17. Chaleur

Cela faisait déjà deux jours qu'ils étaient bloqués à Arendelle. Deux jours épuisants durant lesquels Xion s'était évertué à fuir Néo comme la peste.

Au début, elle avait principalement vagabondé auprès de Kristoff et d'Anna, durant les patrouilles du premier ou bien les séances de patinage de cette dernière. Il s'agissait réellement de gens charmants et enjoués. Au fil des heures passées à leurs côtés, Xion sentait poindre une réelle sympathie à leur égard.

On lui avait même remis de nouveaux vêtements, et rien que ça, rien que ce petit détail, lui donnait l'impression d'avoir changé de peau. Ca lui donnait presque une personnalité, comme une vraie personne.

A présent, elle portait une tunique en laine noire bien plus adaptée à la saison, serrée à la taille par une ceinture lilas. Lorsqu'elle sortait dehors, elle revêtait une cape en tissu de la même couleur. Le tout complété par un pantalon étroit et des bottines hautes en cuir marron. Cela lui plaisait bien.

Et puis, ça lui faisait du bien, une pause dans son existence tumultueuse. Ici, à Arendelle, elle avait presque l'impression d'un départ à zéro – un vrai, cette fois-ci, pas comme son réveil dans la Citadelle quelques semaines plus tôt.

Oh, bien sûr, il y avait le cas de Zack... Elle se rendait autant qu'elle l'osait à son chevet – évidemment, c'était le premier endroit où Néo penserait à la chercher, alors elle ne s'y attardait pas.

Les médecins d'Arendelle étaient plutôt optimistes, voire franchement étonnés de sa résistance au poison. A les entendre, le jeune homme se guérissait pratiquement tout seul. Xion ne savait trop qu'en penser, mais au fond peu importait. Tant que son ami se rétablissait vite...

Quoique.

Elle devait bien se l'avouer, elle se sentait à l'aise, ici, dans ce château. Et lorsque Zack se réveillerait, sans doute reprendraient-ils la route. Ils risqueraient de croiser Ienzo, Maléfique ou Lumaria à tout moment et vivraient de nouveau comme des fugitifs. Pendant combien de temps encore ?

Tentant de fuir ses pensées, elle s'engagea dehors par la première porte venue... et réprima son besoin urgent de retourner à l'intérieur du palais dans la seconde. Il fallait vraiment qu'elle s'habitue au froid de ce monde !

Elle se retrouva dans une petite cour. Au bout de quelques pas, elle s'aperçut qu'elle venait pour la première fois dans cette partie du château. Elle n'aurait sans doute pas oublié un tel décor...

Il s'agissait d'un petit jardin intérieur, doté d'une dizaine de statues de glace.

Il y en avait un peu partout aux alentours d'Arendelle, mais celles-ci relevaient d'un tout autre niveau de splendeur. Xion parcourut la petite allée en posant les yeux tour à tour sur un phénix aux plumes d'argent, une fée gelée aux grandes ailes immobiles, un flamant rose et un rosier qui n'avait rien de végétal. L'endroit était également rempli de plantes résistantes au froid, aux feuilles nimbées de givre.

Au fond du chemin, sur un petit kiosque surélevé, se trouvait une superbe femme, que Xion aurait crû de glace également, si elle ne s'était retournée à son approche. Ses cheveux blonds, presque blancs, retombaient en une tresse élégante sur son épaule.

« Euh, bonjour... » osa timidement Xion en s'avançant.

L'allure de l'autre jeune femme, pourtant d'apparence à peine plus âgée, la faisait se sentir gourde, à côté.

« Hum, bonjour... répliqua l'inconnue d'un ton surpris. Je ne crois pas vous avoir déjà vue à Arendelle.

-Ah, c'est parce que je suis arrivée il y a deux jours à peine... Euh, je m'appelle Xion. »

Une étincelle de compréhension s'alluma alors dans le regard de la jeune femme. Son expression se radoucit un peu et Xion se détendit imperceptiblement.

« Oh, vous êtes l'une des invitées de mon beau-frère, alors. Je comprend mieux.

-Votre... Ah ! Je suis désolée, votre Majesté, je ne savais pas !

-Ce n'est rien, sourit-elle. Vous n'êtes pas l'un de mes sujets, j'estime que vous pouvez m'appeler Elsa. »

Xion se balança d'un pied sur l'autre. Si elle avait su qu'elle tomberait nez-à-nez avec la dirigeante de ce monde...

« Oh, non, je ne me permettrais pas...

-Je vous le permets, moi. Enfin, techniquement, je n'ai aucun droit de vous commander. Vous n'êtes pas citoyenne de mon royaume après tout. »

En règle générale, Xion se méfiait des dirigeants. Ses seules expériences en matière de leader étaient des tyrans comme Xemnas et Lumaria. Pourtant, Elsa ne paraissait pas du tout comme eux, bien au contraire.

« Oui, c'est vrai, admit Xion. A ce propos, merci de votre hospitalité. »

A ces mots, la reine d'Arendelle eut l'air ennuyée.

-Eh bien à vrai dire... Je me serais opposée à la décision de Kristoff, si ma sœur ne s'en était pas mêlée. »

Ce n'était pas ce que Kristoff leur avait dit...

« Maintenant que je vous voie, poursuivit-elle, vous ne me paraissez pas être une espionne, évidemment ! J'aurais peut-être dû demander à vous rencontrer, vous et vos amis... »

Xion ne put retenir un léger sourire cynique.

« Un de mes compagnons est toujours convalescent, et le second n'est pas très bavard. Vous ne manquez vraiment rien. »

Cela fit rire la souveraine.

« C'est possible, oui. C'est quand même très impoli de ma part.

-Ne vous en faites pas pour ça, voyons... »

Il y eut un léger blanc dans la conversation. Xion réfléchissait à toute vitesse pour trouver un sujet de conversation, afin de mettre un terme à cet embarras. Elle commençait certes à s'habituer à discuter avec des inconnus, mais tout de même... C'était encore plus dur avec cette femme si élégante.

« Je... Cet endroit est très joli. C'est la première fois que je le voies.

-C'est mon jardin d'hiver, expliqua Elsa. En principe, je n'autorise que ma sœur à s'y rendre.

-Désolée...

-Vous ne pouviez pas savoir. C'est là que je vais lorsque j'ai envie de m'éloigner des affaires diplomatiques. C'est le seul endroit où mes sculptures de glace tiennent toute l'année.

-Elles sont vraiment belles, reconnut Xion. Celles dans la cour du château aussi.

-Je vous remercie » sourit Elsa.

Elle semblait vraiment fière de ces statues, presque comme si elles les avaient sculptées elles-mêmes. Au même moment, Xion nota que son interlocutrice portait une robe qui semblait plutôt légère pour la saison, laissant même les épaules à nu, sans qu'elle paraisse souffrir du froid.

« Ca doit prendre des heures à faire, commenta-t-elle anodinement.

-Les détails, oui, confirma Elsa. Surtout parce qu'il faut penser à tout. C'est une question d'imagination, à vrai dire. La forme en elle-même est très rapide à créer.

-Vous parlez comme si vous étiez l'artiste en personne.

-C'est bien possible. »

Et alors, sous les yeux étonnés de Xion, Elsa leva un bras. Du bout de ses doigts se matérialisèrent des éclats argentés qui s'envolèrent en une volute qui alla envelopper un pilier du kiosque. La glace se fixa sur le marbre, formant des vagues et des entrelacs plutôt simples mais très jolis.

« Vous êtes magicienne ?

-Vous n'avez pas l'air surprise » fit remarquer Elsa.

Difficile de s'en étonner lorsque la magie et les combats faisaient partie de son quotidien. Néanmoins, Xion était tout de même légèrement intriguée. Elle n'aurait jamais pensé qu'Elsa, ou même un autre de ses nouveaux amis soit capable d'une telle chose.

Et elle devait s'avouer un peu déçue. Elle qui aurait souhaité un peu de tranquillité...

« Oh, disons que... »

De la glace, réalisa-t-elle alors. Comme elle. Cet étrange pouvoir qui s'était activé en elle depuis son réveil.

Plutôt que de l'expliquer à Elsa, elle préféra le lui montrer. Levant la main à son tour, elle matérialisa une épaisse colonne de glace, qui vint s'entortiller autour de l'oeuvre de la reine comme un serpent.

Il y eut un moment de flottement où même le vent d'hiver parut cesser son agression. Puis la souveraine d'Arendelle tourna ses grand yeux bleus vers Xion.

« Vous savez faire ça, vous aussi ? Je...

-Je ne sais pas d'où ça me vient, expliqua Xion. C'est assez récent à vrai dire.

-Comme c'est étrange ! J'ai eu mes dons à la naissance. »

La jeune femme s'approcha du pilier recouvert de leur œuvre commune, posa ses longs doigts dessus et fronça les sourcils.

« Ce n'est pas de la glace. »

Pendant une ou deux secondes, Xion tenta de comprendre le sens de sa phrase.

« Pardon ?

-Votre pouvoir. Je le sens, il n'est pas comme le mien. Et venez voir. »

Elle s'approcha.

« Vous voyez cette couleur ? On ne dirait pas de l'eau. »

En effet, alors que les entrelacs réalisés par Elsa se dotaient d'une couleur bleu presque blanche, la volute de Xion paraissait argentée.

Oh, non. Encore un mystère à éclaircir.

« Je n'avais jamais remarqué ! » s'étonna-t-elle.

Elle posa le bout de son index sur la surface. Froide. En revanche, lorsqu'elle la gratta de son ongle, la prétendue glace ne s'effrita pas. Et à peine eut-elle fait ce constat que l'étrange matière se brisa en milliers de petits fragments qui étincelèrent comme des miroirs avant de disparaître soudainement.

Ces éclats ressemblaient péniblement à ceux qu'elle avait produit en disparaissant dans les bras de Roxas, une éternité auparavant.

Ca ne faisait pas mal. Presque agréable. Plus de douleur, plus de sensations du tout. Et Roxas. Les bras de Roxas, ses yeux bleus. La tristesse sur son visage. L'impression de tomber alors qu'elle s'élevait vers le ciel, vers un autre esprit, un autre cœur.

Elle grimaça à peine lorsque la migraine lui vrilla le crâne – l'habitude commençait à venir, là aussi.

Pourquoi fallait-il que tout cela lui revienne maintenant ?

« Tout va bien, Xion ?

-Oui, je suis juste un peu... perturbée.

-Comment avez-vous obtenu ce pouvoir, au juste ? questionna Elsa.

-Eh bien, c'est apparu comme ça. Il n'y a pas de raison particulière. »

Mais une excuse aussi lamentable ne pouvait pas fonctionner, elle le savait avant même de la prononcer.

Sauf qu'elle ne pouvait pas en révéler trop.

« C'est impossible, fit observer la reine. Il s'est forcément passé quelque chose.

-Disons que je suis sortie d'un long sommeil. Ce pouvoir était là lorsque je me suis éveillée. »

A en juger par sa moue méfiante, cette explication ne satisfaisait pas vraiment Elsa, qui annonça :

« Vous savez, j'aimerais beaucoup que vous et votre compagnon vous joignez à ma famille et moi pour le repas, ce soir.

-Vous êtes certaine ?

-Vous êtes mon invitée, voyons ! » sourit Elsa.

Et bien entendu, elle en profiterait pour l'interroger davantage... Mais Xion ne pouvait pas réellement se défiler. Ce serait très incorrecte de sa part de décliner.

« Eh bien, d'accord. J'en serais honorée. »

Elles échangèrent encore quelques politesses avant que Xion ne quitte le jardin d'hiver, le sang battant contre ses tempes.

Pas de la glace... Et est-ce que ses souvenirs seraient liés à cet étrange pouvoir ? Il lui semblait qu'elle revivait une scène de son passé à chaque fois qu'elle en faisait usage.

Trop de questions. Elle voulait pas y penser, elle ne voulait pas avoir à s'en resservir.

Et pour l'heure, il fallait qu'elle aille transmettre l'invitation de la reine à Néo.

Misère...


Riku s'échinait à esquiver les assauts des Nescients sans les frapper, chose difficile et ô combien frustrante. Son instinct le brûlait d'attaquer les créatures, mais il craignait de blesser Vanitas en le faisant.

Ennuyé de ce combat qui ne rimait à rien, il fit de son mieux pour battre en retraite vers l'entrée du Manoir. Une fois arrivé, il referma les lourdes portes sur lui et se retourna pour faire face à... d'autres Nescients à l'air agressif.

« Oh, c'est pas vrai. »

Mais que fichait son petit ami, au juste ?

Un énorme machin bleu lui fonça dessus et il n'eut d'autre choix que de brandir sa Keyblade en travers de sa route. Le monstre disparut.

Quelques secondes après surgit un Vanitas à l'air furieux. Avec un claquement de langue agacé, il rappela ses Nescients à lui.

« Ah bah, quand même ! lui fit Riku en souriant.

-Qu'est-ce que tu veux ? »

Le Maître de la Keyblade haussa un sourcil. Il était habitué au caractère irascible de l'autre, mais tout de même...

« Bonjour, je suis content de te voir aussi » répliqua-t-il, vexé.

Alors que Vanitas descendait jusqu'à lui, Riku se rappela d'une chose primordiale.

« Tes Nescients m'ont attaqué.

-C'est normal, ils gardent l'entrée de mon Manoir.

-Ils me reconnaissent, d'habitude. »

L'autre haussa les épaules en guise de réponse.

« Quelque chose ne va pas ? demanda Riku.

-C'est à toi que je devrais poser la question, répliqua Vanitas. Tu n'es pas sensé entraîner les autres zouaves ?

-Le Roi et ses compagnons sont revenus, ils ont des choses à nous raconter.

-Ah...

-Tout le monde est convié, donc toi aussi.

-Si ça te fait plaisir. »

Là, Riku se sentait clairement insulté. Il n'était pas rare que Vanitas agisse comme ça avec les autres, mais jamais avec lui !

Mais Vanitas était un garçon qui changeait fréquemment d'humeur et d'avis. Se pourrait-il que leur éloignement forcé ait fini par l'ennuyer ?

« Sérieusement, qu'est-ce qui ne va pas ?

-Arrête un peu ! Je vais bien. »

Il n'insista pas pour l'heure, se contentant d'un regard noir. Bien qu'il soit surpris et vexé, il ne fallait pas non plus qu'il vire à la paranoïa.

Et puis, on les attendait.


Trois coups frappés à la porte. Dans l'esprit de Xion, ça ne paraissait pas si compliqué. Et pourtant, bien que son poing fermé se trouvent à deux centimètres du bois, elle trouvait cela ardemment difficile d'y toquer. Ce serait sa première vraie confrontation avec Néo depuis leur arrivée à Arendelle. Allait-il l'assaillir de questions, ou bien se renfermer dans un mutisme empli de colère ?

Elle inspira. C'était ridicule, vraiment, ce sentiment de honte qu'elle éprouvait en imaginant la réaction de son allié. Elle le savait bien, pourtant...

Et puis zut. Elle frappa.

La porte s'ouvrit sur un Néo étonné.

Xion ne put s'empêcher de l'observer. Lui aussi avait troqué son manteau noir, mais pour un pull bleu-gris à capuche, une écharpe couleur ciel et un pantalon ample couvert de fermetures et de poches en tout genre.

« Salut.

-Salut. »

Aucune hostilité dans sa voix, juste une espèce de méfiance.

« Hum, fit Xion. Je peux entrer ?

-A moins que tu veuilles rester sur le pas de la porte...

-Hum...

-Oui ?

-Il faudrait que tu te pousses un peu pour que je puisse entrer.

-Ah. »

Il s'exécuta et Xion put découvrir la pièce. Plutôt impersonnelle, plutôt luxueuse, à peu près comme la sienne, si ce n'était quelques parchemins désordonnés sur une table.

Elle se tourna vers Néo. Il paraissait plus gêné que fâché.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Zack s'est réveillé ?

-Non, pas encore, mais les médecins disent qu'il sera bientôt sur pieds.

-Je sais. Ils me l'ont dit aussi. C'est pour que tu viens me voir ?

-Je te dérange ? plaisanta Xion.

-Pas du t- Enfin, non. »

Etrange ambiance. C'était comme si Néo tentait de se montrer gentil, sans tout à fait y parvenir. Pas déplaisant, comme changement. Etait-ce cet endroit qui l'apaisait, ou bien ces quelques jours d'isolement ?

« Je venais pour te dire... commença Xion. Tu vas peut-être m'en vouloir, mais j'ai croisé la reine d'Arendelle et elle nous a invité à dîner avec elle et sa famille ce soir. Je sais que tu n'aimes pas trop ça, mais ce serait vraiment grossier de refuser, étant donné qu'elle nous accepte dans son château et tout ça... »

Le garçon fronça les sourcils et soupira lourdement.

« Je suppose que ça devait arriver à un moment où un autre.

-Moi qui pensait que tu allais me faire des reproches ! »

La remarque fit sourire Néo.

« C'est pas l'envie qui manque, m'enfin. Ca faisait un moment qu'Anna me prenait la tête pour que je rencontre sa sœur.

-Anna ?

-Oui, je passe du temps avec elle en ce moment.

-Bizarre » ne put s'empêcher de commenter Xion.

Son compagnon de voyage n'avait jamais brillé par sa sociabilité.

« Ca m'étonne aussi, fit Néo. Elle me fait penser à Sora. »

Ce fut à Xion de s'assombrir à la mention de son original. Néo le remarqua et sembla deviner de quoi il s'agissait.

« Pardon. »

Il détourna les yeux.

« Euh... fit Xion.

-Excuse-moi, grogna Néo l'air mal à l'aise. J'aurais pas dû... Enfin, tu vois. Te forcer comme ça à me raconter ton passé. Je veux toujours savoir, hein ! Mais prend ton temps. »

Xion cligna des yeux, incapable de déterminer ce qu'elle ressentait en cet instant.

« Euh, dis quelque chose, ça devient gênant.

-C'est à croire que le climat de ce monde te rend plus aimable.

-Oh, ça va ! C'est la dernière fois que je te dis un truc !

-Mais je plaisante ! s'exclama Xion. Tu prends tout tellement au sérieux !

-J'ai pas l'habitude.

-En tout cas, merci. »

Et c'était sincère.

« C'est tout ce que tu voulais me dire ? questionna son ami.

-Je crois. On se voit ce soir, alors ?

-Oui. A ce soir. »


« La pierre de lune ? » répéta Lea, perplexe.

Vanitas leva les yeux au ciel. Cette manie des gens de répéter les mots de leur interlocuteur, d'un air bête et surpris...

« Oui, confirma Mickey de sa voix fluette.

-Et c'est quoi ? » demanda plus explicitement Vanitas.

A vrai dire, il avait une petite idée sur la question, rien qu'à la mention de ce nom. Pierre de lune, hein ? Pas très original.

Tout le monde s'était réuni au Jardin Radieux, afin d'écouter le récit du Roi et de ses deux acolytes. Quelle perte de temps.

Vanitas ne supportait réellement plus ces gens. Rien que leur image traversant son esprit l'agaçait, alors les voir en vrai ne le ravissait pas vraiment. Pas du tout en fait. Pourquoi prenaient-ils la peine de l'impliquer dans leurs enfantillages, hein ?

« Nous ne l'avons pas trouvée, annonça le minuscule Roi d'un air pataud. Cependant, nous sommes tombés sur des récits de parts les mondes, aussi bien ceux qui sont émergés que les mondes endormis. Des fragments de légende, de mythes, de phrases mystérieuses. Voici l'histoire : Il y a bien longtemps, alors que les mondes venaient de se fragmenter et que la Guerre des Keyblades n'était pas encore tombée dans l'Oubli, il se produisit une chose tout à fait singulière. Une pierre tomba dans l'un des mondes. Ce récit, c'est au Château Disney que nous l'avons lu. Il y est mention d'un tel objet qui serait apparut, une nuit, illuminant le ciel pendant plusieurs heures avant de parvenir jusqu'à nous.

-Ca me fait penser à la Pierre Angulaire de Lumière, fit remarquer Riku.

-C'est ce que nous avons pensé, au début ! Mais la légende de la Pierre Angulaire du Lumière parle d'une magicienne aux pouvoirs incommensurables, qui a créé la Pierre pour nous protéger de l'obscurité. Ce qui est troublant, c'est que les deux récits sont datés de la même période, à peu de choses près.

-L'une des archives est incorrecte, alors. » devina Léon.

La souris secoua la tête et fronça les sourcils.

« Vous vous en doutez, je ne serais pas parti à l'aventure si c'était le cas. La pierre de lune et la Pierre Angulaire de Lumière sont deux reliques différentes. Comme je l'ai dit, nous en avons trouvé mention dans plusieurs mondes différents : Au Pays Imaginaire, Au Paradis des Garnements, Au Pays des Merveilles et dans les terres du Château de la Bête, notamment. Alors que notre Pierre Angulaire n'a jamais quitté le Château Disney ! »

Sora s'avança.

« D'accord, mais qu'est-ce que c'est, exactement ? A quoi ça sert ?

-Pour répondre à ta première question Sora, il semblerait que ce soit... Un fragment du Kingdom Hearts.

-Quoi ?

-Un morceau qui serait tombé il y a des siècles de cela. Et de fait, ses pouvoirs doivent être immenses. Bien que pour être honnêtes, nous n'avons pas trouvé beaucoup d'informations à ce propos. Néanmoins, la pierre semble avoir une conscience qui lui est propre. Les textes en parlent presque comme d'une personne.

-C'est si... bizarre.

-Et Xehanort, dans tout ça ? questionna Kairi. S'il trouvait la pierre de lune, qu'est-ce qu'il en tirerait ?

-Alors ça... Ce qui est sûr, c'est que quelqu'un la recherche. Je ne sais pas s'il s'agit de lui, mais nous devons nous montrer très prudents. Vu son obsession pour le Kingdom Hearts...

-Il y a Ienzo, aussi. »

Vanitas n'écoutait déjà plus.

Imbéciles...

Sa main droite se glissa dans sa poche. La pierre, tiède, semblait palpiter au creux de sa paume, faire remonter sa puissance le long de son bras, de son épaule, jusque son cœur – sensation enivrante.

Ces idiots n'avaient pas à s'en faire. Ni Xehanort, ni Ienzo n'emploieraient cette force contre eux. S'ils la voulaient, il faudrait qu'ils l'arrachent à son cadavre encore chaud.


Xion souffla. L'air exhalé de sa gorge prit une couleur blanche au contact du froid. On aurait dit un fantôme, ou un morceau d'âme qui s'échappait d'elle – et honnêtement, elle ne savait pas quoi penser de cette idée.

On ne voyait pas bien les étoiles, ici, à cause des lumières du château et de la ville. C'était pareil à Illusiopolis, autrefois.

Accoudée au rebord de la fenêtre de « sa » chambre, Xion tentait de ne pas penser à la soirée qui venait de se dérouler.

Ca s'était bien passé, mais elle en gardait une impression de malaise.

L'ambiance du repas avait été chaleureuse. Xion s'était sentie accueillie, avait rit, et son cœur s'était réchauffé à chaque taquinerie d'Anna, chaque blague de Kristoff ou sourire d'Elsa. Même Néo avait semblé à l'aise, et ça plus que tout, lui avait fait plaisir.

L'impression d'avoir toujours été ici chez elle s'était presque imprégnée dans son esprit. Presque, car il restait un bémol : c'était faux.

Lorsque ses hôtes évoquaient leur passé, leurs souvenirs ensembles, leurs rires et aventures d'autrefois, Xion riait avec eux... Et se souvenait, elle aussi, mais d'événements qu'elle ne pourrait pas raconter, qu'ils ne comprendraient pas.

L'Organisation, les Sans-Coeurs, La Keyblade, ses balades sur la plage de l'Ile du Destin, les instants volés sur la tour de l'horloge... Tout ça paraissait si décalé, si étranger à ce monde. Si elle ne pouvait pas l'évoquer, pas en parler, alors c'était comme si elle n'avait pas de passé.

Pire encore, elle commençait à oublier des détails. Le prix des glaces à l'eau de mer, le son du rire de Roxas, la voix de Demyx, la chaleur d'Agrabah... Des choses sans importances, mais qui l'affolaient.

Ce qu'elle désirait le moins au monde, c'était perdre la seule chose qui lui restait : les plus beaux instants de sa vie. Mais tout cela lui paraissait si lointain ! Depuis quand n'avait-elle pas contemplé un coucher de soleil ?

Elle ne pouvait plus, ne voulait plus être un fantôme dans cette vie...

La marionnette inspira profondément, sa décision prise. Elle espérait juste de ne pas le regretter, ne pas se tromper lorsqu'elle pensait avoir trouvé un véritable ami, sur qui elle pouvait compter tout autant qu'Axel et Roxas.

Elle sortit de sa chambre, et franchit les quelques pas qui la séparaient de la chambre voisine. Ce fut étrangement plus facile d'y frapper, cette fois.

Les iris turquoise de Néo apparurent, sous des sourcils arqués par la surprise.

« Xion ? s'étonna-t-il. Il y a un souci ?

-Je vais te raconter.

-Hein ?

-Mon histoire... Je suis désolée de n'avoir pas pu avant. Je n'y arrivais pas et... j'avais peur. Excuse-moi. »

Il ne fit pas de remarque, pas de commentaire, prononça juste un mot :

« Entre. »