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Chapitre 12: Le roi

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Seamus Finnigan contourna agilement les banderoles qui se trouvaient sur son passage, souriant d'un air enjoué à la multitude de visages animés qui défilaient librement autour de lui. L'heure était à la joie et la bonne humeur. Les élèves discutaient allègrement allongés dans l'herbe, et d'autres avançaient sur la route par petit groupes. Seamus inspira profondément, s'arrêta brièvement afin de laisser passer des troisième année, et tenta de discerner quelque chose autour de lui. La foule était plus épaisse que jamais, il apercevait au loin le stade de quidditch sous un soleil éclatant, et une masse sombre de toutes maisons confondues s'y avancer avec empressement. Le gryffondor continua sa périlleuse traversée, observant chaque sourire, chaque infime instant de liberté et d'insouciance. Il vit au loin un chapiteau unique, une tête de lion reconnaissable entre milles et éprouva la sensation de revenir à la maison, de rejoindre sa famille. Luna Lovegood était en pleine conversation avec Neville, et faisait des grands gestes pour lui expliquer l'une de ses théories. Ces deux là étaient le couple le plus étrange et le plus adorable des huitième année, personne ne pouvait lui dire le contraire. Accélérant le rythme de ses pas, il soupira de soulagement lorsqu'il vit la personne qui se trouvait avec eux.

« Dean ! » S'écria-t-il brusquement, faisant se retourner plusieurs têtes dans sa direction.

Appuyé contre l'une des barrières en bois menant au stade, son meilleur ami interrompit momentanément sa conversation avec Neville et son visage émergea du groupe des gryffondors.

« Seamus ! » L'appela-t-il à son tour, l'invitant d'un signe de main à le rejoindre.

Le petit brun rangea méthodiquement une poignée de gallions dans l'une de ses nombreuses poches, avant de combler le chemin qui les séparaient en de grandes enjambées, sautant littéralement au dessus de plusieurs élèves assis pour parvenir plus rapidement vers lui. Ses yeux ne le lâchèrent pas un seul instant.

« Et toi ? » lui demanda brusquement Colin Crivey, alors qu'il arrivait à ses côtés, le faisant sursauter. « T'en penses quoi ? Tu penses qu'ils pourraient perdre, pour la première fois ? »

Le blond était assis sur la barrière à côté de Dean, il ne l'avait pas vu en arrivant. Ses sourcils se froncèrent quand il vit la proximité des deux garçons, il interrogea du regard Dean avant de revenir vers le plus jeune, haussant légèrement le menton pour le dépasser de quelques centimètres.

- Moi ? »

Un sourire narquois se forma sur ses lèvres, et il se fit évasif, tapotant l'épaule de Neville pour se pencher vers lui. Il ne vit pas le sourire tendre qui apparu sur le visage de Dean, qui secoua sa tête lentement, amusé par son attitude enfantine.

« On vous retrouve dans les gradins, gardez nous deux places. »

Seamus fit un clin d'oeil à Luna derrière lui et revint vers eux.

« J'ai confiance en Ron et Harry, pas toi ? »

Face à sa mine dépitée, l'irlandais grimpa à son tour sur la barrière en bois et glissa un bras autours de Dean. Il se pencha au dessus de son épaule et appuya aussitôt son menton contre sa nuque, observant silencieusement le petit groupe s'en aller. Lorsqu'ils furent enfin seuls, Seamus se laissa le luxe de profiter un petit moment du calme qui s'était installé avant de demander:

« Combien de votes pour Serpentard ? »

« Presque autant que pour Gryffondor. » Lui répondit Dean de son ton calme habituel. Comme d'habitude, il ne semblait absolument pas troublé par l'agitation qui l'entourait.

« J'ai récolter quelque votes supplémentaires. »

La main de ballante de Seamus attrapa le parchemin qui sortait légèrement de la poche de la cape de Dean et lut avec beaucoup de soin les notes qu'ils y avaient prises. Cela faisait plus d'une semaine que l'on n'avait pas vu les deux plus grands ennemis de Poudlard s'affronter. Leur dernier échange, datant de deux semaines, attisait l'intérêt des élèves pour le match d'aujourd'hui. Personne n'oubliait cette scène où Draco Malefoy avait rattrapé de justesse le balai d'Harry Potter, se jetant sans hésitation sous lui pour amortir sa chute. Il ne comptait plus le nombre de rumeurs sur les deux sorciers, qui s'étaient considérablement développées par le manque de contact entre eux dans les jours qui ont suivis. Toutes les maisons confondues misaient depuis des sommes considérables, élaborant de nombreuses théories plus improbables les unes que les autres. Mais l'issue de cet échange demeurait incertaine. Alors que Gryffondor restait depuis huit années la championne des quatre maisons, cette année, et en ce jour même, personne ne savait ce qui allait se passer. Certains disaient que Serpentard allait gagner la coupe, que leur tactique et leur technique de jeu avait considérablement évolué au cours des récents matchs. Il nota les votes qu'il venait de récolter et observa lui aussi le résultat. Les rumeurs étaient fondées, la stratégie de l'équipe de Serpentard s'était considérablement développée, et leur puissance d'attaque rivalisait- voire dépassait- celle des Gryffondor. A vrai dire, la première partie du match contre les Gryffondor -avant qu'il ne soit interrompu- était resté ancré dans les mémoires, et leur rencontre contre Serdaigle avait été plus écrasante que jamais.

En relevant légèrement son visage du cou de Dean -sans pour autant s'éloigner d'avantage- Seamus éprouva un moment d'incertitude.

L'ultime bataille opposant Harry à Malfoy.

Pour la première fois, depuis tant de matches disputés, Gryffondor allait avoir du fil à retordre.

Le menton de Seamus s'appuya plus fortement sur l'épaule de Dean, avant qu'un sourire taquin ne se forme sur ses lèvres.

Son souffle effleura sa nuque et murmura pour que seul son meilleur ami puisse l'entendre.

« Je sens qu'on va bien s'amuser. »

Dean acquiesça d'un signe de tête, et Seamus empoigna brusquement son épaule lorsque les acclamations du stade commencèrent à s'amplifier.

« Il faut qu'on y aille, le match va bientôt commencer ! »

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Gryffondor ne pouvait pas gagner.

Ce fut la seule, l'unique conclusion que se fit Ron à cet instant.

Ils allaient perdre.

Et cela pour plus de raisons qu'il ne l'aurait cru. A commencé par l'attitude d'Harry à côté de lui. L'attrapeur des Gryffondor ne cessait de faire des allers retours dans le vestiaire, marmonnant des bribes de phrases qui ressemblaient à « Malfoy… Lui montrer… Cet enfoiré… Faire semblant. »

D'habitude, il ne bougeait presque pas.

D'habitude, avant chaque match, il restait silencieux et se contentait d'observer les membres de l'équipe en leur donnant quelques instructions si nécessaire. Mais aujourd'hui, Harry ne les avait même pas regardés. Il ne se préoccupait absolument pas de ce qui l'entourait, et ce n'était, de son point de vue, absolument et définitivement pas la meilleure manière d'initier un match de cette importance. Si encore il était le seul à l'avoir remarqué, les joueurs de gryffondor observaient tour à tour leur attrapeur tourner en rond, légèrement en retrais, et leur incompréhension se faisait clairement ressentir dans leurs gestes.

Mais Harry devait savoir ce qu'il avait à faire.

Ce qu'il allait faire.

Oui.

Harry devait avoir un plan.

A qui croyait-il faire avaler ça ?

Harry, avoir un plan ? Il était plus du genre à foncer tête baissée dans l'aventure avant de voir les conséquences de ses actes. Malfoy par contre, lui... Lui il devait très clairement avoir un plan.

Ron haussa les épaules, et inspira une grande bouffée d'air pour évacuer le sentiment d'impuissance qui menaçait de s'emparer de lui.

Il ne devait pas penser à ça.

Il se devait de gagner ce match. C'était son rêve, ce match. Il ne pouvait pas abandonner comme ça.

Enfourchant son balai, il s'approcha du survivant et attrapa son poignet.

« T'es prêt ? »

A ses mots, les portes s'ouvrirent dans un bruit strident, laissant percevoir les cris erratiques de la foule. Les deux gryffondors se firent un léger signe de tête, puis enfourchèrent leurs balais. Aussitôt, les acclamations de la foule retentirent bruyamment à leurs oreilles et leur déchirèrent les tympans. Volant à travers la lumière éclatante qui émanait du stade, Ron dût cligner plusieurs fois des yeux pour parvenir à discerner les tribunes, et resta bouche bée. Le stade n'avait jamais été aussi rempli, des élèves étaient debout et d'autres s'appuyaient contre la balustrade pour parvenir à mieux voir les joueurs.

Sûrement l'effet Harry Potter.

Le gardien avisa les serpentards arrêtés en cercle, alors qu'il se positionnait lui aussi face à eux. Au centre de la formation, Malfoy se tenait souplement sur son balais, la tête haute. Leurs regards se croisèrent un instant et Ron ne put s'empêcher de frissonner.

Quelque chose en Malefoy avait changer. Il était silencieux et se tenait droit sur son balais. Ses yeux semblaient indifférents à ce qui l'entourait, et il avait cette aura de magie noire qui se dégageait de lui. D'un bruit sec, madame Bibine imposa le silence dans les tribunes et la voix rauque et profonde de la sorcière s'éleva vers les gradins.

« Bienvenue à la finale de Quidditch. »

Des acclamations retentirent bruyamment autours de lui.

« Gryffondors, Serpentards… » Elle les dévisagea tous les uns après les autres. « Je ne tolérerais qu'un respect mutuel au sein de ce match. Vous connaissez les règles, ne m'obligez pas à vous emmener à l'infirmerie par votre incapacité mutuelle à les respecter. Bien, que les deux capitaines s'avancent. »

D'un seul mouvement, Harry et Malfoy se posèrent face à face et Ron se pencha sur son balais pour mieux percevoir les deux attrapeurs.

« Serrez-vous la main. »

Aucun des deux n'émis le moindre geste.

Madame Bibine rouvrit la bouche les sourcils froncés, et il y eut un instant de flottement désagréable. En se concentrant plus attentivement sur la scène sous ses yeux, Ron vit que la main d'Harry était tendue en direction de Malfoy, mais le serpentard ne semblait pas vouloir prendre sa main. Le roux se mordilla la lèvre nerveusement. Il soupira bruyamment pour évacuer la boule qui compressait son estomac, et ses poings se resserrèrent inconsciemment sur son balais. La scène, qui ne dura que quelques secondes, lui paru à cet instant interminable. De là où il était, il ne pouvait pas vraiment voir l'échange qui passa entre les deux ennemis. Après un temps, la main d'Harry se baissa lentement, et la sorcière commença à prononcer le nom de Malfoy, lorsque celui-ci sembla se décider. Sa main si pâle, si aristocratique, se leva et prit fermement celle d'Harry.

Le match pouvait commencer.

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« Encore une fois, ce n'est pas passé loin ! L'équipe de Serpentard semble avoir trouvé une faille du côté gryffondor ! » Cria la voix surexcitée de Zacharias Smith.

Ron inspira profondément, tentant de calmer le rythme erratique de son cœur.

« Mais qu'est-ce qu'il fait ? » Lui cria Ginny, alors qu'il lui renvoyait d'un lancé le souafle que l'équipe de gryffondor venait de se faire prendre, et qui lui avait presque valu la perte de nouveaux points.

« On va jamais gagner. » grogna-t-elle, lançant sa balle à l'un des poursuiveurs dont il ne se rappelait jamais le nom. Elle vola à côté de lui.

« Je n'arrive pas à les garder concentrer, ils passent leur temps à regarder les deux attrapeurs faire des tourbillons. »

Sa sœur leva sa tête vers la source du problème.

« Il ne pourrait pas juste attraper le vif d'or ? Normalement il le voit bien avant ! »

« C'est comme s'il ne voulait pas gagner… » Murmura-t-il pour lui-même, scrutant les moindres faits et gestes de l'équipe adverse. « Ginny, retourne sur ta position, s'ils ne veulent pas prendre le vif, je ne laisserais pas Serpentard l'emporter. »

« Essaye de tenir. » Elle s'élança sur le terrain, et tourna une dernière fois ses yeux vers lui. Alors qu'elle lui rendait affectueusement son sourire, ses yeux s'écarquillèrent de terreur, et elle hurla. « Baisse-toi ! »

Sans réfléchir, il obéit, et se pencha en avant, roulant sur le côté de son balais. Revenant difficilement en place, Ron souffla bruyamment, mais ce ne fut que de courte durée, son souffle s'arrêta dans sa gorge lorsqu'il vit la raison pour laquelle sa soeur lui avait demandé de se baisser.

Un cognard revenait au loin dans sa direction.

Sa tête se releva si rapidement qu'une vive douleur traversa sa nuque.

« Peakes ! » Cria-t-il au petit brun au dessus de lui, qui volait joyeusement avec l'une des poursuiveuses de Serpentard.

Grognant d'agacement, il s'élança brusquement, quittant son poste sans réfléchir plus longtemps.

Il fallait qu'il tombe sur le seul batteur, avec nimbus 2000, presque sourd, et qui passait plus de temps à draguer qu'à jouer.

La boule violette le suivait de près, et se rapprochait de plus en plus de lui. Il accéléra et d'un geste attrapa la batte de Jimmy. Inspirant profondément, il donna un violent coup face à lui.

La foule hurla.

Rouvrant des yeux qu'il n'avait pas senti fermer, Ron eut le temps de voir le cognard s'échouer sur le sol.

« Impressionnant Weasley. » lui cria le batteur, rougissant légèrement.

Ron retourna aussitôt à son poste, et évita souplement un nouveau souafle. C'était vraiment pas passé loin cette fois. Alors qu'il tentait de reprendre son souffle, un air bien connu retenti à ses oreilles.

Weasley est vraiment très adroit

Il réussit à chaque fois

Voilà pourquoi les maisons chantent avec joie

Weasley est notre roi.

Son cœur se gonfla brusquement dans sa poitrine, il leva le bras en leur direction et sourit fièrement. Soupirant bruyamment, il jeta un dernier regard à son meilleur ami.

Faites qu'il sache ce qu'il faisait.

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Ses mouvements devenaient plus lents, moins assurés.

Ron sentait qu'il commençait à vraiment fatiguer. Le jeu était bientôt terminé, et il ne restait plus assez de temps pour que Gryffondor reprenne le dessus.

Le gardien essayait de riposter le plus possible, mais rien n'y faisait, le rythme des frappes s'amplifiait à mesure que le temps avançait, et leur groupe se consolidais. Et pour ce qu'il en était de l'équipe de Gryffondor... Sa sœur tentait vainement de mener les poursuiveurs, mais ils semblaient tous avoir abandonné depuis bien longtemps. La figure absente d'Harry en tant que meneur déstructurait entièrement le jeu, et à ce rythme, ils n'aillaient pas gagner la coupe.

Lorsqu'il parvint à se stabiliser après une énième tentative de l'équipe adverse, sa vue se troubla. Il luttait à rester concentré et sentit ses mains trembler lorsqu'il renvoya le souafle à Ginny.

« Harry ! » S'écria-t-il, le souffle saccadé.

L'attrapeur ne l'entendait pas.

« Merde. »

« Le match est bientôt terminé, et Serpentard s'apprête à gagner la coupe. »

Ron se passa une main nerveuse dans les cheveux et soupira, affligé. Il regarda impuissant son meilleur ami voler avec Malfoy et son dos s'affaissa lamentablement contre le but derrière lui. Les sourcils froncés, son regard passa sur les tribunes autours de lui. Le dernier match qu'il jouait à Poudlard, et il allait le perdre misérablement. Tout était de sa faute, parce qu'il n'avait pas sût attraper suffisamment de fois le souafle. Gryffondor ne pouvait pas gagner.

« Pour un roi, je suis vraiment ridicule. » murmura-t-il.

« Il ne reste que trois minutes avant la fin de ce match. »

Gryffondor ne pouvait pas gagner.

Toutes ces fois où il avait rêvé du miroir du Riséd, de cette image où il gagnait la coupe de quidditch. Toutes ces fois où il se jurait durant l'entraînement que son dernier match à Poudlard serait celui où il tiendrait la coupe fièrement avec Harry à ses côtés, marquant la fin de sa scolarité et le début d'une nouvelle vie... et tout ça pour quoi ? Il allait perdre contre Serpentard avec seulement vingt points de différence.

« Je dois rêver où alors Potter se dirige vers le vif d'or ? C'est incroyable, alors que le match est presque terminé et que le compteur n'indique plus que deux minutes restantes, Harry Potter vient de s'élancer comme une fusée vers sa proie. Malfoy s'est aussi lancé à sa poursuite, et le rattrape ! »

Ron releva brusquement la tête en direction des deux attrapeurs, et vit du coin de l'œil que le stade entier s'était arrêté pour observer leur échange.

« Les deux attrapeurs sont presque à la même hauteur, et aucun des deux ne semble vouloir abandonner. Il ne reste désormais qu'une minute. »

Il sentit son pouls pulser violemment dans ses veines alors qu'il déglutissait difficilement, se relevant sur son balais.

« Potter tente de l'attraper. Sa main s'avance vers le vif d'or, il se penche et... il l'attrape ! Je n'arrive pas à y croire. C'est un record. Harry Potter vient d'attraper le vif d'or en moins de trois minutes ! Gryffondor gagne ! » hurla Smith.

Tout se passa à partir de ce moment là à une vitesse hallucinante. Harry se posa immédiatement sur le sol à la vitesse d'une feinte de Wronski, sans se soucier des acclamations qui retentissaient autours de lui. Son visage était baissé vers le sol. Puis la dernière image qu'il vit de lui fut sa main tendue vers celle de madame bibine, il y lâcha brusquement le vif d'or avant de se diriger aussi rapidement vers la sortie, sans se retourner.

Relevant son regard vers Malfoy, Ron vit que celui-ci s'était littéralement arrêté à l'endroit même où Harry venait d'attraper le vif. Puis il descendit à son tour, et suivit le chemin que venait de prendre Harry.

Le gardien cligna plusieurs fois des yeux, et reprit difficilement contenance. Il se dirigea à son tour vers le sol, un sourire gigantesque sur les lèvres, et lorsqu'il se posa, fut immédiatement accueillit par les membres de son équipe.

« Bravo, tu as été fantastique. » Le félicita Ginny, le prenant dans ses bras.

« Merci petite sœur. »

Il lui rendit son étreinte et reçut plusieurs acclamations de la part des autres membres de son équipe avant qu'une voix ne résonne derrière lui.

« Monsieur Weasley, je crois que ceci vous revient. » Déclara Mcgonagall, un sourire aux lèvres, faisant léviter la coupe de quidditch à côté de lui.

Ron la prit dans ses mains. La contemplant un instant, il la leva vers les tribunes. Les acclamations redoublèrent d'intensité et son sourire s'étira sur ses lèvres.

Gryffondor avait gagné.

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« C'est la première fois que quelqu'un me bat aux échecs du premier coup, à l'exception de Fred et George. » murmura Ron, posant ses lèvres sur ses mains croisées.

Les yeux de Blaise se plissèrent d'amusement en voyant le visage de Ron se décomposer d'une grimace faussement vexée. Le jeu avait été serré, c'était l'un des adversaires qui lui avait donné le plus de fil à retordre, et s'il n'avait pas passé sa vie entière avec un jeu d'échec, il aurait très certainement perdu face à lui. Il l'avait souvent observé jouer aux échecs version sorcier avec Potter dans les salles d'études, la rapidité et la concentration qu'il avait alors était clairement impressionnante, et, étrangement, extrêmement attirante. Elle l'était d'autant plus quand il se trouvait à quelques centimètres de lui.

Ron avait ce regard extrêmement concentré, et ce léger sourire au coin des lèvres.

Durant leur partie, Blaise était rester focalisé sur le jeu, mais à présent, il ne pouvait empêcher son regard de s'attarder sur lui. La main légèrement bronzée de Ron jouait avec le roi noir qu'il venait de lui enlever, et Blaise sentit un long frisson traverser son échine. Ce regard qui le scrutait lui donnait le tournis, il était extrêmement attirant sous la lumière faiblement éclairée. Il ne s'était pas attendu à ce que Ron lui propose après le match qu'il se retrouve le soir même dans sa chambre de préfet. La scène en elle-même était assez surréaliste.

« Tu ne penses pas que le cognard aurait pu être trafiqué ? » Demanda subitement le Serpentard.

« Peut-être ? »

Le sourire de Ron s'agrandit, et il posa son roi sur le jeu, couché.

« Ça expliquerait pourquoi le cognard s'est acharné contre toi mais on ne peut rien faire sans avoir de preuves. Je peux toujours voir au sein des Serpentard si ce n'est pas un des nôtres. » La jambe du Gryffondor se colla la sienne et ses pensées s'embrouillèrent dans son esprit.

« Tu réfléchis trop. » Lui murmura Ron, se redressant sur sa chaise, et il ne put à cet instant savoir s'il parlait vraiment du cognard, à en juger par le regard appuyé qu'il lui lançait.

Une langue mutine passa innocemment sur ses lèvres. Le regard de Blaise suivit automatiquement ce mouvement des yeux.

« Le cognard qui avait été ensorcelé par Dobby en deuxième année comportait exactement les même caractéristiques. Oui, je connaissais Dobby. Le meilleur elfe de maison que j'ai jamais rencontré. » Précisa-t-il lorsqu'il vit le visage stupéfait de Ron. « Je pense que celui qui le contrôlait n'a pas voulu continuer. Ce qui signifie deux possibilités, soit la personne s'est arrêté de son propre chef, soit on l'a forcé à s'arrêter. Dans les deux cas ça prouve que quelqu'un veut essayer de te faire peur, ou veut vraiment te faire du mal. Je trouverais ça plus prudent que tu-»

Ron posa une main sur sa cuisse et la voix de Blaise s'échoua dans sa gorge.

« J'ai passé chaque année de ma vie à Poudlard à affronter le danger. Je pense que je peux me charger de ce genre de problèmes. »

Le roux le dévisagea un moment, pensif.

« Je n'ai jamais réussi à savoir à quoi tu pensais. A chaque fois que je te voyais à côté de Malefoy, tu semblais toujours être ailleurs, déconnecté de ce qui t'entourait. Ça me rendait dingue. »

« C'est l'hôpital qui se fout de la charité. » murmura Blaise.

« Attends je connais cette expression, c'est Moldu non ? »

Blaise hocha la tête, amusé et un silence agréable s'installa.

« La plupart du temps, quand Draco essayait constamment d'avoir l'attention de Potter, je pensais à toi. Je me demandais aussi quand est-ce que Draco allait finir par comprendre que non, ce n'est pas normal de vouloir faire des dessins de Potter et de le chercher partout où il allait. » Ron éclata de rire. « Ah. Et tu n'imagines même pas le nombre de fois où j'ai faillis jeter un sort à toutes ces filles qui te tournaient autours. Je l'ai fais, à certaines d'entres elles. J'en suis pas très fier. » Avoua-t-il et un sourire malicieux se dessina sur les lèvres du roux.

« Tu était jaloux… Je comprends mieux maintenant… La manière dont tu regardais Lavande… Attends, c'était toi le coup du serpent? J'ai toujours voulu savoir qui avait fait ça…» Il rit à nouveau. « Je me rappelle encore sa tête, elle m'avait boudé pendant plusieurs jours… »

« Cette Lavande Brown me rendait dingue. » Lui répondit-il, sa voix légèrement rauque.

La main de Ron se détacha de son genou, et se posa délicatement sur la sienne. Blaise vit la gorge si claire de son vis-à-vis déglutir avec lenteur et s'imagina poser ses lèvres sur son cou. Le sourire de Ron s'élargit, laissant voire sa dentition parfaite, et Blaise sentit toutes ses bonnes résolutions le quitter lorsque son visage s'avança au dessus de l'échiquier.

Attrapant d'une main tremblante la nuque du gryffondor, Blaise l'attira lentement à lui, posant doucement ses lèvres sur les siennes. Le roux soupira et il sentit une langue quémander l'entrée de sa bouche. Entrouvrant les lèvres, il gémit faiblement lorsque des bras musclés s'enroulèrent autours de ses hanches. Ce n'était qu'un baiser, mais l'estomac de Blaise se contracta douloureusement. Le Serpentard contourna la table, et leurs langues se rencontrèrent à nouveau doucement. Une des mains de Ron descendit le long de sa colonne vertébrale, et, poussant légèrement sur ses hanches, il l'obligea à s'approcher le plus possible de lui, le collant contre l'échiquier derrière lui.

« Je t'aime. Je comprends mieux maintenant, c'était toi dès le début. Je t'observais sans même m'en rendre compte. » Murmura le gryffondor posant son front contre le sien.

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise, et il crut un moment que son coeur venait de s'arrêter de battre.

« Tu- »

Blaise tenta de reprendre son souffle, mais c'était peine perdue, et du inspirer un grand coup en sentant qu'il commençait sérieusement à manquer d'air. Il attrapa la nuque et appuya fortement ses lèvres contre les siennes. Il l'aimait. Mon dieu qu'il l'aimait.

Son cœur battait violemment dans sa cage thoracique.

Haletant, il sentit les mains de Ron descendre le long de son dos, et s'arrêter sur la courbure de ses fesses, le rapprochant d'avantage de lui. Leurs bassins se touchèrent, et ils gémirent à l'unisson. Blaise coupait parfois leur baisé pour reprendre son souffle, puis repartait aussitôt à la rencontre de ses lèvres comme un affamé, se nourrissant de leur gout, de leur texture, de leur douceur.

« Je t'aime » répondit-il dans un murmure presque inaudible, capturant sans cesse ses lèvres, sans pouvoir s'en détacher.

« Je sais. » Le taquina le roux essoufflé, ses joues rosées.

Il s'écarta un instant de lui, observant avec amusement Ron suivre ses lèvres pour un autre baiser. Jamais il ne s'était senti aussi heureux.

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Un sifflotement appréciateur résonna dans la Salle commune des Serpentard. La préfète des Serpentard savourait un petit moment de bien être, ses cheveux bruns s'étalant en cascade sur l'un des canapés en cuir. Attroupés autours d'elle, une bande de Serpentard la dévorait à moitié du regard, s'extasiant des courbes que laissait apercevoir son chemisé.

« Vous avez vu la tête qu'à fait Weasley ? » Ricana l'un d'entre eux.

« Le cognard était à deux doigts de le toucher, je te jure Pansy. » Suppliait un autre, à genoux face à elle. « Laisse-moi une autre chance, une dernière, juste une, et je te promet que Weasley souffrira-

- C'était notre meilleure occasion de l'atteindre et je te faisais confiance. » Le regard de la brune le toisa amèrement. Je ne sais pas si tu mérites une autre chance. »

« Je te jure-

- Tais-toi. » Ordonna-t-elle, fatiguée de devoir toujours s'expliquer avec ces incapables.

Elle s'étira souplement, et dévisagea le groupe qui l'entourait.

« - Pourquoi avoir arrêté de l'attaquer ? J'aurais pu lui lancer un deuxième cognard, je l'aurais eu, moi. » Affirma fièrement Goyle, gonflant son torse.

« - La miss je-sais-tout à faillis détecter Bill. » Répliqua amèrement Pansy. « Que Bill se fasse prendre, pourquoi pas, mais toi, non. Bien. Voilà le plan. Je veux Weasley, je veux qu'il souffre. Si Draco a tenté de me faire perdre la mémoire, il ne sait pas que nous sommes en groupe, et malheureusement, il croit que j'ai tout oublié, et que personne d'autre n'est au courant. Ce qui nous donne le champ libre pour continuer. Mais ce ne sera pas simple. Il n'est pas le genre de cible qu'il faut attaquer de front. Vous devez l'attaquer lorsqu'il est seul, lorsqu'il est vulnérable. Faites ça pour moi, et vous serez récompensés. »

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Désolée pour la longueur de parution, j'espère en tout cas que vous avez apprécié ce chapitre. C'était le dernier avec Blaise et Ron. Ce fut toute une aventure, et je suis contente d'avoir pu la partager avec vous. A bientôt!

Aiko