Heeeey !
J'ai une bonne nouvelle ! Si je publie un chapitre toutes les deux semaines, j'ai de quoi tenir jusqu'en novembre ! Eh ouais !
J'ai une moins bonne nouvelle, c'est que je reprend les cours mardi. Qui dit cours, dit moins de motivation pour écrire. Enfin... On va y arriver, vous en faites pas ! D'ailleurs, quand je finis un chapitre, je le note généralement sur mon profil, si ça vous intéresse de suivre l'avancée. Par contre, toutes mes autres fanfictions, à part celle-ci, sont en pause pour le moment.
Au dernier chapitre, j'ai peut-être oublié de remercier ceux qui avaient laissé une review. J'en suis navrée. Voilà ce qui arrive quand on poste à la va-vite. Du coup, merci !
Et bonne lecture !
32. Doutes
Riku ne comprenait pas. Il s'était impatienté durant toute la discussion, n'avait pensé qu'à aller retrouver Vanitas, et maintenant qu'il se trouvait sur le pas de la porte, la main sur la poignée, il hésitait.
Moi je sais pourquoi, fit la voix de sa conscience. C'est parce qu'il a essayé de-
Me tuer. Je sais. Ferme-la.
Peut-être que Kairi devrait aller lui parler à sa place. Ou Naminé, ou peu importait. Quelqu'un de confiance. Peut-être que Vanitas ne voulait réellement plus le voir. Qu'il le détestait autant qu'il le prétendait.
Mais Riku savait que tout ça était à cause de cette foutue pierre. Il savait, et pourtant, les angoisses tournaient dans son crâne. Et si les effets perduraient, même après qu'on l'ait séparé de ce truc à la con ? Et s'il ne pouvait jamais revenir à son état normal ?
Bordel, y'avait pourtant un moyen de connaître les réponses, et il s'agissait de tourner cette poignée de porte !
Il inspira. Entra.
La chambre était dévastée. Les rideaux tirés donnaient à la pièce une ambiance claire-obscure qu'un pan un peu sarcastique de l'esprit de Riku trouva de circonstance. Ce devait être la bonne dizaine de Nescient présents qui avaient renversés les chaises, poussé le lit contre le mur, mis en pièce le matelas et fait tombé la lourde armoire de chêne en plein milieu de la pièce. Ce ne pouvait pas être l'oeuvre de la silhouette prostrée juste sous l'encadrement de la fenêtre, les bras autour de ses genoux et lesdits genoux ramenés contre son torse.
Vanitas ne semblait pas bouger, même pas respirer, et Riku retint son souffle lui-même, avant que l'autre ne relève lentement la tête, avec une espèce de sourire tordu et des yeux fatigués qui luisaient dans la pénombre, sous ses mèches de corbeau.
Pendant un moment, il sembla vouloir lancer une de ses répliques sarcastiques, mais n'en fit rien, sans doute car il ne trouvait rien d'éloquent à dire. C'était rare.
Riku se rendit compte qu'il avait oublié de fermer la porte. Pourtant, aucun Nescient n'avait fait mine de s'enfuir. Ils se contentaient de le fixer de leurs yeux rouges et vides, et… Ces choses possédaient-elles une conscience ? Que pensaient-elles de lui, au juste ?
Le voyaient-elles comme un ennemi ?
Il referma prudemment la porte. Le seul point faible de la pièce. Aqua avait fait usage d'une magie plutôt impressionnante afin d'enfermer Vanitas. Elle en paraissait tout aussi surprise que le reste d'entre eux, d'ailleurs, lorsqu'elle avait apposé le sceau magique sur les fenêtres de la chambre, que seule elle pourrait défaire. Elle avait même trouver un moyen d'empêcher le captif de se servir de sa Keyblade.
Mais Riku n'y pensait pas en cet instant. Il se demandait s'il devait invoquer Point du Jour. Sa main droite s'ouvrait et se refermait lentement, hésitante.
« Ils ne t'attaqueront pas, déclara son compagnon d'une voix lasse.
-Excuse-moi... »
Il ne savait pas pourquoi il réagissait ainsi. Moi je sais pourquoi, répéta la voix, et il l'ignora. Le souvenir ne lui faisait pas plaisir. Néanmoins, la partie rationnelle de lui savait qu'il n'avait pas besoin de s'en faire. Pas sa faute.
Mais si Lea était arrivé dix secondes trop tard...
Pas le moment de songer à cela. Il se rendit soudainement compte qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il aurait voulu dire et que son cœur battait trop fort et bordel, il le savait déjà avant, mais ça lui revint en pleine tronche, il était amoureux.
Qu'est-ce qui aurait pu le pousser autrement, à s'avancer désarmé dans cette pièce remplie de monstres qui pouvaient lui sauter à la gorge à tout moment, et juste de s'agenouiller en face du garçon contre qui il s'était battu le jour-même, celui qui empestait les Ténèbres, et à profiter qu'il ne lève le nez vers lui pour l'embrasser ? Ca ne pouvait pas être rationnel, même avec toutes les justifications du monde, et peut-être que c'était un peu ça qui lui plaisait. Peut-être pas, il s'en foutait pas mal. Il ne voulait pas trouver d'explications à ce qui se passait entre eux.
Il sentit vaguement Vanitas répondre à son baiser du bout des lèvres, comme méfiant. Il ne le repoussa pas, cependant, et ça rendit Riku un peu plus confiant, juste un peu. Quand leurs lèvres se séparèrent, pourtant, Vanitas baissa la tête de nouveau, replongeant dans le cocon de ses propres genoux. Un rire sombre lui échappa. Ensuite, ce fut le silence, un petit moment, avant que Riku ne trouve, parmi la multitude de ses interrogations, celle qui le préoccupait le plus.
« Comment tu te sens ? »
Quelques secondes passèrent lentement.
« Sérieusement ? croassa son petit ami. A ton avis ?
-Ouais, t'as raison. Je suis un imbécile. »
Il suffisait de voir l'état de la chambre saccagée pour se rendre compte que, en réponse à sa question, « mal » relevait de l'euphémisme et « très mal » n'exprimait pas mieux les choses. Ca lui semblait étrange, ce manque de mots après tout ce temps, les non-dits qu'ils ne pouvaient pas se permettre d'entretenir plus longtemps.
Finalement, il poussa un soupir.
« Tu me racontes ? demanda-t-il le plus doucement possible pour ne pas le brusquer.
-Me parle pas comme si j'étais un gosse » trancha Vanitas toujours sans bouger, quoique ses doigts se crispèrent peut-être un peu autour de ses genoux.
Y avait un espèce de tic tac constant dans sa tête, qui résonnait et ricochait contre les parois de ses os, et il mourrait envie de s'enfoncer les ongles dans la peau ou de s'arracher les yeux. Les Nescients affluaient à intervalle régulier, surtout des Mandragores apeurées sans aucun endroit où se terrer, aucun trou sombre dans le sol pour s'y faire oublier, rien que la pensée constante du manque.
Ca, et la voix de Riku qui s'excusait encore, comme si c'était sa faute, tout ce gâchis – et une part de Vanitas y croyait encore, et voulait lui griffer le visage et le mordre et le frapper jusqu'à ce qu'il lui avoue où ils avaient caché la pierre. C'était la sienne ! De quel droit venaient-ils lui dérober ce qui lui appartenait de droit ?
L'autre partie de lui avait conscience, depuis sa séparation avec ce truc, que sa conduite n'était pas normale, même pour lui. Que quelque chose, cette Pierre, lui avait insufflé un sentiment de puissance, mais aussi la haine, la paranoïa, la souffrance. Des impressions qu'il connaissait, mais qu'il n'avait plus de raisons de ressentir, et surtout pas envers Riku.
Et malgré cela, si on lui avait tendu la Pierre de Lune, il s'en serait emparé sans un remord et se serait enfui aussi sec. Ou aurait tout détruit sur son passage. Les deux solutions lui paraissaient tout aussi tentantes, et il y résistait tant bien que mal. Maintenant, à peu près débarrassé de son influence, il reprenait un peu ses esprits, suffisamment pour savoir distinguer ses vraies opinions des choses imposées à son esprit.
Mais, bordel, est-ce que ça avait toujours été si douloureux d'exister ?
Rien que de respirer, merde... Comme si on lui avait arraché un morceau de lui-même. La meilleure partie, évidemment. Et qu'il restait là en lambeaux et désemparé, une sorte de ruine dont personne ne voudrait. Un mot lui venait à l'esprit : dépendance. Ca, et aussi un souvenir, une situation similaire, que son cœur avait oublié. C'était peut-être à cause de ça que la Pierre avait eu une telle prise sur lui. Elle remplissait quelque chose dont il ne savait pas qu'il subissait l'absence.
Riku le fixait encore avec ses yeux de chien battu qui attendaient qu'il réagisse. Riku qui s'en fichait qu'il ne soit qu'une loque, emplie de Ténèbres de surcroît. Riku qui était venu le chercher et qui lui avait sauvé la vie plus d'une fois. Et qu'est-ce qui le retenait de le détester, maintenant ?
Quelque chose qu'il ne ressentait pas souvent le fit frissonner. Quelque chose comme de la honte. Décidément, sale journée. Un Nescient en forme de coffre se matérialisa et agita ses pattes arachnéennes pour se faufiler derrière un cadavre d'armoire.
« J'ai voulu te tuer. »
Il se demanda un moment s'il faisait bien de le lui rappeler. Mais, eh, c'n'était pas comme si l'autre l'ignorait – il avait été à l'autre bout de la Keyblade après tout.
« T'as hésité, répondit Riku d'une voix tendue qui fit rire Vanitas.
« Un peu, mais je l'aurais fait. J'allais le faire. »
Il se souvenait de la scène, de sa rancoeur, mais ça lui paraissait lointain, comme une chose qu'il n'aurait pas pu faire. Ca lui paraissait impossible. Il tuerait des tas de gens s'il le fallait, mais pas lui. Et pourtant...
« C'est pas grave, contra l'autre. J'veux dire, si, bien sûr, mais... Eh, t'étais pas dans ton état normal, si ?
-Ah, vous avez réussi à deviner ça tout seul ? Je suis agréablement surpris. »
Le sarcasme. Bon. Son naturel revenait au galop, apparemment.
« C'était pas difficile, fit Riku d'un ton un peu plus léger lui aussi. Tu n'étais pas... Je sais que tu n'aurais jamais fait ça. »
Il lui faisait tant confiance que ça ? C'était dur à croire, encore maintenant. Depuis combien de temps, il traînait avec ces défenseurs des Mondes, au juste ? Combien de temps depuis que Kairi l'avait libéré par inadvertance du monde des Ténèbres ? Il ne parvenait toujours pas à se faire à l'idée qu'ils l'acceptaient – du moins, certains d'entre eux. Il voudrait les secouer, leur demander ce qu'ils avaient fait de leur instinct de survie.
Parfois, même lui ne se faisait pas confiance, après tout. Surtout après toutes les conneries qu'il venait de faire. Une seconde de plus, et...
« Pfff, soupira Vanitas. T'es un imbécile.
-J'ai tort ? » rétorqua l'imbécile en question.
Non. Et peut-être qu'il lui devait des explications. Le peu qu'il parvenait à démêler de ce brouillard, et de tous ces sentiments qu'il n'arrivait pas toujours à étiqueter. Alors, il lâcha :
« J'avais l'impression d'être complet. Comme quand je faisais partie de Ventus. »
Etrange, que ce soit la première chose qui franchisse ses lèvres. Complet et capable de tout et pourtant seul. Il n'avait pas été vraiment heureux, lorsqu'il était en possession de cet artefact. La plupart du temps, il se sentait anxieux et agité et il dormait mal. Et cependant, il s'y serait accroché quitte à en crever, ou à crever le reste des Mondes.
« Oh, répondit Riku. Je ne savais pas... Que ça te pesait, je veux dire.
-Moi non plus. Ca excuse rien. »
Il aurait aimé voir l'expression de l'autre en cet instant, mais cela voudrait dire le regarder en face. Finalement, la curiosité fut la plus forte, et il se risqua à lever la tête, un peu. Riku réfléchissait. Et aussi, il fronçait les sourcils, juste légèrement. Il se sentait mal, sûrement. A propos de l'état de son petit ami, ou de la tentative d'assassinat ?
« Mais ça concorde avec ce que le Roi disait, expliqua Riku. La Pierre de Lune est à la fois composée de Lumière et de Ténèbres. Peut-être qu'elle t'apportait un... équilibre ? »
La Pierre de Lune, hein ? Ca s'appelait comme ça ?
« Je l'ai trouvé dans le château de Maléfique » expliqua-t-il.
Il ne voulait pas y penser.
« Un mystère de résolu... »
Sa voix semblait hésiter encore, comme s'il était mal à l'aise. A cause de quoi en particulier ? Probablement un mélange de tout. Vanitas ne pouvait pas le blâmer, mais il ne savait pas comment répondre à ce genre de tension. C'était nouveau, pour lui, cette impression de marcher sur une corde raide, que chaque parole pourrait le faire chuter sans garantie d'un atterrissage sans dommages.
Il vit Riku se passer une main dans les cheveux, un peu nerveux, puis prendre une inspiration avant de recommencer à parler :
« Bon, voilà ce qui va se passer. C'est Sora qui va garder la Pierre, à son retour de mission. Toi, tu vas rester là un petit moment, quelques jours tout au plus. Après ça, si t'as l'air de ne plus vouloir étriper tout le monde, Aqua veut qu'on te surveille encore quelques temps, rien que pour être sûr... Je m'en charge, évidemment, c'était même pas sujet à débat. »
Malgré lui, Vanitas ne put se refuser un sourire moqueur. Mis à part la dernière phrase un peu bafouillée, le ton employé était presque professionnel, comme si Riku se faisait enfin aux tâches qui lui incombaient en tant que Maître de la Keyblade. Dans d'autres circonstances, il l'aurait taquiné à ce propos.
« T'aurais pas dû m'dire ça, nota-t-il néanmoins. Pour Sora. »
Un silence, le temps que Riku percute le sous-entendu dans sa voix. Tant mieux, parce que Vanitas n'aurait pas supporté de devoir lui expliquer. Rien que le fait d'aborder le sujet l'empêchait de se concentrer sur autre chose.
« Tu penses... Que tu pourrais lui faire du mal pour la récupérer ? »
Il disait cela comme si, le cas échéant, Vanitas ne serait pas responsable de ses propres actions. C'était vrai, mais cela fit pourtant monter en lui une bulle d'irritation. Il souffla pour se calmer un peu puis déclara, histoire de bien lui faire comprendre la situation :
« Riku, même en cet instant je m'retiens de te jeter en pâture aux Nescients et de me barrer. Par la porte non-verrouillée, soi dit en passant. En blessant ou tuant tout ce qui se mettrait en travers de ma route. C'est à ce point-là.
-Oh... »
Ses mains tremblaient rien que d'évoquer la chose. Il avait besoin de la Pierre, et réciproquement. Lui seul pouvait s'en servir correctement. Lui seul, et il savait exactement comment. Des images défilèrent dans sa tête. Des images de vengeance, de sang, à n'importe quel prix. Il se mordit la langue, et Riku lui lança un regard inquiet, mais ne dit rien, n'osa pas le toucher – et heureusement, parce que Vanitas l'aurait peut-être mordu lui aussi.
Bien sûr, qu'il pourrait juste s'enfuir par Couloir Obscur... Ou plutôt non. Il avait déjà essayé, à son réveil, lorsque la sensation de manque était encore plus forte que sa raison. Et essayé et réessayé et hurlé de frustration. Quelque chose bloquait sa capacité à se téléporter. Quelque chose ou quelqu'un, et il pariait sur un petit tour de magie de la part d'Aqua, même si une part de lui ne voulait pas lui prêter des pouvoirs aussi énormes.
Décidément, il se sentait déchiré même concernant les plus idiotes suppositions. La dualité de ses états d'âme faisait comme un marteau lâché dans sa boîte crânienne.
Finalement, il sentit une main se poser sur son épaule, et il ne s'esquiva pas. Son cœur eut un sursaut douloureux et agréable à la fois, mais il ne bougea pas d'un muscle. La main remonta jusqu'à sa nuque, se mêlant à quelques mèches de cheveux.
« Ouais bon, on fera en sorte de tenir Sora éloigné de toi, décréta Riku. Les premiers temps. Je pense que ça manquera ni à l'un ni à l'autre. Et puis, j'suis là pour te surveiller, non ? »
Eh ben, ça le rassurait pas. S'il devait péter les plombs, il préférait encore blesser quelqu'un qu'il n'appréciait pas. Aqua était en tête de liste, évidemment. Cela dit, il ne se voyait pas l'avoir sur les talons constamment. Et puis, il serait plus tenté de la tuer elle que Riku. Au final, ça irait bien comme ça. Ca l'obligerait à se contrôler.
« Eh, Riku ?
-Ouais ?
-Ca te va pas, cet air désinvolte, là. T'y arrive pas bien. »
Il ne cachait pas aussi bien ses émotions que Vanitas ou Sora, alors sa nervosité se sentait sous le ton badin. Riku eut un claquement de langue agacé.
« Roh, ça va, j'essaie, au moins ! Et puis bon, avec toi, les déclarations sérieuses tombent un peu à l'eau, al- Euh, qu'est-ce qu'il fait, celui-là ? »
La confusion due au changement de sujet se changea en embarras, puis en colère contre lui-même, lorsque Vanitas vit ce à quoi son petit ami faisait allusion. Un Nescient Inondeur donnait des tout petits coups de front sur le bras de Riku, comme pour essayer de passer en dessous, mais pas tout à fait. Le sujet de cette attention ne semblait pas effrayé de cette assaut ridicule, aucontraire, juste profondément perplexe.
Oh, sérieusement ? Maintenant, en plus ? Dans une situation pareille ? Le jour où il ne pouvait pas s'enfuir en courant pour ne plus jamais refaire surface ?
« Van ? Insista Riku devant son manque de réponse.
-J'sais pas.
-Tu mens. Y'a quoi ? »
Pendant ce temps, le Nescient insistait toujours, visiblement inconscient de la détresse de son maître.
Vanitas détourna le regard.
« Je... Crois qu'il veut, hum, que tu le câline. Ou que tu lui grattes la tête. Un truc comme ça. »
Silence.
« Vanitas ?
-Quoi ?
-Les Nescients... Ce sont le reflet de tes émotions, c'est bien ça ? »
Même sans le regarder, il percevait le sourire dans sa voix. Putain de merde.
« Je t'interdis de commenter. »
Les mains de Naminé tremblaient. Ses lèvres aussi.
Kairi s'était attendue à être celle ayant besoin de réconfort. Lorsque Lea leur avait demandé de sortir, elle avait juste senti une fureur indomptable se loger au creux de son estomac. Comment osait-il ? De quel droit ? Elle s'était sentie supérieure, tellement au-dessus de lui, d'eux tous... Mais elle n'était pas encore suffisamment stupide pour attaquer quatre Maîtres de la Keyblade à elle toute seule, alors elle avait obéi.
A mesure qu'elle et Naminé s'éloignaient de la Pierre, la fureur s'était mué un tas d'autres sentiments. L'humiliation, d'abord – comment étaient-ils parvenus à lui tenir tête à elle ? - puis une espèce de douleur indicible, et puis la réalisation de ce qu'elle venait de faire, de ressentir...Et pourtant pas tout à fait, plutôt comme au sortir d'un rêve. Pendant tout ce temps, elle avait serré la main de Naminé dans la sienne.
Ce ne fut qu'au contact de l'air frais, en se tournant vers sa petite amie, qu'elle remarqua l'air horrifié de celle-ci, et qu'elle compris. Elle n'avait pas été la seule que la Pierre avait appelé, qui aurait fait des choses horribles en cas de contact prolongé... Seulement, les sentiments de sa Simili avaient été si semblable aux siens, qu'elle n'avait tout simplement pas remarqué qu'ils ne faisaient que redoubler la convoitise qu'elle éprouvait elle-même. Mais Naminé était toujours si calme que ce moment d'égarement de sa part ne s'était pas autant vu que pour Kairi.
Seul Lea semblait s'en être aperçu. Soudainement, Kairi fut reconnaissant à son ami d'avoir pris les choses en main. Riku et Aqua n'auraient jamais levé leur Keyblade contre elles. Le Roi non plus, probablement. Mais il l'avait fallu. Si elles ne s'étaient pas éloignées de la Pierre de Lune...
Elle serrait Naminé dans ses bras pour la réconforter, et elle réalisait enfin. Une telle attraction... Personne ne pouvait blâmer Vanitas ne s'être fait prendre au piège. L'espace d'un instant, Kairi se vit en faire usage, repousser toute seule Mélodie, vaincre Xehanort et tous ses réceptacles, annihiler Ienzo... Et ces visions la terrifièrent. Personne ne devrait être capable de posséder un tel pouvoir, et ce même en pensant servir une noble cause.
« J'ai envie de vomir... chuchota Naminé.
-Je sais » répondit Kairi.
Cette histoire la dégoûtait, elle aussi. Elle ne voulait plus jamais poser les yeux sur cette chose de sa vie.
Dans un coin de son esprit, elle se faisait du souci pour Vanitas. Elle s'inquiétait. Est-ce qu'il irait bien, après tant de temps passé sous l'emprise de la Pierre ? Elle espérait que ça ne fiche pas tous ses efforts par terre. Il avait eu tant de mal à trouver une raison d'exister...
Des pas résonnèrent dans leur dos, sur les immenses marches de marbre du château. Il s'agissait d'Aqua, talonné de Lea. Les deux jeunes filles se levèrent à leur arrivée. Si la Maître affichait un air grave, Lea, lui, leur adressait un rictus indescriptible.
« Eh, commença-t-il, pardon pour tout ça. J'avais pas l'choix, vu la situation.
-C'est de notre faute, répondit Naminé. En fait, je... Merci.
-Ah, de rien, mais bon, ça fait deux fois aujourd'hui que je tourne ma Keyblade vers mes alliés. On est pas sensés faire ça, j'crois. Bref.
-Parfois, la situation l'exige, soupira Aqua. Mais personne ne blâmera personne, vu les circonstances. »
Kairi fronça les sourcils, se tournant vers Lea.
« Attend, deux fois ?
-Ouais euh, j'ai dû assommer Vanitas. Et lui lancer une boule de feu avant ça. Il a, euh, failli tuer Riku. »
Et cet idiot se serait laissait faire, évidemment. Elle le savait. Elle savait aussi que ce n'était pas la faute de Vanitas. Et elle tenait à ce dernier mais, si elle devait perdre l'un ou l'autre, elle ne choisirait pas son ami d'enfance...
Lea paraissait un peu ennuyé du rôle qu'il avait dû joué, néanmoins. Et elle comprenait cela aussi. Inévitable, et pourtant...
« Où est le Roi Mickey ? demanda Naminé.
-Parti emmener la Pierre de Lune au Château Disney. Il la fera garder dans une pièce difficile d'accès, avec des gardes de confiance aux portes.
-Donald et Dingo ?
-Dingo, oui. Pas Donald. »
Effectivement. Donald avait toujours eut un penchant pour les choses qui brillent, les trésors, et tout un tas d'autres choses. S'il s'était agi d'un objet ordinaire, il n'y aurait pas touché, néanmoins, tant que l'ordre émanait de son Roi. Mais en l'occurrence...
Kairi sentit à nouveau une légère nausée l'envahir en songeant que, désormais, ils devaient de se méfier de tous leurs alliés. Y compris elle-même. Y compris Naminé. N'importe qui était susceptible de les trahir sans le vouloir. Ecoeurant. Ils ne devraient pas avoir à prendre de tels précautions, mais l'univers était injuste et ses lois changeantes. Rien ne pouvait être simple, décidément !
Aqua poussa un lourd soupir de fatigue, et un silence s'installa, court mais lourd de doutes inexprimés. Arriveraient-ils seulement à empêcher la Pierre de Lune de tomber aux mains de leurs ennemis, si eux-mêmes ne pouvaient supporter ses effets ?
« Et maintenant, que fait-on ? souffla Kairi sans vraiment attendre de réponse.
-On attend que Sora et Roxas... et Xion, reviennent. »
Elle marqua une pause. Kairi fronça les sourcils. Oui, elle avait totalement oublié ! Cette fille... Cette fille qui lui ressemblait, qui se présentait comme un clone de Sora. Kairi ne savait pas quoi ressentir à son égard. Elle avait perçu qu'elle n'était pas leur ennemie, mais, tout de même, une histoire pareille... A vrai dire, elle aurait préféré ne pas avoir à y penser outre mesure, et pouvoir juste éviter de la recroiser à l'avenir. Ce serait impossible, bien sûr. Dès son retour, il faudrait jouer cartes sur tables, et Kairi ne savait même pas ce qu'elle pourrait bien lui dire. Même « bienvenue » lui paraissait inadéquat.
« Ensuite, poursuivit Aqua d'un ton solennel, je pense qu'il est temps de changer certaines choses, par ici. »
Elle les dévisagea, Lea et elle, avec une intensité qui fit frissonner Kairi. Pourtant, elle soutint son regard et redressa son dos. Elle ne faillirait pas, peu importe ce qu'on demanderait d'elle. Leurs ennemis les cernaient, et ce n'était pas le moment de chanceler, de se terrer dans sa personnalité d'antan, celle qui ne se sentait capable de rien, et en conséquence ne faisait rien. Cette Kairi-là existait toujours quelque part au fond d'elle et, parfois, menaçait de resurgir, mais la jeune fille était bien décidée à ne pas la laisser faire.
Aqua continua.
« Vous n'êtes plus des enfants, désormais. J'aurais préféré que Sora soit présent parmi nous, mais je réitérerais mon discours à son retour. Même si cela ne fait pas si longtemps, et que votre apprentissage a été pour le moins inhabituels, vous êtes mes apprentis, et je me permets de croire que je vous aies inculqué quelques choses utiles. Suffisamment de choses. Mes propres doutes m'empêchaient de le voir, mais vous êtes prêts. »
Elle marqua une nouvelle pause, volontaire cette fois-ci.
« Il est temps que vous passiez votre examen de maîtrise. »
Ce chapitre n'était pas sensé être aussi guimauveux. M'enfin. Ca fait pas de mal, une fois de temps en temps. N'hésitez pas à commenter, surtout, ça fait toujours plaisir, et puis ça motive !
