Bonjour tout le monde !
Attendez, savourez un peu : je publie en temps et en heure ! Champagne ! xD
Donc voilà, ce chapitre fait très précisément 4506 mots et est à ce jour le plus long de la fiction. Le prochain a déjà environ 1300 mots d'écrits et je devrais pouvoir le poster en temps et en heure puisque ma vie commence enfin à se calmer un peu :D
Je ne vous retiens pas plus longtemps : bonne lecture, et rendez-vous en bas!
PETIT DRAGON
Chapitre 3
Draco se souviendrait toute sa vie de ce moment-là. Le Professeur Snape avait alors définitivement remplacé son propre père dans son esprit et dans son cœur, y occupant une place jusqu'ici restée vacante, comblant un vide dont le jeune homme lui-même n'avait jamais eu conscience. Severus lui avait été d'un grand secours, l'écoutant d'une oreille attentive lorsqu'il avait eu besoin de lui raconter toute sa vie, tous ses ressentis, cette impression d'être né dans une cage dorée, d'être malheureux mais de ne pas avoir le droit de s'en plaindre parce que, hey, quelque part ailleurs dans le monde, en bas de sa rue, dans un autre continent, des gens mourraient de faim et se faisaient agresser dans des ruelles sombres alors que lui avait juste eu le malheur d'être différent de sa famille multimillionnaire. Son professeur principal lui avait ce jour-là confié sa propre homosexualité, son parcours, plus que difficile, pour s'accepter. Il lui avait donné des conseils, lui disant que, tant qu'il restait discret, il pouvait être heureux, et qu'un jour, lorsqu'il se sentirait prêt, il pourrait enfin s'assumer au grand jour avec la personne chère à son cœur. Le jeune élève qu'il était alors avait d'ailleurs été touché que son professeur se confie ainsi à lui. Il n'avait pas à le faire, mais avait choisi de partager avec lui sa propre expérience, et Draco avait reçu cette marque de confiance et cette considération à leur juste valeur. Lui qui avait toujours été dénigré, rabaissé et infantilisé par son propre géniteur, avait profité avec bonheur de ce sentiment, cette sensation d'être compris et d'être considéré comme un adulte, un individu avec un cœur, avec des capacités et des émotions.
Il revint au présent lorsque le chauffeur du taxi se retourna dans sa direction pour lui annoncer qu'ils étaient arrivés à destination. Il sorti, prit sa valise et paya l'homme, voyant par la même occasion ses réserves s'amenuiser, puis se tourna vers la porte d'entrée. Le moteur de la voiture vrombit en s'en allant, tandis que le jeune homme de vingt ans montait les marches. La sonnette fit un bruit de cloche lorsqu'il appuya dessus, et fut suivie du son des pas des occupants de la maison qui venaient lui ouvrir.
La poignée de la porte s'abaissa devant ses yeux alors que quelqu'un appuyait dessus de l'autre côté, et le battant pivota pour révéler à Draco un grand homme qu'il reconnu sans peine. Avec ses cheveux longs de la couleur du plumage d'un corbeau attachés en arrière, ses yeux noirs comme la nuit et ses traits coupés au couteau, l'ancien professeur du jeune homme était exactement comme la dernière image qu'il en avait, à savoir deux ans auparavant, lorsque le jeune élève avait arrêté de l'être pour partir dans une prépa de physique-chimie. Ils n'avaient jamais perdu contact, mais ne communiquaient depuis lors que grâce à la technologie, s'appelant ou s'envoyant des e-mails régulièrement.
Pourtant, en y regardant de plus près, Draco trouva son ancien professeur changé. Il ne savait pas ce qui lui faisait dire une telle chose, dans la mesure où rien, dans son apparence, ne s'était modifié de manière drastique, pas même sa façon, stricte et sombre, de toujours s'habiller d'un pantalon et d'une chemise noirs, mais cette impression ne le lâchait pas. Il avait l'étrange sensation de le percevoir comme plus… détendu. Oui, c'était cela. Pour la première fois de sa vie, Draco voyait son professeur aussi serein qu'il était possible de l'être. Il se souvint alors subitement que, quelques heures plus tôt, ce dernier lui avait confié partager la vie de quelqu'un désormais. Etait-ce cet homme qui avait réussi à le détendre de la sorte ? Rangeant ses questions dans un coin de son esprit, Draco se secoua et esquissa en direction de Severus un sourire qu'il espérait lumineux, mais qui était en réalité un peu tremblant, et qui ne trompa nullement le fin observateur qu'était l'adulte en face de lui.
Pourtant, décidant que ce n'était certainement pas le meilleur moment pour aborder le sujet, l'homme décida de remettre cette conversation à plus tard et ouvrit un peu plus grand la porte afin de faire comprendre à Draco qu'il pouvait rentrer, ce que s'empressa de faire le jeune homme en trainant sa valise derrière lui, le dos courbé par son sac à dos rempli d'un matériel électronique qui, mine de rien, pesait son poids. Une fois le battant à nouveau clos et verrouillé, il y eut un instant de flottement avant que Severus ne soupire et n'ouvre ses bras. Draco l'étreignît un instant avant de se retirer et de lui faire un sourire un peu plus sincère.
« Bonjour, Professeur.
- Combien de fois devrai-je vous le dire Draco ? Je ne suis plus votre professeur depuis un moment maintenant, vous pouvez m'appeler par mon prénom.
- Et vous savez aussi bien que moi que je n'y arriverai probablement jamais, Professeur. Mon père m'a peut-être renié, mais l'éducation qu'il m'a inculquée ne s'en est pas envolée pour autant.
- En parlant de cela, entrez, venez avec nous au salon, j'ai de bonnes nouvelles pour vous. »
Draco pénétra dans le couloir où il laissa sa valise et son sac à dos sur une indication de Severus. Ils se dirigèrent ensuite tous les deux vers le fond du corridor blanc, le bruit de leurs pas produit par leurs chaussures résonnant sur le parquet, jusqu'à déboucher sur un grand salon. Draco y reconnaissait bien le style de son ancien enseignant, la décoration ressemblant à celle des ses appartements et son bureau à Poudlard, quoiqu'avec des touches un peu plus modernes et lumineuses ici. Le mur de droite du salon était en réalité la continuité de celui du couloir, à la seule différence que lui était creusé d'une arche qui permettait de passer dans la cuisine. L'autre mur, à gauche, faisait angle avec celui du couloir, et était entièrement recouvert d'une immense bibliothèque telle que celles que Draco avait pu voir dans les films. Elle ressemblait un peu à celle de Poudlard d'ailleurs, toute en bois brun, de petites plaques de cuivre délimitant les sections, et agrémentée d'une échelle coulissante dorée afin d'atteindre les étagères les plus hautes. Le côté sombre et étouffant qu'aurait plus apporter cet imposant meuble était annihilé par les trois autres murs, entièrement peints en blanc, et la lumière apportée par les deux fenêtres encadrant la massive cheminée en pierres sur le mur opposé à celui séparant le salon de la cuisine. Sur le mur restant, en face de l'arrivée du couloir, se trouvait un écran de télévision fixé au mur qui faisait face à une table basse en bois clair, certainement du teck, suivie d'un canapé en cuir marron clair lui aussi, recouvert de plaids et coussins colorés, pour ce que Draco en voyait. Enfin, directement à la sortie du couloir se tenait une table en bois elle aussi, aux pieds ouvragés, entourée de six chaises noires en fer forgé. Deux tapis crèmes posés sur le parquet délimitaient les différents espaces et apportaient un peu de contraste dans cette pièce majoritairement marron. Un mouvement sur la gauche, à proximité de l'immense canapé, attira l'attention de Draco vers le coin salon, où un homme, qu'il n'avait pas vu lorsqu'il avait fait le tour de la pièce des yeux, se levait. Si, de dos, la silhouette lui était familière, ce fut un véritable choc lorsque celui qu'il qu'il avait deviné être le compagnon de son ancien professeur se retourna pour lui faire face.
Grands yeux verts, cheveux sombres en bataille, cicatrice en forme d'éclair : tous les indices étaient présents, il ne rêvait pas.
« Potter ? »
Un petit sourire un peu timide, un sourire qu'il connaissait par cœur, apparu sur le visage de l'ancien camarade de classe de Draco.
« Salut, Draco. Comment vas-tu ? »
Sous le choc, Draco en oublia de répondre. Son cerveau avait comme court-circuité. Mais enfin, qu'est-ce que Harry Potter pouvait bien faire avec l'homme qu'il considérait comme son mentor ?
Draco et Harry s'étaient connus à Poudlard. Ils avaient le même âge, mais avaient été répartis dans deux Maisons différentes. Si le blond était allé à Serpentard, l'autre jeune garçon qu'il était à l'époque avait été réparti à Gryffondor, quoique Draco eut toujours été persuadé que le résultat n'avait pas dû se jouer à grand chose. L'histoire de Harry Potter était un peu particulière. Son père, James Potter, faisait partie de la haute société, comme les parents de Draco. Sa mère, en revanche, était une « roturière », qui avait intégré Poudlard grâce à ses capacités intellectuelles hors du commun. C'est là qu'ils s'étaient rencontrés. Malheureusement, un clivage mêlant affaires et politique avait conduit à la mort du couple, assassinés par un riche héritier du nom de Tom Jedusor, dont il avait été révélé ensuite qu'il était en parallèle un tueur en série dénommé Lord Voldemort, qui avait été emprisonné à la suite de ce meurtre, et était mort dans sa cellule depuis. L'histoire avait fait des gorges chaudes à l'époque, et Harry Potter était devenu une véritable célébrité puisque l'histoire racontait que Lord Voldemort avait commencé à lui entailler le front dans un processus qui s'annonçait lent et douloureux pour le tuer, lorsque la police était arrivée pour l'arrêter, lui causant sa célèbre cicatrice en forme d'éclair.
Bercé par le récit de ce jeune garçon depuis sa plus tendre enfance, Draco s'était fixé pour objectif de devenir son ami. Enfant, il n'avait cessé de rêver de leurs folles aventures. Ils seraient devenus inséparables et auraient conquit ensemble la totalité du monde des affaires. Malheureusement, le jeune garçon blond n'avait pas été assez rapide. Dans le Poudlard Express, nom du train qui faisait la navette entre l'internat et Londres, Harry avait fait la connaissance d'un certain Ron Weasley, un jeune garçon roux dont la famille était l'ennemie jurée des Malfoy depuis des générations pour des raisons dont plus personne ne se souvenait. Cela, ajouté au fait que les Malfoy avaient été des partisans de Lord Voldemort du temps où celui-ci était encore dans le monde des affaires, et au fait que l'éducation de Draco ne le rendait pas des plus aimable en public, avaient eu pour conséquence que, lorsqu'il s'était présenté à Harry et lui avait tendu la main lors de leur rentrée en Première Année, ce dernier l'avait refusée, arguant qu'il pouvait très bien se débrouiller pour choisir ses amis tout seul. Depuis lors, Draco s'était fait un devoir de rendre leur rivalité aussi puissante qu'aurait pu être l'amitié qu'il s'imaginait pour eux étant enfant. Cette inimitié était d'ailleurs devenue célèbre, et avait renforcé la querelle entre les Serpentards et les Gryffondors, ravivant des tensions à un point encore jamais atteint, ou presque.
A partir de leur Septième Année, après un grave accident ayant risqué de causer la mort du vieux directeur de Poudlard, Albus Dumbledore, et aidés par l'âge, les deux jeunes en étaient venus à un genre d'entente cordiale. Ils ne se parlaient plus, s'adressant à peine un hochement de tête lorsqu'ils se croisaient. En son for intérieur, Draco avait depuis lors gardé le fol espoir d'enfin créer cette amitié dont il avait toujours rêvé, tout en sachant pertinemment que ce n'était qu'utopie, et avait finit par se faire une raison.
Après leur remise de diplôme, ils ne s'étaient plus revus. Draco était parti faire des études de sciences de son côté, et il savait grâce aux réseaux sociaux et aux médias qui continuaient à le suivre que Harry avait poursuivi dans la voie du sport et espérait désormais pouvoir faire du polo son métier. Toutefois, le jeune homme s'était fait de plus en plus discret, fréquentant de moins en moins ses connaissances de Poudlard au profit de personnes lambdas, ce qui hérissait la haute société britannique, mais ravissait secrètement Draco. Au moins, l'ami imaginaire de son enfance avait pu se créer une vie tranquille.
Et, de ce qu'il pouvait en juger, sa Némésis avait même fini par trouver chaussure à son pied !
Draco resta là de longues minutes, interdit face à l'étrangeté de la situation. Son regard ne cessait d'aller de Severus à Harry, de Harry à Severus, et son cerveau tentait inlassablement de comprendre comment les deux hommes avaient pu en arriver jusque là, en vain. Tous les scenarios qui lui passaient par la tête lui semblaient plus improbables les uns que les autres, et il finit par décider d'abandonner et de juste… accepter la situation. Plus ou moins.
Laissant ses bonnes manières et son éducation reprendre le dessus sur sa stupéfaction, il se redressa, ferma la bouche et lança en direction du brun :
« Bonjour, Harry. Et, pour répondre à ta question, j'imagine que ça aurait pu être pire, dit-il avec un petit sourire ironique parce que, vraiment, il ne voyait définitivement pas très bien comment la situation pouvait être pire. »
Il n'avait pas poussé le vice jusqu'à tendre la main à son ancien ennemi, et il pouvait lire dans les yeux de ce dernier qu'il l'avait noté et le comprenait dans une certaine mesure. Il n'était pas encore prêt à reprendre ce risque, à se remettre à nouveau en jeu en risquant un nouveau rejet. Pas après tant d'années de haine réciproque, bien trop ancrées en lui, pas après un premier rejet, et surtout, surtout, pas après le reniement par sa propre famille. Il n'était pas prêt à remettre son égo et son affection sur la table, au risque de les voir lui être renvoyés aussi sec à la figure.
Ils finirent par s'asseoir autour de la table basse sur le grand canapé, qui était en réalité un meuble d'angle très confortable. A la demande de Severus, et au plus grand étonnement de Draco, Harry partit en cuisine pour leur faire du thé.
Se détachant de la sensation étrange qu'avait fait naître en lui cette situation, Draco se rappela de ce que lui avait dit son ancien enseignant lorsqu'il lui avait ouvert la porte.
« Alors, Professeur, quelle était cette bonne nouvelle que vous avez mentionnée tout à l'heure ? Je dois vous avouer que je suis très curieux, d'autant plus que, vous vous en doutez, les bonnes nouvelles ne pleuvent pas en ce moment.
- Un très bon ami à moi travaille à la banque de Gringott's. Il m'a avoué ne pas pouvoir faire grand chose pour vous, dans cette situation particulière, mais j'ai réussi à le convaincre de geler le contenu de vos coffres pendant vingt-quatre heures, prétextant une opération de maintenance le temps que vous alliez signer des papiers afin d'en interdire définitivement l'accès à votre famille. »
Gringott's était une banque assez secrète au Royaume Uni. En réalité, elle était principalement le repère de toute la haute société. Aristocrates, hommes d'affaires, milliardaires, tous avaient pour principal point commun cette banque, réputée pour être la plus discrète et sécurisée au monde. Les seuls à ne pas posséder des milles et des cents et à quand même y avoir un compte étaient les élèves de Poudlard provenant d'un milieu plus modeste, et ayant eu la chance d'avoir été recrutés par l'école pour des capacités jugées hors du commun, au sens le plus littéral de cette expression, dans la mesure où le pensionnat avait un accord de longue date avec la banque. Il se disait que cette institution avait à l'origine été créée par une secte, les Gobelins, et qu'avec la destitution de son chef et le démantèlement de son organisation, cette dernière n'avait pu laisser derrière elle que ce centre de gestion monétaire un peu à part. D'autres racontaient qu'elle avait simplement été fondée par une ancienne grande famille britannique, les Gobelins, aujourd'hui éteinte, et qu'elle en était le dernier vestige, comme un patrimoine. Toujours était-il que, pour une raison qu'au fond, personne ne connaissait, ses employés étaient appelés « Gobelins ». Ils avaient la réputation d'être avares, revêches et antipathiques, mais le travail qu'ils fournissaient était d'une efficacité telle que tous ces défauts leur étaient pardonnés. Par ailleurs, ils n'étaient pas que banquiers, mais plus ou moins polyvalents. En effet, ils faisaient régulièrement, auprès de leurs clients, office de notaires ou d'avocats, se chargeant par exemple d'être les exécuteurs testamentaires de leurs clients au moment de leur décès. Si cette institution creusait un peu plus le fossé séparant les différentes classes sociales du Royaume Uni, elle permettait aussi d'interagir plus facilement avec son argent et, comme tout, dans cette partie-là de la société, de s'en servir à des fins plus personnelles, comme l'avait fait Severus pour le coffre de Draco, sur lequel il n'avait pourtant aucun pouvoir à l'origine, et ce, encore et toujours grâce à un réseau étendu de relations.
Un petit sourire apparut sur les lèvres de Draco, ce qui, en soit, était déjà beaucoup. Education « de la haute » oblige. Effectivement, ce que venait de lui dire le propriétaire de la maison était une bonne nouvelle. Un super bonne nouvelle, s'il pouvait se permettre.
« Merci beaucoup, Professeur. Vous ne savez pas à quel point ce que vous et cet homme faites pour moi rend mon avenir un peu moins sombre.
- Croyez-moi, Draco, je m'en doute fortement. »
C'est ce moment-là que choisit Harry pour revenir. Se penchant vers la table basse, il y déposa un plateau rond en argent contenant trois tasses, une théière, toutes du même service en porcelaine blanche, sobre et élégante, ainsi qu'une assiette ronde débordante de cookies au chocolat et aux graines de sésame, qui avaient tout l'air d'avoir été cuisinés et préparés à la main. L'eau monta immédiatement à la bouche de Draco. Dès que les règles de politesses le lui permirent, c'est-à-dire après que Harry leur eut servi le thé et se fut assis, il se saisit de l'un des petits gâteaux secs qui avait l'air d'être particulièrement succulent et, le portant à sa bouche, il en croqua une franche bouchée. Le gémissement qui s'échappa de ses lèvres à ce moment-là aurait pu être qualifié de totalement indécent si quiconque l'avait entendu hors contexte. Pourtant, le seul effet qu'il produisit fut de faire apparaître deux sourires amusés identiques sur les visages des deux hommes du couple, et de provoquer un léger rougissement à Draco lorsqu'il s'en aperçu, sans toutefois le couvrir de honte. Après tout, ces cookies étaient une pure merveille. A un point tel qu'il doutait que ça soit légal.
« Je suis ravi que ma cuisine te plaise à ce point, Malfoy, ironisa le Survivant. »
Cette fois-ci, ce ne fut pas un gémissement de plaisir qui s'échappa des lèvres de Draco, mais une toux violente, provoquée par une miette de gâteau qui, sous le coup de la surprise, s'était glissée à l'insu de son plein gré dans le canal menant, non pas à son estomac, mais à ses poumons. C'était Potter qui avait cuisiné ça ? Mais, par tous les saints, comment cela était-il ne serait-ce que possible ?
« Mais… Mais comment ? Je veux dire… Au vu de tes capacités concernant tout ce qui traitait du mélange et de la minutie, j'aurais pu parier que tu en aurais été incapable ! »
Draco gardait de ses cours de physique-chimie en commun avec les Gryffondors un mélange de pitié et de désolation. Ils étaient sans aucun doute les pires chimistes que la Terre aie jamais portés ! Quand certaines de leurs mixtures n'étaient pas dangereuses, elles restaient tout de même incroyablement fausses, à tel point que l'on se demandait s'ils ne le faisaient pas exprès. Et, pour son plus grand malheur, non. Non, il s'agissait de véritables erreurs. Bande d'idiots.
Le sourire de Harry s'agrandit, se teintant d'un brin de satisfaction face à la surprise du blond assis devant lui.
« Tu sais, même si la chimie et la cuisine se ressemblent, il y a une différence notable entre le fait de manipuler des produits chimiques potentiellement mortels sous l'œil acéré d'un professeur acariâtre et les piques acerbes des élèves d'autres Maisons, et le fait de créer quelque chose de bon, qui fasse plaisir, en compagnie parfois de l'homme avec qui l'on partage sa vie. Ça, et le fait que je cuisinais dans ma famille depuis que je suis tout petit. »
« Choqué » était le mot parfait pour décrire l'était d'esprit de Draco en cet instant. La nourriture, la gentillesse d'Harry, son absence de gêne envers Severus assis entre eux, tout cela représentait trop d'informations à traiter en même temps pour son pauvre cerveau surmené par la situation. Il tourna la tête en direction de son ancien professeur, dans l'attente d'une réaction de sa part. Après tout, son compagnon venait quasiment de l'insulter ! Et, réaction, il y eut. Mais très certainement pas celle que le blond attendait.
Un fin sourire amusé étira les lèvres de Severus, avant qu'il ne prenne la parole en direction de son compagnon :
« Acariâtre, acariâtre… je ne suis pas sûr que tu te sois plains ces dernières années ! Et puis, il faut bien un minimum de présence pour surveiller une bande de cornichons incapables, qui risquent de se tuer à chaque manipulation de produit, tu n'es pas d'accord ? Après tout, je ne compte même plus les fois où j'ai bien pu te sauver la vie ! Et ne parlons pas de cet idiot de Neville Londubat !
- Hey ! s'exclama le Gryffondor. Neville n'est pas un idiot ! Il est peut-être maladroit concernant l'Aaaaaart de la chimie, mais en attendant, il est en passe de devenir le meilleur botaniste que le pays n'ait jamais connu ! As-tu déjà pris la peine d'aller visiter sa roseraie, depuis le temps qu'il t'y invite ? Et puis, très franchement, parler de maladresse concernant Neville, c'est bien la preuve que tu ne l'as jamais vu dans un tournoi d'escrime* !
- Certes. Mais il n'en reste pas moins un bien piètre chimiste, dont nombre des gestes auraient pu coûter, si ce n'est la vie, au moins une partie du corps de ses petits camarades si je n'avais pas été un « acariâtre professeur » comme tu le dis si bien.
- Moui, mais il n'empêche que tu peux au moins reconnaître que ta méthode ne fonctionne pas avec tout le monde, et que si tu faisais montre d'un chouïa plus de pédagogie, les élèves qui ne sont pas Serpentards feraient plus attention à leurs manipulations qu'à tes mouvements dans la salle, trop préoccupés par le moment où tu leur tomberas dessus et par les envolées lyriques et intempestives de ta sempiternelle veste de costume noire. »
Un petit rire grave échappa des lèvres du professeur de physique-chimie.
Draco, quant à lui, était muet de stupeur. Il s'imaginait bien que, dans leur couple, Harry et Severeus n'avaient pas conservé les rapports qu'ils entretenaient durant leurs années de cours à Poudlard. Pourtant, voir ça de ses propres yeux, c'était encore autre chose. Pire, les voir plaisanter ensemble, se faire des concessions l'un à l'autre, se regarder avec une telle tendresse dans le regard : tout cela semblait complètement surréaliste aux yeux du jeune homme qui, lui, les avait toujours connus en train de se hurler des insanités à la figure. En les observant de plus près, il parvint même à la certitude que, s'il n'avait pas été ici, assis sur ce canapé avec eux, ces deux-là auraient très certainement eu des gestes de tendresse, d'attention et d'amour l'un envers l'autre. C'était tellement évident, pour qui savait observer (et ça, Draco savait le faire), que les deux hommes devaient passer leur temps l'un avec l'autre et devaient même être particulièrement fusionnels. Quand l'un bougeait, l'autre bougeait. Ils vivaient en symbiose parfaite, et ne se retenaient que par pure politesse envers lui, puisqu'ils savaient très bien que, en plus du fait que ça ne se faisait pas tellement de s'exhiber ainsi en public et qu'ils devaient être tous les deux assez gênés d'afficher leur vie privée au vu et au su de tous, Draco, par dessus quiconque, serait vraiment très mal à l'aise dans une telle situation.
Il se prit alors à rêver au fait qu'un jour, lui aussi vivrait une telle relation. Il s'imaginait avec quelqu'un qui pourrait prendre soin de lui, qui ne l'abandonnerait jamais. Un peu comme Severus l'avait fait, mais de manière moins paternelle. Il se représenta un homme, probablement plus âgé que lui, qui pourrait l'aider et l'épauler, le soulageant un peu du poids qui avait toujours pesé sur ses minces épaules. Quelqu'un qui pourrait gérer à sa place, ou même simplement avec lui, les situations de crise comme les instants de bonheur pur. Quelqu'un sur qui il pourrait se reposer, en qui il aurait confiance. Quelqu'un qui l'aimerait profondément, infiniment, pour qui il était : un jeune homme, riche certes, mais aussi peu sûr de lui, en manque d'amour, débordant d'affection à en revendre, passionné de chimie, homosexuel et cultivé. Quelqu'un de gentil, d'intelligent, de fort et puissant, contre qui il pourrait se blottir pour juste oublier le reste du monde et les problèmes. Quelqu'un avec qui il aurait une maison, un chien, et peut-être même, si l'envie leur prenait, quelqu'un avec qui il pourrait se marier et avoir des enfants. Quelqu'un d'idéal, dont même les défauts ajouteraient au charme. Quelqu'un de fait pour lui. Quelqu'un qu'il avait toujours cru pouvoir ne trouver que dans les fictions. Et pourtant… Pourtant, Harry et Severus s'étaient trouvés, eux. Alors pourquoi pas lui ?
Mais, pensa-t-il, qui pourrait bien m'aimer, moi, Draco Malfoy ?
A suivre...
* « Et puis, très franchement, parler de maladresse concernant Neville, c'est bien la preuve que tu ne l'as jamais vu dans un tournoi d'escrime » : n'oubliez pas qu'ici, les Gryffondors sont en sport-étude à Poudlard ! Donc, oui, Neville est doué en sport ;)
Et voilà !
Alors ? Les réactions de Harry et Draco ? Le couple Snarry ? Personnellement, c'est comme ça que je les imagine : détendus, à s'envoyer des piques en permanence pour se montrer leur affection ^^
Et notre petit Dray ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
Le prochain chapitre reste dans le même esprit, avec quand même encore pas mal de descriptions, etc., mais tout commencera à bouger dans celui d'après promis !
Des bisous,
Tymara
