Hey ! Dans ce chapitre, on attaque un arc narratif que j'étais très, trèèès impatiente d'écrire et de vous dévoiler. J'espère que vous l'apprécierez autant que moi. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

Des bisous, et bonne lecture !


19. Lumières

Naminé ouvrit brusquement les yeux, malgré la douleur qui fulgura aussitôt dans ses rétines. Trop de lumière. Ses doigts se refermèrent, en un soubresaut, sur un objet qu'elle tenait sur ses genoux.

Qu'est-ce que... ?

Elle se trouva assise sur une petite chaise en plastique, un carnet à dessin à la main, ainsi qu'un crayon pastel. Dans une petite pièce blanche, trop blanche. Les rideaux, devant la fenêtre, s'agitaient doucement. Une angoisse sourde la prit au cœur et s'empara de son esprit.

Ce n'est pas possible. Qu'est-ce qui se passe ?

Elle reconnaissait cette pièce, cette situation.

Mais le Manoir Oblivion n'existait plus, l'Organisation non plus, et elle n'était plus une enfant prise au piège !

Aurait-elle remonté le temps ?

Ne soit pas ridicule, s'enjoignit-elle.

Son cœur continuait néanmoins de battre à cent à l'heure, et sa panique ne diminuait pas, malgré ses tentatives de se calmer, de respirer régulièrement...

Que faisait-elle ici ? Elle se trouvait au Château Disney, un instant auparavant. Cela avait-il un rapport avec les absences qu'elle avait subi, ces derniers temps ? Ces pressentiments et son pouvoir qui ressurgissaient contre son gré ?

Oh.

Quelle idiote ! Elle aurait dû avertir les autres, demander qu'on la surveille, qu'on l'enferme ! Elle n'avait pas voulu les inquiéter, et voilà où ça la menait !

En baissant les yeux sur le petit carnet entre ses doigts, elle vit une œuvre qu'elle ne se souvenait pas d'avoir dessiné. Il s'agissait d'une femme, nue, recroquevillée en position foetale, une impression de souffrance émanant de son visage. Ses très longs cheveux dansaient autour d'elle. Naminé se mordit les lèvres. C'était bel et bien son style artistique, mais...

Quelqu'un ouvrit la porte, lui arrachant un cri de surprise et de peur. Elle se retrouva projetée plus de deux ans auparavant en revoyant le visage qui apparut dans la pièce.

Mais cet homme qui lui souriait ne pouvait pas être Marluxia.

Naminé n'osa rien dire, rien faire. Son vis-à-vis possédait le visage de son bourreau d'autrefois, mais encadré de cheveux lisses et peignés. Il ne portait pas le manteau de l'Organisation, mais un habit élégant bleu et argent.

« Ah, bonjour, Naminé » fit l'inconnu d'une voix douce.

Elle ne bougea pas, se contenta d'affronter son regard en refusant de baisser les yeux, malgré la terreur que sa vue seule lui inspirait.

Puisque Marluxia est mort, alors cet homme doit être...

« Ah, j'espère que mon apparence ne te rappelle pas trop de mauvais souvenirs, poursuivit-il en parcourant la pièce. Excuse également mon choix de décoration. J'ai supposé que cela t'aiderait à te concentrer sur ce que je dois te demander. »

Naminé ne croyait pas une seule seconde à son baratin. Il espérait évidemment la terroriser. Ce choix de décor n'était pas si innocent qu'il le prétendait.

Malheureusement, même en le sachant, sa technique fonctionnait. La jeune fille frissonna. Ressaisis-toi !

Voyant qu'elle ne prenait toujours pas la parole, l'homme se tourna de nouveau vers elle.

« Ah, je m'appelle Lumaria. Je suis navré que mon Simili t'aies causé tant de tracas. Marluxia possédait ses méthodes bien à lui... Tu as pu constater, j'espère, que les Simili et les humains dont ils sont issus n'ont pas forcément les même manières. J'aimerais te faire comprendre que je ne suis pas ton ennemi...

-En m'enlevant et en me séquestrant ici ? »

Elle le défia du regard, mais douta de sembler le moins du monde intimidante. Elle ne se souvenait même pas de comment elle était arrivée ici !

Un sourire fleurit sur le visage de Lumaria.

« Le mot est fort. Tu ne serais pas venue, autrement, expliqua-t-il. Pas sans prévenir tes amis, en tout cas. Et il vaudrait mieux qu'ils ne soient pas au courant de notre plan immédiatement. »

Notre ?

« Que... Voulez-vous dire ?

-Tu n'as rien à craindre. Je combats les Ténèbres... »

Il s'agenouilla juste devant elle et fit apparaître une rose bleue entre ses doigts fins, qu'il lui tendit. Par réflexe, Naminé avança sa propre main, avant de la reposer subitement sur son genou. Non, elle n'accepterait rien d'un individu pareil.

« Je ne vous crois pas » asséna-t-elle.

Cela eut pour effet de faire rire Lumaria. Un son cristallin.

Il se redressa et lui tourna le dos.

« Et pourtant... soupira-t-il. Naminé, vois-tu cette femme, sur ton carnet ? Tu l'as dessinée pendant que tu étais sous mon emprise. Il s'agit d'une personne très importante pour moi. Pour nous tous. »

Elle baissa les yeux sur le dessin de pastels et se mordit les lèvres. Il émanait quelque chose d'étrange de ce croquis. Un pouvoir qui la dépassait et rayonnait comme une douce chaleur. Intriguant, mais pas menaçant.

« Qui est-elle ? demanda-t-elle du bout des lèvres.

-On peut dire qu'elle est... La première princesse de Coeur. Elle et toi n'êtes pas si différentes. »

Naminé fronça les sourcils, tentant de déceler le vrai du faux. Si cela était vrai, alors Lumaria travaillait réellement dans l'intérêt de la Lumière...

« Tu peux la ramener, révéla-t-il. Nous le pouvons ensemble, en tout cas. Tu n'as qu'à fouiller dans mes souvenirs. Le reste viendra tout seul.

-Et ensuite ? » chuchota-t-elle.

Ses mains serrèrent compulsivement le carnet à dessin. Elle n'aimait pas cela.

« Ensuite... »

Une étincelle de joie alluma le regard de Lumaria.

« Ensuite, répéta-t-il, nous annihilerons toute trace de Ténèbres dans l'univers ! Ne serait-ce pas merveilleux ? »

Une main plaquée sur la bouche, la jeune fille retint un hoquet de surprise. Des visages se mirent à danser devant ses yeux. Ienzo tout d'abord, puis Xehanort... Vanitas, Sora, Kairi. Néo. Des êtres de Lumière, d'autres de Ténèbres... et parmi eux, certains malfaisants, et d'autres non.

« C'est impossible ! protesta-t-elle. Vous ne pouvez pas faire ça !

-Bien sûr que si ! s'exclama Lumaria. N'est-ce pas magnifique ? Tu devrais être ravie, toi qui possède un cœur de pure Lumière. »

Mais Naminé secoua farouchement la tête et se leva. Le courage lui était revenu.

« J'ai des amis qui font partie des Ténèbres. »

L'homme renifla. Il ne souriait plus du tout.

« De la vermine.

-Je ne vous aiderai pas !

-Ah ! Nous nous sommes mal compris. Je ne te demande pas ton avis. »

Sors d'ici, lui souffla son instinct.

La porte. Elle s'élança mains en avant pour saisir la poignée. Lorsque ses doigts s'y refermèrent, elle eut la sensation qu'on lui compressait l'arrière du crâne. Son front heurta le cadrant de bois, frais. Devant ses yeux, elle vit le dessin de la jeune femme, dont les cheveux ondulaient, tournaient, tournaient... l'aspiraient...

La dernière sensation qu'elle perçue fut celle d'un crayon entre ses doigts.


« Eh, vous en avez mis, du temps ! »

Tout le visage de Zack pétillait la bonne humeur. C'était à se demandait s'il avait été en danger de mort, ou juste en train de piquer un petit somme. Et évidemment, Xion ne put s'empêcher de lui rendre son sourire. Il était contagieux, tout comme celui d'Axel.

Elle et Néo s'avancèrent et s'assirent sur des sièges au chevet du malade.

« Eh, tu vas mieux ?

-En pleine forme ! Les médecins disent que j'ai dormi cinq jours, c'est vrai ?

-Ouais vieux, t'as failli pas t'en sortir » intervint Néo.

Le soulagement perçait dans sa voix à lui aussi, et Xion n'en fut que plus heureuse encore.

« Vous pouvez me dire ce que j'ai raté ? »

Ils racontèrent comment ils avaient atterri dans ce monde et comment Kristoff était arrivé au bon moment, comme un miracle – ce qui fit rougir l'intéressé, silencieux dans un coin de la pièce – et comment on leur avait généreusement offert l'hospitalité et les jours agréables qu'ils venaient de passer à Arendelle.

« Ah bah bravo ! Pendant que j'agonisais, vous vous la couliez douce !

-Tu voulais quoi, qu'on pleure sur ton lit toute la sainte journée ?

-Au moins, oui !

-Dans tes rêves. »

Les deux garçons se renvoyèrent un sourire complice. Xion en fut surprise. Elle se doutait que Néo appréciait Zack, mais jamais elle ne l'avait vu plaisanter de cette manière avec qui que ce soit. Décidément, quel changement ce Monde provoquait sur lui !

« En parlant de rêve, reprit le convalescent, j'en ai fais un plutôt bizarre.

-A quel propos ?

-Hum, c'est flou. Quelqu'un me parlait, un type aux cheveux blancs. Dans une ville très étrange.

-Il te disait quoi, ce type ? »

Zack fronça les sourcils, les yeux graves. Puis, tout à coup, son visage s'éclaira de sa bonne humeur habituelle.

« Ah, ce n'est pas grave ! On s'en fiche ! Qui se soucie d'un rêve stupide ?

-Hello ! »

La voix d'Anna résonna joyeusement, dans l'encadrement de la porte. Elle se joignit à Kristoff en souriant.

« Notre malade s'est réveillé, à ce que je vois !

-Bonjour ! répondit ledit malade.

-Tu as l'air en pleine forme, Zack. Je suis Anna, la sœur de la reine.

-J'en suis enchanté » fit le jeune homme en se redressant.

Il amorça un geste pour rabattre les couvertures et sortir du lit, mais Xion posa une main sur son épaule.

« Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, expliqua-t-elle doucement. Tu devrais rester au lit quelques temps. »

Mais Zack lui fit les yeux ronds.

« Tu plaisantes ? Je viens de passer une semaine au lit. Un vrai héros n'a pas le temps de se reposer ! »

La jeune fille soupira, consciente qu'elle ne pourrait pas le raisonner, et abandonna la lutte, se promettant de garder un œil sur lui.

Il se mit sur ses deux pieds, écarta un peu les jambes et se mit à faire une série de mouvements étranges, en s'accroupissant et se relevant très vite, les bras ballants. Xion jeta un regard perplexe à Néo, qui croisa les bras et haussa un sourcil.

« On peut savoir ce que tu fiches ?

-Des flexions, pour rattraper le temps perdu !

-Mais, Zack... »

Sauf que Xion ne voyait pas bien que dire en protestation. La scène lui paraissait irréaliste. Il venait de passer une semaine dans le coma, pâle comme la mort, et voilà qu'il bondissait hors du lit, frais comme un gardon, et faisait des étirements ? Décidément, elle ne comprenait pas ce garçon.

Le rire d'Anna la tira de son étonnement.

« Eh bien, que diriez-vous de vous joindre à nous pour dîner ce soir, tous les trois ? Oh, et Elsa dit que vous pouvez rester un peu plus longtemps. Jusqu'à ce que Zack reprenne des forces, a-t-elle dit, mais je vois que c'est déjà le cas. Mais vous pouvez rester quand même !

-Merci beaucoup, Anna. »

Xion soupira de soulagement. Il lui restait quelques jours pour profiter d'Arendelle et faire le point sur plusieurs choses.

Comme ce que lui avait révélé Néo.

Sora n'a pas tué Axel. Axel s'est sacrifié pour Sora. Lumaria m'a menti pour me manipuler, et je l'ai cru.

Elle serra les poings. Comment avait-elle pu se montrer aussi stupide ? Elle aurait dû se fier à son instinct, au lieu de laisser sa douleur se transformer en haine.

« Tout va bien, Xion ? »

Néo la dévisageait, avec une chose dans le regard qui s'apparentait à de l'inquiétude.

Comme s'il se faisait du souci pour elle.

Peu habituée, elle faillit en rougir.

« Ca va. Tout va bien. »


Naminé...

Naminé... C'est agréable, n'est-ce pas ?

Cette lumière... C'est la mienne. Bientôt, elle illuminera l'ensemble des mondes, grâce à toi et à tes pouvoirs.

Ne t'en fais pas, il ne t'arrivera rien.

Grâce aux souvenirs de Lumaria, tu peux accéder à ma conscience. Ce sont ces souvenirs qui te permettront de me tirer de mon sommeil.

Je suis piégée entre les Mondes, dans un endroit invisible.

Mais n'ait crainte.

Ce sera facile.

Il te suffira.

De suivre ma voix.


La situation paraissait pire que tout.

Visiblement, Naminé n'avait laissé aucune trace de sa disparition. Elle ne se trouvait plus dans sa chambre à son réveil, voilà tout. On ne savait même pas qui accuser, ni où chercher. Pas d'indices, pas de piste, rien.

« Elle peut ouvrir des portails de Lumière, comme les autres Princesses. Je me demande si...

-Elle ne serait pas partie sans nous prévenir, coupa Kairi. C'est impossible.

-Et ça ne change rien. On ne sait pas où chercher, de toute façon. »

Ils s'étaient réunis pour trouver une solution, un point de départ, quelque chose, mais le silence les entourait comme une chape de plomb.

Et Naminé n'était pas le seul souci. Lorsque que Sora avait demandé où se trouvait Vanitas, Aqua avait répondu qu'il se passait quelque chose d'étrange de son côté, qu'il ne fallait plus lui faire confiance pour le moment et que l'on réglerait cela après avoir trouvé Naminé.

Dans l'atmosphère étouffante, personne n'osait vraiment parler. Kairi se rongeait les ongles, déjà réduits en lambeaux. Riku paraissait ne pas en mener large non plus, tout pâle, les bras croisés et le regard dur. Il n'essayait même pas de réconforter son amie.

Sora avait essayé, lui, mais rien de ce qu'il faisait ou disait ne semblait la sortir de son état de stress presque catatonique. Au bout du compte, il lança un regard de détresse à Lea, qui haussa les épaules en signe d'impuissance.

Et puis soudain lorsque Sora s'apprêtait à décréter qu'il lui fallait prendre l'air, Kairi bondit sur ses pieds et s'avança vers la porte du Manoir d'un air déterminé. Aqua se leva également.

« Que fais-tu, Kairi ?

-Je vais chercher Naminé » annonça-t-elle.

Mais leur maître s'interposa entre elle et la porte, le regard sévère.

« Certainement pas seule. Et où irais-tu ?

-N'importe où ! Il faut bien commencer quelque part ! On réfléchira plus tard. J'irais dans tous les Mondes s'il le faut, on finira bien par trouver quelque chose ! »

Personne ne bougeait, n'osait intervenir ou dire quoi que ce soit. Sora se mordit la lèvre. De là où il se tenait, il ne voyait que le dos de Kairi, ses muscles tendus par l'inquiétude et la colère, ses poings crispés dont les ongles, sûrement, s'enfonçaient dans sa peau. Et Aqua, inflexible malgré son regard peiné. Il semblait à Sora qu'elle mourait d'envie de craquer.

Il éprouva de la peine pour la jeune femme.

« Ce n'est pas raisonnable...

-Et alors ?! s'écria Kairi. C'est toujours mieux que de ne rien faire, non ?

-Je ne veux plus perdre de Porteurs, Kairi... dit doucement Aqua. S'il te plaît. C'est trop dangereux. »

Sora se demanda un moment ce qu'elle entendait par là. Aucun d'entre eux n'était mort, malgré les nombreux dangers affrontés.

Et puis ça le frappa.

Ventus.

Terra.

Visiblement, Kairi ne trouvait rien à répondre à cela. Sa silhouette s'agita comme si elle tremblait. Puis :

« Je vais prendre l'air. »

Elle s'éloigna doucement, le bruit de ses pas résonnant comme autant de secondes sur une horloge. Tac tac tac tac.

Sora se tourna vers Riku, qui fixait toujours le sol d'un air sombre. Sa frange projetait une ombre sur son regard.

« Qu'est-ce qu'on doit faire, à ton avis ? »

Riku se tourna vers lui.

« Va lui parler. Je ne sais pas si ça changera grand-chose, mais...

-Tu ne viens pas ?

-Je ne suis pas vraiment d'humeur. Et puis, tu as un don pour réconforter les gens. »

Lea, qui écoutait la conversation, approuva d'un sourire.

« C'est vrai ça ! Si c'est quelqu'un peut lui remonter un peu le moral, c'est bien toi. »

Sauf que cette fois-ci, Sora n'en était pas certain. Lui aussi s'inquiétait pour Naminé, après tout, et personne ne savait vraiment quoi faire.

Peu sûr de lui, il partit tout du moins à la recherche de Kairi, et la trouva derrière le Manoir, recroquevillée contre le mur de pierre.

« Hey ! » tenta-t-il d'un ton enjoué.

Cela n'eut pas l'effet escompté.

« Laisse-moi tranquille, Sora. »

Jamais il n'avait vu sa meilleure amie ainsi. Hormis peut-être quand... Il sentit une pointe de culpabilité en pensant à cette période où elle se sentait si mal et que ni lui ni Riku n'avaient rien vu. Dire qu'ils l'avaient poussé à quitter l'île…

Cela lui paraissait désormais si loin, au regard de tout ce que cet événement avait entraîné.

Loin de s'en aller, il s'assit à ses côtés. En revanche, la toucher pour la réconforter serait de trop, sentit-il.

« Je suis certain qu'on retrouvera Naminé, moi. Ca fait pas un pli. »

La tête repliée dans ses genoux, Kairi soupira.

« Pourquoi elle ? Ce n'est pas une combattante. Qu'est-ce qu'ils lui veulent ?

-J'n'en sais rien, Kai'... Mais s'ils ont besoin d'elle, ils ne vont sûrement pas lui faire de mal !

-Peut-être... »

Cela lui fit au moins relever les yeux.

« C'est ridicule, siffla-t-elle. On devrait partir à sa recherche. »

Sora ne pouvait pas nier. Après tout, lui, il avait parcouru les mondes également à la recherche de ses amis, sans avoir aucun indice sur leur bien-être et leur survie.

Aqua ne souhaitait pas les mettre en danger... Mais n'était-ce pas leur raison d'être, de prendre des risques pour la survie des Mondes ? Lui ne s'était jamais posé ce genre de questions.

« Tu sais quoi, Kairi ? murmura-t-il doucement. Je suis bien d'accord avec toi. »

Et pourquoi pas ?


Il y a quelques mois de cela déjà, une secousse dans l'équilibre des mondes a provoqué un brusque sursaut de mon esprit. Je ne sais combien de temps il m'a fallu pour reprendre conscience de moi-même et de l'univers autour de moi.

Un rassemblement des terres éloignées par la souffrance. Une fusion des mondes. Je constate que tu as compris de quoi je voulais parler.

Je ne puis surveiller l'ensemble des Mondes au même instant. Cela, seul le Kingdom Hearts le peut, lieu omniscient et pourtant si borné.

Néanmoins, à travers mes paupière closes, sept Lumières dansaient. Des points de repères, semblables à moi. Mes descendantes, si l'on peut dire. Mes enfants.

Je t'ai vue Naminé. Je t'ai vue, à l'intérieur de Kairi. J'ai observé son parcours, le début de son périple, ses exploits, ses joies, ses peines.

A travers ses yeux, j'ai vu les Ténèbres. Celles qui se cachaient en chaque chose, en chaque être.

Et elle les acceptait.

Cette jeune fille au cœur pur tolérait à ses côtés ces abominations.

Ce garçon qu'elle appelle Riku, dont le cœur avait sombré si facilement dans la noirceur, celui qui lui avait causé tant de soucis.

Ce monstre, ce Vanitas...

Et tous les autres, tous ceux qu'elle aurait dû remettre dans le droit chemin.

Et pourtant, je l'aimais. Comme les six autres. Comme je t'aime, toi, Naminé. Vous êtes toutes mes filles. Si vous vous ralliez à ma cause, aucun mal ne vous sera fait.

Ne t'en fais pas.

Je serais là.

Mais en attendant...


Numéro VIII : Rafale de Flammes Dansantes

La stèle brisée de la salle Preuve d'Existence prenait tristement la poussière au milieu des douze autres.

Roxas jeta un coup d'oeil à la sienne propre, de stèle, sur la rangée du dessous. Lui vivait encore, par conséquent sa tombe brillait d'un éclat bleuté, contrairement à toutes les autres. En revanche, elle restait brisée. Vaguement, il se demanda le sens de tout ceci. Sans doute n'y en avait-il pas, après tout.

C'était le seul endroit où il pouvait se reccueillir. Aucune trace d'Axel ne subsistait plus nulle part. Plus ailleurs que dans sa mémoire, en tout cas.

Il commençait à s'y résigner.

« Tu n'as jamais voulu aller le voir ? »

Roxas se retourna brusquement, résistant à l'envie de déployer sa Keyblade. Arlène le fixait de son sempiternel regard de haut. Il avait toujours plus ou moins envie de lui foutre son poing dans la gueule.

« Qui ça ? grogna-t-il.

-Lea. »

Le prénom lui arracha un frisson.

« Non. Pas le moins du monde. »

L'idée l'effleurait parfois, lorsque le désespoir l'envahissait. Mais Lea n'était pas Axel, et ce serait une insulte à sa mémoire que de se contenter de quelqu'un qui lui ressemblait physiquement. Et il lui en voulait, à ce connard, de se pavaner avec ce visage-là.

« Tu devrais, conseilla Arlène d'une façon désinvolte. Ca t'aiderait peut-être à faire ton deuil, gamin.

-De quoi j'me mêle ? »

Son deuil, hein ? Il ne voulait pas le faire, son deuil. S'il oubliait Axel, alors il aurait disparu pour de bon.

La femme posa une main sur sa hanche, méprisante, et continua de le regarder avec ce petit air supérieur.

« Lumaria ne le ramènera pas, tu sais ? Ce n'est qu'un clown. Même s'il parvenait ce tour de force, je ne pense pas que ce serait encore ton Axel. La mort ne laisse jamais quiconque indemne, tu devrais le savoir.

-Pourquoi tu me dis tout ça ?

-Ah... Bonne question, gamin. Je crois que j'en ai marre de te voir te cramponner à ta haine, comme ça. C'pas sain.

-Et pas tes affaires non plus.

-Tu y crois, aux promesses de Lumaria ? »

Non.

Non, mais il voulait y croire. Il le voulait si fort qu'il tentait de s'en persuader depuis sa renaissance. Il le voulait si fort que ça l'empêchait de trouver le sommeil.

Alors, il répondit :

« J'ai rien de mieux à faire. »

Arlène souffla un rire froid et s'assit à ses côtés.

« Nous sommes deux, alors ! »

Comme Roxas ne répondait pas, elle soupira :

« Chienne de vie... »