DANS UNE CAGE, OU AILLEURS

Chapitre 15

Bad News

Bienvenue pour la suite de cette histoire, je vous souhaite une bonne lecture !

« Bad news » est une chanson de Moon Martin.

Lily et Tara hurlent comme des folles sur leur luge, elles tombent dans la neige dans un grand éclat de rire, j'ai mal aux bras. Elles ne sont pas lourdes mais traîner la luge en plastique avec elles dessus commence à me fatiguer, surtout en remontant. Bon, bientôt l'heure du goûter, après ce sera la piscine chauffée de l'hôtel avec vue imprenable sur les monts alentour, un vrai bonheur.

Tara a les nez qui coule et les joues toutes rouges, j'aperçois un bonnet rose dans la neige, mince, c'est celui de Lily. Si je rentre sans lui je vais entendre Esmée, elle sait toujours ce que les filles portent, malheur à moi s'il manque quelque chose. J'aperçois le mont de la Giettaz au loin, entouré de nuages, Esmée est en train de skier, la veinarde. Elle n'a pas voulu qu'on inscrive les filles au mini-club hors de prix « Je ne pars pas en vacances pour me débarrasser des filles » me serine-t-elle comme une antienne, je jette un regard envieux aux parents qui se délestent des gamins le matin pour ne les retrouver qu'à la piscine ou à la douche, le soir.

Du coup on passe chacun une demi-journée avec elles, la luge c'est sympa mais à force… heureusement qu'elle accepte de les faire garder le soir pour qu'on puisse dîner tranquillement aux chandelles dans les restaurants de la station, même si le baby-sitting coûte pratiquement aussi cher que le repas.

- Encore une fois, papa ! glapit Lily qui préfère nettement la luge à ses premiers cours de ski.

- Vi ! vi ! approuve Tara en tapant dans ses mains.

- Ouh là là, il va être quatre heures, il va falloir goûter les chéries, vous connaissez votre mère, elle est très à cheval sur les horaires.

Bon, en ce moment elle doit plutôt être à cheval sur le tire-fesses mais bon… Après une dernière descente nous allons commander deux grands chocolats mousseux au bar de la station et un thé vert pour moi, elles gloussent encore de plaisir mais les yeux de Tara commencent à papillonner, je pressens qu'elle va sauter l'étape piscine pour aller directement se coucher, elle n'a pas voulu faire la sieste en début d'après-midi. Je sens les regards attendris des autres clients sur nous, leurs petites têtes blondes émeuvent bien des couples, à moins que ce ne soit la mienne, un peu connue. Heureusement la clientèle de Megève est plutôt discrète, je ne suis pas importuné à chaque coin de rue, même avec mes lunettes noires.

Au moment où nous allons repartir mon portable vibre dans ma poche, j'espère que ce n'est pas encore Thierry ou je balance le bidule à la poubelle. Je suis en vacances, merde ! Evidemment c'est lui, j'éteins l'écran avec un juron, la prochaine fois je partirai dans un coin où le réseau ne passera pas. Tara ne veut plus avancer et commence à gémir, je la soulève avec difficultés, elle est lourde dans son équipement de cosmonaute, on dirait un bibendum. Lily gémit à côté qu'elle est fatiguée et qu'elle ne peut plus marcher –pure chantage affectif- je la menace de l'inscrire à l'école de ski toute la journée, le lendemain.

On rentre cahin-caha à l'hôtel, je dépose Tara toute habillée dans son lit, elle dort à poings fermés. Je sais que je vais me faire engueuler par Esmée mais tant pis, je n'ai pas le courage de la mettre en pyjama, surtout que Lily me tire par la jambe :

- On va à la piscine hein papa, t'avais promis !

- Mais tu vois bien que Tara dort, on ne peut pas la laisser toute seule à la maison !

- Mais si, puisqu'elle dort… Allez, t'avais promis, viens. Viens, papa…

- Mais enfin Lily…

Ses grands yeux se remplissent de larmes, ça y est, c'est parti pour une crise.

- Chuuut… tu vas réveiller ta sœur, Lily. Tais-toi !

- Mais je veux aller à la piscine, t'avais promiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis…

- Oh misère. OK, je vais envoyer un SMS à ta mère, dès qu'elle sera là on pourra y aller, promis.

- Mais quand ? C'est trop long. T'avais dit après le goûter papa, t'avais promis !

- Calme-toi ou on n'ira nulle part, dis-je en m'affalant sur mon lit. Je suis déjà crevé, alors…

- Papaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa… qu'est ce que je vais faire en attendant ? Je peux regarder la télé, dis ?

- OK, OK, dis-je sans ouvrir les yeux. Ta mère va être folle de rage mais on ne peut pas se battre sur les terrains, pas vrai ?

Elle sautille toute contente jusqu'au salon attenant, je m'aperçois que j'ai trois nouveaux messages de Thierry. La barbe. En soupirant je le rappelle, il n'abandonnera pas, je le connais.

- Dis donc mais c'est du harcèlement, Thierry ! Tu sais que je suis en vacances ? Je pourrais te traîner devant les tribunaux pour ça !

- Ben justement tu vas être content, tu vas bientôt t'y retrouver devant les tribunaux, mon gars.

Un frisson désagréable me secoue, je ferme la porte communicante entre notre chambre et le salon :

- C'est quoi ces conneries ?

- L'affaire Cullen, suite et pas fin. Bella veut te faire citer comme témoin dans sa plainte contre Mortimer. Tu n'es pas le seul, rassure-toi, elle a assigné toute l'équipe de tournage ou presque. Sauf que personne ne veut parler, étrangement.

- Moi ? Mais pourquoi moi ?

- Tu lui as fait forte impression, il faut croire. Félicitations. Je crois tout bonnement qu'elle se souvient de ton nom et pas de celui de tes deux acolytes, c'est tout.

- Mais c'est impossible ! Je n'ai rien à voir là dedans, rien du tout. Je ne me souviens de rien, de toute façon.

- Bravo pour ton courage mon vieux. Enfin, tu verras ça avec ta conscience…

- Quoi ? C'est un cauchemar ou quoi ? Attends, tu me fais une blague, hein ?

- Tu parles d'une blague. On a reçu un courrier très officiel de son cabinet d'avocats, à Londres, je suppose que tu dois avoir un recommandé chez toi. Et ça n'a rien de la blague, crois moi.

- …

- C'est une affaire en or pour toi, Carlisle, tu te rends compte ?

- Comment ? Attends, tu te fous de ma gueule, là, dis-je en me relevant du lit d'un bond.

Merde, c'est encore pire que ce que je croyais. Un sentiment d'irréalité me saisit, je suis journaliste donc extérieur aux scandales, je ne veux pas basculer de l'autre côté de l'écran. Pas question.

- Mais c'est du pain bénit, Carlisle ! Je ne vois pas pourquoi tu t'affoles, tu n'es que témoin, pas accusé. Tu diras ce que tu as vu, tu auras accès à beaucoup de points du dossier, c'est une vraie aubaine. Et l'impact médiatique de ton émission va être multiplié par dix, tu te rends compte ? On va la rediffuser en prime dans « sujet d'enquête », je suis en train de la vendre aux télés étrangères, cette émission va devenir une preuve, tu vas être une star…

- Attends, attends, t'affole pas. Si je dois témoigner il y a aura le secret de l'instruction et…

- Mais on s'en fout du secret de l'instruction ! Tu seras au cœur du dossier, tout le monde parlera de toi et de ton émission, on montrera enfin du doigt les abus des harceleurs, je sens que les suicides et autres risques psycho sociaux vont redevenir le sujet à la mode… Vraiment tu as eu le nez fin en tournant ce sujet chez lui, alors là bravo. Le patron de chaîne est très fier de toi, d'ailleurs il veut te rencontrer à ton retour…

- Mais je… Bon, faut que je te laisse, dis-je en me retrouvant face à Esmée, très fâchée de trouver Tara toute habillée au lit et Lily devant les toons.

Je sens que ce n'est que le début de mes ennuis…

oOo oOo oOo

Esmée picore dans sa salade savoyarde, j'attaque mon troisième verre de vin blanc.

- Tu ne vas pas sérieusement manger tout ça ! dit-elle en grimaçant devant ma raclette.

- Ben si, tu vois. Je vais manger tout ça et je prendrai peut être même un dessert, si ça me dit. Mes vacances sont gâchées alors je compense, c'est comme ça.

- Tu ne crois pas que tu dramatises un peu ? Tu n'as rien reçu pour l'instant, tu n'es même pas censé être au courant…

- Ca s'appelle la politique de l'autruche chérie, l'avis de passage du facteur du recommandé est dans notre boîte aux lettres à Clamart, j'en suis sûr, dis-je en baissant la voix pour ne pas être entendu par les voisins.

Le petit restaurant savoyard est charmant mais nous sommes confinés dans une espèce de grotte et le couple à la table d'à côté semble s'ennuyer ferme. En fait je parie qu'il ne perd pas une miette de ce qu'on dit, nous allons être son sujet de conversation du dessert, après les profiteroles.

- Oui mais là on n'est pas à Clamart, on est à Megève, demain je me suis inscrite pour faire une randonnée au chemin du calvaire et personne ne m'empêchera d'y aller. Tu ne penses pas sérieusement à abréger notre séjour, quand même ?

- A vrai dire…

- Non mais c'est pas sérieux ! Pour si peu ? Tu n'es pas cité à comparaître, tu n'es que témoin dans cette affaire !

- Chuuuut… moins fort. Tout le monde écoute…

- Mais c'est quoi cette parano Carlisle ? Vraiment je ne te comprends pas. En tant que journaliste tu en as vu d'autres, non ? Pourquoi tu en fais toute une histoire ?

- Oui, en tant que journaliste j'ai vu beaucoup de choses mais je n'étais pas impliqué…

- Mais tu n'es pas impliqué ! Qu'est-ce qui te dérange à ce point ?

- La récupération. Ca va faire un foin pas possible dans les média, la chaîne va en profiter pour en tirer tout le bénéfice possible, je n'ai pas fini d'en entendre parler… dis-je en couvrant les pommes de terre par le fromage chaud. En fait, ce qui me gêne c'est que je vais sortir de l'ombre. Je veux présenter les infos, pas en faire partie.

Esmée plisse le nez devant mon assiette, ça doit représenter sa ration calorique de la semaine, à peu près. Elle se cale dans sa chaise et m'observe attentivement :

- A ce point là ?

- Oh oui, crois moi. Compte sur Thierry pour exploiter et surexploiter l'affaire, il rêve déjà d'un documentaire exclusif dessus, j'en suis certain. Avec moi des deux côtés de la caméra. Rapace…

Elle hausse les épaules, dubitative, puis me fixe avec intensité :

- Ca pourrait être bon pour ta promo, non ?

- Si je suis d'accord pour vendre mon âme, oui.

- Ton âme ! Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?

- Tu as envie de te retrouver en première page des journaux avec les filles ?

- En première page ? Mais je ne vois pas pourquoi ! Il y a un truc que je ne comprends pas, dans cette histoire, ou alors tu me caches quelque chose.

- Mais non, bien sûr que non, dis-je un peu trop rapidement.

- Si si, Carlisle, je te connais. C'est quoi ?

Je termine mon verre, je suppose qu'il vaut mieux tout avouer tout de suite, avant que ça ne me pète à la gueule. De toute façon je n'ai rien à me reprocher, à part le silence.

- Disons que… ça me gêne d'être impliqué là dedans à cause de Cullen, que je connais bien. Je ne voudrais pas qu'on m'extorque des confidences ou je ne sais quoi, ou qu'on me jette le passé à la figure.

- Le passé ? Avec Cullen ? Non mais de quoi tu parles, là ? fait-elle en ouvrant de grands yeux, alors que le serveur nous enlève nos assiettes.

Il me semble que le couple à côté se penche pour mieux entendre, je baisse la voix :

- Voilà, c'est complètement idiot mais on a passé une nuit dans la même chambre, en Ecosse, parce qu'il y avait des f… des fuites d'eau, dis-je en bafouillant. Bon, il a dormi sur le fauteuil mais Mortimer est au courant – mon équipe aussi- et… c'est débile mais je ne voudrais pas que ça se sache, je vais être la risée du métier.

- Quoi ?

Esmée ouvre de grands yeux puis éclate de rire, essayant vainement de se cacher derrière sa serviette. Tout le monde nous regarde, c'est réussi.

- Non mais tu rigoles ? Et c'est pour ça que tu te fais du mouron ? Mais c'est ridicule ! N'importe quoi ! Ah ah ah ! Elle est bonne celle-là !

- Et bien si j'avais su que ça te ferait rire autant je t'en aurais parlé avant, dis-je avec humeur.

- Et c'est ça que tu crains ? Mais tu divagues mon pauvre Carlisle… Tout le monde sait que tu es marié, personne ne gobera une histoire pareille !

- Que tu dis. Les tabloïds sont à l'affût de tout, tu sais. Et Edward…

- Quoi Edward ? Il n'est pas gay, si ?

- Non. Enfin, je ne sais pas. Tout est possible tu sais…

- Alors là tu délires complètement mon pauvre Carlisle, fait-elle en secouant la tête comme si j'étais idiot.

Je me redresse sur ma chaise, un peu vexé, alors que le serveur nous apporte la carte des desserts :

- Quand tu sauras le fin mot de l'histoire tu rigoleras moins, je te le dis. Figure-toi que Mortimer s'est servi de ça pour foutre la merde entre Bella et Edward, et c'est pour ça qu'ils ont rompu. Tu commences à voir le topo ?

- Quoi ? Mais pourquoi il a fait ça ? dit-elle, soudain sérieuse.

- Parce que c'était son scénario. La grande théorie de Mortimer c'est que les acteurs ne sont bons que lorsqu'ils vivent réellement les situations. Il a donc fait en sorte que ce soit le cas… si ça se trouve il a fait exprès de leur filer une chambre pourrie…

- Tu ne crois pas que tu te fais un film, justement ?

- J'espère ma chérie, j'espère… mais avec Mortimer…

Elle se commande une verveine, je prends une coupe colonel avec l'espoir que ça m'aide à digérer. A sa première gorgée elle me jette un regard étrange, un peu suspicieux, je lui souris avec tendresse, du moins ce que je sais faire de mieux, vu les circonstances.

oOo oOo oOo

L'avion commence à tourner au-dessus d'Heathrow, j'ai des remontées acides et un nœud à l'estomac. Ma voisine termine de me raconter sa retraite dans une abbaye dont je n'ai pas retenu le nom, je n'ai rien écouté. J'ai vaguement hoché la tête pendant la traversée tout en gardant résolument les yeux fixés sur le hublot, ça ne l'a pas dérangée. J'imagine que son mari doit utiliser la même technique à la maison, donc elle n'est pas dépaysée. Elle me glisse sa carte de visite dans la main, je la fourre dans ma poche sans même la regarder, je la jetterai dans la première poubelle, à l'aéroport.

Dès que je traverse l'aérogare je grimace, toutes les unes des tabloïds sont noircies de l' « affaire Cullen », on le voit partout, sortant de l'hôpital caché derrière son grand col, un peu frêle quand même. A ses côtés Bella fait une tête de veuve digne, je présume que l'incident a dû les rapprocher, unis à présent contre un ennemi commun : Mortimer.

Le réalisateur on l'aperçoit en petite vignette au coin des premières pages, barbu et sombre, le pervers parfait. Les plus grands réalisateurs et quelques critiques lui ont apporté leur soutien, justifiant les « mauvais traitements » par la nécessité de l'art, l'art qui est toujours une souffrance, d'ailleurs Gauguin lui-même, bla bla bla…. Les jeunes acteurs ne sont-ils pas des têtes à claques, n'ont-ils pas mérité, voire désiré, le traitement qui leur a été infligé ? On appelle quelques psys à la rescousse et l'agresseur devient l'agressé, phénomène banal.

Moi-même j'ai revu avec dégoût mon émission sur lui, largement laudatrice, me sentant un peu honteux. Le génie cachait la fripouille, je ne pouvais pas l'ignorer. « Il faut nier, nier toujours, m'a seriné Christian mon ami avocat, tu n'as rien vu, tu n'étais au courant de rien. C'est la seule façon de t'en sortir ». C'est clair, c'est ça ou des ennuis avec la justice, je ne connais pas les lois anglaises mais la non dénonciation de harcèlement fait de moi un complice. Ce que je suis peut-être, mais c'est un autre problème…

Le taxi me conduit directement à mon hôtel, le St Edward Palace, confortable et bien placé, j'appelle Esmée dès mon arrivée dans la chambre. Les filles ont pleuré à mon départ, ce qu'elles ne font jamais d'habitude, j'ai un peu le blues je crois. J'ai autant besoin d'elles qu'elles ont besoin de moi, voire plus, au moment où tout semble m'échapper. C'est la même sensation qu'en moto quand rien ne répond plus, on est cruellement conscient de ce qu'il faudrait faire pour rétablir l'équilibre mais rien ne fonctionne parce qu'on n'a plus les commandes, le sol se rapproche si vite qu'on est déjà à terre, exsangue.

Je me commande un repas tout en zappant –tiens, le volcan islandais s'est réveillé- je prendrai deux somnifères après, j'espère dormir. De chaîne en chaîne je croise la silhouette dégingandée d'Edward, dont je n'ai plus eu de nouvelles. Comment ai-je pu me foutre dans un pétrin pareil, pourquoi ?

oOo oOo oOo

Un mince rayon de soleil essaie de se frayer un chemin entre les nuages, le trottoir est mouillé, je cherche mon taxi avec la tête qui tourne un peu après toutes les questions en rafale de la Police, au sujet de mon émission. Heureusement j'ai tenu bon, je n'ai pas flanché et je suis resté sur la même ligne de conduite : je n'ai rien vu pendant la semaine en Ecosse, pas de réprimandes ni de remontrances, à part quelques piques « amicales » à table. Oui, c'est moche, je sais.

- Comment, vous n'étiez au courant de rien ? a répété plusieurs fois l'homme en costume devant moi.

- Non.

- Vous n'aviez jamais entendu de rumeurs ?

- Ah si, des rumeurs il y en avait, il y en a toujours eu mais de par mon métier je me méfie des rumeurs, et je ne crois que ce que je vois.

- Et là vous n'avez rien vu ?

- Non.

oOo oOo oOo

Au moment où je boucle ma valise je vois une partie de mon émission sur Mortimer sous–titrée en anglais, les journalistes en plateau s'interrogent sur l'objectivité des médias, j'éteins brusquement le poste. Ca va être de ma faute bientôt… je ne suis pas sûr de sortir grandi de l'affaire, même si ma direction me promet monts et merveilles.

Le seul point positif a été de mettre les choses au clair, je n'ai croisé aucun des autres protagonistes, pas plus Mortimer que Bella ou Edward et personne n'a évoqué la « fameuse nuit », ouf. Je vais enfouir ces péripéties au fond de ma mémoire, bien profond, et passer à autre chose.

La police m'autorise à repartir après m'avoir entendu deux fois, j'espère ne jamais remettre les pieds à Londres pour cette affaire. Moi qui adore cette ville je suis resté prostré dans ma chambre sans raison, le cœur à marée basse. Je n'ai même pas acheté de souvenir aux filles à l'aéroport, je ne veux garder aucun souvenir de cette semaine, je n'ai qu'une hâte : reprendre mon métier et redevenir le journaliste blond et lisse du week-end, insipide.

Le chauffeur de taxi mâche du chewing-gum et monte le son en s'apercevant que je suis français, je regarde défiler le paysage avec un plaisir non feint, tout en souhaitant ne plus jamais entendre parler de Mortimer, Bella ou Edward.

oOo oOo oOo

Un mois plus tard je sors de conférence de rédaction quand Thierry m'attrape par le bras, l'air sérieux :

- Viens dans mon bureau, faut que je te parle.

- Ouh là, ça a l'air grave. Je suis viré c'est ça ?

- Pourquoi tu penses ça ? On aurait des raisons de te virer ? demande-il en m'observant attentivement.

- Ah ah ! Bien tenté, mais raté : je ne parlerai qu'en présence de mon avocat.

- Très drôle Carlisle. Hé bien ça tombe bien : je viens juste de l'avoir en ligne, fait-il en me désignant un siège dans son bureau.

- Christian ? Mais pourquoi ?

- L'affaire Cullen.

- Oh non, c'est pas vrai… Me dis pas que ça recommence…

- Gagné. Ca recommence, mais en mieux, ajoute-il en m'envoyant un petit clin d'œil.

- Arrête, j'ai pas envie de rire, là. Je suis à nouveau convoqué ?

- Ah ah ! T'as les jetons, hein ? Tu fais moins le malin ?

- Thierry, je te jure que si ne me dis pas tout de suite ce qui se passe je t'assomme, dis-je en cherchant vainement quelle nouvelle tuile va me tomber dessus.

- Des menaces sur son supérieur hiérarchique ? Bravo…

Au moment où je me lève il place ses mains devant lui et sourit :

- C'est plutôt une bonne nouvelle, alors rassieds-toi. Les avocats de Bella et Mortimer sont parvenus à un accord, comme la justice n'a rien pu prouver. En fait ils sont tous d'accords maintenant pour continuer le film –après la pub qu'ils ont eue ils sont sûrs de faire un tabac- et Mortimer a proposé, en signe d'apaisement, qu'un médiateur intervienne sur le tournage, pour vérifier que tout va bien, et il veut bien en outre qu'une équipe de télé fasse le « making off », pour fixer la vérité sur la pellicule. Super, non ? Et tu sais quoi ?

- Non, dis-je en redoutant le pire.

- Mortimer veut que ce soit notre équipe qui filme, Steph, Georges et toi !

- C'est une plaisanterie, n'est ce pas ? Je ne suis pas réalisateur, je suis journaliste et mon job c'est de présenter le journal du week-end, n'est-ce pas ?

A la mine qu'il fait je sais que j'ai déjà perdu, j'enfonce mes ongles dans le cuir du fauteuil noir, exaspéré.

- Mais tu te rends compte de l'opportunité que c'est pour nous, Ben ? Enfin, surtout pour toi, bien sûr. Avec ça tu vas avoir une notoriété mondiale, on diffusera encore ton reportage dans vingt ans, dans les écoles de cinéma !

- Je ne veux pas de notoriété mondiale, je veux juste faire mon job, celui qui figure sur ma fiche de paie, je murmure les mâchoires serrées.

- Mais t'es un vrai fonctionnaire ! Tu verras, tu me remercieras, Carlisle. De toute façon, tu n'as pas le choix, lâche-t-il négligemment en me tendant une lettre de mission et un billet de train pour Londres.

Merde.

A suivre… Merci à Katy et Nico de leur soutien ^^

Merci à ceux qui lisent et reviewent vous êtes nombreuses à vous être inscrits sur FP pour moi, ça me fait vraiment très très plaisir, mille fois merci.

Je réponds ici aux non inscrits :

Katymina : J'espère que tu vas bien, et que tes soucis d'ordi sont résolus à présent ! J'aime beaucoup ton analyse des rapports des personnages, c'est très bien vu, bravo ! Merci de ta belle fidélité, je t'embrasse ma belle…

BISOUS A TOUS