Salut salut ! Voilà, ça y est, maintenant ça commence !
Je me sens obligée de vous informer que ce chapitre fut une plaie à corriger. En soi, c'est ma faute, faut que j'apprenne à faire des premiers jets plus propres. Mais, urgh. Et je suis sûre qu'il reste des fautes. Il reste toujours des fautes.
Bonne lectuuuure.
47. Géhenne
Il ne fallut pas longtemps à Sora pour que la douleur ne lui tombe dessus.
Au début, tout paraissait confus, flou, mais Sora ne ressentait pas de peur. Il frappait en direction des manteaux noirs, il évitait des lames, des coups, des sorts, sans savoir précisément qui il affrontait, quoique la réponse, dans tous les cas, soit Xehanort. C'était une véritable mêlée, comme autrefois lorsqu'il terrassait des hordes de Sans-Coeurs en compagnie de Dingo et Donald. S'il parvenait à se défaire de l'idée qu'il se battait contre des êtres humains, peut-être pourrait-il même y prendre goût...
Il esquiva d'un bond l'un des projectiles de Xigbar. Peu à peu, le lieu de l'affrontement s'élargissait, s'éparpillait. Sora bondit vers l'Archer, qui subit de plein fouet son attaque et celle de Kairi à la fois.
Et puis ce fut le désastre.
On lui avait déchiré le ventre. C'était ce qu'il ressentait. Ses genoux heurtèrent le sol et la brûlure d'un brasier se répandit dans son dos et Sora hurla et une main vint se poser sur son épaule mais il ne s'agissait que d'une sensation parmi d'autres, autrement plus vives, plus douloureuses. Il aurait pu encaisser chaque blessure prise à part, mais elles s'additionnaient et s'alimentaient les unes des autres, se superposaient partout, partout, partout...
« Sora ? Sora ! »
Peut-être bien qu'il hurlait, et au fond de lui, quelqu'un souriait. Il se sentit traîné quelque part, trop meurtri pour résister, et puis il comprit.
Sa connexion avec Xehanort n'avait pas tout à fait disparue. Il comprit lorsqu'il rouvrit les yeux et qu'il vit Luxord tomber à terre et que ça lui coupa le souffle et qu'il sentit l'impact dans tout son dos. Son propre corps n'était pas blessé.
« Sora ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »
En se concentrant, il entendit le Roi lui parler d'une voix précipitée, inquiète. Ils se trouvaient un peu en retrait des combats. Une question de temps avant que l'un des treize ne s'en aperçoive…
Sora voulut rire, mais ce fut un gémissement de douleur qui s'échappa de sa gorge.
« Xehanort… parvint-il à exhaler. Je sens ce que ses réceptacles ressentent… Tous les coups… »
Comment pouvait-il supporter cela ? Comment Xehanort parvenait-il encore à tenir debout, en encaissant tant de souffrance ? Treize corps, treize affrontements, treize fois plus de sensations, de déchirures… Et pourtant, les autres, ceux en manteaux noirs, parvenaient toujours à se battre !
Sora se demanda s'il allait mourir.
Mickey pinça les lèvres, soucieux. Cette histoire tournait déjà au vinaigre. Que faire ? Il ne pouvait pas laisser Sora ici ! Cependant, il ne pouvait pas non plus délaisser l'affrontement pour le protéger !
Fichu Xehanort ! Cela ne lui suffisait pas de les acculer en infériorité numérique, il fallait également qu'il mette l'un de leurs gardiens hors d'état de nuire ! Et un des plus puissants, en plus…
Il devait avoir laissé au garçon un lien suffisamment ténu pour être indétectable, mais qui le faisait ressentir toute la douleur infligée à ses réceptacles comme s'il s'agissait de la sienne propre… Était-ce seulement possible d'accomplir une chose pareille ?
Une onde magique fracassa un pan de falaise tout près d'eux. Mickey les protégea, lui et Sora, des éboulements, fermant les yeux sous l'effort qu'il fallait pour maintenir le bouclier magique. Soudain devant lui se tenait Ansem le Sage, inchangé, impassible. Mickey faillit jurer. Quel imbécile ! Il aurait dû s'en rendre compte, la dernière fois qu'il l'avait vu ! Il portait déjà la marque de Xehanort alors, même s'il n'était pas encore sous son emprise. La pensée qu'il aurait pu lui venir en aide lui serra le coeur. Trop tard...
« Mon vieil ami... » murmura Mickey, mais l'autre ne répondit pas, se contentant de lever les bras pour invoquer un sort.
Alors Mickey, Keyblade en avant, fit ce qu'il avait à faire.
Ils n'auraient jamais dû se séparer, réalisa Xion alors qu'elle mordait la poussière pour la première fois – et pas la dernière – de la journée. Son épée vola loin de sa portée, alors que Lumaria se rapprochait, un sourire triomphant sur le visage.
« Tu as fais le mauvais choix. Si tu étais restée fidèle à Mélodie, nous vous aurions peut-être épargné, toi et ton ami… »
Épargnés ? Reprogrammés, plutôt, comme des machines ! Xion lui renvoya un regard qui parlait pour elle, puis jeta un bref coup d'oeil à ses coéquipiers, visiblement trop occupés pour lui venir en aide, et en mauvaise posture. Donald semblait tenter d'atteindre Mélodie, y mettant une hargne que Xion admira, mais qui ne suffirait pas. Dingo repoussait tant bien que mal les assauts de Ienzo et Even. Ils s'en sortaient magnifiquement bien, étant donné la puissance de leurs adversaires... mais pas assez pour l'emporter.
Ce fut à ce moment précis qu'elle se rendit compte de leurs faibles chances de réussite. Une mission suicide, ni plus ni moins. Leur seul espoir serait que le plan qu'ils avaient prévu fonctionne…
Lumaria leva sa faux. Xion évalua ses chances, réinvoqua son épée et se propulsa en l'air, évitant le coup porté au ras du sol.
« Cela ne sert à rien de fuir, jeune demoiselle ! »
D'un geste du bras, l'ennemi envoya une onde de choc que Xion tenta de parer, en vain, vacilla, se redressa et partit à l'assaut. En guise de bonne nouvelle, son épée paraissait de plus en plus naturelle entre ses doigts. Ce n'était pas une Keyblade, non, pas un prolongement de son bras, elle ne lui procurait pas une sensation de puissance… C'était un catalyseur, une partie profonde de Xion, composée de souvenirs purs, dont la création ne fut possible que grâce à son passé hors du commun, à toutes ces pertes de mémoires, les siennes et celles des autres. Cette épée n'était pas la copie du pouvoir d'un autre, mais bien une arme qui venait de son propre coeur.
Elle redoublait d'efforts, mais Lumaria la maintenait à distance malgré tout, et chaque coup cognait contre sa faux sans qu'il ne montre le moindre signe d'inquiétude. Si Xion se précipitait trop, elle finirait par s'empaler sur la lame. Mais que faire ? Ses camarades s'épuisaient, et elle aussi. Leurs adversaires, en revanche, ne montraient guère de signes de lassitude !
Mais que faisait Vanitas ? Ils avaient pourtant rappelé le plan avant de se séparer… S'il n'accomplissait pas sa part, ils étaient perdus.
Xehanort exultait. Il ne se faisait pas d'illusions : il allait perdre quelques corps, ça oui, mais il y gagnerait au change. Déjà dans le ciel, une boule d'énergie prenait forme, invoquée par le conflit de tous ces coeurs qui s'affrontaient, de toute cette rage déployée… Peu importait réellement qui gagnait ou perdait, au bout du compte, il ne s'agissait pas là de la finalité de son plan. La X-Blade serait formée. Xehanort n'aurait qu'à survivre suffisamment longtemps pour la voir achevée, et alors…
Cependant, avant cela, il fallait survivre, et l'agonie risquait bien de le tuer. Il n'était pas sans risque de lier un seul esprit à tant de corps, puis de les envoyer au combat tous ensemble, contre une résistance si redoutable… Il ne pouvait pas se permettre de flancher maintenant, il n'avait jamais flanché face à l'adversité, et cette conviction parvenait à le maintenir, à les maintenir fonctionnels. Cela fonctionnerait.
Bientôt, tout serait terminé.
La petite maison dans laquelle ils avaient trouvé refuge ne comportait aucun meuble ni quoi que ce soit qui y ressemble, hormis, dans une pièce, ce qui ressemblait vaguement à une cuisinière en pierre. Tout le reste devait être tombé en poussière des siècles auparavant. Il n'y avait pas de fenêtres ni de portes, et la brise sinistre s'engouffrait sans qu'ils y puissent quoi que ce soit. Naminé frissonnait, mais était-ce de froid ou de peur ? Les deux, probablement. Quelle idée de partir avec juste une petite robe sur le dos ? Franchement…
Vanitas faisait les cent pas dans la pièce, pendant que la jeune fille s'était recroquevillée dans un coin, l'air triste. Oh, il aurait préféré se trouver sur le champ de bataille avec les autres, sincèrement ! Un peu d'exercice ne lui aurait pas fait de mal, et ça le démangeait d'aller en découdre avec Ienzo. Leurs dernières rencontres n'avaient pas été emplies de joie et de bonheur. Ça faisait tellement longtemps qu'il rêvait de se venger...
Mais il avait promis à Kairi de veiller sur Naminé, et il s'y tiendrait autant que possible, quoiqu'il commence déjà à regretter cette décision.
« On devrait y aller, marmonna celle-ci.
-Hum ?
-Je me dis qu'ils n'auront peut-être pas le temps de venir ici, s'ils sont blessés... À quoi bon avoir une soigneuse, si elle est inutile ?
-Tu serais un poids mort, là-bas, asséna Vanitas sans se soucier de tact. La meilleure solution est encore que tu restes ici pour l'instant. »
De toute façon, rien ne se passerait comme prévu, sans doute. C'était toujours ainsi, lorsqu'on faisait des plans et des prévisions. Systématiquement, quelque chose foirait. Le tout était de se préparer suffisamment bien pour pouvoir rebondir face à toutes les éventualités. Et puis, si ces idiots se faisaient gravement touchés en si peu de temps, alors Vanitas ne donnait pas cher de leur peau… Mieux valait conserver Naminé à l'abri aussi longtemps que possible.
« J'aurais dû apprendre à me battre… se lamenta la jeune fille.
-Trop tard pour ça. Bon, il faut que je sortes un moment. Tu restes là, hein ? Je serais pas loin. Crie, au pire. »
L'autre ne lui répondit même pas. Elle aurait pu avoir la décence de se montrer reconnaissante ! Il se privait d'un affrontement mémorable pour la surveiller ! Outre Ienzo, il lui semblait que cette Mélodie ne supportait pas tellement sa présence, et ça amusait grandement Vanitas. Surtout que, visiblement, il était le seul insensible à son pouvoir étrange de persuasion. Si tout le monde la trouvait aimable, elle lui avait paru vieille et aigrie, le genre de personnes qu'il mettait en colère facilement par sa simple existence…
Sur ces guillerettes pensées, Vanitas sortit de la bâtisse et regarda en l'air, à la recherche d'un toit pas trop défoncé, où il pourrait se percher sans qu'il ne s'effondre. L'endroit lui semblait bizarrement familier, bien qu'il ne se soit jamais aventuré dans cette ville en ruines auparavant. Quelque chose le perturbait, comme un vieux souvenir sur le bout de la langue... Il l'ignora. Une fois qu'il fut installé en hauteur, il se rappela de la direction qu'avaient pris ses alliés. Ne lui restait plus qu'à invoquer les Nescients. Il leva le bras, puis se tendit, et s'arrêta.
Cela faisait longtemps qu'il n'en avait pas appelé autant dans un but offensif. Très longtemps, à vrai dire, depuis qu'il n'était plus sous la coupe de Xehanort. Il les avait dispersés dans les Mondes, une éternité auparavant, dans le seul but de fournir des ennemis à Ventus, qu'il devienne plus fort et puisse forger la X-Blade – et si le garçon était effectivement devenu fort, le reste n'avait pas aussi bien fonctionné.
Et avant cela, ils lui servaient d'adversaires à lui-même. Il avait pour habitude de les invoquer à la Nécropole et de les affronter, dans le but de gagner en puissance, parce qu'il détestait sa faiblesse, héritée de cet empoté de Ventus, et que les Nescients constituaient le seul moyen pour lui de s'améliorer. À chaque fois que l'un d'entre eux disparaissait, il ressentait une vague de douleur, déjà suffisamment désagréable lorsqu'il n'y en avait qu'un, et à la limite de l'insupportable, parfois, lorsqu'ils se faisaient éliminer par dizaines. Malgré cela, il leur assénait des coups de Keyblade et tentait d'ignorer la souffrance que cela lui causait, et il y était arrivé de mieux en mieux au fil des ans. Ça l'avait endurci.
Cette fois-là ne serait pas si différente, après tout. Il les envoyait comme chair à canon, comme il l'avait fait des milliers de fois par le passé. Ce serait douloureux, compliqué à gérer, mais ça passerait. Pourtant, il n'en fut pas capable.
Avait-il de nouveau perdu son pouvoir ? Ienzo lui avait-il volé les Nescients à nouveau ? Non… Non, il ne s'agissait pas de ça. Il pouvait. Techniquement, il pouvait, mais ça ne voulait pas.
« Allez… s'ordonna Vanitas à mi-voix. Allez, tu l'as fait tellement de fois... Ça change quoi ? »
Dépité, il finit par ramener sa main à lui et s'aperçut qu'elle tremblait. Pourquoi ? Qu'est-ce qui lui arrivait, merde ?
Les images s'imposaient dans son esprit. Lui-même qui s'infligeait tout ça, les vagues de douleur. À quel point fallait-il se haïr pour en arriver là ? Et après, Ventus, Terra et Aqua, qui faisaient disparaître les créatures, sans savoir, sans considération pour ce que ça pouvait bien lui faire, à lui.
Et il était terrifié à l'idée que ça recommence.
Merde, non, non, pas maintenant ! Il l'avait fait des milliers de fois, quelques années plus tôt ! Ce n'était pas agréable, ce n'était pas jamais agréable, mais il l'avait toujours fait ! Quelque chose remontait dans sa gorge comme une envie de vomir, et il s'ordonnait d'agir, juste d'invoquer les
créatures et leur donner l'ordre de rejoindre Xion et les deux autres, mais son corps ne voulait pas lui obéir.
Il ne voulait pas revivre ça.
« Oh, Zack… »
Aqua baissa sa garde l'espace d'un instant, consciente au fond d'elle de la dangerosité de la chose, mais incapable de se maintenir alerte en le voyant ainsi.
Une vague de tristesse et de pitié. C'était une chose de le savoir, c'en était une chose de constater par elle-même ce qu'il était advenu de ce garçon plein de vie avec qui elle s'était lié d'amitié au Colisée. Ce n'était pas juste. Il n'avait rien à voir avec tout cela...
Il s'avança vers elle, l'épée au clair. Il aurait pu l'attaquer plus rapidement, se rendit-elle compte. Peut-être… Peut-être subsistait-il quelque chose. Quelque chose qui ne lui permettait pas de se mouvoir, mais peut-être de ralentir ou de rendre imprécis les mouvements de celui qui le contrôlait ?
« Zack, il faut que tu luttes ! »
Elle para une attaque de face, se retourna pour bloquer Xaldin qui était arrivé à sa hauteur également. La bataille s'éparpillait en petits groupes, sans lien logique, juste dans le feu de l'action. Tout en attaquant le Simili, Aqua tentait de raisonner Zack, parant à ses attaques en même temps. À ce rythme, deux contre un en s'interdisant les coups fatals, ce ne serait pas long avant qu'elle ne commette une erreur mortelle, mais elle ne pouvait pas abandonner !
« S'il te plaît, je sais que tu es encore là ! Zack ! S'il te plaît. »
Six lances flottantes fonçaient vers elle, puis furent repoussées par une barrière magique, qu'Aqua tenta de maintenir le plus longtemps possible sous les assauts. Il ne fallait pas que la situation dure… Se débarrasser d'un des deux ennemis rapidement parut sur le coup la solution la plus appropriée.
S'efforçant de ne pas songer à ce qu'elle faisait, Aqua déploya sa magie.
« Lumaria, assez joué ! siffla Mélodie. Laisse la marionnette, et va me récupérer Naminé. Avec un peu de chance, elle écoutera, cette fois. Oh, et élimine cette chose qui l'accompagne une bonne fois pour toutes ! »
Devant l'air catastrophé de Xion, le concerné eut un sourire narquois.
« Tu ne pensais tout de même pas nous duper, hum ? Mélodie peut percevoir les coeurs, en particulier ceux aux tendances aussi extrêmes que tes amis. »
Et il la laissa là, tout simplement, fuyant dans la direction où se trouvaient leurs alliées. Xion serra le poing. Croyait-il vraiment qu'elle le laisserait faire ? Elle se lança à sa poursuite, mais son épée fut stoppée par quelque chose de métallique. Le bras d'Ienzo.
« Pas si vite, pantin ! Je suis ton adversaire à présent. »
Celui-ci la dardait de son regard fou. Il était pâle, l'air malade, des veines noires striant la peau, courant le long de son cou et sur son visage. On l'aurait dit prêt à mourir d'un instant à l'autre.
Lumaria s'éloignait, et Xion ne pouvait plus l'atteindre. Plus qu'à espérer que Vanitas saurait s'en occuper. Elle recula pour mieux repartir à l'assaut, mais son adversaire était bien préparé : il lui envoya un projectile, qu'elle esquiva sans prendre le temps de l'identifier. Puis un autre. Heureusement, il ne semblait pas très athlétique, ni adroit, malgré son bras mécanique empli d'armements.
Ienzo eut un rire discordant en la regardant s'agiter pour l'atteindre, en vain.
« Imbécile… Bientôt, la Lumière régnera de nouveau sur le monde, comme il aurait toujours dû en être ! »
Xion serra les dents, ne dit rien. À quoi bon tenter de le raisonner ? Ienzo avait perdu l'esprit depuis longtemps.
« Il n'est pas trop tard, Xion ! En rejoignant notre cause, tu survivras ! Pourquoi t'acharner ?
-Votre cause est mauvaise ! »
Elle savait au moins cela.
« Cesse de plaisanter ! Tu n'es qu'une marionnette, que pourrais-tu bien savoir de ce qui est juste, hum ? Tu es un objet, créé par quelqu'un !
- Non ! »
Elle possédait un coeur, peu importe les conditions de sa naissance. Et personne ne pourrait plus jamais lui faire croire le contraire ! Elle s'élança, mais Ienzo leva le bras, et quelque chose la saisit à la gorge en plein vol. De surprise, l'air s'échappa de ses poumons. Elle fut projetée au sol. Une entité invisible, ou plusieurs, lui infligeant des coups sournois. Xion hoqueta. Elle reconnaissait ce pouvoir ! Le même que la dernière fois, lorsqu'Ienzo était parvenu à la capturer ! Les âmes !
« Je te volerais bien ton âme, fit Ienzo en s'avançant. Mais tu peux toujours nous servir. On trouvera bien un moyen de te reprogrammer sans que tu te brises ! »
La douleur s'infiltrait dans ses nerfs, derrière ses yeux, dans chaque pore de sa peau. Et Sora ne savait pas s'il hurlait ou non. Il avait vaguement conscience de la bataille, du Roi qui le protégeait, et aussi de choses qu'il ne pouvait pas connaître grâce à sa seule perception : des éclats de visions et de sensations venant de partout à la fois. C'était très clair,à présent : il s'agissait de tous les coups qu'enduraient les réceptacles, qu'il sentait dans sa chair, lui aussi.
Comment Xehanort parvenait-il encore à se mouvoir ? Et pourquoi lui non ? Pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi ? Qu'est-ce qui…
Incapable de penser à autre chose à travers le rideau de souffrance qui l'enveloppait, il finit par le trouver, presque par hasard, le fil ténu qui le reliait encore à Xehanort. Impossible à rompre, du moins de son côté, en dépit de la force et de la panique qu'il y mit. En revanche, il s'aperçut qu'il pouvait le remonter.
Son ennemi ne parut pas se rendre compte de son intrusion. Son attention se tournait vers trop de choses à la fois pour qu'il puisse s'apercevoir de l'esprit qui effleurait le sien, tel une ombre, une pensée fugitive.
Xehanort ressentait les déchirures, les coups, les muscles qui criaient au supplice. Le contrôle et les sensations de ses treize réceptacles occupaient la majeure partie de sa conscience, et pourtant...
L'espace d'un instant, un bref instant, Sora le comprit. Et il s'agissait d'une chose rare, impossible presque, de comprendre totalement une autre personne, de capter son essence, aussi bref soit l'instant. Il comprit la soif de connaissance, cette envie folle, destructrice, d'avoir un impact sur le monde, de voir au-delà, parce qu'il ne pouvait pas y avoir que cela, que cette vie. Sora admira sa volonté, là où d'autres se seraient résignés, et surtout, plus important, il comprit comment faire face à la douleur. Ce n'était pas tellement une question de souffrance. Il fallait simplement trouver d'autres zones, que rien ne pourrait corrompre. Pour Xehanort, il s'agissait de cette volonté, de son but ultime, si proche.
Sora remonta lentement le fil invisible pour se retrouver dans son propre cœur à nouveau. Il tenta de faire fi de ses sensations physiques, de trouver ce qui l'aiderait à les supporter. Pourquoi se battait-il ? Il avait tellement mal... Et peur. Pourquoi peur ? Il songea à ceux qui se battaient à ses côtés, les personnes qui comptait pour lui, celles qu'il pouvait sans méfiance qualifier d'amis. Pour eux, il pouvait bien endurer ça !
Lorsqu'il rouvrit péniblement les yeux, le cœur gonflé d'un courage proche de l'acharnement, sa vision se trouvait flouée par une barrière de protection. Une tâche floue aux oreilles rondes le protégeait contre trois adversaires vêtus de noir. Le Roi ! Sora se leva d'un bond, Keyblade au poing, et se heurta à la barrière, au moment où Mickey tombait durement au sol.
« Votre Majesté ! »
Son appel failli coûter la vie à son ami, qui se retourna, surpris, et eut à peine le temps d'esquiver l'attaque de Néo. Après une pirouette, il libéra Sora de son sort de Miroir, et celui-ci se précipita vers l'ennemi, quoiqu'en trébuchant deux fois.
Oh, il souffrait toujours. Il grimaçait et tressaillait chaque fois qu'il assénait un coup à ses adversaires, ressentant leurs blessures comme les siennes propres. Et pourtant, pourtant, il tenait debout, empli d'une résolution nouvelle. Il ne pouvait pas abandonner ses amis à ce combat sans merci, il ne se le pardonnerait jamais. Et s'il mourrait, il se relèverait encore pour les aider.
C'était ça, son moteur à lui.
« Bien le bonjour, Naminé. »
La jeune fille bondit. Elle avait pris les bruits de pas dans les rues désertes pour ceux de Vanitas qui revenait. Mais cette voix, elle la connaissait également.
Lumaria se tenait sur le seul de la porte, le dos bien droit, solennel, les cheveux noués en une queue de cheval presque intacte malgré le combat. Ses habits élégants évoquaient un noble partant à la chasse, mais l'immense faux rosâtre qu'il tenait appuyée contre son épaule jurait atrocement avec cette image gracieuse.
Il s'avança. Naminé recula.
« On m'a dit que tu aurais un protecteur, pourtant, fit-il sur le ton du bavardage. Bah, il a dû s'enfuir, n'est-ce pas ? Cela ne m'étonne guère, venant de quelqu'un de son espèce... Tu vas me suivre sans faire d'histoire, non ? Cela attristerait Mélodie, que je sois contraint d'éliminer l'une de ses filles. Avec un cœur pur comme le tien, ce serait du gâchis... Néanmoins, si tu refuses de m'obéir, j'ai ordre de te considérer comme une traîtresse. Et il ne peut y avoir de place pour les dissidents, dans le monde parfait que ma dame tente de bâtir. Tu comprends cela ?
-Non. »
Sa voix ne tremblait plus. Elle ne tremblerait plus jamais face à lui, ou à qui que ce soit. Naminé se le jurait, elle ne flancherait plus.
Lumaria conserva son sourire artificiel. Il ressemblait à une petite figurine de plastique, à la bouche peinte en une amabilité éternelle, feinte.
« Non ? répéta-t-il. Dois-je en déduire que tu refuses de venir avec moi ? »
Elle répondit du même ton calme.
« C'est tout à fait cela. Je refuses. »
Le bon sens lui aurait dicté de jouer le jeu, au moins un temps, jusqu'à se tirer d'affaire, mais sa colère bouillonnait trop fort. On l'avait trop longtemps prise pour la victime parfaite, celle qui endurait sans broncher.
Trop longtemps.
Le rire de Lumaria se voulait sans doute délicat, mais il dérailla quelque peu, révélant presque la personnalité colérique sous les bonnes manières.
« Ah oui ? Tu refuses ! Et que pourrais-tu faire, hum ? fit-il en la détaillant de la tête au pied. Regarde-toi ! Si frêle... Je pourrais te briser tous les os sans grand effort.
-Ça n'a aucune importance. Je refuses de vous obéir. »
Malgré sa belle assurance, son cœur battait à toute allure. Comment pourrait-elle se tirer de là seule ? Et Vanitas qui ne revenait pas ! Que faisait-il qui puisse prendre tant de temps ? Elle refusait de croire qu'il pourrait l'abandonner. Kairi avait foi en lui, et cette raison suffisait à Naminé pour lui faire confiance. Mais qu'il se dépêche !
Le masque de Lumaria se fissura d'un coup, se brisa devant la volonté de son adversaire. Désormais, son visage n'exprimait que le dégoût et la haine.
« C'est comme ça ? persifla-t-il. On ne peut pas dire que tu me laisses le choix ! »
Naminé tenta bien de fuir, mais l'autre eut tôt fait de lui saisir le poignet.
« Je te traînerais jusqu'à dame Mélodie, s'il le faut ! Tu te montreras sûrement plus docile lorsque tu verras tes amis périr de sa main ! »
Il ne s'agissait pas de menaces en l'air. Naminé, refusant tout net d'avancer, fit rapidement la rencontre du sol rocailleux, avec un cri de protestation. Ses genoux traînèrent à terre lorsque Lumaria se remit à avancer, s'écorchèrent sur la terre dure.
« Dépêche-toi ! » lui ordonna-t-il, toute trace de gentillesse ayant définitivement disparue de sa personne.
Naminé s'acharna. Plutôt mourir que de lui obéir, même sous la contrainte ! Elle le mordit même, sans que cela ne stoppe la marche de son ravisseur. Lorsqu'ils eurent presque franchit le seuil de la maison abandonnée, elle s'accroupit en boule au sol, espérant ralentir la progression, mais elle ne pesait pas très lourd, même ainsi ! Lumaria tira d'un coup sec sur son poignet. Naminé fit de même en sens contraire.
« Non ! »
Il se passa quelque chose. Pour Naminé, ce fut comme si toute sa résolution bondissait hors de son corps. Elle parvint à se dégager et à reculer, alors qu'un flash de Lumière intense envahit l'atmosphère, juste une fraction de seconde.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Lumaria gisait au sol, l'air sonné, puis furieux, et soudainement, il se mit à rire en se relevant. Sa faux n'avait pas quitté sa main. Il la brandit.
« Je ne sais pas ce que tu viens de faire, déclara-t-il, mais c'est inutile. Je ne crains pas la Lumière ! Tu vas payer pour ça... »
Mais la Keyblade de Vanitas se posa sur son épaule. Celui-ci passa sa tête à gauche du dos de Lumaria, pour dévisager Naminé.
« Je te laisse seule cinq minutes, et t'arrive à attirer les ennuis ! Y'a pas de doutes, t'es bien la Simili de Kairi... »
Re ! Vous l'avez sûrement remarqué, mais il va y avoir énormément de points de vue différents, dans les derniers chapitres, encore plus qu'auparavant... J'espère que ce ne sera pas trop confus. N'hésitez pas à m'en faire part, si jamais il y a des maladresses d'écriture ou si vous ne comprenez pas tout. J'ai un peu de mal à déterminer ce qui est clair ou non, parfois.
Si ça vous plaît toujours, que vous êtes encore là, vous pouvez laisser un commentaire, ça arrose le coeur tout sec de l'auteur et lui fait très plaisir !
À un de ces jours !
