Wow, ben, euh, c'est la fin. Je pense qu'il est de coutume d'écrire un long message dans ces cas-là, mais je suis pas très douée pour ça.
Merci à vous tous, ceux qui ont suivi cette histoire jusqu'au bout, aussi bien que ceux qui se sont arrêtés en cours de route.
Merci à ceux qui suivent depuis le début (je ne sais pas s'il en reste, honnêtement... si oui, vous êtes patients !) et merci à ceux qui ont découvert cette histoire plus récemment !
Merci aux lecteurs anonymes, mais surtout un grand merci à ceux qui ont pris la peine de commenter, ne serait-ce qu'une fois au cours de cette trilogie. C'est grâce à vos encouragements que cette fic est maintenant complétée, sans ça je me serais sûrement arrêté de nombreuses fois par découragement.
Bref. Bref. Merci et bonne lecture !
57. Crépuscule
Deux semaines plus tard...
Il fallut énormément de courage à Aqua pour pousser la porte du bureau du magicien.
Garer le vaisseau Gummi dans la cour n'avait pas posé de problèmes, pas plus que d'entrer dans la Tour Mystérieuse et de monter les marches infinies. En revanche, une fois devant la petite porte de bois, alors que le silence résonnait aux alentours, que rien ne bougeait autour d'elle... C'était dur. Elle savait que, pour la première fois, le bureau serait vide. Le vieux Yen Sid ne serait pas là pour l'accueillir et répondre à ses questions, à ses doutes...
Mais elle n'aurait pas eu besoin de ses conseils, aujourd'hui.
Elle avait pris sa décision depuis longtemps. Le plus dur avait été d'en faire part aux autres, à ses amis. La surprise s'était lue sur leurs visages, mais personne n'avait émis d'objections. De toute façon, ils se seraient trouvés bien en peine de l'en dissuader.
Non, Aqua ne doutait pas. Après une inspiration, elle poussa la porte.
La pièce sentait la magie et le renfermé. Au-dehors, le crépuscule avait presque fait place à la nuit noire. Celle-ci ne tomberait jamais complètement, figée par l'atmosphère si particulière de ce Monde. Une fine couche de poussière s'était déposée sur les étagères et les livres disséminés contre les murs.
Un chapeau pointu trônait sur le bureau, seul, tout droit, parsemé d'étoiles jaune, ainsi que d'une unique lune. Aqua ne se souvenait pas de l'avoir posé là, après la disparition de Yen Sid. Peut-être le chapeau avait-il voulu se faire remarquer, histoire qu'elle n'oublie pas son existence ? Elle s'avança doucement, ses talons résonnant sur le sol, puis tendit les bras et saisit doucement le bout de tissu, le ramena à elle pour mieux l'examiner.
Au moment où elle se demandait si elle devait l'enfiler, le chapeau émit une lueur douce, qui le recouvrit entièrement. La silhouette lumineuse changea, s'allongea entre les mains d'Aqua, qui sentit la matière glisser sur ses doigts, se modifier. Lorsque le phénomène s'évanouit, elle ne tenait plus un chapeau, mais une écharpe, faite du même matériau, dotée du même motif de ciel étoilé.
La jeune femme esquissa un sourire. Il s'agissait du dernier signe indiscutable, s'il lui en fallait un. L'écharpe lui convenait mieux que le chapeau, même s'il s'agissait du même objet, doté de la même magie. Un objet qui l'acceptait en tant que sa nouvelle propriétaire. Elle l'enfila autour de son cou en trois tours.
Et voilà. Elle ne pouvait plus reculer, n'est-ce pas ? De toute façon, elle avait déjà renoncé à la Keyblade plus tôt dans la journée, alors elle serait mal avisée de regretter maintenant !
Oh, elle serait toujours là pour guider les Porteurs, bien sûr, et pour venir en aide aux Mondes en danger. Cependant, elle ne voulait plus de cette arme. Déjà avant la guerre des Keyblades, sa décision était prise. Un tel pouvoir impliquait trop de souffrances, et elle pouvait affirmer en avoir eu son lot pour un millier d'existences. Elle s'en était déjà rendu compte douze ans auparavant, lorsque son devoir l'avait séparé de ses amis. Ce destin était lourd à porter.
Et puis, il lui fallait endosser un nouveau rôle, à présent. Le défunt Yen Sid avait eu raison, au final. Les pouvoirs magiques d'Aqua grandissaient de façon trop importante pour que ce ne soit qu'une coïncidence. Le magicien le savait, il le lui avait sous-entendu à maintes reprises avant sa mort, et Aqua avait fait semblant de ne pas comprendre. À présent, elle l'acceptait : il lui fallait prendre sa suite en tant que magicienne de la Tour.
« Ça te va bien » commenta une voix affectueuse derrière elle.
Aqua se retourna, surprise. Terra se tenait dans l'encadrement de la porte, la regardant avec un sourire tendre. Parfois, elle ne parvenait toujours pas à se dire que c'était vrai, qu'il se trouvait là, tangible, concret, qu'elle pouvait le toucher et qu'elle ne rêvait pas.
« Comment es-tu monté ?
-Oh, les escaliers... Disons que cette tour est particulièrement serviable. »
Il s'avança en faisant jouer les roues de son fauteuil et leva les yeux vers elle. Ça aussi, elle ne s'y habituerait probablement jamais. Devoir baisser la tête pour le regarder. Les jambes de Terra s'arrêtaient au-dessus du genou, résultat de la bataille finale, de la décision prise par Aqua pour le délivrer de l'emprise de Xehanort et de l'entrave de la falaise écroulée sur lui.
Mais ça n'avait aucune importance pour elle, tant qu'il restait à ses côtés. Et il avait promis que ce serait le cas.
« Je peux ? » demanda-t-elle en s'avançant près de lui.
Terra hocha la tête, et Aqua s'assit sur lui. Parfois, ses membres perdus le faisaient souffrir, alors elle préférait demander avant de faire quoi que ce soit. Sans y penser, il referma ses bras autour d'elle.
Ça avait coulé de source, une fois que Terra avait enfin rouvert les yeux, mutilé, mais en vie et en pleine possession de lui-même. Ils n'avaient pas eu besoin de déclaration, ni de discours. Ç'avait été simple, naturel, de cesser de cacher leurs sentiments l'un pour l'autre.
« Je ne t'ai jamais demandé pardon, marmonna Aqua. À propos de tes jambes. »
Terra, lui, s'était excusé un milliard de fois. Pour tout, auprès de tout le monde, incessamment. Il ne parvenait pas à se pardonner d'avoir suivi aveuglément Xehanort. Néanmoins, personne ne lui en voulait réellement, sinon lui-même.
« Tu peux pas t'excuser de m'avoir sauvé la vie, Aqua, plaisanta-t-il avec un pauvre sourire. Et vous n'auriez rien pu faire d'autre, même en soulevant le rocher sous lequel j'étais. Mes jambes... Enfin, il n'en restait pas grand-chose. »
Un frisson involontaire le secoua, et Aqua s'en voulut d'avoir abordé le sujet. Il poursuivit, d'une voix un peu grave :
« Et puis, c'est ma punition. Pour tout ce que j'ai fait.
-Hé. »
Se tournant vers lui, Aqua planta ses yeux dans les siens.
« Tu as été manipulé, Terra. Ce... Je ne peux pas dire que tu n'y es pour rien, mais ce serait arrivé à beaucoup d'entre nous, dans les mêmes circonstances. Sora le premier, par exemple, alors qu'il est sans doute un des garçons les plus gentils aux mondes.
-Sora... répéta Terra. Je l'aime bien. Il me fait penser à Ven. Plus que Roxas, bizarrement. »
Aqua hocha la tête. Se souvenir de Ven ne faisait plus aussi mal désormais. Et puis, son essence subsistait encore quelque part. Sa Keyblade était apparue durant la guerre, très brièvement, au moment où elle avait besoin de reprendre espoir, et elle chérissait ce souvenir.
« Oui, acquiesça-t-elle. Sora tient beaucoup de lui. Roxas est plutôt... Il n'a pas vécu les mêmes choses. »
Ç'avait été difficile, de parler de Ventus avec Terra, au début. Il connaissait déjà la mauvaise nouvelle, via Xehanort, mais sans possibilité d'encaisser réellement l'information. Et cela resterait difficile un moment, de se faire à l'idée.
Il y eut un instant de silence. Aqua se pencha vers son compagnon, lui embrassa les lèvres, puis le front. Ses cheveux étaient toujours blancs, mais ils commençaient à repousser châtain aux racines. Bientôt, ce ne serait plus qu'un souvenir désagréable.
Xehanort était toujours en fuite. Après deux semaines de convalescence, les Porteurs de la Keyblade se trouvaient de nouveau opérationnels, et leur prochaine mission serait de traquer le vieil homme. Enfin, pas pour tous. Apparemment Kairi avait d'autres projets, qu'Aqua approuvait également. Il s'agissait d'une période de changement pour tout le monde.
« Et donc, reprit Terra sur un ton plus banal, il y a des pièces de vie, dans cette tour ? Je n'ai vu que des vestibules vides et ce bureau. Si on doit y habiter...
-Il y a une chambre là-bas, fit Aqua en pointant du doigt la porte à gauche du bureau. Le reste doit être caché aux yeux des visiteurs, mais je pense pouvoir trouver tous les passages secrets, à présent que je suis maîtresse des lieux. »
L'expression lui produisit une sensation bizarre en sortant de sa bouche. Mais oui. La Tour lui appartenait, à présent. C'était ce que Yen Sid voulait. Ce qu'elle voulait aussi. Et Terra allait vivre à ses côtés. Plus rien ne les séparerait, désormais.
« On a le temps de découvrir tout ça. »
Aqua acquiesça.
« Tout le temps, en effet. »
« Ah bah, t'es toute seule ! » remarqua Roxas, d'un ton empli de sous-entendus.
Xion leva les yeux au ciel. Au moins, son meilleur ami recommençait à plaisanter, ce qui était une bonne chose.
« Oui, Roxas, ce sont des choses qui arrivent...
-C'est plutôt rare, dans ton cas, ces derniers temps. Chaque fois que je te vois, Néo te tourne autour. »
La jeune femme grimaça. En effet, elle passait beaucoup de temps avec Néo, depuis qu'il était remis de ses blessures, et même lorsqu'il récupérait encore. Ça l'angoissait de le laisser seul, après tout ça. Elle se savait stupide de réagir ainsi, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Cependant, cela faisait déjà deux semaines, et elle commençait à se dire qu'il leur fallait de l'air, de temps en temps, ne serait-ce qu'une heure ou deux, aussi insupportable soit son absence.
« Désolée, fit-elle sincèrement. Je t'ai un peu mis de côté ces derniers jours. Je n'aurais pas dû.
-Bah, je comprends. Mais j'ose espérer que ton abandon en vaut la chandelle.
-Comment ça ?
-Tu sors avec lui ou pas ? »
Ah, c'était donc ça. Décidément, Roxas ne passait pas par quatre chemins ! Vaguement gênée, elle baissa les yeux au sol.
« Oh, euh, pas encore. »
Elle était à peu près complètement certaine de la réciprocité de ses sentiments, mais le sujet n'était jamais abordé. Ils parlaient de tout, de rien, d'Arendelle. De Zack aussi, souvent.
Xion avait insisté pour délivrer elle-même la nouvelle à Cloud. Au début, il n'avait rien dit, presque comme s'il ne l'avait pas entendue. Puis il s'était mis à poser des questions sur les Simili, ce qui inquiétait grandement Xion. Elle lui avait dit que Zack n'avait sans doute pas produit de Simili, puisque son cœur n'avait pas été arraché par une Keyblade – il s'était vidé de son sang, seul dans la poussière – et que même le cas échéant, il ne trouverait qu'une copie de Zack, et pas Zack lui-même. Cloud n'avait pas fait mine d'écouter ou de comprendre. Il n'avait fait aucun commentaire et il avait disparu de la circulation, depuis. Xion se faisait doucement à l'idée qu'elle ne pouvait rien faire pour l'aider.
« Vous devriez pas attendre » fit Roxas un peu sérieusement.
Xion pinça les lèvres. Oui, ils n'avaient pas de raisons de traîner en longueur... mais pas de réelle raison de se précipiter non plus. Elle savait que Roxas lui disait ça parce que lui regrettait, et regretterait toujours, de ne pas avoir avoué ses sentiments à Axel.
Et Xion comprenait. S'il arrivait quelque chose de grave, elle s'en voudrait aussi. Mais pour le moment, tout allait bien, et elle ne se sentait pas pressé que sa relation avec Néo aille plus loin. Oh, elle en avait envie, évidemment ! Mais ça arriverait quand ça arriverait, elle ne voulait pas trop forcer les choses. L'avoir perdu une fois lui faisait davantage apprécier les petites joies, comme se trouver en sa compagnie, tout simplement, même quand ils ne parlaient pas.
Elle essaya de l'expliquer à Roxas, qui fronça les sourcils.
« Mouais... soupira-t-il. T'es une grande fille, tu fais comme tu le sens. Mais ça me tue de vous voir vous tourner autour comme ça.
-Dis, Kairi et Naminé t'ont parlé de leur voyage ? questionna-t-elle pour changer de sujet.
-Ah, fit Roxas avec un sourire. Elles t'ont proposé de venir ? »
Xion hocha la tête.
« À moi et Néo, oui. On va sûrement accepter, vu que... Enfin, on ne peut pas vraiment revenir à Arendelle. Et on n'est pas des Porteurs de Keyblade. Même si personne ne nous délogera, notre place n'est pas ici. Puis, ce sera bien, de se sentir utiles. »
Roxas encaissa l'information en silence.
« Tu viens ? s'enquit Xion avec un peu trop d'espoir dans la voix.
-J'y ai réfléchi. Mais il faut bien que quelques Maîtres restent au Manoir, et... Enfin, je commence à me sentir bien, dans ce Monde. »
Son amie ouvrit des yeux ronds.
« Ça m'étonne un peu.
-Eh oui, moi aussi ! admit-il avec un faible rire. Comme quoi... »
La déception devait se lire sur le visage de Xion, mais son ami ne fit pas de commentaires. Et puis, elle se sentait heureuse pour lui malgré tout. Si sa place à lui se trouvait là, alors elle ne pouvait pas s'en plaindre ! Ce serait égoïste, surtout qu'elle pourrait toujours venir lui rendre visite quand elle le souhaitait.
Ça se passerait bien.
Et elle avait hâte de prendre la route.
Sora préparait ses affaires de voyage, tout en essayant de se rappeler, de mémoire, comment on conduisait. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas piloté un vaisseau Gummi. S'ils avaient un accident avant même de commencer leur aventure, Donald allait le tuer.
« Tu pars quand ? » fit une voix dans son dos.
Il n'eut pas besoin de se retourner pour imaginer Lea, sa longue silhouette adossée à l'encadrement de la porte, son regard vert dardé sur lui. Sora ne bougea pas.
« Pas tout de suite. D'ici deux ou trois jours. C'est pas fixé. »
Il fallait bien que quelqu'un se charge de retrouver Xehanort ! Et même sans ça, il serait sûrement retourné explorer les Mondes en compagnie de Donald et Dingo, de toute façon. Ça faisait longtemps qu'il en avait envie. L'aventure lui manquait, la liberté aussi, et même s'il appréciait énormément ses autres amis, rester enfermé dans un quartier général ne lui réussissait pas tellement.
Sora n'avait pas encore passé son examen de Maîtrise. Honnêtement, Aqua lui aurait gracieusement accordé le titre d'office, après la guerre... si seulement il n'avait pas refusé. Parfois, il regrettait un peu. Il se sentait à la traîne par rapport aux autres. Cependant, il désirait faire ses preuves et obtenir son examen à la loyale. Même si tous ses amis lui répétaient qu'il méritait amplement de passer Maître, que le fait qu'il ait survécu à Xehanort et Mélodie prouvait qu'il était digne... Mais il ne se sentirait pas droit dans ses bottes si ça ne se passait pas de manière officielle. En attendant, il ne serait que Porteur, mais cela importait-il réellement ?
« Et tu prépares déjà tes affaires ? Étonnant ! »
Sora voulait sourire. La présence de Lea le mettait toujours à l'aise. Il se sentait en confiance et énergique, à ses côtés. Cependant...
« Ce qui est étonnant, répliqua-t-il trop sèchement, c'est que tu viennes me parler au lieu de continuer à m'éviter. »
Lorsqu'ils se trouvaient en groupe, ça allait, mais son ami fuyait dès qu'ils se retrouveraient presque seul à seul, ou que Sora tentait d'aborder des sujets un peu sérieux.
Il y eut un court instant de blanc, puis :
« Ouch. Je suppose que je le mérite, admit le concerné avec un rire. J'suis désolé, c'est pas toi, c'est... Fallait que je réfléchisse. »
Sora ne lui demanda pas à quoi. Il s'en doutait. Il espérait juste que son cœur ne battait pas trop fort, que ça ne s'entendait pas. Il connaissait d'avance l'issue de la conversation, et ça n'aurait pas dû avoir de l'importance. Il y a quelques semaines encore, il ne trouvait pas ça aussi vital.
« Moi aussi, je vais voyager » murmura finalement Lea en s'asseyant sur la table qui contenait les affaires de Sora.
Celui-ci n'eut pas d'autres choix que de relever la tête vers lui. Il avait réussi à se reprendre et à enfiler son expression de curiosité innocente. Sa voix le trahirait, en revanche, alors il évita de parler, posant la question avec ses yeux. Lea se passa une main dans les cheveux. Il semblait un peu triste, mais paisible.
« Disons que... Ce n'était pas Isa que j'ai combattu, c'était Saïx. Et à présent qu'il a disparu... »
Sora hocha la tête. Lorsque le Simili et le Sans-Coeur disparaissaient, l'être original pouvait renaître de ses cendres. Donc si Lea ne se trompait pas, Isa existait de nouveau, quelque part.
« Il n'est pas reparu au Jardin Radieux, expliqua Lea, mais je perds pas espoir. C'était un réceptacle de Xehanort, alors les choses sont sans doute différentes dans ce cas-là. Il se pourrait aussi qu'il ne soit pas revenu du tout, mais... Je pourrais jamais en être certain si je ne cherche pas, hein ? Et je pourrais pas vivre sans savoir. Oh, évidemment, si je tombe sur Xehanort en chemin, je vous le ramène !
-Ça t'as pris tant de temps pour te rendre compte de ça ?
-Non. »
Cette fois, ses yeux étaient graves et enfoncés dans ceux de Sora. Il descendit de la table, se rapprocha, trop près. Une proximité qui n'avait jamais dérangé Sora jusque là, mais qui le piquait désormais. Il n'aurait pas dû s'en soucier, il s'était promis de ne pas s'en soucier, qu'il s'agissait au mieux d'une courte amourette et au pire d'une chouette amitié.
Doucement, Lea posa une main sur la joue de l'autre, le regard scrutateur. Il avait forcément remarqué le trouble qu'il lui infligeait.
« So'... Je serais parti dès la fin de la guerre, si tu ne t'étais pas glissé dans l'équation.
-Pardon de te compliquer la tâche !
-T'es cruel, sourit Lea. Mais je mérite. En vérité, je ne sais plus... »
Il secoua la tête comme pour se remettre les idées en place, avant de poursuivre :
« Il faut que je retrouve Isa. C'est mon meilleur ami, et plus que ça. Mais j'ai pas vraiment envie de te quitter non plus. Je... C'est compliqué, comme situation, t'en conviendra. »
Sora lui renvoya son sourire triste. Ouais. Compliqué. Il avait envie de lui ordonner de rester. Seulement, voilà le problème : Lea serait bien capable de lui obéir.
« J'ai compris. T'inquiètes.
-Je peux pas... hésita Lea. Je peux pas te demander de m'attendre.
-Abruti. »
Lea recula un peu, surpris de l'appellation, qui n'avait rien d'une taquinerie pour une fois. Sora secoua la tête.
« Mais enfin, Lea, comment je pourrais faire autrement, de toute façon ? T'inquiètes. Fais ce que tu as à faire. Je serais là quand tu reviendras. Et tu me diras si tu veux encore de moi. »
Il se demanda s'il s'agissait d'une punition du destin, pour avoir fait attendre Kairi tellement de fois autrefois, et lui avoir un peu brisé le cœur au passage. Le destin n'existait plus, mais ça lui paraissait un juste prix à payer. Presque.
« D'accord... déclara Lea. Je suis désolé. Pardon. Mais je reviendrais, c'est promis. Je crois... Je vais te laisser, ok ? »
Il le contourna pour s'éloigner, mais Sora lui saisit le bras, l'obligeant à lui faire face une dernière fois.
« Par contre, murmura-t-il contre ses lèvres, je te vole ça. »
Et il l'embrassa, pour la seconde et la dernière fois.
Accroupi sur la rive de l'étang, Néo observait son reflet dans l'eau, rajustant son cache-oeil distraitement. Il aimait bien.
Oh, non, il n'appréciait pas d'avoir perdu son œil, évidemment que non. Il ne parvenait plus à descendre ou monter les escaliers sans trébucher, et de manière générale, et il était toujours confus et hésitant quand il s'agissait d'interagir avec son environnement. Ne plus voir les choses en trois dimensions apportait son lot de galères. Il n'avait pas encore tenté de se battre, mais nul doute qu'il serait lamentable !
En revanche... Il trouvait ça un peu idiot de sa part, mais il trouvait que le cache-oeil lui donnait un style propre. À présent, plus personne ne le confondait jamais avec Riku, même de dos. Lui-même lorsqu'il se regardait avait l'impression de se ressembler, à lui-même, et personne d'autre.
Un mal pour un bien, peut-être. Il ne saurait pas déterminer si le jeu en valait la chandelle, mais c'était comme ça. Il ne pouvait rien y faire, donc autant voir le bon côté.
La seule chose qui le turlupinait, c'était Xion. Oh, elle était toujours aussi merveilleuse, et ils passaient presque tout leur temps ensemble, et la vie serait parfaite, si seulement Néo arrêtait de se poser des questions stupides.
Xion n'abordait pas le sujet que lui n'osait pas aborder non plus. Il ne savait même pas si ça lui était venu à l'idée, à elle. Si elle avait la moindre idée de l'effet qu'elle lui faisait. Si c'était réciproque. Sora lui avait affirmé que oui, et il s'agissait de la personne la mieux placée pour le savoir, outre la principale intéressée.
Mais il ne se passait rien. Dès que Néo songeait à faire un pas dans sa direction, tenter quelque chose, le nœud de ses intestins le figeait sur place et il se liquéfiait.
« Salut. »
Il sursauta et faillit stupidement chuter dans l'étang, se retourna vivement, adressant un œil de reproche au concerné, à savoir Riku qui, assis sur un banc de pierre, le dévisageait avec circonspection.
« Y a quoi ?
-Rien, répondit son original de façon un peu moins agressive que lui. J'avais envie de venir ici, mais tu y es aussi. J'ai pensé un moment à passer mon chemin, avant de me rendre compte que je n'avais aucune raison de t'éviter. Euh, enfin je crois. »
Ce gars réussissait à avoir l'air tout à fait confiant un instant, et complètement perdu celui d'après. Presque plus ridicule que Néo, qui ne se trouvait jamais vraiment sûr de lui.
Il se demanda ce qu'il devait faire. S'il se levait et partait, il s'agirait un peu d'une défaite en soi. Loin de lui l'idée de reculer devant cet abruti. D'un autre côté, il ne pourrait pas se détendre avec ce type à côté. Sa présence le mettait toujours mal à l'aise, même après tout ce temps.
« Mais si tu veux, je peux partir, offrit gracieusement Riku après un instant d'hésitation.
-Nan. Reste. »
Un silence. Et ce fut encore à Riku de faire le premier pas.
« On a jamais vraiment discuté » fit-il observer l'air de rien.
Super gênant.
« Depuis la fois où tu m'as tué, tu veux dire ? » balança Néo.
Eh merde ! Il y travaillait, vraiment, mais parfois il n'arrivait pas à s'empêcher d'être un gros con. Prendre conscience du problème ne le réglait pas comme par magie.
« Pardon pour ça, grimaça Riku. Hum... Et pour le reste. Les gens qui te confondent avec moi et tout ça. Ça doit pas être évident, et je compatis, sérieusement, mais j'ai jamais eu... l'occasion de te le dire ? »
Néo plissa l'oeil. Super. Génial. Comment il devait réagir à ça ? Et qu'est-ce qu'il allait répondre ? Quelle situation de merde !
« M-Merci ? tenta-t-il. Euh...
-Tu me détestes ? questionna Riku.
-J'sais pas. »
Pour le confort et pour se donner une contenance, Néo se traîna jusqu'au banc et alla s'asseoir à côté de l'autre.
« Ah, fit Riku. Pardon.
-T'as déjà dit ça.
-Ouais, je sais pas quoi dire d'autre, admit le plus âgé avec un sourire d'excuse.
-Te force pas. C'est aussi bizarre pour moi que pour toi.
-Ah ! Ok. »
Il paraissait soulagé de ne pas devoir poursuivre la conversation. Tout avait été dit, de toute manière. Ils ne seraient jamais de grands amis, et ça ne manquerait pas spécialement à Néo.
Mais Riku s'excusait. Quoique la situation n'était pas, n'avait jamais été sa faute... Mais il s'excusait. Et quelque part, sans qu'il en ait jamais pris conscience auparavant, ça avait de l'importance pour Néo. Il supposait que ça devait être une bonne chose. Comme un soulagement.
Est-ce que c'était maintenant, le moment où il s'en allait ? Ou bien il restait en signe de paix, aussi embarrassant soit le moment pour eux deux ? En fait, il ne savait pas où aller, à part...
« C'est rare de te croiser sans Xion, ces derniers temps » fit observer Riku.
Voilà.
« Je croyais t'avoir dit de pas te forcer, pour la conversation.
-Je me pose vraiment la question, en fait. Vous ne vous êtes pas disputés hein ? »
Son original le regardait en coin. Qu'est-ce que ça pouvait lui foutre ? Il faillit répliquer sèchement, avant de se retenir. La paix, tout ça tout ça... Et il ne pouvait pas continuer à se refermer comme une huître chaque fois que quelqu'un lui adressait la parole, pas vrai ?
« Non. »
Elle lui manquait déjà, mais Néo avait eu besoin de respirer. Se vider le cerveau. Oh, il l'aimait, et il aimait sa présence, et il avait besoin de sa compagnie, mais... Il ne parvenait pas à réfléchir clairement, avec elle dans les parages. Ce qui n'aidait pas ses affaires, pour tout avouer.
« Tu sais que je connaissais Xion avant ? s'enquit Riku. Elle t'a raconté ?
-Ouais... » confirma le jeune homme, suspicieux.
Pourquoi lui parler de ça ?
« Elle est gentille, poursuivit Riku. Et très brave. »
Néo hocha la tête, avec une ébauche de rire. Gentille et brave. Tout le contraire de lui. Oh, génial, si ça continuait il allait pleurer.
« Je la mérites pas, hein ? »
Bordel. Il pétait un plomb, là, non ? Qu'est-ce qui lui prenait d'aller se confier à Riku ? N'importe qui d'autre aurait fait l'affaire, mais lui ? Sérieusement.
Riku le regarda franchement, cette fois, les sourcils froncés.
« Hum... C'est ce que je pensais aussi, en fait, avoua le plus âgé d'un ton très sérieux. Et puis je me suis dit que si tu lui plais autant, c'est qu'elle voit quelque chose en toi que je suis incapable de remarquer. Alors je ne suis probablement pas le mieux placé pour répondre à ta question.
-Tu parles comme si elle m'aimait. »
À ces mots, Riku poussa un lourd soupir agacé.
« T'es vraiment aveugle... Bon. Je pourrais essayer de te convaincre d'à quel point ça crève les yeux, mais t'y croira jamais à moins de l'entendre de sa bouche. Va lui demander. »
Une bulle d'indignation monta dans la gorge de Néo. Comme s'il n'y avait pas déjà pensé ! Comme s'il n'y songeait pas mille fois par jour ! Est-ce qu'il pensait réellement que lui dire ça réglerait le problème ?
« Je peux pas !
-Pourquoi ?
-C'est pas si simple !
-C'est pas sensé être simple » répliqua Riku.
C'était surréaliste, cette situation. Comment en étaient-ils arrivés là ?
Foutu pour foutu... Néo tenta de chercher les mots pour expliquer ce que l'autre était trop bête pour comprendre, pour lui expliquer en quoi, sérieusement, il ne pouvait pas.
« Chaque fois que j'essaie, commença-t-il, il y a comme une barrière qui m'en empêche. C'est impossible.
-Bordel de merde... râla Riku. Pardon, j'suis désolé, c'est pas ta faute mais tu m'énerves. Tu me ressembles trop.
-Je t'emm-
-Escalade la barrière, l'interrompit l'autre durement. Ou contourne-la, ou brise-la ! Comporte-toi en adulte. Si t'es incapable de faire ça, alors oui, c'est sûr que tu la mérites pas. »
Néo chercha une répartie brillante qui lui en boucherait un coin. Il chercha et chercha et chercha, et serra les dents, trop en colère pour se rendre compte que Riku avait raison. S'il commençait à prendre des conseils de son original, auquel il essayait justement de ressembler le moins possible, où allait le monde ?
« Bouh ! »
Vanitas surgit dans son dos, mais, malheureusement pour lui, ne parvint pas à lui faire peur. Néo lui jeta un regard noir, doublement furieux puisqu'il n'avait plus qu'un œil pour faire le travail. L'autre le darda de son regard jaune de rapace en échange, puis, à un moment, au bout peut-être de trente secondes, il lâcha :
« Paraît que t'as essayé de me sauver la vie. »
Néo se sentit attaqué. Il n'avait pas bien réussi cette tentative-là. Sans doute que l'autre allait le narguer, lui rappeler quel mauvais job il avait accompli.
« Et alors ?
-Bah, c'était cool de ta part. »
Mais non. Aucune ironie ne transpirait dans son ton, seulement un peu de sa détestation habituelle. Néo attendit un peu, au cas où il lâcherait un merci ou quelque chose du style, mais ça ne vint pas.
« Si tu le dis...
-Bon, dégage, maintenant, fit Vanitas avec un geste de la main. J'avais rendez-vous avec mon mec, tu vois. »
Néo haussa un sourcil en direction de Riku, qui haussa les épaules.
« Si je t'avais dis qu'il arrivait, tu te serais enfui aussi sec, se justifia-t-il.
-Ouais. Ok. J'y vais. »
Et il partit sans demander son reste.
« Et voilà, tu l'as fait partir, reprocha Riku à Vanitas qui prit la place qu'occupait précédemment Néo.
-Quoi, tu voulais qu'on l'invite ? Il a pas inventé l'eau chaude, mais c'est vrai qu'il est mignon. »
Riku lui enfonça son coude dans les côtes pour la forme, vaguement gêné de l'insinuation.
« T'es con. Viens là. »
Il ouvrit les bras, et Vanitas ne se fit pas prier pour s'imposer dedans. Quand personne ne se trouvait dans les parages, il devenait soudainement collant. Pas que ça déplaise à Riku, franchement, mais ça l'avait étonné, avant qu'il ne se souvienne de la solitude dans laquelle avait vécu son petit ami avant qu'il ne le rencontre. Il ne posait jamais de question sur cette partie-là de sa vie, mais il devinait certaines choses, et son sort ne lui paraissait pas enviable. Du tout.
Mais là, à cet instant précis, tout allait bien. Ils étaient tous en vie, aussi miraculeux cela puisse paraître. Même s'ils gardaient leur lot de cicatrices, sans compter les traumatismes...
Riku risquait d'en garder un souvenir amer et permanent. Sa blessure au crâne s'était refermée, non sans une bonne semaine à rester au lit, sous peine de vomir dès qu'il se mettait en position verticale.
Puis étaient venues les migraines, violentes, comme des pics de fer chauffés à blanc. Elles survenaient comme ça, à l'improviste, sans crier gare, et Riku était à peu près sûr de ne jamais avoir ressenti quelque chose d'aussi douloureux. Aerith n'était pas sûre que ce phénomène se dissiperait un jour. Elle se montrait d'ailleurs assez pessimiste sur le sujet. Il lui faudrait sans doute vivre avec ça constamment.
Ç'aurait pu être pire, d'après elle, bien pire. Il aurait pu perdre des fonctions motrices, langagières, certains pans de sa mémoire... Il préférait encore les maux de têtes qui lui donnaient envie de mourir, à choisir. Au moins il restait lui-même, et ça finissait toujours par passer, au bout de quelques heures de torture.
« Kairi m'a demandé de partir avec elle et les Princesses de Coeur » lâcha Riku.
Il craignait un peu la réaction de Vanitas, parce qu'il ne pouvait pas la prédire. Ils avaient déjà été séparés par le passé, mais là, ce serait un peu différent.
« Tu as dis oui, je présume.
-Tu présumes bien. »
Ils avaient un peu occulté ce problème, parce que l'urgence ne se trouvait pas là du tout, mais les Mondes continuaient de fusionner. Plus lentement, de façon plus douce, mais inexorable. À vrai dire, c'était complètement sorti de la tête de Riku avant que son amie n'aborde le sujet.
Et il y aurait sans doute des conflits. La plupart des civils ne connaissaient pas du tout l'existence des autres Mondes, sinon en légende. Il faudrait les prévenir, les rassembler, leur expliquer, trouver des compromis à propos de certaines choses, créer des accords, des ententes commerciales...
Ce serait laborieux, et très long. Kairi avait proposé aux Princesses de Coeur de s'en charger. Elles feraient office d'ambassadrices au sein des différents Mondes, expliqueraient les choses avec leur patience innée. Elles seraient parfaites pour ce rôle, Riku n'en doutait pas.
Mais il restait des dangers, de mauvaises personnes aux quatre coins de l'univers, et si Kairi savait se défendre, ce n'était pas le cas de la plupart des Princesses. Il leur faudrait des protecteurs, des gardes du corps en somme. Et qui de mieux qu'un Maître de la Keyblade pour s'en charger ? Riku devait bien cela à Kairi et Naminé.
Le silence dura longtemps. Riku réprima l'envie de s'excuser. Il ne faisait rien de mal à écouter son cœur.
« Ça va prendre un bon moment, cette histoire » commenta Vanitas comme si ça n'avait pas d'importance.
Riku haussa les épaules. Même Kairi ne connaissait pas la durée de la mission. Quelques mois, quelques années ?
« Je pourrais revenir de temps en temps, répondit-il. Les vaisseaux Gummi se déplacent vite. Et puis, je connais la patronne, alors j'aurais pas trop de mal à gratter quelques jours de congés.
-Pas faux, admit son petit ami avec un soufflement de nez.
-Enfin, à moins que tu veuilles venir... » tenta Riku sans trop y croire.
Si Kairi ne lui avait pas proposé, c'était pour une bonne raison. Elle savait qu'il n'accepterait pas, et Riku s'en doutait aussi.
« Hum... soupira Vanitas. Je pourrais venir. Mais enfin, ça retarderait mon apprentissage.
-De quoi tu parles ?
-Disons que c'est un peu vexant de voir tous ces Maîtres de la Keyblade se pavaner avec leur titre à la con. Ils vont finir par avoir les chevilles qui enflent, et ce serait très ennuyeux qu'ils commencent à se penser supérieurs à moi. »
Riku recula un peu pour le dévisager. Malgré sa nonchalance, il paraissait totalement sérieux.
« Attend. Tu veux passer Maître ?
-Un truc comme ça, répondit Vanitas.
-La vache. Faut que je m'assoie.
-T'es déjà assis, tête de bite.
-Justement, c'est dire à quel point je suis surpris. Et doucement avec les insultes, je te rappelle que la tête de bite partage ton lit. Mais plus sérieusement, je m'y attendais pas. Tu es courant qu'il ne restera plus que Roxas ou Lea pour t'entraîner ?
-Eh bien... »
Il hésita. Riku plissa des yeux suspicieux.
« Oui ?
-Techniquement, Aqua m'a dit qu'elle pouvait toujours entraîner des élèves, même sans manier la Keyblade. »
Rien à faire, l'information ne voulait pas s'imprimer dans son cerveau. Doucement, Riku posa une main sur le front de Vanitas, réellement inquiet.
« T'as pas l'air d'avoir de fièvre pourtant...
-Ah, lâche-moi !
-Mais, Aqua, vraiment ? »
Son petit ami haussa les épaules.
« C'est juste une relation professionnelle, on sera jamais amis. Mais je sais qu'elle me fera pas de cadeaux, surtout vu qu'elle me déteste.
-Je ne pense pas qu'elle te déteste... »
Plus maintenant, en tout cas, songea Riku. Ils avaient une relation particulière, et ils ne s'apprécieraient jamais, il voyait bien ça, mais il ne pensait pas qu'il s'agisse de haine à proprement parler, quoique les concernés en disent. Vanitas restait une partie de Ventus, après tout, et Aqua ne pourrait jamais haïr Ventus.
« Et puis, poursuivit Vanitas en ignorant superbement la remarque, ça me permettra de devenir plus fort. Au cas où tu ne reviendrais pas et que je doives te ramener de force.
-Ça risque pas, sourit Riku. Y a un chieur qui m'attend ici, et j'aurais bien du mal à m'en passer. »
Évidemment, qu'il rentrerait de temps en temps. Il ne pourrait pas faire autrement, même s'il le voulait. Quoiqu'il fasse, c'était sûr, il reviendrait toujours vers lui.
Il faisait beau, peut-être trop chaud. Kairi poussa un soupir. Elle aurait dû boucler les derniers préparatifs pour le voyage, mais par ce temps, ses muscles demandaient grâce et son esprit courrait la campagne.
À côté d'elle, assise contre le mur du Manoir, dans ce qui semblait être le seul rectangle d'ombre restant sur le Monde entier, Naminé dessinait. Avec un grognement un peu chouineur, Kairi se tortilla pour pouvoir poser sa tête sur les cuisses de sa compagne, de façon à voir ce qu'elle dessinait.
« L'inspiration t'es revenue. »
L'ancienne Simili émit un bruit concentré, qui pouvait ressembler à un oui.
Kairi fronça les sourcils. Cela faisait deux semaines, déjà... Bien des choses la tourmentaient, depuis. Dont une qu'elle n'était pas parvenue à avouer, même à Naminé.
Celle-ci dû sentir le trouble de son âme-soeur, puisqu'elle passa une main douce dans ses cheveux. Kairi ferma les yeux.
« Tu sais... J'ai tué Luxord. »
Ses doigts interrompirent son ouvrage pendant une demi-seconde, puis reprirent les caresses. Naminé ne dit rien.
« J'ai peur de ne plus être une Princesse de Coeur. Surtout après ce qui est arrivé à Mélodie... J'ai senti des Ténèbres apparaître dans son cœur, au tout dernier moment. Ça veut dire que c'est possible. J'ai... J'ai tué quelqu'un. C'est mal.
-Tu l'as fait pour protéger ceux qui te sont chers » répondit doucement Naminé.
Kairi se pinça les lèvres. Vraiment ? Elle ne savait plus. Ça lui avait traversé l'esprit, oui. Elle n'avait pas réellement réfléchi avant de passer à l'acte. Elle avait attaqué dans le dos. Parce qu'elle en avait l'opportunité.
Elle sentit que Naminé allait parler avant même d'entendre le son de sa voix.
« Tu sais, j'y ai réfléchi. Mélodie a fait des choses horribles. Pourtant, elle n'a jamais cédé aux Ténèbres. Je pense que c'est parce qu'elle était convaincue que ce qu'elle faisait était bien. Elle voyait l'obscurité comme un mal à purger, par tous les moyens. Parce que, selon elle, personne ne pouvait être heureux tant qu'il subsistait des Ténèbres. Elle se trompait. C'est le contraste, le fait de pouvoir souffrir, qui fait qu'on peut éprouver la joie. Mais... Elle y croyait réellement. »
Kairi commençait à voir où elle voulait en venir, mais ne l'interrompit pas, écoutant sa voix douce, se concentrant sur la main dans ses cheveux.
« Mélodie ne faisait pas ça par vengeance ou par colère... Jusqu'à ce qu'Even lui vole la Pierre de Lune. Jusqu'à ce qu'Even ne tue Lumaria. Là, elle s'est mise à éprouver de la haine, à vouloir lui faire du mal par cruauté. C'est là que les Ténèbres sont entrées dans son cœur, à la toute fin.
-Pas beaucoup, précisa Kairi en se rappelant des événements. Moins qu'un être humain ordinaire, sans doute. Juste suffisamment pour que son cœur ne soit plus pur. »
Elle devina que sa petite amie hochait la tête.
« Ça ne t'arrivera pas. Tu n'as pas tué Luxord pour le plaisir, ou la vengeance, ou par égoïsme. Ça reste... Je ne vais pas te dire que c'était une bonne chose, mais tu n'avais pas le choix. »
Cela ne la soulagea pas beaucoup. La peur s'envola, mais pas la culpabilité. Elle enfonça son nez dans la robe de Naminé, respira son odeur.
« Je m'en veux...
-Oui. Je crois que c'est normal. »
Pas faux. Si cela ne lui faisait ni chaud ni froid, alors elle s'en voudrait de ne pas s'en vouloir...
Mais elle n'allait pas perdre son statut de Princesse. Elle avait craint cette éventualité, surtout avec la mission qui se préparait.
Ça l'angoissait. Allait-elle réussir à guider les autres Princesses de Coeur ? Et ensemble, parviendraient-elle à conserver la paix entre les Mondes ? Parce que c'était de cela qu'il s'agissait.
Avant Mélodie, avant Xehanort, ils avaient réussi, elle et Vanitas, à ralentir la Fusion des Mondes, en allant quémander sa bienveillance au Kingdom Hearts. Les Mondes ne seraient pas détruits... Mais ils se rapprochaient toujours. Un jour, au final, ils ne formeraient plus qu'un seul et même territoire.
Et il y aurait des conflits.
Kairi pensait que les Princesses, de part leur cœur pur, seraient parfaites pour jouer le rôle de médiatrices. Du moins, en théorie. Elle se sentait encore loin de parfaite.
Mais ça se tentait.
« J'ai réfléchi à autre chose, sortit soudainement Naminé.
-Ah oui ?
-Tu te souviens de l'énigme du Chat de Cheshire ? »
C'est une porte. Une fois que l'on se trouve au seuil, on fait tout pour s'en éloigner.
« Oui, fit Kairi. Ça fait référence aux réceptacles de Xehanort, non ? La porte, c'est la porte de la mort. Une fois sur le point de mourir, on fait tout pour survivre. Ainsi, Xehanort libérait les réceptacles qui étaient sur le point de périr. Comme Néo. »
Mais elle sentit une hésitation dans le cœur de l'autre. Même sans la regarder, elle voyait ses sourcils un peu froncés, ses lèvres pincés.
« Je ne pensais pas à cela. Plutôt à la porte du Kingdom Hearts. Mélodie et Xehanort n'ont pas apprécié leur voyage là-bas. Peut-être est-ce un avertissement de la part du Chat. Il ne fait pas bon de s'aventurer à l'intérieur d'une entité possédant un savoir et une puissance absolue.
-Ça se tient aussi. »
Quelle solution était la bonne ? Elles ne le sauraient probablement jamais. Le plus dur, c'était d'accepter ça, de laisser tous ces souvenirs derrière elles, toutes ces atrocités, de ne pas s'accrocher aux souvenirs et aux questions sans réponses. Est-ce qu'elles y parviendraient seulement ?
En tout cas, l'avenir ne pourrait qu'être plus radieux, après cela.
Kairi le sentait. Il y aurait des embûches, bien sûr. Il fallait des embûches, pour apprécier les moments de répit. L'ombre et la lumière...
Apaisée, le soleil brillant dans le ciel et Naminé à ses côtés, elle n'eut même pas conscience de s'endormir.
Le soleil commençait à se coucher à l'horizon, mais tout juste. Le ciel restait clair, quoique d'un bleu plus profond, et la lumière prenait des reflets dorés en se posant sur les feuilles des arbres. Il était tard, mais Xion ne voulait pas rentrer.
Elle n'avait jamais eu autant de temps libre de toute sa vie. Du temps sans devoir remplir des missions, ou fuir un ennemi, sans se sentir tiraillée de toutes parts, et ça... ça faisait du bien. Elle aurait dû revenir au château pour le dîner, mais techniquement elle ne s'y trouvait pas obligée. Aucune catastrophe n'allait arriver si elle ne bougeait pas.
Ses jambes ballottaient au-dessus du précipice. Dangereux, à ce qu'il paraissait. Mais elle n'était pas idiote au point de trop se pencher, et elle entendrait si quelqu'un arrivait dans son dos pour la pousser. D'ailleurs, des pas précipités résonnèrent derrière elle. Elle se retourna pour voir arriver Néo, tout essoufflé.
« J'te cherchais !
-Ah... J'étais là, fit remarquer stupidement Xion.
-Je... T'étais pas au Manoir, alors, je sais pas, j'ai cru... qu'il s'était passé un truc. »
L'idée lui vint de s'excuser, mais elle ne faisait rien de mal. Cependant, elle comprenait l'angoisse de son ami. Elle aurait ressenti la même chose, et le constat la fit sourire. Quelque part, aussi égoïste soit cette idée... ça lui faisait plaisir, que quelqu'un s'inquiète pour elle à ce point.
Elle se leva prudemment pour faire face à son ami.
« Je me baladais juste, expliqua-t-elle. Ne t'en fais pas. »
Néo abandonna son air inquiet pour baisser les yeux au sol, l'air soudain sombre.
« Pardon, fit-il. Je devrais pas réagir comme ça. Mais...
-Hé. C'est pas grave. »
Elle ne parvint pas à s'empêcher de lui prendre la main pour le rassurer. Il était tellement adorable comme ça, tout penaud ! Il baissa les yeux vers leurs doigts pressés les uns contre les autres et les regarda comme s'ils allaient se transformer en serpent et lui sauter à la figure. Soudainement, la tranquillité de Xion s'émoussa quelques peu. Venait-elle de faire une bêtise ?
« Désolée, s'excusa-t-elle. C'était déplacé. »
Elle fit pour retire sa main, mais Néo l'en empêcha, la saisissant précipitamment entre les siennes, avec une espèce d'urgence. Qu'est-ce qu'il lui prenait ?
« Néo ?
-Euh...
-Tu vas bien ? s'inquiéta-t-elle.
-Ouais. Nickel, ouais. Hum...
-Mais ? » l'encouragea Xion.
Il marmonna quelque chose, qui ressemblait davantage à un grognement qu'à des paroles, deux ou trois mots à propos de barrières, puis se tut. Xion attendit patiemment. Ça lui arrivait de se conduire étrangement, mais jamais à ce point-là. Et si elle commençait à le connaître, alors elle devinait peut-être ce qu'il allait lui dire.
Elle s'étonnait juste que ce soit si difficile. Est-ce qu'elle devrait prendre les choses en main, histoire de l'aider ? Mais avant qu'elle puisse ouvrir la bouche, son ami releva vivement la tête, son œil unique teinté d'une lueur intense.
« J'suis amoureux de toi. »
Il ne lui laissa pas le temps de répondre et tomba à genoux devant elle, gardant toujours sa mien dans les siennes.
« Pardon ! poursuivit-il précipitamment. C'est totalement déplacé, et je vois pas comment tu pourrais répondre positivement, même si je l'espère tellement fort que mon cœur va lâcher d'une seconde à l'autre. Je vois pas ce que tu pourrais faire avec un incapable dans mon genre, parce que t'es tellement géniale, et courageuse, et tellement forte, que je t'arriverais jamais à la cheville, et je devrais déjà m'estimer heureux que tu veuilles encore bien me parler et me tolérer à tes côtés, et je devrais savoir me contenter de ça, mais, ouais... J'suis amoureux de toi. »
Et Xion se mit à rire. Son cœur s'était envolé de sa poitrine, transformé en une matière plus légère que l'air. Elle n'aurait jamais cru que ça la rendrait si heureuse d'entendre ces mots. Elle le savait, évidemment qu'elle le savait, mais en recevoir la preuve, de façon aussi enflammée...
« Oh, Néo ! Relève-toi.
-Ça... Ça veux dire oui ou non ? »
Techniquement, il n'avait posé aucune question, mais Xion répondit :
« Relève-toi et je te le dirais. »
Sauf qu'elle ne prononça pas un mot. Lorsque les lèvres de Néo se trouvèrent de nouveau à hauteur des siennes, elle saisit son visage au creux de ses paumes et l'embrassa.
Elle ne savait pas à quoi elle s'attendait, mais c'était mieux, bien mieux que ce qu'elle aurait pu imaginer. Alors, il ne s'agissait sans doute pas d'un rêve.
« Idiot, murmura-t-elle avec un rire contre ses lèvres. Évidemment que je t'aime. Comment tu as pu seulement penser le contraire ?
-Je... J'ai oublié. Tu veux bien refaire ça ? »
Et avec un nouveau rire et un sursaut de cœur, elle l'embrassa de nouveau, alors que le ciel se teintait d'orange pâle. Ce soir-là, le crépuscule sembla s'étirer à l'infini, mais aucun d'entre eux ne s'en plaignit.
Leur histoire ne s'arrêterait pas là. Il y aurait des aventures, des problèmes, encore, sûrement. La vie continuait même après la fin heureuse. Mais peu importe ce que l'avenir leur réserverait. Tant qu'ils se trouvaient l'un avec l'autre, Xion se sentait prête à tout encaisser.
Il y avait une place pour elle. Pas pour un clone, ou une marionnette, mais pour elle, pour Xion.
Pour eux.
Voilà. J'espère que cette conclusion vous a plu.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je l'aime plutôt bien, moi. Et c'est un miracle, parce que je suis pas souvent satisfaite de la fin de mes fics.
Il y a des fins ouvertes pour certains « problèmes », comme ce que va faire Cloud, ou la question de Lea, Isa et Sora, la fuite de Xehanort, ainsi que la nouvelle quête des Princesses de Coeur... C'est voulu. Parce que, dans la vraie vie, il n'y a jamais de rideau de fin. Tout n'est pas conclu exactement au même moment, la vie continue, il y a toujours des choses à régler, et c'est ce que j'ai voulu retranscrire ici, plutôt qu'un happy end définitif. Mais ça n'empêche pas d'imaginer ce qui leur arrivera par la suite...
J'ai beaucoup appris en écrivant cette fic en tout cas, surtout au niveau du ficelage de scénario (parfois ça fait mal au crâne, de devoir coordonner autant de persos et éviter les incohérences, j'me suis arraché les cheveux plus d'une fois). C'était très cool, malgré les quelques découragements que j'ai pu avoir au long de l'aventure, et au final je regrette pas de m'être lancée là-dedans !
Hum, je ne crois pas avoir oublié de dire quoi que ce soit. C'est donc là qu'on va se quitter, j'imagine.
Encore merci, et à bientôt sur d'autres histoires !
