Hey ! Je préfères vous prévenir, il se passe BEAUCOUP de choses, dans ce chapitre (ça change, hahahah).
J'espère que vous accrochez toujours autant. Parfois, je me demande si je fais vraiment les bons choix scénaristiques. Enfin, bon, le mal est fait... *sifflote*
Bonne lecture !
25- Tragédies
Les jours, les années passèrent, et Lumaria ne vit pas l'ombre d'un changement dans leur quotidien.
Mélodie promettait de belles choses, dont elle semblait convaincue de la véracité.
« Lorsque nous sortirons d'ici... Lorsque je retrouverai mes véritables pouvoirs... Nous trouverons un moyen, tu verras... »
Lumaria ne pouvait que la croire, mais l'espoir s'amenuisait en son cœur. Il ne pouvait faire part de ses doutes à sa dame, cependant. Que dirait-elle de son manque de foi ?
Plus le temps s'écoulait, plus les pouvoirs de Mélodie s'amenuisaient, elle le lui avait dit. Même voyager entre les Mondes s'avérait impossible pour elle depuis des décennies... Alors comment comptait-elle récupérer sa puissance d'autrefois et s'opposer aux Ténèbres ?
Un jour, une légende présente dans l'un des livres d'enfants interpella Lumaria.
« La pierre de lune... Mélodie, sais-tu de quoi il s'agit ? »
Elle lui lança un regard las.
« Oui... Cette relique m'appartient. C'est un morceau du Kingdom Hearts que j'ai arraché dans ma chute.
-La légende lui prête des pouvoirs incommensurables.
-Je vois où tu veux en venir, Lumaria. La pierre de lune se trouve sur un autre Monde, malheureusement. Autrefois, je pouvais la sentir, mais j'ai perdu sa trace à présent.
-Et si tu retrouvais cette pierre, pourrais-tu...
-Récupérer mes pouvoirs ? Pas tout à fait, mais ce serait un excellent début. Il est inutile de parler de tout cela. »
Et elle s'éclipsa, laissant Lumaria seul dans le jardin. L'assassin soupira, peu fier de sa maladresse.
Il l'avait offensée...
Docilement, l'âme présente dans l'arbre hanté quitta son réceptacle, happée par la paume de métal d'Ienzo, qui referma les doigts sur elle, un rictus franchissant la barrière de ses lèvres.
Ca avait été facile, cette fois-ci.
Au début de son apprentissage, il ne parvenait même pas à percevoir les âmes, et encore moins à les faire lui obéir. Lorsqu'enfin, après plusieurs semaines d'intenses efforts, il y était parvenu, ça n'avait été qu'au pris de violentes fièvres qui lui avaient laissés quelques séquelles. Mais après tout, peu importe son visage creusé et sa peau plus translucide que pâle, s'il était enfin capable de manipuler cette puissance !
Cela étant dit, il ne s'agissait que du début de ses recherches.
A présent, il était fin prêt.
A côté de lui, ce rat de Facilier se mit à applaudir.
« Magnifique, mon seigneur, vous progressez à une vitesse impressionnante !
-Pas grâce à vous, Docteur, le tança amèrement le scientifique.
-Je vous l'ai répété maintes fois, hélas, soupira le sorcier dont l'air poli dissimulait mal sa fureur. Sans pacte avec l'Au-Delà, il est déjà miraculeux que vous puissiez-
-Miraculeux, répéta Ienzo en riant. En effet, mais mon existence même relève déjà du miracle. Sans doute l'avez-vous déjà compris.
-Cela va de soi, mon seigneur. »
Le sorcier ravalait vite sa fierté, lorsqu'il s'agissait de lécher les bottes du plus fort, mais il ne parvenait pas tellement à masquer sa rancoeur. Ou du moins, pas à Ienzo. Il voyait bien ce qui se cachait derrière le ton mielleux du sorcier vaudou : peur et haine.
Dire qu'il l'avait suivi de son plein gré, au départ !
Ienzo observa son propre bras mécanique, savourant la puissance qui s'en dégageait. Déjà dix âmes en faisaient partie intégrante, remuantes, empêtrées entre les atomes de matière, pour l'éternité s'il le désirait. Il plia, replia les doigts, sourit.
Derrière lui, Even se leva, las de rester amorphe à contempler leur discussion de loin.
« Cela veut-il dire que l'on peut enfin quitter ce Monde sordide ? questionna-t-il avec mauvaise humeur.
-C'est une excellente question. Dites-moi, Docteur, me pensez-vous arrivé au terme de ma formation ?
-Eh bien… hésita le sorcier, c'est difficile à dire. Vous ne m'avez jamais dit ce que vous souhaitiez accomplir exactement avec ce pouvoir, après tout. »
Il tentait de gagner du temps, se doutant peut-être du sort lui étant réservé au bout du compte. Tout son être suintait la terreur. Sans doute essayerait-il de fuir au premier moment venu. Ou pire, de le trahir.
« Suis-je devenu aussi puissant que vous ? demanda Ienzo.
-Eh bien, vous n'avez pas réalisé de Pacte avec l'Au-Delà... De plus, cela requiert des années pour…
-Je vois. » coupa-t-il sèchement.
Et puis, les Ténèbres de son coeur demeuraient trop épaisses, empestaient trop pour qu'Ienzo puisse le supporter un jour de plus que nécessaire.
« En ce cas, poursuivit-il, je pense que nous allons mettre fin à notre séjour ici.
-Pas trop tôt » pesta Even dans ses dents.
Facilier se fendit d'un sourire tordu, hésitant.
« Magnifique, seigneur ! Quelle est notre prochaine destination ? »
Ienzo le darda d'un regard tel que Facilier comprit, rien qu'en le regardant.
Ses yeux s'écarquillèrent, son visage se déforma d'horreur.
« Ah, Docteur, j'ai bien peur que vous ne fassiez pas partie du voyage. »
Facillier recula d'un pas, émit un grand rire grinçant, discordant.
« Ah ! Bien sûr, vous plaisantez !
-M'avez-vous déjà vu plaisanter ? Mais c'est vrai. Vous venez bel et bien avec nous. Du moins, une partie de vous. »
Il avança d'un pas, le sorcier recula à nouveau, un sourire crispé plaqué sur son visage distordu. Le coeur de Ienzo resta de marbre face à la détresse évidente de son professeur de fortune. Après tout, il ne s'agissait que d'un rebut des Ténèbres, et même pas un des plus éminents.
Rien qu'une vermine.
Le sorcier eut à peine le temps de tourner les talons pour fuir qu'il fut stoppé dans son élan. Le bras mécanique du scientifique se déploya, envoya quelques fléchettes en plein coeur. Le corps s'effondra, immobile, dans la poussière de la Ville d'Halloween. Cela ne prit que quelques secondes avant que son âme souillée et rafistolée ne se sépare de son enveloppe charnelle. Ienzo tendit le bras et la récolta.
Et de onze.
Il entendit les pas hésitants d'Even.
« Pourquoi cette démonstration de cruauté ? lança sèchement son ancien tuteur.
-Cruauté ? Tu te trompes. J'ai toujours dit que j'annihilerais les Ténèbres. Je n'ai fait que contribuer un peu à ce but.
-Il nous a aidé.
-Et nous aurait trahi à la première occasion, malgré les promesses que je lui ait faites. Il avait peur, et la peur n'est pas une assurance de loyauté, bien au contraire. »
Even parvenait mal à dissimuler ses émotions, lui aussi. Néanmoins, Ienzo espérait que ce masque de mépris disparaîtrait avec le temps, lorsque son compagnon comprendrait enfin le vrai sens de tout ceci.
« A qui la faute, Ienzo ? Tu ne lui a vraiment pas donné d'occasion de se sentir en sécurité. Le nierais-tu ?
-Aurais-tu peur, Even ? »
Pas assez pour fermer son clapet, Ienzo le savait. En revanche, il ignorait s'il préférait que ce soit le cas ou non.
Il le vit déglutir péniblement.
« Non. »
En es-tu sûr ?
« Très bien. Alors, allons-y. Nous avons deux clones lâchés dans la nature à retrouver. »
La nuit suivante, le Monde bascula dans les Ténèbres. Les Ombres dévorèrent tout sur leur passage, sans se soucier des efforts de Lumaria et de Mélodie pour défendre leur domaine.
« Je ne peux pas les affronter ! C'est comme se battre contre du vent.
-N'abandonne pas ! lui cria Mélodie, les dents serrées. Je refuse de perdre une nouvelle fois face aux Ténèbres... »
Et pourtant...
Il y eut un assaut de trop, une blessure mortelle, et des griffes s'enfonçant dans son cœur. Lumaria eut un faible sourire, à travers ses lèvres teintées de rouge.
Ainsi donc, il allait finir comme cela...
Alors, cette seconde chance, ce nouvel espoir... Tout cela pour du vent ?
Oh, vraiment, quelle ironie...
Il faisait si froid.
Dans un autre Monde, un homme qui avait été Lumaria s'éveilla, confus, avec des souvenirs qui lui perçaient le crâne comme un corps étranger, s'insinuaient dans son... Non.
Rien ne battait au sein de sa poitrine vide. Rien, hormis une faible lueur, qui ne lui appartenait pas non plus, chaude et réconfortante.
A compter de ce jour funeste, il fut Marluxia, onzième membre de l'Organisation. L'assassin Sublime, qui possédait ses propres ambitions, pas si éloignées que cela de celles de son original...
Il lui fallut un long moment et plusieurs rêves sur ce qu'il avait été autrefois, avant de comprendre que Mélodie – ou son cœur, ou un ersatz d'elle – s'était réfugiée en lui, au moment où leur Monde disparaissait.
« Naminé... Tu peux te réveiller, désormais. »
Elle ouvrit les yeux sur un plafond blanc et eut envie de pleurer.
Sa poitrine se tordait de chagrin. Etait-ce elle qui ressentait cela, ou bien les bribes du rêve qui s'accrochaient encore à son cœur ? Tous ces souvenirs qui ne lui appartenaient pas, qu'elle avait vécu comme les siens propres...
Pendant combien de temps ? Cela lui avait paru durer des années. Elle se sentait plus vieille qu'elle ne l'avait jamais été.
« Naminé. »
Son nom, oui. Elle se tourna vers la voix suave de Lumaria, posté à son chevet.
En voyant les yeux brillants de l'homme et son visage empli d'une joie à peine contenue, elle sut qu'elle venait de faire quelque chose de terrible.
L'impression se confirma lorsqu'elle se redressa, qu'elle contempla la multitude de dessins pastels étalés un peu partout dans la chambre. Un jardin de roses, deux personnes, un homme et une femme, s'entretenant dans un salon luxueux...
Les larmes se mirent à couler finalement, en silence.
Voyant cela, Lumaria saisit doucement l'une de ses mains. La Simili n'eut pas la force de le repousser, malgré toute la répulsion que ce simple contact lui inspirait.
« Tu as réussi, Naminé. »
Oh, non.
« Qu'ais-je fais ? »
Elle n'était pas certaine elle-même de la façon dont ses pouvoirs avaient servi. Elle n'en avait pas eu conscience. Seuls subsistaient dans son esprit les morceaux de ces existences tragiques, qu'elle venait de vivre par procuration.
« Je t'ai cédé mes souvenirs, expliqua Lumaria en se levant. Grâce à ceux qui concernaient Mélodie, tu as pu lui rendre sa forme originelle. Vois-tu, elle n'a pas disparu totalement, après la disparition de notre Monde. L'incarnation de la Lumière ne peut être détruite. Et les ruines de ce faux Kingdom Hearts constituaient le réceptacle idéal pour sa conscience... »
Son visage se tourna vers la fenêtre ouverte. La dépouille de cette entité, qu'avait tenté de créer l'ancienne Organisation, en vain, luisait d'un éclat inexprimable, bleuté. Une aura.
Naminé n'avait aucune idée que ses pouvoirs puissent servir à une telle entreprise. La pensée la fit frémir d'horreur.
Le sourire de Lumaria se fit extatique.
« Elle ne tardera plus à s'éveiller à son tour. Toi et moi devrions l'accueillir comme il se doit, tu ne crois pas ? »
Non. Non, elle ne le voulait pas. Tout sauf ça.
Ses protestations restèrent bloquées dans sa gorge, alors que Lumaria la saisissait par le bras pour la forcer à avancer.
Ca ne pouvait pas arriver.
Naminé ne parvenait qu'à peine à imaginer les conséquences d'une telle chose. Elle avait vu la haine, elle avait ressenti ce terrible besoin d'anéantir tout ce qui était différent, la moindre petite trace de Ténèbres.
Mais cela reviendrait à anéantir le monde. A l'exception des Princesses de Cœur, chaque être, chaque chose possédait une part d'obscurité. Supprimer cela lui paraissait aussi contre-nature que les plans de Xehanort.
Et tout ceci par sa faute ?
Malgré ses tremblements, malgré les sons atténués par la panique sourde, elle entendit distinctement des bruits de pas qui claquaient derrière eux dans le couloir, puis une voix qu'elle reconnut immédiatement.
« Naminé ?
-Roxas ! »
Sans réfléchir, elle se défit de l'étreinte de Lumaria pour courir dans les bras du Simili, s'accrochant à la sensation de familiarité qui dissipa un peu l'horreur, un court instant. Roxas était là. Roxas allait bien. Après tout ce temps !
Le Simili la repoussa doucement pour toiser Lumaria avec un regard de pure haine.
« Qu'est-ce que tu lui as fait ?
-Oh, rien dont elle ne se remettra pas, siffla l'homme. Et rien qui ne lui profitera pas, au final. Après tout, elle fait partie de la Lumière. Et à compter de ce jour, nous avons gagné. »
Il souriait en disant cela. Et il se pouvait qu'il ne dégage que peu d'obscurité, mais il suintait la malveillance.
« Espèce d'ordure ! »
Ce disant, Roxas invoqua une Keyblade. Naminé l'arrêta en lui posant la main sur le bras. Son ami lui jeta un regard surpris.
« C'est inutile » expliqua-t-elle en détournant le regard.
Devant eux, Lumaria les contempla d'un regard méprisant et passablement agacé.
« Dépêchez-vous de venir, ordonna-t-il. Il ne serait pas de bon ton que l'on manque le retour de notre Reine, n'est-il pas ? »
Il lui emboîtèrent le pas.
« Naminé ? souffla Roxas au bout d'un instant. De quoi parle-t-il ?
-Je... »
Comment lui expliquer la situation ? Comment lui dire tout ce qu'il s'était produit ? Comment exprimer en mots les souvenirs de Lumaria, toutes ces émotions mêlées, qui s'accrochaient encore aux siennes propres ? Comment exprimer l'oeuvre de toute une vie, qui menait finalement à cet instant ?
« Dis-moi juste ce qui se passe ! insista-t-il. Je n'y comprend rien !
-J'ai fais une chose terrible, Roxas. Et à cause de moi, Lumaria aura ce qu'il veut... »
Et Mélodie aurait également ce qu'elle désirait, ce qui était sans doute pire encore. Bien pire.
« Lumaria ? »
Naminé reconnut assez vite la jeune femme qui se mêla à leur groupe, bien qu'elle ne l'ait jamais vue. Elle connaissait trop bien sa Simili, Larxène, pour ignorer son identité.
Elle lui jeta un regard courroucé, puis trottina jusqu'à Lumaria, qui avançait d'un pas pressé dans les couloirs de la Citadelle.
« Que se passe-t-il ici ? »
A ces mots, Lumaria éclata de rire et ouvrit les bras en grand.
« Tu te plaignais que rien n'avançait, Arlène, pas vrai ? Eh bien, regarde ! L'heure est venue ! Bientôt, nous passerons à l'action !
-T'es devenu complètement fou, asséna-t-elle avec dégoût.
-Oh, penses-tu ? Tu risques de changer d'avis très bientôt. »
Ils arrivèrent sur une plateforme en plein air, devant le feux Kingdom Hearts, qui luisait de son nouvel éclat bleuté. C'était si beau, si pur...
Quelle tristesse.
Lumaria ne parvenait plus à calmer les battements désordonnés de son cœur. Après toutes ces années de séparation, ils allait enfin la retrouver.
Il lui bâtirait le monde qu'elle désirait. Elle serait la Reine de la Lumière, des Mondes, de tout ce qui existait et existerait.
Et enfin, une forme, floue tout d'abord, émergea du réceptacle, incertaine. Il reconnaîtrait la silhouette entre mille, évidemment.
Elle descendit du ciel avec toute la majesté qui lui était due, ses longs cheveux flottant parfaitement derrière elle.
Et soudain elle fut là, devant lui, exactement comme dans ses songes.
Lui revint l'image de la roseraie, et d'elle au milieu des fleurs, vêtue de cette même robe dorée.
Il tomba à genoux.
« Ma dame. »
Il lui prit la main pour la porter à ses lèvres. Elle le considéra un instant, impassible.
« Assez de cela, Lumaria, dit-elle doucement. Nous avons une tâche à accomplir.
-Oui, ma Reine. »
Mélodie porta son regard sur Naminé, qui ne put s'empêcher de baisser les yeux.
Jamais elle n'avait vu une personne dégager une beauté si radieuse. Il émanait d'elle une telle pureté que, l'espace d'un instant, et malgré tout ce qu'elle savait, Naminé aurait été heureuse de la suivre jusqu'au bout du monde. Sans doute faisait-elle le même effet à tout le monde, à en juger par l'égale réaction de Roxas et d'Arlène qui se tenaient là, bouche bée.
Telle était donc la perfidie de la Lumière ?
Elle prononça son nom, alors que Lumaria se relevait, comme subjugué.
« Eh bien, Naminé, ne veux-tu pas me regarder ? »
Elle s'approcha d'un pas souverain et lui releva doucement le visage. Naminé se sentit rougir comme jamais auparavant. Elle se sentait soudainement gauche, et s'aperçut qu'elle tremblait.
« Je dois te remercier, déclara Mélodie. Jamais ma renaissance n'aurait été possible sans une personne telle que toi. »
Voyant que Naminé ne répondait pas, elle poursuivit.
« Dis-moi ce que tu souhaites en retour. J'exaucerais n'importe lequel de tes vœux, lorsque mes pouvoirs auront retrouvé leur puissance d'antan. C'est une promesse. »
C'était tentant. Evidemment.
Cependant, le seul vœu qu'elle aurait souhaité était de revenir en arrière, d'empêcher l'incarnation de la Lumière de renaître de ses cendres.
Elle s'écarta du toucher de la femme.
« Je me dois de refuser. »
Mélodie haussa un sourcil parfait.
« Tiens donc !
-Je... hésita Naminé avant de déglutir péniblement. Je n'aspire pas aux mêmes idéaux que vous. Je ne souhaite pas détruire les Ténèbres. »
A côté, Roxas ouvrit des yeux ronds.
« Détruire les Ténèbres ? répéta-t-il piteusement.
-Pourtant, tu es la Simili d'une princesse de Coeur ! Tu es l'enfant de la Lumière, c'est ton destin de me rejoindre. Ma fille.
-Non ! »
Non, elle ne se ferait pas avoir. Plus jamais elle ne laisserait quiconque la manipuler ainsi.
Mélodie pinça les lèvres, et Naminé se sentit pitoyablement coupable d'infliger une telle expression de contrariété à un si beau visage.
« Très bien, déclara Mélodie d'un ton un peu plus froid. Je suis magnanime. Si tu changes d'avis, je te pardonnerai. En attendant, je te prierais de rejoindre tes appartements. »
Elle posa ensuite son regard sur Roxas et Arlène, et leur sourit tendrement.
« Faites de même. Lumaria et moi devons discuter de certaines choses. Ensuite... Nous passerons à l'action. »
« Je suis las, Maître Yen Sid. Il me semble que nous tournons en rond. »
Aqua regardait tristement le crépuscule étoilé de la Tour Mystérieuse. Elle s'autorisait une pause, car les recherches désespérées lui semblaient de plus en plus vaines. Cela ne faisait pourtant pas si longtemps.
Un long silence suivit sa déclaration. Le sorcier n'était pas du genre loquace, lorsqu'il ne voyait pas de raison de l'être. Et visiblement, il ne disposait d'aucune phrase cryptique pour ce genre d'occasion.
La jeune femme soupira tristement. Ses compagnons manquaient cruellement de sommeil et se rongeaient les sangs.
« Si l'on subit une attaque de Xehanort maintenant... murmura-t-elle. Je n'ose pas imaginer ce qu'il se passera. Nous sommes dans un état bien déplorable. »
Toujours pas de réponse.
« Que dois-je faire ? » demanda-t-elle alors plus explicitement.
Cette fois, le mage parla, lentement, la voix grave.
« Que te dictes donc ton cœur, Aqua ?
-De continuer les recherches, bien entendu, répondit-elle sans réfléchir. Cependant... Est-ce réellement la bonne solution ? Cette situation nous affaiblit... Et affaiblit nos liens, également. Si nous sommes divisés, alors nous sommes impuissants. »
Elle ne connaissait pas très bien Naminé, il était vrai. Cependant, elle comptait beaucoup pour les autres Porteurs. De plus, qui sait ce qui pourrait arriver à Kairi, si sa Simili et amante, qui détenait la moitié de son cœur, venait à disparaître ? Outre la question de la douleur qu'une telle perte engendrerait, son cœur récupérerait-il ? Ou bien finirait-elle piégée dans un profond sommeil, comme Ventus autrefois ?
« Ton esprit rationnel te souffle donc d'abandonner la poursuite ?
-Ce serait encore pire, pas vrai ? demanda-t-elle avec un sourire triste. Si je faisais ne serait-ce que souffler l'idée, je suis certaine de m'attirer les foudres de tout le monde. Et je les comprends. »
Elle qui avait tout sacrifié pour ses amis, et tout perdu, se sentait à présent déchirée quant à la décision à prendre. Etait-ce bon de courir après une chimère ?
La situation était compliquée, néanmoins. Pernicieuse. Car il restait l'espoir malgré tout. Pourquoi ne la retrouveraient-ils pas, après tout ? Même si la situation déplorable les poussait à bout, ils continuaient d'espérer. Sauf que ce n'était plus vivable.
« Peut-être te trompes-tu de problème » suggéra Maître Yen Sid.
La guerrière se tourna vers lui et ne vit que son bras sur l'accoudoir du fauteuil massif. Immobile, comme d'ordinaire.
« Comment cela ?
-Je penses que tu le sais déjà. Il est possible que Xehanort essaie de semer la zizanie dans vos rangs en enlevant l'une des vôtres. Je suppose que tu as déjà réfléchi à cette hypothèse. »
Oui, bien sûr. Cela ne changeait rien au problème, néanmoins, puisqu'ils ne savaient pas où trouver le vieil homme, ni aucun de ses réceptacles, à l'heure actuelle.
« Au fond, qu'est-ce qui t'inquiètes le plus ? »
La disparition de Naminé ? Plutôt égoïstement, non. Après tout, elle ne la connaissait pas vraiment.
« L'état de mes compagnons. Alors... Que devrais-je faire ? »
Encore une fois, le vieux mage se terra dans le mutisme. Chez n'importe qui d'autre, cette manie aurait tendance à agacer. Néanmoins, la plupart des gens respectaient bien trop Maître Yen Sid pour cela. Aqua ne faisait pas exception. Sans doute désirait-il qu'elle trouve la réponse en elle-même.
Mais serait-ce la bonne ? Ne risquait-elle pas de faire pire que mieux ?
Désespérée, elle contourna le bureau du magicien pour rejoindre la porte, à pas lents. Une fois la main sur la poignée, elle s'arrêta, néanmoins, pour demander doucement :
« Ne voyez-vous rien dans les étoiles ?
-Et toi ? » contra le vieil homme.
La question l'interpella. Comment le pourrait-elle ? Seul Yen Sid, à sa connaissance, disposait de ce pouvoir. A moins que la question ne soit rhétorique, mais... ?
« La réponse ne me plairait pas, c'est cela ? » devina-t-elle doucement alors que Maître Yen Sid se levait.
Elle ne remarqua pas tout de suite le mal qui frappait le sorcier, sa démarche saccadée, ni ses yeux écarquillés sur du vide et sa bouche qui tentait de saisir tout l'air qu'elle pouvait encore. Aussitôt qu'elle eut comprit, elle se précipita vers lui.
« Maître ! »
Une main agrippée à un coin de meuble comme si sa vie en dépendait, le mage tentait de dire quelque chose qui refusa de sortir. Aqua se rendit compte avec horreur qu'il paraissait terrifié.
« Maître, asseyez-vous ! »
Mais il secoua la tête, tremblant de tous ses membres.
« Dites-moi ce qui se passe ! »
Alors seulement, un son franchit les lèvres du vieil homme, une voix faible, qui recelait des siècles d'âge. Juste un murmure, en fait.
« Maléf... »
Un violent spasme bloqua les dernière syllabes dans sa gorge, alors que sa main libre se dirigea vers son coeur. Son expression bouche-bée se figea. Sa respiration aussi.
« Maître, non ! »
Aqua tenta bien de le rattraper avant qu'il ne touche le sol, mais ses bras ne firent que brasser de l'air.
Devant ses yeux horrifiés, le corps du magicien se désagrégeait en million de petites lumières dansantes, volatiles. Parmi elles, un coeur, qui suivait le même mouvement, voletant jusque la fenêtre ouverte et se fondant dans le ciel orangé.
Le temps d'un battement de cœur, l'univers frissonna.
Il régnait un silence de mort dans la tour, comme si tous les sons du monde s'étaient évaporés en même temps que le magicien.
Seul restait, au sol, le chapeau bleu serti d'étoiles blanches.
Sans un mot, Aqua s'en saisit, le regardant sans le voir.
« M-Maître ? » appela-t-elle pitoyablement.
Le silence seul lui répondit.
... Oups ?
Ahah.
Désolée.
