21. Tensions

Ca faisait deux heures, et les ongles de Riku n'étaient plus qu'un carnage sans nom.

Deux heures depuis la disparition de Sora, Kairi, et d'un vaisseau Gummi. Deux heures qu'Aqua faisait les cent pas dans ce Manoir trop vide, faisant claquer ses talons sur le carrelage.

Riku aurait voulu prendre l'air. Mieux que ça, il aurait voulu péter un plomb comme Aqua le faisait.

Ou mieux encore, avancer vers son aînée, la saisir par les épaules, et lui administrer deux paires de claques pour la calmer.

Il adorait Aqua, pourtant. Il l'admirait, même, en temps normal. Il la trouvait calme, pleine de sang-froid, forte, et n'avait jamais, jamais, songé à remettre en question son autorité.

Mais là, elle délirait complètement, et Riku n'était pas vraiment d'humeur pour ça.

Sale, très sale journée, décidément...

D'abord, cette histoire avec Vanitas, ensuite la disparition de Naminé, et puis leur leadeuse qui pétait une durite.

Il était furieux contre Kairi et Sora. Il savait leur décision justifiée, néanmoins, et avec le recul il leur donnerait sûrement raison, mais pour l'heure, ils participaient à la liste de ses soucis, ces idiots. Quelle idée.

Pour couronner le tout, Mickey, Donald et Dingo avaient filés à l'anglaise, et Lea s'était réfugié dans sa chambre – il ne pouvaient pas leur en vouloir, cependant, étant donnée la situation.

Il quitta l'observation du sol pour lever les yeux vers Aqua. La jeune femme n'en finissait pas de tourner en rond, tout en marmonnant des choses incompréhensibles – un mélange de colère et d'inquiétude, visiblement. Et Riku savait qu'il aurait dû faire quelque chose, n'importe quoi pour l'apaiser. Il sentait également que tout ce qu'il aurait pu dire ou faire ne ferait qu'aggraver les choses. Surtout dans l'état d'agitation dans lequel lui-même se trouvait.

Sauf qu'il ne pouvait pas non plus l'abandonner toute seule. Alors il la regardait errer, les yeux dans le vague, et l'irritation montait en lui, et il allait exploser.

Il s'était vaguement demandé ce qui avait pu la mettre dans cet état. Que l'on n'écoute pas ses ordres ? Que Sora et Kairi se mettent en danger de façon inconsidérée ?

Un peu des deux, sans doute.

De ce qu'il savait de son histoire, sa réaction était peut-être logique. Mais ce n'était vraiment, vraiment pas le moment, bordel ! Et si elle craquait comme cela à la moindre situation de crise, Riku ne donnait pas cher de leur peau contre Xehanort.

Lui aussi, il s'inquiétait. Tout le temps, pour tout le monde. Il ne pouvait pas la blâmer pour cela. Il avait même tenté d'empêcher Kairi de prendre des initiatives, alors qu'il savait de quoi elle était capable !

En ce moment même, il se faisait un sang d'encre pour Naminé, en plus de cela Vanitas lui brisait le cœur, Sora et Kairi étaient partis Kingdom Hearts savait où... Et Aqua, bien sûr. Que pouvait-il bien faire ?

Et en fait, il en avait vraiment marre, de s'inquiéter. Et lui, dans tout ça ? A force de penser aux autres, il ne vivait plus réellement.

Au fond, il était comme Aqua. Et à la voir là, comme ça, à s'agiter dans le vent, cela le plombait encore plus.

Et puis merde...

D'un mouvement sec, il repoussa le mur sur lequel il s'appuyait et se dirigea résolument vers la jeune femme, qui ne le remarqua même pas. Il lui saisit le poignet, peut-être un peu trop fort, mais au moins elle n'eut pas d'autre choix que de le regarder.

« Hé, fit-il. Stop.

-Lâche-moi, Riku. »

Il s'aperçut qu'elle pleurait.

« Non, asséna-t-il fermement. Il faut que tu reprennes tes esprits, Aqua. »

Sans un mot, elle tenta de se dégager. Il ne lâcha pas prise.

« Sora et Kairi sont des adultes, à présent. Je sais que c'est dur. Je m'inquiètes aussi, mais est-ce que tu comprends pourquoi ils sont partis ? Ta réaction a été ridicule. »

Il se trouvait dur, mais il fallait qu'elle l'entende. Peut-être fallait-il qu'il s'en convainque, également.

« Nous sommes des Porteurs de Keyblades, tous autant que nous sommes, et si on commence à se terrer bien au chaud parce que tu as peur qu'il nous arrive quelque chose, eh bien, ça revient à laisser les Ténèbres gagner, tu ne crois pas ? Il faut que tu aies confiance en tes alliés, sans vouloir les materner ! Ca ne marchera pas ! La preuve, ça ne fait qu'empirer les choses ! Oui, il y aura des dommages collatéraux, parfois, mais il faut... il faut qu'on accepte que ça arrive. C'est notre Destin. »

Elle avait cessé de pleurer et de soutenir le regard de Riku. De se débattre, aussi. Finalement, doucement, elle parla :

« Le Destin de ceux qui manient la Keyblade... »

Et il y avait tellement de tristesse dans sa voix que toute la colère de Riku s'envola, pour laisser place à une forme d'abattement.

« J'ai compris, Riku. Tu peux me lâcher. »

Il la lâcha. Elle lui tourna le dos.

« Je peux te demander de gérer les choses sans moi un moment ? demanda-t-elle à voix basse.

-Bien sûr, acquiesça Riku. Je suis un Maître aussi.

-Oui. Excuse-moi. Je serais dans ma chambre. »

Elle se mit à grimper les escaliers vers l'étage. Riku poussa un soupir attristé. Il sentait que ses paroles avaient commencé de poser un mur entre eux. Il n'avait pas eut le choix, pourtant, si ? Le Destin des Porteurs... Il porta une main à son visage, épuisé, et s'assit à même le sol.

Putain.

Maintenant, il ne lui restait plus qu'à attendre.

J'ai été stupide.


Aqua monta les escaliers en silence, la gorge et les yeux douloureux.

Elle avait craqué, pour la première fois depuis la mort de Ventus.

Parce qu'elle ne voulait pas revivre cela. Jamais. Et qu'il le faudrait bien, pourtant.

Je les ai mis en danger, à force de trop vouloir les protéger.

Elle était calmé, à présent, et contemplait les ruines de son esprit après sa crise, ne comprenant pas sa propre réaction. Elle avait juste... paniqué.

Elle ne le ferait plus. Du moins l'espérait-elle. Mais si elle recommençait, à un moment critique ?

Dépitée, elle tourna la poignée de la porte de sa chambre. Il s'agissait de la même qu'auparavant, avant que tout ça ne se produise. Même après la transformation du Manoir, elle était restée la même. Et lorsqu'Aqua était revenue du Royaume des Ténèbres, la vue de cette petite pièce aux tons bordeaux et crème lui avait fait chaud au cœur.

A présent, elle regrettait de l'avoir conservée ainsi. Tout ce qu'il s'y trouvait lui rappelait un bonheur désormais hors d'atteinte. Ses livres d'astronomie – passions qu'elle avait transmise à Ventus – ses ouvrage provenant d'autres mondes, qu'Eraqus lui ramenait quelques fois... Les petits mots que Terra glissait sous sa porte, parfois, lorsqu'ils se disputaient – elle les avait tous conservés, même les plus banals, bien à l'abri dans une boîte sous son lit.

Il n'y aurait plus de petits mots.

Et elle ne pleurerait plus.

Comme dans un rêve, elle se roula en boule sur son lit et fixa le mur vide.

Elle ne souhaitait pas grand-chose, pourtant. Juste que plus personne ne souffre. Etait-ce si mal que cela ?

Elle entendit frapper à sa porte, soudainement. Serait-ce Terra qui venait la prévenir que le dîner était prêt ?

Arrête ça...

Elle se redressa un peu.

« Riku, c'est toi ?

-Perdu ! » s'exclama une voix faussement enjouée.

La touffe de cheveux de Lea ouvrit la porte sans attendre d'autorisation. Il avait un sourire un peu triste collé sur les lèvres.

« Hé, t'as envie de parler à quelqu'un qui a aussi perdu un ami? »


Son arme se matérialisa à temps pour parer celle de l'autre. Une poussée plus tard, et Sora faisait face à son adversaire encapuchonné, tous deux en posture de combat. A ses côtés, Kairi se tenait prête, elle aussi.

Leur assaillant portait le manteau de l'Organisation XIII. Et une... Deux, Keyblades.

Son cœur fut saisi d'un pincement tout sauf naturel.

« Sora, c'est... ! hoqueta Kairi.

-Je sais ! » répliqua-t-il, une main plaquée sur le cœur.

Ainsi donc, il se terrait ici !

Roxas fonça sur lui, Keyblades en avant. Sora para à nouveau, alors que Kairi tenta un assaut par derrière, bloqué par la seconde clé du Simili. Elle se réceptionna plus loin avec un sifflement agacé.

Sora se contenta de rester dans cette position, clé contre clé, tentant de garder les paupières ouvertes malgré la pluie battante. Il n'en croyait pas ses yeux. La scène lui paraissait désagréablement familière.

« Je n'ai pas envie de te combattre, Roxas ! »

Son Simili ne répondit pas, ne laissa même pas tomber son capuchon. Pourtant, il savait qu'ils savaient ! Pire, il tenta une attaqué latérale. Heureusement, Sora sauta à temps hors de portée.

« Pourquoi tu fais ça ? s'écria-t-il, confus. Nous ne sommes pas tes ennemis ! »

Pas de réponses. Un sort de Foudre s'abattit près de Roxas, qui roula au sol pour esquiver. Puis un Brasier, et un autre, et un autre... Le Simili bondissait toujours sur le côté, sans faillir.

Et à côté de cela, Sora regardait la scène irréaliste qui se déroulait sous ses yeux.

« Arrête ça, Kairi ! »

Pas de réponse, à nouveau. Roxas profita d'un répit pour foncer vers la jeune fille, qui invoqua un sort Miroir et riposta et esquiva et riposta.

« Arrêtez ça ! »

Son poing tressaillit autour de sa Keyblade. Cela faisait un moment qu'ils savaient Roxas vivants, mais... pourquoi devraient-ils s'affronter à nouveau ? Cela ne faisait aucun sens ! Il n'était pas leur ennemi !

« Je vous ai dit d'arrêter ! Roxas ! Kairi !

-Il ne nous laisse pas le choix, Sora ! » le secoua son amie, sans quitter son adversaire des yeux.

Il serra les dents, incapable de prendre une décision. Si ça continuait comme ça, Kairi n'aurait bientôt plus de magie.

Mais il n'allait pas attaquer son Simili !

Pourquoi agissait-il ainsi ? Et était-il réellement dans son état normal ? Une fraction de seconde, son esprit lui imposa la vision d'un Roxas aux yeux jaunes. Un frisson de dégoût remonta le long de sa nuque.

Le seul moyen de s'en assurer, c'est de...

Le cœur résigné, il glissa jusqu'à l'altercation, Keyblade brandie, prêt à faucher l'encapuchonné dans le dos. Tant pis pour ses bons sentiments. Tant pis pour la répulsion qu'il ressentait à chacun de ses assauts forcés. Tant pis.


Roxas fit volte-face juste à temps pour contrer le coup de Sora. Il ne l'avait pas entendu venir, l'avait plus senti qu'autre chose. A nouveau, une attaque de Kairi. Keyblades qui s'entrechoquent.

Merde.

Pris entre deux feux, un adversaire au bout de chaque bras, il serra les dents. Il ne s'en sortirait pas comme ça, bordel ! Et pourquoi fallait-il que ce soient ces deux-là ?

Une pression se fit sentir du côté de Kairi, dont les yeux bleus lançaient des éclairs.

« Qu'as-tu fait de Naminé ? »

De stupeur, Roxas manqua de se relâcher. Fort heureusement, il sentit le poids de Sora s'envoler alors que ce dernier reculait, puis hoquetait :

« Tu n'es pas sérieuse, Kairi ?

-Il ne nous attaquerait pas s'il n'avait rien à voir là-dedans ! siffla-t-elle sans cesser de fixer le Simili avec une fureur qu'il ne lui connaissait pas.

-Je ne sais pas de quoi tu parles, asséna sincèrement Roxas.

-Menteur ! »

Ils se séparèrent de nouveau, repartirent à l'assaut. Roxas ne pensait plus, n'existait plus que pour contrer les voltiges des deux autres. Une seule certitude dans son esprit : si cette petite danse s'éternisait, alors il n'en sortirait pas vainqueur. Il fallait cesser cette folie.

Sora était plus facile à repousser que Kairi – à cause de la hargne qu'elle y mettait ?

Non, pas seulement, réalisa-t-il en observant le garçon – ce qu'il lui valut un impact violent à l'épaule et le replongea dans la bataille, avec une certitude : Sora retenait ses coups.

Bien.

Il savait quoi faire, mais il n'aurait qu'une seule chance.

Sautant le plus loin possible de Kairi, il puisa dans ses veines et, d'un mouvement de Souvenir Perdu, dressa un immense mur de flammes entre elle et eux. Ca ne tiendrait pas longtemps : la magie n'était pas son fort.

A toute vitesse, il fonça alors sur Sora, pour un nouvel assaut-paré, baissa grossièrement sa garde sans en avoir l'air. L'autre hésita à peine une seconde, juste le temps qu'il fallait à Roxas pour trouver l'angle mort. Alors que son original tentait une taille d'estoc, lui s'accroupit, à quelque centimètres de son corps, et, d'un mouvement du bras, lui flanqua violemment la garde de Tendre Promesse dans l'estomac.

Le temps qu'il se redresse, Sora se trouvait à quatre pattes par terre, en train de vomir le contenu de son estomac, et Kairi se précipitait déjà vers eux.

Ca ne suffirait pas à les faire déguerpir.

Il brandit une Clé entre les omoplates de son opposant et y planta un sort de Glacier avec ses dernières réserves de magie. Sans un cri, l'autre s'écroula.

Ce fut à ce moment que Kairi arriva à leur hauteur. Impulsivement, il porte la main à son front et rejeta son capuchon en arrière – de toute façon, ils l'avaient reconnus, alors à quoi bon ?

Cela la fit s'arrêter.

Jamais il n'avait eu l'occasion de discuter avec elle, hormis une fois, via le cœur de Sora, alors que Roxas, tout ignorant encore, se trouvait dans la fausse Cité du Crépuscule. Le constat l'attrista.

« Je ne sais pas ce que vous pensiez trouver ici, déclara-t-il en guise d'avertissement, mais il n'y a rien pour vous. Ne revenez pas. »

N'ayant rien de plus à ajouter, il invoqua un Couloir Obscur et disparu, le cœur étrangement serré.

Sora...


Il s'éveilla comme on émerge d'un agréable sommeil réparateur... si l'on excluait l'atroce douleur qui lui comprimait le dos.

Même respirait lui faisait mal. L'esprit embrumé, il enfonça son nez dans l'oreiller avec l'espoir de, pourquoi pas, se rendormir un peu.

« Eh bien... Il ne t'as pas loupé, Sora ! soupira une voix familière, à la lisière de sa conscience, qui le fit se tourner sur le côté.

-Hm ? C'est toi, Lea ?

-Eh oui. Ah, non, ne bouge pas trop. Tu vas te faire mal, bichon. »

En désespoir de cause, l'autre n'eut pas trop le choix d'obéir. Il se trouvait allongé sur le ventre et torse nu, probablement à cause de sa blessure au dos. De là où il se trouvait, il ne voyait que les jambes de son vis-à-vis, assis à l'envers sur une chaise. Pfff... Combien de temps serait-il alité comme ça, au juste ?

« Bichon ? releva-t-il. C'est nouveau, ça.

-Oh, tu sais, je choppe des tics de langage des fois, expliqua le rouquin. Ca me passera.

-Tu peux me dire ce qu'il s'est passé ? Kairi va bien ? »

Lea s'autorisa un petit rire, qui soulagea immédiatement le convalescent. Si son amie avait été blessée, il ne le prendrait pas si légèrement.

« Elle a eu assez de forces pour te traîner jusqu'ici. C'est assez extraordinaire, vu sa carrure, tu n'penses pas ?

-J'avoue, sourit Sora. Mais, euh, pourquoi c'est toi qui me surveilles ?

-Dis tout de suite que tu ne veux pas de moi ! s'exclama Lea d'un ton – faussement ? - vexé. Tu me brises le cœur, dis donc !

-Mais n- Ah, me fais pas rire, ça fait mal ! Je veux dire, où sont les autres ?

-Oh, Kairi se fait engueuler par Aqua, et Riku plaide sa cause, je crois. Si tu tends l'oreille, tu peux entendre des éclats de voix, parfois.

-Quoi ? Mais pourquoi ? »

Il voulut se redresser, bêtement, puis retomba en grimaçant. Ah, ça, Roxas ne l'avait pas loupé ! Quel imbécile, il aurait dû le voir venir ! Il aurait pu gagner, sans doute, mais il ne voulait pas le... Ah, zut !

« Pour t'avoir entraîné avec elle, avoir fui malgré les ordres et... Enfin, voilà.

-C'est moi qui lui ai suggéré l'idée, en fait, s'attrista Sora. S'il faut punir quelqu'un... »

Il savait que Kairi prendrait le blâme sans broncher – sans compter qu'il était revenu blessé, alors forcément...

« Tu arriverais trop tard, ricana Lea. Aqua a l'air décidée à penser que Kairi est la cause de tous ses problèmes. Et de toute façon, qu'est-ce qu'elle peut lui faire, l'enfermer dans sa chambre comme une gamine ? T'en fais pas trop pour ça.

-Vanitas avait raison...

-Qu'est-ce tu marmonnes ?

-Je ne sais pas si tu te souviens, expliqua Sora. Plusieurs fois, Vanitas a dit qu'on ne faisait rien que de se jeter dans la gueule du loup, attendre bêtement qu'on nous attaque, alors qu'il faudrait qu'on se bouge un peu. Je crois qu'il a raison. Avant, ça ne se passait pas comme ça. »

Il y eut un léger silence, comme si l'autre réfléchissait.

« Ouais... fit-il enfin. C'est vrai que vous avez été livrés à vous-même, toutes ces années. Les ordres, c'est nouveau pour vous tous, non ?

-Surtout les ordres de ne pas intervenir, alors qu'une amie est en danger. »

Naminé. Il espérait qu'elle allait bien, et qu'on allait les autoriser à repartir à sa recherche.

« T'inquiètes ! déclara Lea. On va réussir à raisonner Aqua. On y est presque parvenu, avec Riku, quand vous deux avez filé en douce. Elle se rend bien compte qu'elle abuse, c'est juste que...

-Ouais, je sais. »

Est-ce qu'eux aussi seraient comme ça, après la guerre contre Xehanort ? Est-ce qu'il y aurait des victimes ?

« On a vu Roxas, sortit soudainement Sora.

-Oh.

-Il s'est battu contre nous.

-Ah. C'est lui qui t'as mis dans cet état, je présume. »

Il hocha la tête et serra son oreiller un peu plus fort.

Il pensait en avoir fini avec la rancoeur de son Simili. Dans la dimension des Rêves, il lui avait même confié ses souvenirs. Il semblait apaisé, en ce temps-là.

Et maintenant, il vivait de nouveau en dehors de lui, et il trafiquait on ne savait quoi !

« Je ne comprends pas... se désespéra-t-il.

-Ca ne va pas te faire plaisir, Sora, mais est-ce qu'il ne serait pas tombé entre les mains de Xehanort ? »

Il se redressa vivement pour dévisager son vis-à-vis.

« Non ! Aïe. Non, non. Je l'aurais senti, pas vrai ?

-Pas forcément, expliqua Lea d'un air grave. Est-ce que tu perçois quoi que ce soit venant de lui, depuis sa renaissance ? »

L'argument le laissa sans voix un moment. Pour se donner de la contenance, il entreprit de s'asseoir en tailleur sur le lit.

« Tu devrais éviter de bouger.

-Ca va, c'est supportable » protesta Sora.

La douleur était vraiment le dernier de ses soucis.

« C'est pas possible que Xehanort l'ait eut.

-Sora...

-Non ! Crois-moi, je le saurais ! »

Roxas serait apparu dans ses cauchemars, si tel avait été le cas, pas vrai ? Il pensait avoir vu tous les membres de la nouvelle Organisation dans ses songes, désormais. Et ils tentaient toujours de le faire rejoindre leurs rangs.

En face de lui, Lea paraissait un peu désemparé. Il se passa une main dans les cheveux, mal à l'aise.

C'est alors qu'on frappa à la porte.

« Ouais ? »

Sans répondre, Kairi entra en trombe dans la pièce, suivie d'un Riku plus contenu. Son visage exprimait un agacement palpable, mais elle sourit en le voyant.

« Sora ! Tu es réveillé !

-Il paraît ! Merci, au fait, de m'avoir ramené.

-J'ai songé un moment à te laisser là-bas, mais tu allais attraper un rhume avec toute cette pluie.

-Les enfants... soupira Riku.

-Alors, quelles sont les nouvelles ? » s'enquit Lea.

Riku croisa les bras et se posa contre un mur.

« On a réussi à faire céder Aqua, mais je crois qu'elle a un peu perdu confiance en elle. Elle va avoir du mal à diriger pendant un temps.

-Alors c'est toi qui t'y colles, Maître Riku ? »

Ledit Maître colla un regard noir au rouquin, puis soupira.

« Je suppose. Mais nous sommes en démocratie. Si vous faites quelque chose de stupide, je pense que je ne pourrais pas vous en empêcher. Essayez de réfléchir, quand même, avant de vous jeter dans la gueule du loup... Regardez l'état de Sora.

-Eh ! Je serais sur pied dès demain !

-Toi, tu ne pars plus avant un moment, décréta Riku. Et surtout pas à Illusiopolis.

-Mais...

-Kairi m'a raconté comment la bataille s'est déroulée. Tu aurais pu gagner.

-Et blesser Roxas ?

-Il ne s'est pas gêné, lui » asséna son ami.

Sora ne put que baisser les yeux et accepter l'évidence. Quelque chose clochait, néanmoins, il le sentait.

« Il aurait pu me faire bien plus mal, contra-t-il, mais il ne l'a pas fait. Lui non plus ne voulait pas se battre !

-Qu'en sais-tu ? Et ça ne change rien.

-Il faut que je lui parle !

-Ne t'en fais pas. Tu pourras le faire quand on l'aura ramené ici par la peau des fesses. »


« Pourquoi ne m'avez-vous pas dit qui étaient les intrus ? »

A la question, Lumaria se retourna, une expression de non-surprise sur son visage paisible. Roxas serra les poings.

« Comment cela ?

-Vous saviez. Vous saviez et vous ne m'avez rien dit. »

Son patron fit volte-face avec une désinvolture étudiée, reportant levant son regard vers le Kingdom Hearts artificiel au-dessus de leurs têtes.

« Oh, cela aurait-il changé quelque chose ? Dans tous les cas, tu as accompli ta mission comme il se devait, hm ?

-C'était un test ?

-Une preuve de confiance, rectifia habilement l'autre. Après tout, si tu ne m'avais pas obéi, qui sait ce qui aurait pu se passer ? »

Le Simili entendait le sourire dans la voix de l'homme en face de lui, sa satisfaction. Soudain, un sentiment peu familier s'imposa à lui : la honte. Qui se mua bien vite en haine.

Il exécrait cet homme.

« Ne me faites pas rire. Arlène n'était pas disponible, n'est-ce pas ? Et vous ne teniez pas à vous salir les mains avec une besogne si basse. »

Le patron lui jeta un regard par-dessus son épaule, comme on regarde un hérisson écrasé sur le bord d'un trottoir.

« Serait-ce une pointe de rébellion que je perçois dans ta voix, mon cher Roxas ? »

Il serra les dents, incapable de prononcer le moindre mot qui ne serait pas une insulte. A présent, Lumaria le dévisageait, narquois et splendide dans ses atours princiers.

« Et où irais-tu, si tu me fuyais ? Chez ces Maîtres de la Keyblade, qui t'ont tout pris ? Supporterais-tu de vivre à leurs crochets, comme un parasite ? Supporterais-tu de côtoyer Lea tous les jours ? Ce garçon qui ressemble tant à celui que tu as perdu ?

-La ferme ! »

Ses poings se refermèrent chacun sur une Keyblade avant même qu'il ne s'en rende compte.

Impassible, sans même un sourcil haussé, Lumaria soutint son regard.

« Réfléchis-y, Roxas. Quel autre avenir pour toi que celui que je te promets ? »

Lorsque le Simili s'esquiva à toutes jambes, sans doute pour aller saccager une partie oubliée de la Citadelle, Lumaria s'autorisa un large sourire.

Nous ne le retiendrons plus très longtemps.

« Oh... C'est suffisant, ne t'en fais pas. Bientôt, il faudra que les Porteurs apprennent notre présence, de toute façon. Et nous avons encore Ienzo. »

Il se tourna vers le faux Kingdom Hearts, à la recherche d'une présence qui s'y faisait de plus en plus précise, de plus en plus familière.

« Ne t'en fais pas. Tout se déroule à merveilles, Mélodie. »