Eleana se réveilla désorientée à l'infirmerie. Ses visions ne cessaient de danser devant ses yeux. Elle aperçut Sirius assoupit, la tête posée sur son lit. Distraite elle lui caressa les cheveux. Jamais ses visions n'avaient été... Aussi horribles. Jusqu'à présent elle avait assisté à des passages moins... Moins déstabilisant. Des années plus tôt elle avait vu Sirius quitter sa maison. Elle avait vu son renvoi de Durmstrang, et puis elle avait aperçut des choses peu importantes, des disputes entre ses cousins, une punition qu'elle allait subir... Jamais elle n'avait été aussi loin dans le futur, et jamais encore elle n'avait vu la mort de quelqu'un.
Était-ce un don ou une malédiction ?
Elle venait de voir la mort de son amie, et de son enfant.
Si elle n'intervenait pas c'est ce qu'il allait se passer... Son cousin allait gâcher sa vie, et son amie, Lily, perdre sa future famille.
Malheureusement rien n'était jamais simple avec l'avenir. Même si elle intervenait ses visions risquaient de ne pas changer... Ou de changer mais en pire.
Elle se rappela la fois où elle avait essayé de changer une vision... Son renvoi. Elle avait mit toute son énergie dans cette tâche, devenant la parfaite petite élève qu'ils attendaient tous. Et ça n'avait pas empêché son renvoi... Ça l'avait même peut-être précipité.
Deux visions à changer. Ça lui demanderait beaucoup d'énergie.
Celle concernant Lily, la vision ne se déroulerait pas avant des années. D'ici là elle aurait le temps de s'y préparer, de prévoir les événements. Car sa décision était prise avant même qu'elle ait besoin d'y réfléchir très longtemps, elle ne les laisserait pas mourir... Même si ça impliquait sauver Potter d'une mort tragique. Même Eleana Black avait un cœur.
Néanmoins en ce qui concernait Regulus, elle devrait intervenir le plus rapidement possible.
Elle ne savait pas exactement quand sa vision se déroulerait, mais c'était forcement avant la fin de l'année car Lucius était encore à Poudlard. Elle essaya d'oublier leur conversation sur son cas. Elle n'avait pas le temps de s'y appesantir pour le moment.
Elle n'en n'avait jamais parlé à personne d'autre qu'à Sirius. Ce « don ».
À l'âge de 7 ans, à l'apparition de sa première vision, elle avait tout de suite compris, même à cet âge, qu'il était dangereux. Elle ne devait pas en parler. Ce « don » si particulier qui attirerait les convoitises, elle le savait. Puis assistant à la montée en pouvoir du Seigneur des Ténèbres, elle avait encore plus farouchement protégé ce secret. Jamais personne d'autre ne devait l'apprendre. Et surtout pas son père. Surtout pas le mage noir.
Perdu dans ses pensées, caressant les cheveux de son cousin, elle manqua de crier quand tout à coup une silhouette apparut juste devant elle.
Ivanoshi et sa foutue cape d'invisibilité.
Il eut le culot de sourire.
- Je vois que tu n'as pas perdu les bonnes vielles habitudes, Ivanoshi.
Il jeta un coup d'œil à Sirius, qui dormait toujours et s'assit de l'autre côté de son lit.
- Ça va mieux, Eleana ?
Elle n'était même pas d'humeur à le reprendre sur son prénom.
- Oui, je suis prête pour un match de quiddich, ironisa-t-elle.
Et c'était peut-être même la vérité. Elle ne ressentait plus aucune douleur. Rien.
Ce qui annonçait des ennuis. L'infirmière l'avait soignée, et désormais elle était forcément au courant de ses « blessures ».
Elle pria pour que cette infirmière n'en ait parlé encore à personne. Après tout il n'existait pas le secret médical ? Elle n'avait quand même pas le droit de prévenir le directeur ? Si ?
Elle posa une main à son front sentant un mal de tête pointer le bout de son nez, conséquence habituelle après chaque vision.
Ivanoshi s'installa sur la chaise vide à côté d'elle. Il eut un énorme silence. Elle ne dit rien. Pourquoi était-il là ? Pourquoi même restait-il alors qu'il avait vu qu'elle allait bien ? D'ailleurs pourquoi était-il là tout simplement ? Pour son stupide pari de la dernière fois ? Finalement il se décida enfin à rompre le silence en se tournant vers elle.
- Pourquoi tu ne veux pas me parler ?
Elle fut un peu surprise par sa question directe.
- Je te parle en ce moment, rétorqua-t-elle.
- Non. Tu sais très bien ce que je veux dire. Tu me parles le strict minimum et toujours à contrecœur. Qu'est-ce que je t'ai fait ? As-tu autant de préjugés sur ma famille ? Pourtant tu m'as toujours donné l'impression d'être comme ton cousin.
Que répondre à ça ? Devait-elle lui dire la vérité ? Qu'elle ne serait jamais une personne bien.
- Malgré ce que tu penses savoir de moi, je ne suis pas Sirius. Je ne suis pas une aussi bonne personne que lui. Tout le monde ne peut pas réussir à devenir quelqu'un de bien.
Il se rapprocha d'elle et posa sa main sur la sienne avec précaution. Une brûlure l'élança immédiatement sur le dos de sa main. Elle n'avait pas ses gants, mais elle ne le repoussa pas à cause de l'éclat qu'elle pouvait lire dans ses yeux. Ils étaient si perturbants.
- Je pense que tu te trompes Eleana, tu n'es pas une mauvaise personne. C'est ce que les autres veulent que tu crois.
Elle rompit son contact en tournant la tête.
- Tu ne me connais pas !
Il attrapa délicatement son visage et le tourna vers lui. Et une fois de plus à sa grande surprise Eleana Black le laissa faire.
- C'est ce que tu crois Eleana. J'ai vu celle que tu caches aux autres… Je te connais depuis très longtemps mais toi… Tu sembles m'avoir oublié.
Elle fronça les sourcils. Qu'est ce qu'il racontait ? Elle ne l'avait jamais connu. Entraperçu à l'occasion lors d'une soirée peut-être mais c'était tout.
- Pardon ?
Il soupira et se passa la main dans les cheveux.
- Le mariage de Arista et Julius.
Et là elle sut tout de suite d'où ils se connaissaient.
« - Ouille !
Cachée sous une table Eleana venait de se faire bousculer par un autre enfant.
- Va-t-en de là ! C'est ma table.
Le nouvel arrivant du haut de ses 6 ans la regarda avec amusement.
- Pourquoi maintenant on doit se réserver les tables ?
Ça ne fit pas rire Eleana qui le regarda fixement. Elle n'était pas d'humeur à rire ce soir. Elle avait bien trop peur pour ça.
- Va te trouver une autre table.
Une fois ces paroles prononcées d'un ton même glacial à 6 ans, elle lui tourna le dos contemplant la nappe fleurie comme si c'était un rempart qui pouvait la protéger. Mais rien au monde ne pouvait la protéger, elle ne se faisait plus aucune illusion.
- Bon d'accord, je vais aller trouver une autre table. Puis j'en profiterais pour prévenir tes parents que tu te trouves ici.
Il s'apprêtait à partir à quatre pattes quand elle le tira par le bras.
- Non ! Ne leur dit pas, s'il te plaît ! Tu peux rester.
Le garçon était surpris par sa réaction. Il savait reconnaître la peur quand il la voyait dans les yeux de quelqu'un.
- D'accord.
Il s'assit à côté d'elle tandis qu'elle recommença sa contemplation de la nappe. Il eut un moment de silence avant que le garçon reprit :
- Tu sais tes parents ont l'air d'être inquiets.
- Ils ne sont pas inquiets, répondit-elle d'un ton sûr. Ils sont très agacés.
Nouveau silence.
- Pourquoi tu te caches ?
Silence. Le garçon réessaya tout de même.
- Pourquoi tu te caches ?
Et un nouveau silence.
- On peut rester là si tu veux. Je n'ai rien à faire de mieux de toute façon.
Et ils restèrent là sans rien dire pendant l'heure qui suivit tandis qu'autour de leur cachette les adultes cherchaient désespérément Eleana et maintenant le garçon qui l'accompagnait.
Ce fut seulement quand la jeune fille le décida qu'elle répondit à sa question.
- Je ne veux pas que mon père me retrouve.
Le garçon fut étonné d'entendre sa voix, et heureux qu'elle lui ait répondu.
- Pourquoi ? Demanda-t-il prudemment de peur que la jeune fille ne veuille plus lui répondre à nouveau.
- J'ai fait une bêtise.
- J'en fais plein moi aussi ! Faut pas t'inquiéter, on va te disputer puis c'est fini.
La jeune fille croisa les jambes et posa sa tête sur ses genoux.
- Je n'ai pas peur de me faire disputer… Ça je sais gérer.
- Alors de quoi as-tu peur ?
- J'ai… J'ai peur de ce qui se passe après. Je ne suis pas une vrai sang-pur, dit-elle en relevant la tête, je ne sais pas m'empêcher de crier… Je ne suis pas digne de mon rang.
Le garçon ne comprit pas bien ce qu'elle disait.
- C'est normal de crier, moi aussi je crie des fois.
Et il posa la main sur la main gantée de la petite fille.
- Quoi ? Toi un garçon sang-pur tu cries ?
Et il hocha la tête fier de voir que l'état de la fille s'améliorait.
- Oui, oui. Maman dit qu'il n'y a pas de honte à crier quand on a mal.
- Ta maman est gentille.
- Oui c'est la meilleure maman de la terre ! S'enthousiasma le garçon.
Le visage de la fille s'assombrit. Pourquoi elle n'avait pas elle aussi une gentille maman ? Pourquoi avait-elle cette maman si méchante et froide ?
En voyant son visage s'assombrir le garçon s'en voulut d'avoir parlé de sa mère.
- Si tu veux, tu peux venir. Ma maman dit qu'elle a toujours voulu avoir une fille.
Même à 6 ans la jeune fille savait qu'il n'était pas possible d'aller comme ça dans une autre famille. Mais elle était si curieuse de savoir comme c'était d'avoir une gentille maman. Après tout, même Sirius n'en n'avait pas.
- Elle est comment ta maman ?
Et il passa les deux heures suivantes à lui parler de sa famille. Elle oublia complètement que son père était à sa recherche et elle but ses paroles.
Tout se brisa quand une poigne l'attrapa de sous la table brutalement.
- Qu'est-ce que tu faisais là, toi ? Demanda froidement son père. Ça fait des heures qu'on te cherche !
- Je…
Mais la peur l'empêcha de continuer.
- Espèce d'idiote ! Tu n'as plus l'âge de te cacher sous les tables ! Tu te prends pour une Sang-de-Bourbe à te traîner ainsi par terre ?
Il semblait attendre une réponse mais elle n'osa pas ouvrir la bouche. Ses dents s'entrechoquèrent quand il la secoua.
- Tu vas me répondre !
- No… non père.
Son père se tourna sentant les regards des quelques personnes encore présente à la réception. Il se redressa en reconnaissant de vieux ennemis.
- On réglera ça à la maison. Viens.
Il l'attrapa par la main pour la conduire vers la sortie. Elle eut juste eut le temps de tourner la tête et de voir le garçon de sous la table que sa mère serait contre elle. Avant de passer la porte elle se rendit compte qu'elle ne lui avait même pas demandé son prénom. »
Ainsi le garçon était Ivanoshi. Maintenant qu'il en parlait il lui semblait que dans ses souvenirs confus le garçon avait des yeux verts. Comment aurait-elle fait le rapprochement ? Après ce soir là, elle n'était retournée dans le monde « mondain » que bien des années plus tard. Elle avait bien fait trop honte à son père avec son comportement d'enfant. Et à ses 10 ans elle ne l'avait jamais reconnu. En y pensant elle ne se rappeler même pas lui avoir adressé la parole après cette réception. Les Ivanoshi ne s'approchaient jamais des Black, et on évitait des les inviter aux mêmes réceptions, histoire d'éviter les ennuis que ça occasionnerait forcément.
- J'étais jeune…. Depuis je peux avoir changé, rétorqua-t-elle.
- Non je ne crois pas qu'on puisse changer à ce point.
Que répondre à ça ? Elle ne dit rien, peut-être dans l'espoir qu'il avait raison ? Il était si réconfortant de voir que d'autre la croyait meilleure qu'elle ne l'était.
L'arrivé de l'infirmière mit fin à leur étrange discussion. Ivanoshi se fit sévèrement disputer par Madame Pomfresh et menacé de finir lui aussi dans un lit si il ne déguerpissait pas rapidement. Ce qu'il se dépêcha de faire. Il n'était pas assez fou pour provoquer l'infirmière.
Une fois qu'il fut partit et qu'Eleana s'assura que Sirius dormait toujours, elle passa toute la nuit à regarder le plafond, perdue une fois de plus dans ses songes.
- … Il est temps de vous lever, Miss Black, le professeur Dumbledore vous attend.
- Pardon ?
D'un seul coup elle fut totalement éveillée. L'infirmière qui essayait d'attirer son attention depuis quelques minutes l'eut totalement.
- J'ai dit qu'il fallait vous lever, le professeur Dumbledore ne va pas vous attendre éternellement.
Faire répéter l'infirmière ne l'aidait pas plus que ça à comprendre où elle voulait en venir.
- Le professeur Dumbledore ? Pourquoi donc m'attend-t-il ?
L'infirmière fut brusquement attirée par la contemplation d'un vase.
- Je ne sais pas mais dépêchez-vous.
Et elle s'éloigna. Eleana inspira calmement.
Si cette vieille chouette à osé parler de mes blessures au directeur, elle me le payera cher !
Malheureusement à part ses mystérieuses blessures guéries et son « malaise » en plein cours, elle ne voyait pas trop pourquoi le directeur la convoquait.
Ça ne pourrait pas être pire !
Mais malheureusement pour elle, la situation pouvait toujours être pire, elle l'apprendra à ses dépends.
Alors alors, qu'en pensez-vous ?
