Wouuups. Je vous ai encore oubliés pendant quelques semaines, pas vrai ? C'est pas volontaire, promis, mais les aléas de la vie étudiante... Du coup, voilà un nouveau chapitre, un peu transitionnel. J'espère que ça vous plaira !
38. Accalmie
La sorcière se morfondait sur son sinistre trône. Le château vide, lugubre, n'abritait ni sujets ni serviteurs ni esclaves. A quoi bon être revenue à la vie dans ces conditions, sans but, avec rien que des échecs, une gloire déchue ?
Le Xehanort qui était Xaldin observait Maléfique. Il attendait les ordres. Pas ceux de la sorcière, évidemment. Il pressentait en elle des Ténèbres fortes et une fissure de l'ego. Ce serait simple, à présent, de faire en sorte qu'elle devienne l'un d'entre lui.
Ils se trouvaient au complet, quasiment au complet, mais Sora était un cas compliqué… Xehanort se demandait s'il ne valait pas mieux le laisser filer. Il ne voyait pas de remplaçant pour lui dans le camp de la Lumière, alors que lui possédait un ultime plan de secours…
Mais quelle jubilation ce serait, de posséder enfin le héros de la Lumière, lui qui avait déjoué tant de ses plans ! Quelque part, Xehanort refusait de le leur restituer aussi simplement. Il n'avait jamais été homme à se soucier de l'humiliation, pour peu qu'il parvienne à ses fins au bout du compte, mais il devait avouer… Ce serait une défaite supplémentaire, en un sens, de laisser Sora partir.
Même s'il gagnerait la guerre, au bout du compte.
Le Xehanort qui était Xaldin – ou l'était-il encore ? – attendait. Il guettait la décision de ses pairs qui étaient lui. Maléfique lui faisait de nouveau confiance. Il se tenait prêt. À la moindre confirmation, il agirait.
Les Porteurs prenaient un repos amplement mérité, mais dont ils ne profitaient pas tellement. L'humeur était morose. Et Vanitas pouvait le comprendre. Ils avaient enchaîné défaite sur défaite, ces derniers temps.
Lui se fichait pas mal de l'avenir des Mondes, mais il aimerait autant que faire se peut rester en vie. Si possible, garder son entourage en vie également, à l'exception peut-être d'Aqua.
Ça le tiraillait encore. La Pierre de Lune. Mais elle ne se trouvait pas ici, il ignorait sa localisation, et cela lui permettait de tenir le coup. A peu près. Ça et, il devait bien se l'avouer, Riku qui ne le lâchait plus d'une semelle.
S'il avait eu quelque chose à faire de l'opinion des autres, il aurait trouvé cela gênant, sans doute. Ce qui l'agaçait le plus, c'était les Nescients qui se matérialisaient comme bon leur semblait. Il entreprit d'en rappeler un qui s'était mis en tête d'escalader le dos de Kairi. La jeune fille cessa aussitôt de rire.
« Ce n'est pas très drôle d'être amie avec toi, parfois, Vanitas, pesta-t-elle. Je n'aime pas quand tu fais ça !
-Quoi ? Les Nescients sont mes émotions, j'en fais ce que je veux.
-Oui, on voit ça, le taquina Riku. Tu as l'air de bien les contrôler. »
Vanitas ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun sarcasme ne lui vint à l'esprit. Il avait renoncé à rappeler l'Inondeur qui dormait roulé en boule sur les genoux de Riku. Aussitôt qu'il le faisait, la créature réapparaissait, têtue comme une mule. Ça le surprenait de la voir dormir, d'ailleurs. Les Inondeurs étaient toujours sur le qui-vive, en temps normal.
Voyant qu'il ne répondait pas, les autres rirent doucement, à l'exception de Kairi qui fixait les brins d'herbe d'un air vague. Vanitas en arracha quelques uns pour les lui jeter dans les cheveux.
« Si ça te rend si triste, je t'achèterais une peluche, va, princesse » la tança-t-il.
Ça ne lui rendit pas le sourire, et Vanitas s'étonna de remarquer que cela le contrariait. Elle aurait pu faire semblant, tout de même ! Il jeta un regard perplexe à Riku, qui haussa les épaules avant de se tourner vers Kairi.
« C'est à cause de ce que Xion a dit ? »
La jeune fille hocha imperceptiblement la tête. Naminé, que Vanitas remarquait à peine chaque fois qu'elle se trouvait les parages tant elle se faisait discrète, resserra son étreinte sur sa compagne. Il songea que cette fille aurait fait une sacrée espionne, eut-elle sut se battre, tant elle ressemblait à un fantôme.
Ah, Xion, hein ? Vanitas sentait que quelque chose clochait avec elle, mais il préférait observer la situation avant de poser des questions. Toute cette affaire lui semblait vraiment louche. Elle débarquait avec la dernière pluie, comme ça, et soudain tous les autres paraissaient se souvenir qu'elle était leur plus grande amie. Lui ne se rappelait pas qu'ils l'aient ne serait-ce qu'évoquée auparavant.
Comme si ce n'était pas suffisamment bizarre, elle faisait un scandale en clamant que non, elle n'était pas la personne dont ils se gardaient le souvenir, ou juste partiellement, quelque chose dans ce goût-là.
Il comptait bien mener l'enquête, mais attaquer de front comme Xion l'avait fait, de façon si directe, ne lui apparaissait pas comme la meilleure des solutions. Pour l'heure, il préférait ne rien dire, faire mine de ne pas se sentir concerné.
« Hé, fit Riku d'un ton qui se voulait peut-être apaisant, je suis sûr qu'elle finira par revenir à la raison. Elle sait bien qu'on a grandi sur l'île, tous les trois... »
Il s'interrompit, comme pas bien sûr de ce qu'il avançait, sourcils froncés et les yeux soudainement perdus dans le vague. De plus en plus étrange… Comme pour se raccrocher à quelque chose de concret, Riku trouva sa main et la serra dans les siennes. Vanitas eut un presque mouvement de recul. Pas qu'il n'apprécie pas le contact, mais ça lui faisait toujours une drôle de sensation, surtout en public.
« Ah, quand on parle du loup... »
Et effectivement, Xion passa à quelques mètres d'eux, sans même un regard dans leur direction, traversa le jardin sans s'y attarder pour se diriger vers les falaises.
« Elle nous ignore ? s'étonna Kairi avec un peu d'indignation dans la voix.
-Je crois plutôt qu'elle ne nous a pas vus, souffla Naminé en lui caressant le dos de la main. Elle doit être un peu perdue dans ses pensées.
-Eh, fit Riku en se tournant vers Vanitas. Tu devrais aller t'excuser.
-De quoi ? » s'étonna sincèrement l'autre.
Son petit ami haussa un sourcil accusateur.
« Ah ! se souvint Vanitas. Eh, ce n'est pas de ma faute, si vous avez oublié de mentionner que vous la connaissiez !
-On a pas eu trop le temps de t'en informer, il faut dire.
-Ouais, eh bien, excuse-moi, mais lorsqu'on m'attaque, je riposte. C'est logique, non ?
-T'as failli la tuer.
-Et alors ? J'étais pas au courant que c'était votre copine ! Si ç'avait réellement été une ennemie, vous seriez bien contents d'en être débarrassés. »
Riku poussa un soupir résigné. Il avait renoncé à expliquer à Vanitas qu'il ne fallait pas tuer les gens à tort et à travers. Ce n'était pas qu'il ne comprenait pas, mais il ne voyait vraiment pas le problème. Dans le cas présent, ça n'aurait pas été judicieux, certes, mais il ne pouvait pas le savoir, après tout…
« Quand même, si on te faisait ce coup-là, tu aimerais que la personne s'excuse au moins, non ? » tenta-t-il en dernier recours.
Vanitas ne répondit pas. Il fixa la direction que Xion venait de prendre. S'il désirait comprendre ce qui ne tournait pas rond chez elle, il avait tout intérêt à passer un peu de temps à ses côtés. Et puis il sentait une espèce de… connexion ? Il ne saurait pas comment définir ça. Ça lui faisait la même chose avec Roxas, mais il comptait bien éviter Roxas, pour des raisons évidentes.
Il se leva.
«Eh ben, je ne pensais pas que ça marcherait ! plaisanta Riku.
-T'emballes pas, je vais juste lui parler. Faire connaissance. »
L'autre lui renvoya un regard méfiant.
« Me fixe pas comme ça ! C'est tout naturel que je veuilles connaître les proches de mon petit ami, non ? »
Cela eut pour effet de lui faire ouvrir la bouche, la refermer, comme un poisson hors de l'eau. Et de faire rire Kairi, ainsi que Naminé. Vanitas s'éloigna, satisfait de lui. Décidément, cela resterait son passe-temps favori. Embêter Riku.
Il se dirigea vers le bord de la falaise, ayant cru apercevoir le bout de bottes d'hiver traîner par là. Étant donné l'absence de quoi que ce soit là-bas, cet endroit de la Contrée du Départ demeurait souvent désert, hormis pour les mélancoliques qui venaient y traîner leurs sombres pensées – et ils étaient nombreux, chez les Porteurs. En contrebas, on pouvait apercevoir un petit village tranquille, qui ne se préoccupait pas des affaires des guerriers de la Keyblade. Vanitas avait cru comprendre qu'ils faisaient leurs courses là-bas.
Il trouva celle qu'il cherchait en train d'admirer le paysage, les jambes suspendues dans le vide. Vanitas trouvait cela un peu suicidaire, mais, eh, après tout, elle avait bien le droit de l'être, si ça lui chantait.
Il s'avança sans bruit et s'assit près d'elle. La fille sursauta, mais ne tomba pas. Par contre, elle se mit à le dévisager franchement, les yeux ronds.
Tiens, elle ressemblait à Kairi. Il l'avait déjà remarqué, mais vite oublié, dans le feu du combat. Pourquoi tout le monde avait l'air de quelqu'un d'autre, ici bas ? Ah, question de coeurs et de connexions et ce genre d'affaires, bien entendu, mais… Ça commençait à devenir un sacré souci, lorsqu'ils se trouvaient tous réunis comme ça.
« Je t'ai fait peur ? demanda Vanitas.
-Un peu... »
Xion tenait une sorte d'épée sur ses genoux. Elle paraissait faite en glace ou en cristal, peut-être en verre. Intrigué, Vanitas haussa un sourcil.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Elle le regarda à nouveau pendant un moment, l'air confus, puis sembla comprendre de quoi il parlait.
« Oh ! C'est… hésita-t-elle en reportant les yeux sur ses genoux. Je ne suis pas sûre. La preuve que je suis en paix avec mon passé, je crois. Sauf que maintenant, c'est le présent qui…. »
Vanitas leva les yeux au ciel. Écouter sagement les états d'âme d'une inconnue ? Très peu pour lui. Surtout qu'il ne comprenait pas bien ce que ça venait faire dans la discussion à propos de son épée.
« Et concrètement ?
-Elle est apparue tout à l'heure lorsqu'on se battait. C'est un peu long à expliquer.
-Admettons. »
Elle ne s'en tirerait pas si facilement, mais pour cette fois, il allait laisser filer la question de l'arme étrange.
Elle continuait de le regarder avec une curiosité et une innocence qui l'agaça fortement.
« Quoi ? » s'impatienta-t-il.
Elle eut un presque-sursaut, comme si elle ne se rendait pas compte qu'elle le fixait depuis quelques bonnes secondes déjà, puis détourna les yeux avec un semblant de rouge aux joues. Vraiment bizarre, cette fille.
« Euh, non, c'est juste, je me demandais si… Tu voulais quelque chose ? Vu que, eh bien, tu es venu me voir, et tout ça…
-Je dérange ?
-Non ! C'est pas ce que…
-Ouais, bref.
-Désolée… marmonna-t-elle penaudement.
-Hum ? Ah, nan, je suis pas vexé, je te faisais marcher. Je m'en fiche, de te déranger ou pas. »
Contre toute attente, elle se mit à rire. Vanitas ne remarqua les Nescients-fioles qui tournaient autour d'eux tels d'immenses points d'interrogation que lorsque Xion sursauta de nouveau. Il ne put empêcher un sourire narquois. Décidément, elle était impressionnable, cette gamine.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? fit-elle en portant la main à son épée par réflexe.
-Des Nescients. Laisse tomber. C'est à moi, et c'est… Compliqué aussi. »
Voyant qu'elle hésitait, il soupira et précisa :
« Mais pas dangereux. »
Elle se détendit peu à peu, sans cesser de regarder les créatures virevolter en émettant des sons de cloches.
« T'es un peu cruche, nan ? »
Et là, à son grand étonnement, elle se remit à rire. Il se serait presque attendu à ce qu'elle s'excuse de nouveau. C'est quoi cette fille ?
« C'est pas drôle, fit-il remarquer. Je suis en train de t'insulter. »
Mais elle conserva un espèce de sourire, avec une lueur étrange dans le regard, qui donna à Vanitas l'envie de reculer loin de cette folle.
« Tu me fais penser à quelqu'un, expliqua-t-elle doucement. Lui aussi, il se donnait de grands airs pour éloigner les gens. Mais il n'est pas méchant, juste un peu perdu. »
Oh, génial. De grands airs, hein ? C'était ainsi qu'elle le voyait ? Pff. Il eut une grimace de dégoût, et quelques Nescients s'échappèrent de lui. Xion les observa se balader du coin de l'oeil, mais ne posa pas de questions.
« Tu parles de ce gars ? s'enquit Vanitas. Celui que tout le monde est censé avoir oublié ?
-Ah, non ! s'exclama-t-elle. Je veux dire, oui, tu lui ressemble à lui aussi. Physiquement. Mais ce n'est pas ça ! Hum… »
Elle est stupide…
« Qui, alors ?
-Ah, euh, je suppose que tu connais Néo ? Je ne sais pas, en fait, mais vu qu'il vient d'ici… Et que tu es ici… Enfin... »
Oh, de mieux en mieux. Il se félicitait de ne pas s'être excusé d'avoir manqué de la tuer. D'ailleurs, elle aurait dû avoir peur de lui, plutôt que de l'insulter copieusement sans même s'en rendre compte ! Le comparer à ce type, vraiment… Il ravala sa fierté juste assez pour ne pas la pousser du haut de la falaise.
« Je le connais, fit-il avec un sourire crispé. C'est un imbécile colérique doublé d'un enfant. Pas une grande perte, si tu veux mon avis. Bon, je suis un peu déçu qu'il soit parti, il constituait une distraction assez efficace...
-Il fait de son mieux ! » protesta Xion.
Vanitas haussa un sourcil circonspect. Tiens donc. Elle ne semblait pas contrariée le moins du monde lorsqu'on la traitait d'idiote, mais elle prenait la mouche dès qu'on parlait en mal de ce Néo, hm ?
En voyant qu'il ne répondait pas, la jeune fille se calme quelque peu et bredouilla :
« Je veux dire… Il est impulsif et borné, et un peu égoïste, mais il fait ce qu'il peut pour changer. Et rien que ça… Puis tout le monde a des défauts ! »
Le jeune homme secoua la tête, dépité devant tant de détermination à lui prouver qu'il avait tort.
« Eh ben, commenta-t-il, j'aimerais bien savoir quelle combine il a trouvé pour te faire tomber amoureuse de lui.
-De quoi tu parles ? »
La tête légèrement penchée sur le côté, elle semblait très sincèrement étonnée par ses propos. Même pas offensée ou quoi que ce soit, juste… surprise. Vanitas souffla. Fort. Autant de niaiserie, ça le dépassait. Il tentait de chasser de son esprit la vilaine pensée qui lui rappelait que lui aussi avait été ignorant de ces questions pendant un long moment.
Tant pis pour l'interrogatoire, il y reviendrait plus tard. La chose commençait à l'agacer. En tout cas, cette fille lui paraissait bien trop gentille pour fomenter il ne savait quel complot contre les Porteurs. Le problème venait donc d'ailleurs.
Il se leva.
« Bon, écoute, je vais pas t'expliquer la vie, soupira-t-il. Puis je tiens pas vraiment à dire quelque chose qui pourrait rendre service à Néo.
-Euh, on est juste amis, lui et moi, répliqua doucement Xion comme si elle comprenait doucement les tenants et aboutissants de la discussion.
-Ouais, ouais, un peu d'introspection ça te fera pas de mal, hein… »
Il commença à s'éloigner, se demandant si cette conversation était la punition que lui renvoyait le karma. Plus jamais ça.
« Attend !
-J'ai des trucs à faire ! » répondit-il sans se retourner.
Ce qui était totalement faux. Il se demandait ce que dirait Riku quand il saurait que son petit clone minable comptait finalement pour quelqu'un. Ça le ferait peut-être rire. Ce serait pas de trop, vu la tronche qu'il tirait ces derniers temps.
« Je crois que tu dis la vérité. »
Xion ne réagit pas, trop occupée à se demander comment on pouvait affirmer une telle chose avec une telle expression de méfiance. Et aussi, parce que c'était Lea qui venait de lui annoncer ça. Il était arrivé d'un coup, alors qu'elle rentrait vers le quartier général des Porteurs, se sentant plus seule et désemparée que jamais.
Sora envolé. Néo disparu. Et son cœur qui se distendait dans deux directions opposées mais inconnues.
« Je te crois » répéta Lea, planté devant elle sur le chemin qui menait au Manoir.
Xion pencha la tête sur le côté. Elle ne s'était pas attendu à cet allié incongru.
« Pourquoi ? »
Le jeune homme pinça les lèvres, détourna le regard puis finit par sortir, reluctant :
« Parce que ce n'est pas toi. Je sais que ce n'est pas toi… dont j'ai failli tomber amoureux. »
La dernière phrase parut lui coûter tout son sang-froid. Amoureux, hein ? Ça faisait la seconde fois qu'elle entendait ce mot-là aujourd'hui.
« Failli ? » répéta-t-elle doucement.
Il ne paraissait pas très enclin à s'épancher sur le sujet. Xion se sentait mal à l'aise. Parce que c'était Lea, et parce qu'il la dévisageait aussi froidement. Il secoua la tête.
« Qu'est-ce que tu comptes faire, à présent ? questionna-t-il en croisant les bras. Tu vas le retrouver ?
-Je ne sais pas... souffla-t-elle. J'ignore où il se trouve. Et j'ai un autre ami qui... »
Elle serra les paupières à s'en faire mal. Etait-ce son imagination, ou faisait-il encore plus froid ici qu'à Arendelle ? Ce n'était pas le même climat glacial mais sain. Celui-là était insidieux. Il venait d'elle, de la moelle de ses os.
« Tu ne vas rien faire ? J'ai crû comprendre que c'était ta faute.
-Oui... »
Il avait raison. Elle ne pouvait pas rester plantée là sans rien faire, à voir ses erreurs se répercuter sur les gens qu'elle aimait. Mais l'angoisse, l'indécision, la culpabilité... Que faire ? Ça la paralysait. Ça la glaçait.
« Eh, pleure pas ! J'ai été un peu sec, mais c'est pour que tu agi- Enfin, euh. »
Elle s'était mise à sangloter, là, debout en plein milieu du chemin, fixant ses pieds sans les voir à travers son regard flou. Parce que c'était trop, beaucoup trop et elle se sentait incapable, impuissante, inutile. Un poids mort qui provoquait des catastrophes plus grosses qu'elle.
Si seulement Néo était là...
Mais en partant, elle l'avait mis en danger. Si elle était resté, peut-être...
Quelque chose se posa dans ses cheveux. Une main.
« Allez, soupira Lea. J'suis désolé. »
Cela ne fit que redoubler ses larmes. A travers sa gorge obstruée, elle parvint à articuler :
« Qu'est-ce que je dois faire... Axel ? »
Il retira sa main immédiatement. Grand froid, soudain. Durant une seconde, elle avait crû pouvoir se reposer sur son ami, obtenir un peu de réconfort. Sauf qu'Axel était mort, Axel ne reviendrait plus.
Un instant, elle avait crû.
« Je ne suis pas lui, marmonna Lea. Ça m'dérange pas qu'on m'appelle Axel, les autres se trompent souvent, mais je suis moi, et je pourrais pas le remplacer, tu sais ? Si tu veux te confier à moi ou quoi que ce soit, c'est ok, Xion, vraiment, mais... Je veux pas que ce soit malsain. J'ai pas envie que vous fassiez l'amalgame, toi et lui. »
Lui... Roxas ? Où se trouvait Roxas, en ce moment, d'ailleurs ? Il n'était pas venu la trouver.
« D-Désolée...
-C'est rien, je comprends que ça puisse être... Enfin, ouais, j'comprends, quoi. Mais faites gaffe. J'veux blesser personne. »
Elle hocha la tête. Se concentrer sur une conversation lui permettait de se calmer quelque peu, et puis Lea semblait s'être adouci. Le fait que ce soit uniquement par pitié pour elle la faisait se sentir un peu honteuse d'avoir pleuré.
« M-mais je ne sais vraiment pas ce que je suis sensé faire, déclaré-t-elle soudain. Je dois retrouver Néo. Et Sora. Mais je ne sais pas où ils se trouvent, et... Je devrais en parler aux autres. Voir ce qu'on peut faire. C'est mon erreur, mais-
-Pas aujourd'hui » coupa Lea.
Elle leva vivement la tête vers lui.
« Pourquoi ça ? Chaque seconde compte ! Je n'ai aucune idée du danger qu'ils courent et- »
Il se pencha pour la saisir par les épaules, ses yeux verts mortellement sérieux.
« Je sais. Pas aujourd'hui, je t'en supplie. Ça ne servira à rien. Tout le monde est épuisé. On a eu une période, très, très difficile, et le combat avec Mélodie n'a rien arrangé. Laisse-les se reposer juste une journée. On sera plus productif demain, j'te promets. »
Lentement, Xion hocha la tête, quoi que ce geste lui coûte énormément. Elle ne voulait pas faire de nouvelles erreurs en mettant davantage de gens en danger.
Néanmoins, l'angoisse resserrait son étreinte. Elle n'était pas sûre de tenir jusqu'au lendemain.
« Allez, lui fit Lea en lui donnant une petite tape sur l'épaule. Ça va aller, t'en fais pas ! On est les gentils, ça se finit toujours bien, non ? La preuve, t'es là. »
Ce à quoi Xion répondit par un faible sourire timide, peu convaincue. Au vu de tous les désastres qu'elle causait, elle doutait de faire réellement partie des gentils, ou même que sa résurrection soit une bonne chose.
Elle se sépara de Lea pour aller trouver Roxas, qui semblait pensif. Ils parlèrent peu. Pas besoin. Pour dire quoi, de toute façon ? La compagnie rassura un peu Xion, bien que son esprit se trouve ailleurs. Ses questions sans réponses lui faisaient mal au crâne à force de s'emmêler.
Cloud finit par trouver les trolls. Ils lui racontèrent leur rencontre avec Zack, qui confirma les histoires des Porteurs de la Keyblade.
Il touchait au but. Enfin.
Cloud n'était pas inquiet, plus maintenant, malgré tout ce que les trolls avaient eu à redire sur les Ténèbres entourant son ami.
Il le retrouverait, peu importe l'état dans lequel Zack serait. Il le retrouverait et il ne le laisserait pas s'échapper de nouveau.
Les trolls ne sentaient plus sa présence en ce Monde. Ils avaient parlé de choses mauvaises, sournoises, installées dans le cœur de Zack, et Cloud s'en étonné. Le Zack qu'il connaissait transpirait la Lumière. Il l'avait perdu de vue en même que la sienne, de Lumière.
Un tel changement... Même en dix ans de temps, ça ne lui semblait pas naturel.
Il n'avait plus rien à faire à Arendelle, puisque Zack ne s'y trouvait plus. Et quoi, maintenant, dans ce cas ? Prévenir les Porteurs ?
Il haussa les épaules pour lui-même, avant d'ouvrir le Couloir Obscur. Bah, pour une fois, ça ne lui ferait peut-être pas de mal de travailler en équipe...
Xion se réveilla en sursaut, le cœur battant et les larmes inondant son visage.
Elle savait. Elle savait où ils se trouvaient, tous les deux au même endroit. C'était pire que tout ce qu'elle avait envisagé.
Elle sentit une main étreindre la sienne. Roxas. Dans le même état qu'elle. Ils avaient décidé de dormir ensemble, parce que ni l'un ni l'autre ne se sentait apte à passer la nuit seul sans se noyer dans une multitude de souvenirs douloureux.
Leurs regards se croisèrent.
« Tu l'a senti aussi ? »
Xion hocha la tête.
Elle avait perçu Sora. Elle s'était débattue à ses côtés en rêve, dans des limbes de Ténèbres qui s'acharnaient à détruire sa conscience propre, à la diluer dans un autre cœur, celui de Xehanort. Elle avait perçu les treize. Tous, à travers son original.
Et parmi eux... Oh. Elle comprenait, à présent. Elle comprenait tout et elle n'aimait pas ce qu'elle avait appris.
Zack...
Néo.
Elle eut à peine conscience de Roxas qui l'étreignait. Ses mains tremblaient, mais son esprit restait embrumé de cette impression d'irréalité, ce sentiment que ça ne se pouvait pas.
« Il faut que j'y aille, déclara-t-elle pour se raccrocher à une idée tangible. Il faut que je les trouve. »
Eh voilà voilà. J'espère que tout est clair, maintenant, à propos de ce qui se trame et autres. J'ai toujours peur de faire trop dans les sous-entendus et pas assez dans l'explicite, mais j'ai aussi peur de me répéter...
Tout ça pour dire, si vous avez des questions, n'hésitez pas (bon si ça concerne des éléments qui seront dévoilés plus tard, je peux pas vous répondre hein, ahah, mais si vous avez un doute...).
A plus !
