Voilà, je n'ai pas d'excuse pour le retard, mais au moins je ne viens pas les mains vides ! Voilà un nouveau chapitre pour vous. Il était écrit depuis longtemps mais je n'ai jamais trouvé le courage de le poster, je ne sais pas trop pourquoi. Enfin bref, le voici, alors bonne lecture ! :)
Les écorchés – Chapitre 4
23 décembre 2000.
Lorsque Pansy arriva le lendemain au soir devant la boutique de George, elle fut surprise de ne pas le voir sortir à l'heure habituelle. La patience n'avait jamais été son fort, elle commença à passer sa main dans ses cheveux courts d'un geste nerveux qu'elle ne contrôlait pas. La file de clients s'était déjà évaporée depuis cinq minutes et toujours aucun signe de lui. "Il doit ranger la boutique" se dit-elle. Elle n'était pas exactement pressée. Simplement, elle avait hâte de le voir, et même si elle ne l'aurait jamais avouer devant lui, elle pouvait bien soupirer d'impatience dans le vent londonien.
— Vous attendez George ?
La voix aux accents orientaux qui venait de l'interpeller avec désinvolture la fit sursauter. Elle appartenait à une femme d'à peu près son âge, le visage tout en angles, dépourvu de toute rondeur, qui venait de sortir de la boutique.
— Oui, répondit Pansy, d'une voix froide et méfiante, vestige de son éducation.
— Je crois qu'il arrive, poursuivit pourtant l'autre, nullement affectée par le ton qu'avait pu prendre Pansy. Il range les étalages qui sont tombés tout à l'heure. Une gamine pas douée qu'a tout renversé. Un vrai carnage. Je m'appelle Tara, au fait.
— Pansy. Enchantée, reprit Pansy, de sa même voix qui l'insupportait elle-même mais dont elle ne savait se défaire lorsqu'elle était en terrain inconnu.
— Alors comme ça, George a un rencard ?
Pansy releva la tête, surprise par la question, mais déjà Tara continuait :
— M'en cache des choses, j'aurais jamais deviné. Entre nous, il semble plus être le type de gars à rentrer chez lui tranquillement dès la fin du boulot. Pas du genre à sortir.
Elle s'arrêta quelques secondes. Pansy ne l'interrompit pas, alors elle reprit :
— C'est drôle d'ailleurs. En postulant ici, j'étais guidée par les souvenirs que j'avais des jumeaux Weasley à Poudlard. Je croyais retrouver cette ambiance facétieuse et délirante que tout le monde leur connaissait. Et au lieu de ça, j'ai un jeune homme taciturne dans lequel je ne reconnaît aucune des farces qui en ont fait une légende. La guerre l'a vraiment ravagé, c'est triste à voir. Il reste attachant, seulement, à le regarder, on ne peut que se sentir triste.
Elle parlait à une vitesse affolante pour Pansy, qui n'avait jamais vu quelqu'un s'exprimer plus vite qu'elle. Cette Tara semblait vraiment directe et franche. Pansy ne savait que répondre à ce flot de réflexion, et comme souvent, dit la chose qui lui passa par l'esprit.
— C'est pas un rencard. Je je...
— Oh, ok, d'accord, je me suis encore lancé dans de fausses idées. Je tire trop souvent des conclusions hâtives. Ca fait partie de mes grands défauts, parmi de nombreux autres.
— Il faudra que tu m'informes de ces défauts à l'avenir, pour le bien de notre collaboration, lança la voix moqueuse de George qui sortait enfin du magasin, salut Pansy ! s'exclama-t-il en la voyant.
— Salut George, répondit-elle, cependant qu'un grand sourire prenait sur son visage rougi par le froid.
— Bon eh bien, je vais vous laisser, déclara alors Tara. A demain, George !
Et elle disparut, de son air rapide et pressé, dont elle semblait avoir fait une philosophie de vie. George reporta alors son attention sur Pansy et son cerveau remarqua immédiatement quelque chose de changé chez elle, sans qu'il parvienne à déterminer quoi. Cela semblait être une addition de tant de petits détails ; elle lui souriait, son air hautain auquel il avait finit par s'habituer semblait avoir déserté son menton, et ses lèvres habituellement d'un rouge sang cruel n'avaient jamais porté aussi bien leur naturel. Ce n'est que lorsqu'il remonta vers ses yeux qu'il prit conscience qu'il devait la fixer d'un air idiot, alors il s'éclaircit la gorge et secoua maladroitement la tête.
— Je... je vois que tu as fait la connaissance de Tara, tenta-t-il d'enchaîner, car il sentait déjà que ses joues s'enflammaient.
Le sourire de Pansy se métamorphosa en un rictus franchement moqueur lorsqu'elle le vit rougir. Pourtant, elle aussi était troublée. Il l'avait fixée plus que nécessaire, et elle n'avait jamais été très à l'aise sous ce genre de regard. Alors, elle saisit la perche qu'il lui offrait comme échappatoire.
— Oui, elle a l'air sympathique. Et puis elle a l'air dynamique, elle doit bien t'aider.
— Ca c'est sûr, elle m'a donné le tournis tant elle s'agite dans tous les sens ! Mais elle est géniale, si tu la voyais réfléchir à des nouvelles farces, j'ai jamais vu quelqu'un d'aussi inventif depuis... depuis Fred.
Ils s'étaient mis à marcher. Pansy serra les lèvres lorsqu'il mentionna Fred, consciente de ce que ça lui coûtait. Sa main frôla celle de George par inadvertance, et cette fois là, au lieu de le réconforter d'une parole qu'elle savait vaine, elle décida d'attraper cette main dans la sienne.
Il resta interdit quelques instants, le temps que l'information parvienne à son cerveau. La main de Pansy serrait la sienne. Une fois ce choc-là passé, lorsque ses capacités cognitives revinrent à sa portée, il réalisa qu'elle était glacée et la serra un peu plus fort pour la réchauffer.
Elle décida de changer de sujet.
— J'adore les décorations de Noël, tu sais. C'est comme si une vague de bonne humeur déferlait sur tout le Chemin de Traverse. Tu remarques comme tout le monde a l'air heureux ? Oh, regarde Fleury et Bott font des promotions pour le nouveau livre de Miranda Dubeaubas ! Ca te dérange si on s'y arrête ?
George sourit d'un sourire attendri et secoua la tête. Il aimait la voir enthousiaste.
— Pas de soucis. Puis au moins, dedans il fera chaud. Tu grelottes, termina-t-il sur un ton de reproche.
Elle frissonait en effet.
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A l'intérieur, la boutique avait organisé une véritable mini-réception, avec petit buffet. George se servit un verre de jus de citrouille, Pansy une tasse de café, puis ils se rangèrent tous deux dans la file qui s'accumulait devant le bureau de dédicace de Miranda Dubeaubas. George remisa ses mains dans ses poches, déçu que Pansy lui ait lâché la main à l'instant où ils étaient entrés dans la boutique. Il sentait encore l'endroit où la petite main de Pansy avait touché sa paume, et c'était abandonné.
— C'est qui cette Miranda Dubeaubas, exactement ? demanda-t-il, au bout de quelques instants, plus pour briser le silence que par réel intérêt.
— La plus célèbre couturière contemporaine. Elle a un talent fou. Toutes les tendances à suivre dans les rues branchées viennent d'elle. Elle fait la pluie et le beau temps dans les gardes robes des sorciers et sorcières de tout Londres, et même au-delà.
— Je croyais que c'était Guipure qui détenait ce titre-là, fit remarquer George, objectant là des propos qu'il tenait de sa mère.
— Elle l'a été, c'est incontestable. Mais c'est terminé tout ça. Elle fait un travail d'une qualité incroyable. Mais elle n'est plus dans sle coup. Elle est dépassée. C'est assez triste, parce que je suis persuadée qu'elle était encore plus inventive et créative que Miranda en son temps.
— Tu crois vraiment ? se surprit à questionner George, plus investi qu'il ne l'aurait cru dans la conversation. Ses modèles sont assez vieillots pourtant.
— Mais à l'époque c'était une vraie révolution ! s'écria Pansy, animée par la passion. Parfois, je me dis que j'aurais adoré rencontré la Guipure de vingt ans. Peut-être qu'on aurait pu être amies.
— Je n'ai jamais pensé à ce genre de choses, laissa-t-il échapper, pensif. Que les vieux avaient été jeunes. C'est tout con, pourtant. mais c'est tellement évident, qu'on y pense pas. Mais tu rigoles en disant que vous auriez pu être amies, non ? Tu passes ton temps à la critiquer !
— Mes critiques sont souvent dues à un conflit de générations. Et puis, au fond on est pareilles, elle et moi. Exigentes et intransigentes
— Voilà qui promet. J'espère que tu seras moins aigrie qu'elle dans tes vieux jours, tout de même. Je crois pas que je le supporterai, termina George en rigolant, acompagné par le rire étouffé de Pansy.
Mais derrière son hilarité, une chose avait retenu son attention. Ce futur qu'il avait employé. Ce futur qui montrait sa volonté de la côtoyer pour encore un bout de temps. Ce futur qui promettait de belles années de leur amitié. Il y a peu de sentiments qui entrainent une relation dans la durée. Et l'amitié en faisait partie.
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Le trottoir de l'étroite ruelle où habitait Pansy était tout cabossé, mais cela ne l'empêchait pas, un livre dans une main, l'autre sous le bras de George, d'avancer hissée sur la pointe des pieds, évitant astucieusement les raccords des pavés, dans un jeu puéril et attendrissant qui faisait gentiment sourire George.
— Pansy, quel âge as-tu ?
— Vingt ans. Pourquoi ? .. Ah tiens, on est arrivés.
George n'eut pas l'occasion de lui lancer une pique moqueuse et ironique, déjà Pansy le tirait par la main vers la porte de son immeuble.
Il avait insisté pour la raccompagner. Hors de question qu'elle rentre seule, de toute façon. Elle avait bataillé, parce qu'être têtue faisait partie d'elle, et qu'elle ne pouvait s'en empêcher, mais il avait finit par gagner.
Elle ne voulait pas qu'il revienne par chez elle. Elle savait que c'était idiot, puisqu'il était venu pleins de fois depuis qu'elle était malade, et qu'une fois de plus ne changerait rien. Sauf que cette fois, elle était là avec lui, et elle ne voulait pas voir la pitié sur son visage. Et, en pensant ça, même si tous ses préjugés avaient peu à peu volés en éclats au fil des années, son cerveau de serpentard lui criait encore quelque chose comme « Etre prise en pitié par un Weasley, c'est quand même tomber bien bas ». Heureusement, depuis qu'ils s'étaient engagés dans son quartier sombre et pauvre, l'expression de gentillesse et de bonhommie habituelle de George n'avaient pas bougé. Il restait le même.
Quant à elle, pour éviter cette situation qu'elle jugeait embarrassante, elle avait préféré jouer l'enfant, l'innocence. Elle avait préféré ne pas se prendre la tête, puisque lui ne se la prenait pas.
— Ferme les yeux comme tu peux, lui indiqua t-elle tout de même en tournant la clé dans la serrure de l'immeuble.
Les escaliers étroits en colimaçon lui donnèrent quelque peu le tournis, car ses capacités cognitives étaient un peu en déroute ces temps-ci, mais elle parvint à le dissimuler tel qu'elle le pouvait.
Arrivée devant sa porte, elle poussa un long soupir, puis pénétra à l'intérieur. Pansy réalisa qu'elle n'était plus aussi à l'aise que lorsqu'elle foulait le pavé enneigé au-dehors. Et elle mit quelques secondes à comprendre pourquoi. Quelques secondes durant lesquelles George hésita sur le palier, comme s'il n'était encore jamais venu.
Elle le ramenait chez elle. Il l'avait raccompagnée, et elle l'avait fait monter, comme elle l'avait fait durant ces trois dernières années avec tout un tas d'hommes, rencontrés dans des bars, tous plus passagers les uns que les autres. Elle était toujours plus ou moins bourrée lorsqu'elle faisait ça, et le matin au réveil, il n'y avait plus personne, et elle pouvait faire comme si ça ne s'était pas produit
Sauf qu'à cet instant elle n'était pas saoule, George n'était pas un vague type rencontré dans un pub, et c'était ce qui la mettait le plus mal à l'aise.
C'était la première fois qu'elle laissait monter un homme chez elle alors qu'elle était sobre, et de surcroît un homme avec qui elle ne comptait pas coucher ; elle ne connaissait pas la marche à suivre. Elle avait l'impression de ne plus connaître George, de ne pas savoir qu'il lui suffisait juste de demander s'il voulait grignoter quelque chose pour que cette gêne qui l'étreignait ne s'évapore.
— Je... je devrais peut-être y aller, te laisser dormir, non ? proposa finalement George d'une voix tout à coup timide.
Pansy ne savait pas quoi lui proposer, mais elle savait qu'elle ne voulait pas qu'il s'en aille, alors elle s'empressa de le contredire :
— Non, non, reste un peu, ordonna-t-elle sans autre forme de procès. Et donne-moi ton manteau, il est trempé d'humidité, je vais le mettre contre le radiateur.
George hésita de nouveau, puis finit par accepter. Après tout, il avait fait tout le chemin pour la raccompagner, et une petite pause chez elle avant de retourner chez lui le tentait bien.
— Tu veux regarder un film ? lança Pansy lorsqu'ils furent tous deux assis sur le canapé.
A ces mot, le regard que George lança à Pansy n'aurait pas porté plus d'étonnement que si un troisième œil avait surgi sur le front de cette dernière.
— Eh ben quoi ? Les films sont un sujet tabous chez toi ? réagit-elle au quart de tour, peu amusée par l'air abruti qu'il avait pris.
Elle regretta immédiatement son ton cassant. Elle s'était toujours emportée trop vite pour tout, mais George était la première personne avec qui elle culpabilisait de le faire.
Pour autant, ça eut son petit effet puisqu'il perdit son expression de gobi pour oser exprimer ce qui lui brûlait les lèvres :
— C'est juste que j'ai du mal à te voir pratiquer un truc moldu. Mon père a ramené un de ces tévéliseurs à la maison un jour - il est fans des moldus - et je crois que mon cerveau a du mal à intégrer l'idée de Pansy Parkinson en train de régler un des ces machins.
— De un, c'est une version sorcière que m'a offert Guipure pour mon anniversaire, de deux : tu sais très bien que je n'ai rien contre les moldus.
Il haussa un sourcil sceptique et elle rectifia :
— Ok, que je n'ai plus rien contre les moldus. J'ai dépassé mes préjugés, alors maintenant dépasse les tiens envers moi, s'il te plait.
Il baissa la tête.
— Désolé, souffla-t-il, c'est juste que parfois, j'oublie que tu es cette femme forte et changée sur qui j'ai un jour eu la chance de renverser une tasse de café, et non la pimbêche serpentard de Poudlard.
Elle rêvait ou il venait de lui faire un compliment ? Un compliment sur celle qu'elle était devenue, celle dont, au fond elle souhaitait plus que tout être fière.
— Je crois que la Pansy de Poudlard n'est plus là depuis bien longtemps, répondit-elle alors.
Celle-là s'était perdue en chemin durant la guerre contre Voldemort, quelque part entre les tortures et la mort de sa mère.
George hocha la tête. Il comprenait parfaitement ce qu'elle voulait dire ; lui aussi avait laissé une part de lui-même pendant la guerre. Et plus qu'une part : une moitié.
Voilà, j'espère que ça vous a plus, et comme toujours, si vous pouviez prendre le temps de reviewer pour donner votre avis, ça me ferait super plaisir !
Bisous !
