Bonjour bonjour ! Pardon, ce chapitre arrive un peu tard. Je viens de finir de le corriger. Cette semaine a été un peu... agitée, entre les nouveaux trailers pour KH III qui sont sortis, et tout plein d'autres trucs.

En plus, je vous avait laissés sur une scène délicate... Du coup, je ne vous fais pas attendre plus longtemps.

Bonne lecture !


50. Jeux

Riku se réveilla sans le réaliser. Sans être certain d'avoir perdu connaissance, d'ailleurs. Il n'y voyait pas clair. Il ne pensait pas clairement non plus.

Mal.

Nausée.

Flou.

Tout dans son champ de vision lui apparaissait de façon brumeuse, juste des nuances terreuses, vagues. Bientôt, il entendit ses propres inspirations bruyantes. Il parvint à se relever, quoique cela ne fit qu'augmenter ses vertiges, se rattrapa tant bien que mal à un pan de mur et, même comme ça, manqua de chuter. Il s'accrocha, se cramponna à sa raison pour ne pas flancher. Ce qu'il avait mal...

La dernière image dont il se souvenait était celle d'un énorme rocher lui tombant droit dessus, obscurcissant le ciel. Lentement, il porta une main à l'arrière de son crâne, et sentit quelque chose de poisseux se coller à ses doigts. Du sang, à n'en pas douter. Il aurait ri, si son état le lui permettait. L'éboulement avait dû frapper sacrément fort.

Kairi. Est-ce que Kairi allait bien ? Elle avait couru, lorsque la falaise s'était effondrée, s'il se souvenait bien. Mais avait-elle était suffisamment rapide ? Riku voulut l'appeler, mais rien ne sortit. Dans la panique, il voulut se précipiter pour la retrouver, mais le monde tournait vraiment trop rapidement autour de lui. Ses mains rencontrèrent le sol et il se mit à vomir. Parmi le peu de réflexions dont il se sentait capable, il remarqua qu'il tremblait et qu'il se sentait fiévreux, en plus du reste.

Et il ne savait pas combien de sang il perdait.

Une fois son estomac vidé de toute substance, il tenta un sort de soin maladroit à l'endroit de sa blessure. Il s'assit ensuite contre la paroi rocheuse, et constata que ce n'était pas tellement mieux. Il avait réussi à stopper le saignement, au moins, et sa vision redevenait un peu nette.

Ce ne fut que là qu'il put observer les environs et constater que, vraiment, ce n'était pas passé loin... De gros rochers avaient formé une espèce de plafond, juste au-dessus de l'endroit où il était tombé inconscient. Tout aurait pu s'écrouler sur lui, et il aurait été enterré vivant.

Ce fut à ce moment également qu'il vit la forme aux cheveux blancs étendue non loin. Terra. Prudemment, Riku avança pour aller l'inspecter. Il constata quelques blessures superficielles au visage, mais quelque chose l'inquiéta davantage : ses deux jambes se trouvaient bloquées ou écrasées par d'énormes pierres.

L'extirper de là-dessous paraissait purement impossible, surtout à lui tout seul, dans son état misérable... Et d'ailleurs, est-ce que cela serait utile ? Il ne bougeait pas d'un pouce...

Un instant, Riku le crut mort, avant qu'il n'ouvre des yeux jaunes et ne se mette à hurler.


Du fond de son agonie, Xehanort se mit à rire. Il sentait le supplice de son réceptacle. Mais il ne leur céderait pas celui-ci, oh non, même si cela entravait ses propres mouvements... Sans compter que la douleur échauffait le dragon. Et ce n'était pas bon signe pour les Gardiens, oh non...

La X-Blade au-dessus de leurs têtes était presque tangible, matérielle, à présent. Le chaos la nourrissait. Ce n'était qu'une question de temps.

Peu importait le nombre de réceptacles qu'il perdrait, tant qu'à la fin il en restait un pour saisir la poignée de la clé menant au Kingdom Hearts.


Kairi dû passer par le chemin le plus long.

Elle grimpa la falaise tant bien que mal pour redescendre de l'autre côté, de manière à contourner l'éboulement, avant de revenir dans la crevasse. Cela prit une éternité, quoique sa perception du temps devait être déformée par l'épuisement, l'angoisse et la souffrance. Son os brisé lui faisait atrocement mal.

Au bout d'un moment de marche dans le ravin, elle aperçut une silhouette, dos à elle, et se stoppa, alarmée. Luxord semblait mal en point. Il se raccrochait à la paroi comme si sa vie en dépendait et il respirait bruyamment. Ses jambes peinaient à le maintenant debout, tremblant sous son poids. Pourtant, Kairi ne voyait aucune trace de blessure, du moins de là où elle se trouvait. Keyblade au poing, elle s'avança prudemment, se faisant discrète. Deux pas. Trois.

Il ne la remarqua même pas. Tellement pas qu'elle fut bientôt dans son dos, à moins d'un mètre, sans même qu'il ne se soit retourné. Quelque chose clochait. Elle avait été discrète, mais pas à ce point... Elle leva son arme, se figea, dans l'attente. Devait-elle annoncer sa présence ? Ou bien...

Ce serait si facile, de juste abaisser sa Keyblade, alors qu'il se trouvait là, vulnérable, en train de souffrir. Tellement simple. Un danger en moins pour elle et ses amis, pour les Mondes. Et peut-être même que le véritable Luxord, celui dont la conscience se trouvait étouffée par celle de Xehanort, lui serait reconnaissant de la délivrance apportée.

Ce ne fut pas l'argument de la compassion qui prima en elle, mais un pur instinct de protection. Pour elle, mais surtout pour les autres. Presque de la colère froide, calculatrice, un genre d'état second, et la Keyblade trouva un chemin entre les omoplates du réceptacle. Celui-ci émit une exclamation étouffée de surprise, puis s'écroula, sans jamais voir ce qui venait de le frapper. Son cœur s'éleva dans le ciel, mais Kairi ne suivit pas son chemin des yeux, gardant les yeux fixés sur le cadavre.

Elle venait de tuer quelqu'un. De prendre une vie. L'instinct lui ayant dicté son acte se dissipa immédiatement après cette réalisation, ne laissant place qu'à la réalisation brusque.

Que venait-elle de faire ? De quel droit ? Un Maître de la Keyblade était sensé sauver, pas anéantir ! Et une Princesse de Coeur encore moins !

Et soudain, Kairi prit peur. Est-ce que son cœur allait sombrer dans les Ténèbres ? Comment pourrait-il rester pur après... ça ? Une Princesse dont le cœur se corrompt... Serait-ce seulement possible ? Venait-elle de mettre en péril l'équilibre du Monde ?

Soudain, provenant de loin devant elle, des cris lui parvinrent. Riku ? Elle se mit à courir.


Riku soupira de soulagement en voyant la forme rouge de son amie accourir dans sa direction. Il s'était assis près de Terra, et ne parvenait plus à se relever sans tituber, saisi d'une migraine aiguë. La bataille était terminée pour lui...

« Riku ! Oh... »

Kairi affichait une mine horrifiée. Ses yeux allaient de son crâne blessé, au corps de Terra, qui émettait encore de temps à autre un gémissement de douleur, mais qui avait cessé de hurler, fixant le ciel, les yeux dans le vague. Il n'avait prononcé aucun mot cohérent.

Finalement, elle se pencha vers Riku, lâcha sa Keyblade pour lever une main au-dessus de sa tête, et se mordit la lèvre. À en juger par son teint épouvantable, elle devait avoir pleuré, et quelque chose dans ses yeux inquiéta son ami, quoiqu'il ne parvenait pas à y réfléchir clairement, dans son état.

« Je ne pourrais pas soigner ça... fit la jeune fille d'une petite voix enrouée en inspectant son ami. Pas totalement. Je ne sais même pas si ça se... soigne. »

En entendant ces mots, Riku grimaça.

« C'est si affreux que ça ? »

Kairi hocha la tête.

« Tu es vivant, au moins. Tu peux parler. Tu me vois ?

-Difficile. Faut que je me concentre. Je peux pas me lever. J'ai des vertiges. »

Rien que de parler lui coûtait beaucoup d'énergie, alors il tentait d'économiser ses mots. Nouveau hochement de tête. Le regard de Kairi se faisait plus fixe, plus ancrés dans la réalité. Elle inspira profondément.

« Bon. Tu arrives à réfléchir correctement, constata-t-elle.

-C'est compliqué, admit Riku. Mais je suppose, oui. Tu vas bien, Kairi ? »

Elle lança un sort de soin au niveau de sa tempe, plus puissant que celui qu'il s'était auto-administré, avant de répondre :

« Ça va. J'ai le bras cassé, presque plus de magie... Mais ça va.

-C'est pas ce que je veux dire. »

Elle ne paraissait pas dans son assiette. Du tout. Pourtant, elle haussa les épaules.

« Plus tard. Et lui ? »

Elle désigna Terra, qui observait leur échange avec des yeux vitreux. Riku avait cherché un moyen de le déplacer, en vain. Ses jambes étaient coincées, et probablement en morceaux, vu la taille des rochers qui l'entravaient.

« Je l'ai trouvé comme ça, expliqua-t-il. Impossible de le sortir de là. Et il est toujours Xehanort. Peut-être... Peut-être qu'on devrait... »

Il n'avait pas pu s'y résoudre tout seul. Il ne savait pas s'il s'agissait de la bonne décision. Aqua lui en voudrait pour le restant de ses jours, s'il faisait cela, et puis c'était au-dessus de ses forces de juger du sort de quelqu'un comme ça. Mais y avait-il une autre solution ?

« Non, asséna Kairi. On ne fera pas ça. »

Sa réponse le soulagea.

« D'accord, mais quoi, dans ce cas ? Il mourra peut-être à cause de ses jambes, si on le laisse là. Et si on le libère... Il est toujours Xehanort. »

Silence. Puis un rire lugubre retentit, et Terra leva vers eux des yeux fous.

« Je ne vous le rendrais pas, vous savez ? Ce serait trop beau, n'est-ce pas ? Je ne vous ferais pas de cadeaux ! Vous pouvez abattre mes enveloppes corporelles, les unes après les autres, mais vous ne gagnerez jamais ! »

Riku regarda Kairi, qui parut un instant au bord des larmes, puis elle soupira, puis :

« Dis... Je peux te laisser seul avec lui ? Ce n'est pas prudent dans ton état, mais tu ne peux pas te déplacer, et...

-Et toi ? s'inquiéta-t-il. Tu sauras te battre ? Avec ton bras...

-Ça ira, répliqua-t-elle d'un ton sans appel. Je vais chercher Aqua. Ce n'est pas juste, que l'on tranche à sa place. Il s'agit de son ami.

-Vous pensez vraiment que vous récupérez Terra ? cracha Xehanort. Ah ! Pauvres im- »

Il s'interrompit pour cracher du sang avec un râle écoeurant. Riku frémit.

« Fais vite, alors, la pria-t-il. Mais si tu ne la trouves pas...

-C'est pas le moment de penser à ça. Sois prudent.

-Toi aussi. »

Et elle commença à s'éloigner. Riku l'observa, inquiet pour elle. Mais elle était aussi capable que lui – et encore plus, dans le cas présent – alors il ne pouvait que s'en remettre à elle.

Et espérer que Ienzo ne revienne pas.

Lui ou un réceptacle de Xehanort.


« C'était vraiment lui, alors... souffla Vanitas en regardant le chat posé nonchalamment sur le toit en face de Mélodie. Quel enfoiré ! »

Le félin paraissait petit, tout petit, en comparaison de son opposé lumineux. Vraiment insignifiant, et ridicule, avec son pelage criard. Pas de quoi s'attarder sur lui à première vue, et pourtant, ses Ténèbres parvenaient à équilibrer la Lumière que dégageait Mélodie. Même Xion s'en rendait compte. Le Monde paraissait plus gris.

« Ne te mêle pas de cela, chat ! ordonna Mélodie.

-Chat ? Je ne vois pas de cela ici, très chère...

-C'est pourtant la forme que tu as choisi d'adopter !

-Oh ! Une forme bien moins présomptueuse que celle qu'une vieille amie à moi a choisi après sa chute ! À ce propos, es-tu réellement une ? Sommes-nous réellement quoique ce soit d'autre que ce que nous choisissons d'être, hum ? »

L'expression de profond agacement qui se peignit sur le visage de Mélodie aurait pu passer pour comique, dans d'autres circonstances que celle-ci.

Ce fut ce moment-là que Vanitas choisit pour attaquer, pensant peut-être le champ libre. Cheshire agita la queue, et un champ de force invisible repoussa Vanitas.

« Ah, je ne te le conseille pas ! sourit le félin. Mieux vaut ne pas toucher une chose qui menace d'exploser d'un instant à l'autre. Une chose ou quelqu'un, ou Sa Luminosité, pour ce que cela importe...

-C'est ça ! siffla Vanitas en se relevant. Je ne te laisserai pas avoir cette Pierre !

-Oooh ? Eh bien, je ne pense pas qu'elle te fera le moindre bien. Tandis que moi, je suis déjà fou ! Un peu plus, un peu moins, personne ne verra la différence ! Ah !

-Suffit ! siffla Mélodie. Très bien, Cheshire, réglons cela !

-Régler ? Pour faire quoi ? Les règles sont faites pour être transgressées, dit-on.

-Je ne rentrerais pas dans ton jeu absurde.

-Oh, à propos de jeu, as-tu appris à marcher sur la tête ? »

Joignant le geste à la parole, son corps se mit à sauter à cloche pied sur le sommet de son crâne. N'y tenant plus, Mélodie brandit sa hallebarde pour asséner une onde de choc horizontale en direction de Cheshire, qui disparut juste avant l'impact, pour mieux réapparaître dans les airs, derrière l'incarnation de Lumière. Il flottait nonchalamment, comme s'il se prélassait sur une branche, comme si ne se jouait pas ici l'avenir des Mondes, comme un divertissement.

« Touché, mon amie !

-Assez ! Pourquoi es-tu ici, après tous ces siècles à te terrer comme un lâche ? Aurais-tu peur de mourir, sot que tu es ? Sens-tu la dernière heure de tes Ténèbres arriver ?

-Pour quoi ? répéta-t-il. Pour la même raison que toi, très chère... Ah, mais non, suis-je bête ! Quelle importance, mon sort et celui des Mondes, hum ? Je ne suis qu'un brave observateur du chaos ! Simplement, je dois avouer que ton projet ne me semble pas très divertissant. Te contrarier, en revanche, aaaah ! Ça a toujours été mon jeu préf- »

Une explosion. La maison juste derrière Cheshire s'effondra et il fut propulsé dans les décombres. Une silhouette rose et mauve en ressortit prestement.

Le chat arqua son dos à l'extrême, méconnaissable, dévoilant des dents désormais acérées, son poil hérissé de façon surnaturelle. Fini de rire. Le grondement d'un feulement résonna à travers les rues en ruine.

Xion ne comprit pas exactement ce qui s'ensuivit, les bâtiments qui explosaient tout autour d'eux et ces deux divinités qui se battaient sans merci, mais elle en saisit suffisamment pour savoir qu'il était temps de leur fausser compagnie.

« On y va » ordonna-t-elle à Vanitas.

Mais celui-ci ne l'écoutait pas. Il passait la zone au crible, cherchant à repérer quelque chose. Xion leva les yeux au ciel et tenta de le tirer par le bras, mais il ne bougea pas. Il semblait un peu moins insensé, depuis qu'ils ne voyaient plus la Pierre de Lune, mais il la cherchait visiblement encore !

Un toit à côté d'eux s'effondra. Xion vit Cheshire bondir en direction de Mélodie, puis entendit une nouvelle détonation. Des briques se mettaient à voler un peu partout, et elle ne tenait pas à se trouver dans la trajectoire de l'une d'elle ! Il fallait qu'ils déguerpissent, et vite !

Elle pria pour que Vanitas n'essaie pas de la tuer après ça, se planta devant lui, et le gifla aussi fort qu'elle put. La tête de son camarade partit sur le côté, et il lui envoya un regard empli de colère et de confusion à travers ses mèches noires.

« Mais qu'est-ce qui te prend ?

-On a pas le temps ! s'exaspéra-t-elle. Si on reste là, on va mourir ! Ouvre un Portail, s'il te plaît ! »

Pendant un moment, il sembla ne pas comprendre. La bataille entre les deux demi-dieux continuait de faire rage et de tout détruire sur son passage. Finalement, Vanitas hocha la tête et tendit le bras pour ouvrir un Couloir Obscur. Xion ne se fit pas prier pour y entrer. Elle détestait la tournure que prenaient les choses.

À l'autre bout du portail, ils retrouvèrent Naminé, ainsi que Donald et Dingo. Ces deux-là paraissaient en sale état, mais réveillés. Le canard leur envoya un regard d'excuse.

« Je suis désolé... marmonna-t-il.

-C'est rien, le rassura Xion. Tu n'es pas le seul sur qui la Pierre a eu une influence démesurée. »

À côté, elle entendit Vanitas pousser un soupir d'agacement. Évidemment, qu'il se sentait visé...

« Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Naminé.

-Le chat de Cheshire est venu. Lui et Mélodie s'affrontent, c'était beaucoup trop dangereux de rester sur place. Même ici, d'ailleurs... »

Ils entendaient les échos de la bataille, au loin. La ville n'était pas si grande. Si leur querelle se déplaçait jusque là...

« Que fait-on, dans ce cas ? s'enquit Naminé. On ne peut pas fuir. Si l'un ou l'autre d'entre eux parvient à conserver la Pierre de Lune...

-C'est Mélodie qui gagnera, asséna Vanitas. Elle possède déjà la Pierre, donc elle a un avantage.

-Que propose-tu, alors ?

-Attendre que Cheshire meurt. Avec un peu de chance, il aura épuisé la vieille. Il ne nous restera plus qu'à l'achever.

-Mais toi, tu ne viens pas » ordonna Xion.

Vanitas la fixa d'un air de défi, comme si ça pouvait la faire changer d'avis. Xion soupira. Ce garçon n'était-il doté d'aucun bon sens ?

« Tu as bien vu ce qu'il se passe quand tu es à proximité de la Pierre ! Insista-t-elle. Tu te mets en danger, et en plus tu nous attaque ! C'est trop risqué.

-Et donc quoi, tu serais seule contre cette folle ? Les deux autres sont hors service. Je pense que je peux lui faire mal, avec mes Ténèbres, même juste un peu.

-Sauf que dans le pire des cas, tu parviens à t'emparer de la Pierre et tu deviens notre ennemi... »

L'autre lui renvoya un sourire amusé.

« Eh bien, dans le pire des cas, tu me tues. Ce ne devrait pas être si dur, après avoir affronté Mélodie. »

Pendant un moment, Xion ne sut pas quoi répondre. Il était prêt à, quoi, se sacrifier ? Elle ne pensait pas cela de lui... Peut-être qu'elle s'était trompé.

« Tu ferais ça pour le bien des Mondes ? »

Il eut un rire et se détourna un peu.

« Les Mondes, nan, je m'en fiche. Mais sur les Mondes, il y a des gens, deux ou trois, que je veux protéger.

-Eh bien, ça t'en fais un de moins, à présent ! » retentit une voix à l'extérieur de la ruine.

Sur le pas de la porte se tenait Ienzo, un sourire cruel fiché sur son visage monstrueux.


« Je vous demande pardon, Maître » prononça Aqua en tournant sa Keyblade dans l'abdomen d'Eraqus.

Pendant un instant, juste un moment, une fraction de seconde avant que la vie ne quitte son corps, les yeux de son vieux professeur perdirent la teinte ambrée caractéristique de Xehanort pour retrouver leur couleur brune naturelle. Et Aqua n'y vit point de colère ni de peur.

Elle retira sa Keyblade du corps sans vie sans regretter son geste. Elle venait de sauver son Maître de l'asservissement contre-nature auquel Xehanort l'avait contraint. Ce fut comme si un poids s'envolait de sa poitrine, et peut-être que parfois, la fin heureuse se trouvait aux portes de la mort.

La porte... Aqua eut un sursaut, se souvenant de l'énigme de Cheshire.

« C'est une porte... » murmura-t-elle.

Une fois qu'on se trouve devant, on fait tout pour s'en éloigner avant qu'elle ne s'ouvre. La porte de la mort ! Avant de rendre l'âme, Eraqus était redevenu lui-même, un bref instant !

Zack peinait à respirer. Il se trouvait dans un sale état. Pourtant, à travers lui, Xehanort parvint encore à se moquer d'elle.

« Cela ne fait aucune différence, combien d'entre moi tu élimines. Toi et tes amis finiraient par les remplacer... Il semblerait que le Destin n'a pas prévu de fin heureuse pour vous.

-Je ne rentre plus dans tes jeux, Xehanort, contra-t-elle. Et il n'y a plus de Destin. »

Une porte. Comment s'y prendre pour qu'ils ne la franchissent pas ?

« Tu veux me tuer ? fit la voix de Saïx non loin de là. Eh bien, je t'en prie, Lea. »

Il était étendu à terre, la Keyblade de son ami posée sur la gorge, et ce sourire défiant, persuadé qu'il ne le ferait pas.

« Répond ! ordonna le jeune Maître. Es-tu Isa, ou Saïx ?

-Je suis Xehanort. »

Quelque chose se contracta sur le visage du jeune homme. Il leva sa Keyblade. Aqua s'avança précipitamment.

« Arrête ! »

Lea tourna vers lui des yeux désespérés, souffla un sourire, et répondit devant son air catastrophé :

« S'il s'agit de son Simili, alors il y a encore un espoir qu'Isa renaisse. Dans le cas contraire, eh bien... Au moins, il sera libre, non ? La mort vaut encore mieux que cet esclavage !

-Je ne te laisserais pas faire ça ! Il y a une autre solution ! »

Mais il ne la croyait pas, ça se voyait dans son regard, ça se sentait dans son attitude. Il n'y croyait plus.

« Aqua, c'est fini... Il est temps que tu t'en rendes compte. Regarde autour de toi ! »

Il désigna les cadavres de Xaldin et de Maître Eraqus, il désigna le désert de Keyblades mortes, de ces Porteurs d'autrefois ayant perdu la vie en vain.

« Ce n'est pas forcé de continuer, expliqua-t-elle doucement. Nous ne sommes pas obligés de jouer son jeu. Lea... Je ne peux pas t'expliquer, mais fais-moi confiance. S'il te plaît... »

Elle n'osait pas lui faire part de son idée devant des réceptacles de Xehanort. Si le vieil homme apprenait leur hypothèse, il serait capable d'éviter de relâcher ses otages par pure cruauté. Mais comment lui faire comprendre ?

Elle ne le quitta pas des yeux en avançant, prise d'une soudaine inspiration, puis posa ses mains sur la garde de la Keyblade enflammée de Lea. Pendant tout ce temps, Zack les fixa, trop mal en point pour les en empêcher.

« Tu me fais confiance ? demanda-t-elle.

-Je ne sais pas...

-Il va bien falloir. »

Elle lui prit doucement la Keyblade des mains. Elle ne connaissait pas suffisamment le corps humain pour être certaine de ne pas tuer Saïx. Mais un coup près du cœur, suffisamment proche pour que Xehanort ait l'impression que son réceptacle allait mourir... Lea l'observa avec méfiance. Ni Saïx ni Zack ne bronchèrent, dardant sur elle leurs yeux d'oiseaux de proie.

Lorsqu'elle abattit la Keyblade, un poing autour de son bras la stoppa.

« Je peux savoir ce que tu fais ? »

Voix emplie de colère froide.

« Lea...

-C'est à moi de le faire !

-Tu ne comprends pas !

-Alors explique-moi ! »

Du coin de l'oeil, elle vit Saïx en profiter pour se lever, prestement. Plus rapide, Lea arracha sa Keyblade des mains d'Aqua et la planta rapidement dans le torse du Simili.

« Non ! »

Le temps s'arrêta. Flottement. Aqua vit Saïx lever ses yeux, jaunes, toujours jaunes, vers Lea, qui réalisait avec horreur ce qu'il venait de faire, l'action irrémédiable. Le visage fermé, seul le vert de ses yeux exprimait sa souffrance. Saïx écarta les lèvres pour sourire cruellement, laissant glisser un filet de sang à la commissure. Il s'écroula comme une poupée de chiffon.

Aqua songea à bouger, à s'accroupir vers le corps, vérifier s'il était bien mort, mais cela ne servirait à rien. Elle savait. Depuis le début, Lea visait pour tuer.

« Non... » répéta-t-elle.

Si elle avait tout expliqué à Lea, sans se soucier de ce que Xehanort pourrait entendre, aurait-elle pu sauver Saïx ? L'aurait-il seulement écoutée, tout engoncé dans sa perte d'espoir ?

Aucun cœur ne s'envola pour rejoindre le ciel. Simili, donc... Lea reprit sa Keyblade, avec un nouveau regard, dur. Sans perdre de temps, il virevolta et franchit les quelques mètres qui le séparaient de Zack.

« À son tour, maintenant. »

Dans un sursaut de panique, levant sa propre arme, Aqua glissa sur sa trajectoire et lui fit face, en position de combat.

« Je ne te laisse pas faire ça. Je suis tellement désolée...

-Écarte-toi ! » ordonna Lea.

Il avait le visage plus dur que ce qu'Aqua aurait imaginé possible venant de lui. Qu'est-ce que cette guerre avait fait d'eux, bon sang ? Et voilà qu'elle retournait sa Keyblade contre son propre allié !

« C'est mon ami, insista-t-elle.

-C'est Xehanort ! »

Derrière eux, Zack ricana.

« Et les amis verseront le sang de leurs amis » récita-t-il.

Aqua fronça les sourcils.

« Tu vois ? C'est ce qu'il veut ! Baisse ta Keyblade, Lea, je t'en prie...

-Admettons. Et après ? Tu attends qu'ils te tuent, parce que tu ne veux pas en faire autant ? Hypocrite ! Regarde ce que tu as déjà fait !

-Ce n'est pas... J'ai une solution, Lea ! J'ai compris l'énigme de Cheshire ! Réfléchis ! La porte...

-Aqua, attention ! »

Zack abattit sa lame. Aqua se retourna promptement, assez vite pour esquiver le coup mortel, mais trop tard pour s'en tirer tout à fait. L'épée la toucha sur le côté, et, déjà, Xehanort s'apprêtait à porter une nouvelle attaque, à l'achever. Alors elle eut le temps de faire la première chose qui lui vint à l'esprit. Elle ne voulait pas le tuer. Faisant volte-face malgré sa blessure, sa Keyblade trancha l'air de haut en bas.

La main coupée de Zack atterrit sur le sable sans un bruit.


Ce fut Vanitas qui s'avança le premier vers le scientifique. Xion fit signe à Naminé et aux autres de rester à l'abri dans la bâtisse et sortit à son tour, épée au poing, la peur au ventre. Tout à l'heure, Ienzo avait bien failli la supprimer, et facilement.

« Ah, Ienzo ! fit un Vanitas guilleret. Je me demandais justement si j'allais pouvoir te tuer ! Le contraire m'aurait attristé.

-Attristé, hum ? Dans ce cas, ce que j'ai à t'apprendre te brisera le cœur. À compter que tu en aies un, tout du moins.

-C'est ça, comme si j'allais croire un seul qui sort de ta bouche ! »

Ienzo semblait terriblement sûr de lui. Et à raison. Xion avait vu ce qu'il était capable de faire... Et d'ailleurs, elle constata avec un frisson que la bien maigre coupure qu'elle était parvenue à lui faire infliger avait déjà disparue. Mais le scientifique ne la regarda même pas. Il n'avait d'yeux que pour Vanitas, et il semblait bien trop content de lui pour que ce soit une bonne nouvelle. Il souriait presque autant que le chat.

« Riku est mort. »

Xion recula sous le poids de la nouvelle. Non, ça ne se pouvait pas ! D'abord Néo, et maintenant Riku ? Ce n'était pas...

« Oh, non Ienzo, ne joues pas à ça... menaça Vanitas. Ça ne me fait pas rire.

-Ah, tu ne me crois pas ? Tu pensais peut-être que la pathétique créature que tu lui a prêté le protégerait, hum ? Serais-tu réellement si naïf ? »

Xion vit Vanitas se figer. Elle ne voulait pas croire le scientifique, elle non plus, mais comment savait-il pour le Nescient ? À moins d'avoir été sur l'autre champ de bataille, et avoir vu Riku... Mais...

Ienzo détruisit deux Nescients qui se précipitaient dans son dos sans même les regarder mais, déjà, Vanitas fonçait vers lui. Ienzo leva son bras mécanique, et les âmes se chargèrent de plaquer son ennemi, visage contre le sol, le maintenant par la nuque comme un chien.

Son épée dans les mains, Xion se tint prête à riposter, sans réussir à se décider sur sa prochaine action. Si elle attaquait de front aussi bêtement que Vanitas, elle se retrouverait hors d'état de nuire aussi ! Pendant qu'elle paniquait, Ienzo s'avança vers sa proie, d'un air conquérant, tandis que Vanitas se débattait pour se libérer.

« Ce fut facile, tu sais ? Vous faites tout un plat des Maîtres de la Keyblade, mais vous restez des humains fragiles, dont les os peuvent aisément se briser. Il ne m'a suffit que de quelques gros rochers. Ah, je ne suis pas certain de l'état dans lequel il est, ni de ce que je préfères imaginer. Je ne sais pas s'il a souffert, ou s'il a eu le crâne brisé sous le coup de l'impact. Je sais juste qu'il gît en morceaux au fond d'un précipice. Et que c'est à moi que tu le dois. »

Alors, c'était vrai. Xion ferma les yeux sous le choc de la nouvelle. Combien d'amis devrait-elle encore perdre aujourd'hui ?

Le rire qui parvint à ses oreilles la sidéra, terrible, aigu et glacé. Il provenait de Vanitas, qui gisait encore au sol, les membres tremblants d'hilarité. Elle vit Ienzo émettre un soufflement de nez hésitant devant cette réaction.

« Ça te fait rire, monstre ? Moi qui te croyait presque capable de tenir à quelqu'un ! Honnêtement, je suis déçu. Tu pourrais faire semb- »

Ce fut là que la terre se mit à trembler sous leurs pieds. Vu l'air surpris d'Ienzo, le phénomène ne venait pas de lui.

Alors, Vanitas releva la tête, un sourire froid plaqué sur le visage, et des yeux... Pendant un instant, Xion eut plus peur de lui que de leur adversaire. C'était le regard fou de quelqu'un qui n'a plus rien à perdre.

« Tu devrais commencer à courir... » gronda-t-il.

Sous ses pieds se créa tout d'abord une sphère, qui le porta en altitude, puis sous la sphère se créa un corps et, bientôt, Xion se retrouva face à la plus énorme créature qu'il lui ait été donné de voir. La chose portait le sigle des Nescients sur l'estomac, sa bouche était cousue d'un fil épais, et des griffes pendaient de ses bras tentaculaires. Au sommet de son crâne, Vanitas demeurait à genoux, son expression indescriptible. Le monstre abattit une énorme main en direction d'Ienzo.

Ce fut à ce moment que Xion décida de fuir.


...

Est-ce que vous me détestez ?

Bouarf, dites-vous que j'aurais pu vous laisser le suspense et vous faire croire à vous aussi que Riku était bel et bien mort...

À bientôt, soit en commentaires, soit pour la suite !