Hey ! Pardon, j'ai de nouveau un léger retard, mais c'est la faute de mes révisions de partiels (et aussi de la sortie de FF XV mais bon HEIN).
J'ai même pas le temps d'écrire, c'est vous dire. Tch. Bref.
J'espère que le chapitre vous plaira ! Bonne lecture ! :3
22. Rejet
Les jours se succédèrent et apportèrent leur lot de mystère et de révélations.
Mélodie vivait seule, dans cette luxueuse demeure au milieu de nulle part. Elle lui fournit des habits luxueux que Lumaria n'avait que trop rêvé de pouvoir un jour porter et auxquels il prit bien vite goût. Il entreprit également de se laisser pousser les cheveux, à la manière des gentilhommes bien élevés, chose que son métier ne lui avait point permis autrefois. Libéré de ces contraintes pratiques, il se sentait revivre.
Parfois, Mélodie se rendait en ville pour une course ou une autre, mais Lumaria ne la voyait jamais partir ou revenir... Jusqu'à un matin où il aperçut une petite silhouette encapuchonnée, semblable à une vieille femme. Pourtant, ce fut Mélodie qui revint, un panier de fruits à son bras.
« Pardonnez-moi, ma dame, fit-il le soir venu, mais je me rends compte que nous ne connaissons pas bien. Y a-t-il une chose que je devrais savoir à votre sujet ? »
Elle se mit à rire.
« Pose-moi franchement ta question. Je ne me fâcherai pas.
-Etes-vous une sorcière ? »
Mélodie se servit une coupe de vin et la porta à ses lèvres. Ils se trouvaient dans un petit salon adjacent à la cuisine, où ils avaient pris l'habitude de se rendre après dîner.
« Je n'aime pas ce terme, répondit-elle. Je suis une magicienne, oui. »
Elle le dévisagea en coin, sans doute pour sonder sa réaction.
« Cela t'effraie-t-il ?
-Non, ma dame. Ce sont vos pouvoirs qui m'ont sauvé la vie. Je vous en suis reconnaissant.
-J'en suis heureuse. J'imagine que tu m'as vue ce matin.
-Cette apparence...
-Je préfère me montrer discrète, lorsque je me rend en ville. Penses-tu que je passerais inaperçu, si je m'y rendais avec ce visage ?
-Assurément non... »
Un silence confortable s'installa, une sorte d'accord tacite.
Lumaria ne mettait pas encore de mots sur le lien qui les unissait. Il savait juste qu'il voulait demeurer à ses côtés aussi longtemps que possible. Plus rien ne l'attendait nulle part, et elle le fascinait.
« Mais parle-moi donc de toi, l'enjoignit-elle tout à coup. Tes vêtements, lorsque je t'ai recueilli, étaient ceux d'un ordinaire paysan. Pourtant, tes manières et ton langage sont ceux d'un noble de haut rang. Lequel des deux es-tu, dis moi ? »
A cette question, Lumaria détourna le regard. Noble ou paysan, hein ? La réponse qu'il aimerait donner n'était pas la bonne, et il ne pouvait lui révéler ses origines... Sans doute ne le regarderait-elle plus de la même manière.
« Allons, Lumaria... Aurais-tu honte de tes racines ?
-Je ne suis pas exactement un gentilhomme, ma dame.
-Je t'ai trouvé à l'article de la mort. Tu as lutté avec quelqu'un, je me trompe ? »
Il n'eut pas d'autre choix que de lui raconter. Pas d'autre choix que de laisser tout sortir : les souvenirs, la rancoeur, la haine.
Il faisait partie de la guilde des assassins. Il était doué pour tuer, Lumaria. Une chance pour lui. Autrement, il serait mort de faim. Quel autre avenir pour lui, après la mort de sa mère, après tout ? Au château, il avait bien souvent regardé les jeunes nobles s'exercer à manier la lame. Parfois, il s'entraînait en cachette, avec des bouts de bois et d'autres enfants de serviteurs.
Sauf qu'il n'était pas un vulgaire fils de jardinier. Sa mère était une servante, et son père... Le Roi.
Bâtard... Comme il détestait ce mot ! Etre le fils d'un roi faisait de lui un prince, n'est-ce pas ? Oh, combien de fois sa mère avait-elle tenté de lui expliquer la réalité de la chose ?
Mais Lumaria n'écoutait jamais.
Il passa son enfance à déambuler dans les couloirs luxueux du palais royal comme si ceux-ci lui appartenaient. Néanmoins, l'endroit qu'il préférait était la roseraie du jardin, si pleine de couleurs durant la saison chaude ! Parfois, il y croisait son père, qui le gratifiait d'un sourire ou d'une main affectueuse passée dans les cheveux. Il s'agissait du signe qu'il le considérait bien comme son enfant, non ?
Lumaria prenait soin de son apparence. Il allait laver ses cheveux à la rivière tous les jours, et faisait de son mieux pour imiter l'allure de son géniteur, ainsi que des autres nobles, qui ne lui adressaient jamais la parole. Il les observait, singeait leur voix et leurs mimiques. Il tenta même d'apprendre à lire, mais y renonça bien vite en s'apercevant que, même après plusieurs heures à les fixer intensément, les signes sur les pages ne daignaient pas lui révéler leur signification.
Il avait douze ans lorsque sa mère mourut, déjà si décharnée et fatiguée, et pourtant si jeune. On fit comprendre à Lumaria qu'il ne pourrait rester au château que s'il travaillait à son tour. L'intendant le voyait souvent traîner autour des rosiers, aussi lui proposa-t-il un poste de jardinier.
Lumaria se récria. Lui, un prince, n'allait pas s'esquinter à d'aussi basses besognes ! Il avait le droit de rester, et il resterait ! De quel droit le renvoyait-on comme un vulgaire malpropre ? Qu'ils aillent voir son père, il leur dirait de le laisser tranquille !
Mais le Roi fit mettre le garçon dehors sans sommation.
Pour éviter un scandale, comprit plus tard Lumaria. Bien plus tard.
Malheureusement, le temps n'effaça pas la haine, ni sa conviction que sa place se trouvait aux côtés de son père, au Palais. Ce père qui l'avait trahi.
« Ainsi, toi aussi, l'on t'a rejeté... » murmura Mélodie à la fin de son discours.
Lumaria releva les yeux, surpris. Elle s'était levée et se dirigeait vers lui.
« Ma dame ? »
Sa main se posa sur son épaule, et elle le prit dans ses bras, doucement.
« N'ait crainte, lui dit-elle. Nous te vengerons. Nous trouverons un moyen de te faire justice. C'est une promesse. »
Lumaria ne sut que répondre à cela.
« Nous étions réellement destinés à nous rencontrer. »
Sans surprise aucune, Xion assista aux matchs des garçons contre les gardes d'Arendelle. Sans surprise non plus, les premiers se défendirent vaillamment contre leurs adversaires, et remportèrent la bataille.
Aucun d'entre eux n'avait la victoire très modeste. Si Zack fanfaronnait ouvertement et distribuait des cris de joies à tout va, c'était Néo, plus discret, qui rayonnait pourtant le plus. Il affichait un sourire tellement narquois qu'il en paraissait presque mauvais. Xion l'observait, souriant elle aussi, en détectant l'infinité de micro-signes de son orgueil satisfait – le dos droit, les yeux moqueurs, la main régulièrement passée dans les cheveux d'argent...
« Hey ! C'est fou, ces gamins qui sont plus doués que nous, quand même !
-Tu te fais vieux, Laguna.
-Ah, ce doit être ça... soupira le soldat. Enfin, faut bien laisser la place aux jeunes, à un moment donné. »
Puis son regard tomba sur Xion, interrogateur.
« Zack, tu m'as pas dit que la demoiselle était encore plus puissante que toi ?
-Si ! fit fièrement son ami. Elle m'a sauvé la vie, une fois.
-Tu m'as rendu la pareille, Zack, observa la concernée.
-Oh, c'était pas grand chose !
-Bref, j'aimerais bien voir ça, moi ! recentra Laguna. J'avoue que j'ai du mal à m'y faire. »
Xion se leva pour les rejoindre, pas vraiment vexée par leurs doutes, mais plutôt interloquée. Certes, elle possédait une carrure moins épaisse que Zack, mais les muscles ne faisaient pas tout.
« C'est si difficile à croire ? interrogea-t-elle, et finalement il y eut une pointe de ressentiment dans sa voix.
-Ah, ben, comment dire... ?
-On n'a jamais vu une femme se battre, expliqua Kiros en croisant les bras. Après tout, pourquoi pas, hein ? M'enfin, il faudrait qu'on voit ça de nos propres yeux, tu comprends ? »
Xion ne sut pas quoi répondre, mais l'idée enchantait visiblement Zack, qui se porta volontaire en guise d'adversaire. De son côté, Néo faisait mine de ne pas les écouter, se donnant une contenance en mettant des petits coups de pieds à la caisse d'armes non loin d'eux, comme un enfant qui s'ennuie.
« Un duel à l'épée ? » s'enquit-elle nerveusement.
Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas tenu une arme entre ses mains ! Depuis que la Keyblade l'avait abandonnée, en fait. Sa paume se contracta, saisie d'un spasme. Ca lui manquait tellement !
Mais est-ce que ce serait encore pareil, avec une simple lame ?
« Bah, ouais, nan ?
-Oui ! » souffla Xion, presque reconnaissante de l'opportunité.
Elle trottina vers le stock d'épées, déplacé dans la cour expressément pour l'entraînement des chevaliers, et se demanda laquelle choisir. Au final, elle se décida pour une lame ni trop courte ni trop longue, et pas trop lourde, plutôt basique et bien équilibrée. Visiblement, toutes les armes de la caisse étaient émoussées pour éviter les blessures accidentelles.
« Alors, ça vient ? » s'impatienta Zack, déjà en garde.
Néo, à côté de Xion, souffla du nez, avant de lui adresser un petit sourire.
« Bonne chance, l'encouragea-t-il.
-Ce sera ton tour, après, si tu veux » plaisanta-t-elle.
Il détourna prestement le regard.
« Oh, non, laisse tomber, marmonna-t-il. Plus tard, si ça se trouve. »
Un instant, elle songea à lui demander ce qui n'allait pas, mais Zack l'attendait, alors elle haussa les épaules et tourna les talons. Si ça se trouvait, il se sentait juste fatigué et ne voulait pas le montrer ? Elle commençait à bien le cerner.
« Prêt, Zack ?
-Depuis ma naissance !
-Alors, c'est parti. »
Ils restèrent en garde un moment, à se toiser en chiens de faïence, attendant que l'autre fasse le premier pas. La jeune fille tentait d'occulter les regards qui les observaient. Jamais on ne l'avait encore regardé combattre, du moins pas à sa connaissance, et cette attention soudaine la déstabilisait. Ils noteraient sûrement le moindre faux pas de sa part, pas vrai ?
Zack restait le plus impatients d'eux deux. Il entama une charge frontale bête et méchante, que Xion esquiva facilement d'une roulade. La lourde épée du garçon se ficha dans le sol, toute droite. Xion en profita pour tenter de faucher son adversaire au ventre, mais celui-ci s'appuya sur la garde son épée pour se hisser en l'air à la force de ses bras. Son pied heurta le torse de la jeune fille, qui fut projetée plus loin.
En fond sonore se firent entendre les « ouuuuuh ! » choqués ou admiratifs des soldats, mais elle n'en avait plus cure, toute concentrée dans la bataille. Zack lui adressa un sourire d'excuses alors qu'ils se remettaient tous les deux debout. Puisqu'il s'agissait d'un match amical, il avait apparemment maîtrisé sa force – elle n'en avait même pas eu le souffle coupé.
Cette fois, Xion démarra les hostilités, avec une feinte qui lui permit d'asséner un coup dans le dos de Zack, sans pour autant l'envoyer au tapis.
« Un partout ! s'exclama-t-elle joyeusement.
-Tu vas voir ! »
Pendant un moment encore, ils échangèrent les coups et les esquives, l'adrénaline dans leurs veines. Xion retrouvait un terrain familier, celui de la bataille à l'arme blanche, et cela l'enchantait plus qu'elle ne s'y serait attendue.
Zack était plus lourd et fort, mais elle était plus agile. Cependant, ses esquives commençaient à la fatiguer. En temps normal, elle aurait écourté le combat à coups de magie, mais devant les soldats...
Finalement, elle prit le parti de désarmer son adversaire d'un coup sur la main, du plat de sa lame. L'autre poussa un cri de douleur, lâchant l'épée par réflexe. Après un saut en arrière, Xion s'accroupit pour en saisir la poignée, puis menacer le combattant de ses deux lames, de part et d'autre de son cou.
Elle se mit à sourire, haletante.
« On dirait que j'ai gagné. »
Il y eut un silence dans l'assemblée. Zack cligna des yeux. Deux fois. Puis lui rendit son sourire.
« Ah ! J'ai encore du chemin devant moi avant de devenir un héros, on dirait ! »
Pour toute réponse, Xion lui tendit son épée et posa ses fesses sur le sol, épuisée. Il s'en serait fallu de peu... Si elle devait se battre sérieusement contre Zack un jour, elle ne le sous-estimerait pas !
Quelque chose de mou lui tomba sur la tête, la faisant tressaillir. Il s'agissait d'une serviette, lancée par Laguna.
« Beau travail les jeunes ! leur cria-t-il en s'avançant. Eh, alors t'es vraiment douée, chère demoiselle. Mes félicitations.
-Merci... » marmonna Xion, toujours perplexe face à leur étonnement.
Ils durent dégager le terrain, car les soldats devaient encore s'entraîner. A ce moment, par hasard, elle leva les yeux et fut happée par un éclat bleutée. Aussitôt qu'elle l'eut aperçut néanmoins, la reine Elsa referma la fenêtre de sa chambre. Que pensait-elle de cette petite démonstration, au juste ?
Xion balaya ses inquiétudes naissantes et repéra Néo accroupit dans l'herbe et s'assit auprès de lui, encore pantelante de son combat.
« Tu avais l'air de t'amuser, l'accueillit Néo.
-Ouais ! Ca faisait longtemps. Depuis que la Keyblade... Enfin, tu vois. »
Il hocha la tête, silencieux, et porta son regard vers le combat qui commençait devant leur yeux.
« Tu t'en es bien sorti aussi, commenta joyeusement Xion. Je t'avais dit que tu pourrais te venger !
-Ah, mais je le savais, tu crois quoi ?
-D'accord, je ne te complimenterais plus jamais, si c'est comme ça ! » plaisanta-t-elle.
Il eut une moue d'hésitation, comme s'il oscillait entre s'excuser ou se moquer, et garda finalement ses lèvres closes. Il ne semblait pas très doué pour ce genre de petites conversations.
« Tu es sûr que tu ne veux pas te battre ? s'enquit Xion. Tu n'as pas l'air trop fatigué, pourtant. »
L'autre fronça les sourcils, ses yeux clairs baissés au sol. Xion songea vaguement qu'il devrait faire raccourcir cette frange.
« J'ai pas très envie de me battre contre toi.
-Bah, pourquoi ? C'est amical, tu vois bien !
-Hm. Mais même. De toute façon, je sais que je perdrais. »
La remarque étonna Xion. Lui, admettre sa défaite ? Avant même d'essayer, en plus de cela ! Elle se rendit compte qu'il évitait son regard en disant cela. Son cœur se serra un peu.
« Parce que je ressemble à Naminé ?
-Quoi ? »
Pour la première depuis des lustres lui semblait-il, il la regarda dans les yeux, sans que les siens n'expriment un ressentiment ou de la tristesse. Juste de la surprise. Elle comprit que, pour une fois, il ne pensait pas à une autre en la voyant.
Ca ne dura qu'un temps, jusqu'à ce qu'il saisisse le sens de la question.
« N- Ouais. Ca doit être ça. J'sais pas.
-Comment ça, tu ne sais pas ? »
Elle avait haussé la voix, un peu agacée, et le regretta aussitôt, en voyant les quelques curieux autour d'eux. Et en constatant que Néo se braquait de nouveau.
« J'sais pas, c'est tout ! C'est pas un drame, si j'ai pas envie d'me battre contre toi, si ?
-Ce n'est pas la question, rétorqua plus doucement Xion. J'essaie de comprendre. Ca me blesse aussi, quand tu fais ça, tu sais ? »
Elle aurait pensé qu'en sachant la raison de ses sautes d'humeurs fréquentes à son égard, elle serait plus sereine vis-à-vis de celles-ci, et pourtant... Ce n'était pas pour les même raisons, bien sûr. Auparavant, elle s'inquiétait de ses regards noirs, se demandant ce qu'elle pouvait bien faire de travers. A présent, elle savait que, parfois, son ami voyait une autre personne à sa place, que cela le faisait souffrir...
Et ça ne la faisait pas se sentir mieux, au final.
« Ca te concerne pas.
-Que tu le veuilles ou non, si ! »
Après leur grande conversation de l'autre soir, elle avait crû bêtement que toutes ces cachotteries cesseraient, qu'ils se diraient tout désormais. Avait-elle été idiote de penser que Néo changerait, rien qu'un peu, au nom de leur amitié ?
« Tu poses des questions auxquelles j'peux pas répondre, j'y peux rien ! s'énerva-t-il. T'sais quoi, laisse tomber. »
Et elle le regarda se lever et s'éloigner, avec une légère envie de pleurer qu'elle réprima facilement.
Zack, qui avait fini de discuter avec ses nouveaux amis, et que visiblement n'avait rien remarqué, s'approcha.
« Bah, qu'est-ce qu'il a ?
-Rien de grave. C'est un idiot » marmonna Xion.
Pourquoi fallait-il toujours qu'il gâche tout ?
Pourquoi fallait-il toujours qu'il gâche tout ?
Cette question, Néo se la posait aussi, le front posé contre la porte de sa chambre. Il avait envie de se frapper la tête contre le mur jusqu'à s'en assommer, ou bien se creuser un trou, très profond dans le sol, où on ne viendrait jamais le chercher.
Quelle idée, aussi, qu'elle avait eue, de poser cette question ? En quoi ça la regardait, ce qu'il pensait ?
Peut-être que ça la regardait justement beaucoup trop.
Il avait paniqué, voilà tout. Lorsqu'il s'était aperçu que non, il ne pensait pas à Naminé, qu'il n'y avait pas pensé de la journée, il avait ressenti... quoi, au juste ? De la peur ? Mais pourquoi ? C'était justement ce qu'il voulait, l'oublier !
Pourtant...
Son cœur battait à toute allure, se révoltait presque contre l'idée que son souvenir puisse disparaître. Il ne voulait plus souffrir mais il souhaitait pas ne pas souffrir non plus.
Il ne comprenait pas.
Dès l'aube se tint une réunion d'urgence à propos de leurs directives. C'était bien beau de savoir qu'il fallait agir, encore devaient-ils déterminer comment. Pour ce faire, ils avaient réquisitionné une salle oubliée du Manoir, munie d'un tableau et de quelques craies – ancienne salle de cours, ou de Conseil ?
Sora se trouvait là à titre de conseiller, puisqu'il devait rester à domicile jusque nouvel ordre. C'était ridicule, sa blessure ne lui faisait presque plus mal ! Hormis lorsqu'il avait dû monter les escaliers, certes, mais il n'aurait qu'à éviter ce genre d'entités lors de ses déplacements, non ? Malgré cet argument convaincant, Riku ne se laissa pas amadouer.
Aqua ne s'était pas joint à leur petit comité.
Quant à Kairi, Sora doutait qu'elle ait fermé l'oeil ne serait-ce qu'une minute cette nuit-là, à en juger par son teint cadavérique. Sûrement qu'elle ne devrait pas partir à la recherche de Naminé dans un tel état, mais comment pourrait-on l'en empêcher ?
« Résumons, entama Riku en saisissant une craie qu'il pointa sur le tableau. Naminé a disparu il y a deux nuits de cela. Pas d'indices, juste des suppositions. Quels sont nos suspects ? »
Kairi sauta sur l'occasion.
« Roxas.
-Non, protesta doucement Sora. Il ne ferait pas ça.
-Il nous a attaqué et il se terre à Illusiopolis. C'est certain qu'il cache quelque chose.
-Oui, admit-t-il, mais ça n'a rien à voir avec elle ! Il avait l'air vraiment surpris quand tu l'a mentionnée. Et puis... Je crois qu'ils s'appréciaient. Il n'aurait pas enlevé une amie, ce n'est pas son genre.
-Et comment tu peux le savoir ?
-Je suis lui ! »
Ca le tuait qu'ils puissent soupçonner son Simili, ne serait-ce qu'un instant. C'était comme de l'accuser lui : absurde. Oh, évidemment, Roxas était une personne à part entière, avec une personnalité très différente de la sienne, mais... Il le connaissait. Malgré le peu de temps où ils avaient pu dialoguer, il savait.
« Kairi, intervint doucement Lea, je suis plutôt d'accord avec lui. Je n'ai jamais rencontré Roxas en personne, mais les souvenirs d'Axel m'ont renseigné, et c'est pas un mauvais type. Colérique, sombre, ouais, mais il est droit dans ses bottes. Enfin, à moins que...
-Que ?
-Que Xehanort ne l'ait eut, lui aussi. »
A la mention de Xehanort, les muscles de Sora furent parcouru d'un horrible frisson.
Kairi baissa les yeux au sol, résignée, et admit avec réticence :
« Il avait les yeux bleus, hier...
-Ca règle le souci, trancha Riku. On enquêtera sur Roxas, mais plus tard, après avoir retrouvé Naminé. Pour ce qui est du reste, on a Xehanort, évidemment. Ienzo, si ça se trouve... Je ne vois personne d'autre qui pourrait lui vouloir du mal.
-Néo. »
Tout le monde se tourna vers la jeune fille, si bien qu'elle fut contrainte de s'expliquer.
« Néo, il... Ah, comment dire ça ? Il était un peu amoureux de Naminé. Je n'ai jamais trop aimé sa manière de la regarder. Je ne dis pas que c'est lui ! Seulement...
-Tu ne peux pas dire ça, enfin ! protesta à nouveau Sora. Néo est notre ami. Tu ne penses plus rationnellement, Kairi. »
Riku grimaça comme après avoir mordu dans un citron.
« Pas sûr, marmonna-t-il. Néo a été créé à partir de ma personnalité, quand j'étais adolescent. Et il faut l'avouer... J'étais un sacré enfoiré.
-Oh, bon. Mais à ce point-là ? J'pense pas !
-Aucune idée. Il a vécu ses propres expériences, aussi, et ça l'a peut-être rendu encore plus con que moi, qui sait ? Ou l'inverse. Le souci, c'est qu'on ne sait pas. On le connaît pas vraiment. Je l'ajoute à la liste. »
Ils se mirent d'accord sur les Mondes les plus susceptibles de correspondre à leurs suspects, ainsi que sur le fait qu'ils rayaient définitivement Illusiopolis de leur liste.
Et puis ce fut l'heure pour Kairi, Lea et Riku de s'en aller. Sora, les yeux protégés par l'ombre de sa main en visière, regarda les trois vaisseaux s'envoler et soupira, le cœur lourd.
Il ne pourrait pas aider, cette fois.
Il se souvint, saisi par une bête nostalgie, de l'époque où il pensait être le seul, l'Elu de la Keyblade, et où le sort des Mondes reposait sur ses épaules.
Oh, il préférait la situation actuelle, évidemment ! Il se sentait bien moins seul qu'autrefois. Sauf que, parfois, il se sentait... un peu inutile ? S'il disparaissait, l'univers continuerait de tourner.
Un peu abattu, il se demanda vaguement s'il allait rendre visite à Aqua. Mais son aînée ne paraissait pas très encline à voir du monde, alors sans doute fallait-il la laisser tranquille pour le moment.
La tête basse, il regagne sa chambre, prêt à s'ennuyer à mourir.
