Hey ! Pardon, j'ai un peu de retard pour celui-ci ! A cause du Nano, j'ai pas pensé à poster la semaine dernière.

En espérant que ça vous plaise !


20. Réminiscences

La pluie tombait à grosses gouttes tout autour de lui, sur lui, alourdissait ses vêtements et le faisait tanguer.

Sur son flanc et sa gorge, deux plaies ouvertes, palpitantes.

Lumaria n'avait pas le loisir de souffrir. Il devait avancer. Vers où, il ne le savait point. Son complice avait pris la fuite en voyant que les choses se gâtaient, et lui-même s'était perdu dans sa course. La nuit et la pluie l'aveuglaient.

Rien ne s'était déroulé comme prévu. Du fond de sa conscience à demi-embrumée, Lumaria écumait de rage. Ca ne devait pas se passer comme ça. Rien n'aurait dû se dérouler comme ça.

Ce n'était pas de mourir qui le désolait le plus, mais de finir ainsi, dans la boue, seul, anonyme. Oublié de tous, probablement.

Quelque chose brava l'obscurité et la pluie pour s'accrocher à son regard.

Une lumière.

Ou bien était-ce son imagination ? Qu'importe. Il fallait avancer.

Avancer vers la lumière... Et après ? Rien ne comptait plus, de toute façon. Cette faible lueur représentait son seul espoir. Une flamme vacillante dans la nuit.

Un pas après l'autre.

C'était perdu d'avance.

Le bout de sa botte butta sur quelque chose et, soudain, le monde perdit l'équilibre.

Le choc avec le sol ne fut pas violent, Lumaria ne ressentait plus grand chose. Le nez dans la terre humide, un rire lui échappa, silencieux.

Que le destin était ironique, parfois !

Ah, tant pis pour ses rêves...

Il ferma les yeux.

Tant pis.

« Oh, mon pauvre enfant... »

Une main douce se posa dans sa chevelure.


Les étoiles, à perte de vue. Des destinations qu'ils connaissaient, d'autres qui leur demeuraient inconnues, même après toutes ces années – les mondes étaient vastes, après tout.

Et finalement, ils devaient prendre une décision.

Sora, les mains sur les commandes du Gummi, se pinça les lèvres.

« Où va-t-on ? »

Kairi, sur le siège passager, semblait déterminée. Elle prit néanmoins le temps de la réflexion, avant d'annoncer :

« Illusiopolis. Pour le moment, c'est le seul monde plausible.

-On sait déjà qu'il n'y a plus rien là-bas » protesta Sora.

Il s'agissait de l'ancien repaire de l'Organisation XIII, mais il n'y restait qu'une Citadelle vide et un Kingdom Hearts brisé, à leur connaissance. Ils avaient déjà inspecté l'endroit.

Kairi secoua la tête.

« J'ai réfléchis à ce qu'ils peuvent bien vouloir de Naminé, Sora. Et je ne vois que deux solutions. Soit ils veulent utiliser ses pouvoirs de sorcière des souvenirs, soit... Ils veulent qu'on la retrouve, nous mener dans un piège. Et si c'est le deuxième solution, je ne vois qu'Illusiopolis. »

Le jeune homme releva le ton dur de son amie, mais ne fit pas de remarque. Il comprenait, bien qu'il ne puisse qu'imaginer ce qu'elle ressentait.

Quelque part, cependant, son raisonnement lui paraissait tiré par les cheveux. Il ne parvenait pas tout à fait à mettre le doigt sur ce qui le dérangeait. Oh, puis il fallait bien commencer quelque part, même s'ils ne trouvaient rien.

Et s'ils ne trouvaient pas Naminé, peut-être mettraient-ils la main sur autre chose. Des informations sur Xehanort, sur l'Organisation ?

« Illusiopolis, alors ! » souffla-t-il en réglant les commandes du Gummi.

La conduite du vaisseau s'avérait beaucoup plus simple – et bien moins drôle – depuis la disparition des Sans-Coeurs. A cause de cette habitude de combattre en conduisant, Sora se faisait souvent traiter de chauffard par ses passagers. Kairi ne s'en plaignit pas.

Le jeune homme glissa un regard vers elle. La jeune fille était affalée sur son siège, un bras devant les yeux, amorphe. Elle ne pleurait pas, cependant, alors qu'elle aurait toutes les raisons de le faire.

Il se rendit compte qu'elle avait bien changé, Kairi. Et où était-il, lui, durant ce temps-là ? Pas présent pour elle, en tout cas.

Il poussa un soupir, cherchant un sujet de conversation, n'importe quoi pour lui changer les idées, mais ce fut finalement elle qui parla.

« Je suis désolée de t'embarquer dans tout ça, Sora.

-De quoi ? Oh ! Ce n'est rien. Naminé est mon amie aussi.

-Je t'ai fait désobéir aux ordres.

-Hey, c'est ce que je fais de mieux, désobéir, plaisanta-t-il. Je t'ai raconté la fois où le Roi Mickey ne voulait pas qu'on participe à la bataille pour sauver le Jardin Radieux ? Eh ben, avec Donald et Dingo, on a juste bondit par-dessus lui, et... Enfin, il ne nous en a pas tenu rigueur. Il comprenait, je pense. Aqua comprendra aussi. Tu ne penses pas ?

-Je n'en sais rien... »

Elle se redressa et fixa l'horizon sombre, l'air triste.

« J'aimerais qu'on puisse être libres de nos actions, comme avant. Je suppose qu'à son époque, il lui fallait constamment obéir.

-Et elle a perdu des amis, renchérit Sora. Je m'en suis rendu compte tout à l'heure, mais elle a peut-être peur qu'il nous arrive un truc. Je crois que c'est normal.

-Mais ça ne lui donne pas le droit de se tourner les pouces, alors qu'il pourrait arriver n'importe quoi à Naminé !

-Je sais.

-Tu penses qu'on a tort ?

-D'écouter notre cœur ? devina Sora. Non. On a parfaitement raison, et tant pis pour les conséquences. Mais... je crois que je comprend son point de vue. Si j'avais dû vous perdre, toi ou Riku... »

Il ne termina pas sa phrase. Lorsqu'il les recherchait à travers les Mondes, il y a une éternité de ça, il ne pensait pas trop à ce qu'il pourrait leur arriver de mauvais, s'il ne les trouvait pas à temps. Ce fut lorsqu'ils furent de retour sur l'île, sain et saufs tous les trois, que ça le frappa. Il aurait pu les perdre. Surtout Riku, qui avait failli se soumettre aux Ténèbres plus d'une fois.

Il ne s'en serait jamais remis. Alors, il pouvait bien admettre qu'Aqua soit terrifiée à l'idée que ça se reproduise. Il saisissait bien le concept.

Et Lea, aussi, lui souffla son esprit. Il n'arrête pas de songer à Isa.

« Sauf que moi aussi, j'ai quelqu'un à perdre, dans l'histoire.

-Hey ! On va la retrouver, je te dis ! Peut-être pas dans ce Monde et peut-être pas aujourd'hui, mais... T'inquiètes ! »

Son amie se fendit d'un pauvre sourire fragile, mais sincère, qui lui réchauffa un peu le cœur.

« Merci, Sora.

-Y'a pas de quoi, je le pense sincèrement.

-Ca se voit, sourit Kairi. Tu as toujours été comme ça. »

Le jeune homme décolla une main des manettes pour se gratter l'arrière du crâne, confus.

« Ah oui ? Euh, comme quoi au juste ? »

Un petit rire franchit les lèvres de son amie.

« Comme ça. A toujours te montrer optimiste, peu importe à quel point la situation est désespérée. Quand tu promets quelque chose, on ne peut qu'y croire, tu sais ?

-Oh, euh... Merci. Mais c'est sans doute parce que j'y crois moi-même. J'veux dire, pourquoi pas ?

-Mais tout le monde n'est pas capable d'une telle chose, expliqua la jeune fille. C'est peut-être pour ça que je... Ah, je ne sais pas si je peux le dire... C'est encore récent, non ?

-Tu peux tout me dire, Kairi ! On est meilleurs amis, non ?

-Oui... »

Sora la laissa hésiter encore un moment. Enfin, elle finit par sortir doucement :

« Je crois que c'est ça qui me plaisait chez toi... Avant, je veux dire.

-Comment ça ? s'étonna-t-il. Ca ne te plaît plus ?

-Oh, Sora ! »

Lorsqu'il lui jeta un coup d'oeil, elle semblait partagée entre le rire et la consternation.

« Pas comme ça ! se défendit-elle. Je voulais dire, quand j'étais amoureuse de toi !

-Aaaaah !C'est donc ça ! Ah, et, euh, désolé pour ça, encore.

-C'est du passé. Et puis, il me fallait ça pour me faire grandir, je suppose...

-Hum... fit très judicieusement Sora.

-Oui. Ah, ce n'était pas aussi gênant que ce que j'aurais pensé.

-Et Naminé ? »

Il se pinça les lèvres aussitôt qu'il eut posé cette question. Rétrospectivement, ce n'était peut-être pas une bonne idée de mentionner la douce de son amie. Mais Kairi se contenta de hausser les sourcils.

« Comment ça ?

-Je veux dire... Qu'est-ce qui te plaît, chez elle ? Je ne veux pas dire qu'elle n'a pas de qualités, hein ! Juste, ce qui te plaît par rapport aux autres, j'veux dire !

-C'est une bonne question, souffla doucement Kairi. Je n'y ai jamais vraiment réfléchi. »

Il la vit du coin de l'oeil ramener ses pieds sur le siège passager et caler son menton sur ses genoux, le regard ailleurs.

« Je crois... C'était la première personne à voir qui j'étais réellement. Tu vas me dire, c'est parce qu'elle est moi, de bien des manières... Mais ce n'est pas que ça. Je ne peux pas l'expliquer. C'est la personne la plus importante du monde.

-La plus importante, hein ? »

Sora fronça les sourcils. A ces mots, les visages de Kairi et Riku s'imposaient à lui, évidemment. Il s'agissait de ses meilleurs amis ! Sauf qu'il savait que ce n'était pas, que ce serait jamais au même niveau que ce qu'éprouvaient les deux filles l'une pour l'autre.

« Je vous envie un peu, avoua-t-il d'un ton jovial. Ca doit être sympa, d'avoir quelqu'un comme ça.

-Tu veux dire que tu ne sais pas ce que ça fait ? »

Le ton surpris de Kairi le dérouta.

« Bien sûr que non. Je te l'aurais dit, sinon.

-Mais, et Riku ? s'exclama-t-elle, sidérée.

-Ah... Ca. »

Zut. Comment lui expliquer ? Puisque cela lui paraissait évident et qu'ils avaient mis les choses au clair avec le concerné, il n'avait jamais jugé utile d'en informer Kairi. Et à vrai dire, cela le gênait un peu.

« Non, on ne pas dire que j'étais... amoureux. Tu vois, hum... C'est mon ami, donc je l'aime vraiment beaucoup. Et puis, il avait bien changé, en un an... »

Là, il se mit à rougir sans pouvoir s'en empêcher. Ce que les hormones ne vous faisaient pas faire comme bêtises, hein ! A présent, il mourrait d'envie de se foutre des claques.

« Sauf que j'ai mis un moment à me rendre compte que je ne l'appréciais pas comme il l'aurait voulu, poursuivit-il en haussant les épaules. T'en fais pas, il le sait !

-Oh... D'accord.

-J'espère que ça ne l'embête plus.

-Ah ! rit Kairi. Je ne pense pas que t'aie à t'en faire pour ça ! »

Il semblait y avoir un sous-entendu dans sa voix qu'il ne parvint pas à saisir.

« Quoi, comment ça ? Il t'a dit quelque chose ? »

Pour le coup, son amie ouvrit des yeux ronds.

« Mais enfin, Sora ! Tu ne sais vraiment pas ?

-De quoi tu parles, Kairi ? questionna le concerné, de plus en plus perplexe.

-C'est pas vrai, tu ne les as jamais vu ensemble ? Ils ne sont pas très discrets pourtant.

-Mais qui ?! Arrête de parler par énigmes !

-Mais Riku et Va... »

Une sonnerie stridente noya la fin de sa phrase, les faisant grimacer tous les deux. Il faudrait qu'ils songent à faire réviser ce vaisseau Gummi, un jour.

Lorsqu'elle s'éteignit, les immeubles étincelants de la ville sombre s'étendaient sous leurs pieds.

« Ah, on arrive ! »


Lumaria ouvrit péniblement les yeux sur un plafond inconnu, lumineux.

Pendant un court instant, il eut l'impression d'être revenu dans le château de son père. L'illusion se dissipa bien vite, cependant. A peine inspira-t-il qu'une douleur fusa dans ses côtes, lui faisant brusquement reprendre conscience de la réalité.

Ce ne pouvait être le palais royal. Il n'y était plus admis depuis bien longtemps. Et cette douleur...

Il aurait dû mourir, se souvint-il.

Le plafond ne lui renvoya que sa propre incompréhension. Sous lui, un matelas de plume, confortable. Etrange, pour lui qui avait toujours dormi à même le sol...

« Tu te réveilles enfin. »

La voix lui arracha un frisson étrange. Elle lui semblait familière et rassurante. Et en même temps, il était certain de n'avoir jamais entendu un son si pur.

« Non, ne tourne pas la tête. Tes blessures ne sont pas encore rétablies. »

Malgré sa curiosité, il n'osa pas désobéir. Bientôt, il sentit le matelas s'affaisser à ses côtés, puis un visage prit possession de son regard.

Il s'agissait d'une femme aux traits doux, auxquels il ne saurait pas donner d'âge, entourés d'une cascade de cheveux blonds dont il ne voyait pas la fin.

Il semblait à Lumaria qu'une lumière émanait d'elle, comme si elle irradiait de sa peau. Il se demanda si c'était elle qu'il avait aperçu sous la pluie, mais la question resta coincée sur le bout de sa langue, paralysée par l'émerveillement.

Jamais vision ne lui avait parue plus douce.

Un rêve ? Etait-il mort, finalement ?

Quelle importance ?

L'apparition posa une main chaude sur son front.

« Tu devrais te rendormir. Mes pouvoirs n'ont pas encore eut le temps de cicatriser tes plaies. Dors... »

Il voulut protester, ne réussit qu'à se faire mal. La blessure de sa gorge...

« Ne t'en fais pas. Je serais là à ton réveil. »

Les jours suivants ne furent qu'un kaléidoscope de plafonds, de souvenirs, et du visage de cette femme. Etait-elle humaine ? Elle dégageait une aura tellement rassurante... A son contact, les réminiscences du passé s'effaçaient dans un nuage de fumée.


La neige n'arrêtait pas de tomber.

Dans son autre vie, Xion n'en avait jamais vu. Elle se souvenait néanmoins d'un jour neigeux sur l'île du Destin, le seul et unique de l'enfance de Sora. Il avait dix ans à l'époque, et au début il croyait à un songe. Il avait passé la journée avec Kairi et Riku, à se rouler joyeusement dans la poudreuse... Et la semaine suivante cloué au lit par une méchante grippe. La réminiscence, floue et vague, se trouvait teintée d'un bonheur tout enfantin.

« Hum, Xion ? Je peux savoir ce que ce bol t'as fait ? »

La jeune fille, arrachée à ses pensées, leva les yeux vers Néo sans comprendre, puis les baissa sur la soupe qu'elle tenait entre les doigts. Le récipient d'argile se teintait peu à peu de petits éclats argentés, partant des paumes de Xion.

« Oh ! »

De surprise, le bol faillit lui échapper. Elle eut le réflexe heureux de le reposer sur la table, avant de parcourir la cantine du regard. Personne ne leur prêtait attention, par bonheur. Néo haussa un sourcil.

« C'était quoi, ça ? Un Glacier ? »

Mal à l'aise, Xion se mit à rougir. Mince.

« C'est, hm, comment dire ?

-Pas de salades, cette fois, hein ! la prévint le garçon en l'accusant du doigt.

-Non, non, plus de ça ! C'est juste un peu... étrange et confus. »

Elle lui conta ce qu'elle savait, depuis le moment où, pour la première fois, alors qu'elle était à court de magie, cet étrange pouvoir s'était manifesté, jusqu'au combat contre Ienzo, puis l'entrevue avec Elsa, qui lui avait appris qu'il ne s'agissait pas de glace. Pour preuve, d'ailleurs, son bol de soupe se trouvait encore chaud et fumant, et l'étrange matière avait déjà disparu.

Néo l'écoutait en triturant le bout de sa nouvelle écharpe, perplexe. Xion se mordit la lèvre.

« Je sais que ça peut paraître un peu fou.

-Non, je te crois. C'est bizarre par contre, j'suis assez d'accord. »

Il fixait la soupe de sa compagne.

« Et là ? T'as aucune idée de ce qui l'a déclenché ? Tu te sentais pas en colère ou quoi ?

-Non, fit-elle en secouant la tête. Je me remémorais... Ou plutôt, un fragment de souvenir de Sora m'est revenu à l'esprit. Je ne sais pas si...

-Un mauvais souvenir ?

-Même pas ! soupira Xion. Quelque chose d'heureux et innocent. Pour être franche, ça m'agace.

-Hey, d'après toi, ça nous a bien sauvé la mise, pourtant !

-Mouais, marmonna-t-elle. C'n'était jamais très agréable. »

Et voilà qu'elle se trouvait de mauvaise humeur ! Si son pouvoir se manifestait ainsi, sans prévenir, cela allait s'avérer handicapant ! Elle doutait qu'on lui lancerait des pierres pour ça dans ce monde, puisque la reine d'Arendelle elle-même pratiquait la magie, mais les interrogations à son sujet ne manqueraient pas de courir.

Elle voulait juste oublier, ne serait-ce pas trop demander ?

« Eh, il est où Zack ? s'inquiéta soudainement Néo. Ca fait un moment qu'il est parti.

-Tiens, oui ! »

Leur compagnon était parti se chercher à manger depuis assez longtemps, désormais. Vaguement, l'inquiétude qu'il se soit évanoui quelque part titilla Xion, qui tendit le cou pour inspecter la salle. Hormis les deux soirées où ils avaient été invités à la table royale, ils mangeaient généralement à la cantine des gardes et autres domestiques.

En parlant de gardes... Les lèvres de Xion se figèrent en un rictus de consternation.

« Trouvé ! » fit-elle en pointant du doigt une table derrière l'épaule de Néo.

Ils auraient dû s'en douter, au vu de l'agitation qui animait ce coin-là... La moitié des soldats du régiment d'Arendelle lançaient des encouragement à grands cris. Et Zack se trouvait là, en pleine compétition de bras de fer avec l'un d'eux.

« J'te parie qu'il en a oublié de manger » commenta Néo, qui s'était retourné sur sa chaise.

En observant les yeux turquoise, Xion s'aperçut qu'une lueur y brillait, qu'elle commençait à reconnaître. Lui aussi voulait participer au défi. Sauf que, vu les gaillards qui se trouvaient attablés là-bas...

« Ne rentre pas dans leur jeu, tenta-t-elle de le prévenir sans l'offenser. Ca ne t'avancera à rien. »

Son ami lui renvoya un regard irrité, vexé de s'être fait percer à jour. Ah, ça faisait longtemps.

« Je regardais juste ! D'ailleurs, on devrait aller le chercher, non ?

-Si tu veux... »

Maintenant qu'elle y pensait, si les gardes commençaient à s'offusquer de leurs défaites et si Zack se les mettait à dos, le reste de leur séjour deviendrait un peu tumultueux.

Et pourtant, lorsqu'ils s'approchèrent, ce furent des encouragements à l'égard de leur ami qu'ils entendirent parmi le petit troupeau d'hommes. Celui-ci se trouvait assis, coude sur la table, en face d'un garde qui faisait jouer des muscles afin de mettre la main de son adversaire au tapis.

Xion et Néo échangèrent un regard perplexe. Puis Zack les aperçut et, sans même les quitter des yeux, força sur son bras et vainquit instantanément le manant.

« Ah, vous êtes là les copains ! » s'exclama-t-il alors que le perdant se massait les doigts, déconfit.

Néo soupira, les mains sur les hanches :

« Alors, tu t'amuses bien à c'que j'vois ?

-Ouaip ! sourit Zack. Je donne une démonstration de mes talents à mes nouveaux amis.

-Tu n'es pas croyable » sourit Xion.

Deux jours. Deux petits jours s'étaient écoulés depuis qu'il était sorti du coma, et il défiait déjà toute la garnison du palais à un concours de bras de fer !

« Ca tu peux l'dire ! » fit soudain une grosse voix en riant.

Il s'agissait du garde vaincu, un gros bonhomme dont la main, plaquée contre son torse, le faisait visiblement toujours souffrir. Pourtant, il semblait jovial, et vint même taper un grand coup amical dans le dos de Zack, qui faillit en cracher ses poumons – ce qui n'était que justice après tout, songea Xion.

« C'gars-là vient de battre cinq gaillards d'affilée, et il a même pas la moitié d'notre âge !

-C'est peut-être justement pour cette raison-là que j'vous ai mit la pâtée, Ward, plaisanta Zack.

-Et nos vingt-ans d'entraînement, ça compte pas ? ronchonna le susnommé.

-Eh, j'suis un héros, après tout !

-Un héros, hein ? siffla un autre garde avec de longs cheveux lisses. Et pourquoi le héros n'viendrait pas s'entraîner avec nous demain, qu'on voit de quoi il est capable ? »

Vu son visage qui s'éclaira instantanément, l'idée lui plaisait bien.

« Et comment ! Vous venez aussi, les gars ? demanda-t-il à l'adresse de Néo et Xion.

-Oh, tes potes savent se battre aussi, Zack ?

-Grave, faut que vous voyiez ça ! Xion est même plus douée que moi ! »

Le jeune fille fit de son mieux pour ne pas rougir au compliment. Et encore, jamais il ne l'avait vu avec une Keyblade en main...

« Xion, c'est ce gamin, là ? demanda Ward en pointant Néo du menton.

-Non, c'est moi, fit la concernée en avançant d'un pas.

-Une fille ? Plus forte que toi ?

-Oh, on a vu bien plus étrange ici, Laguna. A commencer par notre souveraine bien-aimée, déjà.

-Eh bien, c'n'est pas faux ! rit le garde aux cheveux longs.

-Et l'autre gars, il veut nous montrer ce qu'il sait faire, dites ? » questionna un autre homme, à la peau plus sombre que les autres, en s'asseyant à table, le bras levé, et les yeux rivés sur Néo, un sourire de défi sur les lèvres.

Et ça recommence... soupira intérieurement Xion. Evidemment qu'il allait accepter. Il semblait bien prêt à en découdre. Serait-ce possible qu'il ait une chance ?

La réponse vint une demi-minute plus tard : Non. Certes, Néo était un garçon plutôt fort, comparé à un civil de son âge, mais face à un soldat entraîné, il ne faisait pas long feu.

Il se leva de la table, rouge de honte et les yeux écumants de rage, sous les rires des autres hommes attroupés autour d'eux.

« On t'voit à l'entraînement aussi, je présume ! » le raillèrent-ils alors qu'il s'éloignait.

Xion trottina derrière lui pour tenter de limiter les dégâts alors qu'il regagnait leur table.

« Hey, ce n'est pas si grave ! tenta-t-elle. Tu manies l'épée comme personne et tu pourras le leur prouver demain.

-J'vais leur faire mordre la poussière... ronchonna le garçon par devers lui.

-Oh, arrête de bouder.

-Tu peux pas comprendre.

-Pfff... »

Pourquoi fallait-il que les hommes soient si bêtes, à s'inventer des compétitions ridicules de la sorte ? Et Néo était le pire d'entre eux, avec sa fierté mal placée ! Xion, elle, n'aurait pas été vexée pour un ridicule concours de bras de fer.

Le temps qu'ils s'installent de nouveau à leur table, cette fois accompagnés par Zack, elle trouva sa soupe froide.


Un jour, Lumaria ouvrit à nouveau les yeux, bien lucide cette fois-ci. Il prit une longue inspiration, qui ne lui fit pas mal. Doucement, il bougea le bras pour tâter sa blessure, dont il ne subsistait plus rien.

Une bonne chose, déjà.

Il entreprit de s'asseoir, prudemment, et fut surpris de ne ressentir aucune douleur nulle part. VMême les cicatrices qui auraient dû rester avaient disparue.

Pour la première fois, il put étudier pleinement son environnement. La pièce dégageait un luxe simple. Un confort qui apparaîtrait comme le minimum vital, pour un noble. Plus que ce à quoi Lumaria avait jamais eu droit.

Il fronça les sourcils. Quel était cet endroit ?

Il connaissait la liste de tous les gentilhommes et bourgeois de la région sur le bout des doigts. Cette femme qui l'avait recueilli n'en faisait pas partie.

Il parcourut à nouveau la pièce du regard, cherchant vainement cette inconnue. Etait-elle un songe ?

Se sentant en pleine forme, il décida de se lever pour explorer les environs. Le sol sous ses pieds nus était doux, et il n'eut aucun mal à se mouvoir sans bruits jusqu'à la porte.

Le couloir ne comportait aucune dorure, ni portraits, ni statues – une élégance sans fioritures, comme la chambre. Il s'y engagea, inspectant les moindres recoins, malgré l'impression de sécurité qui se dégageait de l'endroit – déformation professionnelle, sans doute.

Les lieux n'étaient pas grands. Il n'osa pas ouvrir les quelques portes fermées qui se présentaient à lui, par souci des convenances. Il serait impoli de fouiller la demeure de sa sauveuse, tel un vulgaire malappris !

Au bout d'un angle, une immense porte fenêtre donnait sur une douce nuit d'été. Lumaria aperçut de loin l'ombre d'un jardin et décida de s'y rendre, comme mu par un pressentiment inexplicable.

C'est là qu'il la trouva, agenouillée au milieu d'immenses rosiers de toutes les couleurs, resplendissante même à la lueur de la lune. Elle portait une robe dorée, à peine visible sous les longues mèches de cheveux, qui touchaient presque terre.

Lumaria en eut le souffle coupé. Il ne le savait pas encore, mais cette image resterait gravée dans ses souvenirs pour toujours, même lorsqu'il perdrait son cœur et deviendrait quelqu'un d'autre, même lorsqu'il se réveillerait après cette si longue absence. Juste elle, au milieu des fleurs.

Elle ne se retourna même pas avant de parler, doucement.

« Je t'ai senti te réveiller, déclara-t-elle. Excuse-moi de n'être pas venue. Mes roses sont exigeantes, comme tu peux le voir. »

Le jeune homme se rappela alors de ses bonnes manières. Il s'approcha un peu.

« Elles sont magnifiques » commenta-t-il sincèrement.

La femme se leva et contempla le jardin d'un œil absent.

« Il leur faut beaucoup d'attention, pour pouvoir passer l'hiver indemnes. »

Lumaria hocha la tête. Il le savait, évidemment. Son enfance avait consisté à vagabonder dans les jardins royaux.

Mais il ne fallait pas évoquer cela.

Il s'agenouilla devant sa sauveuse.

« Madame, je ne saurais vous remercier assez pour ce que avez fait. Je suis votre éternel serviteur. »

Elle eut un sourire en coin, comme amusée d'une plaisanterie connue d'elle seule.

« Eternel, dites-vous...

-Aussi longtemps que vous le souhaiterez.

-Relevez-vous, l'enjoignit-elle. N'avez-vous pas de famille ? Quelqu'un auprès de qui retourner ? »

La guilde devait le penser mort, à cette heure. Quant à sa famille...

« Ma mère, j'en ai bien peur, est morte lorsque j'étais jeune. Je n'avais qu'elle. »

La femme le dévisagea, impassible, puis entrouvrit les lèvres :

« Je me nomme Mélodie. Quel est votre nom, jeune homme ?

-On m'appelle Lumaria. »

Pour le coup, elle afficha un air de franche surprise. Un éclat pétilla dans ses yeux.

« Lumaria, dites-vous ? Peut-être est-ce le destin qui nous a réuni. »


Eh oui, j'ai l'affront d'introduire une OC dans ma fic ! Pardon, c'était nécessaire. x) Vous comprendrez pourquoi au fur et à mesure. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. Si vous n'avez pas compris quelque chose, pareil (j'ai du mal à savoir si ce que j'écris est clair ou non, parfois).

Des bisous !