Hey ! Ce chapitre est... Ouais. Vous verrez bien.

Ca va vous ? Moi ça va. J'aimerais juste que les publicitaires arrêtent de parler de la rentrée scolaire. On devrait le leur interdire. Breffff !

Bonne lecture !


31. Visite

L'humain originel de Demyx se prénommait Yemd. Il les guida à travers les rues d'Athènes en contant diverses anecdotes d'un air enjoué, comme s'il faisait visiter le coin à de vieux amis. Il n'évoquait pas trop les souvenirs de son Simili, cependant il s'adressait davantage à Sora et Roxas, même s'il tentait poliment d'inclure Xion dans ses regards et ses sourires.

Lui non plus ne se souvenait pas d'elle, et Xion n'aurait pas dû en éprouver une telle déception. Elle n'avait connu que son Simili, le numéro IX, l'avait côtoyé de loin, éprouvant quelques élans de sympathie à son égard. Jamais vraiment eu l'occasion d'approfondir ce qui aurait peut-être pu devenir une amitié. Mais tout de même...

Cela dit, elle devrait avoir l'habitude de n'exister dans la mémoire de personne, depuis le temps. Elle pensa un peu à Néo et Zack, puis à la reine Elsa, et sa sœur Anna, et Kristoff, et les soldats de la garnison... Elle ne s'était jamais sentie invisible à leurs côtés, ou même en trop.

Juste devant elle dans la foule, Sora se démancha le cou pour accrocher son regard, avec une question silencieuse. Tu vas bien ? Xion lui répondit par un sourire, sentant son cœur se réchauffer un peu. Autrefois, ç'aurait été Roxas, qui lui aurait envoyé ce genre de signal muet, et ils se seraient compris tout aussi bien.

Parce qu'ils étaient la même personne, tous les trois, quoique pas vraiment, mais un peu tout de même.

« Mais, qu'est-ce que tu fais ici, Dem... Euh, attend, c'était quoi déjà ? » questionna Sora.

Yemd éclata d'un rire joyeux, simple.

« Oh, tu peux m'appeler Demyx, si c'est plus simple ! J'm'embrouille aussi, avec toutes ces histoires, t'sais ? Ca m'dérange pas, ça fait comme un genre de pseudo, c'est classe ! Et sinon, bah, je vis ici, en fait. »

Il ressemblait tellement à son Simili que c'en était troublant. Des cheveux plus longs, peut-être... Il était vêtu d'une toge blanche, visiblement caractéristique des habitants de ce Monde, et portait en bandoulière un instrument à trois cordes, en bois, évoquant une guitare, ou bien le Sitar de l'ancien Numéro IX. Mais c'était le même sourire et les même yeux, même si pas exactement la même démarche, et...

« Comment ça, tu vis ici ?

-Bah, j'sais pas, j'suis né là. Dans ce Monde, je veux dire, pas à Thèbes précisément, un peu plus loin. J'étais venu au Colisée pour devenir un héros ! »

Devant Xion, Sora et Roxas échangèrent un regard perplexe. Ce fut le Simili qui pris la parole, avec un sourire évoquant une espèce de moquerie contenue.

« Toi, un héros ? Vraiment ?

-Ouaip ! fit Yemd avec un grand sourire, avant de se renfrogner juste un peu. Enfin... Ouais, ce projet-là a un peu avorté.

-Ca demandait trop d'efforts ? » soupira Roxas.

Xion savait qu'il songeait à ces fameuses missions au Colisée, où Demyx le laissait faire tout le sale boulot et disparaissait, sans doute pour faire la sieste sous un arbre ou autre chose. Peut-être aussi pour ne pas être reconnu par les résidents de son Monde d'origine, maintenant qu'elle y pensait...

« Un truc comme ça, répondit leur guide avec un sourire évasif.

-Eh ! fit Sora. On pourrait aller au Colisée, d'ailleurs ! Dire bonjour à Phil et Herc' !

-On doit aller enquêter... » lui rappela Roxas, avec plus d'affection dans sa voix qu'il ne sembla s'en rendre compte.

Sora lui fit une moue boudeuse.

« Justement ! Faut bien qu'on commence quelque part ! Eh, Demyx, tu peux nous y conduire ? »

Un sourire dramatique s'échappa des lèvres de Yemd. Il s'arrêta en plein milieu du trajet pour se tourner vers eux, forçant les autres passants des rues bondées à les contourner.

« Le Colisée ? Oh, vous êtes sérieux ? C'est à l'autre bout de la ville ! Argh, mes pauvres jambes...

-Alleeeez, on pourra pas se repérer, sans toi ! »

Le citadin parut peser le pour et le contre de façon très sérieuse. Concentré. A en croire son expression, il s'agissait d'une question de vie ou de mort. Xion ne put s'empêcher de sourire, et quelques souvenirs refluèrent. Les quelques bons moments passés à la Citadelle, heureusement assez rares pour que ça ne lui manque pas.

« Hum... Ouais, bon, ok, mais vous m'faites souffrir, vous savez ? »

Sora baissa les yeux au sol, l'air navré, bien trop pour une telle broutille.

« Désolé...

-Ah bah, c'est toi qui a insisté, hein ! fit Yemd en retrouvant ton sourire et en lui assénant une tape dans le dos.

-Nan... J'parlais pas pour ça. C'est... »

Roxas parut comprendre avant Xion, vu comme il portait son poids d'un pied sur l'autre, mal à l'aise, et puis déclara en jetant un regard circulaire à la foule :

« On devrait parler de ça ailleurs, nan ? C'pas vraiment l'endroit. »

Yemd croisa les bras, pas dérangé le moins du monde d'être devenu un obstacle pour les autres passants, et fixa Sora avec un œil un peu ennuyé, un peu innocent, qui rappelait bien son vis-à-vis.

« Hum... Si tu causes de ce que tu m'as fait la dernière fois qu'on s'est croisé... Enfin, Demyx, plutôt. J'ai du mal avec ces histoires de Simili. J'm'en fous un peu, de si c'était vraiment moi ou une partie de moi ou quoi... Bref. Si tu parles de ça, t'inquiètes ! C'est déjà oublié !

-Mais... commença Sora avant de chercher ses mots. Je t'ai tué ! J'ai... Je ne savais pas ! On m'a dit que les Simili ne possédaient pas de cœur, tu sais ? J'me suis pas fait ma propre idée... Pas avant qu'Axel... Pardon. En fait, je devrais m'excuser auprès de vous deux aussi... »

Il s'était tourné vers Roxas et Xion. La jeune fille pinça les lèvres, le cœur battant. Elle ne blâmait plus Sora, depuis qu'elle savait qu'il n'avait pas délibérément tué Axel. Cependant, le souvenir était tout de même douloureux. Moins qu'au début. La douleur du deuil s'atténuait. Est-ce qu'elle disparaîtrait tout à fait un jour ? Bizarrement, Xion souhaitât que non. En revanche...

« Je ne comprend pas, fit-elle doucement. Tu as... tué Demyx ? »

Elle n'avait jamais entendu toute l'histoire. Son original hocha la tête.

« J'ai dû éliminer beaucoup de membres de l'Organisation, oui. Ils... Je ne pouvait pas les laisser semer la panique dans les Mondes. Mais en même temps...

-Eh, ça suffit, c'est super déprimant ce que tu racontes ! s'insurgea Yemd. Et puis, bah, j't'ai dit, je t'en veux pas. Tu faisais ton boulot, nan ? On était tous les deux obligés. C'est la vie ! »

Il souriait. Sora releva la tête vers lui, une lueur ébahie dans le regard.

« Tu le penses vraiment ?

-Oh, j'pense pas beaucoup, tu sais ! Mais ça, je le ressens. Pas ta faute, pas la mienne non plus. On s'en fout, maintenant ! Bon allez, on se dépêche d'aller au Colisée ! J'devais y rentrer de toute façon, mais c'est teeeeellement loin ! »

Et juste comme ça, ils reprirent la route, avec Sora plongé dans ses pensées, réalisant sans doute quelque chose qui ne l'avait jamais effleuré. Il paraissait toujours si confiant... Et pourtant, quelque part, la culpabilité le rongeait. Depuis combien de temps ? Soudain, Xion eut envie de le réconforter à son tour, mais ce n'était pas le bon moment. Jamais le bon moment pour quoi que ce soit.

Elle aurait aimé dormir. Le contrecoup des événements la rattrapait. Une éternité depuis sa dispute avec Néo, semblait-il, et son esprit se trouvait davantage fatigué que son corps.

Du coin de l'oeil, elle vit Roxas la dévisager, insondable, et elle ne put que lui rendre son regard. Que dire d'autre que ce qui avait déjà été dit ? Elle ne se sentait pas légitime pour aborder un quelconque sujet avec lui, grave ou léger. Elle n'était rien, pour lui, juste une fille qu'il avait vaguement côtoyé durant quelques jours, dans la Citadelle de Lumaria, et qui paraissait légèrement louche... Puis qui reparaissait en clamant être sa meilleure amie, dont il ne gardait aucun souvenir.

Mais il fallait qu'elle arrête d'y penser ! Elle les avait rejoint en connaissance de cause, et elle n'était pas une enfant ! Il fallait qu'elle cesse de se morfondre, et qu'elle avance, qu'elle se concentre sur le présent plutôt que sur les erreurs, les regrets, les chagrins. Si son amitié avec Roxas avait signifié quoi que ce soit, alors son cœur se souviendrait pour lui en temps voulu, non ? Et pour Axel, elle n'y pouvait plus rien.

Quant à Néo... Elle revoyait ses yeux accusateurs, et son estomac se tordait d'une émotion douloureuse. Il faudrait du temps, pour passer outre cette vision-là.

Du givre-souvenir s'était formé au bout de ses doigts, et elle les frotta pour faire disparaître la matière agaçante. Ironique, que ce soient ce passé douloureux qui lui permette d'encore se battre, même sans la Keyblade, mais qui entravait pourtant si fort son cœur...

Une paire de doigt claqua devant ses yeux et la tira de sa rêverie égocentrique. C'était Yemd, un sourire mi-figue mi-raisin étalé sur le visage.

« Ah, bah, j'allais finir par croire que tu m'ignorais, miss !

-Je m'appelle Xion, pas miss.

-Et elle parle ! s'émerveilla l'autochtone. Merveilleux. Eh, dis, donc tu peux manier la Keyblade, toi aussi, comme les deux gus ?

-Non. Avant oui, mais plus maintenant.

-Ah ouais, c'possible ça ?

-Je ne sais pas... En théorie, peut-être pas. »

Elle répondait aussi franchement que possible. Yemd se gratta le menton, l'autre main fixée sur la bandoulière de son instrument. Il dut décider que le sujet était trop difficile et en changea.

« Du coup, pourquoi t'es avec eux ?

-Je suis un clone de Sora, créé par l'Organisation pour lui voler ses souvenirs et son pouvoir, mais j'ai fini par me lier d'amitié avec Axel et Roxas. Je suis retournée en Sora pour pouvoir lui rendre ce que je lui avait volé, mais du coup, personne ne se souvient que j'ai existé. Finalement, je suis revenue à la vie en même que Roxas, et me voilà. »

Elle ne savait pas pourquoi elle racontait tout ça, ni si elle aurait dû, mais, eh... C'était la vérité, après tout, non ? Pourquoi s'embarrasser de mensonges ? Peut-être que la fatigue parlait à sa place, tout simplement.

Elle n'y avait jamais pensé plus que cela, d'ailleurs. Un peu avant sa renaissance, Sora avait eu des... problèmes. Des Ténèbres dans son cœur. Et il y avait eu ce garçon, qui ressemblait si fort à Roxas... Quoiqu'il ait fait, cela avait sauvé Sora, et libéré ceux qui se dormaient en lui.

Il y eut un silence. Le visage de son vis-à-vis n'exprimait rien. Puis finalement :

« C'est bizarre, mais ok. »

Xion ouvrit des yeux ronds.

« Tu... me crois ? Juste comme ça ?

-Qui irait inventer un truc débile pareil ? répondit simplement Yemd, avec l'espèce de flegme de celui qui n'avait pas cherché plus loin. Ca veut dire que je te connaissait, du coup ? »

La jeune fille hocha lentement la tête, hésitante. La manie de Yemd de parler de son Simili comme de lui-même la mettait mal à l'aise, un peu. Elle repensa à ses propres rêves, du temps de l'Organisation, lorsqu'elle pensait qu'ils reflétaient sa vie d'avant – et elle n'avait pas eu tort, mais...

« Demyx me connaissait, oui, acquiesça-t-elle. On n'était pas très proches, mais... Je crois qu'on s'entendait bien ?

-Ah, cool ! »

Il semblait réellement content.

« Du coup, ça veut dire que je retrouve une autre ancienne pote ! »

Xion ne put émettre qu'un rire un peu gêné, faute de savoir quoi répondre à cela. Et pourtant, quelque part, ça lui faisait plaisir...

Elle entendit Roxas émettre un soufflement de nez.

« Si tu me considère comme un 'pote', fit-il avec un sourire moqueur, je ferais mieux de te rappeler comment t- comment Demyx me laissait en plan à chaque mission ! Surtout au Colisée, d'ailleurs !

-Eh, faut me comprendre, aussi ! se récria Yemd. Faut dire, j'pouvais pas juste entrer là-dedans et faire coucou à mon ancien entraîneur en mode, eh salut, je suis mort mais pas trop ! Bon au final c'est ce que j'ai fait quand je suis redevenu moi-même mais...

-Quoi ?! se réveilla Sora. Phil t'a entraîné ?

-Malheureusement pour lui ! rit le concerné. Enfin, il a eut l'air content que je sois pas clamsé, après tout, alors je suppose que j'ai pas trop abusé.

-Eh beh, si j'avais su... »


Le Roi Mickey faisait rouler la pierre lumineuse entre ses énormes doigts gantés de blanc, pensif. Même lorsque son regard se faisait sombre, sa physionomie le faisait passer pour quelqu'un qui ne prenait pas vraiment la situation au sérieux. Comme si c'était pour de faux, qu'il ne s'agissait que d'un jeu, une comédie, allons vaincre le méchant, haut les cœurs ! Riku savait néanmoins que le Roi prenait tout cela très au sérieux, au moins autant que le reste d'entre eux. Tous les habitants du Monde Disney possédait ce genre d'expressions naïves. Les apparences étaient trompeuses.

« C'est bien la Pierre de Lune, décréta finalement la souris. Les textes semblent coller, et puis...

-... Elle dégage un pouvoir » compléta Aqua d'un air grave.

Ils s'étaient réunis dans un couloir de la Contrée du Départ, non loin de la chambre où ils détenaient Vanitas enfermés. Quelques fois leur parvenaient des bruits sourds, des coups contre les murs ou les portes, et ils faisaient de leur mieux pour l'ignorer.

Le Roi hocha la tête, sans détourner ses yeux de l'artefact. Une lueur paraissait en émaner, refluer de temps à autres comme un cœur qui bat, très lentement. Sa clarté se reflétait dans les yeux immenses de Mickey, semblaient y pénétrer...

Celui-ci secoua la tête violemment, paupières fermées. Lorsqu'il les rouvrit, son air soucieux n'annonçait rien de bon.

« Je ne peux pas la garder » fit-il d'un ton péremptoire, que Riku ne lui avait jamais entendu et qui contrastait nettement avec sa voix fluette.

Kairi haussa un sourcil.

« Il y a un problème ?

-C'est délicat... souffla Mickey. Cette chose exerce un pouvoir... Il est vraiment difficile de ne pas se laisser corrompre.

-Laissez-la moi, alors, fit Kairi en s'avançant. Je suis une Princesse de Coeur, ça ne devrait pas me poser trop de souci... Enfin, je crois. »

Le Roi eut un sourire doux.

« J'aimerais pouvoir te donner raison, Kairi, mais au contraire, il ne faut surtout pas que tu mettes la main sur cette Pierre de Lune. Tu es déjà trop près... »

Si la jeune fille s'en trouva vexée, elle n'en dit rien, se contentant d'afficher un air perplexe. Naminé, à côté d'elle, lui prit la main discrètement.

« C'est quoi, cette histoire ? » questionna brusquement Riku pour éviter d'attendre que quelqu'une d'autre ne pose la question.

La discussion s'éternisait. Il s'en foutait bien, de ce truc, il voulait juste aller voir si Vanitas allait bien – probablement pas. On l'avait jeté dans une chambre, pieds et poings liées, fenêtres et portes verrouillées. Il y avait des cellules, au sous-sol du Manoir, bien mieux adaptées à ce genre de situations, mais personne n'avait évoqué l'idée, même pas Aqua. S'il parvenait à sortir, il y avait cinq Porteurs de Keyblade dans le couloir prêts à le dissuader de faire un pas de plus, quoiqu'il n'écouterait probablement pas la voix de la raison, vu son état.

Il a essayé de te tuer, siffla une voix insidieuse à l'intérieur de Riku, qu'il chassa prestement. Et alors ? C'était à cause de cette foutue pierre, rien d'autre. En temps normal, il n'aurait pas...

« Eh bien, poursuivit Mickey une fois qu'il eut réfléchi à son explication, cette Pierre de Lune est un morceau du Kingdom Hearts. Il s'en dégage, de ce fait, un pouvoir incommensurable... Qui n'appartient ni aux Ténèbres, ni à la Lumière. Ou plutôt, qui appartient aux deux camps à la fois. Un tel pouvoir, une telle puissance, donne l'impression à son Porteur d'être invincible... D'être en mesure d'accomplir tout ce qui lui passe par la tête. Et peut-être est-ce possible. Peut-être... »

Son regard se fit vague de nouveau.

« Majesté ! s'exclama Kairi, le tirant de la rêverie.

-Pardon ! Vous voyez, c'est exactement ce à quoi je faisais allusion ! Cette chose est dangereuse. Ce n'est qu'une théorie de ma part, mais j'ai le sentiment que, plus notre affiliation à la Lumière ou aux Ténèbres est forte, plus la tentation est grande. Alors, Kairi, avec ton cœur de pure Lumière, j'ai bien peur que tu ne réagisse aussi mal au contact de la Pierre que l'a fait Vanitas.

-C'est ridicule ! »

Presque tous sursautèrent à la répartie de la jeune fille, inattendue. A présent, son visage exprimait une fureur qui ne s'y trouvait pas quelques minutes auparavant.

« Je sais me contenir, non ? fit-elle en tapant du pied.

-Kairi, voyons, tu as écouté ? déclara Aqua. Ce n'est pas...

-Et puis, la coupa la Princesse avec un brin de mépris dans la voix, je ne suis pas comme lui. Je ne deviendrai pas folle, moi ! »

Riku fronça les sourcils. Pour une raison étonnante, Kairi avait toujours supporté Vanitas, et était ce qui pouvait s'approcher le plus d'une amie pour lui, hormis Riku. Alors, la voir parler de lui ainsi, avec dédain...

« Pourquoi vous me regardez tous comme si j'étais un monstre ? continua-t-elle en criant presque. Donnez-moi ça, Majesté ! »

Elle s'avança, mais Lea fut plus rapide qu'eux tous, sans doute car il avait vu venir le retournement de situation. Sa Keyblade stoppa net la jeune fille dans son élan. Pendant un instant, elle parut reprendre ses esprits, le fixant avec un étonnement non feint, mais le visage de Lea s'était fermé. Sourire figé, presque menaçant.

« J'te conseille de sortir de là tout de suite, Princesse. »

Il tourna légèrement le menton pour porter son regard acide sur Naminé.

« Toi aussi. »

La Simili était plus silencieuse, plus discrète que Kairi, mais elle possédait le même cœur. Riku fut horrifié de voir passer dans le regard de la blonde, si calme et mesurée, un éclat de convoitise. Ce fut bref. Finalement, elle saisit Kairi par le bras et la tira doucement à sa suite, dans la direction du hall d'entrée.

Si ce foutu caillou pouvait transformer jusque Naminé en créature avide de pouvoir, pas étonnant que Vanitas ait succombé autant. C'était terrifiant.

Les Porteurs restant fixaient la Pierre de Lune, silencieux. La main du Roi qui était refermée sur elle tremblait légèrement.

« Il faut la confier à quelqu'un qui ne se fera pas avoir, résuma Aqua. Mais une telle personne...

-Il faudrait quelqu'un de neutre, acquiesça Mickey. Quelqu'un au-delà des affiliations de Lumière et de Ténèbres, mais pas uniquement cela. Je pense que les peurs et les désirs des gens les amènent à utiliser le pouvoir de la Pierre. Une personne sans désir égoïste... Est-ce seulement possible ? »

Riku dévisagea discrètement les personnes présentes. Il était surpris que Mickey ne corresponde pas lui-même à cette description. Connaissait-on réellement le cœur des gens, après tout ? Aqua sembla sur le point de dire quelque chose, mais finit par baisser la tête d'un air coupable. Lui-même ne se sentait pas à la hauteur non plus. Finalement, Lea éclata de rire.

« Ah ! Je crois qu'on a justement le candidat parfait pour ce poste. »

Les autres le fixèrent sans comprendre. Il soupira.

« Enfin, c'est pourtant évident... Bon, il faudra attendre qu'il revienne, mais ça va l'faire ! »


Philoctète ne parut pas ravi de voir Yemd débarquer avec son sourire angélique et son instrument dans le dos – un pandore, leur avait-il dit en cours de route. Le minuscule satire poussa un grognement fatigué.

« Ah, Yemd, encore toi... grinça-t-il.

-Yo !

-Alors, qu'est-ce q- Oh ! »

Il remarqua enfin les invités que lui apportait l'autre citadin. De surprise, il fit un espèce de petit bond grotesque.

« Oh, Sora !

-Phil !

-Ca fait un bail, garçon ! Ton entraînement se passe bien ? Eh, où sont les deux zigotos qui t'accompagnent normalement ? Me dis pas que tu les as échangés pour une donzelle et... »

Son regard s'arrêta sur Roxas. Il plissa ses petits yeux, leva le nez pour mieux le détailler, puis ouvrit la bouche, dubitatif :

« On s'est... Déjà vu quelque part, non ?

-Ah, ah, je ne crois pas... » répondit le Simili avec un espèce de rire nerveux, tout en détournant les yeux, s'attardant sur tout sauf le visage scrutateur de Phil.

Pour peu, il en aurait transpiré à grosses gouttes. Xion comprenait, mais ça ne l'empêchait pas de trouver la situation particulièrement drôle. Si l'entraîneur se rendait compte qu'il s'agissait du jeune homme qu'il avait entraîné quelques années plus tôt par erreur, avant qu'il ne disparaisse dans la nature, il lui passerait sûrement le pire savon de l'histoire des savons. Ce serait compliqué à expliquer...

Elle pourrait se servir de cette information, réalisa-t-elle. Dire à Roxas qu'elle se souvenait de ça. Il ne l'avait raconté à personne d'autre qu'Axel, à sa connaissance. S'il pensait encore qu'elle mentait...

Pas le moment. Phil finit par se détourner, après une sorte de grognement.

« Ouais, bon, marmonna-t-il. Qu'est-ce qui vous amène dans le coin ? Vous avez fait connaissance de l'énergumène qui me parasite, à c'que j'vois ?

-Oh, t'exagère, Philou ! fit joyeusement ledit parasite en regardant autour de lui. Eh, il est pas là aujourd'hui, le cousin Herc' ?

-Nan, partit en rendez-vous galant ! râla le satire en haussant les yeux au ciel. Une perte de temps, une perte de muscles ! Enfin...

-Oh, dis donc, laisse-le vivre... » soupira Yemd en s'asseyant à même le sol poussiéreux.

Il commença à gratter quelques notes de son pandore, comme si la situation était parfaitement banale. Une autre information intriguait Xion. Elle se pencha vers Roxas.

« Est-ce qu'il vient de dire que Hercule est son cousin ? »

Elle le connaissait de nom. Lorsqu'elle effectuait des missions au Colisée, elle voyait partout des statues à son effigies, des publicités, des sandales avec son visage... Si ce héros était réellement apparenté à Yemd, pas étonnant que Phil ait accepté d'entraîner ce dernier, pas vrai ?

Sora, qui avait entendu la question, se tourna vers elle en souriant.

« Mais nan, c'est un terme affectif, ça veut dire qu'ils sont très amis ! expliqua-t-il. Wakka, sur l'île, il appelait tout le monde comme ça, même les filles. Pourtant, on était pas de la même famille. Quoique, c'est une petite île, peut-être que quelques générations plus tôt... »

Yemd releva la tête, l'air presque désorienté, comme s'il tentait de capter quelques mots clés de la conversation.

« Hum ? Ah, Herc' est réellement mon cousin. Mon père est le frère de son père ou un truc comme ça. Ou son fils. On a un arbre génialissime compliqué.

-Gé-né-a-lo-gi-que ! » rectifia Phil comme s'il devait le lui répéter trente fois par jour.

Yemd lui renvoya un sourire éclatant.

« Ouais, ça ! »

Xion se demanda vaguement s'il ne le faisait pas exprès pour l'embêter. Elle n'eut pas le temps d'approfondir sa réflexion que Sora prit la parole.

« Ah, pourtant vous vous ressemblez pas tant que ç- Attends, quoiiiiiii ?! Mais... Mais le père de Hercule, c'est, euh... C'est un dieu, nan ?

-Ouaip ! fit le musicien en reportant son attention sur sa drôle de guitare, pas perturbé le moins du monde par l'ahurissement des autres.

-Attends... intervint Roxas plus bas. Ca veut pas dire que t'es un dieu, quand même ? »

L'idée semblait le consternait. Demyx, qui n'en fichait pas une en mission, Demyx qui faisait semblant de ne pas comprendre les ordres pour ne pas qu'on lui donne de missions difficiles, Demyx qui peinait à abattre de petites Ombres de bas niveau, serait le Simili d'une divinité ? Xion n'ajouta rien, parce que les garçons avaient bien exprimé son propre étonnement face à la chose.

« Demi-dieu, en fait, précisa le concerné en grattant quelques accords. Ma mère était poissonnière.

-J'vous rassure, intervint Phil avec un soupir proche du désespoir, il tient plus de la poissonnière que du grand Poséidon.

-Eh, mon Simili savait contrôler l'eau, j'te signale ! Ca vient pas de nulle part, ça !

-Ton Simili j'sais pas, mais toi, t'as jamais fait l'ombre d'un miracle ! Et c'est bien ça l'problème ! »

Pour toute réponse, le musicien lui tira la langue. Roxas et Xion échangèrent un regard médusé, qui aurait pu paraître pour complice en un autre temps. Demyx... S'ils avaient su !

Seul Sora semblait avoir surpassé le choc assez aisément et retrouvé son état ordinaire de pile électrique. Il s'assit en tailleur à côté de Yemd, pendant que les autres restaient debout – bien que Phil soit à leur hauteur même campé sur ses deux pattes.

« Eh, alors toi aussi tu pourrais être immortel, si tu voulais ? »

Xion fronça les sourcils. C'était quoi cette histoire d'immortalité ? Bien qu'elle n'osa pas poser la question, elle la rangea dans un coin de son esprit pour plus tard.

« Oulah, non, j'touche plus à ça, moi, rigola Yemd. J'ai déjà clamsé une fois à cause de ça, c'est suffisant. »

Sora le fixa sans vouloir comprendre, tandis que Xion baissait les yeux au sol. Oh...

Phil secoua la tête, l'air soudainement triste.

« T'abordes le sujet d'un air tellement léger...

-Eh, j'suis là maintenant, non ? Puis ça va Philou, j't'en veux pas, arrête avec cette tête de coupable, ohlala !

-Tu veux dire... commença Roxas, hésitant. Quand tu es... Devenu un Simili, c'est... »

Ce fut Phil qui prit la parole.

« P'tain, la journée est trop belle pour parler d'ça... Mais bon, si Yemd y voit pas d'objection... »

L'ex-Simili fit un geste nonchalant de la main pour l'enjoindre à continuer, puis se concentra pour jouer une petite mélodie pendant le discours de son ancien entraîneur.

« Le p'tit gars était venu me voir en clamant être le fils de Poséidon et vouloir devenir un héros, pour la gloire, l'immortalité, se la couler douce sur l'Olympe... Bref, j'pense pas que ça vous étonne, venant du bonhomme. Je l'ai pas cru, bien sûr. J'entraînais déjà Herc', j'me suis dit qu'c'était un genre d'arriviste qui avait eu vent de l'histoire et me baratinait un truc... Bon, Poséidon a confirmé, alors j'ai dit ok, mais que je lui ferais pas de cadeaux ! J'aurais peut-être dû être plus tendre... »

Il se stoppa, la voix pleine de chagrin et de culpabilité. Yemd haussa les épaules.

« T'y pouvais rien, j'étais un cas désespéré ! Bref, Sans-Coeurs au Colisée pendant mon premier tournoi, moi pas à la hauteur, bla, bla, bla... La suite, vous la connaissez. »

Xion pinça les lèvres, pensive. Elle n'était pas la seule à avoir connu une fin tragique, puis une seconde chance. Visiblement, Yemd s'en accommodait bien. Elle songea à Arlène, à Ienzo, à Roxas... La plupart semblaient se sentir perdus, après être revenus à la vie. Pas évident, de trouver sa place dans un univers qui avait tiré une croix sur vous. Alors, comment faisait-il, ce petit musicien, pour paraître si insouciant et heureux ? Pendant un moment, elle le jalousa. De quel droit lui s'en tirait si facilement et pas elle ? Est-ce qu'elle faisait quelque chose de travers ?

« Eh ben... commenta Sora de façon très éloquente.

-Eh, c'est rien ! soupira Yemd de son éternel air nonchalant. J'suis là, maintenant, non ? Un peu grâce à toi, d'ailleurs.

-Ouais... Ouais, j'suppose. »

Il ne semblait qu'à moitié convaincu. Ce fut Philoctète qui changea de sujet, brusquement.

« Bon ! C'est pas tout ça, mais quel bon vent vous amène, tous les trois ? Encore des ennuis en perspective ?

-C'est l'idée, oui. »


Ah, vous revoilà !

Surpris ? Pour l'humain de Demyx, je ne voulais pas tomber dans la facilité en le plaçant à Atlantica comme la plupart des fanfictions à son sujet. Puis j'ai cherché le nom qui fasse le plus grec possible... Ou du moins, le moins "pas grec", quoi. Bon j'aurais pu l'appeler Ydem mais, euh... Bouais.

N'hésitez pas à commenter, ça fait toujours plaisir ! A bientôt !