DANS UNE CAGE, OU AILLEURS

Chapitre 13

Wrapped around your finger

Merci à vous tous qui suivez mon histoire, merci à ceux qui ont apprécié le « rebondissement » du dernier chapitre. Au jeu du « qui piège qui ? » je vous soumets le chapitre suivant et vous souhaite une bonne lecture…

« Wrapped around your finger » » est une chanson de Police, que vous retrouverez sur ma page FB

J'entends des bruits de pas sur le plancher, je devine que c'est Lily qui vient voir ses cadeaux au pied du sapin, subrepticement. C'est le matin de Noël et je ne dors plus depuis 5 heures, en fait je n'ai presque pas fermé l'œil, malgré l'alcool. Toute la nuit les futures manchettes des journaux m'ont poursuivi, toutes plus détaillées et immondes les unes que les autres. Je connais trop le système hélas, j'y baigne depuis trop longtemps pour avoir la moindre illusion sur ce qui va se passer, d'ici quelques jours ou semaines.

La machine va se mettre en marche, d'abord un entrefilet dans Closer puis un article pleine page dans « Voilà », agrémenté des « confidences » de mes soi-disant amis. C'est là qu'on dira que je cachais bien mon jeu, derrière ma mèche blonde mais que cette douceur, cette fragilité parfois…

Au bout de deux semaines un article dans un journal dit « sérieux » s'interrogera sur la frontière entre vie publique et vie privée, utilisant à foison les procédés qu'elle prétend dénoncer, et on reparlera de la porosité entre journalistes et people, tarte à la crème habituelle.

Ca fera rire autour de la machine à café, dans les salons de coiffure, dans les émissions matinales, une aventure amusante, anecdotique. Sauf que ça ravagera ma vie, mon couple, ma vie professionnelle. Esmée demandera le divorce, le patron de chaîne m'assurera de son soutien face à tout ce déballage mais mes émissions seront déprogrammées, je perdrai mon poste de présentateur du JT (–mais-tout-cela-n'a-rien-à-voir-avec-l'affaire-bien-sûr-les-spectateurs-veulent-des-visages-neufs-), je perdrai ma femme, mes enfants, je ne serai plus rien. Personne.

Lily commence à déchirer un paquet choisi au hasard, je me lève du fauteuil où je stresse depuis deux heures pour la rejoindre.

- Coucou poussinette ! Tu as bien dormi mon ange ? Tu es sûre qu'il est pour toi, ce cadeau ? Attends, on va voir ce que le Père Noël a écrit sur la petite étiquette…

Coup de chance, c'est bien pour elle. Elle continue à tout déchirer avec enthousiasme, je me demande si je ne devrais pas réveiller Esmée pour qu'elle assiste à ça, elle aussi. Mais elle dort profondément au premier et j'ai envie de partager ce moment seul avec ma fille. Tant qu'il est encore temps.

Je secoue la tête et prends Lily contre moi, elle se débat mollement car je l'empêche d'arriver à ses fins, elle a les cheveux collés au front, elle a dû avoir trop chaud sous sa couette polaire. Elle pousse un petit cri de joie en découvrant un ordinateur pour enfant, cadeau de ses grands parents. Moi je préfère les jeux plus classiques, je ne veux pas qu'elle devienne une geek mais on ne lutte pas contre son temps, paraît-il.

Une douce odeur de cannelle et d'orange flotte dans la salle à manger, l'odeur de Noël. J'aimerais avoir les yeux qui brillent comme ma fille, ressentir à nouveau cette joie pure des cadeaux au pied du sapin, ce bonheur rare. Elle fouille dans le monceau de paquets restants « Mais je sais lire mon nom, papa ! », j'ai les larmes aux yeux de la voir si heureuse, pieds nus dans son petit pyjama, les cheveux blonds ébouriffés. Je prends quelques photos d'elle subrepticement, une de profil où elle tire la langue en essayant patiemment d'ouvrir une boîte, au comble de la concentration. Elle exhibe ses jouets les uns après les autres, s'enroulant dans les longs rubans rouges des papiers cadeaux, puis me fixe sérieusement : « On ira au manège tout à l'heure, papa, hein ? Griotte m'attend ! »

Griotte c'est son poney préféré au centre équestre du village, Lily a déjà tout l'équipement mais elle pousse un autre cri de joie en découvrant un tapis brodé à son nom, et des bottes en cuir « comme les grands ». Je répugne à la voir monter, j'ai peur pour elle, mon bébé, peur de la voir tomber sans rien pouvoir faire. Esmée se moque régulièrement de moi : « Tu fais bien de la moto, toi ! ». Oui mais moi c'est différent, ma vie n'a pas d'importance et je suis prudent, toujours.

Elle passe d'un jouet à l'autre, fouillant, expérimentant, se lassant vite, comme si elle cherchait toujours autre chose, quelque chose de mieux, inlassablement. Mais n'est-ce pas le résumé de la vie ?

- Viens Lily, on va déjeuner, dis-je en entendant une bruit de casseroles dans la cuisine –sûrement ma belle-mère.

- Nan, je veux jouer encore !

- Tu joueras tout à l'heure, princesse, Mamie a préparé une bonne brioche pour ce matin, et puis tu lui montreras tes jouets, OK ?

Elle galope vers la cuisine, les bras remplis de ses cadeaux, je me prépare à accrocher un sourire de circonstance pour la journée –alors que je suis terrifié, à l'intérieur. J'ai pris ma décision, je vais appeler Mortimer directement pour lui demander de mettre fin à ces rumeurs dégueulasses, il n'y a pas d'alternative. Je n'ai rien à me reprocher, merde.

oOo oOo oOo

Lily grimpe fièrement sur son poney préféré, je remonte mon col. Il fait un froid de canard au centre équestre, des plaques de givre craquent sous les pas des chevaux, même l'odeur forte du purin semble comme anesthésiée par le froid. Ma fille a le bout du nez tout rouge mais elle sourit de toutes ses dents, sa cravache à la main. Une jeune femme vient la chercher, elle se présente « Sabine, c'est moi qui vais m'occuper de la leçon de votre fille », Lily se tourne vers moi : « Tu me regardes hein papa ! » j'acquiesce avec un enthousiasme feint, j'ai toujours peur pour elle.

Je m'installe sur les gradins déserts, un peu congelé, Lily me fait un petit signe de la main alors que Sabine lui crie des ordres secs. On paie la peau des fesses pour un cours le 25 décembre mais rien n'est trop beau pour les chéries, surtout vu du côté des grands parents.

J'en profite pour sortir mon portable, indécis. Comment procéder ? Dois-je d'abord lui laisser un message lui demandant de me rappeler, ou je fonce ? Faudrait-il attendre la fin des fêtes ? Non, ce sera trop tard. Allez, je fonce. C'est Noël, tant pis. Il ne doit pas fêter ça, lui. J'inspire un bon coup, c'est parti.

A mon grand étonnement Mortimer répond tout de suite, d'une voix franchement bourrue :

- Yes ?

- Bonjour, c'est Carlisle Delacour, journaliste, vous vous souvenez de moi ?

- Oh Carlisle my friend. How are you ? Merry Chritsmas ! Que me vaut l'honneur ?

Son ton s'est adouci, me déstabilisant. Je m'apprêtais à le sermonner, je change de stratégie :

- Très joyeux Noël à vous aussi, Alfred. Excusez moi de vous déranger un jour férié, mais… voilà, des rumeurs déplaisantes me sont revenues aux oreilles, alors j'ai préféré vous appeler pour mettre les choses au clair.

Un silence perplexe accueille ma phrase, j'enchaîne :

- C'est un peu gênant mais bon. Voilà, Bella raconterait que son fiancé et moi avons couché ensemble chez vous, en Ecosse, et ce serait –pardonnez-moi- vous qui lui auriez fait cette révélation. Vous comprendrez que…

Un rire tonitruant explose dans mes oreilles, j'éloigne l'appareil pour sauver mon tympan.

- Ahahah ! Excellent ! Wonderful ! Sacrée Bella, elle est encore plus bête que ce que je croyais !

- Ca vous amuse d'accord mais pour moi c'est beaucoup moins drôle…

- Rassurez-vous mon cher, it was a joke. Cette jeune fille n'arrivait pas à jouer la jalousie alors je lui ai soufflé cette idée, mais j'ai bien dit « imaginez que.. », je n'ai jamais dit que c'était la vérité !

Une plaisanterie. Je ne sais pas pourquoi, je n'arrive pas à le croire. Je le connais trop, peut être. On ne prête qu'aux riches, dit-on.

- Visiblement ce n'est pas ce qu'elle a compris, ce serait bien de le lui repréciser, à toutes fins utiles.

- Mais enfin Carlisle vous ne croyez pas ces sottises ? Un homme comme vous ! Qui pourrait penser… ? Enfin, vous n'avez pas pris cette rumeur au sérieux j'espère ?

- Non, puisqu'elle me concerne et que je connais la vérité, je rétorque agacé. Mais les journaux people…

- Les journaux people ? Comme vous y allez ! C'est déjà dans les journaux ?

- Non mais…

- Mais au fait comment l'avez-vous su ? demande d'un ton doucereux, inquiétant. Vous avez revu Bella ? ou Edward ?

- Bien sûr que non. Je suis journaliste, ne l'oubliez pas. Je suis payé pour être au courant…

Je l'imagine bien faire la moue, peu convaincu, je lâche une petite grimace. Il reprend :

- Mais enfin mon cher vous savez qu'il y a des rumeurs qui sont dignes de foi, et d'autres pas. Ce genre d'infamie ne peut pas vous concerner, vous êtes marié et père de famille je crois ? Je trouve que vous prenez la mouche pour pas grand-chose, pour quelqu'un d'innocent.

Bon, dans deux minutes il va me dire « pas de fumée sans feu » et dans cinq minutes il va demander depuis quand je couche avec Edward, si ça continue.

« On en aurait vu d'autres, vous savez, Alfred. Je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Vous seriez bien aimable de parler à Bella et la rassurer, avant qu'elle ne parle à tort et à travers. Je suppose que vous trouverez d'autres moyens pour parvenir à améliorer son jeu » dis-je fielleusement. On se comprend, j'imagine.

- Hum, I see. Right. Mais vous savez, personne n'aurait eu la moindre preuve…

Oui. Sauf que tout le monde est au courant qu'on a effectivement passé la nuit dans la même chambre, Aileen, Steph et Georges, parce que Mortimer a vu Edward sortir de ma chambre. Je me retiens de le lui rappeler, dans ce cas de figure le profil bas est le plus efficace, d'expérience.

- Vous avez raison bien sûr mais je compte sur vous, alors ? Ce serait vraiment sympathique de votre part, et je serais rassuré.

- Alors soyez rassuré, personne n'est au courant de rien et ce n'est pas Bella qui ira raconter ça à la presse, elle a une trouille bleue des journalistes. Rien ne filtrera, c'était juste une petite plaisanterie entre nous, il faut bien aider les acteurs à s'améliorer, pas vrai ?

Ma main se crispe autour du portable, je réponds le plus doucement possible :

- Oui, et ce serait dommage qu'on raconte des bêtises sur votre manière de driver les acteurs, pas vrai ? Les histoires qui filtrent pendant le tournage sont toujours déplaisantes, j'imagine…

- Qu'avez vous entendu sur le tournage ? dit-il, soupçonneux.

- Rien, bien sûr. Ce serait désolant qu'il en soit autrement, pas vrai ? Je suis heureux que nous ayons mis les choses au point, en tout cas. Je vous souhaite encore d'excellentes fêtes de fin d'année. Merci de votre disponibilité, Alfred.

Je raccroche, soulagé. Je crois que nous nous sommes compris, là. Lily me fait un signe de la main, je me rends compte que je n'ai rien suivi de ses exploits, flûte. Je lui souris largement, elle est si mignonne avec sa petite bombe en velours, si confiante, je dois la protéger. A tout prix.

Avant qu'elle ne revienne vers moi j'envoie un SMS à Edward : « Affaire réglée, Mortimer retire ses accusations contre nous, tu n'as plus à avoir peur. Merry Christmas. » OK, « accusation » est un peu fort et c'est surtout moi qui avais peur mais bon…

Lily retourne au paddock, gelée mais ravie, je l'aide à redescendre, content qu'il ne se soit rien passé. On va aller au club house boire un grand chocolat chaud puis on rejoindra Esmée et Tara au pied du sapin pour jouer et rire, en famille idéale, je sens une vague de chaleur se répandre en moi. Ca doit être ça, le bonheur.

oOo oOo oOo

Le soir même je reçois un message d'Edward, laconique : « Good for you. Happy new year. E. »

Je hausse les épaules, tout est bien qui finit bien. Pourquoi ce gamin s'est-il entiché de moi, je l'ignore et je préfère ne pas le savoir. Je ressens à nouveau l'onde de panique pure qui m'a traversé quand Edward m'a parlé de la « rumeur », il y a trois jours, je ne veux plus revivre ça. Jamais. Je me souviens de mon affolement quand j'ai croisé le petit serveur qui attendait devant la porte avec son seau de champagne, me fixant avec un sourire amer, et mon trouble quand je me suis aperçu que le taxi m'attendait toujours, devant le Ritz. Que se serait-il passé si j'étais resté pour la nuit ? Un frisson me parcourt, désagréable.

Je n'ai pas envie d'être une béquille, je n'ai pas besoin de ça. Pas de temps pour ça. J'ai une émission à finir pour la rentrée, des kilos à perdre avant le Maroc, un projet de roman et une idée d'émission de Gérard, mon producteur, ma vie est bien remplie déjà. Les filles m'attendent au salon pour un épisode de « Dora l'exploratrice », Esmée a sorti les chocolats à la liqueur, elle me sourit dans sa belle robe noire, je l'aime.

Au moment où nous rentrons à Paris, une semaine plus tard, je traverse la gare Montparnasse quand un titre de presse people attire mon attention « Edward et Bella : la fin ». Je m'arrête, surpris, Esmée me rentre dedans, me cognant douloureusement le tendon avec sa valise.

- Aïe !

- Mais pourquoi tu t'arrêtes comme ça, Carlisle ?

- Je veux juste acheter deux trois journaux dans le kiosque, là.

- Alors qu'on a notre avion dans 4 heures et que les valises ne sont pas encore prêtes ? Tu es fou ou quoi ? Je t'avais dit qu'on aurait dû rentrer hier, tu ne m'écoutes jamais… allez, avance. La station de taxi est par là.

Les filles sont restées chez mes beaux parents et je ne suis pas pressé de partir au Maroc, voilà pourquoi. Les festivités obligées ne sont pas mon truc, surtout avec ma belle sœur. Par la vitre arrière du taxi je regarde défiler les paysages et les titres des journaux, un peu anxieux. Pas d'autre gros titre mais il n'est pas vraiment une star en France, ou alors les éditions du jour ne sont pas encore en kiosque. Arrivés chez nous le branle bas de combat des valises défaites et refaites à la hâte m'aide à oublier cette affaire, après tout je n'ai rien à voir là-dedans. J'espère.

En montant dans l'Airbus je rafle tous les magazines disponibles, même féminins, d'un geste nerveux. Je sais qu'Esmée prend toujours un somnifère léger en avion, j'attends son premier soupir régulier pour fermer le Monde et ouvrir Gala, en douce. L'hôtesse de l'air me dépose une nouvelle coupe de champagne avec un sourire compréhensif, je n'avais rien demandé pourtant. Le papier glacé se froisse sous mes doigts nerveux, je parcours les articles en diagonale, cherchant son nom.

Ca ne manque pas, il a droit à une pleine page en couleur, ornée de belles photos : « Edward Cullen et Bella : le tournage fatal ». Ben voyons. Je lis l'article avec une vague envie de vomir, les clichés s'accumulent, comme prévu : le couple trop jeune et trop fragile, l'exigence de Mortimer et la pression médiatique, blablabla… et le scoop : on aurait vu Edward avec une autre actrice, peu avant Noël. Ouf, on ne parle pas de moi, je respire. Je termine ma coupe et j'en demande une autre, soulagé, presque heureux. Je sens que je vais bien profiter de ce séjour, moi. Sur la photo récente Edward est mal rasé et a mauvaise mine, je referme le magazine rapidement.

La nuit s'étire, je ne dors pas. Il fait chaud à Marrakech, un parfum lourd flotte dans notre chambre, me filant vaguement mal à la tête. Par la fenêtre entrouverte j'entends des murmures dehors, notre Riad est à l'écart de l'hôtel mais les bruits nous parviennent parfois, étouffés, et je ne supporte pas la clim la nuit. Esmée dort comme une bienheureuse dans sa nuisette en soie, nous avons fait et refait l'amour, je devrais tomber de sommeil et de bonheur mais je ne dors pas. Je ne dors pas.

Les évènements de la semaine passée tournent en boucle dans ma mémoire, comme un mauvais film, et l'article sur la rupture du couple en sonne le glas. Je me répète que je m'en fiche, que tout cela est banal, écrit d'avance mais je ne parviens pas à lâcher prise, à oublier, comme un accident évité de justesse.

Je me lève en silence, le sol en marbre me rafraîchit agréablement, je me dirige vers la terrasse, à la recherche d'un peu d'air. Un souffle froid me fait à peine frissonner, je m'arrête à côté de la piscine privée illuminée. Des lumières diffuses luisent faiblement au loin, dans la lueur des lampes basses les insectes volètent avec frénésie et les parfums lourds de jasmin m'enveloppent, je respire profondément, sous le charme du jardin intérieur entouré de palmiers.

Tout est magnifique autour de moi, un peu trop peut être, comme une photo retouchée, menteuse. Et pourtant tout est vrai, le bleu de la piscine, le rose des fleurs en boutons, le mauve d'une lueur lointaine, du côté de la mer. Je m'assois sur un transat, laissant ma main traîner dans l'eau transparente, me demandant ce que fait Edward à cette heure-ci, avec qui il est, une autre écervelée ou un ami toxique, m'interrogeant sur la gloire trop fugace des étoiles filantes.

Je soupire, il me semble encore entendre sa voix fluette, dans ce lit, en Ecosse, au temps des fantômes et des courants d'air. Il tremblait de froid ou de peur, j'avais sommeil mais le vent soufflait trop fort, les spectres étaient trop proches. Il m'a tout raconté, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur d'être agressé par la foule, le succès un peu trop lourd à porter. Des mots simples, sans fioritures, ceux d'un gamin paumé dans un parc d'attraction. Et puis sa peur de Mortimer, de ne pas être le personnage dont il rêve, de ne pas savoir le satisfaire, que tout s'arrête brutalement, dans un crissement de pneus. Ce sont ses mots « dans un crissement de pneus », je ne sais pas où il a trouvé ça.

Ensuite ses confidences sur une enfance ballotée entre plusieurs lieux, des sœurs un peu cruelles et des études ratées, le cinéma comme seule passion, seul espoir. « Mais qu'est ce qu'on va faire de toi ? » demandait son grand père, déçu par ce petit fils manquant singulièrement de pugnacité. L'aveu de sa paresse et de ses craintes, les cauchemars récurrents et les mauvaises notes, toutes ces fois où il s'était senti nul, tout ce qui lui revenait en boomerang à chaque nouvel échec, l'illusion que le succès guérirait toutes les blessures. Mais le succès ne guérit rien, il creuse les plaies comme le sel car il lui en faut toujours plus, toujours mieux.

L'imposture de sa gloire, la certitude que tout va s'arrêter, le souhait que ça s'arrête, certains soirs. Et puis Bella et ses désirs de célébrité, d'être une star parfaite, une pure image, sa façon de se blottir contre lui et de lui demander : « Tu me trouves belle ? Assez belle ? Tu me protégeras, hein ? Tu resteras avec moi ? » et le silence soudain, dans ce lit.

Edward s'était tu, il ne dormait pas pourtant, il a toussé et murmuré, tout juste assez fort pour que je l'entende : « Je ne peux rien lui promettre tu comprends ? Je l'aime bien, elle est douce mais c'est comme si… comme si j'attendais autre chose… »

Je n'avais tout d'abord pas répondu, pas bronché, puis je lui avais promis d'être son ami, croix de bois, croix de fer, et j'avais fait semblant de dormir, malgré le vent hurlant et les fantômes trop proches.

A suivre…

Merci à ceux qui lisent et reviewent, merci de votre fidélité !

BISOUS A TOUS