Hey ! Comment ça va ? Moi, ça va bien. Hormis que je n'arrive pas à avancer aussi vite que je voulais dans cette fic. Des fois, ça bloque. Je ne la bouclerais pas cet été, du coup, je pense. Bah, vous en faites pas, je vais quand même tenter de l'avancer régulièrement !

Ceci est le trentième chapitre... Dans les deux tomes précédents, on s'approchait de la fin, quand on arrivait à ce nombre. Là, euh... Je ne pense pas. Pas encore tout à fait, même si les choses vont s'accélérer.

Dans les chapitres précédents : Xion était partie d'Arendelle, abandonnant Néo et Zack pour retrouver les Porteurs. Sauf qu'une bonne partie de ceux-ci ne l'ont pas crus. Du coup, elle, Sora et Roxas sont en route pour le Colisée, où elle affirme que des réceptacles de Xehanort se cachent. D'ailleurs, parès leur atterrissage forcé, ils sont tombés sur un vieil ami... Pendant ce temps, Riku et Lea partent à la Cité du Crépuscule pour avoir enfin des réponses sur la question : pourquoi Vanitas est-il si hostile, tout à coup ? Est-ce que Xehanort a fait des conneries ? Ou bien...

Bref. Je parle trop. Bonne lecture !


30. Retrouvailles

Le plan – garer le vaisseau Gummi directement dans la forêt bordant le Manoir, pour éviter d'être vus, puis s'y rendre directement pour confronter Vanitas – fut compromis lorsque, en sortant du véhicule, ils virent un nescient Inondeur leur passer sous le nez pour se diriger droit vers le mur menant à la ville.

Riku et Lea échangèrent un regard incertain. Ce fut le dernier qui prit la parole, hésitant :

« Tu crois que… ?

-Je sais pas. »

Il n'était pas certain de vouloir connaître la réponse à la question inachevée. Si son petit ami s'en prenait à la Cité du Crépuscule et ses habitants, ils iraient tous au devant de sérieux ennuis.

« On devrait jeter un coup d'oeil en ville, non ? Pour s'assurer que tout va bien. »

Ca ne l'enthousiasmait pas réellement. L'amas d'inquiétude au creux de son estomac ne cessait de grandir. Pourtant, il le fallait bien. Il se contenta d'un hochement de tête, et ils traversèrent le petit bois, jusqu'au trou dans l'enceinte de la ville, posèrent le pied sur les pavés orangés. La quiétude habituelle enveloppait ce Monde d'une aura paisible.

« Ca a l'air d'aller, commenta Riku.

-Trop calme. »

Il leva les yeux vers Lea, qui observait les environs d'un air grave. Voyant son regard soucieux, Riku ne put s'empêcher de se demander quelle part d'Axel résidait encore en lui. Il prétendait qu'ils étaient deux personnes différentes, à l'instar de Sora et Roxas, et c'était logique… Cependant, à bien des égards, Roxas était Sora, et inversement. La même personne, et pourtant pas tout à fait… Pas étonnant que les gens aient du mal à faire la distinction, surtout lorsque le Simili ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'original.

Il se força à se concentrer sur leur mission. Un Maître de la Keyblade devait certes écouter son coeur, mais également garder la tête froide. Equilibre difficile.

En effet, comme Lea le disait, la Cité du Crépuscule paraissait encore plus silencieuse que d'ordinaire. Aucun habitant ne se promenait dans les rues, aucune voix ne portait, ni aucun son de pas, humain ou animal. Les volets étaient fermés, en dépit de l'heure.

Une ville fantôme.

« Allons voir si on peut trouver des informations sur ce qui se passe » décida Riku.

En arrivant à proximité de la place de Struggle, des bruits leur parvinrent, de plus en plus forts, bientôt suivis d'éclats de voix. On aurait dit des bruits de lutte. Quand ils se précipitèrent sur la place, ils virent un petit groupe d'adolescents affronter une nuée de Nescient. Riku reconnut les gamins de la ville, armés de battes de Struggle. Tandis que cinq d'entre eux affrontaient les petites créatures qui les harcelaient, un grand blond s'attaquait à un énorme monstre en assénant sa batte sur le ventre de la créature, qui ne semblait pas le moins du monde troublée par cet assaut. Ils arrivèrent juste à temps pour voir le garçon se faire éjecter par l'une des mains-boucliers du nescient, qui s'approcha pour sauter sur sa victime.

Riku fonça juste à temps pour asséner sa Keyblade dans le dos du monstre, son point faible, et grimaça en le voyant disparaître dans une nuée de Ténèbres. C'était nécessaire, et pourtant…

En se retournant, il vit Lea venir en aide aux autres jeunes, sa Keyblade répandant une rafale d'étincelles à son passage, qui se dissipaient aussitôt dans l'atmosphère. Les nescients émirent de pathétiques couinements en disparaissant. Ce fut très vite terminé.

Le jeune homme que Riku venait de sauver se releva, s'épousseta et enleva son bonnet, passant une main dans des cheveux blonds rendus gras par la sueur. Les autres s'approchèrent également, incertains. Riku les avait déjà aperçus sans se faire voir d'eux, du temps où il vivait à la Cité du Crépuscule avec Naminé et DiZ. Il connaissait le nom de trois d'entre eux – Hayner, Pence et Olette, et se rappelait vaguement qu'ils ne s'entendaient pas bien avec la seconde moitié du groupe.

« Eh, vous, là ! fit le grand blond au bonnet en s'approchant de Riku et de Lea. Je vous ai jamais vus en ville ! D'où vous venez ?

-Lâche-les, Seifer, fit sèchement Hayner une fois parvenus à leur hauteur. Ils nous ont sauvé la vie, tu vas pas leur faire passer un interrogatoire !

-Rappelle-moi qui commande, ici ? le tança le dénommé Seifer. J'ai accepté que vous nous suiviez à conditions que vous n'oubliiez pas qui est le chef ! Et quant à ces-deux-là, c'est peut-être une stratégie.

-Allons, ne soit pas stupide, soupira Olette. Pourquoi nous auraient-ils aidés à tuer ces monstres, s'ils les avaient amenés ici ou quoi que ce soit ? Ca n'a pas de sens. »

Seifer la toisa quelques minutes sans répondre, puis se détourna, tentant visiblement de garder un minimum de dignité.

« Ouais, bon, ça n'a pas d'importance. »

Lea s'avança, les mains sur les hanches, et prit la parole, avec un petit rictus amusé.

« Dis donc, sympa l'accueil ! Si j'avais su, je doute que je vous aurais sauvé la vie ! »

Une fille aux cheveux gris et aux yeux rouges renifla.

« Le terme est un peu fort…

-Oh, j'trouve pas, moi, mais enfin, si ça vous fait plaisir… poursuivit Lea. A ce propos, qu'est-ce qu'il se passe, ici ? »

Ce fut Olette qui s'avança, mains derrière le dos, pour lui répondre :

« Ces monstres sont apparus il y a deux semaines environ. Les habitants se terrent chez eux, par peur de se faire blesser. »

De pire en pire. Mais pourquoi Vanitas irait attaquer la ville ainsi ? Qu'est-ce que ça lui apportait ?

« Tout le monde, mais pas vous, constata Lea.

-Bah, fit Hayner avec un sourire fanfaron, faut bien que quelqu'un s'occupe de régler le souci !

-Et qui de plus apte à la tâche que le Comité Disciplinaire de la ville ? renchérit Seifer avec le même type d'expression. Ces trois-là sont des stagiaires. On les autorise à nous filer un coup de main, tant qu'ils ne nous gênent pas. »

Il désignait le gang de Hayner. Celui-ci s'offusqua.

« Hey ! On vous a sauvé la mise un bon paquet de fois, j'te signale !

-Ouais, ouais, vous avez votre utilité, mais on pourrait s'en tirer sans vous sans problème !

-Ah ouais ?

-Ouais ! »

Lea claqua des mains pour faire cesser le débat et se positionna entre les deux adolescents, dont les regards lançaient des éclairs.

« Ok, ok, c'est bien joli, la fougue de la jeunesse, tout ça… D'autres infos ?

-On essaie de trouver l'origine de l'attaque, expliqua Pence qui haletait encore de la bataille, mais les rues grouillent de ces trucs ! Sans compter qu'on doit apporter des provisions aux habitants. Du coup, bah... »

Riku se mordit les lèvres. Il la connaissait, l'origine du problème, et il trouvait cela étrange qu'ils n'aient toujours pas pensé à enquêter au Manoir. C'était tant mieux, d'un côté. Ils n'auraient pas été de taille contre ce qu'ils y auraient trouvé…

Seifer dévisagea les nouveaux venus à tour de rôle, puis parut prendre une décision.

« Vous pouvez venir avec nous, si vous voulez. Ca me fait mal de l'admettre, mais vous vous débrouillez pas mal du tout… Et puis, vous avez l'air de vouloir en découdre ! Ca m'plaît.

-Deux s'condes ! » fit Lea avec un sourire commercial, en entraînant Riku plus loin, un bras passé autour de ses épaules.

Le groupe les fixèrent d'un air curieux. Une fois suffisamment loins pour qu'ils ne puissent pas entendre, Riku prit la parole :

« On a pas de temps à perdre. Il faut demander à Vanitas d'arrêter ses conneries.

-Et s'il refuse ? demanda Lea d'un ton sérieux qui détonnait avec l'air désinvolte qu'il arborait trente secondes plus tôt.

-Je… Ferais ce qu'il faudra. »

C'était son rôle, non ? Protéger les Mondes. Mettre ses sentiments de côté lorsqu'il le fallait. Et pourtant, même en le prononçant à voix haute, ça ne semblait pas sincère. Lea eut un petit rire sans joie.

« Eh, j'te demande pas de l'tuer non plus, sourit-il. Seulement, ouais… Si besoin, essaie de le blesser suffisamment pour le ramener à la maison sans difficultés. Il a l'air d'avoir besoin qu'on lui remette les idées en place, de toute façon. Tu lui rendrais service, honnêtement. »

Riku fronça les sourcils. Evidemment, qu'il ne comptait pas le tuer. Même s'il s'était agi du seul choix raisonnable, il n'aurait pas pu. Et il se détestait un peu pour ça, mais il laisserait les Mondes s'écrouler avant de parvenir à prendre cette décision.

Puis, il voulait des explications. Il ne comprenait pas.

« Tu parles comme si j'allais être le seul à l'affronter, constata-t-il.

-C'est l'cas. »

Lea désigna le petit groupe qui leur jetait des regards indiscrets à l'autre bout de la place.

« Ces gosses vont se faire buter s'ils continuent comme ça, avec leurs matraques minables. Mieux vaut que j'aille avec eux. Et puis, bon, je suppose que tu veux lui parler seul à seul. J'sais ce que ça fait, d'avoir un… ami doté d'une morale discutable. »

Riku nota l'hésitation au mot « ami » et se demanda ce qu'il y avait eu exactement entre Lea et Isa. Le roux cachait bien sa peine, si bien qu'on oubliait facilement tout ce qu'il avait subi jusque là. Sauf lorsqu'il parlait d'Isa. Riku trouva cela si injuste… Il refusait de vivre ça lui aussi.

Il hocha la tête, et Lea lui tourna le dos après un petit signe de la main, expliquant bruyamment quelque chose au Comité, que Riku ne prit pas la peine d'écouter avant de se précipiter vers le Manoir, tentant de chasser l'angoisse qui le tenaillait.


Beaucoup de ses nescients revinrent à lui d'un coup, accompagnés d'une vague de douleur qui le fit tressaillir. Trop rapidement pour que ce soit l'oeuvre de ces civils insignifiants. Dans l'obscurité de sa chambre, Vanitas demeura immobile. Est-ce que… ?

« On dirait que quelqu'un te donne du fil à retordre, hm ? Tout ce que tu as tordu, à présent détordu.

-La ferme. »

Dans son dos, il sentait le sourire du chat, immense, inquiétant. Il lui tapait sur les nerfs, ce gros tas de fourrure rose. Mais peu importait combien de fois Vanitas le chassait, Cheshire réapparaissait, avec ses piques et ses dents et ses ronrons amusés. Yeux jaunes lumineux dans le noir.

Vanitas avait fermé tous les rideaux du Manoir, clôturé les portes. Il n'avait pas besoin de la Lumière, pas besoin des êtres méprisables s'y réfugiaient. Il était bien au-dessus de ça, bien au-dessus d'eux.

« Qu'est-ce que cela signifie, d'après toi ? » demanda joyeusement le chat.

Vanitas renifla. C'était rare, que cette chose pose des questions si directes. Sans doute n'avait-elle pas trouvé de moyen farfelu de s'exprimer, ce coup-ci. Ca le faisait rire, de voir que cette créature, quoi qu'elle soit, puisse se montrer faillible parfois.

« Pas besoin d'être un génie pour comprendre.

-Con-prendre, hum ? »

Il ne releva pas. Les habitants de la Cité avaient déjà bien du mal à éliminer un Inondeur basique, alors cela ne signifiait qu'une chose : ces foutus Porteurs. Ne pouvaient-ils pas se mêler de leurs affaires, au moins une fois de temps en temps ? Il ne leur portait pas préjudice, après tout. Et si ses nescients blessaient parfois quelques parasites qui peuplaient ce Monde, ce n'était que justice. Ils avaient ouvert le feu les premiers. Quelqu'un avait hurlé en voyant les monstres, comme il les avait appelé, s'en était pris à eux, avait été puni au centuple pour ça. Légitime défense, non ?

Mais personne ne l'écouterait s'il plaidait cela. C'était toujours la même chose. Les sbires de la Lumière se rangeaient toujours du côté de celle-ci, sans chercher à comprendre. Aveuglés par ce qu'ils appelaient le « bien ». Ils voulaient faire de lui le méchant ? Très bien. Il allait être méchant.

Ceci étant dit, il fallait qu'il règle ce problème. Ce serait facile. Il était plus puissant qu'eux. Dans sa poche, la Pierre de Lune sembla émettre une chaleur réconfortante, comme pour approuver. Il la sentait contre son flanc, palpitant comme un coeur vivant. Il était confiant.

La Pierre lui évoquait quelque chose qu'il avait perdu, bien longtemps auparavant. Une seconde moitié. Il n'avait besoin de rien d'autre pour se sentir bien. Il se sentait complet et invincible.

Lentement, il se leva du plancher poussiéreux où il se trouvait. Il avait tout le temps. Les Nescients l'avertiraient si les intrus entraient dans son domaine.

Cheshire le suivit dans le couloir. Il le sentait flotter juste derrière son épaule. Cela aurait mis mal à l'aise n'importe qui. Vanitas, lui, s'accoutumait. Il avait tenté de l'attaquer, de le tuer même, sans jamais pouvoir le toucher. Bah, tant pis, après tout. Le chat finirait bien par se lasser de débiter des phrases énigmatiques à son oreille, et par retourner à son pays des Merveilles, là où il avait sa place, avec les autres tarés dans son genre. En attendant, il constituait une présence non-hostile… Du moins, Vanitas estimait que le chat ne lui voulait pas de mal. Poser la question aurait entraîné une suite de charades sans fin, alors il opta pour autre chose :

« D'ailleurs, j'y pense, comment fais-tu pour quitter ton petit Monde étriqué ?

-Ah, le monde est plus vaste que tu ne le crois !

-Tu sais de quel Monde je parle ! siffla Vanitas avec un peu de menace dans la voix. Chez toi.

-Je suis partout chez moi. Dans ta tête aussi, peut-être ?

-Tu n'es pas une illusion.

-Penses-tu ! Tout est réel, à travers les yeux du perceveur. Peut-être que rien ne l'est, passé la barrière des sens. »

Quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, peu importe le ton employé, Cheshire répondait toujours avec le même air badin. Comme si rien n'avait d'importance. Tout se transformait en jeu, derrière ses yeux. Curieux personnage prodiguant d'étranges conseils.

« Laisse tomber. J'imagine que tu n'as pas de vaisseau Gummi » ironisa le jeune homme, et le chat se contenta de sourire.

Très bien, qu'il garde ses secrets, après tout. Quel intérêt ? Quelque chose d'autre le préoccupait pour l'heure. Il aurait aimé chasser cela tout à fait. Cette espèce de gène qui s'était emparée de lui. Il ne voulait pas y penser, mais plus il tentait de supprimer cette pensée, plus elle se précisait. Il refusait de l'exprimer en mots. Ca le rendait furieux.

« Ouh, monsieur est en colère ! pérora Cheshire en se dandinant dans les airs.

-Ta gueule.

-Je me demande ce que monsieur fera, si celui que arrive pour l'affronter... »

Il ne finit pas sa phrase, sûrement parce qu'il savait qu'il n'en avait pas besoin, et aussi parce que l'autre invoqua sa Keyblade et l'abattit là où se trouvait Cheshire une demi-seconde plus tôt. D'un peu plus loin, les yeux du chat, flottants seuls dans le vide, lui renvoyèrent un regard moqueur.

« Tss... »

Il ne voulait pas songer à ce type. S'il débarquait, Vanitas le tuerait, évidemment. Un traître, lui plus que tout les autres, pour lui avoir fait croire… Et pourtant, malgré sa résolution, il espérait presque que ce ne soit pas lui qui ait atterri à la Cité du Crépuscule.

Il plongea la main dans sa poche, agrippa la Pierre de Lune, et ses doutes fondirent comme neige au soleil. Peu importait, au fond, lui ou quelqu'un d'autre, il se ferait un plaisir de les supprimer de la surface des Mondes.


Riku se dépêchait, ignorant les trop nombreux Nescients qui, étonnamment, ne lui barrèrent pas la route. Il ne pouvait pas s'empêcher d'y voir un bon présage, même s'il devait éviter de se faire trop d'espoirs. Il ne voulait pas tomber de trop haut. Pourtant…

Il se mit à courir lorsqu'il aperçut une silhouette connue, devant les grilles du jardin, Keyblade en main, et puis s'arrêta brusquement à quelques mètres de lui, mu par une sorte d'instinct de survie qui lui disait de ne pas trop s'approcher. Jusqu'à preuve du contraire, c'était dangereux.

Vanitas semblait l'attendre. Evidemment, il avait dû sentir les Nescients disparaître… Riku frissonna en constatant qu'il portait sa tenue d'autrefois, celle qui évoquait les Ténèbres. Ses craintes ressurgirent d'un seul coup. Dans le pire des cas, ce n'était pas son petit ami qui se trouvait en face de lui, mais Maître Xehanort, s'étant insinué sournoisement dans ce corps, étouffant la conscience et la volonté de Vanitas, remplaçant son coeur par le sien. L'idée manqua de lui arracher un haut-le-coeur. Il serra les dents.

Le jeune homme en face de lui parla, un rictus froid sur les lèvres :

« Ca faisait longtemps, Riku. »

Ces mots pourraient aussi bien appartenir à l'un ou l'autre, mais Riku ne voulait pas invoquer sa Keyblade. Pas encore. S'il s'agissait bien de Vanitas, il ne regagnerait certainement pas sa confiance en levant son arme contre lui.

« Je dois savoir, prononça-t-il juste suffisamment fort pour se faire entendre. Est-ce que tu es encore Vanitas, ou… est-ce que Xehanort a pris le contrôle ? »

L'autre perdit son sourire à la mention de ce nom. Quelques Nescients s'amassèrent contre ses flancs, des Mandragores à l'air affolé, mais il ne fit pas encore mine d'attaquer.

« Ne me parle pas de lui ! »

Soit il jouait bien la comédie, soit il fallait écarter cette hypothèse.

« J'ai besoin d'être sûr » expliqua Riku, et c'était vrai.

Rapide. En un instant, l'autre fut sur lui, sa Keyblade poussant contre la sienne, et Riku fut soulagé d'avoir de si bons réflexes. Vanitas laissa échapper un rire froid.

« Tu me crois vraiment assez faible pour tomber sous sa coupe ? Je ne te pensais pas si stupide. »

Ses yeux n'exprimaient qu'une colère qui menaçait de s'embraser. Et puis, d'un coup, Riku fut certain. Il faillit baisser son arme de soulagement.

Xehanort ne se serait pas réfugié bêtement dans le Manoir, à attendre qu'on vienne le chercher. Il aurait agi aussi normalement que Vanitas l'aurait fait, aurait profité de leur confiance, au lieu de leur déclarer la guerre aussi nettement. Il ne se serait pas laissé allé à de telles émotions brutes.

« C'est bien toi... » souffla-t-il en se relâchant un peu.

L'autre repoussa facilement sa Keyblade, lui porta un coup que Riku esquiva de justesse, et recula d'un bond.

« Qu'est-ce que ça change ? cracha-t-il avec hargne. Que ce soit mes Ténèbres ou les siennes, après tout, quelle importance pour vous ? Ce qui est différent doit être détruit, non ? »

Rancoeur. Haine. Des discours qu'il aurait pu tenir au tout début, avant tout ça, avant qu'il ne change de point de vue, qu'il apprenne à faire confiance. Lui faire confiance, surtout. Une telle régression, ce n'était pas normal. A moins que tout ça n'ait été qu'une façade depuis le début, mais…

« Tu délires, lâcha Riku, incrédule.

-A qui la faute, hum ? »

Riku n'eut pas le temps de réponse, parce que Vanitas attaqua de nouveau, cette fois-ci avec une salve de Ténèbres, trop lente pour atteindre son but, mais suffisamment étendue pour bloquer son champ de vision, si bien qu'il ne vit pas son adversaire – car c'est ce qu'il était devenu tout à coup – surgir à toute vitesse. Il ne put que se tourner pour éviter d'être blessé à son bras d'épée. Douleur dans l'épaule gauche.

Riku n'eut pas trop d'autre choix que de riposter, ignorant le sentiment douloureux qui l'étreignait. Le conseil de Lea résonna dans son esprit, lui instaurant une résolution nouvelle. Essaie de le blesser suffisamment pour le ramener sans difficultés. Pas le choix.

Le combat continua durant ce qui lui parut une éternité. Pourtant, il se retrouva très vite en difficulté. Le point fort de Vanitas était la vitesse, et Riku parvenait à peine à porter des assauts tant il était occupé à esquiver, parer, presque à fuir, tenaillé de toute part, comme aux prises avec plusieurs assaillants. Les seuls fois où il parvenait à attaquer, il n'y allait pas suffisamment franchement. Sa conscience le stoppait, sa peur de porter un coup grave, mortel, par inadvertance.

Et contrairement à lui, Vanitas ne retenait pas sa force. Il ne semblait pas se fatiguer autant que lui, bien qu'il déploie davantage d'énergie. Riku ne l'avait jamais affronté auparavant, mais il l'avait déjà vu se battre. Pas de cette façon, jamais. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose en rapport avec son brusque changement, mais il n'eut pas le loisir d'approfondir cette réflexion.

Riku lança un sort de Foudre. Vanitas esquiva d'une pirouette, et quelque chose de brillant tomba au sol. Il y eut un léger instant de flottement, une demi-seconde – une éternité lors d'un combat – lorsqu'il s'en rendit compte. Prestement, Vanitas s'en empara de nouveau, avant qu'il n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit, mais quelque chose comme une lueur de crainte et d'avidité passa dans ses yeux. Il l'attaqua de nouveau, de front, brutalement.

C'est ça, songea Riku. C'est ce truc. Il n'eut pas le temps de se souvenir des contes de Mickey sur une certaine Pierre de Lune, mais d'instinct, il sentit que cette chose brillante dégageait quelque chose de mauvais.

Et puis tout se passa très vite. Il fut contraint de reculer, et de reculer encore, jusqu'à bientôt se trouver acculé à l'intersection d'une haie et de la grille du Manoir. Mauvais calcul pour Vanitas, songea Riku. Ca réduisait considérablement ses angles d'attaques, et Riku pouvait mieux riposter de front. Mais son opposant ne semblait plus réfléchir correctement. Il mettait tant de hargne dans ses assauts que le choc résonnait dans les os de ses bras à chaque fois. Sa puissance semblait avoir redoublé depuis que cette petite pierre était tombée de sa poche. Craignait-il qu'il ne s'en empare ?

Pas le temps pour les questions. Il devait se tirer de cette situation. Vite. Bientôt, il ne serait plus en mesure de se défendre, et il ignorait ce que Vanitas ferait alors. Il préférait ne jamais le savoir.

Il faucha son adversaire aux jambes. Fort. Blesse-le suffisamment. Il entendit un craquement. Vanitas ne tomba pas, mais il vacilla suffisamment pour que Riku puisse s'écarter de la grille et lui porter un coup au flanc. Sa deuxième attaque néanmoins fut repoussée avec tant de force qu'il tomba à la renverse. Son dos heurta violemment le sol et tout l'air quitta ses poumons d'un coup. Le temps qu'il se remette du choc, Vanitas se trouvait déjà sur lui, bloquant ses jambes, Keyblade brandie à deux mains juste au-dessus de sa gorge.

Un moment passa, ou peut-être que les rouages du temps défaillirent légèrement. Riku ne put rien lire d'autre dans les iris ambrés qui le surplombait qu'une froide détermination. Comme un étranger. Un frisson froid le parcourut.

« J'en ai assez de vous tous » siffla Vanitas.

Au point où il en était, inutile de discuter avec lui. Peut-être était-ce encore pire que le scénario de Xehanort, finalement.

« J'ai compris ça, oui, déclara Riku avec une voix qui lui paraissait lointaine. Et maintenant ? Tu vas me tuer ?

-Je devrais l'avoir déjà fait.

-Alors, vas-y. »

S'il ne s'était pas trompé tout ce temps, si Vanitas éprouvait, avait éprouvé un jour, des sentiments à son égard, il ne le ferait pas. Ou du moins, Riku l'espérait. Dans le cas contraire… A quoi bon ? La Guerre des Keyblades, ses amis, la menace qui pesait sur les Mondes, tout cela lui semblait abstrait, tout à coup, juste une vague information qui ne parvenait pas à heurter sa conscience suffisamment fort pour chasser la lassitude qui s'empara de lui. Si Vanitas était prêt à le tuer, alors tout le reste n'avait pas de sens, si ? De toute façon, il ne lui restait plus aucune carte en main pour se tirer de ce mauvais pas.

Il ne quitta pas son regard, pas un seul instant. Un rictus triomphant s'était formé à la commissure des lèvres de Vanitas. Il leva la Keyblade, se figea.

Le sourire s'atténua un peu. Quelque chose comme du doute traversa son visage. Riku crut voir ses mains trembler légèrement. L'espace d'un instant, une seconde, son coeur s'arrêta devant l'hésitation de celui qu'il aimait.

Et puis Vanitas raffermit sa prise sur l'arme et l'abattit.

Riku ne sentit pourtant rien. Il lui fallut un moment pour que les informations parviennent à son cerveau. Le cri de douleur de Vanitas qui, tout à coup, ne l'entravait plus, le ciel bleu réapparaissant dans son champ de vision, le bruit de chute au sol. Lea qui se précipitait vers eux, Keyblade en main.

Il tourna légèrement la tête et vit Vanitas à genoux sur l'herbe verte. Le sort de Brasier l'avait touché en pleine poitrine. Même après tout ça, la première envie de Riku fut de le rejoindre et s'assurer qu'il allait bien, mais il n'était pas si stupide. A la place, il puisa dans ses dernières forces pour se précipiter sur lui et porter la main à sa poche, retirant la pierre étrange qu'il avait aperçu plus tôt et se retirant aussi prestement, se remettant debout.

La pierre émettait une chaleur qui refluait comme les vagues sur une plage. Il entendit Vanitas pousser un grognement d'animal furieux et commencer à se lever pour la lui arracher, mais la botte de Lea s'abattit là où le Brasier l'avait touché et le maintint au sol. Il le menaça de sa Keyblade, tandis que Vanitas ne pouvait que lui jeter un regard de pure haine.

« Tu bouges, t'es mort » menaça Lea d'un ton calme, avant de se tourner vers Riku et de désigner la pierre du menton, avec un regard curieux.

La chose, blanche et lumineuse, pulsait entre ses doigts. Il s'en dégageait quelque de définitivement étrange – mais quoi ? Il haussa les épaules.

« Je crois que c'est ça qui le rend- Attention ! »

Un Nescient sauta sur la nuque de Lea, qui poussa un léger cri, mais ne quitta pas sa position. Riku l'élimina à sa place. A leurs pieds, Vanitas éclata d'un rire discordant. Il tentait de se dégager du talon de Lea, malgré la douleur manifeste que cela lui infligeait.

« Je vous anéantirais, cracha-t-il. Je vous tuerais tous.

-C'est ça, on lui dira » soupira Lea.

Riku détourna le regard. De le voir ramper au sol avec ces yeux fous, c'était à la limite de ce qu'il pouvait supporter.

Ce fut seulement à ce moment qu'il se rendit compte que les Nescients commençaient à affluer devant le Manoir, revenant de la ville, sans doute alertés par la détresse de leur maître. Il se mit en garde, se mordit les lèvres. Peut-être qu'à deux, ils pourraient en venir à bout, mais Lea était occupé à maintenir Vanitas. Et si d'autres créatures apparaissaient… Pire, si Vanitas en invoquait à l'intérieur du vaisseau Gummi, si par miracle ils parvenaient à l'y traîner...

Il échangea un regard avec le roux, qui semblait partager ses craintes. Pourtant, un sourire se forma sur ses lèvres, une expression un peu désolée. Il fit tourner sa Keyblade et la brandit à l'envers.

« J'espère que tu vas pas m'en vouloir pour ça, mais on a pas trop l'choix, mon pote ! »

La garde de son arme s'abattit violemment sur la tempe de Vanitas, qui perdit connaissance sur le coup.


... Désolée. Ahah.