DANS UNE CAGE, OU AILLEURS

Chapitre 5

Sarabande

Retour en Ecosse, merci d'être si nombreux à être présents et à me suivre sur mes chemins tortueux… je vous propose d'écouter une version de la Sarabande d'Haendel sur ma page FB (nathalie bleger, j'accepte toutes les demandes d'amitié), qui vous donnera des pistes sur le réalisateur dont je me suis (librement) inspirée…

Steph me jette un petit coup d'œil angoissé alors qu'Aileen dépose un plat fumant sur la table de l'immense salle à manger, meublée comme au Moyen Age. Même les toiles d'araignée et les courants d'ait glacés sont d'époque, je termine mon second whisky en frissonnant. Je comprends mieux pourquoi la boisson est devenue le breuvage national. Des têtes d'animaux empaillés nous observent, une odeur de vieux bois et de poussière me chatouille les narines, il fait sombre et humide, comme partout.

Je jette un coup d'œil morose à ma montre, déjà 19h et pas une minute vraiment utile de filmée, à part des vues extérieures prises par Georges cet après-midi. Le génie était plongé dans son script, pas moyen de le déranger. Version officielle. En fait les ronflements qui montaient le long de la tourelle ne laissaient pas de doute sur sa véritable activité. Pas étonnant qu'il lui faille 10 ans pour faire un film, à ce rythme là. Pourquoi nous a-t-il autorisés à venir s'il n'a pas une minute à nous consacrer ?

- Vous êtes trop pressé, jeune homme, m'a-t-il déclaré cet après midi après le repas alors que je sortais mon matériel. Prenez le temps de découvrir les lieux, plongez vous dans l'atmosphère du castle, humez l'air d'ici, vous comprendrez mieux.

Comprendre quoi ? Je comprends surtout que je perds mon temps, et je dois repartir jeudi soir, je présente le journal dès vendredi, moi.

Georges a déjà le nez bien rouge et l'œil vitreux, il a passé l'après midi dans la cave, je n'ose imaginer ce qu'il y a fait. Aileen dépose une purée de pommes de terre et une salade au vert fluo sur la table, notre hôte découpe le plat avec un énorme couteau d'époque. Déjà que c'est étrange de manger dans des assiettes ébréchées et boire dans des gobelets en étain, je crains le pire quant à la composition de la spécialité locale, le haggis. D'après mes souvenirs, Gainsbourg déclarait que c'est le plat le plus exotique qu'il ait jamais mangé, et il avait pas mal voyagé.

- Ca a l'air délicieux, tente Steph. Il y a quoi déjà, dedans ?

Notre hôte laisse entrevoir un sourire un brin sardonique et lui sert une bonne plâtrée d'un mélange odorant.

- Ca vient du français « hachis » mon cher, répond-il de son accent rocailleux. Goûtez et je vous dirai après ce qu'il y a dedans.

Nouveau coup d'œil éperdu de mon pote, je me demande comment m'en sortir sans perdre la face. Evoquer une allergie ou un régime ne me sauvera pas, je le crains. La première bouchée est très particulière, finalement il faut bien un bon whisky pour faire passer ça, c'est clair. Je me jette sur la purée de pommes de terre, délicieuse, tout en sachant que par principe je ne mange jamais, jamais, de féculents avec des protéines, surtout le soir. On va dire que c'est un cas d'urgence.

Georges mange de bon appétit, visiblement ravi. De toute façon, tant que c'est chaud et que son assiette est pleine, il est ravi. Je me demande toujours de quel orphelinat ou maison de redressement il vient, pour se jeter ainsi sur la nourriture. Il sauve l'honneur car Steph et moi sommes plus circonspects devant nos assiettes fumantes.

- Ne me dites pas que vous ne vous régalez pas ! tonne Alfred en se découpant une grande tranche de pain. Vous savez que le moineau –Aileen je suppose- a cuisiné exprès pour vous, parce que le haggis, c'est un plat qu'on mange le 25 janvier, en principe !

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Parce que c'est la Burns Night ! Ce brave Robert Burns a écrit une véritable ode à ce plat dans son poème « to a haggis », donc à son anniversaire on en mange et on récite ses poèmes. Vous connaissez les poèmes de Robert Burns, M. Delcourt ?

- Euh… non, hélas, dis-je en regrettant Gainsbourg.

Il nous considère avec dédain et semble hésiter à nous faire partager ses connaissances, doutant de notre capacité de compréhension et d'admiration –ce en quoi il a tout à fait raison.

- C'est vraiment top ce truc, déclare Georges en se resservant une nouvelle plâtrée, ça me rappelle le frichti de ma grand-mère, dans le nord. Comment c'est fait, déjà ?

- Oh, nous avons un amateur ! Parfait, parfait… Hé bien, c'est de la panse de mouton farcie avec des abats –cœur, foie, poumon-, des oignons, de l'orge, du saindoux, principalement. Ca se sert avec des purées de neeps ou des tatties, de la purée de patates, et c'est ce que vous mangez maintenant. Etonnant, non ?

J'opine d'un air inspiré -15 ans de métier, quand même - alors que Steph change de couleur en repoussant son plat du dos de la main et que Georges s'esclaffe, bon public. Tout en essayant d'enfouir habilement le reste de mon hachis sous de la salade je tente une diversion :

- C'est vraiment très sympathique de votre part de nous accueillir aussi bien avec votre spécialité locale, mais vous n'auriez pas préféré attendre vos autres invités, demain ?

- Qui vous a parlé de ça ? tonne-t-il soudain, la fourchette en l'air.

Aileen, qui dînait avec nous, pose précipitamment sa fourchette et prend la tangente dans la cuisine sous un prétexte patois incompréhensible, je recule sur ma chaise :

- Je… euh, j'avais cru comprendre ça. Je me trompe peut-être ?

- No. Don't worry about them, anyway, grommelle-t-il en se resservant un bon verre de whisky, sans glaçons. De toute façon ils n'auraient pas apprécié ce plat, ils sont américains, ou tout comme, et maigres comme des clous. Pas des amateurs de bonne cuisine comme vous, les français…

- Ah ça, c'est bien vrai ! rigole Georges en lui tendant son verre vide. Et vous avez des fromages, ici aussi ?

Alfred soulève un sourcil surpris –comment ce diable de Georges peut-il avoir encore faim, après tout ce qu'il a mangé ?- puis répond, imperturbable :

- Yes, of course. Cheddar, Bonchester, Cairnsmore, Gowrie, Larnak Blue and so on. J'ai de l'excellent Seriously Strong Cheddar, ça vous intéresse ?

- Oui, pourquoi pas ? fait Georges avec un grand sourire. « Ben, pourquoi vous me regardez comme ça ? » nous souffle-t-il, réprobateur. « Je ne suis pas une petite nature, moi ».

A cette allure là nous ne sommes pas encore sortis de table et j'ai un coup de fil à passer, moi. Esmée couche les filles à 20h, j'ai physiquement besoin de leur parler, de les entendre rire, mais je ne sais comment aborder le sujet du coup de fil vers la France avec Alfred.

Il n'a que brièvement abordé le sujet de sa famille, au détour d'une phrase anodine, et il n'avait pas l'air enthousiaste. J'ai cru comprendre que son épouse Charlotte était en visite chez sa sœur, à New York, et la mention de ses enfants ne suscite chez lui qu'une indifférence un peu agacée. Ils sont déjà adultes et partis à l'autre bout du monde, je n'ose pas poser la question d'éventuels petits enfants. L'attitude bourrue et souvent hermétique de notre hôte me dissuade d'être trop intrusif, je sens qu'il va falloir choisir ma formulation avec précaution, pour l'interview. Pas facile d'apprivoiser un ours, pas impossible non plus, j'en ai vu d'autres.

Après la butterscotch –tarte au caramel mou- Alfred nous propose un dernier ( ?) whisky dans le petit salon, pièce improbable garnie d'un canapé de style anglais défoncé, encore plus glaciale que les autres. Mes collègues ne se font pas prier pour déguster une 4ème sorte de whisky, je lutte contre une migraine menaçante mais j'accepte quand même, histoire de ne vexer personne.

Alfred allume sa pipe, se carre dans son vieux fauteuil recouvert de tissu écossais et nous lance :

- So what ? On la fait, cette interview, ou non ?

- Maintenant ? je demande, abasourdi.

- Je ne me sens bien que le soir, après un bon repas. Le matin je dois m'occuper de mes champs et de mes bêtes, l'après-midi je fais la sieste, je travaille le soir. Un souci, messieurs ?

- Non, non. C'est juste que… nous n'avons rien installé ici, on pensait tourner dans votre bureau, en haut.

- Personne ne va dans mon bureau, décrète-il en tirant de grosses volutes. Ce sera ici, le soir, ou rien du tout. C'est à prendre ou à laisser, messieurs.

« On prend, bien sûr, on prend. On va peut-être… préparer l'interview ce soir, défricher le terrain et demain soir tout sera prêt pour tourner, promis » j'improvise sous l'œil soulagé de mes collègues, pas prêts à bosser de nuit. Je n'ose même pas penser au tarif des heures sup nocturnes, mais à cheval donné on ne regarde pas les fers, paraît-il.

« Je vais juste chercher mes questions dans mon dossier, je pense qu'après leur verre mes collègues iront se reposer » j'ajoute en leur lançant un regard entendu. Pour la phase préparatoire j'aime me trouver en tête à tête avec mon « client », pour instaurer une relation de confiance.

Ils comprennent et prennent congé, je me retrouve seul face à Alfred Mortimer, un peu décontenancé et les idées brouillées par le whisky et l'alcool. Je fouille rapidement mes fiches, cherchant la question la plus anodine possible pour commencer. Le vent se met à souffler, des craquements inquiétants se font entendre, je suppose que c'est de là que viennent les rumeurs sur les fantômes. Malgré l'alcool je me recroqueville sur mon siège, il fait un froid de canard, le réalisateur a deux gros pulls sur lui et une couverture chauffante naturelle sur ses genoux : son chat.

- Vous avez l'air gelé mon vieux, vous voulez que je fasse un feu ?

- Ma foi… j'avoue qu'il ne fait pas très chaud, mais je ne suis sans doute pas assez habillé.

- C'est pas faux, vous avez vu le tissu de votre pantalon ? Bon, je vais nous faire une bonne flambée, ça réchauffera un peu les chambres du haut, je ne veux pas vous retrouver congelé demain matin, ah ah !

Il se lève, faisant miauler le chat, puis procède à un rituel minutieux pour allumer la cheminée, un halo orangé vient jusqu'à nous, bien avant qu'on ne sente la chaleur.

- Pourquoi être venu vous installer ici, loin du monde ?

- Le monde ? Qu'est ce que vous appelez le monde ? La poignée de people et de trous du c… qui font l'industrie du cinéma de nos jours ?

Waouh, ça commence fort. L'interview ne va pas être simple, ou je ne m'y connais pas. D'un autre côté c'est un génie, et un génie a tous les droits, y compris celui d'être grossier. C'est un devoir, même. Ca fait partie de sa légende et ça peut faire de cette interview une bombe, si je m'y prends bien. Mine de rien.

- Justement, comment fait-on pour continuer à exister dans le monde du show-biz quand on vit dans un lieu aussi éloigné des studios ?

En tirant sur sa pipe il me fixe de son célèbre regard bleu, hypnotique ou effrayant selon les sources et me souffle la fumée au visage.

- Vous savez, quand vous êtes au cœur du cyclone vous ne voyez pas grand-chose, à part de la poussière. C'est quand on s'éloigne un peu qu'on peut observer le monde, parce qu'on n'en fait pas partie. You know what I mean ?

J'opine, bien sûr je vais jouer le questionneur admiratif et lui la star blasée, sa légende parle pour lui, que dire qui n'ait pas déjà été écrit, analysé, décortiqué ? Le chat saute à nouveau sur ses genoux, il fait trois tours sur lui-même avant de se réinstaller confortablement.

- The person I love the most in the world… murmure Alfred si bas que je l'entends à peine.

- Votre chat ? Il s'appelle comment ?

- Colette.

Je souris, hésitant à parler de sa femme, la célèbre actrice qui a quitté le monde du cinéma pour lui, il y a 10 ans. On la dit déprimée, au bord de la crise de nerfs. Aucun portrait d'elle nulle part, les rumeurs courent sur leur séparation, mais le sujet est tellement brûlant que je vais le garder pour plus tard.

- Qu'est ce qu'on peut encore espérer quand on a eu tous les honneurs, comme vous, des oscars, des palmes d'or, tous les prix imaginables ou presque ? Qu'est ce qui vous fait vous lever le matin ?

« Money » disent ses yeux roublards, « Life » répond sa bouche morne.

Avec ça je ne suis pas fauché, je sens qu'il va falloir ramer. Il faut que je découvre pourquoi il m'a fait venir, ce qu'il attend de ce reportage, vraiment.

La cheminée siffle, une bourrasque s'y engouffre, suivie d'un craquement sinistre. L'artiste me surveille du coin de l'œil, s'amusant de mes sursauts. Attends mon gars, j'ai fait des reportages au Pakistan et à Beyrouth, c'est pas ta baraque qui va m'effrayer.

- Vous êtes une légende à présent, comment on vit ça au quotidien ?

- Ah ah ! Hé bien je me lève, tous les matins, je vais pisser et ensuite je bois mon café, je vais voir mes bêtes au pré et je m'occupe de mes champs, et croyez-moi pour mes brebis je ne suis pas une star.

Hum, facile. S'il continue à me tacler je vais sortir mes griffes mais je dois jouer au naïf, encore. La semaine commence à peine, patience, patience. Rira bien qui rira le dernier, et toute cette sorte de choses.

- Quelle est votre œuvre la plus emblématique, à votre avis ?

- Bonne question. Par rapport à quoi ? Emblématique en quoi ? Artistiquement, socialement, politiquement ?

« Socialement » je réponds sans réfléchir pour ne pas avoir l'air pris de court.

- « M. Teddy and friends », même si ce film a fait scandale à sa sortie. Ce qui est drôle c'est qu'après il est devenu l'emblème d'une génération, une ode à la liberté. Je ne pense pas qu'actuellement on pourrait encore tourner ce genre de film, la censure est partout, surtout aux USA. De nos jours on doit produire le film le plus lisse possible, ou alors avec de fausses provocations, genre Lady Gaga. La société est devenue tellement frileuse et moraliste que d'évoquer un tel sujet serait suicidaire. Regardez ce qui est advenu à Roman Polanski…

- Vous pensez qu'un film doit interpeller le public, déranger le spectateur ?

- Of course. What else ? souffle-t-il en lâchant une nouvelle bouffée de nicotine.

Il est si sérieux que je ne sais pas s'il a fait un jeu de mots ou pas, je préfère passer outre.

- Comment vous choisissez un sujet ? Par exemple comment avez-vous choisi le thème de votre prochain film ? dis-je naïvement –du moins en apparence.

- Qu'est ce que vous savez de mon prochain film ? répond-il rapidement, les yeux étrécis.

- Rien. Absolument rien. C'est juste une question comme ça…

- Comme ça, hein ? Are you kidding?

Bon, je crois que je ne vais arriver à rien, comme ça. Je mets mon plus beau sourire sur mes lèvres –le plus sincère, le numéro 3- et je me penche vers lui :

- On ne va pas jouer au chat et à la souris, Alfred. Vous savez que je sais que vous écrivez un script, vous l'avez dit vous-même, pourquoi ne pas l'aborder ? On ne dévoilera pas plus que vous ne souhaitez dévoiler, j'ajoute d'un ton apaisant.

Une énorme bouffée noire s'élève dans les airs, avec la fumée de la cheminée qui tire mal on ne va bientôt plus se voir, puis il éclate de rire :

- Well. De toute façon, je n'en dirai pas plus que je ne veux dire, don't worry. Je répondais déjà à des interviews quand vous étiez en couches culottes, donc…

- OK. Mais, si je peux me permettre, pourquoi avoir accepté ce reportage ? Vous en attendez quoi ?

Une lueur s'allume sous les sourcils broussailleux, il me considère avec attention :

- Mais c'est vous qui me harcelez depuis des mois ! Vous devez savoir ce que vous cherchez, j'imagine. Non ?

- Si, bien sûr, mais pourquoi avoir accepté maintenant ?

« Life » répond-il sans broncher et je comprends qu'il va falloir la jouer fine. Très fine.

- OK. Revenons à votre carrière. Si vous le permettez, je vous interrogerai sur vos films et je vous en demanderai votre analyse, ou vos souvenirs de tournage marquants. On fera les prises ici et peut être quelques unes dehors, s'il fait beau. Ca vous va ?

- OK, répond-il d'un air méfiant. Mais je n'aime pas parler de mes films, vous savez, parce que c'est trop réducteur. Il y a beaucoup plus dans mes œuvres que ce que je pourrais en dire, vous comprenez ?

- D'accord. Alors on se limitera aux anecdotes. Pas d'analyse.

- Je veux un droit de regard avant diffusion, comme indiqué dans le contrat. Vous utilisez quoi comme caméra ?

- Ah ça, faudra demander à mes assistants, mais j'ai demandé du bon matériel, rassurez-vous. Vous pourrez choisir les lieux des prises de vue, si vous préférez.

Il opine du bout des lèvres, sa réputation veut qu'il soit fin connaisseur des matériels et techniques, et qu'il ait des idées très arrêtées sur ce qu'il veut voir à l'image. Un tyran domestique, selon certains acteurs. On raconte qu'il a viré manu militari son chef opérateur car il ne voulait respecter ses ordres à la lettre, j'ai déjà peur pour mes gars.

Un silence s'installe, le chat ronronne sur ses genoux, indifférent aux bruits environnants, je demande innocemment :

- Comme vous n'aimez pas parler de vos films, je pourrais demander à des tiers ce qu'ils en pensent ? Edward Cullen et sa fiancée, par exemple. Ca pourrait enrichir la séquence, et on s'en resservirait pour la sortie du film… qu'est ce que vous en pensez ?

Le regard noir qu'il me lance se passe de commentaires, il marmonne entre ses dents :

- Qu'est-ce que vous voulez lui faire dire ? Qu'est ce que vous cherchez ?

- Rien. A agrémenter la séquence, c'est tout. De quoi vous avez peur ?

- De rien, à mon âge. Mais demander à deux imbéciles ce qu'ils pensent de mon œuvre revient à faire un micro-trottoir et je ne suis pas sûr de la qualité des réponses, you know ?

- Deux imbéciles ? ? Mais pourquoi vous les avez choisis, alors ?

- Shit, fait-il en délogeant le chat d'un revers de main. Avec ce genre de questions vous n'irez pas loin, je le crains. Good night.

- Mais je… attendez, c'est une vraie question. Vous savez, je suis globalement d'accord avec votre analyse des acteurs –surtout lui, je le connais un peu, c'est un crétin- mais pourquoi les avoir choisis ?

Un sourire narquois étire ses lèvres, il se penche vers moi :

- Ce que je vais vous dire reste en « off », OK ? La plupart des acteurs sont des crétins, et c'est très bien comme ça. Il faut être une coquille vide pour bien jouer la comédie, et surtout ne pas trop penser. Ils doivent être photogéniques et obéir, un point c'est tout. Moi je suis pour la méthode forte avec les acteurs, je suis prêt à tout pour avoir l'émotion exacte que je recherche, quitte à les secouer pour les déstabiliser, vous savez…

- Oui…

- Mais le mieux, le mieux, fait-il avec une drôle de lueur dans les yeux, c'est de trouver en eux les caractéristiques du personnage, et de s'en servir. Les piller, s'il le faut. Dans mon film célèbre « La Sarabande » l'acteur, Mike McBride était exactement le jeune lord, arriviste et couard. Il avait ça en lui, cette nonchalance un peu veule et l'envie de réussir par tous les moyens. Il était parfait pour le rôle, parfait.

- Mais ça a ruiné sa carrière, non ?

- Et alors ? C'est pas de ma faute s'il a montré ses faiblesses à l'écran. Pourquoi croyez-vous qu'on les paie si cher, les acteurs ? Parce qu'on leur vole leur vie, on achète leur âme. C'est ça qui vaut des millions de dollars. Pas leur cul, conclue-t-il en me soufflant une large bouffée de pipe au visage. Vous comprenez ?

- Oui, dis-je en sentant des picotements d'excitation dans mes entrailles. Et là, vous cherchez quoi ? C'est quoi le sujet ?

- Un couple à la dérive. Un joli petit couple de naïfs –ils sont beaux et fragiles-soumis à la tentation et à la jalousie, qui va exploser…

J'avale difficilement ma salive, hypnotisé :

- Mais eux, vos acteurs, il va leur arriver quoi ?

- A votre avis ? lance-t-il avec un petit clin d'œil, avant de regarder sa montre : « By jove, il est tard. Je dois me coucher, on continuera demain, si vous survivez à Mary et Laird ».

A suivre…

Merci à ceux qui lisent et reviewent, merci à ma muse et à bientôt pour la suite ^^ Bonnes vacances à ceux qui en ont, bon courage aux autres… Je dédie ce chapitre à ma fille qui est en Ecosse, pas trop de fantômes, hein ?

Je réponds ici aux non inscrits :

Katymina : Merci d'adorer ! Un séjour spécial ? Je pense qu'il le sera, oui. Patience…Merci pour tes compliments, merci surtout pour ta fidélité ^^

Camille : Merci d'avoir laissé une review, j'apprécie l'effort à sa juste valeur… Moi aussi j'aime beaucoup « nos vies alibis », parmi toutes les histoires que j'ai écrites. Merci d'être encore là, après toutes ces années, je suis très touchée… ^^

BISOUS A TOUS