Bonjour, bonsoir !

Ahem. J'ai le plaisir de vous annoncer que... j'ai enfin terminé de rédiger cette fanfiction dans son intégralité. Il ne me reste plus qu'à tout corriger ! Ah, je me rends pas encore bien compte... Mais vous en faîtes pas, il reste encore plein de chapitres à publier, hein, un peu plus d'une dizaine ! L'aventure n'est donc pas finie !

Bref, c'est sur ces belles paroles que je vous souhaites une bonne lecture !


45. Intervalle

Xion fixait le tableau en face d'elle, presque sans le voir. Elle n'avait pas bougé de la salle de réunion après que celle-ci se soit terminée, après les longues heures à s'inquiéter, à se regarder dans le blanc des yeux, à élaborer des stratégies, à revenir sur leurs décisions, …

Chacun savait désormais ce qu'il aurait à faire le lendemain, jour funeste où les Guerriers de la Lumière affronteraient Xehanort, tandis que les autres, dont elle faisait partie, feraient front contre Mélodie et ses sbires à l'autre bout de la Nécropole des Keyblades. Sur le même Monde, et pourtant tellement éloignées, les deux batailles feraient rage au même exact moment...

Xion affronterait Mélodie, et d'un côté, elle s'en trouvait satisfaite. Elle avait des choses à régler avec elle, avec Lumaria, avec Ienzo. Elle sentait qu'elle devait faire partie de cette guerre-là.

Mais ce n'étaient pas eux qui lui avaient volé Néo. Et celui-ci, ou du moins ce qu'il en restait, se trouverait sur l'autre face du Monde, et elle ne pourrait pas le voir, et elle ne pourrait pas le venger en affrontant Xehanort, ni le sauver. La prophétie stipulait clairement que seuls les Guerriers de la Lumière devraient affronter les treize Ténèbres.

Sora et Roxas faisaient partie des Élus. Pas elle, puisque la Keyblade l'avait quittée, mais elle se consolait en se disant que les deux autres tiers d'elle-même pourraient peut-être faire quelque chose pour celui qu'elle aimait.

Enfin, consoler était un bien grand mot.

Sur le tableau n'était plus marquée qu'une énigme, celle que Cheshire avait prononcé la veille, durant leur discussion énigmatique. C'est une porte. Une fois qu'on y frappe, on fait tout pour s'en éloigner avant qu'elle ne s'ouvre.

À quoi faisait-il allusion ? À la porte menant au Kingdom Hearts ? Mais pourquoi faudrait-il s'en éloigner ? Ils avaient tous tenté de déchiffrer la chose, en vain. Peut-être n'en saisiraient-ils le sens que lorsqu'il serait trop tard... Ou peut-être le félin désirait simplement les ébranler avec une déclaration vide de sens.

À l'heure qu'il était, les autres se préparaient, passaient du temps ensemble, peut-être les derniers instants. Qui allait survivre aux autres pour pouvoir les pleurer ? Xion espérait un peu ne pas faire partie de ceux qui resteraient. Mais c'était égoïste, et elle pensait surtout à Roxas, qu'elle ne pouvait pas laisser tout seul. Ce serait trop cruel, parce qu'il ne lui restait plus personne, à lui, seulement elle, et peut-être Sora. Elle ne voulait pas lui infliger un nouveau deuil.

Quoique ce n'était pas elle qui déciderait, au bout du compte, mais l'issue de la bataille finale. Le dilemme ne se posait donc qu'en idée.

« Xion ? »

Naminé passa la tête par la porte ouverte, avec sa réserve habituelle. Xion lui offrit une pâle copie de sourire en guise de politesse.

« Roxas te cherche, expliqua la nouvelle venue. Est-ce que tout va bien ? »

Xion évita l'interrogation d'un haussement d'épaule. C'était un automatisme, cette question, une entrée en matière, mais elle doutait que quiconque parmi eux puisse aller bien aujourd'hui. Néanmoins, quelque chose la dérangeait, et puisque son amie se trouvait là...

« Naminé... Comment se fait-il que les autres parviennent à se rappeler à la fois de moi et de Sora? »

La jeune fille vint se poser en face d'elle, les fesses appuyées contre une table, silencieuse comme un fantôme de lumière.

« Je me suis posé la question aussi, avoua-t-elle. J'ai fait des recherches dans les souvenirs de Roxas à l'instant, et j'ai une explication... qui n'est peut-être pas tout à fait juste, mais c'est l'explication la plus proche de la réalité que je puisse trouver. Même moi, je ne saisis pas tous les mécanismes des souvenirs, cependant... Les autres se sont déjà rappelés de toi une première fois, lorsqu'ils ont oublié Sora, et... Eh bien, ils se sont donc repassés ces instants dans leur esprit au moment où ils sont remontés à la surface. Cela a eu pour effet de les enregistrer une seconde fois dans leur esprit, je suppose. Ils ne se remémorent pas les souvenirs en tant que tels, mais des souvenirs de souvenirs.

-Ce sont des copies » résuma Xion.

Naminé hocha la tête.

« On peut le résumer ainsi. Voilà ce qui leur permet de se souvenir à la fois de toi et de Sora. Les copies de souvenirs se sont reliées tout seuls à la chaîne de leur mémoire, sans entrer en conflit puisque, à proprement parler, ils sont nouveaux. Cependant, ils comporteront peut-être des inexactitudes. À un moment donné, nous te confondions, toi et Sora, car notre esprit ne pouvait pas combler les blancs autrement. Il se peux que moi et les autres soyons confus à propos de qui a fait quoi. Mais nous corriger suffira sans doute à remettre les choses en ordre, au bout d'un certain temps. »

Elle expliquait cela comme si la chose réglait tout, et sans doute, ça l'assurait de ne plus être oubliée de quiconque, jamais. Néanmoins, même cet état de fait lui semblait une maigre consolation, à présent.

« Merci, souffla-t-elle du bout des lèvres. Ça explique tout... Je vais rejoindre Roxas, maintenant, histoire qu'il ne s'inquiète pas trop. »

Et puis s'ils devaient mourir demain, elle préférait passer ses derniers instants avec son meilleur ami.

En cherchant Roxas, Xion tomba sur Aqua. Elle pensa un instant à passer son chemin sans spécialement s'attarder. Elles ne se connaissaient pas tellement, mais elle appréciait l'aura d'assurance qui émanait souvent d'Aqua.

Mais là, cette dernière se tenait toute seule, assise tristement sur un muret, au lieu de profiter du temps qui lui restait avec ses amis, alors qu'ils allaient peut-être mourir au lever du jour. Alors Xion s'arrêta, intriguée, et observa un petit moment la silhouette bleue qui fixait l'horizon, recroquevillée sur les marches du manoir. Prise d'une impulsion, Xion vint s'asseoir à ses côtés, silencieuse comme un souffle.

« Xion ? s'étonna Aqua. Je peux faire quelque chose pour toi ?

-Non, je... Eh bien, je cherchais Roxas, puis je t'ai vu. Tu n'es pas avec les autres ? »

La jeune femme secoua la tête.

« J'avais besoin de réfléchir. Et puis, je ne veux pas les déranger, j'imagine... »

Xion pencha la tête de côté.

« Comment ça ?

-Oh, disons que je comprend qu'ils aient envie de passer leur temps avec leurs meilleurs amis.

-Et toi, tu ne veux pas ?

-Si, j'aimerais... Ils ne sont plus... »

Ce ne fut qu'alors que Xion s'aperçut que la jeune femme tenait entre ses doigts fins une étoile bleutée en verre. Bien que le matériau soit différent, celle-ci lui évoqua l'Éclaireuse de Kairi.

Elle comprit au son de sa voix. On sentait ces choses-là, lorsqu'on les avait vécues. Son cœur se serra.

« Enfin, avoua Aqua avec un petit rire qui sonnait faux, Terra n'a pas vraiment disparu. Il est l'un des réceptacles de Xehanort. Mais... »

Un silence flotta entre elles, plein de doute et de peur et un peu d'espoir. Xion songeait à Néo. Une partie d'elle n'abandonnait pas et se cramponnait à la possibilité d'un miracle.

« N'y a-t-il aucun moyen... ? » souffla-t-elle.

Aqua releva les yeux vers elle, grave, avec un peu de compassion dans le regard.

« J'ai cherché, Xion. J'ai fouillé tous les livres de la bibliothèque de ce manoir, et je n'ai rien trouvé à ce sujet. J'ai lu les rapports de Xehanort, et il ne fait mention d'aucun moyen d'annuler cela. Je sais juste... Je sais que Terra est toujours quelque part à l'intérieur. J'ai pu le voir se débattre, un jour.

-Alors, on peut les atteindre !

-S'ils n'ont pas cessé de lutter, peut-être... Mais ce n'est pas si simple. Je vais essayer. Je vais faire mon possible. Pour Terra, et aussi pour les autres. Cela dit... Je ne veux pas te faire de faux espoirs. Ils essaieront de nous tuer, et si on veut s'en sortir, il faudra peut-être... Tu comprends ? »

Xion se contenta de hocher la tête. Ça faisait mal comme une plaie ouverte, qui ne se refermerait jamais, à moins qu'il ne revienne auprès d'elle.

Elle ne s'était jamais rendue compte qu'elle l'aimait, auparavant, et à présent ça débordait, tous les sentiments, et surtout la douleur. Chaque minute, elle avait l'impression qu'elle ne pouvait plus la supporter, qu'elle allait en mourir, et la minute suivante s'écoulait, plus la suivante, puis la suivante...

« Comment tu peux supporter ça ? » demanda-t-elle.

Et Aqua lui sourit. Seulement ses lèvres, parce que la lueur dans ses yeux donna à Xion l'envie de pleurer.

« Je fais très bien semblant. »


Une brise apporta un rien de changement dans l'air chaud. Depuis le temps qu'ils se préparaient à cette bataille, Kairi pensait se sentir prête, et pourtant...

Naminé lui disait qu'on n'était sans doute jamais prêts face aux choses qui arrivaient, les petites ou les grandes.

« Enfin, je pense, conclut-elle. J'ai crû retenir ça de tout ce qu'il s'est passé. On a beau s'attendre à quelque chose...

-On peut se préparer physiquement, s'entraîner autant qu'on veut, mais mentalement... » soupira Kairi.

Ça lui paraissait irréel que ça se passe déjà demain.

« Je ne veux pas que tu y ailles » murmura-t-elle doucement.

Naminé se tourna pour la regarder, l'air triste. Elle s'était proposée pour aller combattre Mélodie, ou plutôt pour soigner les blessés qu'il y aurait invariablement. Mais elle ne pouvait pas se défendre, et Kairi ne serait pas là pour le faire à sa place.

Ç'aurait été plus simple si elle avait accepté de la suivre dans la bataille contre Xehanort. Kairi avait argumenté que, puisqu'elles possédaient le même cœur, elles comptaient pour une seule personne. En plus de vexer sa compagne, elle s'était entendue répondre que, si Naminé la suivait, alors sans doute Kairi passerait-elle son temps à la surveiller. Ils se trouvaient trop désavantagés en nombre pour se permettre un handicap pareil.

« Et alors ? répliqua Naminé presque sèchement. Je ne veux pas que tu y ailles non plus.

-Je m'inquiètes !

-Moi aussi. Mais tu ne vas pas renoncer à te battre parce que je te dis de ne pas y aller, si ?

-Ce n'est pas pareil, s'entêta Kairi. Je me suis entraînée.

-Moi aussi.

-À soigner, pas à combattre !

-Justement, c'est un atout. Je pourrais peut-être sauver des gens.

-Et qui te sauvera toi ? »

Un long silence s'ensuivit. Yeux bleus contre yeux bleus. La phrase que prononça Naminé ensuite ne parut ni sèche, ni insultante, elle fut sortie avec son habituel ton calme et doux. Et pourtant, elle fit grimacer Kairi.

« Moi ? Je me rappelle d'une fille que tout le monde s'entêtait à vouloir surprotéger, alors qu'elle ne souhaitait que leur venir en aide à son tour. »

Ça faisait mal parce que c'était vrai. Et ça ne changeait rien au fait que la peur lui contractait l'estomac à l'idée qu'il n'arrive quelque chose à sa compagne. Puisqu'elle pouvait guérir les autres, elle serait sans doute la première cible de Mélodie, pour les affaiblir ! C'était de la folie !

« C'est pas… pareil. »

Même à ses propres oreilles, ça sonnait faux.

« J'en ai assez d'être à la traîne, Kairi… De vous voir tous partir à l'aventure, vous mettre en danger pour sauver tout le monde, sans que je puisse rien faire à part attendre que vous reveniez. Tu comprends ça, non ? Tu le ressentais aussi, il n'y a pas si longtemps.

-Oui… Mais…

-J'ai tout le temps peur aussi, quand tu pars, la coupa Naminé. À chaque fois. Ça ne change rien, parce que je sais que tu dois y aller. Et je dois le faire aussi. »

À regret, et contre son instinct, Kairi hocha la tête. Elle ne pourrait pas l'empêcher, mais si elle devait ne plus jamais la revoir…

« Pardon. »

Elle l'embrassa.

« Ne t'en fais pas. Je comprends. »

Le ciel bleu luisait au-dessus de leurs têtes, et il ne bougerait jamais. Contrairement aux Mondes qui se déplaçaient lentement mais sûrement. De plus en plus, lorsqu'elle se concentrait, Kairi pouvait les sentir.

« Tu le perçois aussi ? demanda-t-elle.

-Oui » répondit Naminé sans un doute sur ce dont elle parlait.

La fusion des Mondes n'avait pas été stoppée, juste retardée. Ils se déplaçaient moins vite que les nuages qui filaient à l'horizon, mais d'ici quelques mois, quelques années, …

« Je me demande si les autres Princesses le sentent aussi… réfléchit Kairi. Je crois que j'ai trouvé quoi faire. Après tout ça, après la guerre.

-Hum ?

-Il faudra que quelqu'un se charge d'expliquer aux habitants des différents Mondes ce qu'il va se passer. Après tout, ils vont entrer en contact avec des univers totalement différents du leur… Je pense que les Princesses de Coeurs pourront le leur expliquer. J'irais voir les autres, après la guerre, pour demander leur aide. »

Naminé hocha la tête. Des ambassadrices ? Pourquoi pas ?

« C'est un beau projet.

-Tu viendras ?

-Tu en doutes ? »

Ce qui fit sourire Kairi.

« Non, bien sûr que non. »

Elle ne voulait juste pas l'obliger à la suivre, mais dans l'absolu, elle n'aurait pas eu besoin de poser la question. Elle la suivrait au bout des Mondes, et rien jamais ne pourrait se placer entre elles.

Tant qu'elle serait à ses côtés, tout irait bien.


Lea ne s'était pas excusé. Pas vraiment. S'il l'avait fait, Sora lui aurait sommé d'oublier ça, qu'il pouvait pas savoir et que c'était du passé. Mais il ne s'excusait pas, sûrement trop honteux pour ça, et se contentait de lui parler normalement, quoiqu'avec une sorte de larmoiement insupportable dans les yeux.

Ce qui n'empêchait pas Sora de le regarder préparer ses affaires, perché sur la table, les pieds oscillants dans le vide, et de bavarder de tout et de rien. Au bout d'un moment, s'il agissait de façon suffisamment enjouée, peut-être, son ami comprendrait qu'il ne lui en voulait pas pour son attitude des derniers jours.

« Mais ouais, du coup, j'pense pas qu'on puisse compter sur Cheshire ! À y réfléchir, il nous a même pas dit s'il était ou non l'incarnation des Ténèbres ! Pour ce qu'on en sait, il s'est juste amusé à nous faire tourner en bourrique !

-Ah, il vous a fait tourner en bourrique, c'est sûr, le taquina Lea avec un mince sourire. Ça ne veux pas forcément dire qu'il a menti.

-Difficile de mentir quand on joue à ni oui ni non…

-Ce que je veux dire, c'est que c'est sans doute le gars qu'on cherche. Et puis… Il a réglé ton souci, non ? »

Ah, bon point. Il s'agissait d'une démonstration pertinente, assurément...

« Je sais que j'devrais pas en vouloir à Xion pour ça, avoua-t-il avec un sourire contrit. Après tout, ça se finit bien, mais ça aurait pu…. Elle m'a même pas demandé mon avis ! J'sais pas, ça nous concernait tous les deux, non ? »

Il l'avait remerciée du bout des lèvres, et le soulagement qu'il éprouvait à l'idée de ne pas passer le reste de ses jours dans l'oubli ne connaissait que peu d'équivalents. Mais tout de même, il se sentait trahi.

« Pour sa défense, t'as pas trop tenu compte du sien non plus » fit observer Lea.

Pour ponctuer la chose, il appuya sur le nez de l'autre avec son index, comme on le ferait pour un chat qui s'apprête à faire une bêtise. Sora le repoussa sans en prendre ombrage.

« Mouais, mais moi j'avais raison !

-Pas de son point de vue. Y'a des gens comme ça, qui font passer les besoins des autres avant les leurs. Et si je ne m'abuse, tu en fais partie. T'aurais fait pareil pour elle, si la situation avait dû tourner dans ce sens. »

Sora se mit à balbutier, mauvaise foi incarnée dans le corps d'un hérisson, ce qui fit sourire Lea. Pour éviter de le laisser s'enliser dans ses contradictions, il décida d'ajouter :

« Puis, allez, tu penses pas que ce soit le bon jour pour pardonner ? Moi, aujourd'hui, j'ai même excusé spirituellement le gamin qui m'a mis de la colle dans les cheveux quand j'étais gosse. On va peut-être mourir demain, alors autant effacer l'ardoise, non ?

-Dis pas ça ! C'est pas vrai ! »

Ah… Lea secoua la tête. Il le reconnaissait bien là. Mais Sora n'avait jamais vraiment perdu quelqu'un. Lui, Riku et Kairi… Ils savaient qu'il s'agissait d'une éventualité, que la bataille serait dangereuse, mais ils ne s'en rendaient pas réellement compte. Lea savait. Aqua aussi, trop bien. Xion et Roxas également. Toutes les aventures de Sora s'étaient bien terminées pour lui et les gens qu'il aimait, même en amenant leur lot de souffrance. Rien n'avait paru insurmontable.

Il ne se rendait pas compte. Et est-ce qu'il fallait réellement lui enfoncer ça dans le crâne ? Non, sans doute pas. Il comprendrait bien assez tôt.

Lea secoua la tête.

« On verra bien. Mais autant mettre toutes les chances de notre côté. T'as préparé tes affaires ? »

Une seule potion pouvait changer la donne, en combat. Surtout que là, Sora ne pourrait pas compter sur Donald pour le soigner ou sur Dingo pour couvrir ses arrières. Il ne fallait pas qu'il se laisse trahir par ses vieilles habitudes.

« J'vais le faire.

-Quand ?

-Ouais ben, plus tard. T'inquiètes, on a l'temps !

-Et pourquoi pas maintenant ?

-Ben maintenant j'ai envie de discuter avec toi. »

Lea eut un sourire un peu supérieur.

« Vraiment ? Eh bien, discute.

-Hein ?

-Tu voulais discuter, discute !

-Mais euh, c'est pas comme ça que ça marche ! »

Lea se posta juste devant lui, bras croisés. Trop près, se rendit-il compte, mais il ne pouvait pas vraiment reculer maintenant, sous peine que l'ambiance devienne encore plus étrange. Toujours assis sur la table, Sora lui renvoya un regard boudeur. Ses genoux touchaient pratiquement les jambes de Lea.

« Dois-je en déduire que tu n'as rien à me dire et que, par conséquent, tu vas pouvoir préparer tes affaires pour demain ? »

Sora avait toujours été quelqu'un d'impulsif. Et lorsqu'il ne trouvait rien à répondre de très intelligent, il se disait que ça n'avait pas trop d'importance, pourvu qu'il ait le dernier mot.

« Non.

-Tu défies un ordre de ton supérieur direct ? »

Après avoir prononcé ces mots, il se rendit compte trop tard de sa mesquinerie. Sora n'avait pas pu passer l'examen avec eux, parce qu'ils avaient tout simplement oublié qu'il existait.

Et pourtant, il ne sembla pas s'en formaliser et ses yeux exprimaient le défi et le jeu.

« Ouais.

-Mauvaise idée, jeune homme...

-Ah bon ? Et qu'est-ce qu'il va m'arriver ? »

Pour appuyer sa menace, Lea posa ses paumes sur la table, de chaque côté de Sora et. Ah. Il ne se rendit compte de l'erreur stratégique que lorsque ses lèvres se retrouvèrent à quelques centimètres de celles de l'autre, et puis encore plus proches, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de distance du tout.

L'arroseur arrosé, soupira-t-il mentalement alors que ses mains se posaient tout naturellement sur les hanches de son ami. Et puis leurs bouches se séparèrent et Lea se sentit mal. Oh, il pouvait plaider les circonstances, il pouvait se convaincre qu'il s'était laissé emporter par la situation, mais il ne l'aurait pas fait s'il n'en avait pas eu envie et il ne pouvait pas regretter, ni ne pas regretter.

« Il était temps, hein ? » sourit Sora contre ses lèvres, et Lea faillit sourire aussi, parce qu'il fallait bien que ça arrive un jour, au bout du compte, quoi qu'il en dise.

Il s'écarta d'un pas, pourtant, détourna le regard. Ah, la culpabilité. Il détestait ce sentiment-là.

« Attend, j'peux pas... C'est, tu pouvais pas savoir, mais... Y'a quelqu'un d'autre. Je ne sais pas si Isa est toujours vivant, et lui et moi, tu sais... Et je t'apprécie, réellement, peut-être même plus que ça, mais il faut d'abord que je saches s'il est possible de le récupérer. Je peux pas lui faire ça. Tu comprends ?

-Ouais. T'inquiètes ! »

Il ne paraissait pas blessé ni vexé ni déçu. Lea haussa un sourcil, et Sora haussa les épaules devant la question non formulée, avant de répondre :

« S'il faut qu'on soit clairs, j'sais pas non plus si j'suis amoureux d'toi. Et même si j'aimerais bien que ça se fasse, ben, j'comprends. On verra ça plus tard ! »

Plus tard, ça voulait dire demain, se rappela Lea. Lorsque ce serait terminé.

Il eut encore envie de l'embrasser, mais il préférait ne pas commettre trop d'infidélités s'il pouvait éviter. Parce qu'il aimait Isa, même s'il était aussi à peu près sûr qu'il aimait Sora.


Finalement, elle le trouva seul dehors. Il faisait beau, pour leur dernière journée. Xion se rendit compte qu'elle ignorait en quelle saison ils se trouvaient actuellement, ainsi que le temps exact qui s'était écoulé depuis sa renaissance. Elle réalisa également que cela ne lui importait que très peu, le temps qui passait et qui n'attendait pas. Elle le laisserait courir.

Elle ne demanda pas à Roxas pourquoi il la cherchait. Ça lui semblait assez évident. Il lui sourit doucement.

« Tu te sens prête ?

-Je ne me suis pas posée la question, avoua Xion avec un rire.

-Prêts ou pas, de toute façon... soupira Roxas en haussant les épaules. Mais c'est bizarre... De se dire qu'on a vécu tout ça, et que c'est bientôt la fin. On va y passer, non ?

-Pas nécessairement.

-Oui, bien sûr... À sept contre treize d'un côté, et contre une demi-déesse de l'autre... »

Xion grimaça. Tout le monde n'en réchapperait pas, mais elle sentait qu'ils pouvaient gagner tout de même. Quelque part, elle savait que ce ne serait pas la fin, pas pour tout le monde. Ça lui semblait inconcevable.

« C'est parce tu as hérité de l'optimisme de Sora, sourit Roxas lorsqu'elle lui fit part de ses réflexions.

-Je ne me sens pas tellement optimiste. »

Plutôt l'opposé, à dire vrai. L'ancre accrochée à son cœur ne semblait pas vouloir s'en aller, et peut-être que, quelque part, Xion ne voulait pas qu'elle le fasse. Le chagrin avait une dimension rassurante, en ce sens qu'il permettait de garder frais le souvenir de ce qu'on avait perdu.

Étrangement, la fureur aussi l'aidait à tenir. Ce n'était pas de la haine à proprement parler, parce que la haine était une colère froide. Celle de Xion bouillonnait, et elle ne souhaitait que faire payer leurs crimes à Xehanort et Mélodie. Elle n'était pas habituée à cette émotion-là, cette main crochue qui harponnait son estomac, mais c'était cela qui l'aidait à tenir debout. Quand tout serait fini, si ça se finissait bien, ce qui la poussait à combattre s'évaporerait, et elle avait l'impression qu'alors, elle s'éparpillerait aux quatre vents.

« Tu sais, fit Roxas, à la mort d'Axel, j'ai eu envie de tuer Sora. Parce qu'Axel s'était sacrifié pour lui, et que tout tournait autour de lui, et franchement, je ne pensais plus clairement. »

Xion le regarda un moment, attendant qu'il continue, qu'il lui explique pourquoi il lui avouait tout ça. Comme s'il avait lu dans ses pensées, ou plutôt dans ce qu'elle ressentait, il continua :

« Mais ça passe. Ça n'arrête jamais vraiment de faire mal, mais il y a des mieux, parfois. Je suppose qu'on arrive à vivre avec ça, au bout du compte. Qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ?

-Sauf que Néo n'est pas mort » contra-t-elle doucement.

Roxas détourna le regard sans répondre. Elle savait ce qu'il en pensait. Quelle importance ? Elle ne le sauverait pas. Et au fond, le constat lui paraissait irréel. L'abattement était bien là, mais pas la réalisation. C'était abstrait, la mort, la possession, la perte de conscience, toutes ces choses. Après tout, Xion était déjà morte une fois, elle, et pourtant la revoilà.

Elle réalisait seulement que Néo souffrait et qu'elle ne le récupérerait sans doute pas.

« Tu sais, se lança-t-elle, c'est lui qui a fait de moi une personne. Tout ce que j'ai connu avant avait disparu. Tu ne me connaissais plus, et je ne me considérais que comme une marionnette, plus vraiment un être vivant. Mais lui... Il ne savait pas tout ça. On partait de zéro, il ignorait ce que j'étais, qui j'étais. On a eu beaucoup de conflits, mais au final, ce fut le premier à me faire réaliser que je pouvais devenir quelqu'un à nouveau. J'aurais juste aimé me rendre compte de ça plus tôt. »

Une confession pour une autre. Roxas hocha la tête, compréhensif.

« Moi aussi. »


« Eh bah ! T'as encore loupé ton examen de maîtrise, Sora !

-Eh, c'est rude, ça ! C'était pas de ma faute, aucune des deux fois !

-C'est ce qu'ils disent tous » le taquina Donald.

La remarqua l'aurait vexé venant de n'importe qui d'autre, et quoiqu'elle l'irritait un peu, elle avait l'air peu importante dans la bouche de son ami à plumes. Ça participait à dédramatiser. Et puis, Aqua lui avait dit que, s'ils remportaient la lutte, elle le nommerait Maître d'office ! Sacré examen, vraiment !

« Ce que Donald essaie de dire avec ses mots à lui, intervint Dingo, c'est qu'on est désolés de t'avoir oublié...

-C'est pas votre faute, j'imagine. Moi j'ai oublié Kairi, une fois ! Enfin, c'est ce qu'on m'a dit. Après, j'ai oublié Naminé. Je suppose que j'le méritais, du coup ! Vous en faites pas ! »

Il lui adressa son plus beau sourire, sincère. Et soudainement, l'atmosphère devint triste.

« T'es sûr qu'on peut pas venir avec toi ? demanda le magicien.

-Ça nous fait toujours bizarre de te savoir tout seul contre les grands méchants ! » renchérit Dingo.

Sora fit la moue. Fut un temps, les Mondes, ils ne les sauvaient que tous les trois. La nostalgie le frappa de plein fouet, plus brutale encore car il ne s'y attendait pas. Quand est-ce que ça avait cessé de se passer comme ça, et pourquoi ? Il n'avait jamais compté les mettre sur la touche ! Mais toutes ces autres personnes avaient débarqué dans sa vie...

« Cette fois, les gars, ça me paraît pas possible. C'est un truc de Porteurs de la Keyblade.

-Pffff, comme si on valait moins !

-Oh bah, le prend pas comme ça Donald... tenta Dingo. Et puis, on va se battre aussi, juste sur un autre front ! De toute façon, nos cœurs seront un peu avec Sora pour lui donner du courage !

-Ouais, et réciproquement ! fit le jeune homme. Connexions, tout ça, tout ça...

-Oui ben, fais attention à toi !

-Aw, tu t'inquiètes ?

-C'est pas ça ! »

Ce à quoi ils finirent par rire. Et ça faisait du bien, de rire, et Sora en avait besoin, et ces deux-là parvenaient toujours à enlever le poids qui pesait sur ses épaules, aussi lourd soit-il.

Au loin, il aperçut deux autres silhouettes qu'il connaissait bien, qu'il reconnaîtrait entre mille. Kairi lui fit un grand signe de main.

« On dirait qu'ils veulent te parler, eux aussi, commenta Dingo.

-Ouais. J'y vais. Salut ! »

À mi-chemin, il se stoppa, se retourna.

« Eh, les gars ! fit-il à ses deux compagnons. Quand je serais Maître de la Keyblade, ce serait cool qu'on reparte à l'aventure, tous les trois ! Comme au bon vieux temps, quoi ! »

Et il se sauva rejoindre ses deux amis d'enfance, qui l'attendaient.

« On ne te dérange pas, au moins ? s'enquit Riku.

-Nan. Jamais. »

Et il le pensait. Au bout du compte, même lorsqu'ils se trouvaient séparés, ç'avait toujours été eux trois. Ils avaient d'autres amis, à présent, des tas de gens de confiance sur qui se reposer, mais Sora savait qu'il reviendrait toujours vers eux.

Et tant qu'il le pouvait, tout irait bien.


Je préfère vous prévenir, ceci était le dernier chapitre calme avant un bon moment. Après, c'est la guerre, et disons que... Ça risque d'être un peu brutal, surtout comparé au reste de la fic. Je préfère ne pas spoiler, mais, hum, c'est une guerre quoi. Voilà voilà.

À tout bientôt !