DANS UNE CAGE OU AILLEURS
Chapitre 8
SLEEPING WITH GHOSTS
Retour en Ecosse où on dort parfois mal, à dormir avec des fantômes…
Sleeping with ghosts est une chanson de Placebo
Et je regarde ceux
Qui se penchent aux fenêtres
J'me dis qu'il y en a parmi eux
Qui me parlent peut-être
Oh j'cours tout seul
Je cours et j'me sens toujours tout seul (W Sheller)
Le lendemain matin Georges et Steph tirent la gueule devant le copieux petit déjeuner écossais –saucisses, œufs, baked beans et galette de pommes de terre- alors que je tente vainement de me réchauffer et me réveiller avec le thé noir, brûlant. Je prendrai une tasse de café après, en roue de secours. J'ai l'impression de ne pas avoir fermé l'œil, la tempête a soufflé une partie de la nuit et j'ai entendu des bruits dans l'escalier pendant l'autre partie, à croire qu'un car de touristes a logé là. Aileen reste étrangement muette et sombre, je devine que le réalisateur devait être de très bonne humeur au lever, ce matin.
A cette heure-ci il doit être avec ses moutons, ses vrais amis, ou déjà en train de torturer ses acteurs. Bon, on repart demain, ouf. Tant pis pour le reportage, j'ai assez ri. Georges avale goulûment sa dernière saucisse quand des éclats de voix nous parviennent des escaliers, par vagues. Nous faisons semblant de ne rien entendre, plus par gêne qu'autre chose mais je reconnais la voix d'Alfred, gutturale, dans une de ses fameuses colères. Aileen pâlit et Steph me lance un regard éperdu, à croire que le réalisateur terrorise tout le monde ici, même le chat qui se réfugie dans un coin, derrière le poêle.
Un claquement de porte plus tard Edward entre dans la cuisine, blême. Il s'assoit sans un mot et fixe la table, épaules basses, insensible à notre présence. Aileen enfin souriante se précipite pour lui faire cuire des œufs et lui verser du thé, il ne lève pas les yeux sur elle non plus, il est ailleurs.
- Ca va, Edward? Bien dormi ?
- No.
Bon, c'est ce qui s'appelle prendre un vent mais je ne lui en veux pas, lui aussi doit compter les jours même s'il n'en dira rien. Une pluie fine tape aux fenêtres, seul bruit de la cuisine à part les craquements erratiques du poêle, c'est mal parti pour un tournage en extérieur, même si le temps change vite, ici.
- Bella va descendre ?
- No. She's gone, répond-il l'air sombre, sans me regarder.
- Ah bon ? Pourquoi ?
Il hausse les épaules, attrape sa tasse de thé et sort de la cuisine, toujours muet. Il m'en veut c'est sûr, je ne m'attendais pas à avoir raison aussi vite.
- Ben il est pas causant le rosbif ce matin, rigole Georges. C'est clair que s'ils se sont fait accueillir par une soufflante au lever, ça a pas dû lui plaire, à la petite.
- Ouaip, renchérit Steph. Déjà qu'elle avait pas l'air d'être heureuse de loger ici…
- C'est sûr que c'est pas Hollywood, ici… Ca doit lui faire drôle, à la minette.
- OK, messieurs, c'est bon. Pas de commentaire, dis-je sèchement. Occupez vous de vos affaires.
Aileen ramasse l'assiette d'Edward en les foudroyant du regard, je lui demande si elle sait pourquoi et quand Bella est partie.
« It's Laird, I'm sure » murmure-t-elle en se signant au moment où Alfred entre dans la pièce, trempé sous son imperméable jaune sans âge, l'air sombre :
- Bon, M. Delacour, je suis disponible si vous êtes prêts, m'annonce-t-il tout de go.
- Quoi ? Maintenant ? Mais je… on… OK, on est prêts, on arrive. Hein les gars ?
- Mouais… râlent mes acolytes en se levant à contrecœur. On fait ça où ?
- Dans mon bureau, naturellement, reprend le réalisateur d'un air surpris –alors qu'il nous a dit exactement le contraire deux jours plus tôt.
Se contredire est la seule façon d'avoir raison deux fois, prétendait Sartre, je vois qu'Alfred doit être un adepte de la méthode. La crispation de sa mâchoire nous dissuade de faire la moindre remarque et pendant que mes assistants vont chercher leur matériel, bon gré mal gré, je m'installe en face de lui, un peu nerveux. Il allume sa pipe et tire une grande bouffée avec un soupir de soulagement, le chat vient s'installer sur ses genoux, d'un bond, tout est calme à nouveau. Bon, espérons que l'éclairage sera OK car il ne voudra pas se déplacer, pour ne pas déranger le chat.
Je déteste être pris de court et je farfouille dans mes fiches, le cerveau en ébullition. Par quoi commencer ? Le téléphone sonne, Alfred ne lui accorde même pas un regard.
- Vous avez bien dormi ? me demande-t-il avec une affabilité inhabituelle.
- Très bien, oui, merci, je réponds par réflexe, étonné.
- La jeune demoiselle prétend que les chambres du haut sont de vraies caves pleines de courants d'air, c'est votre avis aussi ?
Je comprends qu'il fait allusion à Bella, je prends un air innocent :
- C'est vrai que c'est un peu… rustique, mais c'est ce qui fait le charme des lieux, bien sûr.
- Heureux de vous l'entendre dire ! Cette jeunesse est déprimante, vous ne trouvez pas ? Déjà elle a râlé parce que le lit était trop petit, trop vieux, qu'il faisait froid et en plus elle s'est plainte qu'il n'y avait pas de connexion Internet ! « Comment je vais faire pour aller sur Twitter ? ». Quelle misère ! Ca promet…
- Elle est partie ce matin ? je demande en caressant le chat qui ronronne.
- Non, cette nuit, vers 3 heures. Moi je n'ai rien entendu, je dors avec des boules Quiès quand il y a du vent, c'est Edward qui m'a annoncé ça tout à l'heure, vous vous rendez compte ? Elle a appelé un taxi en pleine nuit et est partie s'installer à l'hôtel, comme une princesse. A 18 ans ! Moi qui ai tout fait pour les accueillir le mieux possible, voilà mon remerciement.
- Je croyais qu'elle avait 21 ans ?
- C'est pareil. Non mais pour qui elle se prend ? ronchonne-t-il en tirant sur sa pipe.
Mes gars commencent à installer le matériel autour de nous, il observe la caméra avec attention. Bon, je m'attends à ce qu'il la critique, alors j'embraie :
- Elle a peut être eu peur des fantômes, non ?
- C'est Edward qui vous a dit ça ? interroge-t-il, soupçonneux.
- Comment ? Oh, non, non. Je plaisantais…
Alfred me dévisage avec attention, cherchant à me percer à jour, je lui souris mécaniquement.
- Elle n'abandonne pas le film, au moins ?
- Manquerait plus que ça ! lance-t-il comme si cette possibilité était aberrante. Je vais vous dire : je l'attends tous les matins à 8 heures, comme si elle dormait là, ou alors c'est moi qui la remercie. Non mais qu'est ce qu'elle croit ? Que je vais l'attendre sagement pendant qu'elle se pâme dans son bain, à l'autre bout du comté ? Elle ne se rend pas compte de la chance qu'elle a, déjà, de tourner pour moi…
Georges et Steph échangent un regard éloquent, j'opine fermement :
- C'est vrai que c'est une chance incroyable pour cette jeune fille qui n'a tourné que pour la télévision. Comment vous l'avez choisie, au fait ?
Son regard se durcit, il se tourne vers Steph :
- Vous êtes prêts ? Vous auriez pu préparer tout ça ce matin, on ne va pas y passer la journée !
Steph se mord la lèvre et grogne une phrase incompréhensible à son collègue, je regarde ma montre, la journée va être longue.
oOo oOo oOo
Quand je lève à nouveau les yeux de mes fiches il est 14h et Alfred tonne de sa voix de stentor : « Aileen ! On ne déjeune pas, aujourd'hui ? », me signifiant que l'interview est terminée. Finalement tout s'est plutôt bien passé, il a répondu d'assez bonne grâce à la plupart de mes questions –avec un humour un peu grinçant, y compris dans l'autodérision. Par bribes j'ai reconnu le cinéaste que j'admirais tant, l'iconoclaste de génie, dont la mémoire des détails est pour le moins fascinante –à moins que ce ne soit que pure invention. Certaines de ses remarques sur des acteurs sont à double tranchant, il faudra être attentif au montage pour ne pas avoir d'ennuis ultérieurs, mais son analyse de la société est d'une pertinence redoutable.
Aileen nous sert un plat à base d'agneau, agrémenté d'ail, pois chiches et cumin, qu'Alfred déguste d'excellent appétit –preuve que mon interview lui a convenu- je regarde la place vide de Bella et Edward, en me demandant s'ils n'ont pas définitivement quitté le navire. Après le cranachan – dessert à base de flocons d'avoine et framboises- je remonte dans ma chambre pour effectuer un premier montage sommaire des bandes et je constate que j'ai beaucoup plus de matière que ce que j'espérais. Au fur et à mesure des questions j'imagine les extraits de film que je vais insérer et je sens une certaine excitation me gagner : tout cela est bon, très bon même. Seul bémol : pas un mot du futur film, nothing, niente, nada. Merde.
Vers 17 heures des ronflements montent de l'étage inférieur, je me détends enfin en regardant des photos de mes filles sur mon portable –unique usage puisqu'il n'y a pas de réseau- quand j'entends grincer des marches. A tous les coups ce sont mes gars qui filent pour aller au pub du village –un pari entre eux- j'ouvre la porte brusquement et je tombe nez à nez avec James, le col relevé et la cigarette au bec, tentant vainement de passer inaperçu.
- Ca va, Edward?
- Yes, répond-il à contrecœur, sans s'arrêter.
- Bella va bien au moins ?
Il disparaît dans l'escalier sans répondre, je me dis que je ne me suis pas fait un ami, aujourd'hui. Bah, demain soir je serai chez moi, c'est l'essentiel. Il me semble que je suis ici depuis des semaines, loin de tout, à la merci d'un géant maléfique et sournois. Dire que la plupart de mes confrères m'envient…
En me penchant un peu par la fenêtre j'aperçois Bella en bas, grelottant dans sa parka rose et ses chaussures à talons, les jambes nues. Une jolie image de magazine sauf que ses doigts de pieds sont tout rouges et qu'elle éternue. Bienvenue dans la vraie vie, mademoiselle. Je me demande ce qu'elle écrit sur son compte Twitter au sujet de cette aventure, le soir. Elle jette de petits coups d'œil anxieux vers la porte tout en se rongeant les ongles, je sens que le tournage est bien compromis, pour elle. Peu après Edward la rejoint avec deux valises, j'en conclus qu'ils prennent la tangente, et que je ne les reverrai plus. Courageux mais pas téméraires.
C'est donc avec étonnement que je vois réapparaître Edward au dîner, le cheveu en bataille et l'air revêche, au moment où nous attaquons le cock-a-leekie fumant, soupe au poulet, poireaux et pruneaux. Nous restons la cuillère en l'air, attendant l'orage prévisible mais Alfred est d'excellente humeur, il l'accueille en lui offrant son meilleur whisky et en plaisantant, chose rare.
- Quel dommage de vous voir partir demain, mes amis, lance Alfred en levant son verre vers nous. A la France, patrie des arts… et des vins !
Georges et Steph s'esclaffent bruyamment mais Edward ne moufte pas, droit sur son siège. Il semble parfaitement indifférent à notre présence, il pourrait tout aussi bien dîner seul, à une table voisine. Il ne remarque même pas les efforts faits par Aileen pour attirer son attention, sa froideur frôle l'impolitesse. Ou alors c'est une méthode de survie pour résister aux sautes d'humeur de Mortimer, une manière de s'extraire de la réalité pour se protéger. Je me demande s'il ne m'en veut pas autant qu'au cinéaste d'avoir douté de lui, de sa capacité à faire face à la situation, et j'en conclus qu'il ne me dira rien sur le tournage, quoiqu'il se passe. Tant pis. J'ai suffisamment de matériau pour mon émission, j'en découvrirai plus sur le film par d'autres moyens.
- Alors messieurs, que garderez vous de ce voyage en Ecosse ? demande Alfred à mes collègues.
- Le whisky, dit Georges. Et la bouffe, excellente.
- La pluie, ajoute Steph.
- Les courants d'air.
- Les fantômes… conclut Steph en se resservant à boire. Encore que je suis déçu, on les entend mais on ne les voit pas.
- Oh ? Vous les avez entendus tout de même ? demande Alfred avec satisfaction. Bon point.
- Oui, bon, on ne sait pas trop si ce sont eux ou des grincements du bois, mais il y a de drôles de bruits, la nuit.
- Ah ah ! C'est aussi ce que pensait notre jeune amie Bella, qui n'a pas supporté la visite de notre hôte Laird. Pauvre petite chose…
Edward se rembrunit mais ne répond pas, je note un tic nerveux sur sa bouche, incontrôlable. Je le demande pourquoi il s'entête à rester ici, mais il est peut être plus courageux que je ne le croie. Ou abruti. Aileen jette des coups d'œil nerveux à Alfred, les fantômes ne la font pas rire. Edward refuse un dernier whisky et nous nous retrouvons tous –sans lui- dans le petit salon pour évoquer de vieilles légendes écossaises, toutes plus inquiétantes les unes que les autres. De beaux rêves en perspective, d'autant plus que le vent souffle en bourrasques, chassant la pluie par trombes.
oOo oOo oOo
Je suis au milieu d'un rêve absurde – Alfred déguisant Bella en mouton pour la faire brouter dans son pré- quand un craquement un peu plus fort que les autres me réveille brusquement, pendant la nuit. Je n'ai jamais autant regretté mon lit, je crois. Je me lève pour examiner l'armoire au fond de la pièce, il me semble que j'entends des coups sourds et réguliers, et des sortes de gémissements. Sans doute des chats qui se battent ou miaulent, je ne vais pas me mettre à croire à ces sottises.
En retournant à tâtons dans mon lit j'aperçois dans l'obscurité une forme sur le fauteuil, une forme quasi humaine, avec une main qui pendouille, inerte. Mes cheveux se dressent littéralement sur ma tête et j'ai l'impression que mon cœur va exploser dans ma poitrine quand la forme bouge légèrement, me glaçant d'effroi. Je pousse un cri et j'en entends un autre en écho, je vais mourir, c'est sûr. Sans savoir comment je parviens à allumer la lampe de chevet et je découvre Edward recroquevillé sur mon fauteuil, me fixant d'un air terrifié.
- Mais qu'est ce que vous foutez là, bordel ? - j'explose de colère, et de soulagement aussi - Vous voulez me faire mourir de peur ?
- Shit. J'espérais remonter dans ma chambre avant que vous vous réveilliez…
- Mais pourquoi vous êtes là ? Il y a des fantômes dans votre chambre ?
- Hum… no, hésite-il. Il y a une fuite dans le toit juste au-dessus du lit, les draps sont trempés et je ne savais pas où aller.
Etrangement tout cela sent le prétexte mais j'ignore pourquoi il inventerait une histoire pareille –à part la peur des fantômes, bien sûr. Il est marrant dans son pyjama carreaux, de pur style écossais. Je devine que c'est un cadeau de sa fiancée, peut être par dérision.
- Il n'y a pas d'autre chambre de disponible ?
- No. Vos amis en occupent une et M. Mortimer et Aileen sont dans les autres, le reste est inhabité, et inhabitable. Je ne voulais pas vous déranger vous savez, je ne fais pas de bruit.
- Oui mais quand même, on n'entre pas chez les gens comme ça ! Et puis vous allez avoir mal au dos à être plié en 8 sur ce fauteuil, c'est n'importe quoi. Vous ne voulez pas dormir dans le petit salon, sur le canapé ?
Il grimace, je comprends qu'il ne veut pas être pris pour un froussard, je soupire :
- Vous pourrez vous installer ici dès demain soir, on part à 10h. Vous pouvez rester là en attendant, même si ça ne m'arrange pas, mais je vous préviens, il paraît que je ronfle…
- C'est vrai.
- Comment ça c'est vrai ?
- Hummm...oh... hé bien, je vous ai entendu. Mais ça ne me dérange pas, hein, c'est pas pire que les grincements et les craquements de l'armoire, ajoute-il en jetant un regard anxieux autour de lui.
- Ah ? Vous avez entendu vous aussi ? Bizarre, non ?
Son haussement d'épaule montre sa perplexité, on se tourne ensemble vers la susdite armoire, inquiets. Bien entendu elle a l'air parfaitement inoffensive, je me demande si c'est la fatigue ou la paranoïa qui me guette.
- Vous avez du courage de rester encore ici plus d'une semaine, James…
- Please, don't say that, murmure-t-il. Si vous saviez combien c'est difficile pour moi…
- Parce que Bella est partie ?
Il opine mais je lis dans ses yeux qu'il n'y a pas que ça, le vrai courage c'est de surmonter ses peurs, et là il lui en faut. Beaucoup. Parce qu'il n'y a pas que les fantômes à affronter.
Je m'assois sur le bord de mon lit, je n'ai plus sommeil. L'inquiétude que je lis sur son visage me gêne, je lui demande doucement :
- Pourquoi vous restez, alors ?
- Vous croyez que j'ai le choix ? Il ne supportera pas que je fuie, comme Bella. Je vais perdre le rôle, et ça je ne le veux pas. Pas question.
- C'est si important pour vous ?
- Vous plaisantez ? Mortimer est un des plus grands cinéastes vivants et je n'aurai peut être pas d'autre occasion comme ça. Ca mérite bien quelques sacrifices, non ?
Je comprends que c'est une vraie question et j'acquiesce en souriant : « Oui. Ca les mérite bien. Et puis ça vous fera des souvenirs, pas vrai ? En plus je ne pense pas qu'Alfred soit si terrible que ça, il aime bien faire peur mais je suis sûr que c'est juste un masque… » dis-je en ayant conscience de mentir. Mais comment décourager tant de bonne volonté ? Le pire serait qu'il se mette à pleurer, ce serait le bouquet. Il se recroqueville sur son siège, je lui tends le couvre-lit : « Vous avez l'air gelé. Tenez. »
- Mais c'est vous qui allez avoir froid, alors.
- Tant pis, je ne tiens pas à vous retrouver congelé demain matin, sinon comment Mortimer va-t-il tourner son prochain chef d'œuvre ?
- Oh, il n'aura pas de mal à me remplacer, fait-il d'un ton désabusé. Il y beaucoup de bons acteurs, je me demande même pourquoi il m'a choisi moi.
Sa question fait écho à notre discussion de la veille mais je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie, alors je garde le silence. On ne tire pas sur une ambulance, parait-il.
- Bon, hé bien je vais me recoucher… dis-je en éteignant la lumière. Bonne nuit, James, et bon courage.
- No problem. Bonne nuit, et merci…
Je me tourne et me retourne dans mon lit, incapable de trouver le sommeil. Le fait de partager la pièce avec un intrus me gêne et les grincements fréquents du fauteuil sont pénibles, même s'ils ne sont pas très forts, en comparaison avec les bourrasques extérieures. J'imagine qu'il ne parvient pas à trouver une position confortable ou qu'il doit avoir froid, bientôt je suis tellement focalisé sur sa présence que j'anticipe le moindre bruit, l'attendant presque.
Quand je l'entends éternuer discrètement je rallume la lumière :
- Bon. Ca suffit. On n'y arrivera pas comme ça, et aucun de nous ne va dormir.
- I'm sorry but…
- Venez ici. C'est un lit pour deux, je ne vais pas vous sauter dessus, vous n'êtes pas mon genre.
- What ? Oh no ! No, it's impossible… fait-il d'un ton effarouché, comme si je lui proposais autre chose. I'm fine.
Je le vois se recroqueviller à nouveau, essayant vainement de recouvrir ses pieds par le couvre-lit qui glisse.
- Oui mais moi je ne suis pas « fine », votre fauteuil grince et ça m'énerve. Ne faites pas votre chochotte et ramenez vos fesses par ici. Vous avez fait l'armée vous aussi, alors à la guerre comme à la guerre, non ? Allez, dépêchez-vous, j'ai sommeil, moi, dis-je avec brusquerie.
A son silence je devine qu'il n'a pas fait l'armée mais il se lève et vient vers moi avec réticence, les yeux au sol.
En un éclair j'imagine la une d'un célèbre magazine titrant « Ma nuit avec Edward Cullen », je réprime un rire nerveux, certain qu'il ne goûterait pas la saveur de cette blague. Il s'étend sans me regarder, un peu honteux, je me demande si j'ai une tête de violeur pour qu'il réagisse ainsi, ou s'il s'imagine que je lui tends un piège. Après tout c'est lui qui est venu dans ma chambre, non ? Le matelas bouge à peine, une légère fragrance vient me chatouiller le nez, je souris en pensant aux milliers de femmes qui voudraient être à ma place, en ce moment. J'espère me rendormir vite, mais ses pieds me frôlent et je sursaute.
- Sorry...
- Bonne nuit, Edward, dis-je d'un ton définitif.
- Good night, souffle-t-il si doucement que je me demande si c'est bien lui que j'ai entendu, ou le vent dans les volets.
A suivre…
Oui, je sais, je coupe encore au meilleur moment mais ça vous permet de rêver à ce qui va se passer, et c'est ce qu'il a de mieux, non ? J'attends vos scénarios avec impatience…
Merci à tous les fidèles et aux petits nouveaux, et à mes muses…
Je réponds ici aux non inscrits :
Camille : mais oui, ça passe vite, une semaine ! Merci de suivre mon histoire avec impatience, ça me fait vraiment plaisir ! Merci pour ta review…
BISOUS A TOUS !
