Saluuuut ! Ca va vous ? Moi oui. C'est l'week-end.

Au fait, sur le forum français de KH, on a un défi de fanfiction pour Halloween ! Tout est marqué sur mon profil, hésitez pas à participer !

Bref, je vous embête pas plus longtemps. Bonne lecture !


34- Abysses

Les Ténèbres. Marrant. Il n'y avait pas prêté tant attention que ça, mais il en avait toujours fait partie, à vrai dire. Autrefois, il y voyait un moyen de dépasser son original, de devenir plus puissant, de devenir quelqu'un.

A présent, elles l'engloutissaient, et il ne parvenait pas à trouver une quelconque raison de les en empêcher. Il se sentait mou, inconsistant, fatigué. Tant pis. Ce serait bien, pour une fois, de perdre un peu le contrôle. De se perdre, s'il le fallait. Il acceptait la défaite.

Cela avait quelque chose de reposant, de rassurant. Quelque chose qui le soignait, lui semblait-il, pansait ses plaies, les vieilles comme celles à vif. Les trahisons, les luttes acharnées, les fureurs, ce combat constant pour vivre...

Une paire d'yeux luisants s'ouvrit dans le non-lieu où son cœur se trouvait. Un sourire grinçant sur le visage d'un vieil homme, dont les lèvres remuèrent. Bienvenue. Et il se rapprochait, sans bouger un muscle, parce qu'il n'y avait pas de corps physique, là où ils se trouvaient, mais la distance s'amenuisait tout de même.

Et puis les images défilèrent. Naminé. Xion. Zack. Zack aux yeux dorés, Zack avec le même sourire que cet homme, Zack qui abaissait la lame de son épée, et le noir complet.

Zack, qui se trouvait là, tout près. Il sentait sa présence, diffuse, et celle d'autres personnes, toutes étouffées par une autre, entière qui se répandait en leurs cœurs et les paralysaient.

Soudain, Néo se vit avec netteté, comme on regarderait dans un miroir. Il se vit, cheveux blancs et yeux ambrés, armé de l'épée de Zack. Il vit la neige et il vit Xion. Il se vit brandir son épée, s'en servir contre elle, si vite qu'elle ne put pas réagir.

Quelque chose en lui donna l'impression de hurler, mais aucun son ne lui parvint. Non. Non ! Il se débattit de toutes ses forces, sans savoir ce qu'il fuyait, comment il le fuyait. Un rire sans aucun son lui parvint, une joie malsaine.

Quel dommage... Tu aurais pu t'épargner cet effort inutile.

Non.

Cela ne changera rien.

Non...

A la fin, tu m'appartiendras.

N


Le combat démarra bien vite après cela. Quatre contre deux, et pourtant, la lutte était gagné d'avance... Even se sentait las. Il avait tout fait taire, depuis la mort de Facilier : ses doutes, ses remords, ses regrets. Il suivait, fatigué de tout ceci, mais sans autre issue.

Il n'eut pas à faire grand-chose, tenant son arme à bout de bras, restant en garde, plus pour la forme qu'autre chose.

Lorsque la marionnette attaqua Ienzo de plein front et se fit repousser par un souffle invisible, Even fit dans ses yeux un éclair de confusion. Eh oui, songea-t-il avec un soupir, ce ne sera pas évident. Tu vas perdre ton libre arbitre, très chère.

Il s'en serait réjoui, quelques semaines plus tôt, mais sa curiosité scientifique avait été émoussée par toutes ces horreurs. Il la plaignait presque, à présent, n°i. Et pourtant, il la reprogrammerait. Il n'aurait pas d'autre choix, s'il voulait survivre lui-même. Simple question de pragmatisme.

A un moment, le garçon, Sora, tenta de s'en prendre à lui. Even para maladroitement de son bouclier, mais ce furent les âmes qu'Ienzo avait absorbé qui firent le reste du boulot. Le héros de la Keyblade mordit la poussière. Il ne comprenait rien, évidemment. Pas plus que son clone, ni son Simili, ni cet homme blond qui se battait à leurs côtés. Even aurait aimé ne pas comprendre, lui non plus.

Quatre contre un, donc. Ou plutôt quatre contre une infinité. Sans doute que leurs adversaires ne voyaient pas ce qui les attaquaient. Even, à force d'y être confronté à longueur de journée, entrevoyait les âmes. Des déplacements aux reflets argentés, rapides, puissants, et innombrables, qui s'entremêlaient, défendaient, attaquaient. Et Ienzo, au milieu, un sourire destructeur planté sur son visage déformé par l'avidité.

De quoi vomir.

Ce n'étaient pas de mauvais combattants, ces jeunes. Even les regardait s'obstiner à combattre une force invisible, et il ne pouvait que constater le gâchis. Ils s'entraidaient autant qu'ils pouvaient, mais...

Ce fut bientôt terminé.

Quatre corps inconscients dans la poussière. Lorsque Sora perdit enfin conscience, ce fut fini. Ienzo s'approcha, foulant le sable de l'arène de ses semellest, et Even le talonna, curieux de savoir ce qu'il allait faire ensuite.

Ils respiraient encore, lorsqu'Even arriva sur place, et il fut surpris de s'en sentir soulagé. Ienzo contemplait le corps à ses pieds, celui de Roxas, le poussa du bout de sa botte. Il leva une main gainée de griffes.

« C'est assez, Ienzo ! »

Le plus jeune se tourna vers son aîné, contempla sa mine dégoûtée sans la moindre émotion.

« Un problème ?

-Inutile de nous attarder, expliqua Even. Ces gosses n'en valent pas la peine, et Hadès est sûrement à notre recherche, à l'heure qu'il est. Prenons le clone et partons d'ici. »

Il ne souhaitait pas assister à d'autres tueries de sang froid. Facilier lui avait suffi.

De façon assez surprenante, Ienzo parut prendre son avis en compte. Even se rendit compte qu'il avait joué sur son complexe de supériorité sans le faire exprès. Ienzo trouvait chaque être insignifiant, en comparaison de lui-même. Par conséquent, perdre du temps à les achever serait inutile, en effet.

« Ce faux dieu ne me fait pas peur, prit-il la peine de contrer en levant le nez d'un air hautain. Mais tu as raison, une rencontre avec lui nous ferait perdre du temps. »

A présent, le dieu des Enfers devait s'être rendu compte de la disparition de ses résidents. Des milliers d'âmes, absorbées par le bras mécanique d'Ienzo, le but de leur visite au Colisée. Lorsqu'ils étaient remontés à la surface, ils avaient eu la surprise, bonne ou mauvaise, d'y croiser la marionnette et ses amis.

Le second clone ne se trouvait pas à ses côtés, pourtant. Curieux, mais tant mieux pour lui. Qu'il profite de sa liberté tant que Ienzo ne lui avait pas encore mis la main dessus, parce qu'après, ce serait trop tard.


« Tiens donc... » murmura soudainement Mélodie alors que Lumaria marchait à ses côtés dans la Citadelle.

Ils prenaient leur mal en patience en tentant de redonner un peu de vie à cet endroit austère. Des meubles au couleurs claires avaient pris place dans une poignée de pièces, et il leur restait encore à trouver des idées pour le reste, en particulier pour les chambres, qui avaient été conçues pour des Simili, des soldats dépourvus de cœur, et non pas pour des invités, ou pour une cour.

Une cour... Oui, lorsque tout serait terminé et que la Lumière aurait empli tous les cœurs, ils posséderaient une vie digne d'une reine et de son roi. Il fallait d'or et déjà se préparer pour ce jour.

Pourtant, alors qu'ils discutaient de cela, Mélodie fronçait les sourcils.

« Quelque chose vous pose souci, ma dame ?

-Non. Bien au contraire. »

Un petit sourire naquis sur ses lèvres exquises.

« Nous avons de la visite. Il semblerait que Ienzo nous fasse l'honneur de sa présence plus tôt que prévu... Il a amené un présent avec lui. »

Elle tourna gracieusement les talons, les longs plis de sa robe d'or suivant le mouvement, et Lumaria la suivit jusque la salle du trône, où il prit place derrière elle. Effectivement, des bruits de pas empressés se firent entendre dans le couloir, avant que la porte ne s'ouvre à la volée. Quel manque de respect... Cependant, Ienzo ne se doutait pas encore qu'il allait rencontrer la déesse l'ayant doté de ses pouvoirs et de ses nouvelles convictions.

Il entra comme un prince, suivit de son laquais, portant sur son épaule le corps inerte de Xion, le clone de Sora. Son regard déterminé fondit lorsqu'il n'aperçut pas Lumaria sur le trône et que ses yeux, à la place, tombèrent sur Mélodie.

Et Lumaria sut à cet instant ce qui se passait, les forces à l'oeuvre dans les esprits étriqués de ces deux scientifiques. Il le savait pour l'avoir expériencé lui-même, bien des années auparavant. Mélodie irradiait la Lumière, la pureté, tout ce qui valait de se battre en ce monde.

Tout ce pour quoi Ienzo se battait.

A peine entré, le scientifique tomba à genoux, souffle coupé, muet d'ébahissement. La marionnette tomba à terre avec un bruit étouffé. Personne ne se soucia de la ramasser.

Mélodie, avec sa quiétude habituelle, se leva tranquillement.

« Allons, relève-toi, sourit-elle calmement. Il n'est nul besoin de tels épanchements. »

Lumaria était convaincu du contraire. En sa présence, tous devraient passer leur existence à genoux pour la vénérer.

Ienzo sembla retrouver un tant soit peu de cellules grises, contrairement à son larbin qui était resté figé sur le pas de la porte. Il obéit à l'apparition qui se trouvait devant lui et balbutia quelques paroles ahuries :

« Je... V-veuillez me pardonner. Je ne pensais pas, je... Je n'ai jamais rencontré une femme dégageant une telle aura. Je suis Ienzo et je-

-Je sais qui tu es, scientifique, l'interrompit Mélodie sans hausser le ton. Et c'est moi qui te prie de me pardonner. »

Elle avança, lentement, comme si personne n'était suspendu à ses lèvres et à chacun de ses gestes, puis prit les mains d'Ienzo dans les siennes. Lumaria fronça les sourcils. C'était trop d'honneur pour un pion tel que lui, et peu nécessaire. Cela se voyait déjà sur son visage. Mélodie aurait pu lui raconter n'importe quoi, il serait déjà prêt à mourir pour elle.

« Je t'ai dupé, Ienzo. Je vous ai dupé tous les deux. »

Elle coula un bref regard à Even, qui pâlit soudainement, puis poursuivit :

« Je suis navrée. Il s'agissait du seul moyen à ma disposition. En vérité, je suis celle qui t'a conféré tes pouvoirs et donné ta mission sacrée d'éradiquer les Ténèbres. »

Ienzo parut sur le point d'articuler une réponse. Pourtant, ce fut Even qui intervint.

« Vous ? Non, ce n'est pas possible ! Ienzo affirme que le Kingdom Hearts en personne l'a sauvé ! A moins que... Seriez-vous... »

L'imbécile.

La dame de Lumière lâcha les mains d'Ienzo pour se tourner vers leur second invité.

« Je ne suis pas le Kingdom Hearts. Néanmoins, si je me suis permise ce mensonge, c'est parce que je suis celle qui s'approche le plus de ce qu'il fut autrefois.

-Que voulez-vous dire ? »

Le regard de Mélodie se fit triste, infiniment triste.

« Le Kingdom Hearts est corrompu. Il m'a créé pour être l'incarnation de la Lumière. Peu après, les Ténèbres ont fait leur apparition, à l'époque où les Mondes ne faisaient encore qu'un. Avec une vitesse fulgurante, elles envahirent l'univers... Et finalement, le Kingdom Hearts lui-même est devenu une abomination emplie d'obscurité, tout comme le cœur des Hommes. »

Elle se tourna, un sourire maternel aux lèvres.

« Mais ne vous en faites pas. Je suis là, désormais. Je vais tout arranger, grâce à votre précieuse aide. »


Sora fixa l'objet au creux de sa main avec curiosité. Autour de lui, ses amis le dévisageaient avec appréhension. Il avait à peine compris leurs explications. La Pierre de Lune ? Un pouvoir qui rendait fou ? A ses yeux, il s'agissait d'un joli caillou qui brillait, froid entre ses doigts, rien de plus.

« Ouais, bah, je vais le garder si vous voulez, mais vous êtes sûrs que ce truc est si dangereux ? »

Il vit le Roi Mickey soupirer ostensiblement de soulagement. En revanche, Kairi et Riku semblèrent se crisper. Sora se sentait presque coupable, sans même en connaître la raison. Qu'est-ce qui leur prenait ? Il rangea la pierre dans la poche de sa veste.

« Mais on a plus urgent ! s'exclama-t-il. Alors, qu'est-ce qu'on fait pour Xion ? »

Ils s'étaient réveillé, lui, Roxas et Cloud, avec une migraine carabinée. Autour d'eux, Phil s'agitait comme un fou. Yemd leur avait balancé de l'eau à la figure et gratté deux ou trois notes de son instrument, en leur expliquant qu'ils se trouvaient dans les vapes depuis au moins deux bonnes heures.

Et Xion ne se trouvait plus là. Elle leur avait dit qu'Ienzo la recherchait, et maintenant, voilà le résultat ! Si seulement ils l'avaient cru dès le début, peut-être qu'ils n'auraient pas jugé utile de l'envoyer au Colisée pour prouver ses dires. Et à ce moment-là...

De Xehanort, pas de traces, ou du moins du peu qu'ils eurent le temps d'explorer. En revanche, Ienzo, ils ne s'y attendaient pas... Il avait été trop puissant pour eux. Sora se serait senti humilié, si Roxas et Cloud n'avaient pas été vaincus eux aussi. Ce dernier les accompagnait, d'ailleurs. Sa seule chance de retrouver la piste de son ami venait de se faire kidnapper après tout. Pas étonnant qu'il veuille aider à la retrouver.

« On ne sait pas où se trouve le repaire d'Ienzo, fit remarquer Kairi. Comment est-ce qu'on pourrait la retrouver ?

-En cherchant ! On a qu'à fouiller les Mondes, on tombera bien sur lui à un moment donné ! A commencer par le Colisée, tiens, Ienzo s'y trouvait bien pour une raison ! Allez !

-Attend une minute, Sora, intervint Riku. Vous sortez tous les trois d'un combat épuisant. Il faut se préparer, avant de foncer tête baissée.

-Non ! Tu as écouté ce que Xion nous a dit hier ? Ienzo la cherchait pour la reprogrammer ! Si on ne se dépêche pas...

-A condition qu'elle ait dit la vérité, souligna son meilleur ami.

-Roh, sérieusement ? T'es encore là-dessus ? »

Ca lui coupait le souffle, toute cette méfiance. Et qu'est-ce que Riku essayait de prouver, hein ? Qu'il était un adulte responsable ? Qu'il ne serait plus assez crédule pour se faire influencer ? Ne plus faire confiance à personne ? C'était ça, son idée de ce qu'il fallait pour protéger les Mondes ? Sora n'était pas un fin psychologue, mais il ne voyait vraiment pas d'autres explications à son comportement.

« Moi aussi, je la crois. »

Roxas. Le murmure faillit ne pas atteindre leur oreilles.

Sora écarquilla les yeux. Son Simili s'était montré silencieux, presque taciturne, durant tout le temps passé avec Xion, et n'était pas sorti de son mutisme depuis son enlèvement.

Riku se tourna vers lui.

« Tu es sûr de ça ? »

Les yeux bleus du Simili se levèrent vers lui, sérieux.

« Certain. C'est... Crois-moi, j'aurais préféré qu'elle mente, ricana-t-il. C'aurait été plus simple...

-Hum... Si vous êtes deux à en être persuadés, je suppose...

-Bon, on peut se concentrer sur le sauvetage, maintenant qu'on est d'accord ? » rappela Sora.

Il ne tenait pas en place. Ca suffisait, les dommages collatéraux. Il se sentait déjà assez coupable comme ça de ne pas avoir pu vaincre Ienzo. Mais c'avait été très étrange... Ienzo utilisait quelque chose d'invisible. Il ne comprenait toujours pas ce qui les avait attaquait, mais le scientifique le contrôlait, en tout cas !

Ils se tenaient tous debout dans le hall. En les regardant, Sora songea qu'il leur faudrait une vraie salle de réunion, un jour, puis oublia l'idée aussitôt. Finalement, Aqua hocha la tête.

« Tout d'abord, expliquez-nous exactement ce qu'il s'est passé. Nous aviserons ensuite. »

Sora leur raconta pour l'entité invisible, et comme celle-ci repoussait tous leurs assauts. Cependant, maintenant que les autres le lui faisaient remarquer, la chose ne tranchait pas. Ils avaient eu leur lot de bleus et de coups, ça oui, mais aucune plaie ouverte.

C'avait été... Terrifiant, en fait. Sora en avait affronté, des ennemis, dans sa vie. Des Sans-Coeurs à l'apparence monstrueuse, qui faisait parfois quatre fois sa taille, ou davantage. Sauf qu'il s'agissait là d'ennemis qu'il pouvait voir, cogner. Alors que face à Ienzo, il s'était juste senti... démuni.

Et à présent, l'angoisse menaçait de le submerger. Encore. Il ne cessait de penser à Xion et à son sourire triste.

Il n'en pouvait plus, de tout ça ! Ce serait trop demandé, que quelque chose se passe bien, pour une fois ?

« Il faudra retourner au Colisée, c'est sûr... marmonna Lea. Ne serait-ce que pour avoir une piste.

-J'y vais ! s'exclama Sora.

-Mauvaise idée, fit Aqua en fronçant les sourcils. Tu dois être épuisé. De même pour Roxas. »

Le Simili ne dit rien, il ne parut pas entendre. Ou bien, il s'en fichait, mais ça restait peu probable. Il semblait... ailleurs. Complètement déphasé.

« Quoi ? J'pourrais pas me reposer, de toute façon ! Aqua, il faut que j'y ailles ! Je me sens... responsable. »

La jeune femme paraissait soucieuse.

« Hum... Ce n'est pas vraiment rais-

-Oh, et alors ? s'impatienta Sora. Ca suffit ! Y'a des jours ou on ne peut pas être raisonnable ! Mon cœur me dit d'aller aider Xion. »

Un toussotement le fit tourner la tête. Lea intervint dans le débat.

« Si j'peux me permettre, fit-il, je pensais qu'on avait décidé d'éloigner Sora, et surtout la Pierre de Lune, jusqu'à ce que l'autre énergumène soit à peu près guéri de son addiction.

-Mais de quoi tu parles, enfin ? s'étonna le concerné en haussant les sourcils.

-Ah oui, t'es pas au courant. On a retrouvé Vanitas.

-C'est vrai ? Il va bien ? Alors, qu'est-ce qui lui a pris ?

-Très longue histoire, soupira Riku. Trop longue pour l'urgence qu'on a sur les bras, je pense. »

Il paraissait épuisé, mais soulagé. Ca lui suffisait, comme explication, à Sora.

« Bon, alors...

-Et Néo ? proposa soudainement Kairi. Il sait peut-être quelque chose ? Xion a dit qu'il se trouvait sur Arendelle, non ?

-Oh. Très bonne idée, admit Lea. Et ça pourrait confirmer l'histoire qu'elle a nous a raconté.

-Je viens. »

Sora vit certaines personnes sursauter lorsque Cloud prit la parole. Il réprima un rire nerveux. Mince, il savait vraiment se faire oublier, celui-là ! Lorsque tout le monde le fixa, médusé, il expliqua :

« Ne vous méprenez pas. Cette fille qui a disparu possède des informations sur quelqu'un que je recherche. Peut-être que son ami en a aussi. En tout cas, je vous aiderais à la retrouver. J'ai... L'habitude de chercher les gens. »

Est-ce qu'il venait de faire une plaisanterie ? Sora n'en jurerait pas, et pourtant... Mais y'avait plus important ! Il claqua dans ses mains pour bien attirer l'attention de tout le monde.

« Bon, bon, on y va ? On a pas toute la journée ! »


« Qui est-ce ? »

Riku entra dans la chambre de Vanitas, et s'y vit poser cette question. Il s'en étonna au début, pensant que son compagnon demandait qu'il décline son identité. Il s'aperçut alors qu'il regardait par la fenêtre, sans se retourner à son arrivée, et s'approcha doucement dans son dos.

« Qui ça ?

-Pff, à ton avis ? »

Riku leva les yeux au ciel. Il ne lisait pas encore dans les pensées ! En se penchant par-dessus l'épaule de Vanitas, il aperçut le groupe de Porteurs de la Keyblade, dehors, ainsi que Cloud, toujours en train de discuter, peut-être de derniers détails sur leurs expéditions. Ce n'était pas leur invité que Vanitas fixait, mais un autre blond. Riku comprit alors pourquoi il n'avait pas pu formuler sa question plus précisément.

« Ah. C'est Roxas, le Simili de Sora. Désolé, je n'ai pas vraiment eu le temps de te tenir au courant. Il est revenu, et... Hum, ça va être long de te raconter ce que tu as manqué. »

Mais il semblait ne pas s'en soucier. Les sourcils froncés, il suivit la trajectoire de Roxas jusqu'à ce qu'il disparaisse dans le hangar à vaisseaux Gummi.

« Je l'ai vu, au château de Maléfique.

-Je sais, tu nous l'as déjà dit. Ca a dû te faire un choc.

-Hum. »

Pas d'humeur bavarde, hein ? Pas vraiment étonnant, étant donné les circonstances. Cela dit, Riku ne pouvait pas dire qu'il comprenait...

« Eh, Van', je me demandais... Euh, ne te braques pas, ok ? T'es même pas obligé de répondre.

-Wow, à ce point-là ? se moqua son petit ami en se tournant vers lui avec un sourire narquois. T'as peur de moi ou quoi ?

-Soit pas bête, soupira-t-il. J'ai juste pas envie de te vexer ou quoi que ce soit. »

C'est que monsieur était susceptible, parfois, et Riku ne connaissait pas encore toutes les limites. Alors, il testait, mais il prenait des pincettes. Et la question ne voudrait pas le laisser en paix à moins qu'il ne la pose. Même si c'était un peu délicat.

« Ouais, vas-y.

-Qu'est-ce que tu ressentais pour Ventus, exactement ? »

Voilà, il ne pouvait retirer ses paroles, à présent. Le rictus sur le visage de Vanitas se figea, d'une façon difficilement naturelle. Néanmoins, il déclara :

« Développe. »

Pas fâché, constata Riku avec soulagement. Il se rapprocha un peu.

« Ce que je veux dire, c'est... A un moment donné, tu voulais le détruire, non ? Et pourtant, à présent qu'il est... parti, il a l'air de te manquer. Ca ne me regarde peut-être pas, mais ça m'intrigues. J'ai du mal à comprendre.

-Tu peux pas comprendre, rétorqua Vanitas. Toi, le seul truc que tu possèdes qui se rapproche d'un second toi, c'est Néo, et c'est pas vraiment une bénédiction.

-Hum, je peux pas te contredire là-dessus. »

Riku n'était jamais parvenu à se départir de l'impression de malaise qu'il éprouvait en présence de son clone. Il lui rappelait une époque de son existence qu'il préférerait oublier. Et ce n'était de toute façon pas comparable, évidemment.

Son compagnon détourna le regard, et Riku crut qu'il n'allait pas répondre à la question, juste s'en tenir au fait qu'il ne pouvait pas comprendre. Finalement, il entendit :

« Tu peux détester une part de toi, ça ne veut pas dire pour autant que tu veux qu'on te coupe un bras ou une jambe. Ventus, c'est comme un membre fantôme. Ca l'était déjà quand il était vivant. C'est juste plus fort, maintenant.

-Ah... »

Même avec cette analogie, il parvenait à peine à imaginer. Après tout, il n'avait jamais perdu de jambe ou quoi que ce soit non plus...

« Me regarde pas avec cet air de chien battu, hein, fit Vanitas. Ca va, on s'en remet, tu sais ? »

Mouais. Il n'y croyait pas trop, mais si son petit ami ne voulait pas en dire plus, il n'allait pas le forcer. Pas pour le moment, en tout cas. Il avait l'impression que ça ne servirait à rien, sinon à le faire se renfermer. Et ce n'était pas pour ça qu'il se trouvait là, de toute façon.

« Je venais te dire que je pars en mission, annonça Riku.

-Qui s'est mis dans le pétrin, cette fois ?

-Une fille... Longue histoire. Je serais revenu dans la soirée, j'pense. »

Il ne savait toujours pas quoi penser de Xion. A vrai dire, il ne voulait pas douter d'elle, mais... Il fallait bien que quelqu'un le fasse, non ? Il fallait penser à toutes les éventualités, dont celle qu'elle leur aurait menti. Et cette histoire le mettait mal à l'aise. Il ne la connaissait pas, mais elle, si... L'histoire avait de quoi rendre fou.

« T'as intérêt, hein.

-Oh ? s'amusa Riku. Ne me dit pas que je vais te manquer, parce que je suis pas sûr d'y croire...

-Que dalle, j'ai juste envie de voir personne d'autre.

-Tu sais que tu vas devoir sortir de cette chambre un jour, non ?

-Bah, pas tout de suite. »


Dans le sous-sol de l'Illusiocitadelle, on pouvait encore trouver un laboratoire, anciennement installé par Vexen. Malheureusement, le Simili avait déplacé une bonne partie de son matériel au Manoir Oblivion, désormais hors d'atteinte. Ce qui restait avait trouvé le moyen de prendre la poussière ou la rouille de façon assez hallucinante.

Cependant, Even devrait bien s'en contenter. Cela suffirait. Il fallait que ça suffise. Et puis, il se trouvait en possession des rapports de son Simili, conservés dans la base de données de la Citadelle. Il saurait réparer sa marionnette, qui gisait sur une table d'opération au milieu de la pièce, inconsciente.

S'il n'y parvenait pas, qui sait ce qu'il adviendrait de lui ?

« Fais quelque chose, pour ce foutu cœur, lui ordonna Ienzo. Vexen a été suffisamment négligeant là-dessus, tu ne penses pas ? »

En effet. Les pantins avaient gagné une conscience, chose imprévue et fort ennuyeuse. Even n'était pas certain de pouvoir changer cela. Hors de question de le révéler à Ienzo, néanmoins.

« Je ferais ce que je peux. »

Il pouvait endormir le coeur de Xion, l'anesthésier, en quelques sortes. Pas le détruire pour de bon, du moins pas sans endommager la numéro i. S'il faisait cela, elle risquait de ne plus se réveiller. Ou bien... Un clone pouvait-il produire un Simili ? Ce serait presque tentant d'essayer.

« Ce que tu peux, ce n'est pas assez » répliqua sèchement Ienzo.

Eh bien, qu'il s'en occupe, dans ce cas ! N'était-il pas un scientifique, tout comme lui? Ou bien se considérait-il au-dessus de tout cela, à présent ? Au-dessus de la science, de leur quête de vérité ? Plus rien ne l'intéressait d'autre que l'annihilation des Ténèbres !

« Je la reprogrammerais, Ienzo » souffla Even avec agacement.

Son ancien protégé eut un reniflement de dédain.

« Ne t'avise pas de me faire honte devant Lady Mélodie. »

Lui faire honte ? Comme s'il n'était qu'un vulgaire subordonné à la botte de son cadet ?

Ah, il ne fallait pas se voiler la face... Voilà ce qu'il était devenu, au bout du compte. Un pantin, lui aussi.

Ienzo lui jeta un nouveau regard méfiant, avant de quitter le laboratoire. Ses bruits de pas résonnèrent encore un long moment dans les couloirs vides du sous-sol.

Even rassembla ses outils de travail, pensif. Ils lui semblaient familiers, sans qu'il ne les ait jamais tenus entre ses mains. L'influence de son Simili, à nouveau. Etrange. Comme un collaborateur qu'il n'aurait jamais rencontré. Il possédait uniquement ses souvenirs et ses recherches.

A vrai dire, il aurait aimé lui parler au moins une fois. Avec les autres apprentis d'Ansem, il ne s'était jamais senti tout à fait sur la même longueur d'ondes, lorsqu'il était question d'expériences, et ils se querellaient souvent pour des détails. Posséder un esprit semblable au sien, doté des mêmes aspirations, de la même façon de fonctionner... Le partenaire de laboratoire idéal.

Mais à présent, Even n'était plus maître de ses expérimentations, ni de sa vie. Xehanort lui en avait volé dix ans, et à présent Ienzo l'enchaînait à lui comme un vulgaire esclave. La trahison s'avérait d'autant plus blessante qu'il avait véritablement apprécié Ienzo, autrefois. Il l'avait presque aimé comme un fils.

Non, il ne s'agissait plus du même Ienzo qu'auparavant, plus du petit garçon silencieux au cerveau brillant. Quelque chose l'avait transformé. Mélodie ? Il ne voyait que cela, et pourtant... Comment une femme aussi pure avait-elle pu créer un tel monstre ?

Il avait douté des dires d'Ienzo pendant tout le long de leur périple, depuis qu'il s'était mis en tête de détruire toute trace de Ténèbres. A présent, il ne pouvait qu'y croire, qu'adhérer à la formidable mission que cet être magnifique avait confié à son cadet... Et pourtant, Ienzo lui apportait toujours autant de répugnance. Lumaria également.

Mais Mélodie, non.

Elle ne s'était qu'à peine adressé à lui, mais elle avait reconnu son existence, l'avait dévisagé sans mépris. Leur rencontre fut brève, mais il ne l'imaginait pas capable du moindre mal.

Alors que Ienzo...

Il secoua la tête pour chasser ce paradoxe de son esprit. Il devait garder l'esprit clair, afin de ne pas faire d'erreur durant l'opération.

Il se tourna vers le pantin endormi, scalpel à la main. La conscience serait facile à modifier. Pour le cœur, il ne pouvait rien, sinon croiser les doigts, espérer qu'il reste en sommeil jusqu'à ce que l'on n'ait plus besoin d'elle.


Voilà voilà ! J'espère que ça vous plaît toujours autant !

On se revoit dans deux semaines !

Des bisous !