Argh. Pardon, ça fait un mois que je n'ai pas posté. Pour ma défense, j'étais en période de révision (je viens de finir mes exams aujourd'hui, d'ailleurs, ahah, je suis morte...). Ca fait aussi super longtemps que j'ai pas écris, du coup, ça me manque beaucoup (on risque de me voir traînouiller du côté du fandom de FFXV d'ailleuuuurs... *sifflote *).

J'aime beaucoup ce chapitre, personnellement. Vous me direz ce que vous en pensez ! ;)

Un grand merci à Grey pour sa review.

Bonne lecture !


23. Répit

Xion observait la neige tomber par l'une des fenêtres du long couloir un peu sombre. Cet épais blizzard contraignait toute la ville à s'abriter chez soi, couverture aux épaules, et à attendre la fin de la tempête. Dehors, les branches des arbres nus se balançaient en sifflant, comme furieux. C'était joli, et un peu triste – mais dans le bon sens, pour peu qu'il y en ait un.

Elle avait appris que les hivers d'Arendelle n'atteignaient cette extrémité que depuis quelques temps, lorsque la reine Elsa avait enfin révélé ses pouvoirs au grand jour, l'année de son couronnement. En contrepartie, les étés étaient toujours aussi doux qu'autrefois, paraissait-il. Un climat à deux faces, à l'image du cœur de chacun.

Des pas hésitants raisonnèrent derrière Xion, puis s'arrêtèrent derrière elle, à quelques pas. Silence. Son interlocuteur, hésitant, semblait attendre qu'elle se retourne.

Bien. Qu'il attende.

Elle soupira silencieusement, formant une mince pellicule de buée sur la vitre, puis attendit qu'elle disparaisse. L'autre derrière elle ne broncha pas.

« Qu'est-ce que tu veux, Néo ?

-Tu t'en doutes, non ? lui répondit une voix penaude. M'excuser, évidemment... »

Xion ferma les paupières, se focalisant sur le bruit du vent dans la neige et la présence de Néo à ses côtés. Elle se sentait étrangement calme, aujourd'hui. Concentrée.

Evidemment, qu'elle ne demandait qu'à lui pardonner sa conduite de la veille. Ce n'était rien, après tout. Elle ne lui en voulait pas.

Pas pour son emportement, en tout cas.

« C'est juste... commença-t-elle avant de s'interrompre, cherchant ses mots. Je pensais qu'on devait tout se dire, à partir de maintenant. C'est peut-être bête de ma part. »

Elle détestait le ton sa voix. Elle détestait comme elle sonnait blessée en cet instant, alors qu'elle cherchait juste à lui expliquer... Ah, sans doute avait-elle sous-estimé sa propre peine ?

« Non... C'est pas si bête. J'pense pas.

-Je n'aime pas quand tu te renfermes, poursuivit-elle sur sa lancée. Et je crois que tu n'aimes pas ça non plus. Ca te rend susceptible et agressif. »

Un silence. Un petit :

« Désolé...

-J'essaie juste de te comprendre, Néo. Est-ce que je me mêle de ce que je ne devrais pas ? »

A nouveau, un temps mort, une hésitation, comme un flottement.

« Ce n'est pas que je ne veux pas... hésita le garçon. Au contr- Bon, écoute, je suis paumé en ce moment. Je ne peux pas t'expliquer des choses que je ne sais pas. »

Elle rouvrit les yeux, un peu peinée. Oui, en effet, il n'avait pas tort...

« Je peux t'aider. C'est à ça que servent les amis, non ?

-Pas pour ça, Xion. J'me trompe peut-être. J'pense pas. Il y a des trucs dans la vie qu'il faut comprendre seul, non ? »

Vrai. Trop vrai. Elle en savait quelque chose, elle qui avait caché à Axel et Roxas ses tourments, ses dilemmes, sa décision finale... Elle n'aurait rien pu leur en dire, jamais. Parfois, elle regrettait. Pourtant...

De la fausse glace se mit à ramper le long de la fenêtre, en jolis éclats argentés. Elle fronça les sourcils.

« Je suppose, céda-t-elle. Excuse-moi.

-Je t'ai laissé du temps, est-ce que tu peux m'en laisser aussi ? »

Elle eut l'impression que des tas de non-dits passaient entre eux, dont elle ne saisissait pas encore l'essence. Sans doute comprendrait-elle en temps voulue. Chaque amitié était différente, non ? Elle ne ressentait pas pour Néo ce qu'elle avait pu éprouver pour Axel ou Roxas, et inversement.

Elle se tourna enfin vers lui. Son regard ne fuyait pas, pour une fois. Alors elle sourit, parce que cette vision lui réchauffait le cœur.

« Bien sûr que oui. »


« Lumaria, sais-tu ce qu'est Kingdom Hearts ? »

L'ancien assassin haussa les sourcils et releva les yeux de son livre. Mélodie lui apprenait à déchiffrer les lettres. Son orgueil le poussait à s'attaquer à des ouvrages encore trop compliqués pour lui, aussi fronça-t-il les sourcils lorsqu'elle lui présenta un recueil de contes pour enfants.

« Kingdom Hearts ? Non, je n'en ai jamais entendu parler, je le crains. »

Elle en sembla contrariée, mais fit de son mieux pour le dissimuler.

« C'est tout naturel. Il s'agit d'une légende oubliée. Veux-tu lire ceci, s'il te plaît ? Il est temps que je te révèle certaines choses. »

Malgré sa perplexité, Lumaria saisit doucement le livre et l'ouvrit à la première page, obéissant. Il ne ferait jamais rien pouvant contrarier sa dame.

Jadis, la paix régnait et les peuples vivaient dans la chaleur de la lumière.

Tout le monde aimait la lumière.

Mais les gens ont commencé à se battre pour se l'approprier.

Et les Ténèbres sont apparues dans leur cœur.

« C'est une belle histoire, commenta distraitement Lumaria. Mais je ne vois pas... »

Mélodie lui saisit doucement la main. Une chaleur rassurante se propagea sur sa peau. Elle le regardait dans les yeux, sincère, comme d'ordinaire.

« Nous vivons dans l'un des Mondes fragmentés dont il est question à la fin de cette légende, Lumaria. Tu me fais confiance, n'est-ce pas ?

-Bien sûr, répondit-il sans hésiter. Cependant, j'avoue ne pas comprendre. »

Elle lui raconta tout ce qu'il y avait à savoir sur ce lieu, le Coeur des Mondes, qui abritait la Lumière, mais aussi les Ténèbres. Elle lui raconta la Guerre des Keyblades, et comme le monde était lumineux et pur avant cela. Elle lui conta les choses, comme si elle en avait été témoin.

Il fit de son mieux pour encaisser. Il la croyait, mais cette histoire, aussi belle soit-elle, bouleversait ses convictions. Finalement, lorsqu'il put prendre la parole, ce fut pour poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Et vous, dans tout cela, ma dame ? Qui êtes-vous, au juste ? »

Elle se mit à sourire mystérieusement et sa main quitta la sienne.

« Je te laisse digérer ces informations. Le reste sera pour plus tard. »


L'entente entre Néo et Xion se rétablit naturellement. Eux et Zack continuaient de prendre leur repas avec les soldats, puis à vaquer à leurs occupations, que ce soit ensemble ou avec le couple princier. Personne n'évoquait plus le sujet du départ des trois étrangers, pourtant l'idée ne cessait de tarauder Xion.

Elle ne souhaitait pas imposer leur présence plus que nécessaire. Néanmoins, elle ne parvenait pas à faire part à quiconque de cet état de fait. Elle espérait que quelqu'un d'autre se fasse la remarque qu'ils auraient déjà dû s'en aller depuis longtemps.

Et en même temps, elle ne voulait pas vraiment partir... Elle ne se sentait juste pas à l'aise avec sa conscience, de profiter de ces gens et d'abuser de leur bonté en séjournant au château plus que nécessaire, sans rien leur offrir en retour.

Ce fut au sortir de ces réflexions, à la cantine des gardes, que Xion entendit deux soldats mentionner des troubles au nord d'Arendelle. Sans le vouloir, elle tendit l'oreille.

« Des bandits de grand chemin, apparemment ! Sauf qu'avec l'hiver, ils ont pas grand-chose à s'mettre sous la dent, côté voyageurs, tu vois ?

-Alors ils s'en prennent aux villages sans défense pour compenser ?

-Bah, même les racailles doivent manger, j'imagine.

-En attendant, ce s'ra à nous de s'y coller ! Avec les chevaux, par ce temps ! Quelle purge.

-Y'aura des blessés, c'est sûr. »

Xion passa le reste du repas à imaginer des scénarios où elle allait elle-même traquer ces bandits et les amenaient à la reine Elsa, en gage de sa reconnaissance. Aurait-elle davantage de chances que la garde d'Arendelle, à elle seule, à pied, avec rien qu'une épée ordinaire et sa magie ?

C'était plaisant à imaginer.

L'après-midi, elle arpenta les alentours du château avec Néo. Pour l'heure, il ne neigeait plus, mais la poudreuse encore naissante cachait des plaques verglacées qui, parfois, manquait de les faire glisser – ce qui ne manquait pas de faire rire Xion et râler Néo.

Le soir, ils rentrèrent avec des flocons de neige accrochés dans les cheveux et se séparèrent à une intersection, sachant qu'ils se retrouveraient au dîner.

Rien de négatif n'était arrivé ce jour-là, mis à part quelques glissades. C'était donc cela, la paix ? Xion ne se souvenait pas avoir jamais ressenti une telle chose. Il lui semblait qu'elle flottait jusque sa chambre.

A l'angle d'un couloir, la reine Elsa apparut, bien plus proche que la bienséance ne l'aurait voulu, les faisant sursauter toutes les deux. Xion s'éloigna d'un bond, confuse.

« Oh, je vous demande pardon, votre Majesté ! Je ne vous avais pas vue ! »

Durant un moment, elle crut voir l'ébauche d'un sourire amusé sur le visage de la reine, avant que celle-ci ne pince les lèvres d'un air contrarié.

« Ce n'est rien, affirma-t-elle avec raideur.

-Hum... »

La jeune fille laissa le passage libre, mais l'autre femme ne semblait pas vouloir bouger. Son regard posé sur elle, indéchiffrable, finit par la mettre mal à l'aise.

« Je vous ai vu participer à l'entraînement, il y a quelques jours, finit par avouer la reine d'un ton plutôt sec.

-Ah... »

Etait-ce si mal que ça ? Peut-être leur en voulait-elle de perturber l'apprentissage de ses guerriers ?

« Vous et vos amis combattez avec bravoure. Oserais-je vous demander où vous avez appris à manier ainsi l'épée ? »

Quels idiots ils avaient été, de se donner en spectacle ainsi ! Evidemment, que quelqu'un finirait pas trouver ça étrange ! Entre ça et l'empoisonnement de Zack, qu'ils n'étaient toujours pas parvenus à expliquer à leurs hôtes...

Mal à l'aise, elle remua un peu, ne sachant que faire de son regard, de son corps, ou même que dire devant la méfiance d'Elsa.

« Je ne sais comment il en est dans le royaume d'où vous venez, poursuivit la reine, mais ici il n'y a que deux types de personnes qui portent les armes. Les soldats... et les criminels.

-Je... »

Etre soupçonnée par cette femme qui avait gagné son respect et sa sympathie blessait Xion plus qu'elle ne saurait le dire. C'était logique, néanmoins.

En désespoir de cause, elle ne réfléchit pas avant de poser un genou à terre, s'agenouillant là, au beau milieu du couloir, et débita les paroles sans y réfléchir.

« Ma reine, je ne puis vous expliquer le passé de mes camarades ou le mien, pour la bonne raison que vous ne me croiriez pas. Il est vrai que nous avons abusé de votre hospitalité, mais jamais de votre confiance, je le jure. Ce midi, j'ai entendu des soldats parler de bandits qui terrorisaient les villages voisins. Je vous en prie, laissez-nous nous en charger, afin de prouver notre bonne foi et pouvoir ainsi vous rendre la bonté dont vous avez fait preuve à notre égard. »

Alors seulement, elle prit la peine de respirer, ainsi que de s'étonner d'avoir si rapidement acquis le registre de discours de la cour. Il y eut un silence, puis :

« Allons, relevez-vous, soupira doucement Elsa. Vous n'êtes pas l'un de mes sujets. »

Lorsque que Xion leva les yeux vers elle, elle vit que son visage se radoucissait.

« Je ne vais pas vous mentir, Xion, j'ai eu énormément de doutes à votre égard. Néanmoins, vous ne semblez pas être une mauvaise personne. C'est d'accord, j'accepte votre requête. Je vous attendrais en salle du trône demain matin, avec vos compagnons.

-Ma dame, je ne saurais exprimer le soulagement... »

Mais Elsa la stoppa d'un sourire.

« Assez de cela. Nous nous verrons demain. »

A présent, songea Xion en regagnant sa chambre pour se changer avant le dîner, il ne lui restait qu'à convaincre Néo et Zack.

Elle espérait juste qu'ils ne fassent pas de difficultés.


« Quel âge avez-vous, ma dame ? »

La dame en question était assise au milieu des fleurs, dans la roseraie.

« Sais-tu, Lumaria, qu'il n'est pas poli de demander son âge à une femme ? questionna-t-elle, amusée.

-Et j'en suis navré, répliqua-t-il d'un ton sérieux. Seulement, vous comprendrez que la situation l'exige. »

Cela eut le mérite de la faire rire.

« Il y a beaucoup de choses que tu as déjà comprises par toi-même, Lumaria. Je ne me rappelle pas de mon âge exact, mais je suppose que ce n'était pas tout à fait ce que tu voulais savoir. »

La fascination qu'elle exerçait sur lui ne s'était pas tarie, mais Lumaria avait appris à la canaliser, à ne pas se laisser distraire. Il avait également appris à la comprendre, en partie, et ce grâce aux vieilles légendes.

Mélodie irradiait la Lumière, plus que tout autre chose, plus que quiconque. Alors, s'était-il dit, peut-être était-elle la Lumière incarnée... Peut-être...

« Racontez-moi la vérité, je vous en supplie.

-Oh, Lumaria... Ce sera aussi douloureux pour moi que ça l'a été pour toi de me conter ton passé. »

Il s'en doutait. Voilà pourquoi il avait hésité tant de temps. Qu'aurait-il fait, si ses questions avaient offensé sa dame ?

Pour preuve de sa bonne foi, il mit un genoux à terre devant elle et courba l'échine.

« Ma dame...

-Chut... »

Il sentit une main se poser sur son front. Et puis, les sensations déferlèrent en lui comme un ouragan.


La naissance, dans ce lieu baigné par la Lumière. La ressentir partout, en toute chose, jusqu'à ne même plus y prêter attention.

Et puis, les Ténèbres, s'immisçant dans les cœurs et dans le monde. Le dégoût, la peur. La honte, de côtoyer une telle ignominie.

Un équilibre.

Non ! Se battre pour les exterminer, à tout prix. Bec et ongles. Une bataille sans fin. Et pendant ce temps sur Terre, la même guerre faisait rage.

Ca suffit.

Et la disgrâce, enfin. La rage, face à la puissance calme de son créateur.

La Chute.

En bas, les Mondes se reconstituaient, morcelés, grâce à la Lumière, pansaient leurs plaies. Mais là-haut, le Kingdom Hearts en avait décidé autrement.

Alors, elle se débattit, avec toute la force qu'Il lui avait donné, se cramponna à tout ce qu'elle possédait – ses pouvoirs, son foyer, son Maître – en vain.

Elle se réveilla sur l'un des Mondes nouvellement formés, empli de Lumière, mais aussi de Ténèbres.

Trahie et meurtrie, elle se releva et avança. Elle ne ressentait pas de haine pour son créateur, ni pour les Hommes, dont le cœur se laissait souvent gagner par l'obscurité.

La vengeance ne l'animait pas. Mais la justice, oui. Ils devaient payer, tous autant qu'ils étaient. Ainsi que le Kingdom Hearts, désormais corrompu...

Sur les cendres de l'ancien monde, elle en bâtirait un nouveau, radieux.

Mais ses pouvoirs diminuèrent.

Pas tout de suite, pas de façon perceptible, mais au fil des années, des siècles. Un beau jour, elle fut incapable de se déplacer d'un Monde à l'autre comme autrefois.

Emprisonnée dans une terre si étroite...


Lumaria tressaillit.

Les yeux désormais grands ouverts, le cœur battant à tout rompre, il tentait d'encaisser les souvenirs que Mélodie venait de lui transmettre.

« Tu comprend, n'est-ce pas, Lumaria ? » questionna-t-elle d'une voix douce.

Il ne répondit pas tout de suite. Ainsi donc, elle aussi avait été délogée de sa place légitime par quelqu'un de plus haut placé, hein ? Le constat le fit sourire.

« Je comprend ce que vous avez ressenti, ma dame, déclara-t-il en se relevant. J'ai déjà éprouvé ces sentiments qui vous animent. Je les ressens encore... »

Mélodie lui tourna le dos, digne comme toujours. Elle commença à raconter, bien que Lumaria vienne d'y assister :

« Je suis née à l'intérieur du Coeur des Mondes, en tant qu'incarnation de la Lumière. Les terres étaient encore unies et pure. Et puis, durant la Guerre des Keyblades, les Ténèbres sont apparues, jusqu'au sein même du Kingdom Hearts. Je les aies combattu, évidemment... Mais Kingdom Hearts m'ordonna d'arrêter. Selon lui, un nouvel équilibre devait naître, entre la nuit et le jour. »

Elle un petit rire sec, empli d'amertume.

« Vous n'avez pas obéi...

-Je ne pouvais m'y résoudre. Cette abomination s'insinuait partout, à l'ombre de ma splendeur ! C'est pour cela qu'ils doivent payer... Tous ces suppôts des Ténèbres... Et tous ceux qui les tolèrent. »

Alors, Lumaria alla décrocher la rose la plus parfaite du rosier le plus blanc, et la lui offrit, tout simplement. En gage de sa fidélité.

« Et ils paieront, ma dame. Ma reine. »


Néo détestait la neige. Elle s'insinuait dans ses bottes, s'accrochait à ses doigts de pieds et les engourdissait à tel point qu'il les croyait disparus. Il avait entendu de terribles histoires de la part des soldats, à propos d'orteils devenus noirs et gelés, qu'il avait fallut couper. Cette perspective ne l'enchantait guère.

Ils marchaient depuis ce matin, sans que personne ne se plaigne – et il ne serait pas le premier, plutôt mourir ! Personne ne semblait vouloir s'arrêter cependant, ni Zack ni Xion.

Cette dernière, d'ailleurs, paraissait plus déterminée que jamais.

Il y avait deux jours de cela, elle était venue au dîner leur parler de bandits et de devoir envers Arendelle, qui les avait si bien accueillis. Néo avait été d'accord avec elle, ce qui avait paru surprendre la jeune fille.

Mais il se sentait bien au château, alors il voulait rendre service à la famille royale. Et puis, une bonne vieille bataille ne lui ferait pas de mal.

En revanche, la neige, ça, il n'aimait pas trop.

Un jour entier de trajet, paraissait-il, jusqu'à atteindre la zone victime des pillages. A supposer qu'ils disposent rapidement du problème, ils rentreraient à Arendelle d'ici trois jours.

« Hey, fit soudain Zack en extirpant sa chaussure de la poudreuse. Vous pensez qu'elle va nous offrir quoi, la reine, pour avoir vaincu ces bandits ?

-Rien du tout ! s'offusqua Xion. On le fait pour les remercier, elle et Kristoff et Anna. C'est suffisant, non ?

-Ah, oui, oui, bien sûr ! acquiesça l'autre. Je m'demandais juste.

-Ils ont été si gentils, reprit la jeune fille plus doucement. Ils ne nous demandent même pas de partir, alors que...

-Ah, oui, ça... C'est vrai, j'avais presque oublié. »

Néo quant à lui, garda le silence. Rien que de penser au départ, à reprendre la route, sans savoir de quoi demain serait fait, s'ils seraient pourchassés par un fou taré ou non...

Et oui, il aimait l'aventure, mais là, rien que d'y penser, il se sentait épuisé, las.

Il aurait préféré que le sujet ne soit pas abordé.

« Enfin, reprit alors Zack, il faut bien qu'on rentre à la maison, non ?

-La maison... » répéta Xion d'un air triste.

Néo savait à quoi elle pensait. Seul Zack possédait un endroit où retourner. Eux deux, les clones, personne ne les attendait nulle part.

« Ouais, c'est super, d'être ici, mais il faut que je retourne au Colisée pour devenir un vrai héros ! J'ai appris plein de choses utiles, ici. »

Ah, oui, et lui aussi allait les abandonner, hein ? Le clone en nourrissait des sentiments contradictoires. Zack allait lui manquer, sans aucun doute. Il le considérait presque comme un ami, après tout ça.

D'un autre côté, parfois, sa présence l'agaçait, parce qu'il aurait aimé se retrouver seul avec...

Il grimaça. Non. Pas de ça. Ca n'existait pas. S'il refusait d'y croire, ou même de nommer cette chose, ça n'existait pas, et peu importait ce que la douleur dans son abdomen avait à y redire.

Et pourtant, son regard ne cessait de s'attarder sur elle.


Quatre jours plus tard, tard dans la nuit, Xion sortit de la salle de repos des gardes, pensive.

Il s'était passé tellement de choses !

La veille, ils s'étaient présentés devant la reine, accompagnés de quatre bandits ficelés comme des jambons, qui avaient ensuite rejoint les cachots du château.

Et suite à cela, la reine avait fait une proposition.

« Vos talents à tous les trois sont indéniables, ainsi que votre loyauté, avait-elle décrété en les regardant un à un dans les yeux. Ce serait un honneur pour moi de vous compter parmi les membres de ma garnison... A condition que vous soyez d'accord. »

En son cœur, Xion connaissait déjà la réponse qu'elle voudrait donner. Alors, elle s'était tournée vers ses coéquipiers avec appréhension – s'ils ne s'avéraient pas emballés par l'idée, elle déclinerait également et ils s'en iraient. Elle n'eut pas besoin de demander à Néo son avis, car le sourire qu'il tentait de dissimuler parlait pour lui. Mais elle avait peur pour...

« Zack ? »

Lui aussi souriait, de toutes ses dents.

« Et comment qu'je suis partant ! C'est génial ! »

Sa réponse contrastait tellement avec celle donnée quelques jours plus tôt que Xion ne put s'empêcher de protester :

« Et le Colisée ? Et ton rêve ?

-Ah ! C'est bon, t'en fais pas pour ça ! »

Et il s'était mis à faire des étirements au beau milieu de la salle du trône, fidèle à lui-même. Xion n'insista guère, mais quelque chose clochait dans son attitude.

A présent, il était encore en train de faire la fête avec les gardes. Il risquait de ne pas être très frais pour son premier jour de travail.

Il était tard et il faisait froid, mais Xion ne voulait pas rejoindre sa nouvelle chambre tout de suite. Anna leur avait annoncé, avec une certaine gêne dans la voix, qu'ils ne pourraient pas conserver leurs chambres d'amis luxueuses, étant donné leur nouveau statut, mais cela convenait parfaitement à Xion. Un lit simple, une table de chevet assez grande pour y poser une chandelle, quelques rangements, il ne lui fallait pas plus.

Toutes à ses réflexions, elle repassa par l'intérieur du château, grimpa tous les escaliers quatre à quatre et atterrit avant de s'en rendre contre sur les remparts. De là-haut, elle pouvait contempler la ville endormie, à la lueur de la lune qui se reflétait sur la neige. On entendait encore les voix bruyantes des soldats, qui fêtaient leurs nouvelles recrues.

Sa maison, désormais.

Elle soupira. Pourquoi se sentait-elle si mal à l'aise ? Elle en rêvait depuis si longtemps ! Un endroit où elle se sentirait bien, où elle pourrait rester indéfiniment, entourée de gens qu'elle aimait.

Il lui semblait qu'il en manquait deux à l'équation. Un qui l'avait oublié et l'autre qui ne reviendrait jamais.

Elle y pensait toujours, et y repenserait jusqu'à la fin de sa vie, sûrement. Est-ce que cette douleur ne s'en irait jamais ?

Soudain, elle aperçut une tâche sombre qui s'échappait de la salle des gardes, les mains dans les poches et le nez emmitouflé dans une écharpe qui aurait été bleue à la lumière du jour. Cette vue la sortit un instant de ses pensées sombres. Elle l'appela.

« Néo ! »

Le visage du jeune homme se leva vers elle sans qu'elle puisse lire son expression, à cette hauteur. Elle lui fit signe de venir la rejoindre, et il s'engouffra dans le château. Quelques minutes plus tard, il apparut à ses côtés, essoufflé d'avoir monté tant de marches et frissonnant de froid.

« T'es folle ! s'exclama-t-il en frottant ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer. On se les pèle, ici. »

Elle rit.

« Mais la vue est plutôt chouette. Regarde, on voit la ville ! Et aussi le lac gelé. »

Il vint se placer à ses côtés, accoudé à la rambarde de pierre. Bientôt, ils feraient des rondes sur ce rempart quotidiennement.

« Alors comme ça, on est des soldats d'Arendelle, maintenant, hein ? soupira Néo.

-Oui. Apparemment.

-Tu regrettes ?

-Non. Et toi ?

-Non, dit-il. Mais... »

Il hésita, baissa la tête. Xion se tourna vers lui et vit qu'il pinçait les lèvres.

« Quelque chose ne va pas ?

-C'est juste... C'est con, mais, je pensais que ce serait un nouveau départ, tu vois ? Qu'on ferait table rase. Mais où qu'on aille, on s'emmène avec soi, pas vrai ?

-Hum...

-Ah, laisse tomber.

-Non, je vois ce que tu veux dire, protesta doucement Xion. Quoiqu'on fasse, ce qu'on a été nous poursuivra, j'imagine...

-C'est pas juste. »

Alors, lui aussi le ressentait, hein ? D'un coup, Xion se sentait moins seule. Toujours triste, cependant, mais moins désespérée.

Etait-ce l'heure tardive qui dénouait la langue de Néo, ou leur nouvelle situation, ou une douleur gardée trop longtemps pour lui seul ? Il continua avec colère :

« C'est pas juste, on a pas demandé à vivre tout ça ! Des fois j'me sens bien, puis tout à coup je repense à avant, à des détails, et ça tourne en boucle dans ma tête. C'est impossible de s'en débarrasser et chaque jour j'me demande quand ça va passer, quand est-ce que j'oublierai tout ça et puis je me rend compte que j'peux pas ! Ca fera toujours aussi mal et c'est pas juste. »

Et elle ne put que répondre :

« Je sais. Moi aussi. »

La souffrance passée ne s'en irait pas. Si ça se trouve, elle s'atténuerait, ou ferait surface plus rarement, mais il y aurait toujours des moments...

D'un autre côté, elle n'aurait pas vraiment voulu oublier. Les bons, comme les mauvais moments. Les réunions en haut de la tour, ou les disputes, ou les combats, les non-dits, l'Organisation, tout ça faisait partie d'elle.

Parfois, c'était insupportable.

Elle se risqua à une question, par pure curiosité, s'attendant presque à ne rien en tirer. Mais puisqu'on en était aux confidences...

« Tu es toujours amoureux d'elle ? De Naminé ? »

Un silence. Elle fixait l'horizon, lui le muret de pierre. Enfin :

« Non. Non, j'suis quasi sûr que non. Pourtant, c'est bizarre, quand j'y pense, ça fait mal. Pas comme avant. Avant, ça brûlait. Là, c'est juste... J'suis un peu paumé.

-Sur ce point, je ne peux pas t'aider, soupira Xion. C'est pour ça que tu t'es emporté, l'autre jour ?

-On va dire ça » marmonna son ami.

Se rendant compte qu'elle le mettait mal à l'aise, elle n'insista pas, malgré sa curiosité.

L'amour, hein ? Ce sentiment restait un mystère pour elle, qui ne connaissait que différentes formes d'amitiés, ainsi que le lien étrange et chaleureux qui l'unissait à Sora et Roxas. Si ça se trouvait, elle ne le reconnaîtrait même pas s'il frappait à sa porte, l'amour. Elle ne savait pas ce que ça faisait.

Peut-être devrait-elle demander à quelqu'un qui en souffrait moins que Néo. Anna et Kristoff, par exemple ?

Elle bailla et chassa ces réflexions de son esprit. Sans doute serait-il temps de regagner sa chambre. Elle regrettait juste que celle-ci ne se trouve plus à côté de celle de Néo. C'était rassurant, de se dire qu'une présence familière se trouvait de l'autre côté du mur.

« Faut qu'on aille dormir, j'crois, fit remarquer son ami. Regarde, même Zack va se coucher.

-Pas tout seul, heureusement, souffla-t-elle en voyant la silhouette de son ami ivre mort se faire à demi-porté par un soldat qui ressemblait à Laguna.

-J'avoue.

-Eh, Néo ? »

Elle se tourna vers lui.

« Ca m'a fait plaisir de parler avec toi. »

Il évita son regard.

« Ah, euh, moi aussi.

-Tu n'as pas l'air convaincu.

-Si, si ! C'est juste... Hum. Bonne nuit, Xion. »

Il souriait.

« Bonne nuit. »