Hey ! Pardon du léger retard. Excusez-moi d'avance, mais je pense que je vais allonger le temps de parution des chapitres. Je perds petit à petit mon avance, et à cause des cours je peux pas écrire autant que je le voudrais, donc... XD Encore pardon.
Bonne lecture !
26. Brouillard
La sorcière revint à la vie. Le dos droit, sa main crochue refermée sur son sceptre, il se dégageait de son regard un feu qui aurait fait frémir n'importe quel mortel.
Heureusement, Xaldin ne faisait pas vraiment partie du commun des mortels. Le second homme – si l'on pouvait l'appeler ainsi – qui l'accompagnait non plus.
Maléfique jeta un regard sans émotion aux débris du dôme de pierre à ses pieds. Elle pinça les lèvres, méprisante, en réalisant ce que sa libération signifiait pour celui qui l'avait enfermée ici.
« Imbécile de magicien. »
Peut-être, au fond d'elle, tout au fond, dans son sombre cœur, sentait-elle l'ombre de quelque chose qui s'apparentait presque à du regret. Le geste de Yen Sid avait été fou et téméraire. Du suicide, à vrai dire. N'importe quelle Keyblade était à même de défaire son sortilège, sans doute en avait-il conscience.
Puis, elle leva les yeux vers les deux hommes en manteaux noirs. Particulièrement le second. Sa bouche émaciée se tordit d'un léger sourire.
« Eh bien, voilà un visage que je ne m'attendais pas à revoir un jour. »
Maître Eraqus – pouvait-on encore l'appeler ainsi ? – n'eut aucune réaction. Ses yeux ambrés luisaient dans la nuit, inquiétants, inexpressifs.
Xaldin contempla la scène sans aucun état d'âme. Lorsque Yen Sid avait condamné Maléfique à la prison éternelle sous un dôme scellé par sa Keyblade, le Simili s'était retrouvé sans maître à suivre.
Sans but.
Il aurait pu se coucher là et laisser la végétation pousser au-dessus de son corps immobile. Il aurait pu se décider à ne faire qu'un avec la Terre, comme le faisaient les être que rien ne guidaient – pas d'objectifs, pas de sentiments, pas d'instinct.
A la place, il était allé trouver Xehanort. Ou plutôt, les Xehanorts. A vrai dire, ils l'avaient trouvé plutôt que l'inverse. Xaldin y avait trouvé un moyen de dissiper l'ennui et le désœuvrement qui l'atterraient.
« Que me vaut l'honneur d'être secourue par la nouvelle Organisation ? questionna Maléfique d'un air méprisant.
-Nous pensons que vos talents pourraient nous être utiles » commenta sobrement l'ancien Maître.
De tous les nouveaux réceptacles de Xehanort que Xaldin avait eu l'occasion de rencontrer ces derniers jours, Eraqus était le plus calme. Robotique, presque. Toutes traces de son ancienne personnalité, envolées.
Lui qui mettait autrefois un point d'honneur à protéger la Lumière... Eusse-t-il possédé un cœur, Xaldin aurait trouvé cela pitoyable.
« Sans façon, protesta la sorcière en se détournant à demi. Je ne vous dois rien.
-Pourtant, en coopérant, nous pourrions vaincre nos ennemis communs » insista Eraqus.
Maléfique éclate d'un rire sans joie et néanmoins tonitruant, qui résonna dans les marécages déserts de manière effroyable.
« Pourquoi devrais-je vous faire confiance ? Qui me dis que je ne vais pas finir comme le pauvre détenteur de ce corps que vous possédez, Xehanort ?
-J'en déduis que vous refusez notre proposition. »
La sorcière coula son regard vers Xaldin.
« Est-ce toi qui leur a demandé de me délivrer ?
-Oui.
-Je t'en suis reconnaissante. Du moins... Si tu as décidé de rester à mes côtés. »
Xaldin tourna la tête vers Eraqus, qui hocha la tête imperceptiblement. Il sentit sa conscience s'effacer un peu, l'espace d'un instant, lorsqu'il acquiesça à son tour.
« Evidemment. »
Xehanort gagnait du pouvoir sur lui. Autrefois, il n'était pas parvenu à posséder beaucoup de ses disciples de l'ancienne Organisation – pas aussi vite et avec tant de puissance, du moins. Les seuls Simili ayant été converti étaient les trois restés à ses côtés jusqu'à la fin.
Xaldin se sentait déjà changer.
Il l'avait fait de son plein gré, cette fois-ci, en connaissance de cause. Pourquoi pas, après tout ? D'aucuns trouveraient cela répugnant, de céder la place de leur conscience à un autre être, comme cela. Lui s'en fichait pas mal.
C'était une existence comme une autre.
« Partons d'ici, alors, ordonna sèchement Maléfique en ignorant royalement Eraqus-Xehanort. Ce n'est pas la peine de rester auprès de cet homme immonde. D'ailleurs, je me demande où est passé ce bon à rien de Facillier. »
Le Magicien était mort.
Rien ne bougeait à la Tour Mystérieuse, hormis la faible lueur des quelques bougies, allumées en l'honneur de la disparition de Yen Sid. A peine les feuilles des arbres osaient-elles frémir au contact de la légère brise d'été.
Ce fut le Roi Mickey qui déposa la dernière lueur sur le coussin d'air créé grâce à la magie d'Aqua. La jeune femme attendit que l'ancien disciple de Yen Sid se redresse, puis fit un ample mouvement du bras, faisant s'élever le nuage enchanté dans le ciel, portant avec lui les bougies déposées par les personnes présentes. Il s'éloigna lentement, jusqu'à ne devenir qu'une lumière au loin, vacillante.
A défaut d'avoir un corps à enterrer, ils avaient organisé cette modeste cérémonie. Mieux que rien, et certainement pas assez pour rendre honneur à un tel personnage.
La mort dans l'âme, Aqua se força à jeter un coup d'oeil à chacun de ses amis.
Le Roi, évidemment, était le plus accablé de tous, probablement davantage qu'elle-même – et ce n'était pas peu dire. Donald et Dingo s'approchèrent de lui pour poser deux mains réconfortantes sur ses petits épaules. Ils semblaient se retenir de pleurer.
Malgré le chagrin lisible, chacun d'eux restait digne, le dos droit, comme pour faire honneur au sorcier disparu.
Comme de parfaits petits soldats.
Cette pensée instaura un sentiment de mal-être dans le cœur d'Aqua. Il lui semblait qu'ils auraient dû avoir le droit d'exprimer leur tristesse comme des jeunes gens normaux.
Ils étaient braves. Mais à quoi bon la bravoure, dans un moment pareil ? A quoi rimait tout ceci ?
Sora n'en menait pas large non plus. Aussitôt la petite cérémonie achevée, il alla se perdre derrière la Tour. Aqua l'y suivit doucement. Elle avait besoin de se sentir utile, pour ne pas se laisser aller à sa propre détresse.
Il se trouvait accroupi par terre, ses mèches rebelles lui tombant devant le front. Ses yeux tristes évoquaient douloureusement Ventus. Aqua vint s'asseoir à côté de lui, se forçant à sourire timidement.
« Tu vas bien ? »
Le jeune homme poussa un lourd soupir.
« Ca me fait tout drôle... Je n'ai jamais vraiment... A part Ven, je veux dire, même si je ne l'ai pas vraiment connu. Je crois que c'est la première fois que quelqu'un que je connais meurt. »
Son aînée passa une main réconfortante dans son dos. Ce qu'elle aimait avec Sora, c'était sa facilité à exprimer ses sentiments. Dans des moments pareils, il ne se renfermait pas sur lui-même, comme beaucoup d'autres le faisaient.
« Je sais, soupira-t-elle tristement. C'est toujours étrange, ce genre de catastrophes. »
Catastrophe. Le mot était approprié. Rien ne pouvait décrire la tempête que provoquait la mort d'autrui, et les décombres de chagrin qui s'ensuivaient.
Elle se souvenait d'Eraqus. C'était Yen Sid, à l'époque, qui lui avait appris la triste nouvelle. Elle n'avait pas eu le temps de se sentir perdue ou dévastée, à ce moment-là. Il lui avait fallu veiller sur ses amis et leur porter secours dans la terrible épreuve qui les attendait.
Cette fois-ci , ce n'était pas si différent, finalement. Il fallait qu'elle reste forte.
« C'est lui qui m'a guidé dans ma quête, autrefois, expliqua spontanément Sora. Et lui aussi qui m'a envoyé dans la Dimension des Rêves et tout. J'sais pas, je pensais pas... Ces derniers temps, j'ai peur pour tout le monde, mais j'ai jamais cru que lui pouvait mourir. Il avait l'air immortel ! Ca ne m'a jamais traversé l'esprit.
-A moi non plus. Et pourtant... Je crois que lui le savait. »
Elle repensa aux allusions que faisait parfois le magicien, et à toutes les fois où il les avaient incités à prendre leur décision par eux-même.
Car il ne serait pas toujours là. Elle comprenait, à présent. Son dernier conseil raisonnait encore dans son esprit.
Ces dernières semaines, elle avait laissé le désespoir s'instaurer parmi les Porteurs de la Keyblade. Elle avait laissé leur motivation et leurs liens se distendre, et avait mis ça sur le compte des événements. Il fallait qu'ils redressent la barre, tous ensemble. Qu'ils trouvent un moyen de ne pas se laisser aller à la crainte. Après tout, ils seraient toujours plus forts ensemble qu'isolés.
Et il le faudrait. La mort soudaine de Yen Sid ne pouvait signifier qu'une chose : quelqu'un avait libéré Maléfique de sa prison de pierre, ce qui augmentait à nouveau la liste de leurs ennemis.
Soudain, un petit rire étranglé s'échappa de Sora.
« On devrait être en train de chercher Naminé, non ? »
Aqua secoua doucement la tête.
« C'est important aussi, de rendre hommage à Yen Sid. Et de se laisser aller à notre peine, ne serait-ce que pour un bref moment.
-Est-ce que c'est à ça que va ressembler notre vie, maintenant ? murmura Sora, les yeux perdus loin dans le crépuscule. Je déteste ça.
-Ce n'est pas une fatalité. »
A mesure qu'elle parlait, Aqua sentait une lueur infime d'espoir naître dans son propre cœur.
« Les choses paraissent douloureuses maintenant, mais il y aura toujours une lumière au bout du chemin, tant qu'on reste soudés, malgré les circonstances. Tu ne penses pas ?
-Si, je suppose... Mais ces derniers temps... »
Aqua soupira.
« C'est de ma faute, déclara-t-il. En partie, du moins. Mais c'est fini, je t'assure. Rien n'arrivera à nous séparer les uns des autres, désormais. »
Il fallait que Néo trouve un moyen d'éloigner Zack.
Oh, sans doute que la patrouille hebdomadaire n'était pas forcément le meilleur moment pour inviter Xion au bal du printemps, mais le jeune homme sentait déjà sa résolution faiblir, et s'il ne le faisait pas aujourd'hui, alors il ne le ferait jamais ! Il fallait qu'il se secoue et trouve une occasion, là, tout de suite !
Mais il restait le souci délicat de leur troisième compagnon. Comment le faire s'éclipser discrètement, et si possible sans devoir lui foutre de grands coups de pieds au cul ? Néo commençait à envisager sérieusement cette dernière solution.
Pour couronner le tout, il s'était remis à neiger la veille, et tout était blanc et froid et humide de nouveau. Décidément, vivement que cette journée se termine. Et au moins, il serait fixé – ou pas – sur son avenir sentimental, pas vrai ?
« J'suis même pas sûr qu'on soit sur le bon chemin, grommela-t-il.
-On nous a dit d'aller voir derrière la montagne, rappela Xion. La montagne est ici. Qu'est-ce qu'il te faut de plus ?
-Bah, comment on peut savoir de quel côté on est ? Si ça se trouve, on a trop marché. »
Puis, en coulant un regard vers Zack, qui marchait d'un pas conquérant à ses côtés :
« On devrait peut-être se séparer... »
A ses côtés, il entendit Xion soupirer.
« Hum, c'est vrai que, si on se perd, on va devoir passer la nuit dans le coin... »
Ce serait le pire scénario imaginable ! Les histoires de pieds gelés et d'orteils amputés revinrent sournoisement s'insinuer dans l'esprit de Néo, qui frissonna.
« Mais se séparer ? poursuivit-elle. Ce serait encore plus dangereux !
-Hum, pas faux, dût-il admettre à contrecoeur.
-Tu en penses quoi, Zack ?
-Hum ? Ah ! Je me disais justement que… Vous sauriez revenir à Arendelle par ce temps, vous ?
-… Oh. »
Ils étaient donc déjà perdus, au bout du compte ? Génial.
« Alors, je n'irais pas jusqu'à dire que je vous avais prévenu, entama Néo, mais…
-Arrête un peu, tu viens de nous prévenir il y a trente secondes !
-Oui bah, hein !
-Quelle éloquence, Néo.
-Toi-même.
-Sacrée répartie !
-Bon, les enfants, vous êtes bien mignons, déclara Zack, mais ce serait bien de trouver une solution, non ?
-Est-ce qu'on ne finirait pas la patrouille avant ? » demanda Xion d'un air bien embêté.
Depuis leur nomination au rang de gardes de la ville, Xion prenait son boulot très au sérieux, au contraire de Néo et Zack qui n'hésitaient pas à tirer au flanc ou à esquiver les ordres un peu trop laborieux.
Parfois, Néo la suivait dans son excès de zèle, mais certainement pas pour le plaisir du travail accompli. Elle lui demandait souvent pourquoi elle le suivait, s'il fallait qu'il passe son temps à râler par la suite. Il songeait que, si Xion avait été moins naïve au niveau sentimental, il se serait fait griller depuis très, très longtemps. Il n'arrivait pas à se montrer plus prudent, néanmoins. Il ne pouvait pas s'empêcher de passer le plus de temps possible auprès d'elle, et ça le désolait de se l'avouer. Pourquoi fallait-il qu'il soit une telle loque dès qu'il était question d'amour, hein ?
« La patrouille ? répliqua Néo. S'il y avait quoi que ce soit d'anormal, tu penses qu'on le remarquerait, par ce temps ?
-Ce n'est pas faux, mais…
-Néo à raison, renchérit Zack. Et au pire, qu'est-ce qu'il pourrait se passer ? Y'a personne, dans ces montagnes. Laguna m'a dit que, quand il est affecté là-bas en été, il en profite pour faire la sieste !
-Je ne penses pas que Laguna soit un exemple à suivre, répliqua Xion avec un petit rire qui fit se tordre l'estomac de Néo. Mais bon, c'est vrai que…
-Ou sinon, proposa Néo avec un air faussement innocent, on fait une petite pause ici pour décider de ce qu'on fera.
-Tu sais Néo, ce n'est pas brillant de rester immobile avec une température pareille, fit observer Zack en se mettant à faire des flexions à côté d'une grosse pierre ronde. Il vaut mieux qu'on bouge !
-Ouais ben, tu bouges ici, et puis moi et Xion on va chercher du bois pour faire un feu, ça te va ?
-Est-ce qu'on a le temps de faire ça ? s'inquiéta la jeune fille.
-Bof, on est partis du château à midi, ça va, c'est large.
-J'imagine... » marmonna-t-elle, peu convaincue.
Et pourtant, à la grande surprise de Néo, son plan moisi fonctionna comme sur des roulettes. Le coeur battant, il remercia le Kingdom Hearts, Hadès, toutes les pseudo-divinités qu'il connaissait et les autres aussi, dans le doute. Pour une fois, il ne parvenait pas à croire à sa chance. Ca lui arriver tellement peu, fallait dire !
Allez, alors essaie de pas tout faire foirer, se morigéna-t-il en tentant de se concentrer et de trouver ses mots alors qu'ils s'éloignaient sous le couvert des arbres.
« Hum, Néo ? s'enquit soudain Xion.
-Oui ! Euh, oui ?
-Ca va être compliqué de ramasser un bois entièrement recouvert par la neige, tu ne penses pas ?
-Ouais. Vivement le printemps, tu ne penses pas ?
-On devrait peut-être poursuivre notre chemin, soupira la jeune fille.
-En parlant de printemps, c'est bientôt, tu savais ?
-On devrait retourner voir Zack.
-D'ailleurs, tu sais ce qui passe à Arendelle, au printemps ?
-Euh, Néo, tu es sûr que ça va ? »
Xion le dévisageait avec l'air de réellement se faire du souci pour lui. Il déglutit péniblement.
« Hum, ouais, pourquoi ?
-Tu as l'air… Je ne sais pas. Nerveux. Tu me répond à côté depuis tout à l'heure. Et t'avais l'air perdu dans tes pensées, quand on est partis.
-Ah… »
Merde ! Quel imbécile, aussi ! Evidemment, il devait avoir l'air bien nigaud, maintenant ! Et le fait que Xion s'inquiétait pour lui le rendait encore plus nerveux.
« Est-ce que tu me cacherais encore des choses ?
-Non ! Enfin… »
Et voilà, il se trouvait devant le moment tant attendu. Plus question de reculer, et pourtant, il hésitait encore à s'enfuir en courant. Finalement, il parvint à se faire violence, devant l'air interrogateur de l'objet de ses pensées. Un filet de voix tremblotant s'échappa de sa gorge et lui parvint aux oreilles, assourdi et rendu lointain par le sang qui lui battait aux tempes :
« C'est juste qu'il y a cette fête, dans quelques semaines... »
C'est à ce moment qu'un hurlement familier retentit. Son amie cessa aussitôt de l'écouter pour se tourner vers la source du bruit, épée au clair.
« Zack, espèce de gros nul ! » ne put s'empêcher de pester Néo.
Dans quel ennui avait-il cru bon de se fourrer à ce moment précis ? S'ils le retrouvaient vivant, il allait le tuer.
« Allons-y ! »
Ils se précipitèrent vers l'endroit où ils avaient laissé leur ami il n'y avait pas cinq minutes.
Les envies de meurtres de Néo ne se tarirent pas en trouvant Zack frais comme un gardon, quoi qu'avec un air légèrement bouleversé sur le visage.
En effet, il faisait face à des créatures qui paraissaient sorties d'un conte de fée, ou du Pays des Merveilles. Il s'agissait de petits monstres de pierre tout couverts de mousse, avec des grands yeux et de grands nez ronds. L'un d'eux, à l'air voûté, pointait un doigt accusateur sur le jeune homme. Il semblait assez fâché et... vieux, si tant est qu'un caillou puisse avoir l'air vieux.
« C'est pas vrai, tu nous as fait venir pour des petits bonhommes gris ? » s'exaspéra Néo.
En temps normal, il aurait été tout de même un peu surpris ou inquiet de trouver ce genre de bestioles à proximité d'Arendelle. Seulement, là, il aurait pu s'agir d'un dragon qu'il aurait sans doute encore pesté d'avoir été interrompu. L'occasion parfaite, et il l'avait loupée !
Une des créatures, qui semblait être le chef, à en juger par son humus plus décorée que les autres, se tourna vers lui avec une expression contrariée.
« Sachez, jeune homme, que nous sommes des trolls. Et une tribu respectable, en plus de cela ! Et nous ne tolérerons pas ce genre d'inconvenances sur nos terres !
-Mais… Que se passe-t-il ? questionna doucement Xion.
-C'est dingue ! s'exclama alors Zack. Je me suis assis deux secondes sur un caillou, et là j'ai entendu quelqu'un ronchonner, mais impossible de voir qui parlait ! Alors, le caillou a bougé, et tous les autres autour aussi, et… Enfin, vous voyez le résultat.
-Crétin, souffla Néo.
-Alors, résuma Xion en se tournant vers le patriarche troll, vous êtes fâchés car notre ami s'est assis sur vous ? »
La chose sembla réellement surprise, et plutôt mécontente.
« Ce trublion est avec vous ?
-Oui, c'est notre compagnon. Nous sommes navrés s'il vous a causé du tort. Je suis sûre qu'il ne pensait pas à mal. »
Diplomate, Xion, comme toujours…
Beaucoup de trolls se mirent à remuer nerveusement, dont le chef. Néo en profita pour observer plus distinctement leurs réactions, et fut abasourdi en découvrant que bon nombre d'entre eux paraissaient apeurés. Ils se faisait tout petits, tassés, et les enfants se cachaient derrière les jambes de leur parents. D'autres affichaient un regard de défi, ou encore de courroux.
Quelque chose clochait. Ils ne réagiraient pas ainsi pour un simple accident.
« Approchez, mes enfants » demanda le troll-patriarche à Xion et Néo.
Après avoir échangé un regard inquiet, ils obtempérèrent.
« Hum… Vous n'êtes pas de ce monde, c'est certain.
-Comment vous savez ça ? »
Il n'obtint pas de réponse. Xion tenta alors :
« Nous vivons ici, à présent. Ne vous en faites pas, nous comptions rentrer à Arendelle très bientôt. Nous sommes navrés d'avoir pénétré dans votre territoire.
-Oh, ce n'est rien, voyons ! Nous accueillons bien volontiers les visiteurs, d'aussi loin qu'ils viennent. En revanche, lui... »
Il pointa Zack du doigt.
« Lui, il s'en va ! ordonna-t-il d'un ton qui n'admettait pas de plaidoiries.
-Mais qu'est-ce que j'ai fait ? se récria le concerné avec de grands gestes. Si c'est parce que j'ai posé mes fesses sur votre illustre dos, je-
-Tu sais très bien de quoi je parle, perfide créature ! »
Certains trolls acquiescèrent, d'autres marmonnèrent des mots très peu aimables.
« Hé, Zack est notre ami ! le défendit Xion en s'avançant d'un pas. Vous vous trompez sur son compte ! Nous allons quitter vos terres, mais je puis vous assurer que…
-Votre ami, dites-vous ? rétorqua le patriarche d'un ton radouci. Et vous n'accepterez aucune mise en garde quant au contraire ?
-J'ai peur que non. »
Son expression se fit soucieuse, et il gratta une barbe inexistante, le regard toujours braqué sur Zack, qui n'en menait pas franchement large. Néo restait sur ses gardes, mais les créatures semblaient sûres de ce qu'elles avançaient. Qu'est-ce qui les faisait penser une telle chose de Zack ? En l'observant, on ne pouvait décemment y voir qu'un chiot exaspérant dans un corps d'homme, en aucun cas quelqu'un de mauvais !
« Autre chose ! interpella alors le patriarche. Un visiteur a foulé nos terres, aujourd'hui. Un étranger qui ne vient pas de ce monde, lui non plus. »
Les trois humains échangèrent un coup d'oeil inquiet. Ienzo ? Que viendrait-il faire ici ? Avait-il retrouvé leurs traces ?
Et jusqu'où serait-il prêt à aller pour les récupérer ?
S'il mettait la ville en danger…
« Merci de votre avertissement. Nous allons voir ce dont il est question.
-On y va ? s'enquit Zack en tournant les talons. J'me sens comme un pestiféré, là.
-C'est quoi, un pestiféré ? demanda Xion en lui emboîtant le pas.
-Quelqu'un qui a la peste. D'abord, t'as de la fièvre, et puis petit à petit... »
Néo les regarda s'éloigner un instant, les sourcils froncés. Ce fut suffisant pour que le chef troll arrive à sa hauteur et ne lève la tête vers lui.
« Vous semblez moins confiant que votre amie.
-C'est que, je ne comprends pas pourquoi vous dites ça. Zack est quelqu'un de bien. »
Le troll secoua lentement la tête, comme désolé.
« Son âme est souillée. Je ne m'attend pas à ce que vous me croyiez. Rappelez-vous juste de mon avertissement en temps voulu.
-Hum. Si vous le dites. »
« La nuit va bientôt tomber, Xion ! Ne sois pas si entêtée, putain de merde ! »
Il l'aimait. Il l'aimait vraiment, mais il tenait pas non plus à mourir de froid pour ses beaux yeux. Et plus important, il ne tenait pas à ce qu'elle meure de froid à cause de sa propre attitude bornée.
« Vous pouvez partir, tous les deux, si vous voulez. Informez le Château qu'un inconnu rôde dans les parages.
-Oh, bien sûr, et ça nous avancera à quoi ? Allez, arrête un peu, on ne peut pas le chercher en pleine nuit, comme ça ! »
Zack ne pipait mot. Il suivait, comme toujours. Même s'il s'était trouvé un tant soi peu dérangé par l'heure tardive et la température qui chutait, il ne l'aurait admis pour rien au monde. Un héros ne se plaint pas.
La jeune fille se tourna vers eux deux.
« C'est peut-être Ienzo. Le troll a dit qu'il venait d'un autre Monde ! On ne peux pas laisser une telle menace planer près d'Arendelle, si ? »
Néo sentait bien toute la détresse dans sa voix, et il comprenait.
Lui aussi était paniqué à l'idée que les événements ne les rattrapent. Surtout si cela mettait en péril leur nouveau foyer et les gens qu'ils appréciaient.
Il poussa un soupir agacé.
« Ecoute, on ne peux rien faire dans le noir. On sera plus handicapés qu'autre chose, nan ? »
Ca lui faisait bizarre, d'être la personne raisonnable, pour une fois.
« J'suis plutôt d'accord, intervint Zack. Mais... Quand la nuit tombera, on aura qu'à trouver un abri ! On sait faire un feu, nan ? Et puis, il ne fait pas si froid que ça, le plus gros de l'hiver est passé.
-Assez froid pour qu'il gèle. Vous êtes tous les deux stupides.
-Néo, intervint Xion. Tu as raison. Et si tu veux, tu peux rentrer. Je comprendrais. Sincèrement, tu sais ? »
Il savait, et c'était pas le problème.
« Pff, tu rigoles ? Je vais pas vous laisser botter le cul d'Ienzo sans moi. »
Pour toute réponse, son amie lui renvoya un sourire radieux et poursuivit sa route comme si de rien n'était.
Cette fille allait le tuer.
Lorsqu'ils se rendirent compte qu'ils ne voyaient plus à trois mètres devant eux, néanmoins, ils durent se résoudre à installer un campement de fortune pour la nuit. Néo espérait de toute son âme qu'il ne se mettrait pas à neiger pendant la nuit, sinon on retrouverait leurs cadavres gelés au petit matin. Zack se moqua de lui lorsqu'il exprima cette inquiétude, certain qu'il exagérait. Bah voyons ! S'ils mouraient tous, il ne pourrait même pas leur dire « Vous voyez, j'vous l'avait dit ! ». Quelle plaie.
L'utilisation de la magie leur servit bien pour allumer le feu. Avec leurs doigts gelés, ils ne seraient pas parvenus à grand-chose.
« Les autres vont s'inquiéter, en ne nous voyant pas revenir, commenta Xion avec inquiétude.
-Ils avaient qu'à pas nous envoyer seuls à Pérpet-les-bains » siffla Néo avec mauvaise humeur.
Après tout, ils étaient nouveaux et ne connaissaient pas encore les environs ! Franchement, quelle organisation, hein !
Enfin... Il ne s'en était pas plaint, lorsque l'ordre avait été donné. Sans doute ne pouvait-il s'en prendre qu'à lui-même.
« Ca ne va pas, Zack ? »
En entendant cette phrase, Néo se tourna vers son ami qui affichait une mine fermée, sourcils froncés, très différente de son habituel air joyeux.
« Mal à la tête. »
Le regard de Xion se fit soucieux.
« Ca t'arrive souvent, ces derniers temps. »
Zack tenta un sourire plein de dents, qui n'eut pas l'effet escompté.
« Oh, j'dois juste avoir choppé un truc. T'inquiètes.
-C'pas étonnant avec ce temps !
-C'est tout de même bizarre... Tu n'as pas d'autres symptômes, même pas mal à la gorge ?
-Juste des migraines, fit Zack en secouant la tête. T'en fais pas, j'te dit, ça va passer ! »
Il y eut un silence.
Néo se souvint des paroles des trolls à propos de leur ami. Pourquoi devraient-ils se méfier de lui ? Ridicule.
Mais quand même... Quel intérêt avaient ces créatures à leur mentir ? A moins qu'il ne s'agisse que d'esprits malveillants qui hantaient la région ? Dans ce cas-là, serait-il possible qu'ils aient menti aussi concernant « l'inconnu » venu d'un autre Monde ?
Sans doute ne devrait-il pas s'en faire pour ça. Mais...
« Dis, Zack ?
-Hum ?
-Avant qu'on ne nous propose ce boulot de soldats... T'étais vachement pressé de rentrer chez toi, au Colisée. T'as vraiment changé d'avis ? Définitivement ? »
Il crut voir le regard du jeune homme s'assombrir, mais cela tenait sans doute aux lueurs changeantes des flammes devant ses yeux. Il haussa les épaules.
« Ouais, ben, j'suppose que j'y tenais pas tant que ça au final.
-Il n'y a rien qui te manques ? intervint Xion avec une moue triste. De ta vie d'avant ?
-Je... commença Zack comme s'il pesait ses mots. Y avait ce gars, Cloud... C'est pas important, laissez tomber. »
Et soudain, il balaya tout ça d'un revers de la main, affichant un de ses grands sourires habituels.
« Puis, j'suis bien avec vous, moi ! J'sais, ça fait pas longtemps qu'on s'connait et tout mais... Ahah ! J'm'attache vite. »
Néo vit le sourire forcé de Xion et sut qu'elle trouvait ce comportement étrange, elle aussi.
Il aurait voulu insister, mais il ne savait pas trop ce qui le dérangeait, précisément. Et puis, si Zack voulait garder ses secrets pour lui, après tout, pourquoi pas ?
Ce soir là, il s'endormit tant bien que mal et rêva du bal du printemps. Sauf qu'il neigeait et qu'il y emmenait Lumaria. Et Xion lui riait au nez et partait dans la nuit avec Naminé, sans jamais, jamais se retourner.
