'air de s'ennuyer profondément. Xion estima qu'elle en avait assez vu et entendu, alors qu'Ienzo était en train de répliquer quelque chose auquel elle ne prêta pas attention. Elle descendit de son perchoir et se tourna vers Néo, qui la dévisageait dans l'attente de pouvoir poser des questions.
« Alors ? chuchota-t-il. J'ai entendu des choses, mais... »
Xion secoua la tête. Elle n'en revenait pas. Génial. Leurs deux ennemis mortels, devenus alliés ! En plus, s'ils partageaient leurs savoirs respectifs...
« C'est dingue, marmonna-t-elle. Mais pour une fois, je vais être de ton avis, ce n'est pas notre problème. On doit s'en aller, vite.
-Vite, genre quand ?
-Genre, on va chercher Zack qu'il le veuille ou non et on s'en va. »
Tant pis pour la fête de Jack, il devrait se débrouiller seul. Vraiment, ils ne pouvaient pas se poser dans un monde sans que les ennuis ne leur tombent dessus ?
« C'est parce que vous ne comprenez pas l'essence même de la dimension de l'Au-Delà ! s'énervait Facilier. Il s'agit de quelque chose que l'on sent avant de le voir ! Par exemple, je peux sentir que deux petit fouineurs nous espionnent depuis quelques minutes de ce côté-ci et que je me ferais un plaisir de m'en charger moi-même, si vous le voulez bien. »
Xion se figea de stupeur. Oh, quels idiots ! Ils auraient dû fuir immédiatement !
« Des fouineurs ? demanda la voix d'Ienzo. Des Porteurs ?
-Non, mais des voyageurs des mondes, sans aucun doute. »
Néo amorça un geste pour ouvrir un Couloir Obscur, mais le scientifique apparut, debout sur le muret, avant qu'il ait pu l'invoquer. Un sourire cruel étirait ses traits.
« Eh bien eh bien, quelle chance ! » s'exclama-t-il en écartant les bras.
Il descendit au sol d'un pas condescendant alors que ses acolytes le rejoignaient. Xion et Néo reculèrent, s'apprêtant au combat désormais inévitable.
« Les deux outils que nous avions perdu dans la nature, quel heureux hasard ! N'est-ce pas, Even ? »
Ce dernier avait perdu son air ennuyé et une curiosité un peu folle animait son regard, comme s'il avait affaire à des créatures particulièrement étranges dont il tentait de comprendre le fonctionnement. Xion ne s'en étonna pas.
« Nous ne sommes pas vos outils ! » rugit Néo, qui fixait Even avec hostilité.
Facilier affichait un sourire un peu figé, comprenant qu'il n'aurait pas l'occasion de se venger d'eux.
« Oh, vous vous connaissez ? demanda-t-il d'un ton froid. En voilà, une coïncidence... »
Ienzo ne prêta pas attention à lui. Il lança à Néo un regard hostile, comme s'il s'agissait d'un insecte sous sa botte.
« Bien sûr que si. Techniquement, vous appartenez à Even, puisque son Simili est votre créateur. »
Néo parut désemparé. Son expression perdu son assurance et il jeta un vague coup d'oeil à Xion.
« Notre ? »
Elle se mit à fixer obstinément Ienzo pour éviter de devoir affronter le regard de son coéquipier.
« Oh, vraiment ? demanda le scientifique avec un petit rire. Elle ne t'a rien dit ? Et toi, tu ne te demandais pas pourquoi elle ressemblait à Kairi et à ta chère Naminé ? C'était évident, pourtant.
-Ca suffit ! l'interrompit Xion. Tais-toi. »
Ienzo se tourna alors vers lui, le regard chargé de haine et semblant montrer qu'il lui aurait bien craché à la figure s'il ne se contrôlait pas.
« Tu te crois vraiment assez important pour me donner des ordres, pantin ? siffla-t-il. Enfin, ça n'a aucune importance. Une fois qu'Even vous aura reprogrammés, tu feras beaucoup moins de vagues. »
Il releva alors sa manche pour faire apparaître son bras mécanique. Even invoqua le bouclier de son Simili mais le laisser flotter le long de son corps, l'air pas bien sûr de comment s'en servir. Néo releva son épée. Facilier, qui ne possédait pas réellement de pouvoir offensif, recula au coin du cimetière, dans l'ombre.
Ce fut Xion qui attaqua la première, de crainte qu'Ienzo ne parle encore. Le scientifique se prit le jet de glace en plein visage et tomba contre le muret avec un glapissement. Even contre-attaqua, lui aussi avec un sort de glace – l'élément de son Simili – que Néo para avec sa lame, s'engageant dans un duel avec son – presque – créateur que Xion n'eut pas le loisir d'observer car Ienzo se relevait déjà, l'air agacé.
« Oh, tu veux jouer à cela ? Très bien. »
Il leva sa prothèse dont quelques bouts de métal se déplacèrent et trois boules de feu consécutives en sortirent, que Xion dû esquivertant bien que mal. Elle se réfugia derrière une pierre tombale et fit un mouvement pour lancer un sort en direction de Ienzo, qui n'atteignit pas son but. Le scientifique éclata de rire.
« Vraiment, pantin ? Avec tout le temps et l'énergie que l'Organisation a investi dans ta création, tu te montres aussi pitoyable ? »
Elle se leva alors qu'il s'approchait de sa cachette, pas certaine de ce qu'elle pourrait faire contre un tel ennemi. Elle tenta à nouveau un jet de glace, mais Ienzo fit apparaître un bouclier transparent sur son bras et bloqua l'attaque. Il s'approcha encore, la forçant à reculer et à se cacher derrière une autre tombe.
« Et il paraît que tu n'as plus de Keyblade, non plus, continuait de la provoquer Ienzo. Pathétique. Espérons que tu seras plus utile quand nous t'aurons reprogrammée ! »
Elle fut à nouveau contrainte de changer de cachette. Reprogrammée. Ce que l'Organisation avait failli lui faire, la raison pour laquelle elle avait affronté Roxas... Non, pas le temps pour les souvenirs maintenant ! Pourtant, ceux-ci affluaient tout de même, alors qu'elle multipliaient les sorts en direction d'Ienzo, qui n'atteignaient pas leurs coups, tout en fuyant de tombe en tombe.
« Tu ne sais vraiment que fuir ? » poursuivit son adversaire, arrogant.
Xion devait admettre que oui. D'autres images prenaient place dans son esprit. Jet de glace qui siffla à l'oreille d'Ienzo. Elle qui s'enfuyait car elle ne pouvait plus manipuler la Keyblade, qui fuyait à nouveau pour découvrir ses origines – mauvaise idée – et qui fuyait encore l'Organisation et ses amis, qui fuyait, fuyait, fuyait...
Une boule de feu heurta la pierre derrière laquelle elle se cachait, l'endommageant sévèrement. A nouveau, elle courut se réfugier derrière une statue de gargouille, lançant un sort mais ne prenant pas le temps de viser. Si elle prenait le risque de rester deux secondes en place, son adversaire réussirait à la blesser. Mais la bataille ne pouvait pas durer ainsi éternellement...
« Bon, ça commence à être long ! s'agaça Ienzo. Tu ne veux pas plutôt affronter ta fin en face ? »
Xion se risqua à jeter un coup d'oeil en direction de Néo. Il paraissait déjà en meilleure posture qu'elle, bien que son adversaire ne s'en sorte pas trop mal non plus. Elle se rendit compte que le cimetière était à présent couvert de givre et sévèrement endommagé par endroits. Et aussi qu'en effet, il fallait qu'elle arrête de fuir.
Ienzo arriva derrière elle, mais elle se retourna à temps. Heureusement, son sort Miroir fonctionna pour parer l' 'à présent, Ienzo se trouvait face à elle, et le sortilège de protection n'allait pas tenir très longtemps.
« Bon, fini de jouer, à présent ! »
Il s'obstina à bombarder le faible rempart transparent, qui faiblissait à chaque coup. Déjà que Xion ne pouvait pas le matérialiser bien longtemps en temps normal, alors avec ces assauts en plus...
Le sortilège ne tarda pas à céder. Le souffle entraîné par la destruction la projeta à terre et le sommet de son crâne heurta durement un mur.
Le temps qu'elle reprenne ses esprits, Ienzo se trouvait au dessus d'elle, souriant sournoisement et la visant de son bras mécanique. Elle se surprit à penser que ça y était, elle allait retourner à son sommeil paisible, sa conscience serait totalement annihilée et...
« Eh bien tu peux dire adieu à ton ridicule libre-arbitre, pantin. »
… Et elle se rendit compte qu'elle ne le voulait pas. En désespoir de cause, Xion projeta ses deux paumes devant elle. Ienzo poussa un cri de rage.
Sa prothèse était gagnée le givre à une vitesse surprenante, l'empêchant de tirer ou même de bouger quoique ce soit sur son bras. Xion en profita pour se relever.
« Je ne suis pas un pantin ! »
Un nouveau jet de glace partit de sa main gauche et envoya le scientifique quelques mètres plus loin. Toujours à terre, il tentait désespérément de faire fonctionner son bras. Xion s'approcha de lui, pas bien sûre de ce qu'il convenait de faire. Elle ne pouvait tout de même pas l'éliminer, mais...
« Xion, attention ! »
La voix de Néo la fit se retourner, mais trop tard. Un projectile imposant fonçait vers elle à une vitesse incroyable. Elle à peine le temps de le voir arriver à hauteur de ses yeux...
Un fracas métallique se fit entendre, le bouclier d'Even tomba au sol et Xion voyait à présent un dos athlétique où se balançaient des cheveux noirs. Zack se retourna et lui sourit, l'épée à la main.
« Eh ben, c'était moins une, hein ? »
Xion n'eut pas le temps de répondre. Le reste se passa très vite. Even avait fait une grave erreur en projetant son bouclier, sans rien d'autre pour le défendre. Il suffit d'un sort ténébreux de Néo pour le clouer au sol, inanimé. Au même moment, Zack reculait avec une grimace de douleur, se tenant le côté de sa main gauche. Xion ne comprit pas tout de suite, puis elle vit Ienzo debout à nouveau, qui avait visiblement réussi à dégivrer sa prothèse. Il arborait un sourire victorieux.
Zack recula encore de deux pas. Il haletait et semblait sur le point de perdre l'équilibre à tout moment, mais parvint tout de même à souffler :
« Ce truc, c'est...
-Du poison, oui, révéla sèchement Ienzo avant de se tourner vers Xion. Bon, à nous deux. »
Il la visa de nouveau et Xion se prépara à riposter.
C'était sans compter sur Néo, qui arriva derrière le scientifique et le frappa à la jambe, l'obligeant à se baisser. Xion en profita pour invoquer un couloir obscur, agrippa le bras de Zack pour éviter qu'il se s'écroule et attendit que Néo arrive à leur niveau avant de pénétrer dans le portail ouvert au hasard. La dernière chose qu'ils virent furent une boule de feu au devant d'eux mais qui n'atteignit jamais son but.
Dans la quiétude de la nuit, Sora se plaqua une main sur la bouche lorsqu'il se réveilla en sursaut.
Encore ces rêves...
Non, pas vraiment des rêves. De simples songes ne lui laisseraient pas un souvenir aussi intact, ni une telle impression d'être traqué. Cette fois-là, c'était Xigbar qui lui parlait d'un ton condescendant pour le pousser à abandonner la lutte et les rejoindre. « Tu ne serais pas le premier Porteur à avoir succombé. » Que voulait-il dire par là ?
De petits coups retentirent à sa porte. Il grimaça. Oh, non, pas encore ! Ca allait devenir un problème, s'il réveillait tout le château chaque fois qu'il dormait...
Il se leva pour aller ouvrir à Lea.
« Bon, écoute, je suis désolé, vraiment, mais je t'assure, c'est pas la peine de-
-Je rêve d'Isa quasiment toutes les nuits. »
Sora le fixa un moment sans comprendre. Il paraissait mortellement sérieux.
« Euh, pardon ?
-Je veux dire, fit Lea en se passant la main dans les cheveux, t'es pas le seul à faire des cauchemars. Après ce qu'on a vécu, c'est normal. Je suis sûr qu'Aqua en fait aussi, par exemple. Même si elle, elle ne crie pas à chaque fois.
-Désolé...
-Mais t'excuse pas, c'est pas un reproche ! J'essaie de te faire comprendre que, ben... C'est pas grave, t'as pas à avoir honte de ça. »
Sora détourna le regard, gêné. Lea ne comprenait pas exactement le problème, mais il ne pouvait pas le lui dire. A moins qu'il ne s'agisse vraiment de rêves, en fin de compte, et que ce soit parfaitement normal, comme il disait...
« Bref, poursuivit Lea devant son silence. Moi, je revois Isa quasiment tout le temps. Ou son Simili, je sais pas trop et je m'en , c'est des souvenirs d'Axel, parfois c'est ce moment dans la Dimension des Rêves et parfois c'est carrément autre chose. La plupart du temps, j'ai l'impression qu'il m'accuse de ne pas avoir pu le sauver... Il a raison, d'ailleurs. »
Il éclata d'un petit rire amer. Sora releva la tête vers lui.
« Ce n'est pas ta faute ! protesta-t-il.
-Ouais, ben c'est l'impression que j'en ai, en tout cas, ce qui revient au même... Et au fait, tu ne m'as pas réveillé, ni ce soir ni la dernière fois. Je dormais déjà plus. »
Sora repensa aux fois où Lea s'éclipsait en plein entraînement pour aller faire la sieste derrière le château ou près des montagnes qui le bordaient. Les autres avaient toujours pris ça pour un excès de fainéantise, mais s'il ne dormait pas la nuit...
« Tu veux entrer ? » proposa-t-il en libérant le passage vers sa chambre.
Lea hocha la tête et ils s'assirent sur le lit de la petite chambre plongée dans le noir. Sora lui raconta, sans entrer dans les détails, la cause de ses rêves. Il avait vécu des tas de choses horribles et pourtant, la seule chose qui se gravait avec autant de force dans son inconscient, c'était la fois où Xehanort avait failli faire de lui un de ses réceptacles. Il lui dit qu'il voyait Xemnas, Xigbar et les autres le poursuivre, mais il omit de préciser qu'il rêvait également de gens qu'il ne connaissait pas du tout.
Lea écouta sans broncher, puis tenta de dédramatiser en sortant quelques blagues qui firent rire Sora malgré la situation. Lorsqu'ils eurent épuisé le sujet, Sora déclara :
« Tu sais, je pense pas qu'Isa t'en veuilles pour tout ça. Je veux dire, je le connais pas, mais t'es son meilleur ami, non ? Si c'était moi, je préférerais que Kairi et Riku survivent. »
Il y eut un court silence et il eut peur de l'avoir vexé en mentionnant Isa, mais Lea finit par éclater d'un rire un peu trop bruyant à cette heure du soir.
« Tu sais quoi ? sourit-il. T'as raison. Je le vois d'ici me râler dessus avec sa tête de grincheux. 'Espèce de crétin téméraire ! Oublie-moi, oublie ces conneries et va prendre des vacances dans un endroit chaud où on te retrouvera pas !' ou un truc du style...
-Ah, ah, quand même pas !
-Ah si, je te jure. Il m'engueulait quoi que je fasses de toute façon. Il disait que je réfléchissais pas. »
Il y avait comme de la nostalgie dans sa voix, mais il souriait.
« Qu'est-ce qu'il dirait s'il savait que t'es un futur Maître de la Keyblade, hein ?
-Il m'engueulerait encore, répondit Lea.
-Pas pour ça, quand même...
-Pour tout, je te dis ! Voyons voir, ses arguments pour ça, ce serait... Ah oui : 'T'es complètement barjo, mec, tu vas te faire tuer au bout de deux jours. De toute façon, tu fais tout pour ça depuis que tu sais marcher, t'as toujours voulu jouer les héros, gnagnagna, je suis plus intelligent que toi, respecte mon gros cerveau !' Quoique, je pense pas qu'il emploierait le mot barjo. »
Ils éclatèrent à nouveau de rire. Sora admirait un peu Lea de réussir à évoquer son meilleur ami et de rire de leurs moments passés ensemble, même après tout ce qu'il s'était passé et sans être sûr de le revoir vivant ou non. Sans doute sa manière à lui de ne pas devenir fou. Ca se comprenait.
« Faut qu'on se calme, on va vraiment finir par réveiller tout le monde... »
Lea haussa les épaules.
« A mon avis c'est déjà le cas, donc un peu plus ou un peu moins... »
Sora étouffa un bâillement.
« Je crois que je vais te laisser dormir, en fait, pouffa Lea en se levant. Allez, à demain !
-Ouais, enfin, à tout à l'heure, vu qu'il doit être minuit passé.
-Pas faux. Oh, et si t'as encore besoin de parler de tes cauchemars, hésite pas, de toute façon y'a une chance sur deux que je dorme pas. »
Il commença à s'éloigner. A la dernière minute, Sora lui agrippa le poignet. Lea se tourna vers lui, surpris.
« Toi aussi, marmonna Sora. Si tu veux parler, ça vaut pour toi aussi. »
Il n'aurait pas hésité à prononcer de telles paroles en plein jour, mais là, dans l'obscurité, il se sentit vaguement gêné et détourna le regard, ce qui ne l'empêcha pas de deviner que Lea souriait.
