Encore un très grand merci si vous êtes encore là (malgré le dernier chapitre un peu perturbant et rapide peut-être, mais ?), mais, vraiment, ça me touche ! Ce chapitre est plus court que les autres, et assez, hm, c'est surtout un chapitre de transition, je m'excuse du manque de contenu. Oh, et, si jamais vous vous poserez la question, ce qu'il s'est passé entre Arthur et Alfred ne sera que mentionné ici, il y a trop à en dire, et je pense écrire une fic entière sur eux un de ces jours, voila.

Bonne lecture à vous !


« Et t'aurais vu sa tête, Gil, c'était, aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah » L'albinos lâcha un rire strident. C'était assez rare de voir Francis aussi saoul, lui qui était celui qui tenait le plus l'alcool du trio. Mais là, le français avait viré au rouge, avait tenté un bottle flip avec la bouteille de vodka et trouvait la moitié de ses mots. C'était, à choisir, excessivement drôle ou tristement pitoyable. Antonio, qui était le seul à ne pas avoir réellement bu, trouvait ça plutôt inquiétant, pour ne pas dire totalement flippant. Francis buvait souvent, certes, rarement autant, et puis, par tous les dieux, de la vodka ? Francis ? Non. Francis était friand de vin et de cocktails assez distingués. Jamais il n'avait fini à se brûler la gorge à un alcool si fort – il avait fait un head bang assez magnifique après, Gilbert avait vraiment failli s'étouffer. Entouré des deux idiots qui lui servaient de meilleurs amis, Antonio ne pouvait pas s'empêcher de trouver la situation d'une tristesse inhabituelle. Ils n'étaient pas exemplaires, mais boire autant en semaine, faire une sortie improvisée ainsi, tout ça, c'était… « Gilbert, je pense qu'on ne pas traîner, si ? Ce serait sympa d'éviter que Francis nous fasse un coma éthylique sur le chemin du retour. » Gilbert mit un moment à se remettre de son fou rire toujours relancé par le blond qui parfois se levait de sa chaise de bar pour taper sa main sur la table – la ratant cette fois ci, manquant de s'écrouler – pour crier un « aux armes citoyens » un peu déformé. « Oh putain oui Tonio faut vraiment qu'on s'en aille avant qu'il nous lance un 'Jeanne, au secours', dépêche dépêche dépêche. » Ils sont sortis du bar peu après, Gilbert portant le blond sur son dos, blond qui n'était plus franchement en l'état de marcher. Antonio était à côté, veillant à ce qu'aucun de ses amis ne se fasse mal, prêt à prendre le relais au cas où le germanique avait besoin d'aide – bien qu'il aie moins de force que lui.

« Bon, Tonio. C'était bien drôle, tout ça, mais, ya une raison pour laquelle il se devait d'être aussi déchiré ?

- Il a fait le con.

- … Certes. Ca manque de développement.

- Il a été dégueulasse, avec euh… Matthew. Mais genre, vraiment dégueulasse. Je pense que même s'il le montre pas, il y réfléchissait un peu. Et tu connais Francis, il aime pas douter de lui, alors il a du se dire qu'il avait besoin de se changer les idées.
- Quel con.

- C'est exactement ce que j'ai dis ! »

Ils rigolèrent un peu tous les deux, puis laissèrent un silence se créer. Gilbert était moins bavard que d'habitude, compte tenu du souffle qu'il gardait pour porter son camarade, mais il était quand même curieux.

« Il a fait quoi, à Matthew ? Il voulait pas le sauter ?

- Si, et il l'a fait, mais il s'est démerdé pour en prendre une photo. Photo qui est un peu partout maintenant. Después il a sortit qu'il a fait ça pour un pari parce qu'il pouvait plus se permettre de le voir du coup.

- Ok, je comprends pas tout mais il est vraiment con. »

L'espagnol hocha grandement la tête dans un soupir, et épargna à son ami l'effort de poser des questions supplémentaires.

« La photo, et ce pourquoi il peut pas se permettre de rester en contact avec lui, je pense que c'est parce que le frère de Matt', c'est Alfred.

- Oh putain. » Difficile à dire s'il avait le souffle coupé de surprise ou de fatigue. Ils arrivaient à l'arrêt de transports en commun, de toute façon.

« Tu l'as dit. Je crois que Matthew l'intéressait même avant, mais depuis qu'il a apprit que c'était le jumeau d'Alfred, c'était plus la priorité. Il le déteste trop pour ça.

- Mais ils ont pas le même nom de famille, les deux, en plus, si ?

- Non. Leur situation familiale est un peu compliquée je crois, mais j'en sais rien du tout.

- Quel merdier.

- Tu l'as dit. »

Gilbert posa le français qui s'était endormi sur son dos sur un des bancs de l'arrêt, étirant ses bras et ses épaules qui mine de rien étaient douloureux, à force. Il s'assit ensuite, alors que Antonio veillait à ce que le français ne tombe pas sur le sol dans son sommeil qui bientôt se fit bruyant. « p'taaaaaaaaain » une longue plainte. Non, vraiment, Francis avait vraiment vraiment trop bu. Un « jsuis crevé » passa ses lèvres dans ce qu'il ressemblait à un ronflement. « Mais tu dors, sale con ! » Ses deux amis rigolèrent un moment, prirent des photos de la tête de celui qui disait faire attention à son apparence, maintenant qu'il était décoiffé au possible, la tête en arrière, la bouche grande ouverte et un filet de bave coulant, qu'il ronflait à moitié dans des fringues empestant l'alcool et la sueur. Ils furent sûrement un peu trop bruyants, la cible de leurs moqueries se réveilla dans un hoquet, mais ne sembla pas réellement émerger. Ses yeux s'ouvrirent doucement, encore un peu rouges, et il peinait à laisser ses paupières ouvertes, même s'il sourit dès son réveil en voyant ses deux amis devant ses yeux. « C'est vous, les cons. » Oh, il avait entendu ? Il avait peut-être entendu. Mais il avait ingurgité trop d'éthanol pour être sur de ce dont ça parlait. Ce n'était pas le sujet, de toute manière. Quelque chose d'autre trottait dans sa tête. « J'déteste vraiment Alfred, mais j'aurais pas fait ça si j'avais eu le choix » il laissa son regard toucher le sol, un sourire triste se dessiner, il hoquetait encore un peu et ses joues rouges trahissaient son état. Antonio et Gilbert avaient arrêtés de rire, soudain attentif.

« Vraiment, vraiment, j'peux pas pardonner ce qu'il a fait à Art…hur. » Il fut coupé par un hoquet. Gilbert vint pour tenir sa tête qui partait un peu dans tous les sens. « Matthieu il a servit d'outil et il méritait mieux. Vous croyez il vit comment avec Alfred en frère ? Il vit seul avec, en plus. » Et Antonio avait pas mal envie de le remballer, de lui dire qu'on s'inquiétait pas pour la personne qu'on a humilié plus tôt dans la journée, mais, il eu la bienveillance de se taire. « Après, p'têt ils s'entendent bien. » Il lâcha un rire. « Je vais devoir trainer et compter sur vous tout le temps, maintenant. Imaginez mon visage est abîmé ? Non, il est pas si violent si ? Au pire, Gilbert, dévoue toi pour prendre les coups à ma place s'il te plaît ? » L'albinos rit doucement. Le français marqua une telle pause qu'on crut que son discours était terminé. « Mattie… il méritait mieux » et ce furent ses dernières pensées de ce genre. Après ce jour, après cette soirée, il les a exorcisées. Sa peine envers Matthew, et tout le reste. Il les a ignoré jusqu'à ce qu'elles disparaissent, et ça a marché. D'autant plus qu'il ne le voyait plus. Il n'y faisait plus attention, il avait décidé d'être comme tous les autres, de faire de lui un fantôme. Mais c'était plus difficile, dans son cas. Parce qu'il avait apprit à le voir et parce que, maintenant, tout le monde le voyait, et en parlait. Mais qu'importe, il se débrouillait, et bien. Il avait apprit à ne plus voir, à ne plus sentir le regard de l'autre blond qui parfois fixait son dos avec un œil désespéré. Il avait d'autres personnes autour, au moins, il n'avait plus l'air si seul. Restait à voir qui étaient ces personnes.

Il avait reprit sa vie, Francis. Ça n'avait rien eu de difficile. Il avait juste supprimé ces piques qui servaient de 'bonjour', et l'image du jeune homme blond aux yeux améthyste. Et son visage timide. Sa voix douce. Sa petite mèche rebelle dans une chevelure qui n'ondulait que légèrement. Ce moment à l'infirmerie, il en avait vécu d'autres, ça n'avait rien d'extraordinaire. Mais il regardait cette photo qu'il avait vue et montrée à tout va. Et tout le monde s'était concentré sur Matthew, tous n'avaient fait que le voir, parce qu'il ne servait à rien d'en parler à Francis, de l'emmerder avec. Francis avait déjà connu la haine et le mépris de ses camarades et y avait fait face avec brio, tout le monde savait qu'il couchait avec qui il voulait, où il voulait, et assez souvent, il n'y avait rien à dire sur lui, ça ne l'atteignait pas. Pourtant, quand on le regardait attentivement, vraiment, il avait cette douceur sur le visage. Cette douceur qui sûrement n'était pas censée être celle de l'homme qui couchait pour humilier le lendemain. Il n'était pas "bon acteur", ne savait absolument pas feindre le plaisir, et l'affection qu'il a eu pour cet instant, et pour Matthew. Son sourire en témoignait si clairement, son regard était dévorant et attendri à la fois. Francis ferma les yeux et ferma le bouquin dans lequel il avait glissé sans raisons le cliché. Ça avait été spéciale, cette fois ci. Il lui arrivait d'y repenser, oui, mais il savait contrôler ses pensées. Quand il sentait qu'il allait trop loin, il mettait ses écouteurs, prenait un livre et oubliait une nouvelle fois. Ca n'avait pas plus d'importance que ça à ses yeux. Et quand bien même ça pouvait en avoir, cette importance semblait diminuer au fil des jours.

Pas la menace d'Alfred. Francis se forçait à faire attention, et tentait de ne pas sortir seul. L'américain était loin d'être vraiment dangereux, mais il s'emportait très facilement, et avait une force physique qui ne mettait pas vraiment le français en confiance. Surtout que le risque ne s'estompera sûrement pas avec le temps. Il se fera casser la gueule un jour, c'était quasiment sur, mais tant qu'il pouvait repousser le tout, il le faisait, et souriait doucement en imaginant l'américain fulminer dans son coin. Il rigolait même en imaginant certains de ses camarades venir lui demander « Oh, bah, t'as couché avec Francis ? » vu la ressemblance entre les deux jumeaux – ressemblance que tous hurlaient et qui laissait le français franchement dubitatif, pour lui, ils étaient impossible à confondre, vraiment. Il s'allongea dans son lit, les yeux grands ouverts il n'aurait pas du penser à Alfred. Sa colère contre le garçon allait encore l'empêcher de dormir. Il se laissa soupirer, repasser les événements qui l'avaient emmené là. A faire une chose pareille juste pour apprécier s'imaginer la rage d'une personne. Lui qui était d'un naturel plutôt pacifiste…

Demain, il ira voir Arthur.

« Et donc ? » Gilbert avait directement froncé les sourcils en entendant le blond parler de l'anglais.

« Rien du tout. Il n'a pas changé. Je me demande même s'il a bougé depuis la dernière fois que je l'ai vu. Un de ses frère l'oblige à manger apparemment donc il a pas trop maigrit.

- Bon, c'est déjà ça.

- Il a refusé de me voir, par contre, il a fait semblant de dormir.

- Il compte reprendre les cours ?

- Je sais pas. Il est toujours sous anti-dépresseurs mais refuse de voir un psy ou une quelconque aide, et son état s'améliore pas. »

Le blond soupira si fort que Gilbert comprit que le cota de questions avait été atteint pour aujourd'hui. Antonio avait eu l'intention de rester silencieux au départ, ça ne le regardait pas vraiment, et il avait toujours été en mauvais termes avec Arthur. Pas qu'il lui souhaite quoi que ce soit de mal, juste que… « Les anti-dépresseurs ne serviront à rien s'il n'y met pas de lui-même. Et il a pas l'air franchement décidé à vouloir aller mieux. » Marmonna-t-il plus pour lui qu'autre chose. Et Francis sentit son poil se hérisser, s'apprêtait à répondre avec un ton qui montait un peu dans dans les décibels, mais Gilbert l'en empêcha. « Vous allez être gentils et m'épargner ce dialogue de sourds que vous avez eu des dizaines de fois. » Francis l'écouta. Il n'avait aucune envie de se disputer avec Antonio. Il ravala donc ses mots et prit sur lui pour ne pas s'énerver, cracha un soupir en levant les yeux au ciel. Il était drôlement fatigué. Les trois amis se séparèrent, Francis rejoignit sa classe pour un cours quelconque pour lequel il n'offrit pas la moindre attention.

« Pssst, eh, Francis !

- Hm ?

- T'as remarqué, Matthew est pas là depuis-

- Matthieu.

- Qu'importe, il est pas là. Tu crois qu'il en a déjà marre ?

- Feliks, je n'en ai rien à faire. Et arrête de penser que tu es mon ami juste parce que ta sexualité aussi est ambiguë.

- T'es de mauvaise humeur, Francis. »

Il n'avait pas faux, le polonais. Francis avait son sourire habituel mais il était plein d'un certain agacement, cette fois ci. Et d'habitude, il le remballait mais sur un ton bien plus léger et qui laissait penser à une blague peut-être. Pas cette fois ci. Enfin qu'importe, il gonfla ses joues d'énervement et retourna dos à sa chaise, tentant de se concentrer sur le tableau de mathématiques. Et Francis ne put s'empêcher de regarder discrètement à la place habituelle du canadien. Effectivement, il n'était pas là. Mais ce n'étaient pas ses histoires, n'est-ce pas ?

De toute façon, il est revenu le lendemain. Le surlendemain. Puis il s'est absenté à nouveau, presque une semaine. Avant de revenir. C'était très irrégulier, mais il revenait toujours, alors Francis n'y a pas fait attention plus que ça. Il avait apprit à ignorer complètement l'autre blond, c'était plutôt simple en réalité – il comprenait comment les autres avaient fait pendant autant de temps. Les commentaires et insultes qui fusaient disparurent peu à peu, en apparence du moins, et la photo ne circulait plus. Francis continuait sa vie. Un quotidien des plus insipides, des cours sans saveurs, des histoires d'amour qui ne duraient qu'une nuit, ses visites chez Arthur, le vin rouge, Gilbert et Antonio. Rien n'avait vraiment changé. C'était prévisible. Ce n'était pas une personne comme Matthew qui allait marquer à jamais la vie de quelqu'un comme Francis, après tout.