Chapitre 15 : Toi.
Une lumière s'alluma dans la salle sur demande, entièrement vide, et Harry sursauta quand une voix mécanique résonna derrière lui.
"A travers l'aube,
Renait de tes cendres,
Mais d'une vie à rendre
Oublie l'onde funèbre;
Rien n'arrête les ténèbres.
Inutile de résister,
Au ciel tu devras exister."
Alors que la porte s'ouvrait à nouveau, Harry entendit cette même voix l'appeler, semblable à un murmure.
"N'oublie pas Harry, à Poudlard, une aide sera toujours apportée à celui qui la mérite."
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- Plusieurs années auparavant.-
Un sourire mesquin sur les lèvres, Draco griffonnait sur un morceau de parchemin vierge alors que les derniers élèves entraient discrètement dans la salle du cours de défense contre les forces du mal. Tout le monde savait qu'il fallait mieux garder profil bas quand il arrivait en retard, tout le monde sauf évidemment Potter et ses deux chiens de garde, qui firent le plus de bruit humainement possible.
"Tu penses que Potter va gagner?" Demanda brusquement Crabbe, non sans une légère inquiétude dans la voix.
L'imbécile qui lui servait de partenaire de rangée gesticulait depuis plusieurs minutes sur sa chaise, et Draco commençait sérieusement à se demander si un maléfice de bloque-jambes ne serait pas efficace cette nuisance.
« Les détraqueurs le pourchassent." Constata Goyle derrière lui.
"S'il ne meurt pas par leurs crocs, il mourra foudroyé." Poursuivait Pansy quelques rangées plus loin.
"Dans les deux cas, Potter ne tiendra pas longtemps. Et Serpentard pourra enfin gagner cette maudite coupe."Finit-il par répliquer, le regard tourné vers le brun aux cheveux ébouriffés à quelques rangées de lui.
Il s'apprêtait à renchérir sur l'incapacité de Potter à rester sur un balai quand, dans un bruit sourd, la porte menant à la salle de défense contre les forces du mal se referma brusquement. Les volets se barricadèrent les uns après les autres dans une série de claquements sonores, tandis que Severus Snape s'avançait devant eux. Par réflexe, Draco parvint à attraper le bout de papier entre ses mains et le plier nerveusement avant que le directeur des serpentard ne soit arrivé à côté de lui. Dans son geste, il remarqua vaguement que son dessin avait prit la forme d'un Harry Potter agrippé à son cher nimbus 2000, attaqué par des éclairs de la forme de sa cicatrice. Il préféra ne pas trop s'y attarder pour le moment.
"Ouvrez vos livres page 394." Ordonna le professeur sèchement aux élèves de gryffondor et serpentard réunis.
Draco saisit son livre devant lui de sa main libre, l'autre étant toujours coincée dans un bandage trop serré, et s'exécuta machinalement, ouvrant son manuel en deux parties. Il ne lui fallut que quelques secondes pour trouver la page, et il se penchait sur l'image affichée devant lui quand la voix de Potter s'éleva dans la salle.
"Excusez-moi monsieur, où est le professeur Lupin ?" Demanda-t-il.
Potter, Potter, Potter.
Toujours à chercher l'attention.
Ses yeux se tournèrent discrètement dans sa direction, et il sentit son souffle s'amoindrir dans sa gorge.
D'un geste brusque il parvint à détourner son regard, et se tourna vers Crabbe pour chercher un point d'appui.
"Il doit sûrement aimer se faire Stranguler." S'entendit-il marmonner d'une voix rauque, créant l'hilarité des serpentards autour de lui.
"Ce ne sont pas vos affaires, n'est-ce-pas, Potter?" Répliqua Severus en passant dans la rangée. "Je me contenterai de dire que votre professeur se trouve dans l'incapacité d'assurer son cours aujourd'hui. Ouvrez vos livres page 394."
Granger sembla interrompre Severus à nouveau et Draco marmonna aussitôt dans sa barbe inexistante. Le bandage autour de son poignet le démangeait, et cette miss je-sais-tout qui déblatérait au sujet des loups-garous l'agaçait fortement. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle se sente obligée d'ouvrir sa bouche de sang-de-bourbe ? Son parrain arriva à s'extraire de la conversation et demanda, d'une voix puissante:
"Quelqu'un pourrait-il me dire la différence entre un animagus et un loup-garou ?"
Severus attendit un instant avant de poursuivre.
"Personne. Comme c'est décevant."
"S'il vous plait, professeur." L'interrompit à nouveau Granger. "Un Animagus est un sorcier qui choisit de se changer en animal. Un loup-garou n'a pas le choix. A chaque pleine lune, quand il se transforme, il ne se souvient plus qui il est. Il tuerait son ami s'il le croisait. De plus, le loup garou ne réagit qu'à l'appel de ses semblables."
Draco imita le hurlement du loup garou et Crabe à sa droite poussa un ricanement. Il se tourna vers Potter, un sourire suffisant aux lèvres.
"C'est la deuxième fois que vous parlez sans y avoir été invitée, miss Granger." Dit Rogue d'une voix glaciale. "Êtes-vous incapable de vous contenir, ou prenez vous de la fierté à être une insupportable je-sais-tout ? Votre attitude coûtera cinq points à Gryffondor."
Dravo profita du moment où le professeur avait le dos tourné et ses mains serrèrent étroitement le parchemin dans sa main. Il aplatit le plus possible ses ailes avant de prendre délicatement l'oiseau au creux de sa main et souffler, regardant avec une certaine admiration son œuvre battre des ailes pour s'envoler en direction de Potter. Le serpentard vit les yeux de Potter s'agrandir de stupeur, et il ne parvint pas à empêcher un sourire satisfait d'orner ses lèvres.
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-Retour au présent.-
Alors que la porte claquait derrière lui, Draco s'appuya sur elle haletant. D'un geste de dégoût, il retira vivement son pull en cachemire noir, le jetant sans ménagement sur le sol. Retroussant les manches de sa chemise, il reprit difficilement ses esprits et regarda avec intérêt les lueurs nacrées qui s'échappaient d'un chaudron disposé au centre de la pièce. Son sac tomba par terre dans un bruit sourd, alourdissant l'ambiance pesante qui régnait depuis son arrivée et il franchit la pièce sombre, éclairée de bougies d'où la cire s'écoulait librement sur la surface boisée des tables installées précairement trois mois auparavant. Ses mains se posèrent sur le rebord en bois de la table et pour la première fois depuis ces trois derniers mois, il émit un soupire satisfait.
Il ne manquait plus que l'ingrédient final.
Un cheveu de Potter.
Tous ces jours qui avaient défilé si lentement ou peut-être rapidement, il perdait la notion du temps dans cette pièce. Le moment où il avait pris conscience de son attirance pour Potter lui semblait bien loin, désormais. Cela faisait plusieurs jours qu'il ne l'avait pas croisé.
Parfois, Draco le voyait dans la cour, mais au moment où il cherchait à aller lui parler, en un battement de cils, Potter disparaissait. Tant de jours qui étaient passés où il n'arrivait pas à lui dire pourquoi, à chaque fois qu'il le voyait, Draco réalisait qu'il avait de plus en plus besoin de lui dans sa vie.
Une image s'imposa dans son esprit et le serpentard grogna faiblement, baissant son regard vers ses phalanges, blanchies par la pression qu'il exerçait sur elles.
Il avait déjà retourné cette scène des milliards de fois dans sa tête.
Ce matin, alors qu'il se dirigeait vers la grande salle, Draco avait cru l'apercevoir au détour d'un couloir, ou alors peut-être était-ce le fruit de son imagination.
Son cœur s'était affolé et son geste désespéré, et stupide. Lorsque les yeux sombres de Potter s'étaient posés sur lui, Draco n'avait pas su comment réagir et s'était simplement avancé en souriant vers lui.
Draco l'avait vu détourner son regard, inexpressif, et partir dans la direction opposée. C'est ainsi qu'en un battement de cils, le gryffondor avait disparu à la fois de sa vue, mais aussi définitivement de la liste des personnes qu'il garderait en vie.
Lui, Draco Malfoy, préfet de serpentard et sang-pur, ne continuerait pas ce petit jeu.
Sa longue torture prenait fin ce soir.
"Si je revois Potter, je lui arracherais chacun de ses cheveux, les uns après les autres. Puis je le tuerais lentement."
Un ricanement mesquin lui parvint de l'autre bout de la pièce.
Draco demanda d'une voix trainante, "Je te fais rire ? Si j'étais toi, je serais un peu plus prudent. Ce n'est pas parce que le sorcier le plus puissant de cette planète n'a pas réussi à le tuer que je n'y arriverais pas."
Draco ne prit pas la peine de se retourner pour s'enquérir de l'ombre derrière lui, il savait déjà très bien à qui appartenait cette voix.
"Pourquoi voudrais-tu le tuer ? La potion est enfin terminée."
"Peut-être parce que sinon il y a des chances qu'il réessaye d'entrer en contact avec moi. Tu ne m'écoutes pas depuis le début ? Ou peut-être que tu le fais exprès juste pour tester mes nerfs."
Le problème n'était pas tant ce qui s'était passé à ce moment-là, mais quelques heures plus tard lors du cours de soin aux créatures magiques. Hagrid avait réussi à marchander un manticore à Olympe Maxime, directrice de l'Académie de magie de Beauxbâtons, qui semblait aussi inconsciente que le gros balourd qui leur servait de garde-chasse.
L'animal à la tête humaine, au corps de lion et une queue de scorpion était resté assez inoffensif derrière la cage dans laquelle il était installé.
Les élèves devaient étudier l'animal fantastique pour en apprendre davantage sur leur espèce, quand évidemment, la cage s'était ouverte et en un instant, la bête s'était échappée.
Comme le garde-chasse était évidemment, totalement et simplement inutile, il avait juste regardé comme l'incapable qu'il était la bête foncer dans la direction de Weasley. Potter n'était pas en cours, comme la quinzaine d'autres cours et personne ne semblait réagir à temps, alors inconsciemment, Draco avait poussé le roux violemment sur le sol. Pourquoi il l'avait aidé, ça, ça restait encore un mystère. Quelques mois auparavant, c'est lui qui l'aurait poussé délibérément sur la bête, pas l'inverse. Son impulsion ne fut pas sans conséquence, et Draco avait ressenti une lame lui traverser le bras.
L'instant d'après, il avait sentis ses jambes le lâcher, et son souffle se couper.
Sa chute vers les ténèbres fut accompagnée de la voix de Granger qui semblait énoncer une série de sorts qu'il ne reconnaissait pas, avant que dans un grognement, il n'entende le manticore ne s'effondre sur le sol.
Draco avait juste eu le temps d'entendre le bruit léger d'ailes qui se déploient, avant de perdre connaissance.
Mais lorsqu'il s'était réveillé, quelques minutes, ou peut-être était-ce quelques heures après, il avait cru percevoir une forme dorée s'envoler dans les airs, une forme qui ne lui était pas inconnue.
Le problème était que cette forme lui avait rappelé un détail qu'il n'avait pas réussi à oublier, peu importe à quel point il essayait. Un détail qui lui était apparu des années auparavant. Un détail qui était devenu routinier, et qui, jusqu'à lors, demeurait un mystère pour lui.
"Lorsque j'étais enfant..." S'entendit-il dire faiblement à voix haute, le regard toujours tourné vers ses mains serrées. "Mon père m'avait déjà appris tout ce qu'il fallait savoir sur la magie noire, les sorts interdits, les instruments de torture. Il m'entrainait toujours pour que je devienne plus fort."
"Tu sais que tu n'es pas obligé d'en parler. N'est-ce pas Draco ?" Lui dit la voix derrière lui.
"Ce n'est pas important." Draco leva ses yeux vers le plafond au-dessus de lui. "Mon père m'avait expliqué que les détraqueurs n'hésiteraient pas à me tuer si je croisais leur chemin. Pourtant, je ne pouvais pas les repousser. Le sortilège devait être lancé par un sorcier au cœur pur, et mon cœur était aussi sombre que le sien. Il m'avait expliqué que si j'essayais de lancer ce sort un jour, des asticots sortiraient pour la baguette pour me dévorer. La seule manière de m'en débarrasser était donc de les contrôler." Il s'arrêta un instant et son regard dériva vers l'ombre derrière lui, avant de poursuivre, tournant distraitement la potion qui commençait à prendre la couleur dorée recherchée.
"Quelques jours avant notre deuxième année à Poudlard, mon père avait envoyé un détraqueur m'attaquer dans ma chambre. Pour tester ma puissance." D'un geste incertain, il sortit sa baguette de sa poche et énonça doucement "expecto patronum."
Une forme argentée s'éleva élégamment devant eux, et Blaise sortit de l'ombre, les sourcils froncés.
"Je vois. Je n'avais jamais compris pourquoi tu refusais de participer au cours de Lupin."
Son meilleur ami regarda à son tour la forme voler autour de lui.
"De toute évidence, il s'agit de l'animagus qu'on a pu voir cet après midi."
"Je crois que c'était Potter."
Alors qu'il terminait sa phrase, Draco sentit le sol des cachots trembler sous ses pieds, et des cris résonner à travers les murs. Le préfet de serpentard échangea un regard surpris avec Blaise, avant de s'avancer vers la source du bruit, en prenant le temps de fermer d'un coup de baguette la porte derrière eux.
Au détour d'un couloir, ils virent qu'un attroupement s'était formé.
Au vu de la couleur de leurs robes, il s'agissait d'un groupe de serpentard.
Draco parvint à discerner facilement les visages de Théo Pansy et Milicent et quelques autres Serpentards de son année.
Le centre de leur attention était encore caché par leurs capes, quand il vit une silhouette se faire projeter contre le mur, plusieurs mètres plus loin.
De là où il se trouvait, Draco reconnu Goyle allongé sur le sol.
"Je t'ai posé une question, Parkinson."
Cette voix.
Draco arriva enfin au niveau du groupe et poussa sans ménagement un serpentard brun aux cheveux bouclé qui émit une plainte sonore avant de se raviser et baisser la tête, en voyant de qui il s'agissait.
Potter se tourna immédiatement vers lui, attiré par le bruit, et ses sourcils se haussèrent. Il sembla pris de court mais le changement ne dura que quelques secondes avant qu'il ne se crispe à nouveau et se détourne de lui, les sourcils froncés.
"Réponds-moi!" Articula Potter entre ses dents. "Dis-moi où il est!" Ordonna-t-il, relevant sa baguette vers la jeune femme acculée contre le mur.
Son cœur rata un battement. Quelque chose chez Potter était différent et Draco se plongea un instant dans l'image qu'il donnait. Ses cheveux semblaient plus courts que d'habitude et légèrement plus clairs, ou peut-être était-ce juste l'effet de la lumière des bougies accrochées au mur. Son regard vert était sombre et ses pupilles dilatées. Draco sentit une chaleur envahir dans son bas-ventre et avala difficilement sa salive. Peut-être était-ce le fait de le revoir, ou alors simplement la démonstration de puissance que le gryffondor laissait transparaitre, mais à cet instant, il ne put s'empêcher de penser que Potter était magnifique.
Milicent à sa droite l'avertis que Pansy semblait réclamer son aide mais Draco ne l'écouta que d'une oreille distraite.
Le regard de Potter était certes concentré, mais plus il l'observait, plus Draco sentait que quelque chose n'allait pas.
Et c'est alors qu'il comprit. Potter ne pouvait s'énerver comme cela que pour une seule raison, une raison qui lui taillait le cœur depuis plusieurs années. Quelque chose était forcément arrivé à Weasley. Il secoua la tête de dépit et reprit contenance, daignant enfin tourner son regard vers Parkinson, qui continuait de répéter son prénom comme un mantra.
"Toi." L'appela-t-il sèchement.
Elle leva une main dans sa direction, espérant surement qu'il vienne l'aider, mais Draco la toisa du regard, passant lentement à côté de Potter -tenta vainement d'ignorer le frisson qui le traversa aussitôt - pour se positionner à son tour face à elle. Il était suffisamment près de lui pour sentir l'aura de magie qui s'échappait du gryffondor, et secoua la tête légèrement avant que d'un geste de la main, Pansy se mette à grimacer et commencer à suffoquer.
"Je t'avais ordonné qu'une seule et unique chose." Poursuivit-il la gorge serrée."Si tu t'approchais encore une fois de Weasley, je te tuerais."
Draco entendit distinctement Blaise crier le nom de Pansy, et vit du coin de l'oeil Théo et Milicent qui essayait de le retenir. Le préfet sentit son propre sang bouillir dans ses veines.
"Dra-Draco tu m'étouffes !" Formula-t-elle difficilement.
Fermant les yeux pour les rouvrit quelques secondes plus tard, Draco soupira de soulagement avant qu'un sourire narquois n'apparaisse sur ses lèvres. Le teint habituellement pale de Pansy avait viré au bleu, et il se détourna d'elle, relâchant la pression qu'il avait sur sa gorge, qu'il vit reprendre difficilement l'air qui lui manquait. Il y avait trop de témoins pour la tuer maintenant, mais il ne put s'empêcher de rire face à son désarroi. Draco vit du coin de l'oeil Granger arriver, le souffle court, avec une potion dans la main, surement un Veritaserum.
"Son esprit primitif est aussi facile à déchiffrer que je le croyais." Finit-il par conclure, se tournant vers Blaise, puis Potter, qui le regardait maintenant avec incompréhension.
Blaise s'avança vers lui, les larmes aux yeux.
"Tu sais où Ron se trouve ?" Lui demanda Blaise, le souffle court.
"Mieux." Répliqua-t-il, son regard ne quittant pas un instant celui de Potter, qui le regardait avec un air étrange.
"Je peux vous y emmener."
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Le trajet vers les toilettes des filles se fit dans un silence pesant, Potter et Granger restant à quelques mètres d'eux, la baguette de l'élu toujours étroitement serrée dans sa main.
Potter ne lui faisait toujours pas confiance et devait s'attendre à un piège.
De son côté, Draco ignorait totalement comment il devait se comporter face à lui.
Il avait sauvé la vie de son meilleur ami quelques heures plus tôt déjà, ne pouvait-il pas être reconnaissant pour une fois dans sa vie ?
L'estomac noué, Draco grimaça et ouvrit lentement la porte qui conduisait aux toilettes. Dans son fort intérieur, il espéra avec toute l'énergie qui lui restait que mimi geignarde ne s'y trouve pas.
"Draco ? Tu es revenu ?" Entendit-il à peine la porte franchie, et il grogna faiblement en réponse. "Ne me dis pas que tu vas essayer à nouveau de l'oublier! Tu le sais pourtant que ça ne sert à rien! "
Draco sentit ses joues le brûler et laissa sa tête tomber dans la paume de sa main.
"Mimi." Demanda-t-il faiblement d'une voix aiguë."Pour une fois dans ta vie, ferme-la."
"De quoi tu parles ? Pourquoi tu- oh."
Elle venait de voir qui était derrière lui et laissa échapper un petit rire nerveux.
"Harry, quel plaisir de te revoir. Qu'est-ce que tu viens faire là ?"
Il entendit plus qu'il ne vit Potter ouvrir le robinet de la chambre des secrets et se laisser tomber dans le trou qui menait à l'entrée, suivi de près par Blaise avant que Draco ne se décide à relever les yeux. Il regarda à nouveau le fantôme d'un air désespéré, sentant que ses oreilles étaient toujours aussi rouges de honte.
"Je suis désolée Draco, je savais pas qu'il serait là! Vous n'êtes jamais ensemble d'habitude et-"
"C'est pas grave Mimi" La coupa-t-il, plus doucement cette fois. "Laisse tomber."
Le sourire qui ornait son visage était faux, mais il ne parvint pas à faire mieux alors il soupira faiblement avant de se tourner vers Granger qui lui fit un demi-sourire contrit et sauta à son tour. Il la suivit quelque temps après, lançant un sort à ses pieds pour ne pas salir sa robe en tombant et observa les environs.
La porte qui menait à l'intérieur de la salle était déjà entrouverte, et il entendait des voix s'exclamer joyeusement de l'autre côté.
C'était la première fois qu'il pénétrait véritablement à l'intérieur de la salle, son père lui ayant bien évidemment décrit avec exactitude les différents conduits. Lorsque Draco franchit la porte, il se sentit aussitôt à son aise. Le teint presque austère et froid de la pièce, avec deux statues de part et d'autres du chemin en forme de serpent était exactement ce qu'il avait imaginé. Sans trop de difficulté, il arriva à percevoir la touffe rousse de Weasley entre les bras de Blaise, qui semblait ne pas pouvoir s'arrêter de parler.
Draco s'avançait vers eux d'un pas lent, quand il perçut Potter tourner lentement sa tête dans sa direction, un sourire accroché à ses lèvres qui s'effaça aussitôt qu'il le vit.
La gorge nouée, Draco s'arrêta dans son mouvement et courba légèrement la tête. Il allait faire marche arrière quand soudain, il se rappela qu'il n'avait pas encore pris le cheveu dont il avait besoin pour sa potion.
"Et merde." Marmonna-t-il entre ses dents serrées avant de se tourner à nouveau vers le groupe.
"Blaise" Il le vit quitter un instant les lèvres de son compagnon. "Tu sais ce qu'il te reste à faire."
Son meilleur ami lui fit un signe de tête compréhensif, et Draco le vit se diriger vers Potter alors qu'il partait dans la direction opposée, vers l'entrée de la salle.
En l'espace de quelques pas, il arriva à nouveau devant le trou et lança un sort sur ses jambes, avant de sauter et d'atterrir souplement au niveau du robinet ouvert.
D'un geste de baguette il annula le sort comme si de rien était et se dirigea vers la sortie.
"Draco ? Qu'est-ce qu'il se passe ?" Demanda Mimi, assise au-dessus d'un cabinet de toilette.
"Laisse tomber." S'entendit-il lui répondre d'un air las, avant d'ouvrir la porte et quitter la pièce.
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Draco avançait lentement dans un couloir sombre, et commençait à débattre intérieurement sur l'heure à laquelle il devait prendre la potion quand la voix de Potter l'appela.
"Malfoy."
Le serpentard ne se retourna pas cette fois, mais s'arrêta un instant avant de reprendre la route d'un pas plus rapide.
"Ne me force pas à t'obliger à t'arrêter."
La voix de Potter était teintée d'un léger brin d'humour, et Draco sentit son coeur s'affoler mais continua à avancer quand même. Ses jambes le menaient vers la salle où il avait préparé sa potion sans vraiment prendre conscience de ce qu'il faisait, trop occupé à imaginer Potter derrière lui. Alors qu'il n'entendait plus le bruit de ses pas et cru que Potter avait lâcher l'affaire, il sentit une main agripper son bras et le tourner vers l'arrière.
"Qu'est-ce que tu veux ?" Grogna-t-il, à la fois contre Potter mais aussi contre lui-même d'être aussi conciliant.
Il garda obstinément son regard tourné vers le côté opposé, et, fronçant légèrement ses sourcils de surprise, il aperçut une porte qu'il n'avait encore jamais vue à cet endroit.
"Toi." Avoua Potter, légèrement essoufflé.
Pour le coup, Draco se tourna lentement vers lui, les battements de son cœur résonnant bruyamment dans ses oreilles.
"Quoi ?"
"Je te veux toi." Répéta Potter, un léger sourire sur les lèvres.
"Bien sur que non." Répondit-il aussitôt, mais il ne put empêcher un léger sourire vainqueur de se former sur ses lèvres quand Potter roula des yeux, exaspéré.
Draco le vit ouvrir ses lèvres pour répliquer quand la main qui lui tenait toujours le bras se fit plus insistante, et le força à se décaler sur la droite. La force que mit Potter dans ce mouvement le surprit et il laissa échapper un léger gémissement plaintif alors qu'il le suivait sans résister. L'instant d'après, il vit un sort fuser juste à l'endroit où il était quelques secondes auparavant et alors que Draco était toujours de dos et ne voyait pas qui venait de les attaquer, des bruits de pas dans le couloir se rapprochèrent et le gryffondor retrouva son sérieux, tirant cette fois fermement son bras, le faisant grogner légèrement, et l'entrainant vivement avec lui dans la seule salle qu'il trouva dans le couloir.
Un sorcier normal aurait pu s'inquiéter de la raison pour laquelle il venait de se faire attaquer, ou de qui pouvait en être responsable, mais il n'avait qu'une seule question en tête à cet instant.
Depuis quand Potter possédait-il cette force ?
D'un air désabusé, Draco regarda Potter fermer la poignée de la porte derrière eux et s'appuyer dessus.
"Qu'est-ce que tu fais ?" Demanda Draco le souffle court.
"Je les empêche d'entrer, ça se voit pas ?" Répliqua Potter.
Potter sembla se rappeler qu'il était dans un monde de magie et se tourna à nouveau vers la porte, la fermant complètement d'un coup de baguette. Malfoy eut un rire mesquin et leva les yeux au ciel avant d'allumer sa baguette et observer la pièce dans laquelle il se trouvait. Il laissa échapper un soupir à fendre l'âme. Évidemment. Du coin de l'œil, il vit que Potter insonorisait la pièce et lançait plusieurs sorts pour barrer. Quand le survivant sembla satisfait de son oeuvre, il se tourna vers lui et ses sourcils se froncèrent face à la taille de la pièce, qui n'était en effet pas plus grande qu'un placard à balais.
Lorsque leurs regards se croisèrent, Draco se sentit aussitôt pris au piège. Ils étaient bien trop à l'étroit dans cette pièce.
Son instinct lui hurlait de sortir le plus rapidement possible.
"Je peux me débrouiller tout seul." S'entendit-il marmonner, levant sa baguette.
Il s'apprêta à rouvrir la porte quand Potter l'interpella à nouveau. Levant ses mains devant lui, le gryffondor bloqua la porte derrière lui de son corps, avalant difficilement sa salive.
"Attends, il faut qu'on parle." Dit-il rapidement." Et puis ils nous attendent peut-être de l'autre côté de la porte ?"
"Tu as deux minutes."
"Comment est-ce que tu fais pour être toujours aussi insupportable ?" Geignit Potter qui se passa une main nerveuse dans les cheveux avant de commencer à tourner en rond comme un lion en cage.
Ce spectacle était assez ridicule, la pièce n'étant pas assez grande pour qu'il puisse effectuer plus de trois pas de chaque côté, mais observer Potter se ridiculiser était l'un des rares moments qu'il appréciait dans sa vie.
"Écoute, je sais que tu me détestes et que l'idée de passer deux minutes en ma présence est une torture, tu me l'as suffisamment répété. Et crois-moi, après cette histoire tu ne me verras plus jamais. Et je sais, "poursuivit-il en voyant Draco ouvrir la bouche pour répliquer. "Que Parkinson et Goyle ne te feront rien, que tu n'es pas impliqué dans cette histoire et que tu m'as déjà suffisamment aidé à retrouver Ron. Ce qui est plus qu'étonnant et suspect, si tu veux mon avis, mais tu m'as fait confiance pour me suivre jusqu'ici alors je pense que-"
"C'était Pansy et Goyle qui viennent de nous attaquer à l'instant?"
"C'est vraiment la seule chose que tu viens de retenir dans ce que j'ai dit?" Se plaignit Potter avant de sortir un vieux parchemin de sa poche et tendre sa baguette au-dessus de lui.
"Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises."
Draco renifla de dédain mais observa avec un léger intérêt des dessins se former sur le parchemin, qu'il reconnut aussitôt comme étant un plan de poudlard.
"Je n'ai pas seulement su ce qui arrivait à Ron" Poursuivit Potter d'un air énigmatique. "Je l'ai vu."
Malfoy se pencha au-dessus du parchemin et vit les traces de pas indiquant le nom de Pansy et Goyle qui se tenaient juste à côté de son prénom et celui de Potter.
Et tout commença à prendre sens.
"C'est grâce à ça que tu arrivais à aller à échapper à Rusard." Comprit-il à voix haute, puis plus bas, "Ou que tu m'évitais."
"T'éviter ?" Potter s'étouffa légèrement et détourna le regard, se massant la nuque d'une main. "Je ne t'évitais pas."
"Potter." Dit-il froidement, comme s'il voulait communiquer tout son mépris dans l'usage de son nom.
Le brun évitait son regard.
"Je ne suis pas stupide." Continua Draco.
"C'est toi qui voulais que je disparaisse de ta vue, je n'ai fait que suivre ce que tu me demandais."
La main de Potter qui tenait la carte se serra étroitement sur elle et Potter regarda à nouveau leurs deux noms côte à côte avant de demander, faiblement, relevant ses yeux pour les ancrer dans les siens.
"Pourquoi est-ce que tu m'as aidé à retrouver Ron ? Pourquoi tu lui as sauvé la vie cet après-midi ?"
Draco s'avança lentement vers Potter, dont les yeux s'agrandirent de stupeur. Il sentait son sang bouillir dans ses veines, et une envie de lui arracher ses cheveux avant de le laisser se vider de son sang s'imprégna en lui.
"Je ne sais pas, d'accord ? Je ne sais pas pourquoi je continue de t'aider, ou aider les sorciers faibles et décevants que tu appelles tes amis."
Potter recula en voyant Malfoy s'approcher de lui, mais resta silencieux.
"Je ne sais pas pourquoi tu continues à apparaître toujours aux pires moments, et arriver à retourner ma vie comme tu le fais."
Le serpentard l'attrapa par sa cravate, et le poussa sans ménagement contre le mur, sa tête heurtant la porte, le faisant sans vraiment le vouloir glisser et tomber sur le sol. Potter gémit de douleur sous lui mais n'essaya pas de l'arrêter, le laissant le toiser, toujours debout au-dessus de lui. Les cheveux de Potter étaient éparpillés sur le sol poussiéreux de la pièce, et il se releva faiblement sur l'un de ses coudes, sa main frottant l'arrière de son crane.
Le serpentard haleta face aux yeux hypnotiques de Potter. Il y avait dans ses yeux, qui ne le lâchaient pas un instant du regard, la même faiblesse qu'il y avait vue lors de son rêve.
Ce simple regard le déstabilisa, et Draco sentit que l'air se faisait de plus en plus rare dans la pièce. D'un côté, il éprouvait l'envie d'écraser sous son pied le corps de Potter, et de l'autre, il ressentait cette chaleur devenue familière qui s'emparait de lui dès qu'il croisait son regard. Il choisit l'option la plus facile, la haine.
" J'en sais rien!"
Draco s'abaissa vers lui, et posa ses genoux sur le sol, ses deux jambes entourant le corps immobile de Potter. Le survivant vit le poing de Malfoy se lever et un sourire sincère se forma sur ses lèvres.
"Tout ce que je sais c'est que maintenant, je veux te voir souffrir. Parce que tu me répugnes, parce que tu-"
" Draco." Le coupa le gryffondor.
Le souffle de Draco s'arrêta dans sa gorge. Son poing toujours levé se baissa légèrement mais il maintient sa poigne sur la cravate rouge et or, désormais détendue.
Potter venait de l'appeler par son prénom et le regardait à présent d'une telle manière qu'il ne put empêcher un léger gémissement d'échapper ses lèvres.
"Quoi ?" Demanda-t-il, d'une voix incertaine.
"Je suis amoureux de toi."
"Quoi ?" Répétât-il d'une voix aiguë, la gorge nouée.
Potter ferma ses yeux et murmura, plus pour lui-même que pour le serpentard.
"Je t'aime." Répéta Harry.
Draco resta silencieux pendant ce qui lui sembla plusieurs minutes, incapable de formuler un son. Potter devait encore de jouer avec lui, et cette simple idée fit renaitre la colère qu'il savait toujours présente en lui.
"Regarde-moi." Ordonna alors Draco, les dents serrées.
Le survivant maintint fermement les yeux fermés, mais le serpentard le secoua fermement, serrant son cou plus que nécessaire, et Harry dégaina ouvrir les yeux. Ses pupilles dilatées par la lumière étaient troublées par un voile sombre, distant.
"Tu n'es pas amoureux de moi. Arrête de dire n'importe quoi."
"Pourquoi est-ce que je t'aurais embrassé durant le match si je n'éprouvais pas des sentiments pour toi ?" Le questionna le brun sous lui, qui cogna volontairement sa tête sur le sol, se fustigeant lui même d'avoir prononcé ces mots. "Pourquoi j'aurais essayé à nouveau de t'embrasser après le dernier match de la saison, alors que je savais pertinemment que tu avais tout fait pour que je perde?"
"Parce que tu embrasses tout ce qui bouge?"
Potter grogna légèrement se débarrassa de l'emprise de Draco sur sa cravate, passant une main lasse sur son visage. Il frotta doucement ses yeux, d'un air las.
"Je vais essayer d'oublier à quel point cette affirmation est fausse et aussi légèrement inappropriée."
Draco sentit son poing frapper le mur à côté de lui et une violente douleur pulser dans sa main, qui lui permit de reprendre un peu ses esprits.
"Arrête de raconter de la merde, Potter ! Tu as passé tout le début de l'année à m'éviter alors que tu étais avec Weasley, à lui dire que tu l'aimais. Mais quand je disparais de ta vie tu fais tout pour que je me souvienne de toi. Et quand finalement je finis par me rappeler à nouveau de toi, de ce que tu représentais pour moi- Tu m'évites pendant trois mois, et maintenant, tu me dis que tu es amoureux de moi ?"
Les yeux de Potter s'agrandirent légèrement de stupeur, avant de demander, faiblement.
"Qu'est-ce que je représente pour toi?"
Draco serra ses dents et il marmonna, sans grande conviction.
"Rien."
Potter se releva à nouveau sur ses coudes et un sourire se forma sur ses lèvres.
"Si je représentais rien pour toi, tu n'aurais pas essayé de faire en sorte que Blaise me prenne une mèche de cheveux."
"Comment est-ce que tu..." Draco grimaça et ce fut son tour de passer une main sur son visage. "Après t'avoir tué, je vais le tuer."
Pour la première fois depuis qu'il l'avait revu, Harry émit un petit rire satisfait sous lui.
"Draco Malfoy, et son besoin de tuer le monde entier." Il reprit son sérieux en un instant, le dévisageant. "Ecoute, Je te veux toi. Personne d'autre que toi. Merlin, je sais même pas comment je peux aimer ton côté insupportable, mais c'est le cas. Tu peux ne pas me croire, tu peux me repousser, mais je ne mens pas. Je n'ai jamais réussi à te mentir."
"Ne te moque pas de moi Potter, je te rappelle que tu n'es pas en position de te permettre quoi que ce soit."
Potter laissa son regard migrer sur leurs positions respectives, et Draco ne put empêcher ses joues de chauffer alors qu'un sourire séducteur se formait sur les lèvres de Potter. Ses pupilles s'obscurcirent à vue d'oeil, et l'une de ses mains attrapant le col de Draco, avant de le tirer vers le bas.
Draco posa aussitôt ses mains sur le sol, entourant le visage de Potter pour se maintenir à distance et demanda, presque dans un murmure.
"Qu'est-ce que tu crois être en train de faire, Harry ?"
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J'espère que vous avez réussi à comprendre quel était l'animagus d'Harry.
Il y a un message caché dans le poème au commencement de ce chapitre, sauriez-vous trouver de quoi il s'agit ?
Aiko
