DANS UNE CAGE, OU AILLEURS
Chapitre 14
A question of time
Merci à vous tous qui suivez et aimez cette histoire, je suis heureuse de vous retrouver toutes les semaines, fidèlement. Bonne lecture !
"A question of time" est une chanson de Depeche Mode
Demain c'est la Saint Valentin et je n'ai pas de cadeau pour Esmée, c'est la poisse. Je vais envoyer mon assistante lui acheter un truc, n'importe quoi. C'est moche je sais, mais je n'ai pas de temps pour ça. Mon émission sur Brel traine depuis deux semaines, c'est demain la deadline, je n'avance pas. Il ne m'inspire pas, enfin pas autant qu'il le faudrait. En plus nous partons à la fin de la semaine en vacances à Megève, je veux me racheter un nouveau snow, je ne sais pas quand je trouverai le temps de le faire. Au pire j'en louerai un sur place, je ne peux pas me couper en deux, j'ai trop de contraintes déjà.
Je relis le début de mon texte sur Brel c'est bien mais pas suffisant, il y a plus à dire, et mieux. La solution serait de rajouter des images, des extraits d'interviews ou des chansons, mais je m'éloignerais du type d'émission que je veux présenter, davantage fondée sur l'analyse que sur le catalogue de succès.
Ma montre indique presque 19h, l'heure de ma partie de squash avec Patrick, je n'ai pas ouvert tous mes mails ni confirmé mes rendez-vous du mois prochain, c'est la barbe. Je demanderai à mon assistante de le faire, après tout elle est payée pour ça, pas vrai ? Je sais qu'elle m'envie ma notoriété, je lui envie sa jeunesse et sa liberté, on est quitte.
Ma moto se faufile difficilement entre les voitures sur la chaussée mouillée, je devrais plutôt prendre la BMW par ce temps mais ça m'obligerait à partir 20 minutes plus tôt, c'est exclu. Dès mon arrivée Patrick me charrie « la star se fait attendre, c'est bien normal », j'enfile ma tenue rapidement dans le vestiaire, préoccupé par mon émission. Il faudra que je termine mon article ce soir, je n'ai pas le choix. Esmée va encore râler, se plaignant que je ne suis jamais disponible pour elle, c'est ce qu'on appelle une double peine j'imagine. Souvent elle me dit que je devrais abandonner cette émission, trop lourde à gérer et chronophage mais c'est ma danseuse, ma bouffée d'air frais au milieu de l'actualité et des conférences de rédaction. Là au moins je fais ce que je veux, je suis mon propre maître et j'impose mes propres idées –du moins quand j'en ai.
Après la séance, sportive et rapide, comme je l'aime, je suis mouillé de sueur de la tête aux pieds mais je me sens bien, enfin détendu. Débarrassé des scories du stress et des incertitudes, une douche chaude et un bon thé vert au bar vont me remette sur pied.
Je rejoins Patrick déjà installé devant son jus de citron pressé, en train de grignoter des cacahuètes en louchant sur les minettes qui papotent non loin de là.
- Tu crois que c'est une bonne idée les cacahuètes après une séance comme celle-là ?
- Justement, si je ne peux pas en manger maintenant quand est-ce que je pourrai le faire ? dit-il en engloutissant une nouvelle poignée.
- Jamais. A notre âge, c'est mieux, dis-je en jetant un œil sur son début de bedaine mal caché par son polo de marque.
- Tout le monde n'a pas la chance d'avoir ton physique avantageux, mon gars. Et puis moi je fais de la presse écrite, c'est moins grave. Quand on est speakerine, c'est plus difficile, c'est sûr…
- Ah ha. Très drôle.
- Comment tu fais pour avoir toujours bonne mine comme ça ?
- Crème teintée « bonne mine » spéciale hommes. Un cadeau de mon épouse.
- La bienheureuse ! Elle ne connaît pas son bonheur, cette biche là. Tu vas la gâter pour la St Valentin j'imagine ?
En dégustant à petites gorgées mon thé brûlant je hausse les épaules, agacé. S'il savait ! Je n'ai même pas réservé de restaurant encore, j'envoie discrètement un texto à mon assistante, qui devrait encore être au bureau à cette heure-ci. Patrick surprend mon geste et exulte :
- Me dis pas que tu as oublié de lui acheter un cadeau et que tu demandes à ton esclave-stagiaire de le faire pour toi !
- Non, non. Juste une idée pour mon émission, que je dois boucler ce soir. Et toi, tu sors avec Marine demain soir ?
- Hum… non. A vrai dire j'ai rendez-vous avec une femme charmante, qui n'a pas encore la chance d'être mon épouse, hélas.
- Attends, me dis pas que tu trompes encore Marine ? Je croyais que tu voulais t'amender, que tu lui avais promis de ne plus sortir du droit chemin, la dernière fois ?
Il grimace et pousse un petit soupir :
- Oui, c'est vrai, c'est ce que j'avais dit, la dernière fois. Ce que je lui avais promis, en tout cas. Mais que veux-tu, le monde est plein de jolies femmes et je ne suis qu'un homme, hélas.
- … ? c'est tout ce que tu as trouvé comme excuse ?
- Quelle excuse ? C'est vrai ! Je passe plus de temps au boulot qu'avec ma famille, et l'adultère est le passe-temps favori des franciliens, c'est bien connu. Comment je peux résister moi ?
- En ne regardant pas les autres femmes, par exemple, dis-je d'un ton sentencieux.
- Allez, même toi tu regardes les autres femmes, avoue !
- Pas du tout. Et quand bien même, je ne couche pas avec elles. C'est trop dangereux, quand on est connu.
Patrick me file une grande bourrade dans le dos, hilare :
- Ah ! c'est ça ta fidélité ? La peur d'être pincé ? C'est comme la peur du gendarme sur la route alors ?
- Crétin. Pas du tout. J'aime Esmée.
- Tu crois quoi ? Moi aussi j'aime Marine, mais elle ne me fait plus bander. Plus assez. Et puis la vie est trop courte pas vrai ?
J'avale une grande gorgée de thé brûlant, je n'irai pas sur ce terrain-là. Je le lance sur son sujet favori, un homme politique d'extrême gauche qu'il admire particulièrement et j'acquiesce de temps en temps, mollement. J'espère que Mme Dios nous a préparé ses fameuses lasagnes de courgettes aux légumes provençaux, j'ai vraiment faim, là, et j'ai sauté le déjeuner, pris par une réunion d'équipe interminable. Lily et Tara seront déjà au lit quand je rentrerai, j'irai leur faire un petit bisou discrètement, je me réjouis à l'idée de partir à la neige avec elles, je nous imagine déjà sur une luge, en train de rire aux éclats et je souris.
- Pourquoi tu souris ?
- Je pense à mes filles et à nos futures vacances, c'est tout.
- Ben voyons. Les sports d'hiver avec les gosses, c'est ce qu'il y a de pire. Faut les lever tôt, dès qu'ils ont mis leur doudoune ils ont envie de pisser, ils arrêtent pas de perdre leurs gants et leur forfait, ils tombent de sommeil dès 18heures, juste quand on a envie d'un petit apéro…
- Bon, je vais te laisser Patrick, il est tard déjà. A la prochaine ? dis-je en sautant sur mes jambes et en m'éloignant.
Mes soirées sont précieuses, surtout en semaine, je ne veux pas les gâcher à écouter des platitudes. J'adore Patrick mais il me saoule certains soirs, j'ai besoin d'autre chose. Ma moto circule facilement sur le périph fluide, doublant quelques camions étrangers, je cherche des idées pour mon émission, pas question de travailler jusqu'à minuit, ce soir.
oOo oOo oOO
Esmée bavarde au téléphone quand j'arrive, elle me fait signe de la rejoindre sur le canapé et me tend une pile de courrier que je survole distraitement, en zappant sur les chaines info mises en sourdine. Une bonne odeur vient de la cuisine, je lui fais signe d'abréger sa conversation, elle hausse les épaule, agacée. Je parie que c'est Charlotte, elles s'appellent presque tous les jours, pour se raconter quoi ?
Soudain un titre défilant me coupe le souffle, j'ai dû mal lire : « Cinéma : Cullen hospitalisé, accident ou suicide ? », je monte le son, Esmée me file un petit coup sur le bras, mécontente puis se lève, je n'y accorde aucune attention. Je zappe entre les chaînes jusqu'à tomber sur l'explication du titre : Edward a été hospitalisé à Londres, où se déroulait une partie du tournage de Mortimer, officiellement en raison d'une intoxication alimentaire.
Le jeune reporter filmé devant les grilles de l'hôpital parle des hordes de jeunes filles qui ont pris d'assaut l'entrée de l'hôpital et des rumeurs qui courent : cocktail alcool et médicaments, overdose, suicide ? Des témoins - Qui ? Lesquels ? Trouvés où, sur le trottoir de l'hôpital ?- racontent que la star se plaignait de violents maux d'estomac depuis plusieurs jours, que le tournage avec son ex-fiancée était particulièrement difficile –tu parles d'un scoop !- et que le réalisateur se refusait à toute déclaration. Ses jours ne seraient pas en danger conclut le reporter en affrontant une nouvelle rafale de pluie, je change de chaîne.
- Bon Carlisle tu viens dîner ? Il est tard déjà !
- Attends, je regarde juste un truc, là.
- Encore les infos ? Décroche, par pitié, t'es plus au boulot ! Dépêche-toi, ça va refroidir et j'ai besoin de toi pour ouvrir ce petit bourgogne que conseille mon guide d'œnologie.
Comme je ne réponds pas, elle insiste puis vient s'asseoir à côté de moi :
- Qu'est ce qui se passe ? Qui est mort ?
- Personne pour l'instant. C'est Edward Cullen qui est à l'hôpital, à Londres.
- Overdose j'imagine ?
- Pas sûr. Pourquoi ?
- Pff, ces jeunes ne pensent qu'à se remplir le nez de poudre c'est bien connu. Quelle misère ! Quand on sait que les filles sont folles de lui et lui ne cherche qu'à se foutre en l'air. Révoltant. Mais tu le connais bien, non ?
- Oui. Non. Un peu. Ca me fait bizarre. Le pauvre…
- Le pauvre ? Tu le plains maintenant ? Tu sais bien comment ils sont, tous, non ? Je ne comprends pas que ça t'étonne. Bon, on mange ?
J'acquiesce machinalement, sous le choc. Je l'imagine sur son lit d'hôpital et ça me fait mal au cœur, je ne sais même pas pourquoi. Pauvre gamin, il n'a pas mérité ça. J'espère qu'il n'a pas essayé d'en finir… je consulte discrètement mes mails sous la nappe, non rien, ouf. Juste un de mon rédacteur en chef : « Cullen à l'hôpital à Londres. Tu pourrais pas nous avoir une petite déclaration de Mortimer ou une interview ? ». J'éteins mon bidule, écœuré.
oOo oOo oOo
Je me lève après une nuit pénible, entre les heures passées à finir mon papier sur Brel et le temps perdu à suivre les infos en live sur le net, guettant des nouvelles d'Edward. Rien de neuf bien sûr mais des articles à l'avant goût de nécrologie sur le thème « vivre vite et faire un beau cadavre » cher à James Dean, des interviews exhumées et des petites phrases sorties de leur contexte, tout un fatras insupportable qui me donne envie de crier : « foutez-lui la paix, vous ne le connaissez pas, personne ne le connaît ». Mais je me tais, bien sûr, c'est le milieu de la nuit. Et je suis seul devant mon ordi, comme un con.
Je ne suis pas vraiment inquiet, je sais que ça arrange tout le monde qu'on le croie mourant ou mort, ça fera vendre du papier pour un petit moment, une véritable aubaine peu avant les oscars. Si je ne le connaissais pas je penserais moi aussi avec cynisme qu'il a fait ça pour se faire de la pub bon marché, au moment où sort le denier volet de la saga qui l'a rendu célèbre, mais ça ne lui ressemble pas.
A mon arrivée au bureau j'improvise une petite revue de presse, entre dépêche AFP crédible –rien de neuf, il est sous contrôle médical- et gros titres de la presse people sur le net, « Les vraies raisons du geste de Cullen » « De l'amour à la mort » « L'éclipse d'une étoile filante », tous moins sérieux les uns que les autres. Les hordes de filles s'accumulent devant l'hôpital, l'une d'elle s'est même fait passer pour une infirmière pour l'approcher et lui dérober ses sous vêtements –non là vraiment on croit rêver- puis les photos volées de ses parents et d'une de ses sœurs à l'entrée des urgences, cliché banal de M et Mme Tout le Monde se rendant au chevet d'un proche malade, la discrétion en moins.
J'étudie cette photo quelques instants, cherchant une ressemblance, ému par leur détresse. Eux aussi ça les dépasse tout ce tintouin, ils n'en demandaient pas tant, ils n'ont même pas mis de lunettes noires pour montrer ce qu'ils veulent cacher –phrase chère à Gainsbourg- contrairement à Bella qui offre un visage de madone éplorée derrière ses Ray ban, très photogénique.
Après la réunion de travail de 10h sur la campagne présidentielle, houleuse, Thierry, mon rédacteur en chef me coince devant la machine à café :
- Tu vas bien, Carlisle ?
- Oui, oui, ça va merci, je réponds sans respirer.
- Tu n'as pas bonne mine dis-moi. Beaucoup de boulot ? fait-il avec une fausse sollicitude crispante.
- Oui, et pas assez de maquillage, faut croire. Avec un bon fond de teint ça ira, et je pars au ski la semaine prochaine, avec les filles.
- Ah, parfait. Au fait, tu as reçu mes messages ?
- Hum… non, je sors de réunion. A quel sujet ?
- Cullen. Tu le connais, non ?
- Oui, comme tout le monde, je réponds en essayant de prendre la tangente. Excuse-moi, j'ai une réunion téléphonique dans une minute.
- Attends. Hier j'avais oublié que tu l'avais rencontré en Ecosse, je pensais que tu ne connaissais bien que Mortimer, mais non, lui aussi tu l'as côtoyé, et il parait que vous étiez proches. Tu es la personne idéale pour dégotter une interview, ou au moins quelques mots, dès qu'il ira mieux.
- Quoi ? Pas du tout, je le connais à peine, je n'ai fait que le croiser chez Mortimer, je n'ai pas échangé trois mots. Je suis sûr qu'il ne se rappelle même pas de moi.
- C'est pas ce que m'a dit Georges tout à l'heure, il paraît que vous avez passé la nuit ensemble. Ca crée des liens, non ?
- C'est des conneries, dis-je brusquement en broyant le gobelet plastique entre mes doigts. C'est faux, il raconte n'importe quoi. Et je n'ai pas l'âme d'un vautour, je suis désolé.
Je commence à m'éloigner quand la voix narquoise de Thierry me parvient :
- Tu te défends drôlement fort, pour un innocent. Et n'oublie pas que tu es journaliste, avant tout. C'est ton boulot de couvrir les évènements, excuse-moi de te le rappeler. Je pourrais très bien t'ordonner d'aller à Londres, si j'estimais ça nécessaire.
- Tu te fous de moi ? Aller à Londres pour une intoxication alimentaire, tu parles d'une actualité brûlante ! Tu fais des piges pour « Voilà » ou quoi ? je rétorque en revenant sur mes pas, menaçant. Tu cherches quoi, au juste ?
Thierry sourit puis soupire :
- Juste une petite interview que la chaîne concurrente n'aura pas. Si Cullen est ton ami, il ne te la refusera pas, n'est-ce pas ? Ca lui permettra de donner sa version des choses, de démentir les rumeurs de suicide –s'il s'en sort évidemment. Ou alors tu pourrais dire quelques mots à son sujet au JT de demain soir, de l'inédit. C'est ton job, Carlisle.
- Ce n'est pas ma façon de concevoir mon métier de journaliste, et ce n'est pas mon ami. Je n'ai pas d'amis dans ce métier, c'est un principe. Désolé, dis-je en tournant les talons, agacé.
Je sens le poids de son regard sur ma nuque, je sais qu'il n'abandonnera pas si facilement, mais moi non plus.
oOo oOo oOo
Le même soir je suis face à Esmée, sublime dans sa robe Gucci et merveilleusement maquillée, trônant à la meilleure table dans son restaurant préféré, à m'interroger ce que contient la boîte que je lui tends –choisie par Stella, mon assistante. Sans compter les paires d'yeux curieux des autres clients, qui n'en ratent pas une miette.
- C'est quoi ? murmure Esmée en ouvrant ses grands yeux ourlés de mascara.
- Une surprise, dis-je en essayant vainement de me souvenir de ce que Stella m'a dit en me donnant le paquet.
Je prie intérieurement pour qu'elle ne soit pas passée à côté, je ne veux pas d'ennuis avec Esmée, pas ce soir. Romance et amour obligatoires, un soir de St Valentin.
- Oh mon chéri comment tu as deviné que j'en mourais d'envie ? glousse-t-elle en extirpant triomphalement un bracelet à grosses perles de la boîte. C'est génial, on achète une nouvelle perle - ou plusieurs- à chaque anniversaire, comme ça le bracelet est à chaque fois différent. Regarde comme elles sont belles celles-ci… C'est une merveilleuse idée mon amour…
Le champagne qui picote sur ma langue est le point d'orgue de ce moment de pur bonheur, je vais augmenter Stella, c'est une perle, elle aussi. Nous commandons le menu St Valentin et le vin le plus cher, standing oblige, Esmée me couvre d'un regard amoureux, je suis heureux.
Un couple s'approche de nous, la femme se penche vers Esmée et elles commencent à discuter, je comprends que c'est une vieille amie d'enfance perdue de vue, on n'est pas sortis de l'auberge. Je consulte discrètement mes mails et l'actualité sous la nappe, la nouveauté du soir me frappe comme une gifle « Cinéma : Bella accuse Mortimer de harcèlement », on parle même d'une plainte qui aurait été déposée contre lui, au nom de Cullen, je sens qu'il doit être heureux, le père Mortimer, en ce moment. Lui qui voulait que rien ne filtre. Bien fait, me dis-je en éprouvant une satisfaction intense.
- Tu lis quoi ? demande Esmée, légèrement agacée.
- Les rebondissements de l'affaire Cullen. Il paraît que sa fiancée accuse Mortimer de mauvais traitements, il y aurait même une plainte pour harcèlement.
- Non ? Carrément ? Enfin, il l'aura bien cherché, j'imagine. Ca t'étonne ?
- Non, pas vraiment. Enfin, la manière dont il traite ses acteurs ne m'étonne pas, il ne s'en est jamais vraiment caché, en off. Mais que ça sorte comme ça dans la presse, oui ça m'étonne, dis-je en attaquant mon tartare de St Jacques.
- Ah bon ? Tu étais au courant ?
- Enfin Esmée, tu sais bien ce que c'est. C'est comme pour les affaires de mœurs : tout le monde est au courant mais personne ne parle, sous couvert de respect de la vie privée. Ce qui se passe sur un tournage reste top secret, toute l'équipe signe une clause de confidentialité. Et avec Mortimer ils la respectent, je peux te le dire.
- Mais ça devient de la non assistance à personne en danger, non ? demande mon épouse qui a fait du droit, il y a longtemps.
- La frontière est mince, c'est vrai. Mais c'est pas évident de dénoncer quelqu'un, tu sais.
Elle se tait quelques instants, absorbée dans ses pensées, je me demande comment l'affaire va évoluer, priant que Thierry ne m'en remette pas une couche avec son refrain « Toi qui connais bien Mortimer et Cullen, blablabla… ».
- Mais quand tu y étais, il se comportait comment avec eux ? insiste Esmée en sirotant son verre.
- Oh, bien. Enfin, il y avait bien quelques piques, de temps en temps, mais c'était de l'humour…enfin j'espère me dis-je en grimaçant malgré moi.
- C'est fou non, comme les réalisateurs se croient tout permis avec leurs acteurs, comme s'ils étaient de simples pions. C'est effrayant, tu ne trouves pas ?
J'acquiesce, essayant d'oublier les mots de Mortimer et son mépris assumé, mal à l'aise. Aurais-je dû réagir, à l'époque ? Pour dire quoi ? Ca aurait changé quoi ? Le réalisateur m'aurait mit à la porte, point final. Ce type d'individu se croit intouchable et au-dessus des lois, jusqu'à ce que la justice s'en mêle. C'est juste dommage que ce soit tombé sur Edward, c'est tout.
- Tu l'avais vu à Noël, Cullen, non ? reprend Esmée.
- Oui. Et alors ?
- Tu lui as envoyé un message ? Non ? Tu pourrais peut être prendre de ses nouvelles, ce serait sympa.
Je lève un sourcil, surpris.
- Oui, j'y ai pensé, mais…
- Ca ne mange pas de pain, reprend mon épouse. Si ça le dérange, il n'a qu'à pas répondre.
- Tu crois ?
- Ben oui. Pourquoi pas ?
- Thierry m'en a déjà parlé mais lui voudrait que j'en profite pour faire une interview, enfin tu vois ce que je veux dire…
- Quel rapace, celui-là ! Non, envoie-lui tes vœux de prompt rétablissement, c'est la moindre des choses.
- OK, dis-je en sortant mon Iphone de ma poche sous l'œil franchement réprobateur du maître d'hôtel.
Carlisle. TVcom : Hello my friend. Désolé de ce qui t'arrive. Comment vas-tu ?
Un peu laconique mais bon, rien d'autre ne me vient. Le serveur nous apporte le Bar poché avec ses petits légumes, nous bavardons de nos prochaines vacances à Megève quand je sens un frémissement dans ma poche.
Teddy. Hollycom: Great.
Bon, visiblement il n'a pas envie de discuter, moi non plus, ça tombe bien.
Affaire réglée.
Des bouchons de champagne et des flashs explosent autour de nous, les femmes sont éblouissantes au reflet des chandelles et les hommes amoureux, je souris à la femme de ma vie. Le bonheur parfait, comme dans les magazines.
Pourtant, si j'avais su ce qui m'attendait, j'aurais pris un dessert, je crois.
A suivre… Voilà, vous vouliez des nouvelles d'Edward, vous en avez… RDV très bientôt pour la suite !
Merci à ceux qui lisent et reviewent, vos messages sont un vrai bonheur ^^
