Chapitre 1 : Sortie de griffes
"Jerome." avec un mouvement de l'index l'invitant à venir dans son bureau.
Jerome roule des yeux ; papa va encore l'enguirlander et dieu sait qu'il a horreur de la réprimande !...
La lourde porte se referme.
"Félicitations, Jerome !..." s'extasie Galavan.
Il contourne le bureau pour venir prendre le gamin par les épaules. "Merveilleuse mise en scène. Dommage que tu ne sois pas arrivé au bout de la démarche. Et que Tabitha ait dû s'en charger. Tu es négligent, Jerome. Et si on veut y arriver, on ne doit négliger aucun détail."
Le rouquin fixe les yeux de Galavan, expression faciale ne marquant aucune agressivité particulière.
"Tâche de terminer le boulot convenablement la prochaine fois. Allez." lui indiquant la sortie d'un mouvement de menton.
Une fois hors du bureau, Jerome avise l'une des statue hors de prix posée là. Il soupire et s'en saisit par les jambes pour la fracasser contre une autre, sur un cri de rage.
Greenwood se lèche les babines comme s'il allait passer à table devant un ragoût humain.
Jerome le fixe, regard allant dans la direction du sien. Une paire de jambes remarquables dépasse d'un fauteuil.
"Tu vas te noyer dans ta propre salive, Greenwood." soupire Jerome.
"Jerome !..." l'appelle Galavan, installé en face.
Jerome rajuste sa tenue et fait son entrée.
Son regard est rapidement happé par les armes exposés sur la table proche. Une véritable collection ; tous calibres confondus !...
Jerome en a un hoquet d'appréciation.
"Regardez-le !..."
C'est qu'il en banderait presque !...
Galavan se lève, rejoignant Jerome devant le festin qui trône sur la table, posant une main paternelle sur son épaule opposée.
"Je t'en prie, fais ton choix."
"C'est fait !" glousse Greenwood, envisageant la fille entière.
Jerome soupire devant le peu de tenue du cannibale. "Je me ferai le plaisir de nouer ta serviette autour du cou et à serrer de toutes mes forces." siffle Jerome, exaspéré.
"T-t-t-t-t, les garçons !... Je vous ai déjà dit qu'on ne se combat pas entre membres d'une même team."
Jerome n'écoute déjà plus les recommandations, se saisissant de l'arme la plus proche pour la jauger et viser l'homme aux cheveux grisonnants malgré l'âge qui se trouve à côté de...
Jerome cligne, baissant l'arme. Elle arbore un sourire discret.
Le regard remonte à son tour le long des jambes dévoilées jusqu'à mi-cuisses, corps moulé dans cette robe sombre, chevelure auburn ramenée sur le côté, sirotant un cocktail.
"Dans le métier, on l'appelle le Comte."
Jerome ricane et effectue une petite courbette comique. "Mes hommages, Monsieur le Comte."
"Le Comte m'offre ce qu'il y a de meilleur sur le marché." désignant les armes d'un geste du bras.
"N'exagérons rien !..." lui rappelle modestement son hôte.
"Je l'affirme, au contraire. Je n'ai jamais été déçu par la marchandise."
"A en juger par l'âge de la Comtesse, elle cadre plutôt bien avec le jaune des bus scolaires."
"Silence, Jerome !..." le reprend Galavan.
Irrévérencieux, Jerome s'installe, d'un bond par-dessus l'accoudoir, sur le fauteuil délaissé par Galavan.
"La Comtesse sait exactement de quoi je veux parler." se permettant même de siroter le cocktail de Galavan.
"Je me suis laissée dire que vous aviez eu quelques difficultés pour l'allumer, ce fameux barbecue."
Les paupières de Jerome vacillent, signe qu'il s'agite de l'intérieur et que sa fébrilité lui tape sur l'humeur. "Un raté sans importance." débité de manière rapide, ce qui le rend quasi-inaudible.
"Un raté qui a valu la mort d'un membre de la team, Jerome." souligne Galavan.
Jerome contracte sa main avant de griffer le cuir du fauteuil.
"J'imagine qu'en plus des armes de poing, mon père doit vous fournir un lot de briquets ?"
Jerome se sent si piqué au vif qu'il n'a pas le loisir d'emmagasiner l'information.
Il décroise les jambes pour les recroiser rapidement. "La prochaine fois, nous l'allumerons au lance-flammes."
"Tâchez d'en vérifier le bon fonctionnement avant de vous lancer dans pareille opération."
Jerome se laisse partir en arrière, dos collé au dossier. "C'est que la Comtesse me paraît d'humeur querelleuse !... Fort bien." battant du pied dans le vide. "Ne laissez pas votre frustration faire ainsi son chemin. Je peux vous conseiller un psy qualifié pour traiter cette forme d'angoisse. Oups... suis-je sot !... Il a été refroidi par la même bande d'incapables voilà une petite semaine, désolé." puisant dans le plateau de canapés raffinés, observant la pièce avant de l'engloutir, appréciateur.
"Assez, Jerome." le renvoie Galavan.
L'intéressé le fixe comme s'il venait de parler chinois.
"J'ai à parler affaires avec mes invités. Et ce genre de transaction ne te regarde nullement."
Jerome se sert d'un canapé supplémentaire avant de bondir hors du fauteuil, passant devant Galavan en trottinant, sourire provocateur.
"Et... pour la fille ?" ose Greenwood.
"Laisse tomber, Greenwood. Tu trouveras mieux qu'une aristocrate portée sur la dérision. Elles sont généralement assez coriaces sous la dent."
"Un fin connaisseur !..." lance la fille du Comte, sans daigner regarder le duo improbable.
"Un fin connaisseur, non. Un homme avisé, oui." clin d'oeil avant de tirer sa révérence.
"Regardez-moi ça... la Comtesse en personne." se détachant d'une colonne, violant d'emblée l'espace intime. "Hmm... Cacharel. Am I wrong ?..."
Il laisse ses doigts s'enrouler autour d'une boucle lâche, faisant le tour d'elle comme un fauve, finissant par se planter devant elle, sortant un couteau dont il fait sauter le cran d'arrêt. "J'ai pas vraiment apprécié que tu mettes en doute mes talents devant public." faisant courir la lame le long de la joue. "Avise-toi de recommencer et ton père retrouvera ta dépouille dans un fleuve."
Elle esquisse un sourire. "Des menaces ?..."
"Des menaces ? Non. Simple avertissement."
"Hmm." le faisant soudain basculer, avant-bras monté jusqu'à la gorge, l'acculant contre le mur, dans un mouvement de self-défense maîtrisé.
Jerome rit et s'étrangle à la fois. Surpris qu'un si petit corps soit capable de dégager autant de d'énergie !...
"Oh hooo... tant... d'empressement ?..." jouant de la langue d'une malsaine façon. "J'aurai accepté... une demande en bonne et... due forme !..."
"Ne te rabaisse pas au rang de ton pote cannibale."
"Mon... hahahahaha !... pote ?... Tu as de l'humour !... C'est le premier nom sur ma... blacklist."
Elle relâche lentement la pression. C'est à ce moment qu'il en profite pour inverser la tendance, doigts se refermant autour de son cou, pouces courant sous la mâchoire fine.
Elle monte un genou pour frapper l'entrejambe mais il bloque le coup en serrant les cuisses, rendant prisonnier le genou.
"On s'en tire plutôt pas mal pour les préliminaires." ricanant avant de la libérer, reprenant une distance convenable.
"Maintiens-la, Helzinger !... et toi..." ouvrant le jeans en faisant sauter les boutons.
Elle joue des coudes contre la baraque mais rien n'y fait !... Helzinger a tué sa famille entière à mains nues et il prouve, une fois de plus, qu'il est une force de la nature.
"Hmm... je vais te bouffer toute crue !..." salive Greenwood, osant un coup de dents contre la joue tendre. "... te dévorer !..."
"Avise toi de l'abîmer et je te fais sauter le peu qui te sert de cervelle, Greenwood." annonce la voix pinçante de Jerome.
L'intéressé roule des yeux et se retourne vers Jerome.
"Lâche-la, Aaron."
Jerome s'arrête à hauteur, fixant le cannibale d'un regard fou. "Je ne sais pas ce qui me retient, Greenwood."
"Faut pas se mettre dans cet état pour un amuse-bouche."
"Je t'ai déjà dit ce que je pensais d'une telle activité."
Mouvement de menton à Aaron qui la libère avant de s'en aller d'un pas tranquille.
"De mémoire, Greenwood, il ne me semble pas avoir autorisé une telle action."
"Tu veux de nouveau jouer ça à la roulette russe ?" le provoque le cannibale.
Jerome fronce. "T'aimes ça, en fait, te faire ridiculiser, hein ? Pour preuve : t'en redemandes !..."
"Bon, ça va pour cette fois." s'écartant.
Jerome la regarde, penchant la tête, petit sourire tout en demeurant froncé. "Il ne t'a pas loupée. Greenwood boufferait décidément n'importe quoi." avant de partir dans un rire fou. "Allez, tu peux aller pleurer chez ton pôpa !..."
"Tu penses vraiment que j'ai besoin de mon père pour me défendre ?!" regard clair se faisant aussi dur que fou, trouvant un écho dans celui de Jerome, esquissant un sourire des plus ravis et dangereux. "Greenwood, j'en fait mon affaire."
"Qui l'eut cru ?... Je porte plutôt bien le bleu des flics." émit Jerome, s'admirant dans le miroir, plaçant sa casquette avant de laisser ses mains glisser le long de son corps dessiné.
