Chapitre 13: Partie 1. Qui es-tu réellement ?

Tu vois, j'étais sur le point de désespérer,
Quelquefois le silence peut sembler si lourd.
Il y a des miracles dans la vie que je dois réaliser,
Mais avant tout, je sais que ça commence par moi.

Voler.

Voler lui semblait évident, quelque chose qu'il avait en lui depuis son enfance et qui n'avait cessé depuis lors de faire partie intégrante de sa vie. Voler, c'était être libre. Pourtant ce ne fut qu'à cet instant qu'il en comprit le véritable sens. Harry pouvait sentir le vent dans son visage et entendre un bruit sourd des acclamations des tribunes retentir autour de lui, tout le reste semblait si flou, si anodin. Il se sentait seul, et pourtant il était détendu, serein. Cette petite sphère dorée dont les ailes aussi fines que l'air disparaissaient devant lui pour ne laisser qu'une lumière aveuglante qui résonnait au plus profond de son être, rendait le reste du monde dérisoire. Il pouvait voir à l'avance les mouvements qu'elle allait effectuer, les analyser, et augmenter sa vitesse en conséquence avec autant de facilité que de respirer. Et c'est alors qu'il comprit. Quand Sirius lui avait dit que la clé pour devenir un animagus, c'était de sentir l'animal qui nous correspondait, qui conviendrait alors le mieux à notre personnalité, il avait au début pensé que ce serait un serpent, par son lien avec Voldemort, mais il le sentait maintenant. Il serait un animal volant.

« Être un animagus ce n'est pas seulement la capacité de pouvoir se transformer à volonté en un animal. C'est une recherche approfondie et intime à l'intérieur de ton inconscient qui ne se fait pas sans difficulté. Tu dois regarder au fond de toi et trouver l'animal qui te correspond, mais aussi celui qui te serait le plus utile. Il ne tient qu'à toi de découvrir l'animal dont tu prendras la forme, mais tu ne sauras jamais exactement laquelle ce sera avant d'avoir terminé ton entrainement. Alors pose-toi ces questions, qu'est-ce que tu aimes le plus dans la vie ? Qu'est-ce qui fait que tu es toi ? Qui es-tu réellement ?»

Harry reprit difficilement son souffle qu'il n'avait pas senti contenir et ses yeux se posèrent sur sa main. Sa paume s'ouvrit lentement, révélant le vif d'or qui battait encore faiblement des ailes, prit au piège. Puis il sentit une ombre noire arriver à sa droite et sa gorge se noua, sa bouche devenant aussi sèche que du papier. Le sorcier descendit dans un élan rageur, son balai filant rapidement vers le sol sans qu'il ne comprenne réellement ce qu'il faisait. Quand ses pieds se posèrent sur l'herbe, ses épaules s'abaissèrent honteusement. Le gryffondor renifla avant de déposer d'un geste mécanique le vif d'or qu'il tenait toujours étroitement serré dans la main de madame Bibine, et de disparaître à l'intérieur des échafaudages. Il ne se souciait pas de célébrer sa victoire, tout ce qu'il voulait c'était s'éloigner, s'isoler. La porte du vestiaire claqua violemment derrière lui, Harry grogna quelque chose d'incohérent puis fit face à ses affaires éparpillées sur l'un des bancs, et commença à retirer ses protections, fixant le mur face à lui. Une bouteille d'eau à la main et l'autre retenant son corps lourd adossé au mur, Harry profita de sa soudaine solitude pour soupirer avec lassitude.

«- Pourquoi voulais-tu à ce point que je disparaisse de ta vie?

- Et toi, pourquoi refuses-tu toujours que je disparaisse de la tienne, Potter ? Tu t'es vraiment cru si important ? Tu te prends pour le parfait saint potter, mais tu n'es rien de plus qu'un déchet. »

D'un geste de vain de la main, il essaya de faire sortir la voix traînante de Malfoy de son esprit comme un sifflement qui bourdonnait dans ses oreilles, mais elle revint à la charge, le tourmentant sans relâche. Dans un grognement de rage, il jeta sans ménagement son équipement et s'appuya contre le mur, alors que sa main tremblante passait nerveusement dans ses cheveux en bataille.

«Regarde-toi, tu es beaucoup trop obstiné à vouloir jouer ton rôle de sauveur, à te soucier de tout le monde. Tout ça, c'est juste un jeu pour toi, n'est-ce pas ? Tu t'inquiètes pour moi maintenant ? Tu veux qu'on devienne amis c'est ça ? Je sais pas, qu'on se fasse des couettes au coin du feu en discutant de nos problèmes? Redescends sur terre Potter. On ne sera jamais amis. »

D'un geste las, Harry se laissa choir contre le mur, et glissa misérablement sur le sol alors que sa vision s'assombrissait. Il avait un sentiment vraiment bizarre qui lui nouait les entrailles. Ses tripes se tordirent alors que le malaise enflait en lui et il grogna légèrement avant d'inspirer lentement, comme si chaque bouffée d'air demandait un effort surdimensionné. Il posa les paumes de ses mains sur ses yeux et appuya dessus jusqu'à ce que sa vision soit rétablie. Redressant la tête, Harry cligna un moment des yeux puis reposa sa bouteille d'eau à côté de lui.

«- Tu me détestes tant que ça ?

- Je te hais Potter. Tu croyais quoi ? Que j'avais fait une erreur ? Non, j'ai pu faire des erreurs dans ma vie mais ça, c'en était pas une, et je n'avais définitivement pas besoin que Saint- Potter vienne à mon secours pour se donner l'impression qu'il était encore un héros. »

Harry replia ses genoux contre sa poitrine, et posa son visage entre ses bras, gémissant faiblement. Son corps fut agité de tremblements alors qu'une sueur froide lui coulait le long du dos.

«- Tu aurais dû me laisser croire que tu ne te souvenais pas de moi.

- Mais ça aurait été bien moins amusant pour moi. Vois-tu, le balafré, de là où je suis, je peux pleinement apprécier ma victoire.

- De quoi tu parles ?

Un peu plus loin, la voix de Zacharia Smith le sortit de sa torpeur.

- Le match est bientôt terminé, et Serpentard s'apprête à gagner la coupe.»

Son poing frappa durement le sol à côté de lui, mais il ne ressentit pas la douleur. Tout avait été organiser depuis le départ. Dès le moment où Malfoy avait accepté sa poignée de main, il avait essayé de détourner son attention pour que Gryffondor perde. S'il n'avait pas voulu absolument des réponses... Et quelles réponses. Il avait été stupide de vouloir revoir le serpentard sans attendre de sa part un rejet. Bien sûr, Harry savait que ce ne serait pas facile, il s'était attendu à rencontrer des difficultés, évidemment, mais il n'avait définitivement pas imaginé que celui-ci éprouve autant de haine et de mépris pour lui. Le gryffondor inspira et expira profondément, frappant durement sa tête contre le mur derrière lui. Depuis quand leur échange avait été autrement? Il avait été stupide, et négligeant. Il aurait du rester concentré, ne pas laisser les paroles de Malfoy l'affecter. Mais il n'avait jamais songé que cette attraction pour leur rivalité quotidienne vienne de son imagination, que le serpentard ne ressentait en fait que du dégoût profond pour sa personne et rien d'autre. Si Maugrey avait été là, il lui aurait crié un "vigilance constante". Cette pensée le fit sourire, mais le poids revint immédiatement sur ses épaules. Le capitaine savait pertinemment que le reste des gryffondors prendraient un certain temps à arriver, célébrant toujours à grands cris leur victoire. Pourtant, le bruit d'une porte que l'on claque le fit sursauter, et des pas hâtifs avancèrent vers lui. Il tourna faiblement son attention vers le couloir, espérant intérieurement que ce ne soit que Ron, et pas l'équipe entière.

Ce n'était pas lui, et c'était définitivement la dernière personne qu'il s'attendait à voir entrer. Malfoy avança vers lui, son regard était sombre et inexpressif et Harry dévisagea le Serpentard. Sa peau d'un blanc si pur, ses cheveux ébouriffés par le vent, qu'il voulait caresser de la main, et ses yeux haineux tournés vers lui. Une aura se dégageait de lui, à la fois inquiétante et extrêmement séduisante. Le serpentard toisa le corps avachi d'Harry qui tenta de paraître à l'aise, mais sa voix trembla quand il murmura:

«- C'est bon, j'en ai assez entendu Malfoy.»

Il se relevait péniblement contre le mur en essuyant d'un revers de bras toutes traces de larmes quand il fut brusquement collé contre celui-ci. Une main agrippant fermement le col de sa tenue de quidditch, et l'attira vers le haut, le soulevant presque du sol. Harry essaya de reprendre son souffle mais son regard se perdit dans la profondeur métallique des yeux de Draco. La pièce lui semblait si étroite et l'atmosphère étouffante qu'il avait du mal à respirer. Il se laissa faire sans protester, incapable d'effectuer le moindre mouvement de défense. Sa tête pencha lentement vers l'arrière et les cheveux ébouriffés d'Harry glissèrent sur le côté, révélant sans le savoir la cicatrice en forme d'éclair qui ornait son front. Le regard de Draco s'attarda dessus. Dans un geste impulsif, Draco releva son poing vers le visage du survivant, et celui-ci crut un moment qu'il allait le frapper, mais ses doigts glissèrent sur les contours de sa marque.

«Ecoute Potter, ça va être simple et même ton esprit inférieur arrivera à comprendre ce que je vais te conseiller. » Murmura d'une voix profonde Malfoy, articulant chaque syllabe comme des lames de rasoir.

Harry sentit son corps frissonner au son de la voix menaçante. Les cheveux clairs frôlèrent la joue du gryffondor, et il en respira le parfum comme un drogué. La sensation de ses doigts si fins et si doux sur son front avait un effet apaisant. Il oublia que le Serpentard pouvait faire de lui ce qu'il voulait pour se concentrer sur la vague de sensation que la proximité de son corps lui provoquait. Il appuya ses mains sur le torse de Draco pour le repousser dans un sursaut de révolte, ses pieds retrouvant le sol et il se débattit vainement. Malfoy était différent, agressif, imposant. Même s'ils faisaient à première vue pratiquement la même taille, le blond adorait lui rappeler amèrement en un regard qu'il le dépassait de quelques centimètres, et maintenait toujours méthodiquement sa prise.

«Je te déteste, tu me détestes, et ça a toujours été ainsi. Je déteste la moindre petite parcelle de ta constitution, de ton air de héros qui aura tout ce qu'il a toujours voulu avoir, ou pire, de ton air de pauvre enfant maltraité. » Le blond resserra la pression sur la gorge du survivant, et celui-ci haleta péniblement. « Tu as toujours été un obstacle à tout ce que j'ai toujours voulu entreprendre, à épier mes moindres faits et gestes. Je fais en sorte que cela cesse comme on nous le demande depuis la première année, et toi, comme d'habitude... Tu viens fourrer ton nez dans ce qui ne te regarde pas.» gronda-t-il. « Maintenant garde tes distances, sinon tu es mort, Potter.»

Harry haussa les sourcils.

« Pourtant, dit Harry difficilement, c'est toi qui es venu ici. »

Jamais, de toute sa vie, Harry n'avait vu Malfoy aussi furieux, sa main si fine et blanche frappa violemment le mur à côté de son visage et Harry éprouva une sorte de satisfaction détachée à la vue du visage blafard et pointu, déformé par la rage.

« Ne joue pas avec moi Potter, tu n'es pas vraiment en position de faire de l'humour. »

Draco avança inconsciemment son bassin et il sentit un frisson le traverser alors que tout son sang remontait sur ses joues.

« Pourquoi cherchais-tu absolument à me revoir ? Qu'est-ce que tu attends de moi ? Tu ne me connais pas. Tu sais rien de moi. Tu ne sais pas ce que c'est d'être Draco Malfoy. De devoir vivre dans le l'ombre. Pendant que tu te pavanais avec tes amis si spéciaux et si parfaits, moi, j'étais sans cesse surveillé par le mage noir. J'étais seul... Je l'ai toujours été. Je n'avais pas le choix... et arrête de me regarder comme ça ou je te crève les yeux.

- Comme quoi ?

- Comme si tu te souciais de moi. C'est faux. Ton complexe de sauveur de la veuve et l'orphelin est une véritable maladie, tu devrais consulter. C'est peut-être pour ça que Weasley t'a quitté. »

Les sourcils du brun se froncèrent, sa mâchoire était serrée et il était plus qu'évident qu'il se retenait de dire quelque chose.

« Vous sembliez pourtant très proche la dernière fois que je vous ai vu, c'était si mièvre et écœurant. » dit Malfoy avec un sourire mauvais.

- Je ne savais pas que ma vie de couple t'intéressait. »

Au regard troublé que lui envoyait le blond la voix d'Harry se stabilisa. Le chevrotement avait disparu. Ses mains ne tremblaient plus. Le brun se lécha les lèvres, régulant à nouveau sa respiration, sa poitrine le soulevant et s'abaissant avec difficulté. Sa main glissa légèrement sur le col de la tunique du blond, sentant toujours le torse ferme du blond sous ses mains et il réprima son envie de se rapprocher de lui.

« J'en ai rien à foutre de ta vie de couple. » Grommela Malfoy, le souffle court. Ses cheveux étaient emmêlés par le vent et suspendus un peu n'importe comment dans les airs, ses yeux étaient brillants et ses joues rougies par l'énervement. « Lâche-moi. » Exigea-t-il, avalant difficilement sa salive.

Harry observa avec fascination sa gorge s'élever et s'abaisser, mais ne fit que resserrer légèrement sa prise. Son souffle se mêlait à celui de Draco et il inhala longuement son parfum.

« Ou sinon ? » Le provoqua Harry en remontant ses yeux, fixant très sérieusement Draco. Draco sortit sa baguette, l'appuyant sur la gorge du brun. Il ne se rendait même pas compte que son corps se collait intimement à celui d'Harry. La conscience aiguë qu'il avait de sa présence si proche lui fit se mordre violemment la joue. Il réprima son envie de combler les quelques centimètres qui le séparait de ses lèvres, ses lèvres traîtrises s'entrouvrir légèrement laissant s'échapper un souffle saccadé alors qu'il éprouvait un besoin soudain de se rapprocher de lui. Draco fit mine de le repousser, mais son mouvement était faible. Son visage s'avança vers les lèvres de Draco, leur souffle se mêlant étroitement, le troublant, ce moment était si similaire à la première fois et pourtant tellement plus. Malfoy se dégagea brutalement de ses bras, les joues rougies et commença à s'en aller.

«- Malfoy...» supplia Harry la main tendue vers lui de désespoir.

Le blond continua sur son avancée sans se retourner, et Harry avança d'un pas, la gorge nouée. Il voulut le retenir pour... Il ne savait même pas trop pourquoi. S'excuser ? À quoi bon, il n'avait aucune raison de s'excuser, et puis, Draco ne venait-il pas clairement de le rejeter ? Mais le Malfoy ne se retourna pas au son de la voix du jeune homme. Alors il se tut et le laissa partir, parce qu'il n'y avait rien de plus à ajouter. Le gryffondor grimaça quand la porte claqua derrière lui, et resta un long moment seul et immobile au milieu du vestiaire, hébété, à tenter de comprendre la raison de son comportement. Il s'en voulait d'être aussi égoïste et la culpabilité lui serrait l'estomac. Lorsque les autres membres de l'équipe arrivèrent avec les bras chargés de bièraubeurre, sa main en attrapa une et il la vida d'un coup sec.