DANS UNE CAGE, OU AILLEURS
Chapitre 10
Manivelle
Tout d'abord merci d'aimer mon histoire, merci d'être fidèles à mes rendez-vous, et encore toutes mes excuses pour les problèmes de prénom, je suis trahie par l'informatique, je suis inexcusable je sais... ! Encore pardon...Bonne lecture ^^
"Manivelle" est une vieille chanson d'Alain Souchon, retrouvez-la sur ma page FB !
Les premiers flocons tombent doucement devant ma fenêtre, je reste le nez en l'air, à les regarder voleter. Pas comme ça que je vais terminer le montage de mon émission sur Mortimer, qui traîne depuis une semaine. Je suis hors délai je le sais, j'évite soigneusement le directeur des programmes dans le couloir, heureusement aujourd'hui c'est jeudi et je suis encore chez moi, je vais laisser mon portable éteint, c'est plus sûr.
Le café refroidit dans ma tasse, Tara gazouille en bas, dans la salle à manger. J'irai au marché avec elle tout à l'heure, si j'arrive à boucler mon sujet. On flânera dans les allées, recherchant les meilleurs fruits et légumes bio, en grignotant un peu de baguette et je prendrai les journaux internationaux, au retour. J'imagine déjà son étonnement devant les flocons, sa petite main qui se tendra pour les attraper et j'en souris d'avance.
Enfin, tout ça ce sera uniquement si j'avance, et c'est mal parti. Je lis et relis mon dernier paragraphe, plat à pleurer. La partie sur la biographie du réalisateur ne m'a pas posé problème, je connais son œuvre par cœur, et j'ai des idées très précises sur l'interprétation à donner de ses films. La partie interview n'est pas mal non plus, avec un habile montage l'ensemble est vif, détonnant. Le bougre sait y faire dans le registre « réalisateur-bourru-mais-lucide », mine de rien. Non, ce qui me manque ce sont des infos sur son prochain film, c'est ça qui emportera le morceau au final, qui fera l'intérêt de mon émission. Et là je n'ai pas beaucoup de grain à moudre.
Tara pousse un cri de révolte en bas, c'est l'heure du bain. Je ferme la porte et monte un peu le son de la web radio, préoccupé. Il y aurait bien un moyen mais… Je recherche rapidement les derniers mails échangés avec Mortimer, puis ceux d'Edward. Le plus récent date de presque un mois, il y manie un humour un peu décalé, bon, on va dire que je n'ai rien à perdre.
Carlisle. TVcom : Comment va my friend ? Quoi de neuf dans ta vie ? Tu supportes toujours l'infâme Alfred M ?
Bon, pas la peine d'en dire plus, on verra si ça mord ou pas. Espérons qu'il consulte sa messagerie de temps en temps, et qu'il va me répondre. Sinon, tant pis. Je me replonge dans mon texte, chassant les lourdeurs et les répétitions, puis je retourne me faire un café serré, Tara sort de la salle de bain, enveloppée dans une grande serviette et les cheveux mouillés, Mme Dios à ses trousses. Depuis qu'elle marche elle se déplace à une vitesse incroyable, difficile de la suivre désormais.
- Papa ! papa !
- Oui, bichette, on va sortir tout à l'heure mais pour l'instant papa doit travailler, OK ?
- Nan, main'nant, main'nant ! glapit-elle en s'accrochant à ma jambe.
- Tatata… t'es toute mouillée et moi j'ai du boulot, allez file, miss Razmoket !
Je me réfugie rapidement dans mon bureau, tasse à la main, alors que Mme Dios tente de l'habiller. J'hésite à insérer des photos d'Edward et Bella à la fin de mon sujet, j'aimerais pouvoir montrer des images du tournage, pas de simples photos posées. Que dire, que taire ? Mortimer a un droit de vision sur le sujet, il risque de sabrer la fin, s'il veut que rien ne filtre. Ou alors je réserve quelques secondes à la fin de l'émission, hors interview… Un message s'affiche sur mon second écran :
Teddy. Hollycom : Well, I survive, I mean.
Carlisle. TVcom: C'est si dur que ça ?
Teddy. Hollycom: Pire. Si, si, c'est possible. And you ?
Carlisle. TVcom: Well, I'm fine. Rien à déclarer. Je termine mon émission sur Mortimer, justement.
Teddy. Hollycom : Oh, et c'est pour ça que tu penses à moi, c'est ça ? Tu t'es dit : « Que devient ce pauvre Edward, est-ce qu'il est encore en vie ? ».
Je souris, il est pas si con que ça. Je revois le jeune homme recroquevillé dans son fauteuil, dans ma chambre, ses longs pieds dépassant de la couverture, son air gêné.
Carlisle. TVcom: Tout à fait. Que je sois le premier à annoncer ta mort, au moins.
Teddy. Hollycom: Thanks. Je te promets de t'avertir le premier, quand Mortimer aura enfin eu ma peau. Mais pour l'instant les rumeurs sur ma mort sont très exagérées…
Carlisle. TVcom: Tant mieux. Sinon comment ferait notre brave Mort pour finir son film ? Le tournage a commencé, au moins ?
Quelques secondes de pause, je l'entendrais presque réfléchir. Les flocons redoublent dehors, je ne sais pas si on va sortir, finalement.
Teddy. Hollycom: Oui, ça a commencé. Tu me demandes ça à titre privé ou professionnel ?
Carlisle. TVcom: Professionnel, évidemment, tu me connais, je suis un vrai rapace. Vous êtes où ?
Teddy. Hollycom: Tu me vouvoies maintenant ? Alors il faudra voir avec mon agent pour mon cachet, si je te révèle des infos stratégiques comme le lieu du tournage.
Carlisle. TVcom: Hum, je me méfie, tu es un peu trop cher pour moi, je le crains. Combien ?
Teddy. Hollycom: Une semaine au Ritz. Prix d'ami.
Carlisle. TVcom: Rien que ça ? Et pour deux personnes j'imagine, Bella a des goûts de luxe, elle aussi.
Teddy. Hollycom: Je n'ai pas parlé de Bella.
J'observe mon écran, songeur.
Carlisle. TVcom : OK, mais je veux du lourd, alors. Des infos de première main.
Teddy. Hollycom: What do you mean with "première main"?
Carlisle. TVcom: De l'inédit. Des trucs que tu n'as révélé à personne d'autre, my friend.
Teddy. Hollycom: Mais tu sais déjà ça, mon ami. Je t'ai déjà tout dit de moi. Remember…
Je souris devant mon écran. Comment oublier ce soir là ?
Je ferme les yeux et je l'entends encore, sa voix un peu fluette qui couvrait à peine le bruit de la tempête, dehors. Nous étions chacun à un bout du lit, immobile, cherchant vainement à nous endormir, quand il s'était mis à tousser, violemment. Un comble.
- Faudrait peut-être arrêter de fumer, non ? lui avais-je demandé, exaspéré, en lui tournant le dos.
- I know. I can't.
- Déjà ? Hé bien ça promet. Vous savez que vous vous bousillez la santé ?
- Sans blague ? De toute façon mon espérance de vie est réduite, non ? Avec tout ce que vous m'avez raconté sur Mortimer, je ne devrais pas vivre assez longtemps pour développer un cancer… avait-il marmonné amèrement.
- Je n'ai pas dit ça, Edward. Je vous ai juste conseillé de faire attention, c'est tout. Mortimer est un personnage manipulateur et dangereux, il faut le savoir.
Pendant quelques minutes je n'ai plus rien entendu, à part le battement de la pluie sur les volets et le vent qui hurlait à vous rendre fou.
- Et ça changera quoi ? a-t-il murmuré si doucement que j'ai cru avoir rêvé.
- Pardon ?
- Ca change quoi de le savoir ? Il me terrifie you know, et plus on me parle de lui plus j'ai peur. I mean… le fait de savoir qu'il est dangereux ne le rend pas moins dangereux, enfin je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire…
- Oui, je comprends, ai-je répondu au bout d'un moment. Mais ça vous permet de vous méfier, dans vos relations avec Bella. Si vous savez qu'il essaiera de vous séparer, vous serez plus forts pour résister, vous comprenez ? Il faut absolument que vous ne le laissiez pas faire, ce n'est que du cinéma. Ce n'est que du cinéma, Edward…
Il a bougé à ce moment-là, me tournant toujours le dos et il m'a semblé le sentir trembler de peur, dans son coin de lit. J'aurais pu l'ignorer, fermer les yeux et chercher le sommeil, mais une vague mauvaise conscience me taraudait, ou de la pitié.
Je me suis tourné vers lui et j'ai murmuré :
- C'est si difficile que ça ?
Il a secoué légèrement la tête sur l'oreiller et j'ai entendu des paroles étouffées :
- I mean… It's my life, you know. It's… c'est difficile de faire semblant, de résister. Quand il me parle comme à un chien, ça fait mal. Et quand il faut rire, aimer ou pleurer, sur un plateau, je le fais avec ce que je suis, avec mes vrais sentiments, you know ? Je ne sais pas faire autrement, je ne sais pas jouer, je crois.
- Vous êtes jeune…
- Yeah. Je suis con, surtout. Je ne sais pas me protéger, je n'ai pas de recul sur ce que je vis. S'il est méchant avec moi, je… je…
Sa voix s'est interrompue, il me faisait mal au cœur même si je savais que je ne pouvais rien pour lui, mes arguments rationnels ne calmeraient pas son angoisse affective. J'avais envie de passer ma main dans ses cheveux et de lui dire « Tu n'es qu'un gros bébé, Edward. Il ne te mangera pas, tout ça passera, comme le reste, tu verras », je n'ai rien dit. C'était inutile, il n'aurait su que faire de ma pitié, moi j'étais de l'autre côté de la barrière, du côté des critiques et des donneurs de leçons, de ceux qui observent, qui commentent et analysent les coups subis par les autres, qui expliquent le pourquoi et le comment. Le bon côté.
Un craquement sourd dans l'armoire nous a fait sursauter, je me suis demandé combien de temps ce cauchemar allait encore durer. Son tremblement commençait à m'agacer, le matelas était pourri, cédant sous notre poids, nous rapprochant malgré nous. « J'en rirai demain, à Paris » me suis-je dit en soupirant.
- Ce n'est que quelques mois, pas toute la vie, ça passera vite, ai-je menti.
- Mais chaque jour est si difficile, et c'est que le début. Je ne vais jamais tenir, jamais…
- Mais si, bien sûr. Et puis vous n'êtes pas seul, vous êtes avec Bella, c'est important d'être à deux face à quelqu'un de difficile. Ca vous aidera sûrement, il faut vous appuyer sur elle…
- But she's not here; she's not here anymore… I will be alone every night.
Son ton était plus résigné que désespéré, je ne savais plus quoi lui dire, comment éviter les clichés et les lieux communs. J'oscillais entre empathie et agacement –alors casse-toi Bon Dieu ! Rejoins la !-, ne parvenant pas à oublier que j'étais avec un acteur. Son numéro –si c'en était un- était bon, très bon, mais il était tard, et je ne voulais rien risquer. Les acteurs savent vous séduire, vous entortiller, vous tirer des larmes et vous coller leur blues, au final. Parfois ils sont si bons qu'ils croient à leurs propres histoires, alors comment savoir ?
Le mensonge était la solution, la seule solution.
- Mais elle vous aime et vous l'aimez, rien ne peut vous arriver. Accrochez vous à cet amour, pensez-y dès que vous vous sentirez mal, ce sera votre secret. Mortimer ne pourra rien contre ça. Rien.
Pendant un court moment j'ai cru l'avoir convaincu, il n'a rien dit puis un reniflement caractéristique m'a fait penser aux chagrins de Lily, et j'ai posé ma main sur son épaule :
- Si ça ne va pas, appelle-moi. Je ne peux rien te promettre mais j'essaierai de te remonter le moral et de te faire rire, promis. Ne le laisse pas te victimiser, ni t'abuser. Ne laisse personne te faire du mal, Edward.
- Thank you. Really... avait-il murmuré en se tournant vers moi, et nous sommes restés longtemps immobiles dans l'obscurité, face à face, muets.
Le mensonge était la seule solution, ce soir-là.
Teddy. Hollycom : Are you gone?
Carlisle. TVcom : Non, pardon, j'ai été dérangé.
Teddy. Hollycom : Tu es au travail ?
Carlisle. TVcom: Non, je suis chez moi. Il neige ici c'est incroyable. Tout à l'heure je vais sortir avec ma plus jeune fille, mon bébé d'amour, Tara.
Teddy. Hollycom : You're lucky. Embrasse-la pour moi.
Carlisle. TVcom: No soucy. Et toi, t'es où, alors ?
Teddy. Hollycom : Praha.
Carlisle. TVcom : Vous tournez à Prague ?
Teddy. Hollycom : Yes. Rains every day. On est dans un vieux château glacial. Pour changer.
Carlisle. TVcom: Oh, et il y a des fantômes ?
Teddy. Hollycom : LOL.
Carlisle. TVcom : Mais je t'ai dit que les fantômes n'existaient pas, non ?
Teddy. Hollycom : Yes, you did. But…
Carlisle. TVcom : But what?
Teddy. Hollycom : You said a lot of things, you know…
Je me mords la lèvre, oui c'est vrai que j'avais promis des trucs, comme l'aider à faire face à Mortimer, mais la vie, le temps qui passe… J'entends Tara qui hurle en bas, il est déjà 11 heures, merde. Bientôt Mme Dios va monter frapper à ma porte, la petite sera déjà emmitouflée dans sa doudoune blanche, je suis fait comme un rat. Je pourrais prétexter le travail.
Oui, je pourrais. Mais il ne faudrait pas.
Carlisle. TVcom : Et comment ça se passe avec Mortimer ?
Teddy. Hollycom : No comment.
Carlisle. TVcom : A ce point là ?
Teddy. Hollycom : Tu croyais quoi ? Qu'il allait nous faire des cadeaux ?
Carlisle. TVcom : Mince. Tu veux en parler ?
Teddy. Hollycom: Pas le temps now. On reprend la scène. See you later…
Carlisle. TVcom : Bye!
Finalement ça m'arrange. Je n'ai pas terminé mon boulot mais j'ai des infos, c'est déjà ça. Des infos précieuses, ou je ne m'y connais pas. Il va falloir que je boucle tout ça rapidement avant qu'il n'y ait des fuites dans la presse. Une énergie nouvelle coule dans mes veines, enfin j'avance, enfin je touche au but.
Je descends les escaliers, Tara ressemble à un gros bonhomme de neige, elle se débat pour éviter le bonnet, mon cœur se serre de la voir si mignonne, son doudou emprisonné dans sa petite moufle bleu pâle. Mon trésor.
oOo oOo oOo
Des flocons tourbillonnent encore en silence, presque gris dans la nuit déjà tombée. Je sirote un whisky en lisant un livre, Esmée est à l'Opéra avec sa meilleure amie. Cinq heures de torture, très peu pour moi, merci. Je l'ai accompagné souvent, jusqu'à ce que mes ronflements la dérangent. Qui puis-je, les gens qui meurent en chantant, j'ai du mal. Depuis je suis exempté, j'aime ces petites soirées DVD ou lecture où je ne me justifie de rien. A personne.
Marrant de boire du whisky, je n'en avais pas bu depuis l'Ecosse je crois. Peut être dû à l'échange de mails avec Edward, même s'il est à Prague maintenant. Il ne doit pas faire très chaud là bas non plus, et il n'avait pas l'air très en forme, derrière le masque. « C'est un comédien » me dis-je pour me rassurer en me calant dans mon fauteuil en cuir préféré. Soit.
J'entends une moto passer bruyamment dans la rue, j'éprouve comme un manque. Depuis qu'il pleut et qu'il fait froid j'ai repris la BMW, avec regret. J'ai promis à Esmée de ne plus prendre de risque depuis la naissance de Lily, et je m'y tiens, mais le besoin est toujours là. Je termine mon verre, pensif. C'est quoi un risque ?
Machinalement je passe les numéros de mon I-phone en revue, tiens, c'est vrai que je l'avais saisi, celui-là, je ne me rappelle même plus quand. Peut être quand je lui ai promis de ne pas le laisser tomber, en cas de problème ?
Sans vraiment réfléchir j'appuie deux fois sur la petite touche, ce n'est que quand j'entends la sonnerie à l'autre bout que je ressens un instant de panique. Merde, je vais lui dire quoi ?
- Yes ? fait la voix en ligne, surprise.
- Hum, c'est moi, Carlisle. Tu n'avais pas l'air très bien, tout à l'heure, alors je me suis dit… enfin bref je voulais prendre de tes nouvelles. Je ne te dérange pas au moins ? dis-je en entendant des voix et de la musique derrière lui.
- Oh no, fait-il, désinvolte. C'est juste Thanksgiving you know, alors on fête ça, entre anglais et américains. Sauf Mortimer of course, qui ne fête jamais rien.
- Ah oui, bien sûr, j'enchaîne précipitamment. C'est vrai que c'est le 3ème jeudi de novembre, j'avais oublié. On fête ça, à Prague ?
J'entends un petit rire amer, puis la musique semble s'éloigner : « No, of course. On mange des escalopes viennoises et on boit de la bière, mais ça fait rien ».
- Je vais peut être te laisser, alors, si tu fais la fête avec tes amis.
- They're no friends of mine. Non, attends, je vais aller dans un endroit plus calme, je crois qu'il y a un petit salon, dans la boîte.
- T'es déjà en boîte à cette heure-ci ?
- On commence le tournage à 8 heures, je dois me lever à 4 heures toutes les nuits, alors on sort tôt, le soir. Dodo à minuit.
- Sinon tu te changes en citrouille ?
- What ? Oh yes. Very funny. Qu'est ce que tu veux savoir ? Tu as besoin de détails pour ton émission ? demande-t-il froidement, comme s'il s'agissait d'une simple constatation.
- Comment ? Non, non, je… je m'inquiétais pour toi, c'est tout.
Un silence sceptique se prolonge, je m'en veux un peu de ne pas avoir mieux tenu ma promesse, mais avec la vie que je mène… j'ai à nouveau cette déplaisante impression de décevoir tout le monde, tous ceux qui tiennent à moi mais je n'ai pas assez de temps pour tout le monde, il y a trop de gens qui m'aiment, comme dit Esmée avec amertume.
« Je suis désolé de ne pas t'avoir appelé plus tôt, Edward, mais je… j'ai tellement de choses à faire, tout le temps » dis-je avant de m'interrompre. Mais de quoi je me justifie, moi ? « Enfin, tu ne m'as pas appelé non plus» je rajoute, comme un idiot. De mieux en mieux. Je débloque ou quoi ?
- Je t'avais envoyé un e-mail, il y a un mois.
- Ah oui ? fais-je d'un ton léger tout en cherchant vainement dans ma mémoire ce qu'il pouvait bien contenir. Alors, comment ça se passe, avec Mortimer ?
- …
- Edward? Ca va ? Je ne t'entends plus. Tu passes sous un tunnel ?
- What? Oh no. I'm tired, that's all. Tant que je faisais la fête ça allait, là je me suis assis et je tombe de fatigue. Qu'est ce que tu veux savoir ?
Je perçois une nuance d'agressivité dans sa voix, ou alors je deviens paranoïaque. Je n'aurais pas dû appeler, moi aussi je suis fatigué d'un coup. Je repense à une vieille phrase « les gens finissent toujours pas vous en vouloir des bontés que vous avez pour eux », mon potentiel de sympathie pour lui fond comme neige au soleil.
- Je ne veux rien savoir de précis, juste comment tu vas. Mais je comprendrais que tu ne veuilles rien me dire, je suppose que c'est dans ton contrat.
Nouveau rire amer, nouveau silence.
Je regarde les flocons tomber, je devrais raccrocher mais un reste de bonne éducation me retient ou peut-être le fol espoir de lui soutirer des informations inédites, excitantes. Hors contrat.
Un bruit lointain me fait sursauter, est-ce que Tara se serait réveillée ? Je me lève pour monter à l'étage, l'oreille aux abois.
- Are you still here ? me souffle une voix que j'avais complètement oubliée, entièrement pris par le souci de mes filles.
- Allo ? Oui, je suis là, j'ai cru entendre mes filles pleurer, je suis dans les escaliers, là.
- Tes filles ? Tu en as combien ?
- Deux. Lily et Tara. Elles sont toutes petites encore.
- Oh, fine.
Bien entendu il ne sait rien de moi, on ne parle toujours que de lui, et c'est normal. Ma vie privée doit le rester, c'est mon secret, je n'aime pas en parler. Arrivé en haut je constate que tout est calme, j'ai dû rêver.
- Et Bella va bien ? j'enchaîne, puisqu'on en est aux civilités.
- … yes, répond-il avec réticence.
- Elle est avec toi, ce soir ?
- No.
Bon, il y a de l'eau dans le gaz, ou je ne m'y connais pas. Mais il n'a pas envie d'en parler, et ça ne me regarde pas. C'est le moment de conclure en douceur :
- Hé bien je ne vais pas te déranger plus longtemps, mon ami. N'hésite pas à m'appeler.
- Je n'ai plus ton numéro, j'ai perdu ma messagerie à cause d'un problème de batterie, c'est que je t'ai écrit il y a un mois.
Oh merde c'est vrai et j'ai oublié de lui répondre. Flûte.
- Tu n'as qu'à l'enregistrer, maintenant, il doit apparaître sur ton BlackBerry, non ?
- Yes, OK.
Pas envie de m'excuser, s'il n'a pas plus de choses à me dire que ça, je n'ai rien loupé. « Alors n'hésite pas à m'appeler, si ça ne va pas… et si tu as envie de parler, of course » je rajoute fielleusement, prêt à raccrocher.
- … C'est que… I mean… j'ai eu des problèmes avec mon téléphone, par le passé. Des communications interceptées. Ecoute, je viens à Paris la semaine avant Noël, est-ce qu'on pourrait se voir ?
- Euh… oui, pourquoi pas, je réponds, interloqué. Tu seras où ?
- Au Ritz, of course. I'll call you, OK ?
- OK.
« Glad to see you my friend » dit-il plus chaleureusement, je raccroche en souriant, vaguement incrédule.
A suivre…
Merci à ceux qui lisent et reviewent… Pardon pour les adresses e-mail bizarres mais le site ne supporte aucun lien (et ne ratez pas la prochaine émission « d'un jour un destin » consacrée à Michel Berger, mon jumeau astral). Merci à mes muses, Nico et Kathy.
Je réponds ici aux non inscrits :
Katymina : Hé oui, il faut bien un peu de suspense sinon on s'ennuirait trop, pas vrai ? Merci de ton enthousiasme et de ta fidélité !
Camille : Oui, je suis fidèle au RDV tous les WE, je déteste attendre ! Merci d'aimer mon contexte et la mise en place de cette histoire !
Plein de bisous à tous !
